‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 22 sur 75 · VJ · texte numérisé non relu

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ayaiii l’aict collaiioimer ]iai‘ mon libraire, il se trouva une l'eiiille de iroj) en i’nn des volumes du recueil de M*' dn Gliaslelel in ibl°, laquelle occupoit la place (rime aultre qui y manque, dont je ne fus pas marry, puisque M*' Gailbard en estoit tesmoing, pour faire voir aux libraires de delà qu’ils collationnent les livres plus negligement qu’ils ne vous disent. J’eus par inesme moyen les petits volumes manuscrits de Rbodezb le livre du P. Ant. Sirmond^, deux exeinjilaires de l’Apulée de cet Angioys^ où je trouvay plusieurs figures en taille donlce (jue j’ay estimé jiouvoir estre. celles que vous disiez avoir esté emportées par l’autbeur. Toutefoys il en pourroit bien avoir encore d’aullres, en plus grand nombre, dont je seray bien aise d’apprendre ce qui en est, et s’il s’en doibt attendre d’anltres ou non. Il y avoit un T, Live d’Elzevir^ et encores quelque aultre piece si je ne me trompe. J’ay depuis reçu par l’ordinaire le petit Jules César d’Elzevir^ battu avec les vers du sieur Jean Sirmond sur le naufrage des Espagnols , qui méritent bien (Pestre insérez à la fin de son boinme du Pajie et du 1(0) ». J’ay trouvé fort belle la relation de la journée d’AveinC et

' t)o ta bibliothèque du cardiiiat d’Armagnac.

^ C’était un frère de l’académicien Jean Sirmond et par conséquent un neveu du savant père Jacques Siiinond. Arthur, né en iSqi , à Riom, mourut à Paris, en i6/i3.

Le livre dont veut parlei- Peiresc est ctdui-ci : De animœ hnmortalitate demonslratio phjaica et Aristolehca. Adversm Poniponatiinn, etc. (Paris, Louis de Heuqueville, iG35, in-8°).

^ Jean Price déjà souvent mentionné.

“ Titi Livü Hisloriarmn Libri ex recensione lleinsiana iGSà, 3 volumes

pet. in- 12). M. Willeins, dans son ouvi’age tant de fois cité, dit (p. 100) : rrJ.es Elzevier ont donné trois éditions de Tite-Live dans le format petit in-12. L’édition de iü3ù est celle que les amateurs préfèrent , [)arce(]u’ellc est la mieux inq)rimée. 55

® C. Juin Ccesaris (ptæ extnnt ex emendahonelos. Scaligeri (Leyde, 1 635 , pet. in-i 2). Voir l’enthousiaste rdoge donné par M. Willems (p. 102) à cette édition qui lui paraît être rrla plus parfaite des jiroductions elzévii'iennesrr.

“ Jean Sirmond avait publié en iG3/i un ouvrage intittdé : L’Homme du Pape et du Roi (in-S"). Voir sur ce livre, qui a été attribué au Joseph, Y Histoire de l’Académie fraaçoise , par Pellisson (édition Livet, t. 1, [). 2 2 à), la Bibliothèque historique de la France, t. II, p. 8G2-8G3, article 28699, la brochure de *M. Rsné Kerviler sui' La presse politique sous Richelieu et l’académicien Jean Sirmond {Vans, 1876, p. 4/i-46).

’ Trois relations de la bataille du 20 mai sont indiquées dans le Catalogue de la Bibliothèque nationale. Histoire de France , sous les

[1035] AUX FUÙUES l)ül>UV. 3'i3

vous en remercie ti'ez liumblemenl comme de la communication des vers de M'' Grammoni et des lettres de Home tant de M‘’ Valerau que du U. P. Dom du Puy.

