LETTRES AU PETIT SEMINAIRE DE MONTMORILLON DE 1857 A
Paris, le 17 décembre 1857.
Mes chers enfants,
uisque vous voulez bien penser à moi et ime conserver un peu d'affection malgré l'absence, il est bien juste que, de mon côté je vous garde une belle place dans mon
cœur et dans mes prières. Bien souvent depuis que je vous ai quittés, je vous ai tous offerts au bon Dieu, afin qu'il confirme l'œuvre qu'il a luimême opérée en vous par mon ministère. Notre dernière retraite est un des souvenirs les meilleurs de toute ma vie, de telle sorte que je me réjouis à la pensée de me retrouver l'année prochaine au milieu de vous pour y continuer ce que je viens d'y commencer. Prenez garde, mes enfants, de ne pas déchoir de l'excellent état où vous étiez il y a un mois. L'eau s'attiédit bien vite, lorsqu'on n'a pas soin de la tenir près du feu ; prenez garde à la légèreté de votre âge et à la misère humaine, qui effaceraient bien promptement, si vous n'étiez toujours vigilants sur vous-mêmes, les impressions chrétiennes et sacerdotales que Notre-Seigneur vous a données. Saint Pierre, saint Jean et saint Jacques, tout apôtres qu'ils étaient et tout remplis de la grâce de l'Eucharistie qu'ils venaient de recevoir au Cénacle, furent négligents au jardin des Oliviers, et cette simple négligence, peu grave en apparence, a été cause du très coupable et très honteux abandon où ils ont laissé leur bon Maître. Ainsi sera infidèle dans les grandes occasions, celui qui négligera la fidélité dans les petites ; et si vous voulez, mes amis, triompher des grandes tenta-
tions, il faut vous attirer les grâces de la victoire par une constante fidélité dans les moindres détails de votre vie.
Où en êtes-vous, par exemple, depuis un mois, quant à l'esprit de prière, au recueillement intérieur en Jésus-Christ ? Avez-vous soin d'élever souvent votre cœur vers Jésus que vous portez en votre âme, afin de christianiser par là, de sanctifier vos pensées et vos intentions? Ce point est d'une importance majeure, pour ne pas dire unique, dans le travail de la vie chrétienne. Ceux qui l'observent sont chrétiens, vivent, agissent en chrétiens; ceux qui le négligent mènent une vie toute terrestre, toute naturelle, perdent leur temps et laissent passer chaque jour mille précieuses occasions de faire en eux et autour d'eux, le bien que Notre-Seigneur attend d'eux. « Celui qui ne recueille point avec moi, dissipe » nous a-t-il dit en son Evangile. Ne dissipons pas, mes enfants, ce trésor ineffable, et contraignons-nous fortement, s'il le faut, pour faire l'œuvre de Dieu, pour devenir des saints, pour devenir de vrais prêtres. Je recommande de plus en plus à votre ferveur l'Association de Saint François de Sales pour la conservation de la foi. L'obole de la veuve a été plus considérable aux yeux de Notre-Seigneur que les trésors des ri-
ches; la prière fervente, la communion bien préparée, profondément recueillie, d'un pauvre enfant de Montmorillon, inconnu au monde, obtiendra peut-être plus que ne le pourraient faire tous les efforts de notre activité. Puis, il ne faut pas l'oublier, les œuvres chrétiennes doivent toujours se faire dans la foi, c'est-à-dire dans la seule vue de travailler pour Notre-Seigneur. Les méchants redoublent d'audace ; il faut, nous autres serviteurs de Dieu, redoubler de zèle, d'amour et de dévouement. — Souvenez-vous aussi, mes enfants, que vous êtes à tout jamais consacrés à la Vierge Immaculée. Je vous envoie la petite feuille explicative que je vous ai annoncée en vous donnant le scapulaire. Je voudrais pouvoir vous envoyer à tous un souvenir semblable à celui que votre excellent supérieur distribue de ma part à chacun des dignitaires du séminaire ; comme cela est impossible à cause de votre grand nombre, je me contente de la messe que je vous ai promise pour le premier jeudi de chaque mois, et que j'ai célébrée avec grande affection, au commencement de ce mois de décembre.
Priez pour moi, mes enfants bien-aimés, afin que je devienne ce que je dois être, un prêtre selon le cœur de Dieu et un serviteur utile dans l'Edise. Recommandez-moi à la Mère de misé-
ricorde, au cœur maternel de qui je vous offre tous, et recevez la bénédiction que je vous donne au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Paris, le 31 mars 1859.
Mes bons et très chers enfants, >e viens partager votre joie et vous féli-
^citer à l'approche du grand jour. Ce 'matin même, j'ai offert pour vous le sang de Notre-Seigneur, dont les infinis mérites rachetant vos âmes, leur ont obtenu jadis la grâce du baptême, la force de la confirmation, la sanctification si douce et si fréquente de la communion eucharistique, et qui vont bientôt, s'étendant plus loin encore, vous obtenir la grâce des grâces, la vocation et la consécration ecclésiastiques.En présence de cet océan de miséricordes, que nous devons être humbles, mes chers fils, et que nous devons aimer avec une grande tendresse ce Sauveur qui nous comble ainsi sans aucun mérite de notre part ! Que nous devons être saints, puisque nous sommes appelés à enseigner au monde la sainteté et à lui prêcher d'exemple, en même temps que de paroles IFacere et docere.
