‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 10 sur 35 · LETTRES AU JEUNE RENE J ELE\E DE STANISLAS · texte numérisé non relu

LETTRES AU JEUNE RENE J ELE\E DE STANISLAS

Auray (Morbihan;, 28 juillet 1879.

Mon bon et cher petit enfant,

'ai appris que tu avais fait auprès de ■j< quelques-uns de tes camarades la ^commission dont je t'avais chargé et j'ai déjà remercié l'un d'eux, le bon Georges R***. qui m'avait écrit à ce sujet quelques lignes pleines de foi et de cœur.

Mon bon René, sois d'autant meilleur, d'autant plus fidèle au bon Dieu, que je ne suis plus là pour t'aider. Je sais que tu as auprès de toi plus d'un oncle pour remplacer ton père ; mais enfin, on n'a qu'un père pour la vie de l'âme comme pour la vie du corps ; et d'ordinaire le père a une grâce d'état qui se remplace difficilement.

Continue de prier pour moi de tout cœur, surtout devant le Saint-Sacrement, afin que Notre- Seigneur me rende les forces nécessaires pour travailler à ta sanctification et au développement de la vocation sainte dont il a déposé en toi le germe mille fois béni . Je vais notablement mieux, grâce au profond repos, et à l'air si pur que l'on respire ici, sur les côtes de cette bonne Bretagne, et à l'ombre de sainte Anne d'Auray. Avant-hier, aux fêtes de Sainte- Anne, il y avait plus de trente mille pèlerins, deux archevêques et deux évêques. Je n'ai pu y assister. Adieu, mon bon petit ami. Je te bénis en t'embrassant de tout cœur. Je remercie de nouveau ton père et ta mère de leur bon intérêt.

Sois toujours bien digne de leur tendresse.

àuray (Morbihan), ic 14 aoaî

Mon petit René,

C^u vois, à la promptitude de ma réponse, joie que m'a causée ta bonne lettre.

ntre les lignes et sous l'écorce des paroles, je lis, non avec l'js yeux, mais avec le cœur, que tu eb mon enfant bien-aimé, bien aimant, vi-

vant pour Jésus-Christ, et te maintenant dans son saint amour. C'est-là, en effet, « l'unique nécessaire » de notre vie en ce monde ; qui n'a point cela n'a rien ; et qui connaît et possède cela a tout. — C'est pour entrer de plus en plus dans cet esprit de grâce et d'union que j'insiste tant auprès de toi, mon enfant, pour te recommander pendant tes vacances comme pendant l'année scolaire, chez toi comme au collège, quand je ne suis pas là comme lorsque j'y suis, une fidélité énergique à la sainte communion, source de toute grâce, de toute pureté, de toute persévérance. Laisse faire ceux qui ne font pas comme toi ; laisse dire ceux qui s'étonnent et te blâment; marche doucement et tranquillement ton petit bonhomme de chemin ; et repose-toi sur mon expérience paternelle et mon amour.

Je te félicite du prix et des deux accessits que tu as attrapés ; l'année prochaine, tu auras au moins vingt-quatre prix et quarante-cinq ou cinquante accessits, sans y comprendre le grand prix de malice, qui te revient de droit.

Quelles belles expéditions tu me racontes !

Si tu ne l'avais vu toi-même, j'aurais peine à croire à ce pont fabuleux sur la Loire. Est-ce que par hasard, ce pont-là n'est pas jeté sur la Garonne ?

Adieu, mon bon René, mon cher entant. Je prie la sainte Vierge de te bénir, ainsi que ton père, ta mère et tous ceux que tu aimes.

29 août 187s'.

&&!&!. amais, mon petit entant, je n'ai reçu un WÊi ï^auss' Deau bouquet, ni d'aussi belles 'W^J^Ô roses. Que la sainte vierge, appelée par l'Eglise « Rosa mystica » te parfume si bien de l'amour et de la grâce de Notre-Seigneur, que tu sois de plus en plus excellent, pur, fidèle, chrétien dans ta vie de chaque jour !