Je n’ay pas encore receu la lettre du cardinal Harheriii vous concernant, ces deux derniers ordinaires d’Avignon ne m’en ayant poinct apporté, mais nous attendons dans 2 ou 3 jours celuy du moys présent qui les pourra apporter, et quoy que l’on vous dise, je pense que vostre alfaire passera tost ou tard et qu’il vous lault donner cette patiance encor un peu de temps. Cependant j’ay esté bien aise d’y voir que je me soys i‘encontré avec l’advis de Boni Dupuy pour les cahiers du Syncellus. Les derniers que vous m’avez envoyez n’iront pas que nous n’ayons eu cez responces Dieu aydant. Je vous renvoyé les vers du sieur de Grammont qui ont esté trouvez bien gentils, et plains un peu son bumeur si elle est si inconstante comme l’on vous escript de Rome L Quant à AP Boucbard, je pense que ce sera grande merveille si la piece c[u’on luy a baillée ne se trouve remplye toutes l’oys. 11 se perd aulcunes Ibys des lettres dans un si long cbemin sur lequel il meurt aussy par foys des porteurs mesmes de tels advis et souvent les banquiers mesmes pour espargner envoyent des despescbes par des gents qui prennent de plus longs destours qu’ils ne disent. Je vouldroys bien qu’il eusse rencontré aussy bien comme il mérité et comme luy soubaictent ses plus fideles amys et serviteurs. L’on en aura bientost l’esclaircissement à mon advis. M" Dormalius deubt estre à Genes dez diniancbe au plus tard, le gouverneur d’Antibe l’ayant faict embarcjuer oportunement avec l’ordinaire d’Avignon qui sera de retour icy dans deux ou trois jours et nous en rapportera des nouvelles dont je vous feray part. AP Elzevir n’est pas revenu de Alarseille comme il m’avoit

n°‘ 3o53, 3o5/i ‘et 3o55. Le premier de ces documents porte le titre même de relation ( Relation de ce qui s’est passé en la bataille gagnée par l’armée du roi contre celle d’Espagne, i035, in-S”). Les deux autres sont des Lettres du roi écrites le 27 mai,

l une au duc de Montbazon (l’aiàs, Uibot, iG35, in-8'’), l’autre au prévôt des marchands (Paris, P. iiocolel, i()35, iii-8°).

‘ On sait si peu de chose sur Sci|)ion de Grammont, que ce pedi renseignement sur son caractère ne nous est pas inditlêrent.

Uk

promis, et aura ])riiîs sou enibarqueineiit ou routte par terre de quelque aultre costé. Je plains grandement M*" Guiet^ avec sa pierre^ et que la chaleur des reins dont il se pleint ne luy en face d’anltres plus lascheuses et importunes. Je vonldroys le pouvoir entretenir toM à loisir des experiances (jue j’ay faictes de ce mal et le pouvoir soulager, luy estant serviteur de longue main et de bon coeur. Je suis grandement fasché que M*’ de Tbou ayt manqué de si peu M®^*' le Cardinal de la Valette, et encore plus de la resolution qu’il a prinse de l’attendre, dont je suis tout mortifié et tout dezolé^. Et vonldroys bien que le P, Joseph le lit mander de la part du Roy, pour le tirer de ce mauvais païs où il s’engage. Monsieur Gailbard est tout honteux de l’excez de voz lionnestes compliments, et moy quant et luy. 11 fault laisser exercer cette jeunesse à se donner carrière parfoys, quand ils rencontrent un subject capjiable de les tonclier au fond de faine, comme peult faire la reconnoissance d’une amitié cordiale et si innocente et obligeante que la vostre. Je sei’ay bien aise d’avoir un exemplaire de la version Latine du Galilei^ jiour le faire lisre à M'" Gailbard, car je n’ay garde d’en envoyer en Italie ne de la juiblier que le nioings que je jiouri'ay jusques à ce que je voye s’il n’y aura jiliis rien à esperer jiour son soulagement du costé de Rome. Pour le s‘ Innocent , nous l’aurons de Lyon ])lus lacilenient que de Paris. Je vous suis neantmoings bien redevable des bons advis, et si le livre du Galilei poiivoit venir par l’ordinaire

^ François Guyet déjà plusieurs fois meiitionué.

^ Guyel subilFaniiée suivante l’opération de la taille. Voir les renseijfiiements donnés à ce sujet par M. Isaac üi i dans la tlièse intitulée : Un cercle savant au xvii" siècle. François Guyet fiSjS-iGSô) d’après les documents inédits (Paris, i88(), p. 84-8^). Mais la pressente lettre montre cpie la maladie de Guyet est antérieure de plus d’une année à la date ainsi indiquée par M. Uri (p. ^h) ; ffAu mois de septembre iG30, Guyet, (pii jusipi’à ce moment avait joui d’une santé

tlorissante, fut atteint d’un mal très grave: la maladie de la pierre. . . n

’ Nous avons vu un peu plus liant que Peiresc se préoccupait beaucoup du danger que courait Fr.-Aug. de Tbou au milieu de l’année commandi'e jiar le car.li lal de la Valette.

