‹ Lettres de Mgr De Ségur de 1854 à 1881Chapitre 5 sur 35 · L. G. DE SÉGUR · texte numérisé non relu

L. G. DE SÉGUR

Kermadio, \6 septembre 1870.

Mon cher enfant,

% ue Dieu te garde au milieu des dangers fJsJl/qui approchent! La sainte Vierge, saint C^sSesS^' François et saint François de Sales te rendront je l'espère, sain et sauf, à ton modeste et pieux travail. Prie plus que jamais, prie toujours.

Dis au bon Léon G"* que je le bénis du fond de mon âme, et lui recommande au régiment de ne pas perdre une. occasion de s'approcher des sacrements. Toute la persévérance du soldat est là. — Pauvre Georges ! Que la sainte Vierge ait pitié de lui, vivant ou mort! Quelle cruelle chose que cette incertitude, en matière aussi grave ! S'il a été tué comme tant d'autres, j'espère fort pour son salut ; c'était un jeune homme pur, fidèle, décidé à bien faire et plus tard à se consacrer au bon Dieu.

Adieu, mon bien cher Philippe, ne te fais pas tuer sans m'avertir, et reçois l'un de ces jours une des quatre absolutions générales que nous accorde la miséricorde du Dieu de saint François. Je te bénis mille fois. Ne m'oublie pas dans tes communions, ni au chapelet.

Kermadio, 5 février

Mon cher Philippe,

'adresse cette lettre à ta mère, dans la ^j |q? crainte de quelque retard. Ecris-mo; 13^ bien vite de tes nouvelles. Dis-moi si tu es encore de ce monde, et si tu n'as perdu ni tête, ni bras, ni jambe. Mon pauvre enfant, par quelle passe le bon Dieu vient de nous éprouver ! Espérons que c'est fini, et que bientôt nous allons pouvoir respirer tout de bon. Il faut avouer que Paris en particulier, et la France en général, avaient besoin d'une humiliation de ce genre pour guérir de tant de misères et de tant de blasphèmes accumulés depuis plus de cent ans. Puisse la guérison être radicale, après cet épouvantable traitement ! Ce que je redoute le plus en tout ceci, c'est la folie et l'impiété des rouges. Dis moi comment tu as vécu pendant ces cinq mois. Avez-vous beaucoup souffert du froid et de la faim ? Où en sont tes pauvres petites finances ? Pour moi, je vais très bien et tous les miens aussi. La sainte Vierge, saint Joseph et sainte Anne nous ont pleinement gardés. Avons-nous perdu quelques amis, quelques connaissances? Où en est Alfred Saulnier ? Le frère Baudime est-il pri-

sonnier de guerre? Notre n° 39 a-t-il été obusivê ? Réponds-moi le plus tôt que tu pourras, avec toutes sortes de détails et sans parler politique. Dieu «sait quand et comment je pourrai rentrer à Paris ! En tout cas, ce ne sera pas avant Pâques ; car je vais prêcher le carême à Aura}' et y donner une sorte de petite mission.

Adieu, mon très bon et très cher enfant. Je te bénis et t'embrasse, ainsi que ton bon vieux père. Mille bons souvenirs à ta mère, qui voudra bien me répondre ou me faire répondre, à ton défaut. As-tu des nouvelles de Georges ?

Adieu, cher enfant.

Kennadio 24 février [871.

Cher Philippe,

'ai reçu avec bonheur ta longue et bonne illettré du 14, et aujourd'hui même ton jgg) petit mot du 20. Je n'ai reçu rien de toi, ni de personne par ballon, durant tout le siège. Pauvre Philippe ! Je t'ai vu mort bien souvent. Tu sais qu'on croit ce qu'on espère. J'étais également bien préoccupé de ton pauvre vieux père qui, à ce régime de chien enragé, devait nécessai-

rement tourner son pauvre œil. Dieu soit béni ! Vous êtes tous vivants. Sais-tu si E*"" s'est battu ? C'est peu probable : il se respecte trop lui-même, et aura voulu nécessairement se conserver pour les siens. Il serait plutôt resté cinq mois de suite sans bouger au fond de la Garonne, mère de la Gironde.

