‹ Lettres de Mme de SévignéChapitre 146 sur 286 · DE Mine DE SEVIGNE A Mme DE GB1GNAN · texte numérisé non relu

DE Mine DE SEVIGNE A Mme DE GB1GNAN

Jeudi 21 mai.

Notre petit messager crotté vient d'arriver; il ne m'a point apporté de vos lettres ; j'en ai eu de M. de Coulanges , du bon d'Hacqueville , et de la princesse {de Tarente) qui est à Bourbon. On lui a permis de faire sa cour* seulement un petit quart d'heure; elle avancera bien là ses affaires; elle m'y souhaite, et moi je me trouve bien ici. Mes eaux m'ont fait encore aujourd'hui beaucoup de bien; il n'y a que la douche que je crains. Madame de Brissac avait aujourd'hui la colique ; elle était au lit, belle, et coiffée à coiffer tout le monde : je voudrais que vous eussiez vu l'usage qu'elle faisait de ses douleurs, et de ses yeux , et des cris , et des bras , et des mains qui traînaient sur sa couverture, et les situations , et la compassion qu'elle voulait qu'on eût : chamarrée de tendresse et

i Personnage du roman de PAstrée, auquel toutes les bergères du Lignon allaient contier leurs amours.

3 A madame de Montespan.

d'admiration, je regardais eette pièce , et je la trouvais si belle, que mon attention a dû paraître un saisissement dont je crois qu'on me saura fort bon gré; et songez que c'était pour l'abbé Bayard, Saint-Hérem, Montjeu et PJanci, que la scène était ouverte. En vérité, vous êtes une vraie pilaude, quand je pense avec quelle simplicité vous êtes malade ; le repos que vous donnez à votre joli visage; et enfin quelle différence! Cela me paraît plaisant. Au reste , je mange mon petit potage de la main gauche, c'est une nouveauté. On me mande toutes les prospérités de Bouchain, et que le roi revient incessamment : il ne sera pas seul par les chemins. Vous me parliez l'autre jour de M. Courtin ; il est parti pour l'Angleterre. Il me paraît qu'il n'est resté d'autre emploi à son camarade l que d'adorer la belle que vous savez, sans envieux et sans rivaux. Je vous embrasse assurément de tout mon cœur, et souhaite fort de vos nouvelles. Bonsoir, comte ; ne me l'amènerez-vous point cet hiver? voulez -vous que je meure sans la voir?

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