‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 1 sur 35 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

^1 ne nous appartient pas d'écrire la [vie proprement dite de Mgr de iSégur ; c'est une œuvre complexe, qui demande une autorité doctrinale, des connaissances théologiques, une habitude de la direction des âmes, plusieurs ajouteront sans doute, une liberté d'appréciation et une impartialité de jugement qui nous feraient défaut. Il est utile d'ailleurs que quelques années passent sur les événements publics, politiques ou religieux, auxquels Mgr de Ségur a été mêlé, et que le temps apporte, avec ses apaisements, ses enseignements et ses lumières. Suivant que la sainteté de ce grand ministre de Jésus-Christ apparaîtra de plus en plus

manifestement par l'action de la divine Providence ou qu'il plaira au souverain appréciateur de toutes choses de la tenir dans un demi-jour plus proportionné à ses mérites, le ton de son historien devra changer ; car entre la vie d'un saint et celle d'un saint prêtre, il y a un abîme.

Notre seule ambition, notre seul droit et notre seul devoir, c'est de faire pour Mgr de Ségur ce que le frère de saint François de Sales fit pour le grand Evêque de Genève; c'est de lui apporter notre témoignage de frère, mais de frère chrétien c'est-à-dire sincère ; c'est de raconter, sans enthousiasme de parti pris, mais sans respect humain, avec une simplicité digne de cette âme si parfaitement simple, transparente et lumineuse, ce que nous avons vu, ce que nous savons, ce que nous pouvons affirmer de sa vie, de ses œuvres, de ses vertus; c'est en un mot de tracer un portrait aussi fidèle qu'il nous sera donné de le faire, de cette figure, si douce et si forte, si humaine et si divinisée, si rayonnante de l'amour de Dieu et des hommes, dont

le souvenir vit^dans tant d'âmes et mérite d'être fixé dans la mémoire de l'Église et de la France chrétienne.

En attendant ce portrait de Mgr de Ségur, qu'avec l'aide de Dieu nous espérons mener à bonne fin, nous avons eu la pensée de présenter dès aujourd'hui aux innombrables amis du saint prélat, au clergé et au peuple catholique, un recueil de ses lettres où ceux qui l'ont connu le retrouveront tout entier. Quoique son infirmité l'obligeât de dicter, et que sa pensée écrite dût nécessairement passer par un intermédiaire, sa simplicité était telle que ceslettres dictées semblent couler de source et sont d'un naturel, d'un entrain, d'un abandon incomparables. Nulle correspondance, que nous sachions, ne reproduit à un égal degré l'esprit, le cœur, le tout del'écrivain. Mgr de Ségur est là, plus vivant que dans le plus vivant des portraits, avec son zèle de feu, son âmesacerdotale, sa bonté sanslimite, sa tendresse paternelle, son enjouement, son inaltérable gaieté, les charmantes audaces de sa naïveté. Son style change suivant les per

sonnes auxquelles il s'adresse,et,à l'exemple de l'apôtre, il se fait tout à tous pour donner Jésus-Christ à tout le monde et tout le monde à Jésus-Christ.

Petit avec les petits, se laissant aller à la verve de son esprit parisien avec les apprentis et les ouvriers de Paris, gracieux et charmant dans la direction des âmes innocentes etde la jeunesse pieuse, 'consolant et tendre avec les affligés, tout rayonnant de l'esprit de saint François avec les fils du Patriarche Séraphique, docteur tour à tour enjoué et sévère dans ce qu'il appelle ses encycliques à ses enfants des séminaires, passant des enseignements les plus élevés sur la grandeur du sacerdoce à d'aimables plaisanteries qui cachent de profondes leçons, aussi indulgent et paternellement tendre pour la faiblesse humaine que terrible aux calculs et aux vices pharisaïques, se livrant avec ses chères sœurs, les épouses de Jésus- Christ, à toute l'effusion de son amour mystique pour la souffrance, à des chants d'allégresse et d'actions de grâces sur sa bienheureuse cécité, Mgr de Ségursemontre

dans ses lettres ce qu'il se montra dans ses discours, dans ses retraites, dans ses actions, dans sa vie tout entière, un homme de Dieu, un prêtre, un apôtre, qui ne poursuit qu'un but, faire connaître et aimer Jésus- Christ, et auquel tous les moyens permis sont bons pour l'atteindre. De là l'unité et en même temps la diversité de ses accents et de ses œuvres ; de là son action extraordinaire sur tout le peuple des âmes, depuis les gamins de Paris jusqu'aux hommes du monde, depuis les petites ouvrières jusqu'aux grandes dames, depuis lestroupiers jusqu'aux membres les plus éminents du clergé, depuis les prisonniers et les condamnés à mort jusqu'aux religieux les plus austères et aux religieuses les plus abimées dans la vie contemplative.