Tu sais déjà, mon bon fils, que je suis retenu ici par la prédication du Carême à Aurav. Si je le regrette au point de vue de la chère petite Société (i), de quelques bons jeunes gens et de saint François de Sales, j'en suis bien aise au point de vue matériel. Je ne parle pas tant des maladies courantes qui déciment Paris, paraît-il, que de la pauvre bourse qui ne sera pas brillante cette année. Et comme lorsque je suis à Paris, les pauvres fondent sur nous des quatre coins de l'horizon, je suis presque heureux de ne pas me voir dans la douloureuse nécessité de refuser un grand nombre. Sous ce rapport, Paris va être terrible. Que de ruines, que de misères secrètes et connues ! Ce sera lamentable.

Notre petite Société va, elle aussi, être obligée de vivre d'économies. Heureusement que dans un temps pareil on ne peut penser à donner des

(i). Société des jeunes gens de la rue de Oenelle.

soirées de chant et de récréation, ni même de brillantes séances trimestrielles. A mon retour, après Pâques, nous combinerons, avec le bon frère Baudime, ce qu'il y aura à faire. Par ce même courrier, j'envoie à nos sociétaires un petit mot de souvenir et de regret.

Quant à Saint-F rançois de Sales, pour le mois de mars, il ne pourra bien entendu, y avoir encore de Bulletin ; mais j'espère, que pour le Ier avril, nous pourrons, sinon reprendre régulièrement nos publications, du moins adresser un chaleureux appel à la foi, au zèle, et à la charité de notre bon public. Sauf meilleur avis, je croirais qu'il serait mieux de réserver tous nos efforts, toutes nos ressources pour le moment où l'Œuvre se reconstituera sérieusement, c'est-à-dire après Pâques.

Toute la France honnête est dégoûtée et indignée des élections de Paris et de l'incorrigibilité de la partie la plus active, la plus influente de sa population. Les provinces, principalement cellesci, sont, grâces à Dieu ! dans des sentiments diamétralement opposés. Ici le mal n'est que l'exception ; le fond est catholique, simple, honnête, bon, affectueux, respectueux. Les démocrates sont des bêtes presque inconnues dans cette bonne Bretagne, et l'on y aime le Pape et les prêtres.

Adieu, mon bon Philippe. Je vais essayer d'avoir des nouvelles du pauvre Georges. Plusieurs que nous croyions perdus, se sont retrouvés sains et saufs contre toute attente. Ou ils n'avaient point écrit, ou leurs lettres n'étaient point arrivées. Si Georges est mort, je suis convaincu qu'il se sera endormi dans la grâce de Notre-Seigneur. Adieu, encore, mon cher enfant. Je t'embrasse bien affectueusement, et te charge de mes meilleurs souvenirs, d'abord pour ton père et ta mère, puis pour tes frères et amis (blancs).

Poitiers, 1 3 avril' 1871.

Mon bon Philippe,

fl^ier, en arrivant à Poitiers, et en apg™a r prenant qu'une occasion sûre pourrait te ^transmettre sans danger ces quelques lignes, j'avais commencé pour toi une petite lettre qui a été interrompue et que tu trouveras à la fin d'une lettre de Méthol. Je la recommence aujourd'hui ou plutôt je la continue sur un autre papier. Paul m'a remis les intéressants détails que tu m'as mandés. Hélas ! mon pauvre enfant, que tout cela est donc douloureux et navrant ! Si c'est un cha-