‘ Il s’agit là de la traduction du Dialogo sopra i due sistemi del mondo , etc. (Florence, if)3;i), traduction due à Mathieu Bernegger et intitulée : Systeina cosmicuin (iG35, iii-à").

en deux ou troys foys^ il ii’y auroil pas grand danger de le hazardcr. Je vous remercie au reste de toutes voz belles relations du tein])s et prie a Dieu qu il dispose toutes choses au mieux et à ce qui est plus expédiant pour le bien de cet Estât. Nous n’avons plus de peur des Espagnols pour cette année, quelques bruicts qu’ils sement de leuiseconde venüe. Le prochain ordinaire de Genes nous en ])ourra dire davantage que nous n’en sçavons présentement. Et je finiray en vous disant que mon frere partit dimanche pour estre jeudy ou vendredv à Lyon, et croys bien que s’il n’est arreslé à Fontainebleau, il ne tardera pas de se donner 1 honneur de vous aller salliier comme il (loibt. iNL de la Fayette est tousjours avec M‘’ le Maresclial à Toullon, -AP' le Marquis de Vitry n’estant pas achevé de guérir, et veult continuer le voyage de la coste. Mais nous vouldrions bien estre deschargez de la loulle de gents de guerre qui nous dévorent tout vifs, et sur ce je demeure,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 10 juillet l635^

À AIONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Je vous renvoyé voz lettres et instructions avec les plus humbles remerciments que je peus, bien marry qu’il y ayt tant à desirer pour l’accomplissement des voeux plus universels, mais il est quasi impossible dans le cours des choses du monde qu’il n’y ait de ramertunie tousjours meslée parmy les plus grandes doulceurs et prosperitez. Je

‘ Le livre était en feuilles, selon l’habitude d’alors. Quand toutes les feuilles étaient réunies dans la main de l’acheteur, il les faisait coudre et relier. — ’ V'ol. 718, fol. 170.

tupr.iutllic ^ATIO^ALC.

LETTRES DE PEIRESG

regrette bien que M’’ de Tliou n’ayt rencontré sur son chemin M^*’ le Cardinal de la Valette pour l’obliger à revenir en Cour où il eust esté sans doubte retenu. Mais je croys bien aussy qu’il y aura esté r’appellé et que lorsqu’il aura veu son Eminence, il ne pourra pas se desdire de revenir. Cependant à quelque chose malheur aura esté bon pour rendre à M”" Rigault le bon office qu’il luy a rendu en passant. Personne n’a veu les lettres que moy seul. Je luy escripts ce que vous pourrez voir, si bon vous semble, avant que le luy faire tenir, si mieux n’aymez attendre son retour. J’ay depuis receu une lettre de Tollon où vous verrez les plus recents advis de la marine. Ce nous seroit une grande mortification qu’il fallust estre de la partie à cette heure que nous avions si peu de subject de nous en doubter.

Nous n’avons encores peu prendre le temps de nos seigneurs noz arcbivaires^ de la Chambre des comptes, mais ils m’ont cependant promis un extraict de quelque acte pour M'' Baudier. Possible en clievirons nous mieux la semaine prochaine. Cependant mon frere pourra arriver là aussy tost que cette despesche à mon advis ou peu s’en lauldra, s’il n’a esté retenu à Fontainebleau. Et il suppléera de vive voix à mes defl’ecluositez s’il peult, tandis que je demeureray.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 17 juillet i635.

Je vous envoyé quelques unes des lettres interceptées de cez Espagnols qui estoient sur les galeres lors delà tempeste, où vous verrez à quelle extrémité elles furent reduictes^.

(^Nole de Peiresc à côté de la lettre :) Pardonnez, je vous supplie, l’addresse de tant de lettres d’amys à vostre serviteur très humble.

' A quelle époque le mol archiviste a-t-il remplacé le mot archivaire? Le Dictionnaire de Trévoux doime les deux formes et indique l’emploi du mol archivaire dans les

Mémoires de Trévoux de novembre 1736.

La Curne de Sainte-Palaye ne cite aucun écrivain sous le mot archivaire.

^ Vol. 718 , loi. 17-2.

