‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 20 sur 75 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur,

Nous avons receu par le dernier ordinaire voz despesches du 8“®avec la boitte de cire d’Espagne, et les livrets et aultres curiositez qu’il vous avoit pieu d’y joindre, dont je vous remercie trez humblement, n’ayant pas manqué d’envoyer à M"" de la Fayette les deux relations du succez des armes du Roy tant au Limbourg qu’en Alsace Et croy que vous en trouverez sa responce au petit paquet lequel je viens de recevoir de sa part. Le lendemain nous eusmes icy le sieur Dormalius qui a voulu s’aller promener à ce matin à S^ Maximin et à la S^® Raulme avec un gentilhomme de son pais, petit fdz de Daniel Susius (celuy qui avoit une si riche bibliothèque au Liege) ^ pour estre icy de retour dans de-

correspondance de Peiresc à ringuimbertine , aucune lettre à Pouzerolles, personnage sur le{p)el j’ai vainement cherché la moindre indication.

' Vol. 718, fol. 162.

^ Le catalogue des imprimés de la Bibliothèque nationale relatifs à YHistoire de France n’indique aucune de ces relations probablement extraites de la Gazette ou du Mercure français.

' Sur le petit-fds du bibliophile liégeois, je citerai une des notes dont !\1. Ch. Ruelens a enrichi les Petits mémoires inédits de Peiresc (Anvers, 1889, ]). 82-8.3) : ffJe trouve de Dormalius deux lettres à Peiresc, datées de Liège, 26 janvier 1629 et 16 juillet i635, à la bibliothèque Méjanes, à Aix, au tome IV des copies des registres de Peiresc. Il y est question d’un licbe cabinet de médailles d’un nommé Jacobus Susius, lequel pos-

li2 .

main ou aprez, ce dict-il. Nous avons bien eu du plaisir d’entendre de sa bouche la relation de la machine du P. Liny, mais les particularilez qu’il nous en a dictes de son mouvement orizontal me font soubçonner de l’artifice qui ne soit pas bien naturel, et consequament diminüer l’admiration de beaucoup.

J’ay invité NP le Prévost Gassend de le venir voir, et se trouver à diverses experiances que je vais faire à cette heure que, nostre Palais s’en va finir, et lors je respondray avec un peu plus de loisir et de commodité, tant à M'’ Deodati que aultres amys de par delà qui m’excuseront s’il leur plaict cependant avec vostre bonne entremise et intercession. J’auroys mesines à escrire un mot à M*" du Mesnil Aubery dont je n’espere pas de me pouvoir acquitter pour ce coup ^ si le courrier ])art si tost comme il vient de me dire à mon trez grand regret. Et eusse bien volontiers bazardé encor un mot sans consequance au bon M‘' Rubens, pour luy mander ce que vous avez depuis faict pour son alîaire^, puis que le commerce n’est encore du tout rompu, mais je ne croys pas d’en pouvoir desrober le temps. Et Dieu sçaict si entre cy et le prochain ordinaire la liberté du commerce ne sera pas du tout cessée, comme aultres foys. Cependant je vous en rends mes trez humbles grâces pour luy, et du meilleur de mon cœur, comme aussy de tant d’aultres bonnes nouvelles dont il vous plaict me faire part. Ne vous pouvant dire en eschange si ce n’est que les 8 galbons ennemys ont regaigné les mers de Mourgues^, et en mesme temps commancé de courir noz barques hostilement, menassant de revenir avec les a h galères qui se rabillent à Porto Longone'^, et de partir pour cet elfect dans

sédait aussi une bibiiollièque valant bien 1 6,000 florins des Pays-Bas. v Le compagnon de voyage et l’ami du chanoine Henri Dormalius avait donc conservé les livres de son grand-père. On verra dans une des lettres suivantes (a octobre i635), que rie fils ou petit-fils» de Susius portait le titre de (T baron de Wandestaek».

' Peiresc n’écrivit à ce correspondant que

quelques jours plus tard, le 96 juin. Il est vrai qu’il lui avait déjà écrit le 5 du même mois.

C’est-à-dire son procès, comme nous l’avons dit plus haut.

^ Rappelons que le port de Mourgues n’était autre que le port de Monaco.

