‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 2 sur 35 · DE NT DE SÉGUR · texte numérisé non relu

DE NT DE SÉGUR

LETTRES ADRESSEES PAR MONSEIGNEUR DE SEGUR AU FRÈRE BAUDIME ET A L'ASSOCIATION DES JEUNES GENS DE SAINT-THOMAS d'aQUIN, DE 1859 A 1875.

fette Association fondée en 1854 par. le Ifrère Baudimedans l'établissement de la [rue de Grenelle 44, école libre qu'il dirigeait, recevait et reçoit encore les enfants et les jeunes gens sortis des écoles des frères qui ne veulent pas rompre avec leurs habitudes chrétiennes et les bons maîtres qui les ont instruits. Elleprit un grand développement sous la direction spirituelle de Monseigneur de Ségur qui, dès 1857, s'en constitua l'aumônier volontaire. Le zélé prélat ne manquait jamais, sauf obstacle in-

vincible, de venir évangéliser ce petit peuple d'apprentis, de jeunes ouvriers, commis ou employés de commerce, tous les dimanches après la messe de midi. Il présidait aux loteries qui suivaient les exercices religieux, aux fêtes de l'Association, aux retraites de la semaine sainte et de Noël, et aux communions de chaque mois. Sa maison, son temps, son coeur appartenaient tout entiers à ces chers petits enfants de Paris qui, pour la plupart, lui rendaient toute son affection. On pourra juger par les lettres que nous reproduisons ci-après et qu'il leur écrivait surtout pendant les vacances, de l'aimable et sainte familiarité de ses rapports avec eux et de la façon dont il s'y prenait pour gagner leur cœur et le donner à Dieu. Se faisant tout à tous, prenant le ton et l'accent de ceux auxquels il s'adressait, il parlait à ses enfants de Paris comme il leur écrivait, et il leur écrivait comme il leur parlait.

Le nombre des chrétiens fervents, des religieux et des prêtres qui sortirent de cette Association est très considérable.

Laigle, (Orne) 8 septembre 1859.

Mon cher Frère.

e reviens à Paris de samedi en huit , et je compte être à mon poste le dimanche 1 8. Le dimanche suivant 25 j'irai faire une visite à nos chers roquets de la rue de l'Ouest et je leur ferai l'instruction. "Voudriezvous les avertir, ainsi que nos grands jeunes gens, que pour mieux espacer le temps qui sépare la communion de l'Assomption de celle de la Toussaint, nous mettrons au dimanche 25 septembre, la communion du mois. — Dites leur mille choses aimables de ma part, ainsi qu'au cher frère Albert et à toute la communauté. Je suis tout à vous en Notre-Seigneur.

LETTRE ADRESSEE AUX JEUiNES QUETEURS DE

l'association (l).

Mai 1860.

Mon cher enfant,

|ien que je n'aie pas encore le plaisir [de vous connaître personnellement, je ne [veux pas tarder à vous remercier de la charité avec laquelle vous avez bien voulu vous constituer le protecteur et le frère-quêteur de l'Association si intéressante des apprentis et jeunes ouvriers du faubourg Saint-Germain. Bientôt nous allons recueillir le fruit de vos efforts ; j'espère qu'il sera proportionné à votre bon cœur. En ma qualité de directeur et de père spirituel de ces jeunes gens, je vous rends grâces ainsi qu'à vos parents de ce que vous voudrez bien faire pour cette bonne œuvre et en vous demandant la permission de vous embrasser, je vous bénis au nom de Celui qui vous récompensera.

(1) Monseigneur de Ségur, dans le double but de procurer des ressources d'argent à sa chère association pour les frais des loteries de chaque dimanche et des fêtes trimestrielles, et d'habituer aux bonnes œuvres les enfants des classes riches, avait constitué une association de jeunes quêteurs qui s'engageaient à solliciter autour d'eux des aumônes et à venir en aide à leurs frères moins fortunés. Il faisait ainsi de la charité à deux tranchants.

Dimanche 27 novembre 1S61.

Mes bien chers enfants (i),

e ne puis, à mon grand regret, assister jce soir à notre petite fête de famille. Je ^)suis si fatigué qu'il me serait impossible d'apprécier comme il faut les artistes éminents qui se succéderont sous vos yeux. Samedi soir et dimanche matin, nous réparerons tout cela ; et je vous donne rendez-vous pour affaire sérieuse. Ce sera un petit coup d'État contre le diable. Je m'en chargerai et je compte sur tous les braves garçons de la Société qui n'ont pas envie d'y venir, sans exclure nos dignes et très chers enfants qui sont fidèles à nos pieuses réunions de chaque mois. Ce soir, le frère Baudime, avec l'éloquence entraînante que nous lui connaissons et qui terrifie si souvent les bavards, vous mettra les points sur les i. J'espère que sa timidité naturelle lui permettra, malgré la présence de monsieur le

(1) Tous les trois mois, une fête organisée par les soins des frères, des fondateurs de l'Association et de Mgr de Ségur réunissait dans la grande salle de l'école de la rue de Grenelle les jeunes associés et leurs 'familles. Ces soirées étaient charmantes, et des artistes de ;rand talent se plaisaient à y apporter leur concours charitable et gratuit

Curé, de vous électriser et même de vous attendrir, en vous convoquant tous pour notre communion du mois.

Je remercie ceux de nos jeunes bienfaiteurs qui seront présents ce soir à la fête, et je leur présente, ainsi qu'à vous, mes très profonds respects.

Adieu, mes enfants, amusez-vous bien ; bon soir, bonne nuit et bonne semaine. Je vous bénis du même cœur dont je vous aime.

P. S. Je crois qu'il serait bon et même charitable d'encourager l'orateur ci-dessus (frère Baudime) par deux ou trois tonnerres d'applaudissements.

Les Nouettes. par Laigle (Orne), 18 septembre 1862. Mes chers enfants et mes bons amis,

loilà bien longtemps que nous sommes 'séparés ; le temps de notre réunion approche et je me fais une fête de cette pensée. S'il plaît au bon Dieu, si rien ne vient contrarier mes projets, je serai de retour le 9 ou le 10 octobre et à midi précis, le dimanche 12, fidèle à mon poste de la rue de Grenelle, 44, au milieu de Vos Excellences Illustrissimes et Vos

Altesses Sérénissimes. J'ai reçu de vos nouvelles et je sais que vous êtes toujours de braves garçons, sinon des anges, du moins de bons diables. Le diable n'a qu'un seul bon côté : il a de l'esprit ; et c'est par là que vous lui ressemblez. Dieu veuille, mes enfants, que vous soyez aussi bons qu'il est mauvais!

Êtes-vous bien reconnaissants envers les bons Pères Dominicains qui veulent bien me remplacer auprès de vous? Écoutez-vous avec un religieux respect leur sainte parole ? Je prie le Père qui fera l'instruction le jour où cette petite lettre vous parviendra de vous poser de ma part quelques questions :

i° Faites-vous tous, avec une scrupuleuse exactitude, avec attention et respect, vos prières du matin et du soir ?

2° Récitez-vous chaque jour, au moins une petite dizaine de chapelet?

3° Avez-vous soin de renouveler tous les jours vos bonnes résolutions, d'éviter les occasions du péché, les mauvaises compagnies, les mauvaises lectures, les cafés, les bals publics et autres mauvais plaisirs ?

4° Gardez-vous vos âmes en état de grâce et cherchez-vous à vous repentir parfaitement de vos fautes quand vous y tombez par faiblesse ?

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