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Vostre despesche du a 5 arriva dez vendredy au soir sur le poinci que le courrier d’Avignon estoit céans pour prendre mes lettres de iL)me, auxquelles j’eus encores le loisir de joindre une nouvelle re- (diarge pour vostre allaire. Et en escrivis à dom du Puy et à M‘‘ Valeran et à IVE de Fontenay Bouchard h
À VIONSIEliR, MO.XSIEIJR DE SAINT-SAULVEUR,
À PAÏUS.
Vous pourrez voir en la lettre de VF de Lornenie la suitte de l’estai (les alî'airesde nostre Marine et des 8 gallions, que le Syroc^ avoit faict reculer, et qui estoient revenus avant hier vers les isles d’Ieres, depuis le changement de temps. El un arrest qui s’est faict à ce matin contre un lihvre de la religion imprimé fraischement à Orange, que l’on exposoit en cette ville, doniraullieur est fort jeune^, frere d’un conseiller
‘ \ ol. 718, fol. lag.
^ On lit dans le Diclionnaire de Ti-évoux: ftSiroc. Ternie de marine. C’est ainsi (|u’on nomme sur la mer Méditei i anée le vent qui est entre le midi et le levant, (ju’on nomme snd-est sur l'Océan. Les Italiens l'apjiellenl Siroco.Siroc ou -siroco vient de Syriacas , syriaque, parce que ce vent vient de Syrie, qui est au sud et au levant de ITtalie.n Littré, (pii ne cite sous le mot siroc qu'une phrase de Martin Cocca'ie, fait venir le mot de l’arabe Charqui, qui signifie vent de l’est.
^ Cet auteur était Gilles Gaillard et le livre incriminé était intitulé : Le prosélyte évangélique, par L. S. G. G. P. escuyer, docteur es droicls ( Orange , imprimerie E. Voisin, 1O35, petit in-V). Le docteur Martial Mil'et dit (iVonce sur les imprimeurs d’Orange et les livres sortis de leurs presses , etc. .
Valence, 1877), que Gilles Gaillard naquit à Aix vers 1620 , et qu’après avoir embrassé la religion réformée il se lit recevoir pasteur et s’établit à Orange, où il épousa Catherine de Cola, fille d’un magistrat de cette ville trop pompeusement appelé par l’auteur président du parlement d’Orange. Je note que Gilles Gaillard dut naître plutôt vers 1610 que vers 1620, car il ne pouvait guère avant l’âge de vingt-cinq ans être pasteur à Orange et auteur d’un livre de polémique religieuse. J’ajoute (jue ce livre est un des premiers qui soient sortis des presses d'Orange, car l’imprimeur Etienne Voisin, originaire de Genève, était arrivé à Orange le 1" novembre i633, et on ne connaît de lui qu’une seule publication antérieure à celle du Prosélyte évangélique : le Traiclé de la vrayejoye (Orange, i63â, in-12).
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de la Cour, dont l’esclat et le scandale estoit extraordinaireïneiil «rand à cause des termes oultrageux dont il y use contre les catholiques, qu il ne vouldroit pas avoir cornprins soubs ce nom de chreslieus. Et tout plein de propositions tort insolentes; vous en aurez l’arrest au premier jour.
.le n osay mettre soubs l’enveloppe de M'' de J.iOmenie ne sous la vostre comme par le dernier ordinaire une petite relation de l’armée navale que je mis soubs le nom de M'' de Tliou de peur que cela ne peusse desplaire en cour où elle avoit esté envoyée exprez, et possible à ceux qui l’ont originairement rédigée par escript, si elle estoit publiée. Mais je croys bien que vous aurez trouvé moyen de la faire voir à M'‘ de Lomenie, et M'’ de Thon à M*' de la Ville aux Clercs; que si cela n’estoit, je vous supplie trez bumblement de le faire selon l’opportunité qui s’en pourra présenter et avec vostre prudance accoustumée, et demeure.