‘ Ville de l’île d’Elhe, sur la côte est, à 8 kilomètres de Porto-Ferrajo.

ie 2 0 du prescrit. Mais ils sont attendus en bonne dévotion et ne croiston pas qu’ils puissent esti'e si tost prêts, ne qu’ils nous puissent prendre au dcspoiirveu comme ils l’eussent faict la première foys si la ternpeste ne les en eust empescliez. L’on a prins une felouque d’Espagne, et faist pescher heureusement un paquet qu’elle avoit jette en mer avec des médaillés de plomb pour le faire aller au fonds. Et y a t’on trouvé les ordres aux vice-Roys de Naples et Sicile pour saisir et arrester les biens et persones des Françoys et une gi'ande lettre en chilfre au cardinal Albornos ^ qui fut envoyée au Roy par courrier exprez. Il passa hier un courrier du Roy venant d’Italie qui faillit d’estre ju’ins aux mers de Mourgues, et qui avoit une foys mis son pacquet à la main pour le jetter dans la mer. Mais il escbappa de leurs mains. Enfin les choses vont à la rupture entière, meshuy l’on a saisy à Marseille tout ce peu qui s’est peu trouver des elfects des Espagnols, qui est fort peu de chose, au grand regret des Marseilloys qui ont plus de fi 0 0 mille escus en Espagne et qui en recevoient journellement des barques, mais on n’a peu se dispencer des ordres du Roy. Et sur ce je finis demeurant.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, CB 19 juin i635.

.Te fus grandement travaillé mercredy de la Néphrétique et me delivray enfin de plusieurs pierrettes de la grosseur des grains de poivre, et le lendemain en estoys bien soulagé et de la fiebvie que cela me donnoit, laquelle je surmontay avec labstinance de boire et mangei 2^ heures toutes entières nonobstant les lavements et vomissements.

.le vous remercie des livres que mavez envoyez en dernier lieu pai les sieurs Moreaux. 11 y en a encor en chemin depuis bien long temps. Dieu vueille que ceulx la fassent un peu plus de diligence. J ay prins

‘ Gilles Albornos, archevêque de Tarenle, cardinal en 1627, mort en 16Z19.

33d LETTRES DE PEIRESG [1635]

grand plaisir à l’extraict de la lettre de Londres sur le caractère de la Bible de Tecla et vous en suis bien redevable L

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SÂULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu vostre despesche du i avec celles de Messieurs Saulmaise et Golius, et suis marry que n’ouvristes la lettre au moings de M*" Saulmaise pour y voir les belles choses qu’il remarque des erreurs de ceux qui onttraicté de ranciemie milice ez derniers temps, qui iTont pas entendu la forme de camper et de ranger les armées pour ces batailles, voire qui n’ont pas entendu ne sceu distinguer la differance de l’Hasta et du Pilum, qu’ils ont confondu fort mal à propos. Mais je la vous r’envoyeray aprez luy avoir respondu, ne l’ayant peu faire à presant, à mon grand regret. 11 me recommandoit M‘‘ Dormalius qui est encor icy, et qui veult en partir nonobstant les excessives chaleurs, contre mon grc, tant nous luy faisons mauvaise chere. Il a prins plaisir de jetter les ieulx en passant sur les derniers cahiers que vous m’avez envoyez du Syncellus, lesquels s’en iront jeudy prochain Dieu aydant par le prochain ordinaire d’Avignon , le dernier venu ne m’ayant poinct apporté de lettres du cardinal Barberin ne de pas un de sa maison, pour estre vraysemblablement en campagne lors du partement de l’ordinaire.

11 est arrivé à Marseille un navire qui y faict quarantaine lequel m apporte un aultre manuscrit de Musique où il y a troys divers traictez. Lon me le faict esperer dans i5 jours au plus tard, et l’eusse peu avoir desja si j’eusse voulu consentir qu’on le passast au vinaigre. J’ay mis celuy que vous m’avez renvoyé ez mains de nostre Turc^, qui en

Vol. 718, fol. 1G9. — ^ Le Turc clonl il a éié question un peu plus haut.