Je vais demander pour vous au Seigneur Jésus l'esprit ecclésiastique , c'est-à-dire l'amour de l'Eglise, l'esprit catholique, le zèle de la gloire de Dieu et de la sanctification des âmes, l'esprit d'obéissance religieuse au Souverain Pontife et à votre évêque, l'amour des devoirs sacerdotaux, du travail, de la prière et de tout ce qui concerne l'honneur du Saint-Sacrement.
Comme préparation à votre ordination, je vous recommande surtout de garder la paix du cœur par le recueillement en Jésus-Christ et par l'innocence d'une conscience très pure. Oh ! mes enfants, que bien heureux sont les immaculés dans la bonne voie, qui ne cherchent que Jésus et veulent mourir à tout le reste ! Je vous souhaite à tous ce bonheur et cette joie. Que ceux d'entre vous qui n'ont pas été appelés à l'ordination, aident leurs frères à la bien recevoir, par des prières ferventes et des communions extraordinaires ; qu'ils ne se découragent pas, mais qu'ils s'humilient devant Dieu, se reconnaissant très indignes d'une si haute élévation. J'engage tous les ordinands, sauf toutefois l'avis de leurs directeurs respectifs, à communier les trois jours qui précéderont l'ordination et les deux qui la suivront, afin de recevoir une plus complète effusion de l'Esprit de Notre-Seigneur.
Adieu, mes enfants très chers et très aimés ; souvenez-vous de moi devant Dieu ; je me joins au P. Baudry et à tous vos maîtres pour vous offrir à Notre-Dame de Montmorillon.
Novembre 1859.
Mes biens chers enfants,
fe^fj^ur le point de me retrouver au milieu de jus je veux vous dire avec quels sentiiA^ments de joie, toute sacerdotale, je m'apprête à vous parler de Dieu, à continuer avec vous la petite et très grande oeuvre que, l'année dernière, Dieu m'a fait la grâce d'entreprendre. Préparez-vous dès maintenant, mes bons amis, à la retraite, tenez-vous plus recueillis que d'habitude, priez beaucoup pour moi, et aussi, priez les uns pour les autres. Que les amis de Jésus prient et fassent des pénitences pour leurs frères qui ne sont pas encore arrivés au même point de fidélité et d'amour ; qu'ils fassent comme Marthe et Madeleine, lorsqu'elles obtinrent par leurs larmes, leur zèle et leurs supplications, la résurrection du pauvre Lazare.
De mon côté, mes enfants, je me prépare, autant que je le peux, à vous annoncer les mystères du royaume de Dieu, et je vous ai recom-
mandés à la protection de beaucoup de saintes âmes.
Que la très-sainte Vierge, votre Mère, vous prépare elle-même les voies ; qu'elle donne à mon séjour au milieu de vous une efficacité qu'il ne peut avoir de lui-même ; que d'avance elle ouvre tous vos cœurs, afin que Jésus, son bien-aimé et le nôtre, y puisse désormais et pour toujours vivre, régner et commander.
Je vous donne à tous la bénédiction de ce divin Sauveur, et dans son amour, je vous aime et vous embrasse très tendrement.
P. S. J'arriverai à Montmorillon par la voiture de lundi matin.
Paris, 0 décembre 1859.
Mon cher Père,
'arrive à Poitiers, s'il plaît à Dieu, lundi prochain pour dîner, et j'en repars le ^S lendemain matin, mardi 15, par la diligence de six heures, où nos places sont retenues déjà. Mardi nous préparerons la retraite à nous deux; je prendrai en direction et même en confession s'ils le désirent, mes zouaves de Paris, et le lendemain matin mercredi, je commencerai à embrocher leurs confessions, afin d'avancer le
travail. Le mercredi soir, nous ouvrirons la retraite, qui durera jusqu'au lundi matin, quatre jours pleins ; le lundi soir, clôture, et le mardi matin, après la messe d'actions de grâces, le départ pour Poitiers. Je compte revenir à Paris le vendredi soir.
Nous parlerons à loisir de Victor, de Salvator, et du vitrail ; en attendant je vous embrasse cordialement et vous envoie quelques mots d'introduction pour les chers enfants que Notre- Seigneur vous confie.
Mes enfants,
^'appelle sur vous d'avance les bénédic-
Z^tions de notre Maître, afin que vous vous prépariez à la sanctification de la retraite, par urîë vie plus recueillie, plus sérieuse, et plus innocente encore que d'habitude. Il faut pour une retraite, comme pour une bonne oraison, une préparation éloignée, aussi indispensable que la préparation prochaine. Demandez à votre bon Père supérieur en quoi doit consister cette préparation éloignée, et faites ce qu'il vous dira. « Ipsum audite ». De mon côté, je prépare la retraite chaque jour au saint autel et par mes recommandations à de saintes religieuses.
Je vous embrasse rtous ; ce qui est plus facile de loin que de près et plus expéditif à écrire qu'à faire. Que la vierge Marie vous garde dans une parfaite et droite volonté, et qu'elle vous défende contre le grand ennemi qui ébranle les courages, illusionne les intelligences, trouble les cœurs, et fait dévier les vocations.
