XIV NOTICE
très-ferme, très-sévère, par laquelle madame du DefFand refusa à mademoiselle de Lespinasse l'entrevue que colle-ci lui demanda quelques jours après leur rupture^.
Cette brusque séparation trouvait mademoiselle de Lespinasse sans ressources, réduite à la rente bien insuffisante de cent écus que sa mère lui avait laissée par testament. Mais elle avait des amis, et ils ne lui firent pas défaut. Non -seulement d'Alembert, que madame du Deffand avait mis en demeure d'opter entre elle et mademoiselle de Lespinasse, n'hésita pas à embrasser si fièrement le parti de celle-ci, qu'on ne le vit plus jamais dans le salon de Saint- Joseph; non seulement tous ceux qu'on pourrait appeler les intimes de mademoiselle de Lespinasse, Turgot, Ghastellux, Marmontel, le comte d'Anlezy, la duchesse de Châtillon ne l'abandonnèrent pas, sans toutefois rompre aussi entièrement avec sa rivale; mais les amis les plus particuliers de madame du Deffand, ceux qui restèrent tels jusqu'à la fin, ne laissèrent pas de donner à mademoiselle de Lespinasse les marques d'intérêt les plus touchantes et les plus positives. Mademoiselle de Lespinasse, on le sent, était déjà une puissance, et l'on tenait à ne pas se brouiller avec cette souveraineté naissante. L'esprit, à cette époque, n'était-il pas souverain? Or, mademoiselle de Lespinasse avait beaucoup d'esprit.
« Tous les amis de madame du Deffand, dit Marmontel, étaient devenus les siens. Il lui fut facile de leur persuader que la colère de cette femme était injuste. Le président Hénault lui-même se déclara pour elle. La duchesse de