fit de grandes esclaiiiations de joye, l’entendant Tort bien, à tout le moings les premiers cliappittres à ce qu’il nous disoit, car pour les figures, il y lault un ])eu plus d’estude. Il n’est en peine ([ue de se j)ouvoir bien expli([uer, tant est qu’il nous a donné d’abbord le nom et la patrie de l’autbeur, et dict qu’il y a huict dilîérantes maniérés qui ont leurs noms dilî’erants et qui servent de réglé à toute sorte de musique. Enfin il se promet d’en venir à bout avec un peu de soing. Et ne s’estonne pas que l’on ne l’aye pas sceu interpréter a Paris, attendu que touts les styles Arabiques ne sont pas de si facile interprétation les uns que les aultres. Nous en serons bientost esclaircys. Je feray cberclier le livre de l’Autaret pour M" Moreau b Et à cez prochains feriats ou nous serons la semaine prochaine Dieu aydant, nous avons faict partie avec M‘’ Gailhard pour aller ensemble aux archives de la chambre des comptes’ et y chercher tout ce que nous pourrons de nostre Roinée de Villeneufve^ pour l’amour de AE Baudier à qui je crye mercy de ce retardement. Je n’ay pas encor receu son dernier libvre, le sieur Perrin s’estant mal acquitté depuis quelque temps des fagots qu’il garde chez luy bien longtemps, je m’asseure, encores qu’il envoyé des balles tous les jours. J’escrips à AE’ de Thon et luy envoyé une lettre du Gayre assez importante, je veux dire que si vous doubtiez de la seurté des chemins pour la luy faire tenir là où il est, il vauldroit mieux que vous ouvrissiez le pacquet pour en retenir copie qui serve d instruction en cas que l’original se perdist. A la bonne heure le Duc Charles

' David Tavan de Lautaret était, comme l’indique le titre même de son ouvrage, un ff docteur en médecine h runiversité de Montpellier, habitant à Digne n , ami de Gassendi , lequel en a fait honorable mention dans ses œuvres. On ne cite de ce médecin que 1 ouvrage intitulé : Les Merveilles des bains naturels et des lùuves naturelles de la ville de Dig'ne , en Provence (Aix, Tholosan, 1620 , in-16). Dans la seconde partie de l’ouvrage on trouve un traité spécial ; Ophéologie, ou

traité des Serpens sans venins des bains de Digue, etc. Voir une analyse de ce livre rare et curieux dans \' Etude historique sur les bains thermaux de Digne, par M. Jules Arnoux (Digne, 1886, p. 89-42).

* Romée de Villeneuve, baron de Vence, mort en 1260, fut grand sénéchal et gouverneur de Provence. Voir sur ce personnage une dissertation spéciale de Dom Vaissète, insérée dans le Mercure de mars 1 yS 1 .

a repassé le Rhin. Car nous eussions esté en bien plus grande appréhension que M^’ de Thou ne se voulust aller mesler troj) avant avec le cardinal de la Valette L

Je vous remercie par un million de foys de voz bonnes nouvelles, et nous tardera bien d’entendre les progrez d’une si puissante armée dans cez Pais bas, puisqu’elle ne s’est poinct amusée à aulcun siégé formel, n’estimant pas qu’il y ayt gueres de places qui luy puissent résister,

Noz navires espagnols sont disparus tout à faict, les six sont retournez vers Porto Longone et Naples, et deux aultres ont prins une aultre routte en un temps auquel à peu prez des isles d’Ieres l’on en a veu passer deux fort avant en mer possible pour aller porter en Espagne quelqu’un qui n’a osé se bazarder sur une ou deux galeres. Les nostres estants en bon estât et redouttées et deux d’icelles ayants prins cez jours passez deux barques catalanes riches de ah ou 3o mille escus et une felouque d’Italie qui portoit le secrétaire d’un Présidant de Milan, et afforce lettres qui ont esté envoyées en cour, entre lesquelles ils asseurent le traicté de Saxe, dont je suis bien fasché, et ne ])uis croire qu’il ne s’y forme quelque nouvelle difficulté, principalement au cas que nostre armée face de grands progrès dans les Pais bas comme il y a apparance, sur quoy je finis demeurant.

Monsieur,

A Aix, ce 26' juin i635.

Depuis avoir escript, avant que clorre ma despesche, l’on m’a apporté de Marseille le nouveau volume manuscrit Arabe de la Musique ou j ay trouvé plusieurs figures de celles de l’aultre volume que nous avions desja, et plusieurs aultres de celles dont se sont servis les Au-

On sail que F.-A. de Tliou dtait, altachd on qualité d’iiilendanl à l’arinée du cardinal de la Valeüe.

tlieurs Grecs, iiiesnies celles (riiii petit liicl ou Giiitterre^ à 5 rangs seuleineiit, et une espece d’espinetle; l’on m’en promet un grand volume où est compilé tout ce qu’ils ont de |)lus exquis en celte sciance. Nous verrons demain Dieu aydant ce que nostre Turc y pourra mordre; cependant, si vous voyez le bon P. Merceiie, vous luy en pourrez donner la nouvelle.

