‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 21 sur 35 · QQ · texte numérisé non relu

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mollesse ou de l'étourderie ; 30 de croître en ardeur et en amour pour la très sainte communion.

Demandez pour moi cette même bonne année, je vous en supplie mes très chers enfants, car si vous avez des misères, j'en ai aussi ; sur la route de la vie, « nous sommes tous les mendiants de Dieu », comme dit saint Augustin : Omnes mendia Dei sumus. Prions donc les uns pour les autres et aimons-nous pour l'amour de Celui qui nous a tant aimés.

Lundi prochain, je dois aller à Nantes pour la retraite du petit séminaire. Je la recommande d'avance à vos prières et à vos communions. Vous savez que ces bons enfants de Nantes ont bien prié pour vous pendant notre dernière retraite de novembre. Depuis le mardi 13 janvier, jusqu'au dimanche soir 18, fête de la Chaire de saint Pierre, je vous demande de vous braquer sur le séminaire de Nantes comme des canons rayés, et de si bien battre en brèche le diable, qu'il soit obligé bon gré mal gré, d'aller chercher fortune ailleurs.

Je vous recommande aussi, mes enfants, de prier le saint Enfant Jésus et la bonne Vierge pour ma mère, laquelle est à peine remise de terribles souffrances supportées avec une sainte résignation. Au milieu de crises violentes, elle

— 3°° — me disait d'une voix éteinte : « C'est bien bon, il faut faire pénitence. » — Priez pour elle et pour sa prompte convalescence. Ce sont ces crises effrayantes qui m'ont obligé de retarder de huit jours la retraite de Nantes.

Adieu, mes enfants et mes chers petits amis. Je vous bénis au nom de Dieu et vous embrasse tous du fond de mon cœur en la personne du cher P. Baudry.

27 septembre 1865.

Cher Monsieur Arignon, (1)

^©epuis que j'ai appris les changements Jimportants du personnel de nos séminaires poitevins, tous les jours j'ai voulu vous écrire, sans le pouvoir jusqu'ici. Je tenais à vous dire combien j'unis mes prières aux vôtres pour que tout réussisse et en particulier pour que notre cher Montmorillon conserve toujours sous votre houlette son bon esprit et la bénédiction divine. Heureusement que, investi de l'entière confiance du Père Baudry, vous n'avez pas à marcher dans des voies inconnues :

1. Nommé supérieur du petit séminaire de Montmorillon à la place de M. Baudry nommé supérieur du grand séminaire de Poitiers.

— 3oi —

votre nouveau et si nombreux troupeau vous aime d'avance autant qu'il vous respecte, et la moitié de vos professeurs ayant été vos élèves, vous allez avoir tout naturellement sur eux un ascendant qui facilitera bien les choses. Quant au grand séminaire, c'est sa résurrection et sa vie que cette translation du Père Baudry uni au bon P. Rigaud. De plus Poitiers et Montmorillon vont, bien plus qu'auparavant, ne plus former qu'une seule et même œuvre.

J'espère que la bonté de Dieu me permettra, bien que je sois très-indigne de cette grande grâce, de continuer avec vous ce que, depuis huit ans, j'ai le bonheur de faire avec le P. Baudry. Ma santé est un peu ébranlée cette année ; et un moment j'ai craint de ne pouvoir prêcher mes chères retraites. Elles me sont chères plus que je ne saurais dire, parce qu'elles me paraissent faire croître Jésus-Christ dans les cœurs.

Je serai à Poitiers à partir du jeudi 28 septembre jusqu'au jeudi 5 octobre. Si par hasard vous veniez faire une pointe à Poitiers, ne m'oubliez pas au grand séminaire : nous combinerons le détail de notre retraite.

En attendant le bonheur de vous revoir, laissezmoi, cher monsieur Arignon, vous embrasser bien cordialement. L'abbé Diringer se joint à

moi pour vous féliciter et nous féliciter, et pour prier la sainte Vierge de vous bénir et de nous bénir.

22 octobre 1865.

Cher Monsieur le Supérieur, e viens m'annoncer à vous et à nos chers ^enfants pour la retraite annuelle. Un

w^jjP} instant j'ai cru que je serais obligé de la remettre au 8 décembre ; mais les choses se sont arrangées ici, et à moins d'accident de santé que je ne prévois pas, je vous arriverai le vendredi 10, pour commencer ma chère besogne le samedi matin, sous les auspices de la Bienheureuse Vierge. J'aurai ainsi dix jours pleins devant moi. Cette année, plus qu'une autre, il est important de ne rien changer à nos bonnes petites traditions de famille.

Au revoir donc bientôt, s'il plaît à Dieu, cher monsieur Arignon, je demande pour vous la paix et la force, la force douce, la douceur ferme et touslesdonsde grâces nécessairesaux Supérieurs.

