‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 26 sur 35 · L. G. DE SÉGUR · texte numérisé non relu

L. G. DE SÉGUR

Paris, le 25 nurs 1S73. En la fête de l'Annonciation.

Mes chers enfants,

oici notre grande semaine ; et la bonne ?! Providence permet que votre retraite >d'ordination s'ouvre sous les auspices du mvstère de l'Incarnation, sous le regard de la Bienheureuse Vierge, Mère de Dieu, et en union avec la mission incomparable de l'archange Gabriel. Tout cela semble fait exprès pour vous, mes enfants ; car le sacerdoce et l'Eucharistie qui vous seront un jour confiés ne sont, à vrai dire, que l'extension et la prolongation, à travers les siècles et par toute la terre, du mystère des mystères, c'est-à-dire du don que Dieu nous a fait de lui-même, en descendant sur la terre pour se donner à nous. La Vierge Marie est la Reine et la Mère des prêtres, lesquels reçoivent de la bonté divine, une vocation non moins merveilleuse que la sienne. Que fait le prêtre, en effet, sinon enfanter Jésus-Christ sur l'autel et dans les âmes, le recevoir pour le donner, et être, comme la très sainte Marie, le canal vivant et sanctifié par où Dieu passe pour se donner et s'unir à ses créatures ? Et l'ange Gabriel ? l'Ange, c'est-àdire l'envoyé ! Gabriel, c'est-à-dire l'homme de Dieu, la vertu de Dieu : n'y a-t-il pas là une

grande et suave leçon pour vous qui êtes appelés à être au milieu des hommes, les hommes de Dieu, les envoyés de Dieu, les porteurs de la grâce de Dieu, de la parole de Dieu, des miséricordes toutes puissantes de Dieu ?

Mes chers petits amis, soyez des anges dans votre maison de Nazareth, dans le pieux asile où l'Eglise cache, préserve et fait grandir votre vocation. Soyez surtout purs comme des anges, et pour l'amour de la Vierge votre Mère, très chaste souveraine de la maison ; et pour l'amour de votre vocation angélique ; et par respect pour votre ange gardien, frère de Gabriel ; et pour l'amour de l'âme du séminaire, qui est l'autel, le tabernacle et l'Eucharistie.

Je prie la très sainte Vierge, Mère de Dieu, de vous accordera tous, sans exception, la grâce de recevoir l'ordination le samedi avec une grande innocence et une grande ferveur. Si quelque pauvre âme s'était laissé séduire par le démon muet et n'avait pas osé avouer ses misères, qu'elle ne craigne point ! je le lui demande au nom de la sainte Vierge, et lui promets la plus complète indulgence de la part de son père spirituel. C'est un malheur immense que de mal recevoir une ordination quelconque. Fuyez ce mal à tout prix.

Adieu, mes amis, chers enfants de mon cœur.

Je vais m'unir à vous tous ces jours-ci. Soyez dignes et de Pie IX et de votre grand évoque en l'amour desquels je vous aime, vous bénis et vous embrasse tous et chacun de tout mon cœur. L. G. DE SÉGUR.

Le 10 décembre 1875.

Cher Monsieur Arignon,

Ç^a^^u 'est-ce que cette horrible aposta- Spr|)Yjsie que j'apprends par quelques lirfeSp^çjgnes de notre bon économe ? Il ne me nomme pas le coupable. Qui est-ce donc ? Quel désastre pour notre cher clergé poitevin, et en particulier pour notre séminaire ! Certes, cet homme est plus coupable encore et plus insensé que les Lovson, les Hurtauld et les autres ; tout, dans son éducation ecclésiastique, dans ce qu'il a vu et entendu toute sa vie, dans l'atmosphère qu'il respirait encore hier, tout le détournait puissamment de ce crime. Je m'unirai à vous en célébrant une messe d'expiation vendredi prochain, en l'honneur du Sacré-Cœur. Stcilœ cxli cadent. Soyons bien humbles et bien fidèles, et serrons-nous plus que jamais autour du Tabernacle, de la

sainte Vierge et du Saint-Siège. Je vous embrasse bien tristement, ainsi que vos chers confrères. L. G. DE SÉGUR.

Le 9 janvier 1874.

'e prie le bon monsieur Arignon de re- C^mercier de ma part mes chers petits pro-

jtégés de leurs aimables lettres du jour de l'an. Je ne puis leur répondre en particulier à cause de la montagne de lettres qui encombre mon bureau ; et je remercie le bon Dieu et le bon Supérieur de la très salutaire purgation qui a fait filer in secessum les deux drôles sur la vocation desquels de bons curés s'étaient fait illusion.