Cherchant la place la plus honorable où nous pourrions déposer ce merveilleux bouquet, nous avons euuneidéelumineuse, et aujourd'hui même il va devenir le plus bel ornement de notre célèbre sanctuaire de sainte Anne d'Auray laquelle est comme la Reine de la Bretagne, et tout spécialement de la paroisse où je passe mes vacances et dont elle est la première paroissienne. Au moment où tu liras ce; quelques mots, tu pourras mettre ton cœur dans ton bouquet et le contempler de loin te représentant et me représentant moi-même avec toi, aux pieds de la statue

miraculeuse de sainte Anne, à la place même ou elle a été découverte en 1623, au milieu de prodiges sans nombre qui émurent toute la Bretagne et se renouvelèrent pendant plus de deux ans.

Je crois t'avoir donné, mon cher René, l'opuscule où j'ai résumé cette belle histoire, et qui est intitulé « Les merveilles de sainte Anne d'Auray. » Si je ne te l'ai pas donné, la première fois que tu passeras rue de Rennes ,112, devant la librairie Tolra, demande-lui ce chef-d'œuvre incomparable qui resplendit au milieu de la littérature contemporaine comme un ver luisant en plein soleil ; je sais que cela t'intéressera et te fera du bien.

Cher enfant, je te souhaite la bienvenue à Paris et une excellente fin de vacances. Continue bien exactement tes bonnes communions, qui sont et seront ton salut. Je te bénis et t'embrasse bien tendrement en te chargeant de mes meilleurs hommages pour tes excellents parents.

Je continue à ne pas aller trop mal tout en étant obligé toujours à de très grandes précautions. Adieu mon bonhomme.

• S septembre 1879.

Mon bon René,

-£f" e te renvoie par ce même courrier ta jÇ} dizaine, dûment bénite et indulgenciée : ^ cent jours d'indulgence par chaque grain, indulgence plénière à toutes les grandes fêtes de l'année, moyennant la sainte communion, et d'autres indulgences encore qu'il serait trop long d'énumérer ici.

Je ne t'aurais pas renvoyé ce petit chapelet, si je n'avais craint quelque dérangement imprévu pour mon retour; dès que je serai rentré chez moi, je t'enverrai trois lignes pour demander à ton père et à ta mère de te permetre de venir déjeuner philosophiquement chez moi avant la rentrée.

D'ici là, mon petit René, sois de plus en plus un brave enfant plein de foi, plein de courage et de cœur.

Prépare-toi à passer saintement cette nouvelle année de collège, et à ta faire gloire devant Dieu et devant tous tes camarades, d'être bon, pur, pieux, obéissant respectueux.

C'est comme cela que j'aime mon René et c'est

comme cela que Dieu l'aime. Tu ne failliras jamais, n'est-il pas vrai? à ce beau et noble programme.

Je t'embrasse en te bénissant de tout mon cœur.

LETTRES

ADRESSEES A UN UE SES FILS SPIRITUELS DE 187O A 1877 AVEC LA LETTRE D'ENVOI ET LES NOTES DU DESTINATAIRE.

LETTRES ADRESSEES A UB DE SES FILS SPIRITUELS DE 187O A 1879, AVEC LA LETTRE D'ENVOI ET LES NOTES DU DESTINATAIRE.

Paris, 5 septembre 1881.

Monsieur,

te our satisfaire à votre désir, je vous envoie '£ des extraits d'un certain nombre de lettres .ÇjQ^l^que j'ai eu le bonheur de recevoir de Mgr de Ségur. C'est au collège Stanislas que j'ai fait sa connaissance, et en relisant ces lettres, je ne pouvais m'empêcher de remercier le bon Dieu d'avoir donné un tel guide à ma jeunesse ; et en même temps je remarquais que ses lettres, nombreuses et fréquentes à l'époque où j'était dans le monde, et où j'avais besoin de direction et de soutien, sont tout à coup devenues rares à partir du jour où je suis entré au séminaire, parce que là, je trouvais une autre direction et d'autres soutiens. Ceci est, ce me semble, la marque d'un homme de Dieu empressé au service des âmes

tant qu'il leur est nécessaire, et retirant doucement sa main lorsqu'il ne l'est plus.

Veuillez, agréer Monsieur, l'assurance de mon profond respect en N.-S.

