‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 18 sur 35 · IO · texte numérisé non relu

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beau bouquet de paradis pour Ja fête de sainte Chantai? Mille souvenirs et hommages à toute la communauté.

Gaston.

Maman va un peu mieux ; le mal diminue de jour en jour. Les deux enfants entreront au couvent chez toi aux premiers jours de décembre au retour des Nouëttes.

Samedi, 17 septembre.

Ma bonne Sabine,

'e viens te dire adieu au moment de ton çKdépart pour le Paradis. Le monastère l^i est déjà le Paradis par rapport au monde ; la retraite est le Paradis du Paradis. Je te souhaite une douce, sainte et profonde retraite ; très simple et très forte, très douce et très paisible, qui puisse te préparer une année excellente. Tous les jours, matin et soir, nous prierons ensemble pour toi et pour vous toutes à la chapelle ; pour ta retraite à toi, nous continuerons de plus belle et commencerons une seconde neuvaine dès ce soir, fête des stigmates de saint François.

Tout va bien par ici ; prie beaucoup et toujours pour que les âmes soient tout à Dieu, et pour que le diable ne nous attire pas dans ses illusions. Je te bénis de tout mon cœur, et te souhaite, ainsi qu'à notre chère Mère supérieure, à ma vieille fille Marie Donat et à toutes nos autres sœurs, de si belles et si bonnes grâces qu'au sortir de leurs retraites respectives, elles soient de véritables Visitandines.

Poitiers, 3 octobre 1 S 5 9 .

^fèa bonne Sabine, je veux me réjouir <h pavec toi, ou plutôt je veux que tu te réjouisses avec moi du bon résultat de la retraite que nous avons terminée ici hier soir. Je parlais de Notre-Seigneur à cent ecclésiastiques au moins, qui ont presque tous goûté et savouré avec joie les pensées de foi que tu sais. Je n'ai parlé que de Notre-Seigneur ; il est vrai que parler de lui, c'est tout dire, tout ce qui est nécessaire, tout ce qui est doux, tout ce qui est bon, sanctifiant, vivifiant, aimable, grand, admirable, et divin et éternel. Je recommande cette bonne œuvre à vos actions de grâces à toutes.

afin que le fruit en demeure, et que le détestable démon ne vienne point l'altérer. — Je reviens toujours à Paris, s'il plaît à Dieu, vendredi soir. Je compte être au monastère à deux heures, et vous donner une petite exhortation avant les vêpres, de deux heures et demie à trois heures. Adieu ma sœur et ma fille très chère. Je t'apporterai après-demain des nouvelles temporelles et spirituelles du bon abbé Gay, qui arrive ce soir à Poitiers et que je n'ai pas encore vu. Je bénis toute la communauté au nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ, en souhaitant tout particulièrement la paix de Dieu aux sœurs qui lui sont plus unies par la perfection de leur amour.

Les Xouèttes, i« juillet 1860.

pionne fête, ma chère Sabine, et vous tffî 5^^ toutes, mes chères sœurs ! Je viens fêter

[avec vous la Visitation, chanter avec vous le Magnificat et réciter en votre chère compagnie, avec sainte Elisabeth et saint Jean-Baptiste le « Benedicta tu in mulieribus, et benedictus Jructus ventris tui Jésus. » Je vous souhaite à toutes une visite du Seigneur plus intime et plus

sanctifiante encore que sa visite quotidienne ; et je demande à la sainte Vierge qu'elle apporte au fond de vos cœurs, où vous la trouvez en Jésus- Christ, la même bénédiction qu'elle apporta jadis à la maison d'Elisabeth. Votre pauvre petit monastère doit être rempli de Dieu pendant ces saints jours, et toutes , chacune selon votre grâce, vous devez être in spiritu élevées en esprit, toutes transfigurées et sanctifiées dans le Saint-Esprit, comme il est dit, dans l'Évangile, de tous les saints personnages qui figurent dans le mystère de la Visitation. Les deux fils et les deux mères, Jésus et Jean-Baptiste, Marie et Elisabeth, sont tous in spiritu, ne parlent, ne tressaillent, n'agissent, n'aiment que par le mouvement très pur du Saint-Esprit.

Ce matin, ma chère Sabine, j'ai dit [la messe pour toi et pour nos bonnes sœurs ; car demain, ma messe ne m'appartient pas, mais à la bonne Vierge qui en fera ce qu'elle voudra ; or, il est possible qu'elle en applique le fruit, soit à des religieuses meilleures que vous, qui sont à cause de cela encore plus aimées de son Fils, soit à de pauvres religieuses moins bonnes, qui en ont plus besoin, et qu'il s'agit de remettre en Dieu. Dans ton monastère, tu es comme la colombe du bon Dieu, apprivoisée et libre cepen-

dant ; prends garde, ma bonne fille, qu'aucun petit fil ne te retienne par la patte ; cela suffit pour empêcher de voler. Hélas ! pauvre moi, qui dis et qui pense ces choses, et qui n'ai pas un fil, mais des cordes pour me retenir ! Prions bien les uns pour les autres, afin que Notre-Seigneur nous fasse miséricorde et nous garde contre nous-mêmes dans l'union de son amour, dans la vie de sa grâce, et plus tard dans la participation de sa béatitude éternelle et glorieuse.

J'ai prêché au Mans à deux cents jeunes ecclésiastiques une solide retraite que presque tous ont goûtée. Je ne leur ai parlé que de ce dont je sais parler en pareille circonstance. « Nihil scire, nui Jesum-Christum et hune crucifixum. » Plus on vit, plus on réfléchit, et plus on voit clairement que tout est vanité et perte en dehors de Notre-Seigneur. Prie pour que le grain que j'ai semé dans ces âmes germe et lève.

Adieu, ma sœur bien-aimée, je t'embrasse tendrement et te charge de mes souvenirs affectueux en même temps que de mes bénédictions pour la Mère supérieure, pour la sœur maîtresse, pour la sœur Marie Donat, et pour toutes mes autres bonnes sœurs.

Les Nouëttes, 20 août 1860.

a bonne fille, je te souhaite une très ^sainte fête, avec tout l'esprit de cette vocation admirable que tu as reçue sous le nom de sainte Jeanne-Françoise. Te voilà tirée dans le port, n'ayant plus à craindre les grandes tempêtes du monde, et ayant dix-neuf chances sur vingt, non-seulement de salut, mais de sanctification. Dieu soit béni, qui nous aime tant et que nous aimons si peu fortement, bien que nous voulions très certainement l'aimer et l'aimer beaucoup. Je n'ai pas besoin de te dire que demain je dirai la messe pour toi et pour le cher monastère, principalement pour ma sainte Trinité. Je sais aussi que tu me le rendras au centuple.

Je t'embrasse plus tendrement encore que de coutume en cet anniversaire de tes fiançailles célestes. « Veni, sponsa Christi, veni coronaberis. » Bienheureuse es-tu d'avoir entendu l'appel du Sauveur; tu seras couronnée d'épines en ce monde, et de la gloire de Jésus-Christ dans cette éternité qui devrait absorber tous nos soins, toutes nos pensées et notre vie entière. Prie pour nous tous qui t'aimons.

Les Nouêttes, 14 septembre 1S60.

f*ï a bonne fille, je n'ai pu t'écrire le \ 29, pour la Sainte-Sabine, non plus que

'J^le2 septembre, anniversaire bienheureux de la perte de mes yeux. J'étais accablé de travail, et une fois le jour passé, il n'y avait plus de presse dans ma lettre d'actions de grâces. Vraiment d'actions de grâces; car plus on avance dans la vie, plus les illusions se dissipent, et plus on reconnaît qu'il n'y a de solidement bon que la croix. Notre-Seigneur me le fait sentir si intimement que je serais tout à fait désolé s'il me retirait cette croix protectrice, qui supplée à bien des manquements, des immortifications et des misères de toute sorte. Je ris sous cape en entendant ma tante Galitzine et Olga réciter à mon intention des litanies (et quelles litanies, grand Dieu !) delà bienheureuse Germaine. Cette bonne sainte guérira qui elle voudra pour se faire canoniser ; je la prie de me laisser en paix et de ne pas m'exposer au danger de m'éloigner du Calvaire.