liment pour les impies, il faut avouer qu'il est plus que mérité : si c'est une épreuve pour les justes, il faut avouer qu'elle est rude. C'est probablement l'un et l'autre, et ce n'est pas fini. Te voilà donc obligé à moitié de te cacher ! C'est comme cela que Notre-Seigneur a dû passer une grande partie de sa très sainte vie, menacé de mort par les prédécesseurs de nos communeux, et sanctifiant ainsi en sa personne l'état de persécution avec toutes ses angoisses, ses terreurs, ses privations sans nombre, ses souffrances de tout genre. Demeure-lui bien uni intérieurement, et si tu avais à souffrir plus encore, et même à mourir, n'oublie pas de sanctifier profondément et très simplement ton sacrifice par cette union intérieure de grâce toute puissante. Je pense que le bon Urruty va prochainement rentrer à Paris pour y retrouver sa pauvre femme. Il te parlera en détail de nous tous. Je lui ai remis une petite note ; tu verras avec lui ce qu'il y aura de mieux à faire, et même s'il y a quelque chose à faire pour mon appartement. Ne perds pas l'occasion de nous donner toutes sortes de nouvelles et détails intimes sur les personnes et sur les choses, par Paul F*** de Poitiers, qui me transmettra tout là où je serai. Tu penses bien que je ne pense plus même à la pensée du retour à Paris

dont je t'avais parlé. Bien qu'au point de vue de la foi, de la croix, et du paradis, la persécution actuelle soit tentante, pour moi tout particulièrement icar il est bien certain que ces impies ne voient en moi que l'homme d'Eglise), cependant nous ne devons pas oublier le commandement formel du Seigneur : « S'ils vous persécutent dans une ville, fuvez dans une autre. » Nous devons conserver le plus possible notre vie pour le service de l'Église et le travail des âmes, c'est-à-dire pour la gloire de Dieu ; et nous ne devons l'abandonner à la fureur des démons et des pécheurs que lorsqu'il n'y a plus moyen de la conserver à notre ministère. C'est ainsi qu'a fait notre divin Maître, qui a voulu fuir ses ennemis tant qu'il a pu prêcher, qui a été livré et pris, et qui ne s'est point livré Lui-même, bien qu'il voulût ardemment et souffrir et mourir.

Adieu, mon cher enfant. Je t'embrasse et te bénis ainsi que tous les tiens, du fond du cœur.

Château de Roches, par Le Blanc (Indre) 24 avril 1871. Cher Philippe.

'ai reçu à Poitiers ta dernière lettre du 20, au moment où je partais pour Mont- Jʧ morillon. J'ai été bien heureux, d'apprendre que tu étais encore en vie, que tu faisais tant de bien aux serviteurs de Dieu persécutés, et que, dans les jours mauvais comme dans les jours heureux, tu restais très fidèle à ton Sauveur.

Par toi, ce miséricordieux Jésus console et sauve ses disciples. Qu'il en soit mille fois béni, et qu'il te récompense dès ce monde de ton courageux dévouement ! Je regrette de ne pouvoir le partager.

Dans quel enfer tu te trouves cerné, mon pauvre enfant ! Ce siège n'est pas près de finir, selon toute apparence ; je crois même que la prise de Paris, par les voies ordinaires, n'est pas possible : chaque rue, chaque barricade serait l'occasion d'un nouveau massacre ; et nos Français seraient des insensés de tenter ce que n'ont point osé tenter les terribles Prussiens.

Donne-moi donc, si tu le peux, des nouvelles de nos pauvres religieuses de la Visitation,

i io, rue de Vaugirard ; en particulier demande des nouvelles de la bonne sœur Marie-Donat, de la sœur déposée, de l'Assistante et de la Mère supérieure. J'espère qu'elles n'y sont plus ; mais où sont-elles? Si tu en vois quelqu'une, informetoi de notre part de ce qui les concerne, de ce qVelles ont fait et souffert, de ce qu'elles sont devenues, surtout la sœur Marie-Donat et la sœur déposée, qui ne se quittent jamais.

