L. G. DE SÉGUR
Samedi, 19 juillet 1879. — Huit jours après sa première congestion.
|erci, cher monsieur le Supérieur, de £j pjjvotre aimable lettre. Grâces à Dieu, le yoéril semble tout à fait conjuré ; je vais infiniment mieux et n'ai presque plus d'embarras de langue. Je crains bien qu'on ne me permette pas en novembre d'affronter la grosse fatigue de notre retraite. Je vais vivre comme une huître en Bretagne jusqu'au Ier octobre. Le reste à la grâce de Dieu !
Je bénis mille fois les vacances de nos bons enfants, en l'amour desquels, je suis tout à vous et au séminaire.
Priez bien pour moi.
Paris, le 9 octobre 1870.
Cher Monsieur Arignon,
fous savez déjà, n'est-il pas vrai ? que Notre-Seigneur ne veut pas de moi
(Cette année, pour notre grand et cher travail de la retraite, « quia manus Domini tetigit me». Je n'ai pas senti cette chère main quand elle m'a touché, mais je m'en suis aperçu bientôt à la pauvre langue qui allait beaucoup moins bien que celles de la grande majorité des élèves de Montmorillon, ou du moins de la minorité bavarde qui aurait un peu besoin, pendant les classes et les études, d'une petite paralysie de ce genre. — Je me souhaite un bon et saint remplaçant pour notre chère retraite de novembre et je vous le souhaite aussi, car une bonne retraite c'est bien souvent une bonne année. Avez-vous déjà votre choix arrêté ? Si non, permettez-moi de vous indiquer un homme de grand talent, de grand zèle et de bien bonnes doctrines, le P. Philippe, capucin, ancien ami intime du savant P. Ventura, et l'un des meilleurs missionnaires de nos capucins de France. J'espère lort que si vous le lui demandiez de ma part, il accepterait sans hésiter. Il est vrai que les récentes élections 'l'ont envové de Paris' à Lo-
rient, un peu loin de Montmorillon ; mais outre qu'il ne craint point la fatigue, les trois quarts des frais de voyage sont payés d'avance, les capucins ne payant que quart de place. Et puis en s'y prenant deux ou trois jours d'avance, le bon Père pourrait facilement s'arrêter un peu au couvent de Nantes, et y prendre quelque repos. Il fait merveille dans les missions. Je n'oublierai pas les deux chers enfants que Notre Seigneur a daigné prendre à lui et dont vous me parlez ; c'est un grand bonheur pour eux, mais une grande perte pour le diocèse. A l'époque de la retraite, j'écrirai une petite encyclique à nos bons enfants. S'il vaut mieux l'écrire avant la retraite, vous voudrez bien me le faire savoir par deux mots.
Mille amitiés à tous ces Messieurs et mille bonnes bénédictions à tous les élèves, pour leur rentrée. Je suis tout à vous, cher Monsieur Arignon,en l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ
Paris, le 18 novembre 1S80.
Mes chers petits amis,
^ ">W*) 'a lin ^e cette bonne retraite, à laquelle il //%~=à \&^ ne manque que la bénédiction pastorale 3-feîÀ^ du grand cardinal, qui nous a quittés pour aller avec le bon Dieu, je charge le cher
P. Marie-Henry, de vous exprimer de ma part tous les vœux que je forme pour les heureux fruits de la retraite, non-seulement à l'égard du séminaire tout entier, mais pour chacun en particulier, en commençant par les meilleurs, et en finissant, comme de juste, par les plus coquins. Si je ne me trompe, le meilleur entre les meilleurs, c'est celui qui est le plus humble et le plus doux de cœur, qui est la plus pleinement décidé à rester toujours parfaitement fidèle au règlement, qui se confessera avec une sincérité et une humilité plus vraies, et qui fera la sainte communion avec un amour plus humble, plus courageux et plus fécond.
Je m'unis au cher P. Marie-Henry pour prier la sainte Vierge de vous accorder à tous une année excellente, de vous garder dans une pureté parfaite, et de permettre que cette année scolaire , décisive pour la vocation d'un grand nombre d'entre vous, ne soit souillée par la tâche hideuse d'aucun péché grave.
Devant une réponse à une excellente lettre que m'a écrite dernièrement votre bon directeur, je chargele Père prédicateur, puisqu'il remplit auprès de vous son office de Frère-prêcheur, de lui demander de ma part pour vous quelque chose qui puisse vous faire bien plaisir, et qu'il
voudra bien régler dans sa haute sagesse. Je vous bénis de tout mon cœur, mes bons et chers enfants, en priant l'ange du diocèse de Poitiers de vous envoyer, sans plus de retard, un saint et bon évêque.
f L. G. DE SÉGUR.