Je recommande de nouveau à tes prières, à tes communions, et à celles de toute la communauté le petit et grand livre De la Vie intérieure que

j'ai enfin commencé, et qui s'annonce bien, ce me semble ; les choses s'éclairent et se simplifient de plus en plus à mesure que leur tour arrive d'être expliquées et exposées. Je te recommande aussi les lecteurs du petit traité De la Communion fréquente ,ann qu'ils pratiquent et qu'ils profitent. Plus de 4,000 exemplaires se sont vendus déjà, malgré la morte saison, et des témoignages non suspects d'approbation sont parvenus jusqu'à moi. L'évêque de Poitiers m'a dit en être très content. L'as-tu lu déjà ? quelle impression t'a-t-il fait ?

A propos de livres, je recommanderai à la Mère supérieure, soit pour les lectures de table, soit pour les lectures privées, l'admirable Vie du P. de Ravignan par le P. de Pontlevoy ; c'est la vie religieuse mise en action, dans toute sa gravité, son bonheur austère et crucifié, son heureux renoncement, et sa sanctification éminente. Le second volume surtout est une lecture spirituelle des plus puissantes. Prie pour moi toujours, ma sœur et ma fille très chère ; unis-toi à la bonne sœur Marie Donat, pour prendre soin de ma pauvre âme et pour m'aider à faire la volonté de Notre-Seigneur en toutes choses. J'ai vu le neveu de sœur Marie Donat ; il se porte très bien et est enchanté.

Au revoir, ma bonne fille, je t'embrasse et te

bénis de tout mon cœur, ainsi que la communauté.

Les Nouëttes, 16 septembre 1861.

ia bonnefille, voici mon petit mot d'adieu F-avamton entrée en retraite. Entrer en retraite, c'est quitter la 'terre pour un temps, et entrer au ciel, entrer en Notre- Seigneur. C'est un beau pays où règne la paix et où brille la vraie lumière ; je t'y souhaite un heureux séjour, un beau voyage et un saint retour au milieu de nous.

Le jeudi 19, anniversaire de laSalette, je dirai la messe pour toi et pour le cher monastère. Je te charge de préparer pendant ces dix jours ma retraite du grand séminaire de Poitiers, laquelle commence le 28. Mille affectueux respects et souvenirs de cœur à la chère sœur Marie Donat, à bonne sœur déposée, qui est aussi ma vieille amie, à la Mère supérieure et à toutes les autres sœurs. Je t'embrasse de tout mon cœur, en l'amour du seul vrai amour.

Tous les jours de ta retraite, nous réciterons tous ensemble, après la messe les litanies de la

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sainte Vierge, à ton intention. J'y joindrai en outre, une petite discipline, mais en particulier.

Les Nouëttes, 29 août 1862.

[onne fête, ma chère Sabine ! sœur Sav^bine est devenue sœur Jeanne-Françoise i^j^^ne perdant rien au change, comme jadis la matrone romaine Sabine du mont Aventin ne perdit rien en perdant la tête. Il faut perdre pour gagner, se quitter pour se conserver. « Celui qui perdra sa vie pour moi la retrouvera. » Ainsi ma chère sœur Sabine est morte pour mieux vivre : la chenille (sauf le respect que je dois à ton passé) est devenue, en sortant de la chrysalide du noviciat, le beau papillon céleste de la Visitation. Notre-Seigneur est la fleur sortie, comme dit l'Écriture, de la racine de Jessé ; et c'est dans le calice embaumé de cette fleur du paradis que chaque jour de ta vie tu vas puiser la nourriture et la vie.

Après mon souhait de fête, et avant de te quitter, je te prierai de rassurer la bonne sœur Marie-Donat sur le sort de Gustave. Sa mère m'a

écrit hier ; je lui ai envoyé 20 francs par le curé de Corentin, et dès mon arrivée à Paris, je m'occuperai de l'enfant. Le dimanche et les jours de fête, il sera recueilli par l'excellent patronage de Nazareth.

Adieu, ma bonne Sabine, nous allons tous bien de ce côté-ci.

Je t'embrasse tendrement. Porte à toute la communauté mon meilleur souvenir avec la bénédition de Notre-Seigneur.

Les Mouettes. 19 août 1863.

Ma bien chère Sabine,

'anticipe d'un jour ma lettre du 21 >our arriver près de toi aux première2 I5^)vêpres. 11 y a quatre ans, ou même cinq, si je ne me trompe, que tu as pris le saint habit du renoncement et de la paix. Quelle grâce et quel bonheur pour toi d'abord, et puis pour nous ! C'est bisn certainement à la grille du monastère que mon pauvre père a été se préparer de loin à paraître dignement devant Dieu. C'est là que maman va chercher ses meilleures consolations et directions. C'est là enfin le lieu qui

m'est le plus cher à Paris après ma chapelle. Notre-Seigneur unit quand il paraît séparer; et c'est tout simple, puisqu'il est lui-même le centre de toute vraie union. Son esprit, qui est le Saint- Esprit, est l'union substantielle et infinie du Père et du Fils dans le mystère de la sainte Trinité ; ce même esprit, dans le mystère de l'Incarnation, opère l'union ineffable des deux natures en Notre- Seigneur, et dans le mystère de l'Eglise, il nous unit à Jésus et au Père, et tous ensemble les uns avec les autres. Plus nous aimons le bon Dieu, et plus nous sommes uns; comme les rayons d'un cercle qui ne sont plus qu'un au centre qui les réunit. Quel bon rendez-vous que Jésus-Christ ! Recommande-moi de plus en plus aux chères prières de mes vieilles amies de la Visitation. Voilà de vraies amies et de solides amitiés, arrosées uniquement et fécondées par la grâce du Sauveur. J'en ai bien besoin, surtout dans certains moments où il me semble que je ne tiens plus qu'à un fil. Notre-Seigneur permet cela pour faire mieux sentir que sans lui il n'y a ni force, ni volonté, ni paix, ni joie, ni vie ; et que tout ce que l'on a fait n'est rien qu'en lui et que par lui. Comme il est difficile de demeurer longtemps dans cette vérité, si évidente cependant, et si pratique: Je ne suis rien et Jésus seul est tout !

Adieu, ma bonne et chère fille. Nous allons tous fort bien ici, et la piété y est bonne et solide sur toute la ligne.

Après-demain notre belle fête de famille. Dis à tes sœurs et à mes sœurs que je serai avec elles toute la journée.

Les Nouëttes ier septembre i86î.

Ma bonne Sabine,

e ne peux m'empêcher de t'écrire trois |c4mots pour célébrer avec toi et avec mes fâ^amies du monastère, le neuvième anniversaire de la reprise de mes yeux. Il y aura demain neuf ans, que Notre-Seigneur m'a touché là, me marquant du signe de sa croix qui est le signe du paradis. Plus je vais, plus je goûte l'excellence de cette grâce qui simplifie tellement ma vie et la rend par conséquent toute lumineuse. « Si ton œil est simple, dit l'Evangile, tout ton être sera lumineux. » Or mon œil est plus que simple. C'est là mon petit monastère, ma petite clôture ambulante, qui m'oblige à pratiquer la pauvreté et l'obéissance ; la pauvreté, en me séparant de tout, bon gré, mal gré ; l'obéissance

en me mettant du matin au soir dans la dépendance permanente de quelqu'un.