De retour à Kermadio, jeudi prochain, je t'écrirai de nouveau par le frère Pascal, afin d'arracher, s'il se peut, à la fureur impie de ces scélérats, les objets les plus précieux. A la garde de Dieu et de la très sainte Vierge ! Il faut apprendre à se détacher, même des choses saintes ; en les violant, les ennemis de Dieu et de l'Église ne font en définitive de mal qu'à eux-mêmes ; s'il leur est donné d'atteindre les reliques, il ne leur est point donné d'atteindre les saints ; et s'ils peuvent outrager Notre-Seigneur en son Sacrement adorable, il ne leur est donné d'atteindre que les espèces eucharistiques ; mais le corps du Seigneur, céleste, invulnérable, impassible, tout spirituel et divin, échappe absolument à leur rage. Il en est de même de nous : ils peuvent frapper et tuer l'homme, ils ne peuvent atteindre le chrétien, l'homme intérieur, le serviteur de Dieu.

Si par hasard on en vient à piller chez moi, peut-être pourras-tu quitter, pour un moment ton air d'honnête homme, t'encoquiner avec les frères et amis de la garde nationale, piller avec eux, c'est-à-dire sauver, soit le calice, soit le ciboire, soit quelques-unes des plus précieuses reliques de ma pauvre petite chapelle. Je te recommanderais en particulier la mitre de l' Immaculée- Conception (i), les reliques de saint François, et le grand portefeuille de maroquin noir (dans mon bureau, tiroir du bas à gauche) où sont les originaux de tous les Brefs que le Saint-Père a daigné m'adresser depuis vingt ans. Mais à dire' vrai, je n'y compte pas : si nous sommes épargnés, ce sera tout où rien. — Adieu, mon bon et cher Philippe. Je te bénis, t'embrasse et t'aime plus cordialemement que jamais. Que la sainte Vierge et saint François te gardent corps et âme! — Je n'ai pas non plus de nouvelles du pauvre Georges.

(i) La mitre que le Pape Pie IX portait en proclamant le dogme de l'immaculée-Concepiion, le 8 décembre 1854.

Kermadio, 28 avril 1871.

Cher Philippe,

■ ft?S^£e retour ici depuis hier soir seulement,

-/je n'ai pu te dire plus tôt notre joie, notre WJ'

--=s=5£T bonheur à tous de te savoir hors de la gueule de l'ours rouge. Quelle bonté a saint François de te recevoir chez lui dans ta fuite ! Si jamais tu étais obligé de quitter Versailles et à défaut d'un refuge plus proche, n'oublie pas que mon frère est aux Nouettes, première station après Laigle. Ecris-moi de temps en temps. Tu ne me parles pas d'Alfred? A-t-il pu échapper à la Commune ?

Adieu, mon enfant, nous t'embrassons tous du fin fond du cœur. Béni soit Dieu en la terrible sainteté de sa justice, aussi bien qu'en la douceur de sa miséricorde ! Habituons-nous à adorer, aimer Notre-Seigneur comme juge, et à ne jamais l'offenser de propos délibéré. Tu vois qu'il tape dur quand il s'y met, et qu'il a de rudes verges à son service. — Mille affectueux et respectueux souvenirs à tous nos chers Pères et Frères en saint François.

k'ermadio, 8 mai 1871.

Cher Philippe,

\^2^ e ne t'ai pas répondu plus tôt, d'abord IçK parce qu'une bonne partie de mon temps pétait absorbée par une retraite de première communion; puis, parce que, après avoir pesé le pour et le contre, nous nous sommes décidés à abandonner à la bonne Vierge seule la garde de nos pauvres petites affaires. Il est si probable que Paris sautera ou sera brûlé, et le sauvetage de ce que j'ai de plus précieux me paraît tellement difficile et tellement compliqué, que je préfère m'abstenir. En somme, notre trésor n'est point là; que notre cœur, que notre sollicitude soit là où il est réellement. Je crains bien que nous ne soyons pas au bout de nos épreuves, ou pour mieux dire de nos châtiments et de nos purifications. C'est la faute de M. Thiers et du libéralisme qu'il représente ; mais, de même que Pilate et les gens du Calvaire n'étaient que nos hommes d'affaires, nos représentants, nos mandataires, à nous pécheurs; de même, c'est à nous, c'est à nos péchés privés et publics, qu'il faut surtout attribuer les maux terribles qui nous désolent. Sursum corda ! ayons un peu de foi, et

adorons la justice de Dieu avec autant d'amour que sa miséricorde.