20 janvier 1874.

prière au bon monsieur Arignon de vou- ^sloir bien remettre les petits souvenirs à |è(7mes jeunes protégés. Mille affectueuses bénédictions à tout le séminaire, aux prières de qui je recommande ma mère de nouveau très souffrante.

4 mai 1874.

Cher monsieur Arignon,

'e vous remercie de votre bonne et affectueuse lettre, et d'avance je tourne vers ^.Montmorillon les regards de mon cœur, en attendant le mois de novembre, si tamen Dominus voluerit; car dans des temps comme les nôtres, il est plus que raisonnable de pratiquer la règle de dépendance que nous recommande l'apôtre saint Jacques. Que pensez-vous de la demande ci-dessus? Je vous autorise à faire pour le mieux et dans l'intérêt de cette vocation et dans l'intérêt de ma pauvre bourse. Les notes de Constant ne sont pas fameuses. Dites-le lui donc de ma part. Je n'ai pas de faible pour les ânes. Mille bonnes amitiés à tous ces bons Messieurs et mes plus tendres bénédictions pour le cher petit peuple. à qui je n'ai pu écrire pour l'ordination.

Paris, le 2 novembre : 74.

Cher Monsieur Arignon,

r oici une mauvaise nouvelle. Je suis oblif / gé de renoncer pour cette année à notre enchère retraite de Montmorillon. J'en écris aujourd'hui même au bon évêque. Je viens

d'avoir la semaine dernière, pendant plus de quarante heures, une série d'hémorrhagies nasales tellement violentes, et quelques-unes tellement longues, que le médecin m'ordonne de prendre des précautions sérieuses, et m'interdit en particulier le cher mais gros travail que je devais commencer le 12 ou le 13. Je serais désolé, si je ne voyais clairement là une indication de cette volonté divine, seule vraiment bonne et vraiment désirable, à laquelle nous devons subordonner tout, à commencer par notre zèle et les travaux de notre ministère.

J'espère que vous pourrez trouver un bon remplaçant à votre pauvre serviteur écloppé, qui avait cependant consacré cette retraite au sacré cœur de Jésus, à Paray-le-Monial.Si le P. Marie Eugène d'Alauzier était libre, je crois qu'il ferait admirablement l'affaire. Il m'a remplacé l'année dernière au grand séminaire, et vous savez qu'on a été enchanté de lui. C'est mon fils spirituel, n'est-il pas tout simple qu'il soit mon suppléant? Mille affectueux souvenirs, mille regrets et mille bonnes bénédictions à tous ces chers Messieurs ainsi qu'aux enfants. Je prie monsieur l'économe de m'envoyer la liste exacte de mes obligations ou bons au porteur sur le trésor de Montmorillon, Poisson etC«.

Je vous embrasse bien cordialement et malgré tout un peu tristement.

Le 7 février 75 .

Cher Monsieur Arignon,

qslfcvjfy près-demain mardi, je célébrerai l'an- "w^l^vriniversaire de la mort de ma bonne et tr^gSfe-?; chère mère. Aurez-vous la bonté de la recommander, de ma part, aux prières et aux communions de toute la communauté, ainsi qu'au pieux souvenir de Messieurs les professeurs?

Je n'ai que le temps de vous écrire ces quelques lignes. Mille actions de grâce.3 par avance et mille bénédictions à notre cher petit peuple.

Paris, le 12 mars 1875.

Cher Monsieur le Supérieur,

vrfif'' H ^sens °orpore , prœsens autem spiritu, \[f/~$fà je viens prendre ma part de notre belle àr^£2%è?s fête de famille. De loin, je bénis ce cher petit peuple de prêtres futurs, sur qui reposera pendant plus d'un quart de siècle le salut de notre immense diocèse de Poitiers. Mon Dieu ! quelle grande chose qu'un prêtre ! quelle grâce

d'être appelé à le devenir ! Et par conséquent quelle œuvre que l'œuvre d'un séminaire ! Nous devrions tous être des saints, pour pouvoir faire des saints. Ne l'étant pas encore, du moins soyons bien humbles, afin que l'humilité, qui est la vertu des vertus, supplée un peu au reste.

Présentez, je vous prie, mes plus tendres respects à notre Evêque, vénéré et bien-aimé. J'ai grandement compati à la triple douleur que lui a causée la perte quasi-simultanée de Dom Guéranger, du P. Schrader, et du bon P. Freyd. Ils sont tous trois quasi-irremplaçables.