Dieu soit donc béni, comme disait notre bon saint François de Sales ; demande-lui qu'il ait toujours compassion de moi, et qu'il me garde sur la croix, tout près de lui, comme le bon larron. Je n'ai pas oublié notre bonne chère Mère pendant sa retraite et j'espère bien que cette année, comme l'année dernière, on me tiendra au courant des bordées que le monastère lancera en retraite, afin que je les accompagne chacune du saint sacrifice.

Je reviendrai à Paris, s'il plaît à Dieu le vendredi 2 octobre, et le samedi 3, je serai auprès de ma vieille sœur Jeanne-Françoise que j'aime bien, que j'aime tant.

Les Nouëttes, 21 septembre 1S63.

e viens de dire la messe pour toi, ma ychère fidèle, pour toi, et aussi par con- ^comitance pour notre vieille Marie Donat, pour la Mère supérieure et pour tes neufs compagnes de retraite. L'un de ces jours, je dirai de nouveau à tes intentions la messe d'action de

grâces. Quand tu verras le bon Père Seignais (ou Seigner), dis-lui donc mille choses de ma part: il doit me croire mort et enterré, car depuis plusieurs mois, je n'ai pu recourir à son saint ministère. Dis-lui la grâce que le bon Dieu m'a faite en m'attirant à la confession de chaque matin ; sainte et sanctifiante pratique s'il en est.

Le retour de l'abbé Diringer, qui nous arrive, ce soir même, va me permettre de reprendre, dès demain matin, cette sacrée purification et préparation à la messe. Quant à toi, ma bonne et chère Sabine, je t'ai chargée et tu te charges de m'aider à faire fructifier cette surabondance de froment que le Sauveur sème en mon champ.

Nous sommes en train avec maman de lire le Traité de l'amour de Dieu de saint François de Sales, que je ne connaissais pas du tout. Il est rempli de choses divines et charmantes, mais tellement mêlées de métaphysique et de pastorale enchevêtrées que je comprends parfaitement qu'il soit peu lu et peu goûté. J'y trouve des passages excellents pour mes petits traités.

J'ai été souffrant, et maintenant je vais très bien.

Adieu, ma bonne vieille fille; je m'unis à toi et à toutes nos chères sœurs pour suppléer à ce qui me manque. Je te bénis de tout mon cœur,

et t'aime de plus en plus en amour de l'amour éternel, seul vrai, seul solide, seul durable et vivant.

Les Mouettes, 29 août 1684.

a chère Sabine, je t'ai souhaité ce matin |ta fête à l'autel, en compagnie du bon [$ t'Mgr Bastide qui nous a quittés ce matin. Je viens de recevoir ta lettre et ta recommandation; dis à la bonne sœur Rosalie que je connais cette espèce de saintes bêtes, que l'on renvoie du séminaire, faute de moyens, et, sois en bien sûre, faute aussi de vertus capables de compenser le manque d'intelligence. Si ce brave homme persiste à vouloir se consacrer à Dieu, qu'il entre comme servant chez les frères de Saint Jean de Dieu ; il trouvera là son affaire.

Je n'oublierai pas notre bonne et sainte Mère pendant sa retraite ; toi et ma sœur Marie Donat, n'oubliez pas non plus le dixième anniversaire de ma chère cécité. Cela commençait aujourd'hui, et se terminait le 2 septembre. Ce jour-là était un jour de grande grâce, dont je bénirai Dieu dans l'éternité. Après tout il n'y a de vraiment bon et sanctifiant sur la terre que la croix et la pri-

vation. Tout le reste fait de la sainteté de sucre.

Adieu, ma chère fille. Je te souhaite, pour la Sainte-Sabine, de subir comme elle le martyre de la vie, sinon celui de la mort.

Mille bénédictions et affectueux souvenirs à toute la communauté. Nous allons tous très bien.

Les Nouëttes, 19 août, pour le 21 1865.

Ma bonne Sabine,

îâ^onnaissant les usages, coutumes et ifjljl mœurs de la Visitation, je t'écris aujourd'hui 19, ma lettre du 21, laquelle te sera remise, je l'espère dans l'octave. Mon but principal n'est pas de me rappeler à ton cher souvenir (ce serait trois fois superflu), ni de te dire que je pense bien affectueusement, bien doucement à toi ; mais de te souhaiter ainsi qu'à toute la communauté une bonne fête, toute parfumée de joies saintes, de grâces excellentes et de tout ce qu'aimait et demandait pour ses filles sainte Jeanne de Chantai, quand elle célébrait au milieu d'elles à Annecy l'anniversaire béni de la naissance de son bienheureux Père. Pour toi.

ma chère fille, ce sera évidemment une grande grâce de très pure simplicité, de joie intérieure, très-forte, très grave, très profonde, imperturbable , et qui puisse pleinement résister- aux épreuves du dedans et du dehors. Je compte sur toi pour demander pour moi-même ce double trésor, à sainte Jeanne de Chantai, dans ta communion du 21. Comme d'habitude nous ferons grande fête lundi matin à la chapelle ; j'y célébrerai pour toi le saint sacrifice, trésor immense qui verse sur notre âme et en notre intérieur la plénitude du sang, de l'Esprit et de la Rédemption du Fils de Dieu, et que l'habitude nous empêche d'apprécier comme il faudrait. Le bon petit Pierre compte se joindre à nous tous pour communier à ton intention, de sorte que ce jourlà nos cœurs seront tous braqués au nord-est vers la Visitation de la rue de Vaugirard. Toutes nos chères sœurs, et en particulierla chère Mère et la bonne vieille Marie Donat, auront part à cet affectueux souvenir.

Maman a eu une assez forte crise de foie il v a huit jours ; grâce au ciel cela n'a pas eu de suite. Depuis deux ou trois jours, je me sens unpeu fatigué et comme démoli : j'ai commencé les eaux de Vichv ; car je suis à peu près sûr que cela vient du foie.

Adieu, ma bonne et chère Sabine. Que saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantai te bénissent chaque jour davantage. L'abbé Gay et Mgr Amanthon paraissent très satisfaits de notre 3° petit traité, qu'ils ont lu déjà presque en entier.

Les Nouëttes, 29 août i86j.

>ous te souhaitons tous une bonne fête, H ma vieille Sabine. Je viens de dire la J^^g messe pour toi, et les communions ont été faites également à ton intention. La pauvre maman a sans doute demandé avec de grandes instances au Père des lumières, qu'il te laissât la petite lumière du dehors. Moi, je ne me contente pas de si peu pour toi (qui es une personne émérite) et je demande la grande lumière du dedans, le rayonnement parfait du grand soleil vivant, sans me préoccuper du petit reflet qui frappe ou ne frappe pas les yeux (1). — Il y a aujourd'hui onze ans que mon second œil a commencé tout de bon à s'en aller, pour ta fête. Ne m'oublie pas le 2 septembre, samedi pfo-

(1) Elle souffrait des yeux.

chain ; et vous non plus, ma chère mère et ma chère petite sœur Marie Donat. Pour le bon larron, le moment de son crucifiement a été le meilleur moment de sa vie et comme 1 aurore de son salut : il en est un peu de même pour moi, à l'égard de cet anniversaire de bénédiction.

Maman te tient sans doute au courant de toutes nos petites nouvelles. Tu sais, entre autres, que nous sommes en train de terminer de la façon la plus riche et la plus gracieuse la décoration intérieure de notre église d'Aube. Je suis tout heureux de cet hommage rendu à Notre-Seigneur, au nom de toute la famille : espérons qu'il voudra bien admettre dans son beau paradis, ceux qui s'efforcent de le bien loger ici-bas.

Adieu, ma fille, vivons bien unis dans le Sacré-Cœur de notre bon Jésus. Je me recommande à l'affectueux souvenir et aux saintes prières de toute la communauté, à qui je souhaite la paix et la joie de Notre-Seigneur. J'offrirai la messe pour chaque rang de retraitantes.