Je vous embrasse cordialement, ainsi que vos pieux confrères, et je bénis, au nom du Sauveur, tous les. agneaux de sa bergerie montmorillonnaisc.

Le 8 novembre 186 s.

Mes bons et chers enfants,

gepuis plusieurs jours déjà je voulais fevous annoncer moi-même le jour de mon arrivée à Montmorillon et le commencement de nos confessions de retraite. Me voici tout près de vous ; et s'il plaît à Dieu, samedi dans l'après-midi, ou bien le soir, je serai, pour dix grands jours, au milieu de mes enfants de prédilection.

Préparez^vous dès maintenant, mes amis ; la grâce de Dieu est une semence, et à toute semence, il faut un terrain préparé. Mettez, par une fervente communion, saint Martin dans vos intérêts ; c'est sous son patronage très puissant que je commencerai le travail de vos chères âmes.

Priez beaucoup les uns pour les autres, et aussi pour moi, afin qu'aucun de vous ne mette obstacle aux miséricordes du Sauveur.

A nous revoir donc samedi prochain ! En attendant, je vous embrasse tous en la personne de votre bon supérieur, et je bénis chacun de vous au nom de Notre-Seigneur et de la Bienheureuse Vierge Marie.

Nous arriverons par la voiture, le samedi soir.

26 février 1866.

Chers enfants.

oici notre grand jour qui approche :

^//pHa révolution qui va s'opérer en vous, le 124 février, sera meilleure que celle de 1 848. Nos révolutions, à nous autres, sont des changements de bas en haut, elles nous font monter ; elles nous enrichissent ; elles nous rendent de plus en plus heureux, et nous couronnent d'une gloire, d'une joie de plus en plus splendides.Les autres progressent en général, dans le sens inverse ; elles découronnent les couronnés, bouleversent tout, salissent tout, ne laissent après elles que des ruines et de la fange. Vos autein non sic. Non, mes amis ; notre grand Roi et notre très bon Maître Jésus ne nous change jamais que pour nous améliorer ; à sa suite, nous montons de clartés en clartés, de couronnes en couronnes, de grandeurs en grandeurs. Si l'Eglise est un Calvaire ; elle est aussi un Thabor : Calvaire par la mortification, par la pénitence, par l'obéissance, par la soumission complète de toutes nos puissances au bon Dieu, elle est pour nous un beau Thabor par cette série de charmantes et saintes ordinations qui sont comme l'âme de votre jeunesse ecclésiastique, et qui vous préparent à

monter un jour jusqu'au sommet du sacerdoce, où vous tiendrez dans vos mains Jésus transfiguré, transsubstantié, glorieux sous les voiles du sacrement. C'est alors, bien plus encore que maintenant, que vous lui direz, comme saint Pierre : Domine, bonum est nos hic esse.

Recevez donc, chers enfants, avec de très saintes dispositions la grâce qui s'approche : que pas un de vous n'ait le malheur d'être un Judas, un traître ; que pas un ne se présente aux pieds de l'évêque, qui est le sacrement du Pontife éternel Jésus-Christ, sans être revêtu de la belle robe nuptiale dont nous parlions à notre dernière retraite, et qui doit être blanche comme un lis. Confessez-vous humblement, n'ayez pas peur ; dites tout ; et vous serez bénis de Jésus-Christ et de Marie. O le grand crime de mal recevoir une ordination !

Adieu, mes enfants. Je vous bénis tous et de tout mon cœur. Je bénis tout particulièrement le meilleur et le moins bon d'entre vous. Num quid ego sum, Domine ? Je vous embrasse tous, comme mes chers enfants, et vous demande en grâce d'être toujours bien courageux dans la prière, dans l'attention à la présence de Dieu, dans les combats de la chasteté, dans la mortification de votre défaut dominant, dans l'obéis-

sance parfaite à la règle et dans la fidélité à la sainte communion. Vivez tout en Jésus-Christ et demandez cette même grâce pour moi, qui suis, en l'amour de Jésus et de Marie, votre pauvre père et grand-père, votre ami et votre serviteur.

20 mars 1866

Cher Monsieur le Supérieur,

e suis confondu de l'indigne conduite ^de ce malheureux X... Depuis longtemps (déjà, je n'avais plus en lui qu'une médioere conliance, entre-voyant vaguement l'existence d'un double fond dans sa boîte ; mais je n'aurais jamais pu croire à ce calcul, à cette fourberie, surtout en matière de vocation. Quel bonheur que nous en soyons débarrassés pour toujours !

Merci de vos communications si intéressantes. Je ne regretta qu'une chose, c'est la peine et le temps qu'elles ont dû vous coûter.

Le temps me manque absolument pour l'utile petit livre que vous me demandez. Si jamais Notre-Seigneur me permet de le composer, le cher séminaire de Montmorillon en aura certainement 1 s prémices. L'abbé D. et moi, nous travaillons comme deux chevaux de labour à

notre cinquième petit traité sur la piété et la vie chrétienne, qui a pour titre et pour sujet ; A i grandeurs en Jésus. Dieu veuille que nous l'avons fini aux vacances !