3Zi7

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J ay receii voz despesches du xiU avec tant de rares curiositez (pie je suis tousjours plus conlus de m’en recognoistre si indigne. J’escripts à M*" du Chesne pour luy accuser la réception de son Indice, et vouldroys bien le pouvoir adsister là envers cez Alessieurs du clergé, pour luy faire obtenir quelcjue bonne recompance et desdaumagement de ses labeurs. Et croys qu’un chascun se doibt employer vivement à l’en faire venir à bout. Ce petit imprimé du P. Severin est bien bigearre. L’on faisoit courir icy une aultre relation escripte qui semble venir de luy mesme et qui ne seroit pas mal assemblée. Vous l’aurez icy, encores que je ne double pas quelle ne vous soit notoire, mais à tout Lazard, au cas que ne l’eussiez veüe, possible ne la verrez vous pas si mal volontiers, en consequance de l’aultre. J’ay escri])t à M’" de la Fayette pour luy faire voz baisements et compliments, et vouloys escrire à AP de Thou, mais je ne sçay si j’en pourray avoir assez de temps, dont je seroys bien marry, ayant esté un peu trop interrompu cette aprez disnée à laquelle je m’estoys réservé pour voir les lettres qu’on nous escript de Rome, mais je n’espere mesliuy plus de le pouvoir faire et fauldra différer au prochain ordinaire soubs vostre bon plaisir; cependant vous aurez l’extraict d’un article de la lettre du Cardinal Barberin dont on vous avoit parlé, laquelle estait demeurée en arriéré tout le moys de juin, et n’est vende qu’avec une subsequante du 6 juillet, laquelle je vous envoyé pour vous faire voir que l’esperance n’est pas encore du tout perdüe; il m’a donné barres à luy faire une répliqué, dont vous ouyrez possible parler un jour, et si j’eusse sceu les troys commandes créées depuis peu, j’eusse jiarlé bien plus vertement. Il fauldra encor avoir cette patiance, puisque vous en avez tant eu. J’envoyeray par mesme moyen les derniers caliiers qui

me resleiil du Syncelliis par le procliain ordinaire d’Avignon qui j)assera la semaine prochaine. 11 m’apporta avec la lettre du i'"’ juin de son Eminence un exemplaire du libvre qu’il a faict imprimer concernant la musique de son Sainct Alexis, dont la réputation fut trouvée belle par excellanceb Et j’ay creu que le bon P. Mercene seroit possible bien aise de le voir, avant que mettre la derniere main à son grand volume de cette matière^. C’est pourquoy je me suys résolu de le luy envoyer soubs vostre adresse. Vous y verrez une image de l’enfer qui ne semble pas mal imaginée^. Je ne sçays si l’on n’a poinct encore introduict en France la mode des comédies chantées à l’antique, mais je vous puis bien asseurer que j’en ay veu en Italie aux nopces delà Royne rnere'* qui reuscissoient merveilleusement bien à mon gré. Je croys bien que quand vous aurez veu deux ou troys de cez figures de la scelle, vous ne vous soussierez guieres du reste, et lors vous pourrez s’il vousplaict le faire tenir au bon P. Mercene avec la lettre dont je l’ay accompagné. Quant aux nouvelles, aprez l’ordre donné et commandé d’executer pour faire passer h régiments en Italie, il vint une faulce allarme que les 9 galeres Espagnoles qui avoient esté quelques jours en Vay estoient venues à Mourgues attendants la flotte

‘ Un Ijibliopliile de Rome aussi aimable qu’erudit, M. le marquis Uraetano Ferrajoli, a bien voulu me prêter un ouvrage de iM. Alessandro Ademeilo où l’on trouve tous les renseignements désirables sur ce qui touche au Saint-Alexis en question (/ Tentri (H Roma nel secolo decimo seltinio, Rome, 1888, in-8“). Voirie chapitre 11 intitulé: Il Sanl’ Alessio ed altri melodfammi (i63ât636) (p. 'j-üh). Je tirerai de la page 10 ces indications : rrll poema fu composto da Mons. Giulio Respigliosi, il futuro Clémente IX, e la partitura musicale stampata col seguente titolo : Il S. Alessio. Dramma musicale dall’ Eminentissirno signore Gard. Rarberino fatto represenlare

al Serenissimo Principe Alessandro Carlo di Polonia , dedicato a sua Eminenza e posto musica da Stel'ano Landi Romano musico délia cappella di N. S., etc. (in Roma, appresso Paolo Masotti, mdcxxxiv).

^ llarmonicorum lihri XII (i 036 , in-fol. ) ou l/harmonie universelle (traduction de l’ouvrage, même année, même format).