Votre père en Notre-Seigneur.
Paris, le i«rjour du mois de Marie 1860. Mes chers enfants,
e viens commencer avec vous le mois £^de Marie. C'est le mois du clergé et
surtout des séminaires ; notre vocation est, en effet, la même que celle de la vierge Marie ; comme la sainte Vierge, nous ne sommes rien par nous-mêmes, nous ne pouvons rien et nous sommes à peine les serviteurs du Seigneur ; mais par notre vocation, nous sommes élevés au sacerdoce, c'est-à-dire à la paternité divine, et nous recevons de Dieu, par le ministère de l'évêque, qui est l'ange de notre Eglise, le divin pouvoir d'enfanter Notre-Seigneur, de le donner au monde, et de le sacrifier sur l'autel comme au Calvaire. Voilà pourquoi, nous devons, comme
Marie, être tout à Jésus, et rien qu'à Jésus. Jésus était la vie de la sainte Vierge, il vivait en elle avec une perfection incompréhensible ; ses pensées et celles de Marie ne faisaient qu'un ; Marie n'aimait rien qu'en vue de Jésus, et Jésus seul était la grande préoccupation de son existence. Mes chers enfants, voilà votre Mère, et aussile type et modèle accompli de ce que vous devez être. J'apprends cependant avec une grande peine que de misérables passions humaines, indignes d'occuper vos cœurs consacrés à Jésus-Christ, ont pénétré jusque dans le sanctuaire de Montmorillon, et que, pour quelques-uns, la maison de prière s'est changée en maison de disputes; les uns se disent d'un parti, les autres d'un parti contraire, oubliant les uns et les autres, que le Seigneur Jésus étant la part de leur héritage et de leur calice, ils ne peuvent plus appartenir à aucun parti sur la terre. Saint Paul reprochait aux chrétiens de Corinthe les différents partis religieux qui se formaient dans leur ville; qu'aurait-il dit s'il se fût agi de partis politiques et surtout de partis politiques opposés à la sainte Eglise? « Vous n'êtes, leur disait-il, ni à Céphas ni à Paul, ni à Apollo ; mais à Jésus-Christ seul, qui seul a été crucifié pour vous. » Je vous dirai de même, mes amis et mes chers enfants : Vous
n'êtes à aucun prince de ce monde, quel qu'il soit; vous êtes chrétiens et ecclésiastiques, c'està-dire au Christ et à son Eglise; et si ce glorieux et bienheureux partage ne vous satisfaisait pas, il vous faudrait quitter le sanctuaire, rentrer dans le monde passionné et pitoyable dont vous regretteriez la privation; il vous faudrait sans hésiter, laisser à d'autres plus dignes le saint habit de l'Eglise et la gloire de votre surplis, pour aller vous mettre comme l'enfant prodigue au service d'un des habitants de la cité du monde. Vous n'aurez pas, mes enfants, ce malheur et cette folie, et vous allez laisser à tout jamais aux pieds de la sainte Vierge, au pied du Saint- Sacrement, vos petites passions politiques, qui sont au moins, permettez-moi de vous le dire en toute franchise, aussi ridicules que dangereuses. Votre roi unique est Jésus au ciel, et, sur la terre le pape, son vicaire et son représentant. Ne vous occupez des autres princes que pour prier pour eux, afin, comme le dit l'apôtre saint Paul, qu'ils nous laissent tranquilles: « Ut tranquillam vitam agamus ». Méditez, je vous prie, dans votre première visite au Saint-Sacrement, cette parole de vérité infaillible et cette règle certaine de conduite : Nolite confidere in principibus, in principibus in quibus non est salus. » Il n'y a pas de sa-
lut, ni de sûreté dans les princes de la terre ; voilà pourquoi il ne faut pas nous appuyer sur eux. Appuyons-nous fortement et uniquement, chers enfants de Dieu, sur Jésus-Christ, en qui seul est le salut ; aimons-le de tout notre cœur et dépensons pour lui toutes nos forces; lui seul y a droit. J'embrasse ceux d'entre vous qui sont dans cette disposition, seule bonne et seule vraie ; quant aux autres, je leur demande en grâce de penser sérieusement à tout cela, et s'ils persistaient dans leur conduite, je serais le premier à les engager à quitter le séminaire. Que la sainte Vierge vous couvre tous de sa sainte et maternelle protection.
Paris, le n octobre 1860.
Mes très chers enfants,
s&^ans les assemblées solennelles des puissances de ce monde, il est d'usage que
H^g l'arrivée du prince s'annonce d'avance par un héraut d'armes. Héraut du grand Roi, son serviteur et le vôtre, je viens vous l'annoncer et vous dire de vous préparer tous à le recevoir très dignement. Encore un mois et nous serons en retraite, assemblés sous les yeux de Jésus,
pour lui rendre compte de notre passé et recevoir sa direction pour l'avenir. Encore un mois, et j'aurai le bonheur de me retrouver au milieu de vous, comme un père au milieu de sa famille ; douce et chère habitude, qui m'est plus précieuse que je ne puis le dire, et qui me fait certainement plus de bien qu'à vous-mêmes.