Kermadio, par Auray i Morbihan) le 2 octobre 18

Mon bon et cher entant, 1 )

"•' e veux te confondre et t'archiconfusion- IçH. ner en te repondant courrier par courir rier ; car je n'ai reçu qu'aujourd'hui 2 octobre, ta lettre du 26 septembre. Je n'ai pas été à Aube cette année, comme je le voulais ; les Prussiens ne l'ont pas voulu. Le bon Dieu, qui se sert de ces affreuses gens comme un père se sert d'un martinet pour donner le fouet d'importance à son enfant révolté, me retient jusqu'à nouvel ordre dans le fond de la Bretagne, où j'avais, comme tu sais, commencé mes vacances.

(j). Voici une lettre qui me parait un modèle de lettre de direction s'adressant à un jeune homme de dix-sept anb. (Note du destinataire).

Ce pays-ci est, comme la Vendée qui t'a donné asile, un pavs plein de foi, où la prétendue civilisation moderne n'a pu. Dieu merci ! s'infiltrer assez pour corrompre la foi des paysans et transformer les chrétiens en révolutionnaires. Sauf qu'ils boivent du cidre comme des trous et qu'ils se grisent plus ou moins légèrement toutes les fois qu'ils se réjouissent, les braves Bretons sont encore de bons chrétiens, et, partant, des gens de bien. La bureaucratie administrative, inséparable du césarisme et de cet absurde système de centralisation qui a perdu aux trois quarts notre France, a été dans ces pays-ci tellement inepte, que nos pauvres bataillons de mobiles sont partis tout découragés, sans armes, sans aucune préparation. En face de l'ennemi, ils se sont relevés, paraît-il, comme les journaux te l'ont sans doute fait connaître. Pauvres jeunes gens ! quelles hécatombes leur prépare Paris. De part et d'autres, je crois que ce sera épouvantable. Jamais on n'aura vu deux peuples s'exterminer ainsi en neuf ou dix semaines. Dieu veuille que cela finisse bientôt et que nous en sortions vivants !

Le bon petit règlement de vie que tu me communiques a un défaut essentiel sur lequel j'appelle ton attention : il est trop guindé, trop méticuleux. Fais tout cela, car c'est excellent ; mais ne

t'astreins pas à le faire si tu le sens porté à quelque autre chose. C'est la différence fondamentale de ce qui est de devoir et de ce qui ne l'est pas. Autant il faut être rigide à tenir au devoir, autant il faut être simple dans la pratique des bonnes choses libres. 11 est deux points que je voudrais voir entrer dans ton petit règlement de vie : c'est d'abord une petite visite au Saint-Sacrement dans l'après-midi, et, s'il se pouvait, quelques visites de pauvres (le curé pourrait te donner deux ou trois indications). En second lieu, c'est une lecture sérieuse, instructive, par exemple les Eludes philosophiques de M. Aug. Nicolas; ou l'Histoire de l'Eglise de Darras; ou encore les quatre derniers volumes très intéressants de Y Histoire de l'Église de Rohrbacher. Le curé ou quelqu'un de ses vicaires serait certainement heureux de te prêter ces livres que tu n'as bien sûr pas chez toi. Demande-leur ce service de ma part. Je te recommande à toute leur bienveillance. As-tu des nouvelles du cher R*** ? G*** est-il resté à Paris ? Si tu peux leur écrire, dis-leur que je ne les oublie pas et que je les bénis du fond de mon cœur. — Adieu, cher enfant, je t'embrasse bien affectueusement. Soigne parfaitement tes communions, et puise en Notre-Seigneur la paix et la joie, la force, l'humilité, la douceur et

l'égalité du caractère. Prends bien garde à la tristesse ; il ne faut pas plus l'avoir sur le visage que dans l'âme. Adieu encore. Je te confie à l'amour miséricordieux de la bonne sainte Vierge. Prie-la pour moi ; mais de grâce que ce ne soit pas seulement au jour et au moment indiqué par ton terrible règlement.

23 novembre 1870.