^ Le démon joue un rôle importajit dans le drame. Voir les pages i ô et 1 5 de l’ouvrage de M. A. Ademeilo, soit sur un démon principal, soit sur des démons accessoires, lesquels forment un chœur.

Les fêtes pour le mariage de Marie de Médicis furent très brillantes en Italie où Peiresc voyageait alors (1600).

[1635] AUX FRÈRKS DUPUY. 349

des navires et des aultres galeres, ce qui fit coiilreinander les Iroujijies par M* le Maresclial pour ne s’en trouver despourveu au besoiiig. Mais ayant depuis mieux vérifié que les dictes q galeres avoieni deschargé en Vay leur milice, et reprins la routte de Porto Longone, et que celles qui avoient paru vers Mourgues estoient des Tiirqtiesques, l’on a faict rebrousser chemin aux dictes trouppes et i*eprcndro les routtes d Italie. Et si l’on peult avoir de plus fortes asseurances de la dissipation de l’armée navale, le Maresclial reviendra à son ancien sesjour pour s’eslogner des chaleurs de la marine et faire changer d’air à M"" le marquis de Xitry qui commance à se mieux porter. Vous verrez une relation de la mort de l’Esmir Facardin h laquelle ayant monstré au Turc que nous avons icy, il m’a incontinant dict que la mère du dict Facardin estoitencores vivante aagée de plus de six vingis ans^, et qu’elle avoit tousjours esté tenue pour une des plus grandes sorcières du Levant, qu’elle ne soufi’roit pas que son filz entreprint aiilcune action notable sans estre consultée, luy disant quand elle cioyoit qu’il courust de bonne ou de mauvaise fortune. Et il tient que c’estoit d’elle mesmes que pouvoit estre le livre des mémoriaulx et instructions de sa fortune soit bonne ou mauvaise^. 11 nous dict que sur le païs la race de l’Esmir Facardin et de plusieurs aultres Arabes avoit non seulement des traditions, mais des preuves authentiques et par escript de sa genealogie, et qu’ils y estoient si scrupuleux et superstitieux qu’ils conservoient mesmes des mémoires et instructions des généalogies des chevaulx qui' avoient servy de grands cappitaines de siecle à aultre^et que le prix en estoit trez grand, encores que

* Le nom re'et est Faklir-ed-din. Ce grand émir des Driises, né en i584, fut décapité h Constantinople par ordre du sultan Araurath IV, le i3 avril i635.

^ Le Turc était mal renseigné, car Setnesep, mère de l’émir, mounit avant son fils et on a remarqué qu’avec elle s’évanouit la bonne fortune de Faklir-ed-din.

^ La vérité est que la prétendue sorcière

était une femme très intelligente, très active, qui non seulement aida son fils de ses excellents conseils, mais encore prit aux affaires une part directe et considérable.

* On sait que l’usage des généalogies chevalines se maintient toujours en Orient et particulièrement en Algéi ic, comme nous l’ont surtout appris les ouvrages du général Daumas.

les animaulx ne fussent pas d’aulcunes foys de si beau corpsage^ que d’aultres.

J’attends d’heure à aultre les à evangelistes en Goplite et Arabe et aussy tost feray ma despescbe pour M’’ de Saulmaise, et demeure cependant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiuesc.

A Aix, ce 94 juillet i635 en haste^

XGIV

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu la version Latine des dialogues du Galilei^ avec vostre depesche du 20*^ et tout plein d’aulires curiositez dont je vous remercie trez bumblement, n’ayant peu travailler à la despescbe de Rome comme je pensoys, et ayant este constrainct de la différer à demain, ce qui me fera différer aussy le renvoy de voz lettres, pour les voir sur le champ avant qu’escrire sur vostre affaire. J’ay encore moings peu respondre à AI*' de Saulmaise, attendant ce nouveau Testament Coplite qui est à Livonie depuis si longtemps, et dont le navire et le porteur ont eu entrée depuis le 1 6 du présent. J’espère de 1 avoir dans cette semaine si les advis des Marseilloys intéressez a ce navire sont véritables. J’ay prins plaisir de voir le jugement qu il faict du livre de l’Angloys sur l’Apulée ^ et qu’il n’y

‘ La forme adoptée par Peiresc conserve le P étymologique {corps). Littré a donné comme exemple de l’emploi du mot corsage appliqué aux animaux cette phrase vulgaire : trCe cheval a un beau corsage» et ce vers de

La Fontaine : Dame heletle au long corsage.