Préparez-vous donc, chers enfants de Dieu, à la grâce de la retraite, à la venue de votre Sauveur : «. Ecce Rex tiius venit tibi mansuetus. » Jésus vient à vous, non pour juger, mais pour pardonner, non redoutable, mais très désirable et très doux : « Venit tibi mansuetus. » Je serai l'ânon qui vous l'apportera : « Venit tibi super pullum asinœ ; » pauvres gens sommes-nous en effet, pauvres bêtes, qui ne pouvons rien de nous-mêmes et qui ne faisons du bien aux âmes qu'en leur donnant Jésus, qui seul est la vie. Que ferez-vous, mes enfants, pour préparer ainsi notre retraite ? D'abord vous prierez pour moi, afin que mon Maître me donne ce que je n'ai pas et ce qu'il vous faut pour la sanctification de ces jours bénis. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Voilà mon premier avis ; tenez-en bon compte pour l'amour de Dieu, et préparezmoi les voies comme de petits saints Jean-Baptiste. Puis secouez ferme la poussière des va-
cances ; hélas, pour quelques-uns il y a peut-être plus que de la poussière ! Mais peu ou beaucoup, lorsqu'il y a souillure, c'est toujours trop ; et il faut courageusement avouer nos misères pour en être purifiés le plus tôt possible sans attendre la retraite. Il faut aussi nous remettre à la règle, comme font des soldats qui reviennent se ranger sous leur drapeau après un congé ; vous êtes les recrues de Notre-Seigneur, l'espoir de la sainte Eglise militante, et votre éducation ecclésiastique n'a d'autre but que de vous former à la guerre contre les puissances invisibles qui soulèvent le monde contre Jésus-Christ. Rappelezvous à ce propos ce que l'apôtre saint Paul disait aux anciens fidèles : « Pour nous, nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, » contre les puissances de ce monde, comme les soldats de nos armées ; nous devons demeurer au-dessus de ces passions humaines, qui se choquent et s'entrechoquent sous nos yeux, audessus des partis politiques, et conserver tout notre dévouement, toutes nos pensées, tout notre cœur, tout le sang de nos veines, pour le Roi céleste qui nous couronne dès ce monde et que nous prenons pour notre unique partage. Il n'y aura donc plus parmi vous, cette année, comme l'année dernière, de ces divisions regrettables cl
ridicules, dont le démon est seul à profiter, qui font perdre au séminaire la paix et l'esprit ecclésiastique. Si vous n'étiez pas résolus à laisser la le militarisme, je vous prierais, mes bons amis, de me le faire savoir sans retard,afin que je puisse combiner un plan de retraite pour des troupiers.
Mais j'ai confiance en vous, et j'attends mieux de votre piété : « meliora de vobis conjido ». Vous allez, au contraire, vivre tout à Dieu, vos cœurs ne battront que pour sa gloire et pour celle de son Eglise; en vous préoccupant du Pape comme vous le devez, vous conserverez le Sursum corda, et vous n'envisagerez jamais, que dans l'esprit de la foi, les crimes et les sacrilèges dont la sainte Eglise romaine est en ce moment la victime. Prions beaucoup et pardonnons.
Adieu, mes chers enfants bien aimés; que Notre-Seigneur vous donne sa paix, et garde luimême vos intelligences et vos cœurs en la sainteté de son amour.
Dimanche 10 mars 1861.
Mes enfants bien-aimés en N.-S.,
;H|ylS|îl se passe bien peu de jours que je ne
Il Ë^prie pour vous, et lorsque votre souve-
wligj*lf|nir vient vivifier ma prière, je n'ai qu'à
rendre grâces au bon Dieu que vous aimez et
que vous servez avec une fidélité si constante et si vraie. L'autre jour en lisant l'épître de saint Paul aux chrétiens de Philippes, je n'ai pu m'empêcher de vous appliquer, et, (sauf le respect qui lui est dû) de m'appliquer à moi-même ce passage de sa lettre : « Grattas ago deo meo in omni memorià vestri, semper in cunctis orationibus meis pro omnibus vobis cum gaudio deprecationem faciens, super communicatione vestrà in Evangelio Christi a primo die usque nunc. » Depuis cinq ans que je vous connais et que je vous prêche l'amour de Jésus-Christ, vous vous montrez d'année en année plus dignes de ma tendresse sacerdotale; et le grain de la parole divine que je sème durant chaque retraite dans la terre si bien'préparée de vos cœurs rapporte une moisson de plus en plus abondante. Vous aimez de plus en plus le Saint-Sacrement de l'autel, vous avez faim et soif de la divine Eucharistie, principe de toute justice, vous êtes tout dévoués au Vicaire de Jésus et à la cause romaine, qui est la cause du bon Dieu, enfin vous me témoignez en toute occasion, mes enfants, une si touchante et si cordiale affection, que je ne puis m'empêcher de vous aimer très tendrement. J'espère que Notre- Seigneur qui a commencé en vous son oeuvre, daignera la mener à bonne fin, et fera de cha-
cun de vous, un saint prêtre, un serviteur tidèle et utile, un sauveur d'âmes : « Confident hoc ipsum quia qui cœpit in vobis opus bonum, per/iciet usque in diem Chruti Jesu. »