Mes affectueux hommages et souvenirs à MM. les professeurs ; et aux chers enfants, grands et petits, ordinands et aspirants, sans compter les soupirants, mille paternelles bénédictions, pour accompagner l'amnistie pleine et entière que va leur octroyer la charité du très excellent consécrateur.

P. S. Quelle magnifique Oraison funèbre! c'est un véritable événement au milieu de notre panade républicaine libérale.

Le 20 octobre 187S.

Cher Monsieur le Supérieur,

('il plaît au bon Dieu et à la sainte Vierge j|\je vous arriverai tout droit de Paris le lundi 15 novembre vers sept heures du soir pour souper en communauté ; et dès le lendemain matin, nous monterons en selle pour commencer la croisade. Notre clôture aura lieu comme d'habitude le dimanche soir 21, et je vous quitterai le lendemain pour aller passer vingtquatre heures chez ma nièce de M***. Je bénis d'avance notre chère jeunesse ecclésiastique, et vous demande pour elle une heure de récréation, ou deux demi-heures au premier beau jour, afin de me préparer les voies de leurs cœurs.

Je vais beaucoup mieux, pour ne pas dire très bien. Avec des précautions, j'espère que je m'en tirerai. M. l'économe m'a envoyé le bulletin de Paul G***. Qu'est-ce que cela veut dire ? Depuis bien longtemps, j'ai déclaré que je ne voulais plus m'occuper de ce petit garçon, dont la vocation est plus que douteuse, dont la conduite est médiocre, et qui ne nous offre plus de garanties en aucun sens.

Adieu, cher Monsieur le Supérieur. Je vous embrasse cordialement, ainsi que tous ces bons Messieurs.

— 3ôo —

Paris, le 24 février, :87e.

Cher Monsieur Arignon, S/:e viens vous demander, ainsi qu'à tous

10s chers Messieurs, un service que ^ÇJvous pourrez, je l'espère, me rendre sans vous trop déranger. Ma pauvre sœur, dont le fils aîné vient de mourir à Arcachon, comme vous le savez déjà sans doute, vous prie de vouloir bien dire et faire dire, le plus tôt possible pour le pauvre enfant les soixante-six messes dont je joins ici les honoraires, 100 francs.

Il est mort bien chrétiennement ; mais il n'en faut pas moins bien prier pour lui et pour ses malheureux parents.

Comment va le séminaire ? Veuillez me rappeler aux bonnes prières de tous, et demander de ma part, aux grands comme aux petits, ce qu'ils ont fait, ce qu'ils font, et ce qu'ils feront des grosses résolutions de notre retraite.

Je vous embrasse cordialement, ainsi que vos bons confrères, en vous priant d'accorder de ma part une petite heure de récréation et, s'il se peut, une indulgence plénière au pauvre peuple.

Quelles élections, bon Dieu ! Et comme cela sent l'enfer !

Paris, le 21 novembre 1878.

Mes bien chers enfants,

ai été avec vous tous ces jours-ci, et aujourd'hui plus encore. J espère que §| le bon P. Ladislas a été content de vous, et que sa sainte parole, fécondée par sa charité si connue et par sa pénitence de Frère- Mineur, a produit dans vos cœurs de grands fruits de salut. La grande et souveraine résolution que je vous prie tous de prendre, avant de recommencer le travail, c'est une fidélité inaltérable aux sacrements, qui sont la source divine de la sanctification. Confessez-vous souvent et très sincèrement ; ne demeurez jamais par votre faute, en mauvais état de conscience ; le péché perd prodigieusement de son importance fatale quand on ne peut pas le supporter, et qu'on en sort immédiatement, dès qu'on a eu le malheur d'y tomber par fragilité ou étourderie. Puis communiez saintement et souvent, saintement ne suffirait pas ; et souvent ne suffirait pas non plus. Il faut l'un et l'autre.

Je prie la Bienheureuse Vierge Marie, dont nous célébrons aujourd'hui la très sainte enfance, de vous accorder à tous sans exception cet amour de la bonne confession et de la bonne

communion ; et je vous promets, en son nom, une excellente et très excellente année, si vous gardez bien cette unique résolution de retraite. Je salue affectueusement vos bons maîtres, que j'ai connus jadis enfants et élèves comme vous. Soyez leur consolation en toutes choses. Et vous-mêmes, mes bons amis et mes chers enfants, je vous bénis comme je vous aime, c'est-àdire du fond de mon cœur.

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