‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 2 sur 128 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

M""" DE LESPINASSE

Julic-Jeannc-Éléonore de Lespmasse naquit à Lyon, le 48 novembre 1732 ^ Ce n'est pas sans raison qu'elle a comparé elle-même sa naissance et ses premières années aux pages les plus émouvantes d'un roman de Richardson ou de l'abbé Prévost^. Elle dut, en etfet, le jour à une liaison coupable formée par la comte-.se d*Albon, et ce ne fut qu'en dissimulant, du moins aux étrangers, le secret d'une origine qui la plaçait en dehors de la famille légitime, que sa mère put la garder auprès d'elle et la traiter sinon publiquement, du moins en réalité comme sa fille, et peut-être comme sa

1. Toici Textrait bap(ist:tire de mademoiselle de Lespinassc, tel qu'il fut relevé, eo 1753, par ma<lati:e du DefTaud elle-môme, lorsqu'elle lui proposa de la prendre chez clic, cl tel ({u'IIorace Walpolc le trouva i sa mort dans les papiers qu'elle lui avait lé|,Mii^s :

• Le dix- ncu vienne novembre mil sept cent trente-deux, a été bapt'sée •ulic-Jeaue-Ëlionure, nôe liicr, fille légitime du sieur Claude Lesp:uasst>, bourgeois de Lyuo, et de dame Julie Xavare; le parrain est Louis Basiliai, chirurgien juré de Lyon, la marraine dame Julie Le Chat, roprést'i.tio par dame Madeleine Ganuivit, épouse du dit sieur Basiliat. Le dit enfant est né chei le sieur OasiIia\. Le père n'a si<,'iic pour êtic absent, ces deux témoins u\.\ iigué la minute, t Basiliat; Arnbrosc, vicaire. Extrait mot à mol des registres de Bailil-Paul de Lyon, expédié le 29 avril 17 53. Signé : Caire, vicaire de Sa.ut- Pa«l. (Lettres de madame du Ufffand, L^udrcs, 1810, L p. XLlll.)

t Voir p. 91.

d NOTICE

fille la plus aimée. Sur ce mystère qui entoura la naissanc 3 et la jea^esse de mademoiselle' de Lespinasse, hs conlemporains ne recueilUrfe.nt que des bruits incertains et souvent contradictoires r^Orîmm, et même Marmonlcl et La Harpe qui -la connurent plus intiaioment, ou se taisent ou ne s'-accbrdènt pas dans leurs récits, et l'on en peut conclure qu'ils ne reçurent pas ses confidences. Le silence à. cet égard était de la dignité, et elle s'était fait -une règle de ne pas s'en départir. Marmontel se borne à une simple allusion, lorsque, parlant de ia communauté d'infortunes qui contribua à rapprocher l'un de l'autre d'Alembert et mademoiselle de Lespinasse, il dit : « qu'ils étaient tous deux enfants de l'amour^. » Grimm, lui, affirme positivement qu'elle « était fille naturelle de madame d'Albon, qui n'avait jamais osé la reconnaître*, » mais le seul détail qu'il ajoute à cette affirmation est une erreur, car il n'est pas exact, comme ill'avance, que mademoiselle de Lespinasse « n'ait jamais voulu recevoir de sa mère aucun bienfait depuis qu'elle eut senti le prix de celui qui lui était refusé*. » Le récit de La Harpe, plus circonstancié» plus dramatique, est aussi celui où l'on peut relever le plus d'erreurs. « Quoique sa naissance, dit-il, fût le fruit d'une infidélité, elle était pourtant légitimée par les lois qui donnent au père tous les enfants nés depuis le mariage; mais sa mère n'ayant pas dissimulé sa faiblesse, le mari, homme de condition, eut assez de crédit t)0ur faire enlever cette enfant qu'il ne voulait pas reconnaître. Elle fut élevée dans un couvent de province, où l'on assurait sa subsistance sans que Ton sût ce qu'elle était. Objet de la jalousie d'un frère et d'une

i. Marmontel, Mémoires^ 1804, t. Il, p. 414.

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