Les Mouettes, 29 août 1866. — Fête de sainte Sabine.

tfous avons tous célébré ta fête ce matin,

ùSchère Sabine; ta vieille fête d'autrefois,

fj maintenant recouverte par ta fête du 21, la Sainte-Jeanne-Françoise. Je viens de dire la messe pour toi, et par conséquent pour tout le cher monastère. Le membre, en effet, n'est pas séparable du corps, et toutes ensemble, en vraies soeurs, vous ne faites qu'un en Celui pour l'amour duquel vous êtes réunies en vie commune. Il est l'âme unique qui vivifie tous les membres, qui les fait mouvoir tous. Depuis la Mère supérieure qui en Jésus est la tête; la sœur déposée qui est le cou ; la sœur économe qui est le bras droit ; la sœur dépensière qui est le bras gauche ; la sœur robière qui est la peau et ainsi de suite; jusqu'à la bonne sœur portière qui avec son assistante forme les deux jambes et trotte toujours, et les sœurs converses, qui sont les pieds portant très-humblement tout le corps : la sœur Élise (1), c'est évidemment l'estomac, le vieil estomac. Les pensionnaires sont les voiles, qui 'été sont gênants et fatigants. La sœur la plus

(1) La sœur chargée de la cuisine.

bavarde, c'est la langue, et la plus fine, c'est le nez de la communauté.

Nous pensons bien souvent à toi, ma bonne petite sœur, à toi, à ton âme et à ton œil. Je prie Jésus, lumière du monde, de te garder cet œil, s'il doit servir à sa gloire. Autrement à quoi bon y voir sur la terre ? La croix vaut cinq cent mille lois mieux que la vue; et tout chrétien est obligé en conscience, s'il ne veut apostasier l'Évangile, de ne se glorifier que dans la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Jésus est en nous glorifié, et nous, nous devons être en lui crucifiés, afin de continuer en nous-mêmes son mystère admirable. Il était jadis souffrant et béatifié tout ensemble, mortel et immortel, terrestre et céleste, dans les angoisses de l'agonie et de la mort, et en même temps dans les ravissements de la vision intuitive; en nous, il continue ce double état. Nous sommes ses membres terrestres, crucifiés, souffrants, pauvres, humiliés ; et lui, en nous, lui notre homme intérieur, qui ne fait qu'un avec nous, il est notre chef glorifié, immortel et éternel, céleste, béatifié dans le sein de son Père. Voilà pourquoi il faut nous réjouir dans la croix de Jésus, quelle qu'elle soit. Voilà pourquoi il vaut mieux être aveugle ou au moins borgne que clairvoyant, souffrant que jouissant, pauvre que

riche, petite sœur de la Visitation que comtesse, marquise ou princesse.

Adieu, ma bonne fille, ma chère petite crucifiée, morte et ressuscitée. Garde bien la paix et la joie de la croix; c'est l'épanouissement de Jésus-Christ en ses enfants. Protége-nous toujours de tes bonnes prières. Mille affectueux et respectueux hommages. Mille bons souvenirs à toute la communauté et en particulier aux chères âmes que je connais davantage parmi vous. — Nous jouissons ici d'un affreux temps. — Je vais désormais dire tous les vendredis la messe de saint François de Sales pour toutes les retraites, aux intentions de notre saint fondateur sur vous toutes, et spécialement pour toi; ma chère fille et ma bonne vieille.

Au château de Kermadio, le 12 février 1S67.

Ma bonne Sabine,

tiÊffix0 t'ens * t'^0"1-6 de Kermadio, pour la Isl Fg curiosité de fait et pour la douceur du F&ié&b souvenir. Nous y voici depuis onze heures du matin, accueillis comme tu peux penser, ve-

nant de nous promener plus de deux heures par un temps charmant, et regrettant d'être obligés de repartir après-demain matin. Tout le monde se porte admirablement ici, et les yeux d'Henriette (i) ne sont que faibles. Les enfants sont étonnamment grands. Quant au cœur et à la bonté de chacun, grands et petits, je n'ai rien à t'en dire. Je t'écris de la chambre de maman. Demain matin à huit heures nous irons dire la messe au sanctuaire de Sainte-Anne ; et le soir, à cinq heures et demie, je dois prêcher notre œuvre de Saint- François de Sales dansl'église principale d'Auray. L'abbé D*** regarde, observe tout, à ton intention, et il te dira ce que, par la grâce de Dieu, je ne puis pas te dire. Après-demain matin, je dois dire la messe à Vannes, à huit heures, au couvent des religieuses de notre grand'tante Mole et de notre arrière-grand' mère de Lamoignon (2). Dans la journée, j'irai prêcher l'œuvre de Saint- François de Sales au grand séminaire, puis chez les Jésuites, puis autre part peut-être, et enfin le soir à sept heures, sermon solennel à la cathédrale. Le jeudi matin, départ à sept heures et demie et arrivée à Nantes, s'il plaît à Dieu, à

( 1 ) Sa sœur jumelle.

(2) La communauté des sœurs de charité de Saint-Louis, .ondée vers 1805 par madame Mole.

midi et demi. Là, à deux heures et demie, sermon pour les associés de Nantes; et de nouveau, le soir à sept heures et demie, grand sermon dans une grande église, digne d'un grand prédicateur. Nous repartirons définitivement le lendemain matin à sept heures, et nous serons rendus à Paris à quatre heures quarante minutes, à moins de faire en route le saut périlleux. Envoie cette lettre à la chère maman, à qui je vais écrire quelques mots de tendresse, mais à qui je ne répéterai pas ces détails d'itinéraire.

J'ai été enchanté de notre retraite de Nantes, quoique je ne puisse faire là qu'une partie du bien que j'ambitionnerais. Que de ressource dans cette race bretonne, si énergique, si cordiale et si catholique ! Je t'en parlerai plus en détail samedi prochain.

Le choléra et sa fille la cholérine se promènent dans toute la Bretagne, sans compter les fièvres typhoïdes et les fièvres muqueuses. C'est sans doute ce beau temps hors de saison qui fait éclore ces fleurs exotiques, arrosées par ces millions de crimes publics et privés, qui devraient faire pousser partout les plus belles plantes grasses de l'enfer. Espérons que le cher Kermadio sera préservé par sainte Anne, par l'air pur de la mer et par tes bonnes prières.

Je te remercie, ainsi que la bonne vieille Marie- Donat et toutes tes sœurs, de l'assistance puissante que vous m'avez donnée tous ces jours derniers. Deux ou trois fois, je me suis senti bien fatigué, et les choses ont marché tout de même.

Adieu, ma bonne fille. Je t'aime bien tendrement. A nous revoir samedi prochain, et en attendant, mille hommages, souvenirs, actions de grâces et bénédictions à la communauté.

Mouettes, 2 septembre 1866.

Ma bonn3 fille,

m e ne veux pas laisser passer mon beau ç^et grand jour anniversaire de grâces, 'sans t'écrire quelques lignes destinées, non pas à nous unir plus intimement, mais à nous faire sentir plus vivement notre union. Cette grâce tu l'as presque entièrement ; car l'état débile du pauvre œil qui te reste, ne peut guère compter pour de la vue ; cela remplace tout simplement un bâton ou un caniche. Quand tu m'écriras par la bonne sœur Thaïs, donne-moi des nouvelles de ce pauvre cher caniche, qui te rend encore des services si signalés. Dis-nous aussi combien

de maçons se sont cassé le cou, les bras ou les jambes, combien de charpentiers se sont rompu les reins dans la bienheureuse construction du pensionnat. S'il n'y a que dix morts et vingt blessés, je demande à la bonne Mère une neuvaine de Te Deum ; n'est-ce pas, en effet, une grande grâce ? Il aurait pu y avoir vingt morts et autant de blessés que de survivants.