Ce caractère de la vie de Mgr de Ségur apparaît avec tant d'éclat dans ses lettres qu'elle sont, en quelque sorte, sa vie écrite par lui-même. C'est pour ne l'affaiblir en rien que nous avons adopté dans le classement de ces lettres un ordre peu usité. Nous publions tour à tour sa corres-

pondance, suivie du commencement à la fin, avec telle ou telle association de jeunes gens, tel ou tel séminaire, telle ou telle communauté religieuse, telle ou telle personne privée, comme autant de chapitres complets et distincts de son ministère et de sa vie. On pourra ainsi le suivre chapitre par chapitre, dans ses rapports, tantôt avec les enfants du peuple et les ouvriers, tantôt avec les enfants du collège Stanislas, tantôt avec les personnes du monde, tantôt avec les séminaires, les communautés d'hommes ou de femmes, tantôt avec les âmes simples et pacifiques, tantôt avec les âmes tourmentées et scrupuleuses. Sa correspondance avec un jeune homme atteint de cette étrange maladie du scrupule nous paraît, entre toutes un chefd'œuvre de bonté, d'esprit et de sagesse sacerdotale. Il lui écrit lettres sur lettres, le poursuit dans tous ses retranchements, et mêle avec un art merveilleux le rire à l'enseignement, la tendresse à la plaisanterie, la condescendance qui discute à l'autorité qui décide.

Au milieu de l'étonnante variété d'accent de cette correspondance, ce qui domine, ce qui se retrouve partout, c'est, au point de vue naturel, une bonté et une gaieté également inépuisables, au point de vue surnaturel, l'amour débordant de l'Église, de ia sainte Vierge et de l'Eucharistie. Jusque dans l'épreuve, dans l'infirmité, dans les bras de la mort, il plaisante, il sourit encore, mais en même temps, il enseigne, il prêche, avec une effusion de doctrine et d'amour que rien n'arrête, le Pape infaillible, Marie Immaculée, et Jésus dans le Saint-Sacrement de l'autel.

Notre but en publiant ces lettres de Mgr de Ségur n'est pas seulement de le rendre à ceux qui l'ont connu, c'est de le faire connaître et de le donner à ceux qui ne l'ont pas rencontré durant son passage en ce monde. Nous espérons, nous croyons que ce prolongement de son ministère ne sera pas stérile, et que, parmi ses écrits, si populaires et toujours si opportuns et si vivants, aucun ne fera plus de bien après lui, n'ira plus directement aux âmes, que

ces lettres écrites sans prétention, dans toute la simplicité d'une belle âme qui s'épanche, adressées à quelques-uns, mais que sa mort permet de livrer à tous.

Defunctus adhuc loquitur : il écrit comme il parle, il parle comme il agit, et par ses écrits qui subsistent, il continuera à parler et à agir comme s'il vivait encore.

Nous avons déjà reçu et nous recevrons certainement beaucoup d'autres lettres de Mgr de Ségur qui nous sont annoncées.

Si, comme nous l'espérons, le public chrétien, auquel nous adressons ce recueil, le goûte, s'en nourrit et en tire profit, nous en publierons un second en temps opportun. Que Dieu bénisse nos efforts et continue à se donner aux âmes par l'entremise du fidèle serviteur qu'il a rappelé à lui avant le temps. !

A. de Ségur.

LETTRES

ADRESSÉES PAR MONSEIGNEUR DE SEGUR AU FRÈRE BAUDIME ET A L'ASSOCIATION DES JEUNES GENS DE SAINT-THOMAS d'aQUIN, DE 1859 A l^Ti-

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