Pour nous, ce jour du Christ, c'est le jour qui approche, le jour de la sainte ordination. Il y a plusieurs heures à ce grand jour : le baptême, c'est l'aurore ; le sacerdoce, est le midi ; la mort bienheureuse est la dernière heure et nous introduit dans le jour immuable et sans succession qui est l'éternité même de Jésus-Christ. Oh ! le beau jour que le jour du Christ, mes chers enfants ! et bienheureux- sommes-nous de vivre à cette lumière 1 Elle est si peu connue dans le monde ! Soyez toujours dignes de votre élection, dignes de votre saint habit, dignes de votre couronne cléricale, dignes du grand et bon Roi qui vous associe à sa royauté surnaturelle ; « digne Evangelio Christi conversamini », et faites en sorte que je ne reçoive jamais de vous que de consolantes nouvelles ; « ut sive cum venero et video vos, sive absens, audiam de vobis quia statis in uno spiritu unanimes ». Soyez unanimes dans le même esprit, dans l'Esprit de Jésus-Christ, dans cet Esprit de sainteté, debonté, de paix, de joie, de douceur, de patience, de modestie, d'innocence, que ce divin Maître pré-
sent en vous, répand incessamment dans vos chères âmes. — Voyez combien vous devez l'aimer, ce Seigneur très bon et très grand, qui vous unit tous en lui ! il est l'amour incarné, la bonté substantielle ; qui n'aimera la bonté et l'amour ? Et voyez aussi combien vous devez être unanimes en lui et pour lui, puisqu'il vous donne à tous sa même vie, son même et unique Esprit, sa même et unique couronne, son sacerdoce et sa grâce ! Il n'est en vous que pour vous consommer en l'unité et en la charité, « ego in ipsis ut sint consummati in uiuan ». Aimez-vous donc bien les uns les autres, surtout dans ces jours solennels où Dieu visite ce cher séminaire, qui est tout 'à lui. Que la charité et la bonté mutuelles soient le caractère distinctif de Montmorillon, avec l'amour pratique du Saint-Sacrement, l'amour de la vierge .Marie et l'amour dévoué pour le Pape et pour l'Evèque.
Tous ces jours-ci mon cœur sera au milieu de vous, et je célébrerai plusieurs fois pour vous le saint sacrifice ; car je vous aime de tout cœur : «.s Sicut est mihijustum hoc sentir: pro omnibus vobis : eo quod habeam vos in corde. » Ne puis-je pas ajouter avec l'apôtre saint Paul : « Testis cnim mihi est Deus, quomodo cupiam omnes vos in visceribus Jesu Christi. Et hoc oro ut charitas
vestra magis ac magis abundet in scientia et in omni sensi », dans la science, dans la science divine de Jésus, qui se puise dans la méditation permanente de l'Évangile, dans la communion fréquente, dans la vie de prière, et dans le sentiment de la piété qui s'alimente aux mêmes sources et nous donne de la tendresse et de l'ardeur pour le service de Dieu . « Ut sitis sinceri et sine offensa in diem Christi », purs et saints par l'ordination, avouant humblement vos fautes, sans mauvaise honte et en toute confiance, « Repleti fructu justitiœ per Jesum Christum », et vous laissant combler de toutes les bénédictions que vous apporte en ces saints jours Jésus- Christ Notre-Seigneur.
Adieu, mes enfants très chers ; je vous embrasse tous en la personne du bon Père supérieur et vous demande de ne jamais oublier dans vos communions et dans vos prières celui que l'amour de Jésus a constitué votre père, votre serviteur et votre ami.
Le 30 octobre 1861.
Mes enfants,
'e prie vos saints anges gardiens de KKremplir pour moi auprès de vous l'of- J^jfice que saint Jean-Baptiste remplissait auprès du divin Maître. Saint Jean préparait les voies du Seigneur. Que vos bons anges en fassent autant, car voici bientôt venir la sainte parole de Dieu, voici venir le bon Jésus pour notre chère retraite. Je ne suis rien, moi qui vous la prêcherai ; mais je suis tout en Celui qui m'envoie. Egovox Clamantis; je ne suis qu'une voix; mais cette voix est la voix de Dieu qui crie : Jérusalem, convertis-toi au Seigneur, ton Dieu. J'espère, mes enfants chéris, que cette voix parlera de l'abondance du cœur et qu'en vous donnant Jésus-Christ, je m'enrichirai moi-même du divin trésor qu'il me sera donné de répandre en vos âmes. Prions beaucoup d'avance les uns pour les autres : aimons-nous tendrement en l'amour de notre unique Maître, qui est le Roi de nos cœurs ; faisons chaque jour des pénitences pour la conversion des tièdes, pour le succès complet de notre sainte œuvre, et préparons-nous tous à recevoir en sa plénitude, avec la grâce de la retraite, la grâce non moins précieuse de la
bénédiction papale et de la grande indulgence.
Je vous embrasse tous du fond du cœur et. en
tête de tous, j'embrasse notre'.bon Père supérieur.
f L. G. DE SÉGUR Prédicateur ordinaire des'retraites de Vos Illustrissismes et Révérendissismes Seigneuries Montmorillonnaises.
r?r janvier 1862.