Donc, c'est une grande bénédiction et une faveur inappréciable que d'être fixé à la croix par une infirmité quelconque, et surtout par celle de la cécité. C'est une participation permanente à Jésus crucifié, et une sorte de consécration religieuse qui vous oblige bon gré, mal gré, à renoncer au monde, aux folles joies, aux attraits si dangereux des grandeurs humaines, des fêtes, des réunions ; c'est comme une goutte d'absinthe divine qui vient christianiser tous les breuvages de la terre, et une sorte d'élixir contre le naturalisme. Aide-moi, ma chère sœur, à bénir Dieu de cette visite bien imméritée. Pendant l'éternité nous aurons à peine le temps de remercier le bon Dieu de la grâce des croix qu'il nous accorde.

Rien de nouveau ici, grâces au ciel. Il fait toujours un temps de chien sauvage. Que Notre- Seigneur te donne sa joie et son amour, ainsi qu'à toutes les chères sœurs de ta sainte corn-

munauté. — Tu verras sans doute bientôt le bon abbé Diringer : il doit arriver à Paris, pour repartir presque aussitôt, jeudi ou vendredi, le 6 ou le .

Les Nouëttes, 19 septembre 1866.

Chère Sabine.

'e te remercie de me faire entrer en re" jtraite avec toi, moi qui ne puis plus (faire de retraite proprement dite. L'essence d'une retraite est avant tout le silence et la solitude, et mes yeux me rendent ce double moyen impossible au moins dans une mesure. Mon silence est changé en paix intérieure, et ma solitude, c'est le petit cloitre que le bon Dieu s'est chargé de me faire lui-même.

J'ai dit ce matin la messe en l'honneur de Notre-Dame de la Salette ; demain, ce sera pour toi et pour tout le monastère. Merci mille fois et cent mille fois de l'inestimable présent que la communauté m'a fait hier matin au pied des autels. J'en ai ressenti les effets dans le courant du jour. — Nous allons bien. Il y a beaucoup de communions et de bonnes communions dans la

chère petite chapelle où ont passé nos deux grand'mères, mon père et d'autres qui ne sont plus de ce monde. La chère maman y prie beaucoup et )' communie chaque matin. Les enfants y viennent aussi, régulièrement et souvent. Ce sera pour nous et pour eux une mine de bons souvenirs.

Maman vieillit singulièrement tout en se portant bien ; elle devient beaucoup plus sourde, et par conséquent plus distraite ; elle s'endort souvent et plus facilement ; ses yeux se fatiguent et sa voix perd de sa force et surtout de sa clarté. Elle est malgré cela étonnante pour son âge : soixante-sept ans révolus.

Adieu, ma chère fille. La bonne maman rêve pour ses petites-filles des mariages improbables. Je vous recommande à toutes ma retraite du séminaire de Poitiers, qui commence le 29 et finit le 6 octobre. Nous comptons revenir à Paris le jeudi 1 1.

Adieu, ma sœur bien-aimée.

Les Mouettes, 10 août 1867.

Ma bonne fille,

e viens d'avance te souhaiter, ou, pour mieux dire, souhaiter à la chère famille que le bon Dieu t'a "préparée de toute éternité, une bonne et sainte fête. Par une coïncidence gracieuse, ce centenaire de sainte Jeanne de Chantai est en même temps le troisième centenaire de la naissance du grand et cher saint François de Sales. A Annecy ce doit être bien beau, ou pour mieux dire bien bon ; mais c'est bon partout, et nous pouvons tous faire pour les deux saints d'Annecy un pèlerinage à la manière de M. Ollier. Tu connais ce petit trait. Arrivé à Annecy, en pèlerinage depuis Paris, il resta cinq minutes devant la châsse du bienheureux évêque, puis alla passer cinq ou six heures au pied du Saint-Sacrement. « Ce n'était pas la peine de faire si grand chemin pour adorer le Saint-Sacrement qui est partout, » lui dit quelqu'un qui l'avait observé. — Je sais bien que le Saint-Sacrement est partout, répond le saint homme ; mais devant les reliques de saint François, mon Maître m'a fait comprendre qu'il était seul la source de la grâce de ce grand serviteur

de Dieu, et que pour avoir l'esprit de ce bienheureux, il me fallait recourir au Saint-Sacrement de l'autel. »

Après-demain, je dirai la messe dans ces intentions, en notre nom à tous et à toutes, au tien en particulier, ma chère fille. Demandons-lui, et nous obtiendrons l'esprit si saint, si doux, si fort, si grand, si profondément évangélique et catholique, de saint François de Sales et de sainte Jeanne-Françoise de Chantai, en la mémoire desquels je suis tout à toi et à tes sœurs.

Je recommande à la protection de tes prières un nouveau petit travail, déjà fort avancé et qui est venu tout seul sans que j'y pense. Je voulais faire un simple article pour le Bulletin de saint François de Sales ; cela s'est développé et est devenu un opuscule au moins aussi gros que celui sur les Francs-Maçons. Il a pour titre et pour .sujet : La foi devant la science. C'est une série de courtes réponses aux objections scientifiques contre la foi. Ce sera, je pense, terminé dans quatre ou cinq jours.

Adieu, ma très chère Sabine. Prie bien pour nous. Nous allons, grâces à Dieu, bien ici. Mille bénédictions à toute la communauté. Je n'oublie pas la retraite de la sœur Marie-Donat, ni celle de la bonne Mère supérieure pour le 21.

Les Nouëttes, 12 août 1867.

■iO

hère Sabine, nous avons commencé à gflire l'Année sainte (1). C'est vraiment

admirable, admirablement beau, admirablement bon. Daigne Notre-Seigneur t'accorder une si bonne vie et te rendre si parfaitement religieuse, c'est-à-dire épouse et consacrée, que tu mérites un jour de figurer dans le supplément de l'année sainte ! Chaque soir, de six heures à six heures et demie, la chère maman me fait cette pieuse lecture en compagnie de l'abbé Grégoire qui la goûte parfaitement. J'ai déjà marqué plusieurs beaux petits passages qui trouveront leur place quelque part et dont je larderai mes modestes fricandeaux. Cette publication est, ce me semble, une grâce toute providentielle ; elle ramènera partout la ferveur première, et contribuera puissamment avec le renouvellement de piété occasionné par la béatification de Marguerite Marie, à faire de la Visitation le cœur même de l'Église, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus délicat, de plus intime, de plus Jésus. Quelle grâce que tu sois à la Visitation, et non ailleurs ! Les

L'année sainte de la Visitation, formée de la vie des religieuses de l'ordre mortes en odeur de sainteté.

Visitandines sont à l'Église ce que sont les duchesses dans la bonne société : la fine fleur des pois.

Nous étouffons ici depuis hier; avant, nous gelions. Et vous autres? À la garde de Dieu! car après tout, cela ne fait pas grand'chose d'avoir chaud ou froid ; la grosse affaire c'est d'avoir le cœur bien chaud et la volonté bien ardente à l'endroit de Celui qui est tout en tous, et en dehors duquel tout n'est qu'illusion, niaiserie, bulle de savon, tromperie et danger.

Je m'unis à toi, ma sœur etma fille bien-aimée, pour être plus à lui seul. Aidons-nous les uns les autres à monter au ciel, c'est-à-dire à entrer et à demeurer en Jésus.

Nous allons tous ici fort bien, grâces à Dieu ! Une grande union et une affection cordiale règne entre nous tous. Les enfants sont bons et gentils, très purs, très innocents . As-tu vu le pauvre Naudet? il écrit aujourd'hui qu'il ira incessamment au monastère. As-tu vu aussi le cher Paul?