^uant à l'avenir, ne t'en préoccupe pas ; ; c'est ordinairement du temps perdu, car ;§>§||^ le bon Dieu n'arrange jamais les choses comme nous. Ne parle à personne qu'à ta mère des saintes pensées que tu sais. Plus que tout autre, ce fruit-là ne doit se cueillir qu'au moment même où on va le manger et le faire avaler aux autres. Retiens bien cette rèçle

ij avril 1871.

depuis mercredi, je suis en vacances à E Poitiers, chez le bon évêque et avec 1 plusieurs vieuxamis.Je compte rentrer en Bretagne le 27. Si jamais tu avais besoin de te dégourdir les jambes en faisant un petit pèlerinage à Sainte-Anne d'Auray, n'oublie pas que Kermadio est à un petit quart d'heure de la station de Sainte-Anr.e, première station après Vannes. 11 est vrai que, par le temps qui court, on n'a vraiment pas envie de battre les chemins. Voici de nouveau notre pauvre misérable Paris bloqué, cerné comme un foyer d'infection qu'il est, exhalant sa rage diabolique contre les églises qui sont presquetoutesfermées, contre les maisons religieuses et les congrégations saintes, qui sont pillées, saccagées et foulées aux pieds, contre le clergé dont les principaux membres sonten prison, menacés de mort, enfin contre tous les gens de bien et aussi contre tous ceux qui possèdent. Impossible de prévoir ce qui va sortir de là; ce qui est bien certain, bien douloureusement certain, c'est que la France voltairienne et apostate, la France révolutionnaire de 8q roule d'abîme en

abîme, et qu'un retour officiel à la religion catholique, seule religion du seul vrai Dieu, peut seul nous tirer de là. Or humainement parlant, ce retour n'est guère possible ; espérons contre l'espérance, et attendons un miracle du Dieu des miracles et de la Mère de ce très bon, très miséricordieux et très adorable Seigneur, Prions, communions, faisons pénitence, d'autant plus que le danger surabonde. Adieu, mon cher enfant. Je t'embrasse en te bénissant mille fois. Dieu veuille que nos amis de là-bas sortent sains et saufs dt cette seconde épreuve ! Je remercie bien sincèrement ton excellent confesseur des bontés qu'il ne cesse d'avoir pour toi. Soigne bien tes communions et tes prières, et garde-toi bien joyeux ou du moins bien paisible au service de "Dieu.

z<, mai 1671.

; vs V ommunier en l'honneur de la sainte-

V fêM Vierge, c'est s'unir sacramentellement à

^5lè^ Notre-Seigneur, pour prendre son cœur

avec tous les trésors d'amour, de sacrifices, de

vertus filiales dont il est rempli envers sa sainte

Mère, et offrir ce très Sacré-Cœur au Père céleste en actions de grâces de tout ce qu'il a fait pour l'honneur et le bonheur de Marie ; et ensuite l'offrir à la bonne sainte Vierge elle-même, comme un trésor sans prix, comme un présent merveilleux; seul capable de combler tous ses vœux. Dans la communion, en effet, Notre-Seigneur se donne tout entier à nous, et nous disposons de lui comme de notre propriété. Aussi la communion est-elle un supplément absolument infini à l'indigence de notre religion envers Dieu, de nos adorations, de nos actions de grâces, de nos prières, de notre pénitence, de notre amour. Communier en l'honneur de la sainte Vierge, c'est donc faire à Marie un présent divin, céleste,

éternel, vraiment digne d'elle

Ne surcharge pas ta piété de trop de petites pratiques. Tout en prenant ce que tu sens te faire du bien et t'ètre utile, conserve bien la liberté d'esprit ; cela fait du bien de changer de temps en temps. Ce que rien ne remplace, c'est la communion et l'oraison : la nourriture et la respiration de l'âme. La confession, c'est la toilette de l'âme, les bonnes œuvres en sont l'habillement. Adieu, mon bonhomme : sois doux, modeste et joyeux.

Cher A....