^ Par Mathieu Bernegger, traduction mentionnée un peu plus haut.

^ Le livre de Jean Price.

[1635] AUX FIIÈRKS DUPUY.

manque rien qu une seule figure, et, sçauroys volontiers de vous si vous lavez veüe, ou si vous sçavez ce (ju’elle representoit jieu prez. J ay un extreine desplaisir de n’avoir encores ])eu satisfaire à Baudier, et un grand reinors de consciance, mais je vous puis jurer que j’espuise toutes mes forces pour satisfaire aux uns et aux aultres, et me laisse tousjours emporter aux plus pressants pour m’en deffendre, car je ne sçauroys suffire à touts, mais je voys bien qu’il n’y a plus de moyen de ditl'erer. J’ay escript à XU le Baron de Vance qui a succédé en droicte ligne masculine à ce Borné de Villeneiifve en la Baronnie de la ville de Vance S pour avoir son testament, et la fondation dun monastère de Nice où il est ensevely; puis que M*" Baudier a eu tant de patiance, il fault qu’il s’en donne encore un peu s’il luy plaict. Cependant nous aurons fouillé dans les archives du Boy, où j’espere encores quelque chose de considération, pour réduire au vray ce que le commentateur de Dante et aultres ont escript de luy sur les relations ou traditions fabuleuses et qui attribuent au Conte de Tboulouse ce qui est advenu de la persone du Conte de Provence, aussy bien que de la bassesse de son extraction, car il estait de trez grande et illustre maison de ce pays icy bien qu’il eust esté longuement en pèlerinage où il acquit le nom ou sobriquet de Romieu^,

* Ce baron de Vence n’esl pas menlionne' dans la notice gdnéalogique du Moréri sur la maison de Villeneuve, où l’on ne cite, pour le xviC siècle, que deux descendants directs de Roméede Villeneuve ; Armand de Villeneuve , marquis des Arcs , mort en 1 6 1 4, et son frère cadet, seigneur de la Garde, auquel on a faussement attribué une Histoire sainte, célébrée dans une ode de Malherbe, Histoire qui, selon l’opinion de M. Mireur, archiviste du Var, serait d’un autre seigneur de la Garde, nommé Esprit Foulque. D’a])rès une communication de M. le marquis de Boisgelin, le baron de Vence ici mentionné serait Scipion de Villeneuve, gentil-

homme de la chambre du roi , premier consul d’Aix en i633, commandant pour le roi dans les Vigueries de Saint-Paul, dont le grand-père, Antoine de Villeneuve, seigneur de Gréolières, avait hérité de la branche aînée des barons de Vence.

■ Tous les généalogistes sont d’accord pour reconnaître que la maison de Villeneuve est une des plus anciennes et des plus considérables de la Provence.

^ On sait que romieu désignait dans lu langue provençale celui qui avait fait le pèlerinage de Rome, et, par extension, tout pèlerin.

LETTRES DE PEFRESC

ayant apprins depuis peu qu’il avoit nom Jean de Vilieneufve primitivement L

J’ay receu l’imperfection du volume de M"" du Gliastelet^, et avoys oublié de vous accuser la réception d’un livre de l’antiquité d’Abbeville^ et cez lettres de La Milletiere ^ qui présupposent un bien grand dessein^, dont je vous remercie trez humblement.

J’ay receu depuis deux ou trois jours un nouveau Caméléon plus gros que les precedents, mais je ne vois pas qu’il se dispose à manger des mouches et crains bien qu’il ne veuille pas gueres vivre; il sembloit qu’il fut plein quand il arriva, tant il avoit le ventre enflé, mais cela s’en est allé en vent, car il n’a faict qu’une bien petite crotte de fiante jaulnastre, comme de la pouldre d’or et un peu de meslange de noir comme les aidtres que j’avoys eus deux ans y a ou peu s’en fault. Il est de couleur verd et jaulne comme la femelle que j’avoys eue, mais un peu plus jaulnastre, et à l’air seul acquiert de la couleur brune sans estre touché du soleil. Si je le puis gueres garder, j’y feray bien d’aultres observations que devant Dieu aydant. L’on m’en apportoit troys ensemble, mais les autres deux à mon grand regret ont esté desrobez ou sont eschappez ou morts sans que le patron de la barque en saiche rendre la raison qu’il debvroit. Pour des nouvelles de ce pais icy, je ne vous en diray aultre chose pour le présent. J’escripts à

‘ Moréri et les autres auteurs qui ont parlé du grand sénéchal de Provence ont ignoré qu’il portait le prénom de Jean et ne lui ont donné que le surnom de Romée ou Romieu.

