‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 35 sur 35 · R. P. DOM GRÉA ETA TOUTE LA COMMUNAUTÉ · texte numérisé non relu

R. P. DOM GRÉA ETA TOUTE LA COMMUNAUTÉ

Paris, le 19 novembre 1880.

Mon cher Père et mes bons petits frères, fl y a longtemps que je ne vous ai écrit, m| N'entendant point parler de Saint- Claude dans les célèbres expulsions de unaov spres couvents, j'attendais toujours ; je ne concevais pas votre conservation comme possible, et je ne pouvais accepter la pensée de

vous voir tous dispersés comme de pauvres agneaux livrés aux loups et aux voleurs. Une lettre de notre bon Père m'apprend que ce qui me semblait impossible est fait, et que vous demeurez unis dans la sainteté de votre belle prière, dans le lien mutuel d'une charité qui va grandir encore, je l'espère, dans une innocence que la crainte du danger vous aura appris à conserver intacte et inviolable. O mes bons frères ! que la sainte Vierge Immaculée, votre grande patronne, soit mille fois bénie de cette grâce inespérée, presque miraculeuse!

Comme souvenir de cette grâce, je vous envoie, pour les petits frères du moins, une très précieuse relique de la vierge sainte Agnès; je viens de la recevoir de Rome. Je doutais de pouvoir l'obtenir; car je sais que les reliques de sainte Agnès sont extrêmement rares. Par-dessus le marché, cette relique, la notre, est relativement très belle ; il faudra, mes petits frères dans votre modeste sanctuaire, en reconnaître la valeur par une grande dévotion et surtout par une pureté angélique digne de votre jeune et charmante patronne. Vous savez qu'elle n'avait que treize ans, qu'elle communiait chaque matin, à l'exemple de tous les premiers fidèles, et que c'est là, dans cette union intime et constante

avec le Dieu des anges, qu'elle a appris de Jésus la grande leçon de l'innocence parfaite et du témoignage du sang. A mesure que vous grandirez et que vous avancerez dans la hiérarchie de la vie et de la sainteté religieuses, il faudra que les agneaux de sainte Agnès deviennent des lions, aussi forts que doux, sachant mourir et souffrir, comme ils ont su vivre, obéir et aimer.

Mes enfants, quand nous sera-t-il donné de nous revoir ? Je l'espère toujours ; mais c'est toujours le secret de Dieu. Préparons-nous énergiquement. dans la paix inaltérable que donne à l'âme la vie d'oraison et la vie eucharistique, la paix et le travail, l'union intérieure avec Jésus et la pensée habituelle de l'éternité, préparons-nous aux épreuves de la persécution à venir ; et plus que jamais soyons d'une fidélité absolue et fervente à la sainte Vierge immaculée, Mère de Dieu et véritable Reine de notre pauvre France qu'elle veut sauver. Ces jours derniers, on me rapportait que dans une séance de francs-maçons le démon apparaissant et répondant à cette question : « Faut-il procéder à l'expulsion des communautés de femmes? » a répondu « oui »; mais faites vite ; car la "Vierge (c'est ainsi qu'il appelle la sainte Vierge) intercède pour la France

auprès de son Fils, et elle est sur le point de remporter la victoire. »

Aidons-la, mes bons enfants, par la puissance ininterrompue de nos prières, de nos mortifications, et plus encore, peut-être, de nos communions ; caria sainte communion nous inocule, pour ainsi dire, tout ce qu'a et tout ce qu'est Jésus- Christ.

Cher P. Gréa, j'espère que vous recevrez bientôt la grosse charité de mon cher enfant et ami de Saône-et-Loire. Pour moi, dès que je serai un peu moins à l'étroit, je joindrai ma petite obole à l'offrande un peu grosse, je l'espère, du sus dit.

Je bénis et embrasse paternellement in osculo sancto le très bon Père et tous ses enfants, depuis le plus vieux jusqu'au plus jeune les suppliant tous de ne pas m'oublier au pied du tabernacle et devant la très-sainte Vierge.

P. S. Comment pourrai-je vous faire parvenir sûrement la relique de sainte Agnès avec l'authentique ?

AU R. P. DOM GRtC.\.

Paris, le 28 mai 18S1.