Adieu, mon Philippe. Bénis soient ceux qui ont fait et qui font avec toi ces œuvres de salut dont tu me parles ! Je t'embrasse du fond de mon cœur, en me recommandant à tes prières et à celles de nos bons Pères.

Kermadio, 30 mai 1871.

Cher Philippe,

g^©-^j e t'écris encore chez les bons capucins.

\o< sauf à retarder de quelques heures la W(§1 FjS . . .

Y^QLfcij) réception de ce billet, si tu es déjà de

retour à Paris. Hélas! pauvre misérable ville, mérite-t-elle encore cet illustre nom de Paris, découronnée qu'elle est, et dévorée par l'incendie de la guerre civile ? Comme la colère de Dieu est terrible ! Il ne fera pas bon, au jugement dernier, pour ceux du côté gauche. Espérons que malgré notre indignité très indigne, nous y serons épargnés miséricordieusement, comme nous venons de l'être, en grande partie du moins, dans le jugement de Paris, par le feu, le fer, et le sang.

J'espère de tout mon cœur pouvoir cet automne réorganiser sur une vaste échelle, avec le nouvel Archevêque de Paris, notre grande Œuvre si malheureusement interrompue jadis des missions des faubourgs. A Paris, ce serait, si je ne me trompe, l'Œuvre par excellence de notre sainte Association, celle qui devrait concentrer davantage et nos efforts et nos ressources. Y dépenserions-nous vingt et vingt-cinq mille francs par an, que ce ne serait pas trop, selon moi. Je compte à cet effet passer quelques jours à Paris, dans la première semaine d'août, afin d'aller présenter mes devoirs au nouvel archevêque, s'il est déjà nommé, lui exposer cette Œuvre si simple et si bonne, éprouvée par plus de trois ans d'expérience, et lui demander d'avance s'il approuverait, encouragerait et protégerait cette grande mission permanente. Seulement, je suis bien décidé, en ce qui me concerne, à ne m'en occuper que sous ses ordres, sous sa direction immédiate, et cela au su et vu de tous. C'est si bon, et à la fois si urgent que je ne doute pas un moment d'une pleine approbation. Prie à cet effet, mon cher enfant. Si l'Œuvre des missions des faubourgs avait continué depuis neuf ans, Dieu sait quelle influence elle aurait pu avoir, même sur l'ensemble des affaires de Paris ! Ces missions ne sont

pas seulement, en effet, des séries de réunions populaires et de prédications très utiles ; elles sont de plus, par nos loteries, une vaste distribution de crucifix, de saintes images et de bons livres spéciaux, dans les populations ouvrières où le mal seul semble avoir accès.

Adieu, mon bon et très bon Philippe. J'ai reçu une excellente lettre de Georges ; je te l'envoie ; elle te fera plaisir. Nous n'avons pas perdu nos peines avec ce pauvre enfant. Je t'embrasse bien tendrement. Recommande-moi à la charitable protection des prières de nos Pères de Versailles.

Les Nouettes, 16 septembre iSyi.

Mon pauvre Philippe.

$fê-ffl e compatis bien à ta peine et à celle de çK tes bons parents. Dis à notre pauvre ^malade (i) que je le bénis de tout mon cœur. Si le bon Dieu le prenait, il serait tout prêt car sa vie était toute simple, et continuellement embaumée par la prière. Quant à tes vacances, j'espère bien qu'elles ne sont qu'un peu retardées. A la rigueur, tu pourrais ne rentrer à Paris que

(i). Son père.

le 5 octobre. En cas d'impossibilité, nous trouverons moyen de te faire prendre plus tard le repos dont tu as besoin.