Adieu, ma bonne fille, je te bénis ent'embrassant. Lei6 et durant toute la neuvaine. je n'oublirai pas la retraite de la sœur Marie Donat. Fais-lui boire un peu de vin de Malaga pour la soutenir dans la voie de la perfection. Mille bé-

nédictions à la chère communauté, et en particulier à celles de tes sœurs qui veulent bien parler un peu de moi au bon Dieu. L'abbé Grégoire fait parfaitement. Nous sommes tous charmés de lui. Je l'ai reçu ce matin au Tiers-Ordre de saint François.

Camille qui vous écrit cette lettre vous embrasse de tout son cœur et se recommande à vos prières. Le 21, jour de votre fête, nous communierons, tous et toutes pour vous.

L?s Mouettes, 13 août 1867.

Ma très chère et très bonne Sabine,

'^f^v e viens te souhaiter une bonne Assomption et te demander de me la souhaiter ^^: également dans ta communion d'après demain. Nous ne sommes sur la terre que pour être assumés par Notré-Seigneur, le roi du Ciel, qui passe tout son temps, au fond, au centre et au sommet de notre âme, à nous assumer en détail, à nous attirer de nous à lui, à nous prendre à lui et pour lui, afin que nous nous transformions totalement en lui. Notre vie chrétienne et religieuse, qu'est-ce donc autre chose qu'une As-

somption anticipée, et le beau voyage de la terre au ciel, de nous à Jésus, de la misère à la perfection bienheureuse ? au bout du voyage notre corps aura son Assomption, comme conséquence de l'Assomption déjà consommée de notre âme, et nous serons tout entiers au paradis comme la bonne Vierge et avec elle. Ce voyage est fatigant comme tous les voyages: ne nous lassons pas de marcher, de monter ; celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé et glorifié.

Où en est ton pauvre œil borgne ? être aveugle est une bonne condition pour le voyage de l'Assomption éternelle ; ne pas voir la terre aide à mieux voir le ciel ; c'est comme ces bêtes à qui on bouche les yeux pour leur faire mieux exécuter certains travaux qui leur feraient tourner la tête si elles y voyaient clair. C'est la terre qui nous fait tourner la tète et nous empêche de monter franchement au ciel.

Je te souhaite bien vraiment la conservation de ton peu de vue temporelle, si elle peut servir à ton bien spirituel, à celui de notre cher monastère, et aux intérêts suréminents de l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sinon, je te souhaite la belle et dure croix de la cécité terrestre, et la belle et douce lumière du Roi céleste, véritable lumière du monde. Demande pour moi et

pour tous ceux que tu aimes la grâce de beaucoup souffrir, de souffrir saintement, et, s'il se peut, de mourir en souffrant pour Notre-Seigneur et son Eglise. C'est là la perle de l'Evangile et le trésor caché dans le champ de la vie chrétienne.

Adieu, ma chère fille, ma bonne vieille Sabine, et ma sœur par excellence, Je te bénis de tout mon cœur ainsi que notre chère Mère supérieure, notre bonne double vieille Marie Donat, la bonne sœur déposée, les sœurs qui te rendent le plus de charitables offices, et enfin toutes les sœurs, noires ou blanches, qui sont ta vraie famille, qui sont toutes en plein dans le mystère de l'Assomption et qui mériteraient toutes d'être, sinon canonisées, du moins légèrement béatifiées. Je demande à la bonne Mère supérieure une communion générale en réparation des blasphèmes qui s'élèvent de toutes parts contre la très sainte Vierge. Voilà mon bouquet spirituel.

Les Nouëttes, 29 août 1867.

Ma bonne sœur,

*e ne laisserai pas passer la Sainte-Sabine, Jête de ton premier baptême, sans te ^souhaiter tout ce qu'on souhaite en pareil cas. Ce matin, j'ai dit la messe pour toi, t'ofirant

ainsi le seul bouquet, la seule Heur que lu aimes et pour laquelle tu as foulé aux pieds, comme une jardinière héroïque, toutes les carottes du monde, tous ses navets, toutes ses citrouilles et même tous ses cornichons et ses pois-chiches. Dans ton beau petit parterre de la Visitation, tu cultives joyeusement et tranquillement ta belle fleur, et cachée comme une abeille au fin fond du calice, tu es à l'abri des mauvaises odeurs du dehors.

Moi, je suis en plein potager ; mais comme j'y suis un peu crucifié, je me trouve élevé par la chère croix, qui me tient en espalier au-dessus des oignons, et de toutes les plates-bandes. Demande pour moi à notre Maître, que m'ayant tiré en haut par les yeux, il ne me laisse pas redescendre soit par les oreilles, soit par la langue, soit par le cœur ou par quelque autre voie. N'oublie pas le 2 septembre. C'est mon grand jour de profession religieuse, d'entrée en clôture, de pauvreté, et de vraie joie. Celles de tes sœurs qui veulent bien penser quelquefois à moi, feraient une bien bonne œuvre si elles voulaient m'aider par une très sainte communion à remercier dignement Notre-Seigneur, et à lui demander pour un an la grâce de bien profiter de ma petite infirmité.

Nos francs-maçons marchent bon train : en

moins de quinze jours 14,000 exemplaires, 4 éditions: la 5e et la 6e sont sous presse. L'ennemi enrage, dit-on, et s'apprête à crier comme un chien à qui l'on a écrasé la patte. L'Avenir National, le même journal qui s'est occupé du monastère, m'a déjà lâché deux bordées empreintes d'une suavité évangélique.

Adieu, ma fille, prionspour ces méchantes bêtes, afin que leur bêtise excuse leur méchanceté. Je te bénis avec une grande tendresse, et avec toi la chère Mère supérieure, la bonne vieille Marie Donat, la sœur déposée, la sœurThaïslaScélérate} et l'illustrissime sœur Élise de la sainte Marmite.

Nous allons tous très bien.

Les Nouëttes, 7 août 1868.

Ma bonne chère Sabine,

^fyff??ous voici aux Nouëttes depuis hier au ssoir, sans accident ni encombre. Maman g va déjà mieux ; elle a pu manger ce matin un peu de viande avec son bouillon ; elle parle plus librement, est un peu moins faible et, quoique son dérangement ne soit pas complètement terminé, ce n'est plus évidemment qu'une queue amère et un touchant souvenir. Elle t'écrira demain.

Hier au soir, cette nuit et surtout ce matin, il y a eu une bonne petite pluie, et l'on sent que malgré le soleil, le bain chauffe encore. Il paraît qu'il en faudrait pendant huit jours de suite pour contenter hommes, animaux et plantes. Un petit garçon d'Aube, de dix huit mois, est mort cette nuit du choléra, ou de quelque chose qui y ressemble fort. Ici, comme à Paris, comme partout, la grande chaleur a encoliqué l'humanité souffrante.

Tâche, ma bonne fille, de n'avoir à nous envoyer que de bonnes nouvelles de ton cher cœur et de ton pauvre corps (i). Après demain dimanche, je dirai la messe pour toi, afin que Notre-Seigneur, la sainte "Vierge et saint François de Sales t'accordent une très grande force, une patience très simple, très humble et très douce, au milieu des affaissements et des ennuis de la maladie ; c'est là bien évidemment le principal. Puis, je leur demande, dans la mesure de leurs desseins d'amour sur toi, de te rendre à la santé et de te laisser quelque temps encore à notre tendresse.

Adieu, je te bénis en t'embrassant fraternellement, et en te chargeant de mes plus affectueux hommages autour de toi.

(i) Elle était atteinte depuis plusieurs mois de la maladie de poitrine qui allait l'emporter.

Les Nouëttes, 13 août 186S.