Mon cher bon Père,

\\ y a bientôt deux ou trois cents ans que tHjje ne vous ai écrit tout de bon. Hier,

[par l'intermédiaire de mon fidèle Méthol, j'ai eu la joie depuis longtemps attendue, de vous envoyer quelques centaines de francs de bonne prose, qui aideront un peu, je l'espère, le bon P. Adrien à réaliser tous les petits Dom que la bonne Providence ne cesse de grouper autour de lui. Que ne puis-je être témoin, témoin bienheureux et bien édifié, de toutes ces réalisations qui, en transplantant ces enfants, ces jeunes âmes, élues de dieu, les métamorphosent si promptement et si suavement en vrais serviteurs de Dieu, en vrais Porte-Dieu, en Porte-Christ, en Porte- Esprit-Saint, comme jadis le disait de tous les chrétiens notre grand martyr d'Antioche. C'est par la sainte liturgie, par la communion humble et fervente de chaque jour, que vous réalisez aujourd'hui, comme aux bons vieux temps d'autrefois, ce saint problème, proposé à tous par le céleste mathématicien ; et je vous avoue que rien ne pourrait autant me réjouir et me faire du bien à l'âme que de voir et de constater, sinon de vius

du moins de tactu, aure et corde, ce beau miracle de la déification de vos chers enfants. Hélas ! rien ne me fait prévoir le bienheureux moment où je pourrai accomplir ce vœu de mon cœur. Ma pauvre santé me permet à peine de toutes petites choses; je ne puis plus prêcher, même un peu; à peine puis-je donner JÉsus, tout bas, presque à demi-voix, aux chères âmes que j'aime tant, et que j'aimerais bien plus tendrement encore, s'il s'agissait de nos bons petits fidèles, qui l'aiment de si grand cœur, si pleinement, si apostoliquement.

Vous savez, cher Père, de qui je veux parler. Tout noirs qu'ils sont devenus (i) pr opter metum Judœorum, ils sont toujours plus blancs que la neige ad exemplar angelorum. Je les bénis et les embrasse tous, comme mes chers enfants, surtout ceux que le bon Jésus semblait m'avoir donnés plus intimement, et qui me demeurent plus unis in Christo Jesu Domino Nostro.

Je prie tout spécialement la sainte Vierge immaculée et les bons anges de toute la communauté pour ceux de vos frères et de vos fils dont vous m'avez donné les noms dans votre dernière lettre, à l'occasion des ordinations prochaines. Je leur recommande très particulière-

(2) Il avait fallu quitter l'habit religieux.

ment d'abonder et de surabonder en énergie de foi et de prière, en dévotion humble et affectueuse envers la très sainte Eucharistie, en amour envers la bonne sainte Vierge, en dévouement inaltérable envers Rome et le Saint- Siège, en parfaite innocence, et en horreur des moindres péchés.

J'espère que n'étant plus absorbé par vos anciens devoirs de vicaire général, vous pouvez les confesser tous, avec cette bonne joie et cette paternelle liberté qui vous ont si bien gagné leurs coeurs. Ce point me semble essentiel, eu égard surtout aux questions intimes de direction et en ce qui concerne la très sainte communion. Personne, sauf ceux que vous aurez pu former de longue main, ne peut vous remplacer sûrement.

Adieu, mon cher Père, mon cher et digne ami. Tenez-moi toujours bien au courant de tout ce qui vous touche. Je ne saurais vous dire à quel point cela m'intéresse.

Je vous embrasse du fin fond du cœur.

P. S. C'est dans la nuit même qui suivit que Mgr de Ségur fut frappé de la congestion cérébrale dont il mourut dix jours après, le 9 juin.

EXTRAITS DE LETTRES NOMBREUSES, MAIS TROP INTIME POUR ÊTRE PUBLIEES, ADRESSEES A UNE RELIGIEUSE DE LA COMMUNAUTÉ DE l'aSSOMP- TION A LAQUELLE MONSEIGNEUR DE SEGUR ETAIT UNI PAR LES LIENS D'UNE CONFIANCE ET D'UNE AFFECTION TOUTES DIVINES. 1 876 A l88o.

12 juin tèjh.

Ma bonne et chère Sœur,

fP30US savez peut-être déjà que je ne ^Ipourrai, à mon très vif regret, remplir KSâcette année mon beau ministère traditionnel de porte-Dieu jeudi prochain, à la procession de l'Assomption. J'espère que vous voudrez bien y prier pour votre pauvre aveugle, comme s'il y était présent. Demandez pour moi au Sacré-Cœur de Jésus, centre royal et partie principale du Corpus Domini, tout ce que vous lui demandez pour vous-même, assuré que je suis que vous ne lui demandez rien de terrestre ni de frivole.