Je vous embrasse bien cordialement en me recommandant à vos saintes prières et au bon souvenir de^ tous ces Messieurs, ainsi que de notre cher petit peuple.

lundi, 2 avril i866.

Cher Monsieur Arignon,

j|gn de mes amis et moi, venons vous demander, comme un service personnel pour vous empêcher de refuser), de rouoirbien admettre à Montmorillon, en seconde, à titre d'essai jusqu'à la fin de l'année scolaire, un jeune homme que nous connaissons et suivons tous deux depuis quatre ou cinq ans, et qu'un excès de travail a forcé de quitter aux vacances dernières la petite communauté des élèves de Saint-Sulpice, où je l'avais fait entrer. Il a vingt ans, et se nomme Albert S... (i) Il est très in-

!. Ce jeune ouvrier parisien, converti par la communion quotidienne dont il eut la témérité de prendre l'habitude sanTœnsulter son confesseur, eut devenu un des prètrts les plus distingués et zélés du diocèse de Poitiers.

telligent et très travailleur, trop même, d'après ce que je viens de vous dire. Il paiera sa pension entière, afin que le séminaire ne débourse rien, si l'épreuve ne réussit pas. Les mœurs de ce jeune homme ont toujours été très pures. Répondez-moi, je vous prie, courrier par courrier, deux mots seulement. Je voudrais vous expédier mon brave Albert jeudi prochain ou vendredi.

Pardon de ne pas vous en écrire davantage ; je suis comme vous surchargé d'affaires et de travail, par la grâce de Dieu. Je vous embrasse cordialement, en attendant une bonne réponse.

S avril 1 866.

Cher Monsieur Arignon,

erci mille fois de votre bonne et corfediale réponse. A dire vrai, je n'atten- ;dais rien moins de votre excellent cœur. La note suivante vous montrera ce qu'est Albert et le parti qu'on peut en tirer. Elle a un poids considérable, à cause du caractère de celui qui l'a écrite : outre qu'il connaît Albert depuis son enfance, c'est un des esprits les plus fins et les plus sensés que je connaisse (i).

i. C'était nne lettre de recommandation très-chaud? de M. Meignen, directeur du cercle de Montparnasse.

J'ose vous confier personnellement la direction spirituelle de ce jeune homme, malgré les charges énormes qui vous écrasent. Sile temps vous manquait, vous auriez la bonté de choisir un homme de cœur, qui pût vous suppléer et suivre de près cette âme si intéressante. Au point de vue des sacrements, je crois que le régime d'une liberté affectueuse serait celui qui conviendrait le mieux. Depuis deux ans, Albert a été un peu comprimé sous ce rapport ; et cette direction, utile pour d'autres, lui a été nuisible.

Adieu, mon cher monsieur Arignon. Que Notre-Seigneur reçoive dans sa bonté, l'âme si bien préparée du bon curé de Saint-Porchaire ; et qu'il nous accorde à tous cette même grâce de très bien mourir après avoir très bien vécu ! Je vous embrasse bien cordialement.

Albert est très franc. La dissimulation n'est pas à craindre avec lui.

Le i ? mai 1866.

fê/f—^O ombien je suis heureux, cher mon- Jnf fjwmà sieur Arignon des bonnes nouvelles que '9-£Êè%i vous me donnez sur les débuts d'Albert, sur Alphonse T"\ et en général sur tous nos enfants ! Albert m'écrivait en même temps que

vous une bonne lettre, bien tournée, et qui respire une franche et confiante affection à votre endroit. J'approuve pleinement votre manière de faire vis-à-vis de lui : le résultat du traitement prouve la sagesse du médecin et des remèdes. Merci de ce dévouement : c'est une raison de plus pour moi de vous aimer de tout cœur.

A la première occasion, j'écrirai au cher M***, que je recommande tout particulièrement à son excellent professeur. Les roussins ont, comme vous le dites fort bien, de ces petits coups de feu impromptus; ils sont tout bons ou tout mauvais. Mathieu sera certainement des tout bons. J'écrirai aussi quelques mots d'encouragement à Albert.

Je n'ai pas besoin de vous dire combien j'ai été touché et éd'fié des détails que vous me donnez sur notre pauvre petit Martin et sur son confrère défunt. Nous prierons bien le bon Dieu pour eux et l'un de ces jours, je dirai la messe tout spécialement à leur intention. La piété vraiment remarquable de presque tous ces enfants au lit de mort, est une preuve très évidente de la fécondité spirituelle de la direction qu'ils reçoivent au séminaire, lien sera ainsi tant que ces chères petites âmes aimeront et pratiqueront l'obéissance, le travail, la fréquente communion et l'esprit de la cléricature.

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