VIII ENVOI DES LETTRES
une philosophe aimable. « Elle joint, dit l'abbé de Châ- » teauneuf, toutes les vertus de notre sexe aux grâces » du sien, en dépit duquel elle s'est mise au rang » des hommes illustres. »
Le portrait qu'en fait Saint-Évremond dans une des lettres qu'il lui écrit, achève cet éloge; il le termine par ces vers :
t L'indulgente et sage Nature » A formé l'àme de Ninon, » De la volupté d'Épicure » El de la vertu de Caton. »
Je ne vous citerai plus qu'un trait de l'abbé de Chàteauneuf, pour achever de vous donner une idée juste de cette fille célèbre ; c'est celui où il parle de la façon dont elle pensait sur l'amour et sur l'amitié.
Vous connaîtrez, par la lecture de ses lettres , de quelle importance est cette dernière citation.
« Comme le premier usage qu'elle a fait de sa rai- » son, dit-il, a été de s'affranchir des erreurs vul- » gaires, on ne peut pas être plus éloigné qu'elle l'est » de l'erreur insensée de ceux qui , sous le nom de » belle passion , voudraient presque ériger l'amour » en vertu; l'amour, qu'elle n'a jamais pris que pour » ce qu'il est, pour un goût fondé sur les sens, pour » un sentiment aveugle, qui ne suppose aucun me-