Monsieur,
vostre trez bumble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 6 juin i635 au soir'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SAULVEUR DU PUY
V PARIS
Je receus par le dernier ordinaire vostre despesclie du O' de ce inoys accompagnée de la feuille du Crernonin^ et de cet aultre libvrel en mesme forme qui semble debvoir estre bien curieux, dont je mup remercie trez humblement, ensemble des mémoires de M' Godefroy sur le mariage de nostre Roy René où nous avons ajiprins de belles choses que nous ignorions. Vous verrez ce que j’en escripts a M' (lode-
* Vol. 718, fol. i6îî. — ■ Le lrail(* r/c Cnlulo innalo iiientioniié on peu pins liant.
LETTRES DE PEIRESG
fi'ov, et s’il y avoit lieu d’employer Quentin pour la transcription de quelques pièces, il le pourroit aller faire chez vous, afin qu’il n’en puisse rien demeurer par devers luy ne aultre contre le voeu du dict sieur Godefroy. Je vous ay donné advis, ce me semble, de l’arrivée du sieur Gailliard et qu’il m’avoit rendu la derniere feuille des imperfections du dernier volume du Mercure. Pour le Lucian, les textes touts Grecs ne sont pas si bien à mon usage que ceux qui ont la version Latine e regione, car j’ay bien oublié de ce peu que j’avoys aultres foys sceu du Grec. Oultre que cez vieilles éditions de Baslene sont pas si accomplies que les postérieures. Et me sulfira d’avoir l’édition de M*' Bourdelotb s’il vous ])lalct. Monsieur. J’attends dans deux jours le retour de l’ordinaire d’Italie et pense qu’il m’apportera quelque aultre piece de cez relations que j’avoys cottées sur le bordereau que vous avez veu, lesquelles je vous envoyeray incontinent. J’eusse bien peu présumer que M*' du Pay vostre frere ne verroit ])as mal volontiers les pièces que j’en avoys cottées. Mais j’eusse tousjours creu que parmy tout le reste il en eusse deub choisir d’aultres possible plus notables que toutes celles que j’avoys marquées. Et peult estre n’est ce que à faulte d’avoir eu le loisir de les considérer assez à son aise dans le peu de temps que vous avez gardé le roolle qui n’avoit poinct de baste. Je n’ay poinct encore receu le fagot où vous aviez inséré les manuscrits de M*' du Gliesne et les sieurs Moreaux n’en ont poinct d’advis, me doubtant que le tout ne soit encore de par de là comme le sieur Gailliard m’a ingénument advoué qu’aprez m’avoir veu plaindre de la trop longue attente d un pacquet de M'' Bom delot, il le trouva encore à Paris sur la table du sieur Perrin. Je crains bien que ce n’en soit de mesmes à ce coup, et si quelqu’un des vostres pouvoit se donner la peine de passer par chez luy pour cet elîect, possible n’y nuiroit il poinct. Afin que si celuy là estoit demeuré chez luy, il le lasse venir à tout le moings avec le fagot que vous préparez.
Le Lucien de Jean Bourdelol parut titre complet ainsi que divers détails sur en i()i5 avec traduction latine et com- celte édition dans le Manuel du libraire meutaires (Paris, Rertaut, iu-fol.) Voir le (t. III, col. 1207).