Mon cher Père,
?onne, heureuse et sainte année ! Je vous Jembrasse de tout mon cœur, et en votre [personne tout mon cher Montmorillon.
Léon m'est arrivé hier, à peu près remis de sa crise d'estomac, laquelle n'est qu'une suite de sa longue fièvre d'Italie et de l'abus de la quinine. Je le garde, non l'abus, mais Léon, jusqu'à lundi prochain ; il arrivera à Poitiers lundi soir et descendra chez nos bons Oblats (qui ne veulent pas m'envoyer mes deux pauvres chères petites statues). Nous sommes toujours très contents de son attitude et de ses sentiments. Pourriez-vous, mon bon Père, d'ici à dix ou douze jours, accepter comme séminariste un bon et honnête enfant, âgé de quatorze ans, simple, franc, et très peu parisien, qui, malgré de grandes
difficultés, lutte énergiquement depuis deux ans pour se consacrer au bon Dieu et ne peut faire de progrès dans l'étude, tant qu'il demeurera dans sa famille. Je crois pouvoir garantir sa bonne volonté et la droiture de son fonds. Voici maintenant quelques mots pour notre jeunesse.
Mes enfants,
Au sortir de la messe, je viens, au nom du saint Enfant Jésus, vous souhaiter une nouvelle année tout embaumée de piété, de chasteté, d'innocence, de recueillement, d'union intérieure avec le bon Dieu, de communions fréquentes et très ferventes. Je viens vous souhaiter un cœur tout semblable au cœur de Celui qui habite en vous et qui vit en vous, si vous êtes fidèles ; un cœur doux et humble, pacifique, gai, dilaté, détaché des intérêts de ce monde, embrasé du zèle de l'Eglise, fermé au péché, ouvert à la grâce, et tout tourné du côté de l'éternité. Je vous souhaite d'être, durant le cours entier de cette nouvelle année, comme ces petits oiseaux dont parle le*bon saint François de Sales, qui bâtissent leurs nids au milieu des roseaux, de telle sorte qne le mouvement des vagues ne fait que les bercer sans les faire jamais chavirer ; une seule petite ouverture leur donne de l'air et du
soleil, et elle se trouve toujours tournée du côté du ciel. Montmorillon est votre nid ; le P. Baudry est le père et la mère ; vous êtes les petits oiseaux, qui ne devez respirer et aspirer que le ciel, que la pure lumière, et qui ne devez pas vous laisser souiller par l'éclaboussure des vagues. — Gardez fidèlement, mes bons enfants, la grâce et les résolutions de notre retraite ; que votre année 1862 en soit tout imprégnée, toute vivifiée. Surtout ne négligez pas la sainte communion, âme de la vraie piété catholique et sacerdotale, sans laquelle on travaille en vain à l'édification du temple vivant de Jésus-Christ : « In quo coœdificamini in habitaculum Dei. » Communiezdignement eteommuniez très souvent ; on ne communie jamais trop souvent, quand on est en état de grâce, et quand on a la volonté sincère d'être au bon Dieu.
Adieu, mes chers enfants, que la sainte "Vierge et vos bons anges vous gardent en chacune de vos journées, et vous fassent avancer en l'amour de Dieu, en même temps que vous avancez en âge.
2$ mars 1862 Mes chers enfants,
fotre ordination de dimanche sera célébrée $t$f} par moi à Paris avec une joie et une affection sê^^^toute paternelles. Combien je regrette les cent lieues qui nous séparent, et combien je serais heureux, en ces jours de bénédiction et de pur bonheur de me trouver au milieu de vous, à côté de votre évêque, et de notre cher Père Baudry ! Heureusement que nous autres chrétiens, nous vivons dans un monde (qui n'est autre chose que le germe du ciel lui-même) où l'on ne connaît ni le temps ni l'absence, et dans lequel, absent de corps, on est réellement présent par l'esprit : absens corpore, prœsens autem spiritu. Ce monde c'est le Christ lui-même, présent en nous par ie saint mystère de la grâce, et qui, étant le même en chacun de nous, devient ainsi le centre, le principe de notre union, devient notre cœur et notre âme : Cor anam et anima una.
Tous ces jours-ci, mais tout particulièrement dimanche, je me tiendrai bien près de mon doux Sauveur, afin d'être tout près de vous en qui il habite avec délices. Vous êtes en effet, mes chers fils, les élus de son cœur, les enfants privilégiés de son amour. Ce n'est pas vous qui avez choisi
Jésus, c'est lui qui le premier vous a choisis, vous a élus de toute éternité, vous a posés comme des candélabres brillants dans son sanctuaire; afin de briller lui-même sur vous, par vous et en vous, comme le cierge allumé, placé sur le chandelier de l'autel. Jésus est la lumière du monde, et vous êtes choisis pour porter un jour cette lumière éternelle et la faire briller aux yeux des hommes. Pendant toutes ces années laborieuses et embaumées du séminaire, Jésus allume sa lumière, prépare son flambeau. Oh! que la cire doit en être blanche et pure, afin de pouvoir sous l'action de Jésus-Christ, se consumer tout entière, et devenir « lumière dans le Seigneur» vos estis lux in Domino. Ce grand travail que viennent encourager vos ordinations successives, peut se résumer en trois paroles : prière, communion, travail.