Chère Sabine,

Wfàï» ous venons de recevoir ton mauvais petit ;f bulletin d'hier. Je demande à notre saint «.François de Sales de si bien faire que le prochain soit plus consolant. La souffrance vaut cependant mieux que la jouissance ; mais cela est si dur quand on y est ! Celui qui est en nous a voulu y être le premier pour nous, afin d'y être avec nous, et de sanctifier nos douleurs par les siennes. Ne manque pas, ma chère petite prédestinée, d'offrir tes étouffements, tes ennuis, tes langueurs et toutes tes crises, tantôt pour un objet, tantôt pour un autre-. Je te recommande en particulier ma pauvre âme et mes chères âmes. Nous avons tous tant besoin d'expiations et de grâces !

Maman va beaucoup mieux, presque très bien, ne marche pas mal, a bon appétit, et, paraît-il, bon visage. Tout se passe à merveille ici. J'espère fort qu'il n'y aura aucun nuage sur le ciel de nos vacances. Il fait aujourd'hui rudement chaud. Adieu, ma très chère, très bonne et très douce fille.

Sois sainte tant que tu peux, c'est-à-dire patiente, humble et douce, partout, toujours, malgré tout.

Je te bénis en t'embrassant en esprit. A après demain un petit mot. Il m'est venu ce matin à la messe une bonne pensée pour toi. Devine ce que c'est.

Adieu, ma bonne Sabine (de la main même de Monseigneur).

Les Nouëttes, i? août 1868.

g ous avons reçu ce matin deux fois de tes H nouvelles ma chère fille, par toi-même lÉIl^if d'abord, par le bon abbé Diringer ensuite qui m'écrit de Douai. Elles ne sont pas fameuses; mais je ne m'attends plusà rien defameux du côté de ton pauvre corps. Quant à l'âme, quant à ce qui est vraiment toi, quant à ce qui vit de la vie éternelle de Jésus, c'est une autre affaire ; et il faut absolument que ce soit fameux et très fameux. — Comme tu n'as pas deviné le projet que je t'annonçais l'autre jour et que tu ne pouvais pas deviner, je vais te dire confidentiellement ce qui m'est venu dans l'esprit. Dès que je saurai si le bon abbé Dulac, qui vous dit chaque matin la première messe, est à poste fixe à Paris; s'il peut disposer chaque matin de ses intentions de messe ; et s'il voudrait me donner la préférence, je le prierai de dire chaque

matin la messe pour toi ; messe de réparation et d'actions de grâces, comme nous disions dernièrement encore à Paris ; messe de supplication, pour obtenir au jour le jour tout ce que la sainte Vierge et saint François de Sales voient être le meilleur pour toi. Ne sera-ce pas, dis-moi, une belle manière de me faire représenter auprès de toi, pendant mon absence? Et puis; quelle grande source de grâces, de patience, de paix, de salut !

Et ma belle lampe? Mon cœur (1) est-il déjà dans votre chœur, devant le cœur adorable et adoré de Jésus au Saint-Sacrement? J'espère que l'orfèvre ne nous manquera pas de parole, et que cette lampe sera étrennée pour les premières vêpres de l'Assomption.

Ma chère maman continue à bien aller, et la paix la plus parfaite à régner ici. Tout est bien tenu en ordre et en place. Nous avons un temps charmant et la pluie revient tout doucement, très raisonnablement.

Adieu, ma fille, ma chère bonne fille. Offre tes souffrances et tes ennuis pour le pape et pour le futur concile, et aussi pour les plus saintes âmes du purgatoire. Je te bénis au nom du Dieu

(i) Cette lampe en forme de cœur était destinée à renferd jour le cœur de Mgr de Ségur qui y repose aujourd'hui.

de notre éternité, en qui nous nous aimons et nous nous aimerons toujours.

Vive Jésus.

(de la main même de Monseigneur).

Les Nouëttes, 23 août 1868.

Ma bonne Sabine.

=s» ous ne t'oublions pas ici. Tous les ^soirs, à la prière commune, ton nom est

^ Oe premier en tête des recommandations; tous les jours à la messe et bien souvent le long de la journée, il revient avec son parfum de douceur et de tendresse. Avant-hier, fête de sainte Jeanne Françoise, il va sans dire que ma messe et toutes les communions ont été pour toi. ainsi que de bonnes et nombreuses prières. Aujourd'hui, nous n'avons pas oublié la pauvre Adèle (1) ; il y a vingt et un ans qu'elle est dans son éternité. Espérons que nos prières ne sont plus pour elle des suffrages expiatoires, mais des chants d'actions de grâces. Après-demain, pour la Saint-Louis, je me recommande au charitable souvenir de toute la communauté. Si d'ici deux

(1) Son ancienne bonne.

à trois jours vous n'entendez pas parler de notre lampe du chœur, de grâce que l'une de vous écrive à l'orfèvre, pour le presser.

Je remercie bien cordialement l'excellent abbé Dulac de sa messe quotidienne. S'il peut me la consacrer, ou plutôt te la consacrer pendant deux mois, c'est-à-dire jusqu'au 18 octobre, je lui en serai infiniment reconnaissant. La bonne Mère supérieure voudra bien, n'est-ce pas, lui donner en mon nom les honoraires, tous les quinze jours ou tous les mois, selon l'usage. A mon retour définitif, le 18 octobre, nous réglerons ensemble ce petit compte.

Quel bonheur que ma confidence de l'autre jour t'ait fait du bien et vous ait toutes consolées! Ce petit acte de foi et de charité attirera sur toi d'abord, puis sur maman et sur nous tous, je l'espère vivement, la grâce d'une bonne vie. d'une sainte mort, et d'une bonne éternité. Notre Seigneur donne tout pour rien : « Parce que tu as été fidèle en de petites choses, je t'établirai sur de très-grandes. » — Soyons également fidèles à porter la croix de la vie qui, en définitive, n'est grande et lourde que relativement. Qu'est-ce que tout ce que nous pouvons faire et souffrir par rapport à l'infinité éternelle de l'éternité ?

Maman continue à bien aller. Nous tous aussi.

Nous attendons de toi demain on après, de moins mauvaises nouvelles.

Adieu, ma Sabine bien-aimée. Je bénis toutes les minutes de tes journées et de tes nuits, et prie la sainte Vierge, saint François de Sales et sainte Jeanne-Françoise de les sanctifier par une patience très sainte et très énergique.

Mes respects à l'excellente Mère Marie de Sales.

Monastère de la Trappe. — Samedi matin (août 1868). Chère Sabine,

e voici dans un autre monastère, ayant

commencé une grande et sainte œuvre, que je recommande à la protection de tes prières et de tes souffrances. Elles sont d'autant plus méritoires que tu en sens moins- l'excellence, la perfection de nos œuvres étant en proportion de l'anéantissement de notre amourpropre. Tout à l'heure je parlais de ton douloureux état à un bon petit frère Joseph qui nous sert, et il me répondait : « Je voudrais bien être à sa place. Le bon Dieu envoie d'ordinaire des maladies douloureuses aux meilleurs religieux, afin de leur faire éviter le purgatoire. Ici, c'est toujours comme cela. » Tes grandes et longues

souffrances ne sont donc qu'un nouveau témoignage du très grand amour de ton Sauveur. C'est le purgatoire des imperfections de ta vie religieuse. Moi aussi, je voudrais bien être à ta place ; mais il ne faut rien désirer en ce genre, ni rien refuser : ce qu'envoie Notre-Seigneur, c'est là ce qui est le meilleur ;c'est là ce qu'il faut vouloir uniquement.

Je te bénis en te donnant le baiser de paix. Mille respectueuses tendresses autour de toi. Le cher abbé Gav m'a écrit hier, pour avoir de tes nouvelles. D'après ce qu'il dit, une lettre de lui pour toi a dû se perdre ces jours derniers. Que la sainte Vierge et saint François de Sales te soutiennent à chaque instant du jour et t'aident à te sanctifier très parfaitement par la patience !