Je pensoys pouvoir escrire à M*" Déodati; il n’a pas encor esté à mon ])ouvoir de ce coup. La semaine prochaine nous aurons un ])eu plus de relasclie toutes les aprez disnées Dieu aydant'^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

En ouvrant le pacquet du dernier oi’dinaire et y trouvant un paquet suscript de vostre main à iM" de la Fayette, je l’envoyay incontinant à un des gardes de M‘' le Maresclial qui esloit à la ville pour prendre, son paquet de la Cour, et ayant depuis veu vostre lettre, je luy escrivis un mot sur le subject de vostre perte ^ que je venoys d’apprendre et fus si heureux que mon homme y arriva encor à temps, avant le partement du garde; je n’escrivis pas à mon frere, mais il n’a pas laissé de me respondre pour luy dans le sentiment commun de cette douleur, et de me mander des particularitez apprinses par une lettre de AP le Marquis de Narmoustier, qui méritent d’estre communiquées à la postérité et de teuiperer en quelque lacon vosti’e

* Littré signale la forme Giuteme au xiii" siècle (tans le Roman (h la Rofo, au xv‘ sièc'e dans Patelin, au xvi' siècle dans La Boétie. Il signale, de plus, GuinlO'iie dans Rabelais et Gidterre dans le Diclioiinnire de Nicod. La Curne de Sainte-Palaye indi(jue seulement la forme Guitcrne.

ni.

^ Vol. 718, fol. 160. Voir à l’Appendice, sous le n° V, une lelire de Pierre Dupny, du -29 juin 1 635.

^ 11 s’agit sans doute là de quelijue neveu de Messieurs Dnpuy, tué, comme on va le voir, dans une bataille livrée aux Lspagnols.

iKpRiMcine siriuNiLC.

deuil, lors que le temps le vous pourra permettre, vous envoyant à cette tin cette lettre afin que vous y voyiez qu’il avoit tüé de sa main un cap])itaii]e espagnol de grande estime et donné un coup d’espée dans les rains à un aulire avant (pie d’estre surjn’ins. Je ne verray jias \I'‘ de la Fayette sans luy demander l’autograplie mesme de la lettre de M*' le Marquis de Narmoustier pour vostre consolation. Cependant puisipie c’est un mal sans remede, et que c’est de Dieu et du temps qu’il en fault attendre le soulagement et la juste vengeance, en attendant run et l’aultre de sa main, qui ne sçauroit guieres tarder pour la vengeance, puisque desja les armes du Roy sont si advancées dans les Pais bas S vous me permettrez de joindre mes larmes aux vostres et compatir à vostre douleur, en la meilleure façon qu’il me peult estre loisible, vous asseurant ipie quand c’eust esté un mien propre frere je ne le regretteroys pas avec plus de sentiment (jue ce que j’ay faict et feray encores aultant qu’il y pourra escheoir de ma part. Cet exemple me faict trembler quand je pense au voyage de M"" de Thon qui ne seroit pas si excusable s’il se portoit à une telle occasion. Et touteloys si elle se présente je ne doubte nullement qu’il ne soit pour s’y porter avec la mesme valleur et générosité. Et si le Galas vient tenter de ce costé là son passage dans les Pais bas^, je crains bien qu’il ne soit de ceux (pii s’y opposeront le plus courageusement. Et soubaicte inliniment que la routte en soit bien esloignée, tandis que M*' de Tbou sera de ce costé là.

L ordinaire d’Avignon à Rome estoit passé la matinée du mesme jour (pie le courrier de Lion nous apjiorta sur le soir vostre despesche du 2 2® avec des aultres cahiers du Syncellus que je n’attendoys plus; je les feray tenir par le procbain ordinaire à un inoys d’icy; cependant nous pourrions recevoir de Rome quelque responce à noz lettres pour vostre allaire, et voir en (piels termes elle sera reduicte, pour recharger

Le 1 6 juin , 1 anuéf' Iraiico-liollaiidaise io juilif't, l'avilailt? Maycncs (|ue bloavait pris tes villes de rilleinoiil, de Diesl (piaieni les Impériaux, força le général et d Arschol. (ialas à lever le siège de Deux-Ponts.

^ Le cardinal de la Valette, a])rès avoir,

[1G35] AUX KllKUKS DU Pli Y.