Daignez implorer pour moi la grâce des grâces, dont il me sait si réellement indigne, celle de vivre tout pour lui et tout en lui, de bien travailler

pour lui et avec lui, de souffrir beaucoup, et de mourir pour lui, avec lui et en lui. Telles sont mes commissions de Fête-Dieu.

Si ce bon Seigneur laissait tomber quelques petites gouttes de direction à mon adresse, je compte sur votre charité et sur votre fidélité, ma chère et très chère Sœur, pour me les mettre de côté, comme des gouttes de rosée du paradis.

Jusqu'à présent, mon été se passe assez bien ; je me ménage de mon mieux, afin de ne pas gaspiller les restes d'une santé qui n'est pas à moi et dont le propriétaire peut encore tirer parti pour le salut et la sanctification de quelques-unes de ses chères âmes. Elles sont à lui seul, en effet, et non à nous, et c'est pour lui qu'il faut les vouloir bonnes, pures et saintes.

Adieu, ma chère sœur. Je ferai le possible et l'impossible pour vous aller voir avant mes vacances proprement dites. Je compte rentrer à Paris jeudi soir. Mille bonnes bénédictions.

; 5 août 1876.

Ma chère sœur,

&fip§^')onne et sainte fête! Que la bienheu- $! rr^reuse Vierge, notre Mère, nous prenne ^|L^2^et nous garde tout à elle, en ce monde d'abord, puis dans la belle éternité, où ellerègn?

dans la gloire et la béatitude de son Epoux divin, de son Fils et de son sanctificateur !

Je viens recommander à la protection toute spéciale de vos prières et de vos communions, ainsi que des communions et des prières de toute la communauté, le grand Congrès des œuvres ouvrières qui va s'ouvrir à Bordeaux lundi prochain, et dont je dirigerai les importants travaux, s'il plaît à Notre-Seigneur.

Pendant toute cette semaine du 20 au 27, je vous demande d'appeler sur nous tous, et sur moi en particulier, les grâces, bénédictions et lumières du Sacré-Cœur de notre Jésus, ainsi que la protection la plus efficace de la bonne Vierge et de saint Joseph.

Daignez parler de ma pauvre âme et de ses besoins à Jésus très saint et très miséricordieux, en l'amour duquel je suis et espère demeurer toujours votre frère, ami et serviteur bien cordialement dévoué.

18 janvier 1877.

Ma très bonne et très chère sœur,

'accepte bien volontiers en principe)

^quoique ce soit contre mes principes,

f^ce bon sermon de charité. Quand il

s'agit de faire des prêtres, et plus encore

des prêtres- religieux, il n'y a plus de règle.

Néanmoins cela ne pourra être un dimanche ; pendant le carême, tous mes dimanches sont pris, d'abord par la conférences de notre Société de jeunes ouvriers de la rue de Grenelle, puis par les six conférence que je prêche, chaque année, après les vêpres, au collège Stanislas.

Si le bon Père Bailly peut placer la réunion un jeudi vers deux ou trois heures, ou bien encore à cinq heures, je serai tout à lui, et tout à vous, ma chère sœur, en l'amour de Notre- Dame des vocations et des vocations de Notre- Dame.

28 mai 1878.

Ma chère et très chère Sœur, *e commence à croire tout de bon que je (suis, depuis cinq ou six mois, sous ^ l'influence de quelque esprit malin, très habile, qui ne veut pas que j'aille à l'Assomption. Quinze, vingt fois, j'ai formé le projet très nettement arrêté d'aller enfin vous voir et vous parler un peu de notre cher Seigneur Jésus, et de notre autre cher seigneur d'Anthédon (1) ; et chaque fois j'en ai été empêché.

( 1 ) Mgr Gay.

le veut pas, puisque je ne puis trouver moyen de réaliser ce bon désir. Daignez au moins lui parler quelquefois de votre pauvre vieil ami, lorsque vous êtes à ses pieds ; demandez-lui pour moi ce que vous lui demandez pour vous-même, en particulier la vraie humilité, l'esprit de foi, le détachement de tout ce qui n'est pas lui. Je sens ma santé vieillissante qui commenceà se délabrer: «ego enim jamdelibor, et tempus resolutionis mece instat. »

O ma chère Sœur, demandez-lui de me préparer tout de bon à ce temps-là, par les moyens qu'il sait être les plus efficaces. Je le supplie de me faire grandement miséricorde, et je vous confie ma pauvre cause, qui n'est ni plus ni moins que celle de mon éternité.

Adieu ; et que l'amour de Jésus et de Marie remplisse totalement votre excellent cœur et le mien qui ne vaut pas grand'chose !

Samedi, 12 juillet 1879.