Adieu, mon cher fils, mon pauvre cher Philippe, du courage et de la foi ! Nous ne sommes pas chrétiens pour rien. Je t'embrasse bien affectueusement,ainsi que Léon ; je vous bénis tous deux, et, de nouveau ton père et ta mère.

Les Nouettes, 17 septembre 1871.

Mon pauvre cher Philippe,

$jtf&-0) 'avais presque le pressentiment du coup fe^qui te frappe, ainsi que tu l'as pu voir pg| par quelques mots de la fin de ma lettre d'hier. Ton bon père n'est pas mort, il dort, pour s'éveiller dans l'éternité bienheureuse. Quand on a Jésus-Christ dans le cœur, on ne peut mourir. Comment mourir, quand on vit de Celui qui est la Vie et la Vie éternelle ? Cependant prions beaucoup et gagnons des indulgences pour cette âme, si simple et si droite, afin de l'aider, s'il y a lieu, à s'acquitter pleinement envers la sainteté de la justice divine. Demain matin, je dirai la messe

pour ton père, et le frère Louis, ainsi que Methol communieront à la même intention.

Adieu, mon enfant ! Je t'embrasse affectueusement et tristement. Mille bons souvenirs à ta pauvre mère que ce coup inattendu doit accabler.

Je serai ton père plus que jamais, n'est-il pas vrai ?

Kermadio, 24 août 1875.

Premières vêpres de la Saint-Louis.

Cher bon Philippe, frère Louis, chevalier de la Rose.

^ e te remercie de ta bonne petite lettre de la Saint-Louis et m'empresse, comme ^1 tu le vois, de te retourner mes vœux de iète. Je vous souhaite à tous deux (1) les meilleures, les plus heureuses vacances du monde. Sans être malade, je ne suis pas brillant du tout. Hier et ce matin, je n'ai pu dire la messe. Je m'applaudis de plus en plus de m'être décidé

(1) Philippe venait de se marier. Louis était son nom du tiers-ordre, Rosa, le nom du tiers-ordre de sa femme.

a ne pas aller présider ie Congrès de Reims. Il paraît que celui de Poitiers a été magnifique. J'en bénis Dieu de tout mon cœur. Ces grandes Assemblées catholiques vont devenir le pendant de nos grands pèlerinages, et achever de détruire le respect humain.

Du reste, rien de nouveau à t'apprendre, mon bon Philippe. Au nom de la sainte obéissance, je te commande de te reposer à fond, de dormir comme un tertiaire éreinté, de marcher et de sauter comme un Basque, de croquer comme un loup, de boire comme un Allemand. Ces directions spirituelles une fois données, je t'embrasse paternellement, ainsi que la bonne Adrienne et le frère Marcel.

Léon t'a-t-il envoyé quelques Ennemis des curés? Demande-lui en quelques douzaines, et fais de la propagande. Je crois que c'est un petit livre qu'il faudrait beaucoup répandre.

Mille bonnes amitiés aux parents de votre cher Auguste Dangy (i). Ils seraient bien bons de me rappeler à ses prières.

1 1) Missionnaire en Chine.

A Bastard, prés Latresne (Gironde) iCf septembre 1876.

Mon bon Philippe,

!.. oigne bien tes yeux; tu n'en as que O^': deux, et il ne sont pas à toi. Ils appartiennent en toute propriété à la bonne Adrienne, et puis au cher saint François de Sales, sans compter le Père saint François, patron des aveugles (car il était presque aveugle à la fin de sa vie). Si les deux autres ont l'usufruit de tes yeux, saint François de Sales en a, avec toi, la nue-propriété. Remets-toi bien en selle pendant ces six bonnes semaines de repos. Dans un mois, nous allons nous retrouver tous sur le champ de bataille, avec nos armes, qu'il faut tâcher de remettre généreusement en exercice : » J'ay combattu le bon combat ; j'ay conservé la foy. » Nous retrouverons tout cela en paradis, dans cette bonne éternité qui avance à grands pas, et où nous nous aimerons tant.