$Z ë n'ai pu te répondre encore à cause du M*M frù r r ... ,

nj@& Isjgros travail de mes dernières journées

JP=£*Lk^ de Paris. N'hésite pas une minute à ne passer qu'une année à Issy (i) ; cela suffit largement pour la philosophie élémentaire que l'on y fait. Comme tu le dis fort bien, si tu as un peu de temps de reste après ton grand séminaire, tu consacreras une ou deux ou trois années, soit à Rome, soit autre part, à de fortes études qui feront de toi un véritable ecclésiastique. « Experte) crede Roberto. » C'est faute de ces quelques années d'études supplémentaires que notre clergé français est quelquefois inférieur aux autres, non quant au cœur et au dévouement, mais quant au savoir.

Je te conseillerais d'entrer au séminaire trois ou quatre jours avant l'époque précise de la rentrée, afin de pouvoir organiser ton petit matériel et être déjà un vieil abbé culotté le jour de la

(i) Le conseil donné de ne rester qu'une année à Issv s" adressait à un sujet déterminé et connu et non indistinctement à tous.

rentrée. Je te conseillerais aussi de te faire taire deux petits meubles très simples , en chêne blanc, qui te serviront non seulement au séminaire, mais plus tard. Le premier, une table de travail avec un pupitre et quelques tiroirs ; le second, une petite commode quelque peu élevée à cinq ou six tiroirs. Dans le premier, tu mettras tous tes livres et tes papiers, dans le second tous tes habits, tes hardes, ton pouvoir temporel. Avec une chaise et une cuvette, tu seras le plus heureux des hommes dans ta petite cellule. Demande au bon Monsieur Dugrais, le maître des cérémonies, de te colloquer dans mon ancienne petite chambre au second : je crois qu'il y aura de la place pour toi. Et, sur ce, mon A..., je prie Dieu qu'il t'ait en ^a sainte et digne garde.

i01' Juin 73.

jS*|l y a aujourd'hui, premier juin, 29 ans plaque j'ai eu l'honneur et le bonheur de ^recevoir la tonsure ; je l'avais mise sous le protectorat spécial de saint Pierre. Rappelle-

moi aux prières et à l'atiectueux souvenir de ces Messieurs et de tes condisciples.

17 septembn fj

Cher A...

'^Klffi' e bénis de tout mon cœur et ta retraite, $K§lP3et ton ordination, et toutes les jour- ^*J^ nées, toutes les heures de ton sacerdoce. Nous voici donc arrivés au terme bienheureux de cette belle et sainte vocation, dont tu béniras le bon Dieu chaque jour davantage, à mesure que tu avanceras dans la vie. Ne m'oublie pas, je t'en supplie, à l'autel, surtout au Nobis quoque peccatorUnis : c'est la bonne place. Ne demande jamais pour moi à Notre-Seigneur que ce que je lui demande uniquement : l'humilité et la douceur, son amour, et l'accomplissement de ses saintes volontés sur moi.

Adieu mon cher fils.

Je te bénis et t'embrasse tendrement. iMamt proprià.)

Samedi, 22 Sept. 1877.

^ille bénédictions à mon cher fils, au moment et à l'heure même où il est '^ly! consacré prêtre à Paris.

Auray, 10 heures. (Manu proprià.)

27 février 1S79.

!^e m'oublie pas à Rome, cher A... aux

§ pieds des saints et des martyrs, dans leurs beaux sanctuaires ; et regardemoi toujours comme ton vieux père, plein de tendresse pour toi et espérant bien te retrouver un jour dans la cité du Paradis. Je t'embrasse et te bénis de tout cœur.

LETTRES

ADRESSEES A UN DE SES FILS SPIRITUELS, ENTRÉ A DIX-SEPT ANS AU NOVICIAT DES CAPUCINS.

LETTRES ADRESSEES A UN DE SES FILS SP1R1 TUELS, ENTRÉ A DIX-SEPT ANS AU NOVICIAT DES CAPUCINS.

Laigle. lûrne) H juin 1866.