Ma bonne chère Sœur,

\|uisque Notre-Seigneur a bien voulu jl« m'unir à vous par des liens de charité ,qui ne profitent guère qu'à moi, laissezmoi vous demander l'assistance de vos bonnes

et affectueuses prières. Depuis hier, je ne suis pas brillant ; sans aucune souffrance et sans cause apparente, j'ai été pris tout à coup, vers une heure, d'un assez fort embarras de langue, tel qu'on en a souvent après les attaques. On a pris la chose énergiquement: sangsues, purgatif, repos absolu, etc.; et, ce soir, cela va notablement mieux.

C'est un petit avertissement, probablement sans frais, que me donne le bon saint Pierre, portier du paradis, m'invitant à apprêter mes malles et colis. En bonne sœur de charité, vous m'aiderez certainement à bien faire mes malles : les femmes, et surtout les sœurs, s'y entendent mieux que les hommes. Donc, je vous confie tout cela, chère Sœur, et par conséquent aux saintes âmes qui vous entourent.

Je suis tout vôtre, en l'amour du Saint-Sacrement et du Cœur miséricordieux de Jésus.

iS juillet 1879.

Ma bonne chère Sœur,

' e vais de mieux en mieux. J'ai pu monter jà l'autel ce matin, et l'on me dit que \X affaire est manquée. Nous partons pour la Bretagne mardi prochain. Je ne vous oublierai

Quant au jour de la procession, j'y pense depuis longtemps, et je voulais également aller vous en parler, lorsque j'ai reçu votre premier billet, puis celui d'aujourd'hui. Votre bonne lettre d'il y a dix jours attendait patiemment son tour de réponse sur mon bureau, lorsque votre cri de détresse est venu me saisir, au retour d'une journée de confessions au collège Stanislas (où nous célébrons demain la première communion) et m'a obligé de tout laisser pour vous répondre enfin. Dieu sait cependant, ma pauvre Sœur et ma très chère Mère, si j'aime votre âme !

Donc, si Notre-Seigneur le permet, je serai à l'Assomption le jeudi de la Fête-Dieu, à l'heure que vous m'indiquerez. Je voudrais bien que ce pût être une petite demi-heure plus tôt que d'habitude. Je dois ouvrir, à Saint-Thomas-d'Aquin, la retraite de l'Adoration nocturne à 8 heures.

Quant à l'Ascension, j'aurais accepté avec bonheur; malheureusement je suis retenu, depuis plusieurs semaines, à la nouvelle paroisse de l'Immaculée-Conception, tout près de Montreuil, c'est-à-dire derrière la barrière du Trône, chemin de Vincennes.

Je ferai le possible et l'impossible pour aller vous voir avant la Fête-Dieu. En attendant, je recommande à votre souvenir miséricordieux, aux

pieds de Jésus et de Marie, votre misérable ami, frère et serviteur.

Dimanche soir 2 juin 1879.

Ma chère Mère, ^^a prédication d'une retraite de première

iW~

«^communion à Montmorency , promise J^| depuis plusieurs années à d'excellents parents qui demeurent là, m'empêchera le jeudi de la Fête-Dieu, 12 juin, de me rendre à mon poste d'honneur et d'amour au milieu de la chère communauté de l'Assomption. J'ai essayé de combiner les choses de manière à rentrer à Paris dans l'après-midi, pour pouvoir être à Auteuil à quatre heures et demie, mais le bon curé de Montmorency a poussé de tels gémissements de désespoir, alléguant que tout serait perdu, qu'il m'a fallu, bon gré malgré, sacrifier notre chère procession traditionnelle. Si, par hasard, vous en faites une seconde, le jeudi de l'octave ou le dimanche de l'octave, 22 juin, je serai tout entier à votre disposition.

Vous ne sauriez croire combien souvent je pense à vous, ma chère Mère et ma chère Sœur. et comme je serais heureux de vivre un peu plus auprès de vous ; il paraît que Notre-Seigneur ne

de tilet providentiellement préparé au-dessus de ces dix enfants, pour enrichir l'Assomption d'abord, puis le ciel !

Paris, 28 mai iï Chère bonne Sœur,

5^'e rem C^réponc

'e rentre à Paris, et m'empresse de vous îdre.

Désormais je serai hors Paris, les quatre premiers jours de chaque semaine, et j'y rentrerai le jeudi soir, pour repartir le dimanche soir. Par exception, je reviens mardi prochain, pour bénir un mariage à Saint-Sulpice, à midi. Si vous pouviez être en mesure de faire la petite représentation (1) dans l'après-midi, à partir de deux heures, je serais enchanté. Sinon, nous verrions pour une autre semaine, où je rentrerais à Paris le jeudi vers midi, au lieu du soir.