^ Le recueil de pièces in-folio.

^ Rrüaunia, ou Recherches de l’antiquité d’Abbeville , par Nicolas Sanson , d’Abbeville , géographe du Pmi (Paris, i636, Robert Mansion, in-8°). Le privilège est daté du a6 juillet i 035. En cette même année iG35 parurent, sans nom de libraire, quelques exemplaires qui portent cette dernière date. Un bibliophile d’Abbeville possède deux de

ces exemplaires qui furent lancés comme des ballons d’essai.

Sur Théophile Brachet, sieur de la Milletière, voir notre tome I, p. 862.

^ Le controversiste travaillait à la fusion des diverses Eglises protestantes et de l’Eglise catholique. 11 venait de publier : De universi orbis Christiani pace et concordia per Cardinalem Richelium constituenda (Paris , 1 6 3 /i , in-8°, ouvrage traduit en français, i035, in-4°) et il allait publier : CJiristia'ue Concordiæ inter catholicos et eoangelicos in omnibus conlroversiis instituciuko consiliuin (iG3G, in-S").

[1635] AUX FHÙRES DUPUY.

de Thon et vous supplie de clorre ma lettre aprez l’avoir leüe, sans la monstrer s’il vous plaid à d’aultres, et me tenir lousjours,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peihesc.

A Aix, ce 3i juillet iG35

XGV

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINÏ-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Je receus vendredy aprez disner par un courrier extraordinaire un pactpiet de mon frere du 27"’*^ qui me r’envoyoit à vous pour des nouvelles plus certaines, et ce pendant avoit joint à sa lettre ce beau volume du Joseph^ et de la Passion de Monsieur Grotius avec ces aiiltres Poemes cbrestiens qui arrivèrent si à point nommé que j’avois lors dans ma chambre le courrier ordinaire d’Avignon à Rome et mon homme apprestoit la derniere enveloppe de mon pac(juet pour le Cardinal Barberin, dans laquelle je le feis enclorre tout à l’heure mesme sans me donner loysir d’y voir aultre chose que les tiltres. Le soir du mesme jour le courrier ordinaire de Lyon m apporta voz depesches de mesme datte où vous aviez joint quelques feuilles d’un second exemplaire du mesme livre auquel vous aviez fort bien juge quR j^

‘ Vol. 718, fol. 176. On trouve à la suite (le cette lettre uu fraguicut en langue italienne d’une lettre (icrite par Pesresc au cai-dinal Fr. Barberini le a août iG35 et où il se plaint du retard apport(i à l’expedition de la commande de Jacrpies Dupuy. Je crois inutile de reproduire ce fragment ({ui ne nous apprend rien de jdus epic ce <pie nous ni.

savons d(ijà de cette interminable affaire. Peiresc a fait suivre sa copie de cette recommandation : (fA vous seul, s’il vous plaid. Monsieur.»

' Tragédie inspirée par l’histoire de Joseph publi(^e sous le titre de Sophompaneas (Amsterdam, iG35, in-A°).

IM.T.tMCIKC NATtOlVALC.