Mon bon petit Frère,

£j e voilà donc habillé en pauvre du bon ^jDieu, pieds nus, le gros sac sur le dos,

^4-@>t'laPauvre cor<^e autour du corps. J'aurais été bienheureux de te prêcher ta vêture et de te montrer comment il faut ressembler désormaisà un moineau. Lesmoineaux vont toujours pieds nus; leurs pauvres plumes grisâtres sont dignes des plus pauvres capucins ; ils sont fort misérables, mangent comme ils peuvent, dorment où ils peuvent ; leur petit bec ne s'ouvre jamais pour médire ni même pour bavarder ; en un mot, malgré tout ce qu'on dit contre eux, ils sont, sous beaucoup de rapports, de vrais Frères-Mineurs. Prends garde, mon pauvre Georges, de leur ressembler par leur vilain côté : ils sont légers, inconstant^

braillards, colères, voleurs, brouillons, cloutons, et ils détestent la clôture,

Notre bon P. Rogatien, désormais P. Benoit- Joseph, est-il toujours au noviciat, malgré sa Profession ? Si tu le vois, embrasse-le bien de ma part, ainsi que le cher frère Pascal et le Vénérable frère Théotime. La première fois que vous aurez tous les trois un peu de temps, écrivez-moi, si le Père Maître y consent, et parlezmoi un peu intimement de votre vie religieuse, de vos joies, de vos peines si vous en avez. Toi, en particulier, parle-moi de ton petit caractère, de ta caboche et de tes autres perfections. N'oublie pas de me dire à quelle hauteur tu t'élèves durant tes extases. — Y a-t-il beaucoup de puces à tes trousses ? On dit (mais j'ai peine à le croire) que tu es si mauvais que toutes celles qui te piquent meurent empoisonnées, tandis que le frère Pascal et le frère Théotime sont si saints que toutes leurs puces se convertissent immédiatement.

Adieu, mon bon garçon.

N'oublie pas qu'à ton nom officiel de frère Philippe reste toujours attaché, quoiqu'en secret, le beau petit surnom que je t'ai donné « Frère Philippe des Anges. » Sois un vrai ange de pureté, de douceur, d'obéissance parfaite, d'à-

mour, de joie et d'innocence. Vis tout entier pour Jésus et Marie, et sois le plus pauvre petit de tous les petits pauvres de Jésus. — Je vous embrasse et vous bénis tous, en vous baisant les pieds et en me recommandant à vos communions et à vos prières.

6 janvier 1867.

Mon bon petit frère Philippus,

'aurais voulu t'écrire et te bénir le jour ^3 même du nouvel an. Tu sais pourquoi ^C je n'ai pu le faire : Paris, ce jour-là, ressemble à une fourmilière en fureur; et j'ai la prudente habitude de me sauver de chez moi n'importe où, pour échapper à l'invasion des Philistins.

Afin de compenser mon retard et aussi afin de ressembler un peu aux Mages qui, en ce jour de l'Epiphanie, n'ont pas osé se présenter les mains vides devant les trois grands pauvres de Bethléem, j'accompagnerai ma lettre (qui n'est pas pour toi seul, mais pour tous les bons petits Frères), d'un modeste cadeau, qui ne sera ni de l'or, ni de l'encens, ni de la mvrrhe. Il arrivera

au noviciat à ton adresse l'un de ces jours ; guette-le comme un petit chat guette une souris dans son grenier. Que sera donc le cadeau? Je te le donne à deviner en dix et en cinquante, et même en cent. Quant aux autres Frères, qui ne sont pas si bêtes que toi, je le leur donne à deviner en quatre-vingt-dix seulement. Ce sera petit, comme il convient à l'égard de Frères-Mineurs ; très bon, pour ressembler à frère Philippe ; très doux, pour contraster un peu avec lui ; transparent pour symboliser la conscience de la communauté ; très délicat, très fin et très exquis, pour être un peu en accord avec la grâce franciscaine ; enfin, chose extraordinaire, cela pourra se boire, mais uniquement à la santé du Saint-Père (1).

Je vous souhaite à tous, mes chers petits Frères, et à toi en particulier, mon vieux Philippus, une année à la Saint-François : joie dans la pauvreté, paix et sérénité dans la pénitence, énergie dans l'obéissance à la règle et dans la pratique de ce qui coûte le plus; je vous souhaite en outre un immense amour pour Jésus au Saint- Sacrement, un grand zèle pour la communion fréquente, une grande confiance et simplicité en

(1) Monseigneur envoyait une petite caisse contenant de minuscules bouteilles de liqueurs de diverses couleurs : une bouteille, contenant à peine un petit verre pour chacun des Frères.

recevant Jésus, qui ne vient pas ;'i nous parce que nous sommes bons, mais pour nous rendre bons.

