‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 3 sur 128 · Grimm, Corresp, liltér,, 1830, t. IX, p · texte numérisé non relu

Grimm, Corresp, liltér,, 1830, t. IX, p

3. Cela résulte delà Lettre de la marquise du DeflTand à la duchesse de Luyuei, yue Roug puLlious plus loin, p. LXXIY.

SUR MABEHOISBLLB DE LESPINA8SB. m

sœur, qui craignaient qu'elle ne fût appelée au parlago des biens, si jamais elle réclamait les lois, elle vivait dans des alarmes continuelles. Sa mère les rodoublLi encore en lui recommandant les plus grandes précautions contre tous ceux qui la viendraient voir au coi vent, de ne prendre aucune nourriture que celle de la maison, de ne recevoir ni bonbons ni bouquets, de ne sortir sous aucun prétexte '. »

S'il est très-exact que mademoiselle de Lespinasse ait dû le jour « à une infidélité, » mais que cette infidélité n'eût pas rendu impossible une réclamation d'étal fondée sur la règle de droit : Pater is esi qnem nuptiœ demomtrant, s'il est également vrai que cette réclamation fut l'objet des appréhensions de la famille d'Albon, il est faux, au contraire, que mademoiselle de Lespinasse ait été jetée dans un couvent par la volonté inflexiblo et vindicative du comte d'Albon, et fort invraisemblable qu'elle ait eu à redouter des tentatives homicides contre sa personne. A l'époque où écrivait La Harpe, on ne savait pas très-bien à quoi s'en tenir sur ces premières années; aujourd'hui il en est autrement, et le témoignage de madame du Deffand, alliée aux d'Albon, celui de M. de Guibert, qui non-seulement reçut les confuJonces de mademoiselle de Lespinasse, mais auquel elle lut le récit qu'elle avait composé sur cette époque de sa vie, permettent de rectifier le récit de La Harpe.

M. de Guibert, et l'on ne saurait l'accuser de partialité pour la famille d'Albon, contredit coniplélcniont l'histoire de la claustration forcée de niadeinoisellc de Lespinasse : « Elle naquit, dit-il, sous l'auspice de l'amour et du malheur. Sa mère était une femme d'un grand nom, qui vivait séparée de son mari. Elle l'éL'va publiquement, comme si elle eût été en droit de l'avouer

\m La Harpe, Coirctp. iittér,, 18ffl, t. I, p. l:/i»

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pour sa fille, et elle lui fit un mystère de sa naissance; souvent elle la baignait en secret de ses larmes, elle semblait, par le redoublement de sa tendresse, vouloir la consoler du présent funeste qu'elle lui avait fait de la vie. Elle la comblait de caresses et de bienfaits. Elle lui donna elle-même le premier de tous, une excellente éducation; c'était dans peu tout ce qui devait lui rester. Elle mourut presque subitement, et au momeaî où elle allait tout tenter pour donner à sa fille un étal que ie& lois pouvaient peut-être lui accorder \ »

Il résulte de ce récit que mademoiselle de Lespinasse fut élevée près de sa mère, qu'elle reçut d'elle uue éducation solide et même brillante ^ sur laquelle sont d'accord tous les contemporains, et que la tendresse de celle-ci alla jusqu'à songer à la faire reconnaître comme sa fille légitime •. Madame du Deffand, bien que plus réservée, confirme presque toutes les assertions de Guibert. Racontant à la duchesse de Luynes sa première rencontre avec elle au château de Chamrond, elle en parle comme d'une personne « qui n'a point de parents qui l'avouent ou du moins qui veuillent et qui doivent l'avouer. » « Cela, ajoute-t-elle, vous apprend son état. C'est à Chamrond que je l'ai trouvée; elle s'y était établie après la mort de madame d'Albon, mère de ma belle-sœur, qui l'avait élevée, et qui malgré sa jeunesse lui avait donné des marques de la plus grande amitié. » Un peu plus loin elle raconte « qu'elle a passé

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