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Au reste, nous avons bien admiré la Providence divine en la concurrence de tant de boidieur qui accompagne les genereux desseins du Hoy, tant du costé des Pais bas et de l’Alsace que de celuy de iioslre mer, où nous avons plus d’interest qu’aux aultres pour ne devenir le tlieatre de la guerre qui eust esté nostre ruine. Touts les advis s’accordants à cela que la tempeste ou le feu ont faict perdre xi Galeres de la flotte d’Espagne, et que les aultres ont esté constrainctes de jetter en mer jusques à leurs canons et de relasclier où elles ont peu, les unes en Gorseque, les aultres en Sardaigne, les aultres du costé de Livorne, en trez piteux estât, de sorte qu’elles ne sçauroient de longtemps se remettre en poinct de revenir joindre les 8 galbons qui ont tousjours tenu pied à nos islesd’Ieres et y estoient encores sanmiedy dernier au soir, ayants faict leur aygade le jour précédant en celle du Levant où il ne se faisoit aulcune fortification, comme la situation des lieux n’en estant pas compatible. C’est pourquoy ils n’y pourroient pas faire d’establissenient eux niesmes qui fust tenable, non plus que nous. Et le sesjour y seroit bien dangereux sans que la saison présente calme generalement toutes noz mers. Les tempestes dernieres estants inesmes veniies fort à contre temps et neantmoings bien plus à souliaict que nous ne les aurions sceu demander à Dieu. Encor que toutes nos cloches sonnassent lors pour temperer la violance du vent de crainte des bourgeons de noz vignes qui en estoient abattus. Mais je disois dez lors que Dieu sçavoit mieux que nous ce qu’il nous falloit et qu’il eust esté à desirer que le vent eust esté encore plus violent, quand bien nostre cueillette de raisins eusse deub se perdre tout à laict, pourveii qu’il eusse porté toute cette armée navale en Barbarie, et qu’ ell’ eusse escbouée en lieux d’où elle ne peusse jamais revenir. Ce qui nous faisoit juger qu’ils n’abandonnoient pas eucores leurs mauvais desseins, estoit, oultre l’opiniastre sesjour de ces 8 galbons à nostre veüe sans arraisonner L qu’ils tirent partir une felouque tort
‘ Voir sur ce mot une note du loine 1 ainsi le sens du mot arratsonner : frEntre- (p. 280), que je complète en quelques tenir, parler avec quelqu un. Vieux mol <jui ' lignes. Le Üictionnaire de Trévoux donne n’est plus d’usage et <pn n ëloit [las même
bien armée qui ne portoit qu’un seul homme, lequel on jugeoit venir espier et recognoistre la coste. Et en a t’on saisy un cez jours passez à Draguignan, mais je ne sçay si ce sera le mesme ou non. 11 pourroit bien se laisser attrapper par le mesme bonheur que Vieupont^ de qui pour comble il falloit que l’on peusse apprendre ce qui restoit à sçavoir des forfanteries espagnoles. Il passa hier au soir un des courriers du Roy pour l’Italie, qui avoit anticipé sa venüe et passage par icy d’un jour ou deux avant la tenue ordinaire de son partement de Lyon. Il laissa en passant l’extraordinaire du Gazettier du vi“° où l’on vid encore le bon succez de la sortie du sieur de Manican de Colmar'^. Vous aurez icy la coppie de la lettre de l’Empereur aux Princes d’Italie sur le subject de l’occupation de la Valteline et d’une lettre du Roy d’Angleterre à celuy de Pologne sur la proposition du mariage de sa niece, qui le debvroit obliger à se joindre à nous, plus tost que de bransler au manche^ comme il a faict depuis quelque temps. En quoy il nous obligeroit bien fort, car nous n’avons mesbuy plus guieres d’apprehension du costé de la mer si les Angloys ne s’en meslent, comme l’on nous en avoit menassez. Et sur cette bonne esperance je finiray demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 1 2 juin i635.
11 m’a esté adressé un libvre pour le cavalier del Pozzo de la part d’un sieur de Pouzerolles à qui j’en accuse la réception*, et m’imagine
fort commun dans nos anciens livres, n Suivent deux exemples tirés de Villon et de Marot. La Gurne de Sainte-Palaye indique , sous le mot arraisonner, beaucoup d’aulres citations.
‘ Sur le sieur de Vieupont ou Vieuxpont, voir le Recueil Avenel, t. IV, p. 638, 691, 700, etc.
^ Sur le sieur de Manicamp, gouverneur de Colmar, voir, outre la Gazene mentionnée par Peiresc, le Recueil Avenel, t. IV, V, VI et VIII.
^ Littré, soit au mot branler, soit au mot manche, n’a cité aucun auteur au sujet de cette locution.
' On ne trouve, dans les Minutes de la
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que s’il ii’est de vostre cogiioisçance ou de celle de Messieurs du Mesnil Aubery ou Bourdelot, vous pourrez apprendre sa demeure de quelqu’un de ceux qui seront fraischeinent revenus de Rome et qui viendront aborder chez vous. Car il ne m’a donné aulcunes adresses, mais je me viens d’adviser d’adresser ma responce î\ M*^ du Lieu qui avoit receu et couvert ce libvre et qui possible les sçaura pour vous en descbargerb