‹ Lettres de Mlle de LespinasseChapitre 87 sur 128 · I:uvres de Turbot, l'aris, ISil, t. H, p. SCO · texte numérisé non relu

I:uvres de Turbot, l'aris, ISil, t. H, p. SCO

î. Lf> Didl'i'jut'S sur le c ,}nnh rcc Jis blés, L<;i!<lros , 177o, in-S**, pal 'abl).; e.aîi.iui.

L'abbé Galiani, commençant par Genève pour traiter la question de la liberté du commerce des grains, ressemble à celui qui, faisant un livre sur les moç^ens qu'emploient les bommes à se procurer la subsistance, feroit son premier cbapitredes Culs-de-jatte ; ou bien à un géomètre qui, traitant des propriétés des triangles, commenceroit par les \riangles blancs, comme les plus simples, pour traiter ensuite des triangles bleus, puis des triangles rouges, elc.

Je dirai encore généralement que, quiconque n'oublie pas qu'il y a des états politiques séparés les uns des autres et constitués diversement, ne traitera jamais bien aucune question d'économie politique. Je n'aime pas non plus à le voir toujours si prudent, si ennemi de l'enthousiasme, si fort d'accord avec tous les^ ne quid nimis, et avec tous ces gens qui jouissent du présent et qui sont fort aises qu'on laisse aller le monde comme il va, parce qu'il va fort bien pour eux, et qui, comme disoit M. de Gournay, ayant leur lit bien fait, ne veulent pas qu'on le remue. Ohl tous ces gens-là ne doivent pas aimer l'enthousiasme, et ils doivefcit appeler enthousia.-me tout ce qui attaque l'infaillibilité des gens en place, dogme admirable de l'abbé, politique de Pangloss, qu'il étend à tous les liens et à tous les temps, etc.

Je crois possible de lui faire une très-bonne réponse; mais cela demande bien de l'art. Les économistes sont trop confians pour combattre contre un si adroit ferrailleur. Pour l'abbé Morellet, il ne faut pas qu'il y pense; il se feroit un tort réel de se détourner encore de son die* tionnaire ^| etc.

M\lt Dl LESPINASSB A CONDORCET*.

Ce vendredi, Î7 juillet 1770.

Venez à mon secours. Monsieur, j'implore tout à la fois votre amitié et votre vertu. Notre ami, M. d'Alembert est dans un {sic) état le plus alarmant; il dépérit d'une manière effrayante; il ne dort plus, et ne mange que par raision; mais ce qui est pis que tout cela encore, c'est qu'il est

1 . Le Dictionnaire du commereSt que du retle il ne termina jamais. t. Publiée, ainsi que 11 wiTtate, dani lei Œuvres de Condorcet^ 1847^ t. I, p. 178 et 291.

LËtTEËS DIV£KS£S ET orUSCULCS

tombé dans la plua profonde méluacûlle; fiûn ftcne 00 to DOurriL que ûe irisfesse cl de douleur; il n'a plus d'acUvîlé ni de voîunté pour rien; en un mot, îl piTÎl il on ne h^ i\V(^

' \r un enbrt do la viu qn'il mùnê* Ce pajs-ci no lui pi plus aucune dii^sipalion ; mon amilié, celle de ses ; amis ne suriiscnl pas pour faire la diversion qui Ini c&t ni'cessaire. Katin, noua nous réunissons tous pour le conjurer de changer de lieu et de faire le voyage d'Italie : îl Dû » y refuse pas luul à fuit; mais jamais il ne se dêlerininCTa k luire ce voyage seul, et moi-môme je ue le voudrois paô; n a bcsola des secours et des soins de ] amilié, et il faut qo*il trouve tout cela dans un ami tel que vous, Monsieur, iroii5Ôtes €olon &oq goût et selon son cœur; vous seul pou* yt'i nous rarracber à un élut qui nous fait tout cr«infire.

'Vyilàdonc ce(|ue je dt-i^irerois» et que je soumets bien plus A vohe seulimcnt qu'^i voire jugemetil; c'est que vous lui /nrÎMSâij'z qu'il seroit ussiz dans vos arran^emena de faire le voyage d^llalie cotle unn6e, parce qtfil vous est impor* tant de profiler du séjour qu^y doil faire M. le cardinal de tJerniâ. Voua pari i liez de ce Icxte pour lui dire que vous dL'sirerjL^z qu'il voulût bien faire ce voyage avec vous, ot que voua pense* que celte espèce de dissipai ion le remettroit eu vl\\ de Iravailler, et par constqueot de jouir de la vie, ce qu'il ne Tait point depuis qu'il est privé du plus grand intijrât qu'il y eût, qui est le travail, etc., ek« Voui sentez bien que celle tournure est nécessaire, pftrce quô^ quelque conflance qu'il ait en votre amilh?, il traindroit d'en abuser en vous demandant de faire ce voyage dans ce momenl-ci. D'ailleurs, il ne veut rien assej forleraont pour solbciler, il faut aller au-devunl de lui; il me dit sans cesse qu*il>n'y a plus pour lui que la nu^lancolie et lu mort, et il s'y livre d'une façon à désoler ses amis. Vous partagea Dunx sen liment, Monsieur, et il n'y a que vous qui puisâiei nous conserver Tami le plus sensible et l'bomme le plua verlueux. Ne perde» point de lemps, Monsieur, il fnudroit pouvoir parlrr A In tin de scplembre. Je crotrois voua blesser en vous parlant des difficultés personnelles que vous aurei sans doute à vaincre j mais vons Ôles sensible et verlueuK, vou» aurez l'activité, la générosité et la force nécessaire; e* c'est M* d'Alembcrl qui est votre ami. S'il falloit faire un «aeriiice dans voire vie, y eut-il jan»ais personne qui le méritât plus que votre malheureux; ami? J'ai le cœur

^navré; je \fous parlerois d*ici à demain sur le môme sujet, et j'atlristeroîs peut-être votre âme, et j'aurois à me reprocher de l'affoibJir, et il vous faut de la force. Counigi?, Monsieur, vous ûtes dans cet heureux âge où la vertuatoulo soQ énergie. Vous comprenez bien qu'il faut que M. d'Alembert ignore ce que je vous ai écrit.

M. d'Alemberl me surprend à vous écrire, et je viens de lui avouer de bonne foi que je vous proposois lé voyage d'Italie. Il m'y paroît décidé. Partez de là. Monsieur, poui prendre Jous vos arrangemens avec lui, mais promptcmenl. Il ne faut pas laisser refroidir une volonté qui sera aussi salutaire à sa santé, et par conséquent aussi nécessaire au bonheur de ses amis. Venez, venez, ou du moins n'ayez pas une pensée, ni ne faites pas un mouvement qui oe soit relatif à cet objet *.

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