‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 37 sur 128 · LXVI NOTICE · texte numérisé non relu

LXVI NOTICE

la passion, le feu, Tenthousiasme. Bien que nous ne connaissions de ses lettres que celles adressées à M. de Guibert, et par conséquent les plus propres par leur nature à mettre en évidence ce caractère particulier, on peut croire qu'il dominait également dans toutes. « Elles avaient, dit M. de Guibert, une touche, un style qui n'avaient point d'imitateurs. Ce n'était ni le genre de madame de Sévigné, ni celui de madame de Maintenon, C'était le sien... Ses lettres étaient plus pleines, plus variées, plus fortes de pensées, plus tirées de son propre fonds; elles étaient surtout plus animées. Ah I c'est par là que cette créature céleste ne peut être comparée à aucune autre femme. Ses lettres avaient le^mouvement et la chaleur de la conversation. Elles trompaient sur son absence, elles la remplaçaient presque au moment où on les recevait^ » Appréciant les lettres adressées à M. de Guibert, les seules, hélas ! que nous possédions de sa vaste correspondance, Sainte-Beuve a dit que a leur lecture passait de bien loin en intérêt les romans les plus enflammés, et qu'elle était véritablement la nouvelle Héloïse en action. » « La postérité, a-t-il ajouté, a classé ce livre dans la série des témoignages et des peintures immortelles de la passion... Comme écrivain, là où elle ne songe pas à l'être, c'est-à-dire dans sa correspondance, sa plume est nette, ferme, excellente, spuf quelques mots tels que ceux de sensible, et de nature, qui reviennent trop souvent, et qui attestent l'influence de Jean-Jacques. Mais nul lieu commun, nulle déclamation; tout est de source et vient dénature. » Nulle déclamation, c'est peut-être trop dire; mais s'il en existe parfois, elle est du moins involontaire, et n'est que la marque de l'exaltation de l'âme. Considérées au point de vue de l'histoire, les lettres de mademoiselle de Lespinasse

d'Éliza, infra, p« 3Aft«

SUR MADKM. MSELLB DE LESPINASSE. LXVII

offrent un puissant intérêt. Elles fournissent sur un grand nombre de personnages du temps des détails que l'on ne trouve pas ailleurs. En ce qui concerne parliculiôremenl Turgot, son avènement au ministère, et ses projets, elles sont un témoignage d'autant plus important, qu'elles émanent d'une amie, presque d'une confidente de cet homme célèbre.

Tout ce que l'on possède jusqu'ici de mademoiselle de Lespinasse consiste dans les lettres à M. de Giiibert, dans quelques lettres trop peu nombreuses à madame du Deffand et à d'autres, et dans divers petits opusciilos : c'est cet ensemble qui forme l'objet de la présente édition. Mais ce n'est pas là tout ce qu'elle avait écrit, et, en réunissant les divers témoignages de Guibcrt, do d'Alembert et de Suard, on arrive à former la nomonclature suivante des œuvres d'elle qui ont été perdues ou qui restent encore inédites, enfouies dans quelques archives de famille : 1° Un troisième chapitre, dans le genre du Voyage sentimental, dont M. de Guibert constate l'existence, et auquel Garât, d'après madame Suard, donne le titre de Visite à V Hôtel des Invalides^ et à /' Êco!e Militaire*; — 2° Des mémoires de sa vie ou plutôt de sa passion pour M. de Mora; car ils ne commençaient qu'à cette époque, comme si la vie n'eût daté, à ses yeux, que du moment où elle l'avait connu*; — 3^ Une correspondance

I. Mademoiselle de Lespinasse parle de cette visite à l'Hôtel des Invalidei danione lettre à M. de Guibert. Yoir p. 369.

S. Éloge (PÉlizat p. 364. eiMém. sur la vie de M, Suard, par Garul. iSSO, t. II, p. 150. Ce dernier a dit : « Mademoiselle de Le>pinasse, ani (? intime de U. Suard, avait écrit Une promenade à l'Hôtd des Invalida et d VÈcole militaire dans le goût de Sterne. La promenade était , on fffet , daiu ce goAt; et, ce qui était plus surprenant, elle était encore dans ce gtiiiio. Cet deux facultés si rares séparément, et bien plus rares dans leur rouniou, ■emblaient avoir concouru même au choix du sujet, le plus propre de tous. peut-être, pour une telle imitation, e

t. Voir p. 365 et 374.

LXVIII NOTICB

dont M. de Guibert a dit qu'elle eut formé la collection la plus immense, la plus variée, la plus précieuse *; — 4° Une apologie de ses défauts, et particulièrement de la facilité qu'on lui reprochait à se prévenir, à s'enthousiasmer^;— 5° Un grand nombre de synonymes; — 6° Enfin, d'après les Mémoires de Bachaumont, il faudrait lui attribuer encore un Essai sur l'éducation des jeunes demoiselles et un A brégé de V Histoire de France^ à Vusagc des jeunes gens^.

Qu'on nous permette maintenant un mot sur cette nouvelle édition. C'est la première édition critique qui ait encore été faite des Lettres de mademoiselle de Lespi-nasse à M, de Guibert, Celles qui l'ont précédée ne contenaient aucune espèce de notes, et laissaient beaucoup à désirer quant au texte. Comme dans les éditions que nous avons précédemment données des Lettres portugaises et des Lettres de mademoiselle A issé, nous nous sommes astreint à reproduire avec une fidélité scrupuleuse le texte de l'édition originale, et nous nous sommes efforcé de l'éclairer par des notes que nous avons cherché à rendre aussi substantielles que possible, mais en ayant soin d'indiquer comme anciennes notes toutes celles qui ne sont pas de nous. Nous avons établi le texte sur l'édition originale de 1809, édition donnée par Barrère et par madame la comtesse de Guibert, détentrice et propriétaire du manuscrit; mais en le confrontant avec celui de l'édition de 1811 , dont les corrections très-littéraires donnent à penser qu'il a été revu par madame de Guibert. Toutefois, nous -avons toujours adopté le premier texte, comme devant être le plus con-

J. Voir p. 365.

2. Voir p. 364. L'aulcur apocryphp dos iVoure^M lettres de mademoiselle de Lespiiuisse a donné, à deux des morceaux qu'il lui attribue faussement, lei litres suivants: Apologie d'une pauvre personne accablée, opprimée pat iesamis; Le seigneur de cliâleau, chap 50 du Voyage sentimental,

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