Que ce soit donc là plus que jamais, mes enfants, la devise, la devise pratique de chacun de vous. Prière courageuse, sérieuse et persévérante ; communion courageuse, solide, bien préparée, très fréquente, accompagnée d'un grand esprit de foi et d'une vraie bonne volonté ; travail courageux, que rien ne rebute, consciencieux, accompli dans des vues élevées, comme . une œuvre de vocation ecclésiastique et tm ache-
minement vers la consécration de l'Eucharistie.
Vous le voyez mes amis, je commence toujours par le courage ; c'est là une grande qualité, un don précieux de la grâce de Dieu, plus nécessaire que jamais aux prêtres de nos jours. Vous verrez plus tard, en avançant dans la vie, combien il y a peu d'hommes en ce temps-ci. Qui donc sera un homme si le prêtre ne l'est pas ? Nous devons, pour répondre aux vues de Dieu recueillir religieusement en nous les restes de cette sainte chose que l'on appelle l'honneur, et qui semble devenir de plus en plus une étrangère dans un siècle qui perd la foi. Par l'ardeur de cette même foi, conservons ce trésor que nous serons un jour chargés de rendre au monde, le relevant ainsi de ses ruines, de ses abaissements et de ses misères.
Je vous recommanderais, mes enfants, la sainte pratique de la fréquente communion, si je ne savais déjà combien vous êtes fidèles à Jésus. Si par hasard deux ou trois d'entre vous s'étaient un peu relâchés de ce côté, je les supplierais de se ranimer dans la piété, de secouer leur poussière, de puiser avec une nouvelle ferveur l'amour de Dieu à son unique source qui est l'Eucharistie.
Adieu donc, mes bons et chers fils, que j'aime tant et que le bon Dieu m'a donnés pour enfants
premiers-nés. Tous les jours, je le prie pour vous. N'oubliez pas à ses pieds un pauvre homme de ma connaissance, qui ne l'aime guère qu'en théorie et qui passe son temps à dire comme saint Paul : Infelix ego homo ! quod enim operor, non intelligo ; non enim quod volo bonum, hoc ago, sed quod odi malum, illud facio ! Priez pour cet homme-là, mes enfants, et gugrissez-le par vos douces et puissantes prières. Il me charge de vous embrasser sans exception de tout son cœur.
Le \G juillet 1862. Mes chers enfants,
e vovais dernièrement une alouette qui " avait pondu plusieurs œufs; elle les gavait couvés et fait éclore ; et plusieurs t'ois par jour elle allait à la quête de petites mouches, de vermisseaux et autres gourmandises de ce genre qu'elle rapportait à ses petits. Le nid était chaud, mollet et bien construit, à l'abri de la pluie et du vent, caché habilement de manière à éviter à la fois la dent des serpents et des renards, et le bec des oiseaux de proie. Arriva le moment où les petits oiseaux couverts de plumes naissantes durent penser à quitter le nid maternel et s'en aller en vacances. Oiseaux au
gris plumage, sans expérience, sans forces éprouvées , leur sort inquiétait beaucoup l'alouette mon ami. Confidence pour confidence, je lui confiai ce que de mon côté j'avais dans le cœur à votre sujet ; elle fut frappée de la similitude de nos positions respectives. Voyez, en effet, mes bons enfants, mes chers et modestes oiseaux, combien votre prochain départ de Montmorillon va changer les conditions du bienêtre de vos âmes. Le nid, c'est le séminaire ; tout vous y porte à l'amour de Jésus, qui est la vie ; vous v êtes en sûreté, à l'abri du venin des mauvaises doctrines, des doctrines incrédules et révolutionnaires qui déflorent tant de jeunes gens au milieu du monde; à l'abri des mauvais exemples, des compagnies frivoles et dissipées. Cachés à l'ombre du sanctuaire, la nourriture divine, le pain descendu du ciel, vous est présenté par les saints prêtres qui vous aiment tant, qui se dévouent pour votre amour avec tant de sollicitude ; et de même que les petits oiseaux n'ont pour ainsi dire qu'à ouvrir le bec pour vivre, se nourrir, se fortifier, de même au séminaire vous n'avez qu'à vous laisser faire, et Jésus au Saint Sacrement vient lui-même se présenter, s'offrir à vous. Dans le monde, au contraire, il faut aller le chercher ; il faut déolover les ailes.
se donner du mal et du mouvement, sans quoi l'on meurt de faim.