— L'abbé Diringer se joint aux prières et aux vœux de Mgr pour la chè/e malade.

Les Nouëttes, \6 septembre 1868.

Chère Sabine, •

'as de nouvelles, bonnes nouvelles, dit le ^proverbe. Pour toi, lesbonnesnouveU.es 'ce sont les moins mauvaises : les pauvres crucifié s ne peuvent guère se bien porter ; et

quoique le bon larron1 trouvât dans l'amour et la miséricorde de son Jésus la consolation d'une grande paix, je crois qu'il eût trouvé un peu singulières celles des saintes femmes du Calvaire qui lui eussent demandé comment il se portait. Hélas, ma pauvre fillette, il ne se portait pas, le bienheureux infortuné: il était porté, et porté bien haut, bien près de Dieu, par la sanglante croix, où il était cloué. Et toi aussi, lors même que tu ne le sens pas, tu es portée bien haut par la grâce de ton état de victime.

Maman va sans doute t'écrire et te dire combien elle est mieux depuis qu'elle est ici. C'est une vraie métamorphose. Si tu souffres parfois de son absence, tu peux te consoler à coup sûr en songeant au bien incroyable que lui fait son éloignement de Paris. Nous travaillons chaque jour à la révision de son manuscrit de l'histoire sainte. Ce sera un bon et charmant livre.

Adieu, ma bonne vieille enfant, ma pauvre petite misérable, que je plains, que j'envie, que j'aime et que j'embrasse de tout mon cœur.

Les Nouëites, 19 septembre 1868.

Ma chère Sabine,

fa bonne sœur Marie Donat nous a écrit j§ce matin une longue lettre très intéressante (car elle parlait de toi toutle temps) où elle nous disait qu'il y avait plutôt un peu de mieux dans ton douloureux état et tout au moins le statu quo. Dieu soit béni de ce soulagement consolateur ! Quand pourras-tu, pauvre fillette, redescendre au chœur, y communier avec tes sœurs, y adorer le Sacré-Cœur de Jésus dont la sainte image est désormais lumineuse au milieu de vous ? Si Notre-Seigneur ne le voulait pas, il ne faudrait pas le vouloir ; mais tout en répétant avec lui et du fond du cœur : « Non mea voluntas, sed tua fiât ! » Nous pouvons espérer qu'il nous permet de l'espérer ,et de le demander. On peut tout espérer et tout demander quand on ne tient à rien. Garde bien ton Jésus et sa paix au fin fond de l'âme; c'est l'unique nécessaire de ce monde. Dans le ciel, ce sera Jésus et sa gloire éternelle.

Maman continue à se très bien trouver des Nouëttes. Elle fait deux ou trois bonnes promenades, et il n'y a pas de nuage à l'intérieur. Tout le monde va bien. Je t'embrasse tendrement. On

m'appelle pour une visite de voisin de campagne. Adieu, mes chères mères, mes sœurs. Mille bénédictions.

Les Mouettes, 26 septembre 1868.

Ma bonne Sabine, Ip^^p'est aujourd'hui mon jour de t'écrire % fijffiBlpMaman le fera demain. Nous venons de •^^^^ recevoir de tes nouvelles par l'excellente sœur Marie Donat, qui nous dit que l'eau de tes pauvres jambes t 'appauvrit en proportion qu'elle te soulage. IN'est-ce pas terrible que d'être ainsi porté sur un plateau de la balance qui ne peut s'élever qu'à la condition de voir baisser l'autre côté? Ce qu'il y a de plus clair, c'est que tu n'es là que par la volonté très formelle de Celui qui t'aime plus que lui-même, et qui sait admirablement ce qu'il fait. L'abandon à Dieu n'enlève pas la souffrance; mais il la pénètre etl'embaume de ce qu'il y a de plus profond, la paix. O ma bonne fille ! Je te souhaite de grand cœur cette paix divine. Notre-Seigneur avait ordonné à saint François et à ses premiers compagnons d'avoir soin de se saluer toujours en se souhaitant la paix de Dieu. « Que le Seigneur vous donne sa paix! » disait saint François et on lui

répondait, en complétant le souhait : « Et la vie éternelle. Ainsi-soit-il. »

Réponds-moi, je te prie par cette excellente parole, au fond du cœur, et demande pour moi la vie éternelle, qui est Jésus possédé dans sa gloire. La paix, c'est Jésus possédé dans sa grâce.

La chère Maman va toujours bien, malgré le fardeau de sa soixante-dixième année, de toutes ses souffrances passées, de ses petites infirmités, de ses émotions et de ses peines. Le bon Dieu nous donne à tous ici, à peu de chose près, la bénédiction de la santé, et, d'après les nouvelles, à toute la famille également. Tu es seule en ce moment la petite hostie d'expiation : porte-nous bien tous dans ton cher cœur, avec nos pauvres péchés, nos misères, nos indigences, et nos périls spirituels.

Je n'ai pas besoin de te répéter tout ce que je demande à la sainte Vierge et pour ton âme et pour ton corps, et pour la grande vie, et pour la petite vie. Demande-le pour moi. Je t'aime, t'embrasse et te bénis au nom et dans l'amour de notre unique amour.

Les Nouëttes ,ier octobre.

eveuxt'écrire deux lignes, ma très bonne Kg et très chère, pour la fête de ton ange :) gardien; j'entends parler de celui qu'on ne voit pas, qui est là, au dedans, près de Jésus et près de l'âme ; il y en a, en effet, un autre et même beaucoup d'autres au dehors : la sœur Marie Donat, la Mère supérieure, la sœur déposée, la sœur aspirante, la sœur infirmière, la sœur Marie Thaïs, et tant d'autres que tu sais.

Je te souhaite d'être un ange, ni plus, ni moins ; un ange de Jésus, un ange de la croix, tout bon, tout consommé en amour et en abandon. Quoiqu'on ne puisse embrasser les anges, je t'embrasse de loin avec une grande tendresse. Maman va toujours bien. Elle se réjouit de penser que dans huit jours elle sera près de toi. Moi, je viendrai le mardi 6, voir un peu si tu es bien sage. Adieu, nous avions peur pour toi de ces grands vents d'équinoxe et de cette bourrasque qui dure depuis huit jours. Je bénis mon cher ange borgne, à moitié estropié, mais qui n'en aime pas moins de tout son cœur le Dieu des anges.

Un très-pauvre homme.

(De la main de Monseigneur.)

— 2ÔI —

Les Nouëtes mercredi 1 6 octobre 1868.

Ma chère Mère Ci),

'ai pris un renseignement que je vous transmets sans retard, au sujet de l'envoi Ides dépêches télégraphiques. Si vous êtes obligée de m'en envoyer une, adressez-la ainsi qu'il suit : Au chef de gare Aube ; pas autre chose, et au dedans commencez-la par cette parole: Mgr. Le chef de gare, ainsi averti, me l'enverra immédiatement. Il est bien convenu, n'est-ce pas, que dans les bulletins vous adoucirez le plus possible les nouvelles ; que vous écrirez directement et confidentiellement à l'abbé Diringer, si vous avez quelque chose de particulier à me communiquer ; que vous n'enverrez de dépêches qu'en cas de danger sérieux et imminent, avec cette clause : « Nous croyons qu'il est prudent que vous veniez » ; et si ma chère sœur n'était plus, vous mettriez : qu'il est frès-prudent, etc.

Veuillez ma bonne Mère, lui remettre la lettre ci-jointe ; recevoir mes respectueux et affectueux hommages, et me recommander de nouveau au pieux souvenir de la communauté.

(1) Lettre adressée à la Mère supérieure.

Le lendemain, 17 octobre, une dépêche appelait Mgr de Ségur et sa mère à Paris, et le 20, la sœur Jeanne-Françoise expirait doucement et saintement entre leurs bras.

LETTRES

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