Adieu, mon petit Frère, et vous tous, ses chers confrères. Je baise en esprit vos pauvres pieds nus, que Jésus aime tant, et je me recommande avec de grandes instances à la puissante protection de vos communions, de vos pénitences et de vos prières. Vive Jésus dans nos cœurs et au Très-Saint-Sacrement de l'autel !

r-'1' mai 1867. — St. Philippe.

Petit frère Philippe,

^r£^' e viens te souhaiter la Saint-Philippe, te fK souhaitant d'être un saint frère Phi— J^j lippe, presqu'aussi saint que saint Philippe ; car saint Philippe était si saint que le petit frère Philippe ne peut prétendre à être un saint Philippe de la taille du grand saint Philippe. Pour ta fête, voici la petite photographie que tu désires; en la regardant, n'oublie pas de prier le bon Dieu pour moi, et pense à tout ce que je te recommandais lorsque tu venais me faire tes petites visites cœur à cœur, à genoux, aux pieds

de Jésus qui, par moi, t'attirait à lui, te touchait le cœur de sa sainte grâce, te donnait peu à peu l'amour de sa pauvreté, l'esprit de ta vocation, l'humilité et la douceur, le zèle de la pureté et la pureté de l'amour. Tu étais alors un bon petit oiseau sur la branche, toujours exposé à la griffe du chat : maintenant tu es bien tranquille dans la paix du nid de saint François ; le petit moineau s'est changé en une belle colombe, à moins que, retenant quelque chose de ton ancien bavardage et de tes caprices mélancoliques, tu ne sois devenu une petite pie ou un jeune perroquet.

Je te souhaite d'être une colombe, une vraie colombe, au cœur tout innocent et tout aimant. C 'est-là mon vœu de bonne fête. Je l'étends à toute ta chère communauté, que je bénis et que j'aime du fond de mon cœur avec toi, mon petit Philippe, qui es au fond du nid comme le plus petit et le dernier de tous. Ne m'oublie jamais dans tes communions, qui, je l'espère, sont bien fréquentes et bien ferventes. Où recevra-t-on souvent le bon Jésus, si ce n'est dans la maison de saint François?

27 septembre ii Mon enfant,

, Je te remercie de ton souvenir de la iCj Saint-Louis et de toutes tes bonnes ^lettres. J'y vois de plus en plus l'empreinte d'un dévouement profond et solide au bon Jésus, à sa croix et à sa sainte religion. Dieu soit béni de cette belle grâce qu'il t'accorde, à toi si pauvre petit pécheur et qui n'avais de bon que ton bon cœur. On devrait t'appeler frère Madeleine, car c'est à Madeleine qu'il a été dit pour la première fois : « Beaucoup de péchés lui sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé. »

Te voilà donc barbu comme un vrai capucin ? Allons, frère Barbon, du courage ! grandis en humilité, en douceur, en paix, en égalité d'esprit, en bon caractère, en parfaite obéissance, à mesure que ta barbe grandit. Tu seras parfait quand ta barbe touchera terre : seulement ne triche pas, et ne te mets pas à quatre pattes.

Adieu, petit frère Barbu, petit frère Barbon, petit frère Barbiche. Je t'embrasse au-dessus de la barbe, sur tes deux vénérables joues.

Mille affectueux et fraternels souvenirs à toute

la chère communauté des Pères et des Frères ; je ne les connais pas, mais cela ne fait absolument rien : en Jésus, en Marie et en sain1 François, on ne fait absolument qu'un. Je me recommande à tes prières et à celles de tous tes Frères. C'est aujourd'hui pour moi un grand et bon jour : il y a treize ans que je suis devenu tout à fait aveugle et que le bon Dieu, miséricordieux et clément, m'a mis de force dans un petit cloître portatif, dont personne que lui ne peut forcer la clôture.

La paix soit dans-ton cher cœur.

LETTRES

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