Que ferez-vous donc, mes amis et mes enfants, afin de continuer hors du nid l'excellente vie que vous y goûtez encore pour quelques jours ? Outre les avis de la mère alouette, que vous connaissez bien, voici quelques points plus importants que je confie à votre bonne volonté, d'après les conseils de mon alouette parisienne. i° Avant tout, observez avec une exacte fidélité une petite règle de vie, laquelle sera approuvée, avant le départ, par votre directeur spirituel. L'exactitude est la première condition de la force et la force est la première condition de la persévérance. Que cette règle soit très simple et très peu compliquée ; sans cela vous ne pourrez la suivre ; qui trop embrasse mal étreint ; 2° tous les matins méditez et lisez avec soin quelques pages de l'Évangile en latin, pendant une demi-heure. Pour les vacances ce n'est pas trop ; 3° confessez-vous à un jour fixe, chaque semaine, sans y jamais manquer ; et ne soyez pas assez nigauds pour garder sur votre conscience quelques fautes, sous prétexte qu'elles sont désagréables à avouer. Ne craignez rien ; avant tout, la pureté du cœur, avant tout l'amour de Dieu ; 4" communiez pendant vos vacances aussi
souvent qu'au séminaire ; j'allais dire plus souvent encore. La communion, vous le savez , mes enfants , c'est la chasteté , c'est la piété, c'est la vocation ; j'ajouterai que c'est l'édification à laquelle vous êtes tous obligés, obligés en conscience, en votre qualité de séminaristes et de futurs prêtres. Sachez qu'en communiant très-souvent et avec une douce confiance, vous faites la volonté de Dieu, la volonté de l'Église et du saint concile de Trente, la volonté de notre T. S. P. le pape Pie IX, qui en recommandant et en distribuant de sa propre main le petit traité que vous connaissez tous (i), disait que « l'on devrait donner ce petit livre à tous les enfants quand ils font leur première communion ; que tous les curés devraient l'avoir, parce qu'il contient les règles de la communion comme les entend le Conci'.c de Trente, et comme je veux qu'elles soient appliquées ». Ce sont les propres paroles de notre bon Pape. Si elles sont consolantes pour moi, elles doivent être fortifiantes pour vous. 5° Enfin, veillez avant tout sur votre pureté. Évitez toutes les occasions même les moindres et respectez votre soutane, ainsi que votre chair qui porte le Christ.
Adieu, chers et très chers enfants de mon
(i) La fréquente communion, par Mgr de Ségur.
cœur. Je vous bénis au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Pour quelques-uns, au revoir à Poitiers, le 30 septembre lors delà retraite ; pour les autres, au revoir à Montmorillon, en novembre ; pour tous, au revoir au Paradis dans l'amour de notre bon Dieu.
29 octobre 1862.
Mes bons enfants,
^prji^ncore une année (scolaire) qui com- ^ p|^ mence et par conséquent une retraite [j|kj|j§g| qui approche ! Je m'apprête à aller au milieu de vous, remplir avec joie ma mission annuelle et très chère. J'ai la douce confiance que la Très Sainte Vierge me préparera d'avance le terrain de vos cœurs et que je n'aurai plus rien à faire, pour ainsi dire, pour vous unir intimement au bon Dieu, en arrivant à Montmorillon. Préparez-vous mes amis, à recevoir pleinement la grâce de la retraite, en redoublant de zèle pour la prière, l'obéissance et le travail, en évitant les fautes légères avec autant de soin que les péchés mortels, et en demandant très souvent au bon Jésus qui repose en vous, ses bénédictions les plus puissantes. Demandez les aussi pour moi, qui ne suis rien non plus que vous ;
rien par nous-mêmes, tout avec Jésus-Christ.
S'il plaît à Dieu, j'arriverai à Poitiers le 1 1 , et le 12 au soir je serai dans ce cher séminaire que j'aime comme vous l'aimez vous-mêmes.
Dès le lendemain je commencerai la chasse. Un gibier averti en vaut deux. Pas un perdreau ni une alouette ne doit échapper aux filets du bon Dieu. Puissiez-vous tous, absolument tous, vous laisser prendre avec amour par le divin chasseur. Moi, je ne suis que le chien courant.
Adieu, mes enfants, je vous embrasse tous très tendrement en la personne de notre vieux P. Baudry.
Mon bon Père,
[oici quelques mots de préface pour nos îchers enfants. Lisez-les leur avec cette 'éloquence qui vous caractérise. Je réserve pour notre prochaine réunion les mille et une petites causeries qui nous intéressent tous deux. Aujourd'hui je vous dirai seulement que j'ai reçu une absurde lettre de notre absurde ***, et que je viens de lui répondre pour le calmer un peu et lui faire comprendre qu'il n'est qu'une bête. En vérité, cet homme-là se développe avec
un luxe de croissance que je ne lui soupçonnais pas.
Au revoir bientôt, mon bon vieux Père, frère et excellent ami.
Le j janvier 1863.
^^£^e vous souhaite, mes enfants, une bonne mp| Ic^et samte année ; elle sera bonne et heu- ^^^jreuse si elle est sainte ; car le bon Dieu nous crée pour la joie et pour le bonheur, et la sainteté est le moyen par lequel nous accomplissons ce dessein de notre Dieu. Je vous souhaite donc à tous, tant que vous êtes, philosophes et huitièmes, de passer très saintement et très purement chacun des jours de cette année nouvelle, afin qu'elle soit pour vous comme un fleuve de bonheur et de joie coulant à pleins bords. Le recueillement en Jésus-Christ, le travail assidu pour Jésus-Christ, et la sainte communion de Jésus-Christ ; voilà les trois principaux moyens de sainteté ; en vous souhaitant une bonne année, je vous souhaite donc en pratique trois choses: i° d'être habituellement et doucement recueillis en votre bon Jésus, trésor de vos âmes, principe intérieur de votre piété ; 2° de travailler beaucoup et sans écouter les répugnances de la