Quant à la procession pour cette année, je n'ose pas en affronter les fatigues. Vous m'y représenterez, et Notre-Seigneur n'v perdra rien : une perle au lieu d'un caillou.

Adieu. Tout Poitiers était dans la douleur et

(1) C'était une représentation de Sainte-Cécile, au pensionnat de l'Assomption.

est maintenant dans la crainte et dans l'espérance. Prions bien pour le successeur.

Paris, le 20 décembre 1880.

Ma chère Sœur,

''ai célébré, ce matin, le trente-troisième ^(anniversaire de ma première messe, et fè^ça été, ce me semble, avec plus de bonheur que jamais. En vieillissant, cependant, et en sentant bien plus qu'avant le poids de l'infirmité et de l'âge, le sentiment de la dévotion s'affaisse, devient pénible et lourd. Cet état, que je ne connaissais pour ainsi dire pas avant ma petite attaque de l'année dernière, est fort attristant et désagréable. Demandez, je vous prie, à notre cher Seigneur de daigner me faire tirer bon parti de cette parcelle de la grâce du commencement de son agonie : « Et cœpit contristari, et tcedere, et pavere, et mœstus esse. » Cela me rappelle une douloureuse et, tout ensemble, aimable plaisanterie du bon pape Pie IX, dans les derniers temps de sa vie : il disait en essayant de se lever de son fauteuil, riant et geignant tout à la fois: « Eh, povero vecchio!... non ne puo più ! Pauvre vieux ! je n'en peux plus! — Moi aussi, je n'en peux plus guère ! et, par moments,

pas à la messe ; vous non plus, n'est-il pas vrai ? surtout dans vos communions et adorations.

P. S. Comment vont vos pauvres yeux ? Y a-til espoir d'une bonne croix de ce côté-là ? Ou bien pourrez-vous bientôt me dire que, là aussi, l'affaire est manquée ?

Auray, ij septembre 1879.

Ma chère Mère et ma chère Sœur,

oici une lettre qui peint une position ^pbien intéressante, à laquelle notre chère c<2^~f^ famille de l'Assomption pourra peutêtre apporter quelque soulagement. Comme vous le voyez, je ne connais pas personnellement ni cette famille, ni la jeune personne ; seulement il me semble que cela sent bon Jésus-Christ. A mon prochain retour à Paris, au commencement d'octobre, je profiterai du besoin que j'aurai de vous voir, ma chère Mère, pour m'informer du résultat de vos charitables investigations.

Je vais bien mieux, si les apparences ne me trompent pas ; et, en me remettant tout doucement au cher travail des âmes, je verrai bientôt si notre bon Seigneur et Maître a résolu de me mettre à la retraite, comme un vieil invalide qui a fini son temps de service, ou bien s'il veut en-

core, dans sa bonté,, se servir de moi comme balayeur de consciences, ou comme blanchisseur de gros et de lin, ou comme racommodeur de pots cassés, ou comme jardinier, ou comme serviteur n'importe à quel titre et à quels gages.

Je n'ose pas formuler à cet égard un désir proprement dit, ni rien demander, de peur de faire des brioches et de ne pouvoir les manger. Je me rappelle sans cesse la grande et toute céleste maxime de notre bon saint François de Sales : ne rien refuser, ne rien demander, ne rien désirer. Quelle source de paix et quels trésors de divine sagesse il y a dans ces trois mots ! Seulement cela se dit plus aisément que cela ne se fait.

Je vous supplie, ma chère Sœur, de prier tout de bon, afin que notre Sauveur très bon et très aimé m'accorde, avec une certaine abondance, d'abord de bien connaître sa chère volonté, puis de la mettre en pratique courageusement, joyeusement, humblement, jusqu'au bout.

Adieu. Que le Sacré-Cœur de Jésus vous comble de ses bénédictions les plus douces et les plus précieuses ! Mes affectueux respects à la bonne Mère supérieure, à qui je recommande ma pauvre tête d'abord, puis la protégée ci-incluse. Qui sait s'il n'y aurait pas là un bon coup

je sens mes jambes qui tremblent, mes reins qui ne veulent plus se redresser, ma pauvre tête qui penche en avant, qui va de travers, etc.

Priez donc bien ferme pour moi, ma très bonne et très chère sœur (propriâ manu). "Vive Jésus dans nos cœurs !

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