SI besoiiig est ci) envoyant les dicts ealin'rs. Je ne sms lasclié {|ne de ce que je seray de luy parler de vosti'e coniiniine jierle, et que

ce ne poniia estie cjne bien tard, biy en ronvrii’ ](‘s plavcs. Goninic j’en estoys icy, ]\b Elzevir m’est venu apporter une lettre de M" Deodati du 7*= du passé, en l’intention de passer bien tost en Italie, et si tost quil aura parle a quelques uns de ses amys de Marseille on il s’en va à ce soir inesme ])onr revenir dans deux jours, de sorte que jepourroys bien le charger d’une lettre pour le R. V. Doin du Pny et possible des cahiers mesines, estimant qu’il en pourra venir encore d’aidtres entre cy et le prochain ordinaire. Aussy bien m’a t’il demandé des lettres pour le cardinal Bentivoglio que je Iny bailleray trez volontiers et ])Oiir le cardinal Barberin mesines s’il veiilt, et ])onr aultres par toute l’Italie où il ne manque pas des curieux. J’ay prins grand jdaisir de le voir et de l’entretenir. Et pense que son voyage ])onrra esti'e fort utile an public, et luy acquérir de trez bonnes habitudes qui feront venir au jour des pièces qui eussent possible demeuré ensevelies à laulte de ce petit commerce. Au reste je vous remercie trez Immblement de la jirojiosilion faicte à l’assemblée de la paid du Roy et pense que c’est prendre l’affaire d’un biaiz, d’où les commis du Roy et de l’Estat ne se sçauroient parer, princijialement parmy les pi-ogrez de ses justes armes dans les Païs bas, où l’on n’avoit pas de longtemps porté -la guerre de cette maniei’e, ne doubtant pas qu’on n’y face d’estranges révolutions si les secours d’Allemagne tardent guieres et qu’on ne les réduise à des termes où ils ne furent jamais. L’on nous disoit dez hier que la nouvelle estoit cà Lyon de la réduction de Bruxelles et nous l’avons crüe bien facilement, puisque ce n’est jias une place tenable, non plus que Louvain h Que si tout le plat païs se reduict avec la mesme facilité, comme il y a grande ajiparance tandis qu’on est maistre de la canqiagne, ils contribueront bien aisément ce qui sera necessaire à la subsistance de l’armée, soit qu’il taille blocipier

‘ La nouvelle dlail fausse [)Our Itruxelles. L’année franco-liollandaise avail invesii Louvain, mais elte fui obligée de lever le siège de celle place (5 juillel).

3ZiO

quelque place des mieux fortifiées ou bien s’aller opposer à la frontière d’Allemagne aux forces qui pourroient venir à la traverse de ce costé là.

Pou r ce qui nous touche, vous verrez la relation bien exacte de la derniere tempeste, où sont peries les 8 galeres d’Espagne; les aultres travaillent à grande force ])our revenir, et crevent de rage de n’avoir peu nous faire sentir des elfects de leurs menaces et d’envie de nous attaquer, mais je ne])uis croire (pi’il soit en leur pouvoir, du moings si tost comme ils disent, et pense qu’ils auront assez à qui parler chez eux sans pouvoir venir fondre sur nous. Cependant nous nous tienflrons sur noz gardes et ne pense pas qu’ils nous puissent mesbuy surprendre. Et demeure.

Monsieur,

vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix. ce 3 juillet i()35.

Vous agreerez, s’il vous plaict. Monsieur, que cette lettre soit commune à M*' du Puy vostre frere et que je l’asseure de mes vœux plus aidants que jamais pour son service et pour la participation à tous ses interests.

On nous dict icy d’estranges nouvelles du costé de Bordeaux^ et d Agen 2, qui sont veiiües par Tlioulouse; c’est pourquoy l’on ne les croid pas encor absolunieni

' Voir sur rënieute de Bordeaux, apaisëe j)ar Je duc d’Epernoii, la Chronûpie Bourdcloise {CoHlinmlion , p. 4o-4i), ['Histoire de lu vie du duc d’Epernon, par Guillaume Girard (édilion de lydo, p. Sog-S-io), ['Histoire de la ville de Bordeaux , [)ar Doni Devienne ( 1 771 , p. aSo-aôa), eic.

^ Voir sur les Iroubles d’Agen ['Histoire de la vie du duc d’Epernon (p. 52 1 -Sa 4), et surtout une notice spéciale de M. Adolphe Magen intitulée -.'Une émeute à Agen, eu i635, d’après le manuscrit de Malehaysse (Agen, i855).

^ Vol. 718, fol. 1G8.

AUX FRÈRES DUPIJY.

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