Je tacherai d'être à Paris le 3 octobre, pour fêter saint François avec nos Pères de Paris, et le bienheureux Philippe, que j'embrasse tendrement ainsi que sa Rose.

Que Dieu te garde et te bénisse !

Paris, 18 juillet 1879.

( Huit jours après la première attaque , du 1 1 juillet, qui avait un peu paralysé la langue de Mgr de Ségur.)

Billet adressé à M. l'abbé Diringer:

Cher Monsieur l'Abbé,

0a besogne ne m'a pas permis d'aller ,J||embrasser Monseigneurce matin. Veuillez ^iar|iç£lbien le faire pour moi, et me faire dire comment il va.

Tout votre en X° et S. F.

Philippe.

Réponse de Monseigneur,

Vous êtes bien honnête, Monsieur. J'irai vous remercier aujourd'hui de vive voix, vers 1 h. 1/2, et vous verrez, Monsieur, si l'on a la langue bien pendue, Monsieur. A revoir donc, Monsieur ; et, en attendant, toutes mes civilités.

P. S. J'ai dormi comme une panade, et j'ai pu dire la messe ce matin, sans fatigue.

Vendredi, 18 juillet 1879.

Vive ie Pape infaillible !

Et le parfait Philippe !

Kermadio, 24 août 1879.

Cher Philippe,

l^&n^»e Pr*e ^a bonne Petite sœur Rose d'em- Sbrasser de ma partie bon frère Louis i^L/'^C pour sa fête; et je lesremercie tousdeux de n'avoir pas oublié la mienne. Que saint Louis et sainte Rose de Viterbe nous bénissent tous trois ! — Il fait ici un temps d'ouragan et de pluie diluvienne. Ce n'est pas tout à fait ce qu'il faudrait pour remettre rapidement ma pauvre tête démantibulée ; néanmoins je vais de mieux en mieux, au fond. Dis bien à notre cher et vénéré cardinal (le cardinal Pie), quand tu le reverras, que je suis sage comme une image, et qu'on n'a laissé figurer mon- nom sur les lettres de convocation au congrès, que pour ne point effaroucher une foule idolâtre, qui, m'appréciant à ma juste

valeur et justement folle de moi, aurait

peut-être rechigné si elle avait connu d'avance ma non-présence à Angers.

Adieu, mon bon Philippe. Je te bénis et t'embrasse très-tendrement.

Montgeron, le 24 août [880.

^e^v^onjour, pour notre commune fête, mes '^jL^rrbons et chers enfants. Si vous le pou- .gLkl^Tvez, ma chère Adrienne, offrez de ma part, à Philippe et à Paul, une belle Rose, bien parfumée, qui vous ressemble.

Je ne vais guère bien, malgré tous mes soins. Ce matin, je n'ai pas même pu dire la messe, avant le côté gauche à moitié engourdi. A la garde de Dieu, du Père saint François et de notre cher saint François de Sales ! Mille amitiés et bons souvenirs autour de vous. L'envoi précieux de Paul F*** (1) m'attend sans doute chez moi, à Paris. Je l'en remercie mille fois. J'espère qu'il va plus que jamais, se consacrer à l'Œuvre des Dunes, et à son peuple d'apprentis et de jeunes ouvriers. 11 ne peut rien faire de plus utile, par le temps qui court ; et personne ne le remplacerait.

Adieu, mon cher Philippe. Bonnes et saintes vacances ; bon et solide repos. Je vous embrasse tous deux mille fois.

(1 » C'étaient des souvenirs du cardinal Pie.

LETTRES

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