voiilois estre coiideiiipiié et le jugerez encore mieux quand vous aurez veu le livre que je vous envoyay quelques jours y a de la représentation de S‘ Alexis qui a tant esclaté par toute l’Italie à l’honneur de ce Cardinal. Car je sçay qu’il avoit une extreme envie d’avoir quelque piece latine d’excellente main pour la pouvoir faire représenter devant le Pape, et si la religion que professe M*" Grotius n’en fait l’exclusion, j’oserois quasi parier que le Cardinal deppendroit volontiers quelques milliers d’escus pour faire reciter et représenter à l’antique ce Joseph, et partant vous ne voudrez pas exiger des sermentz de moy pour me croire si je vous dis (pie vous m’avez grandement obligé en m’envoyant non seulement le premier exemplaire que je n’avois pas peu gouster, mais aussy le second qui sert pour mon compte, et que je ne verray qu’avec un indicible contentement tant pour l’amour de vous. Monsieur, qui avez si bonne main à ce choix, que pour l’amour de son autbeur que j’honore comme je doibtz, c’est à dire au delà du mérité ordinaire des hommes. Or pour vous respondre je ne sçaurois vous rendre assez de remerciements de tant de bon accueil et de carresses que mon frere a receu chez vous, dont sa lettre est toute remplie, ce que je n’aurois pas moins présumé pourtant, quand il n’auroit pas eu le moyen d’en escripre, sçachant fort bien jusques à quel point vous avez accoustumé de porter les elfects de vostre honnesteté, non seulement vous, mais tous les vostres, ce qui me comble de honte et de reproche quand je considéré combien mal nous nous en sommes renduz dignes, à faulte de sçavoir mesnager et proRitter les occasions de vous rendre service qui nous sont si rares, et où je trouve si peu de fortune à vous pouvoir servir à souhaict, tesmoing celle de vostre afl'aire de Rome qui a si longuement exercé vostre incomparable patience durant plus d’un an et demy sans en avoir peu tirer aulcune satisfaction, dont je suis si honteux que je ne sçay plus où me cacher, mais je vous respondz bien que j’en ay escript pour une si bonne foys à cette mienne derniere despesche à son Eminence et en termes si baultz que s’il ne le veuli entendre, il fauldra bien qu’il fasse le sourd à bon essient, et je pense qu’il sera bien empesché d’en eschapper si je ne me trompe, car je

pense lavoir pris sans vert^ à ce coup en luy rétorquant le pretexte de la conscience tout à rebours de son intention. Et vous advoueray ingenuement que je me suis un peu trop dispensé si on considéré l’inégalité qu’il y a de la bassesse de ma condition à la baultesse'^ delà sienne, mais quand il auroit rompu la dessus avec moy, je vous asseure que je n’y aurois regret quelconque et pense qu’il s’en re])entiroit plus tost que moy. J’ay faict retenir coppie de cet article de ma lettre que vous trouverez ci joinct, mais je vous supplie bien (jue cela ne soit pas veu d’aultre que de M’’ du Puy et de vous, car cela me ])ourroil charger de trop d’envie et de reproche d’indiscrétion et quasi d’impudence, mais je n’ay peu me contenir dans les bornes du respect du debvoir dans le sentiment que j’avois du tort (jue vous y receviez, nonobstant lequel je ne voudrois neantmoins pour rien au monde que vous eussiez suyvy le conseil du sieur Valeran à faire paroislre vostrc ressentiment au retardement des cahiers du Syncellus, car je pense que la faulte n’én eust pas esté moings imputée au H. P. dom du Puy vostre cher frere et à moy qu’à tout aultre dont nous eussions esté responsables en quelque façon et exclus de la liberté que nous pouvions prendre de luy parler de vostre affaire. C’est pourquoy je vous remercie le plus affectueusement que je puis d’avoir voulu en cela suyvre plus tost mon advis que celluy de cez Messieurs qui avoient d’aultres motifz possible meilleurs et plus promptz que les nostres, mais qui me sembloient un peu trop dangereux en une occasion si jalouse et si glissante qu’estoit celle-cy. Je pense que si le Cardinal Antoine® a voulu dire un mot, l’affaire aura esté faicte sans doubte sur le champ. Mais si ma lettre y arrive à temps comme je pense ([u’elle y arrivera dans la my aoust, je m’imagine que le dattaire aura quebpie severe

* Littré cite, au sujet de cette locution, une satire de Regnier, la dixième, et une comédie de Thomas Corneille, L’amour à la mode.

^ Le mot havlesse, souvent employé, au xvi' siècle et auparavant, dans le sens d’élé-

vation, ne fut presque plus em|)loyé au xvii' siècle. A coh; de l’exemple de Peii-esc Littré ne nous aide à citer qu’un seul exemple tiré de Bossuet.

^ Antoine Barberini, frère de Ei-ançois.

bourrade^ ou réprimandé dont je ne suis guieres en peine , mais qiTaprez cela il fauldra que vostre allaire se fasse par amour ou par force quoy ([iTii puisse dire. Vous ne m’avez jamais mandé si le P. Sirmond avoit eu un des deux exemplaires de la Roma sotterranea que j’ay envoyé à M"" Mazzarini, lequel ne m’en a jamais accusé la réception non plus que le P. Sirmond de la lettre que vous luy aviez baillée de ma part, et vous supplie de l’envoyer demander à mon nom tant à luy que à l’aultre pai' quelqu’un des vostres, selon la commodité qui s’en pourra présenter. J’ay prins un singulier plaisir d’entendre le second arrest donné au proRit de M" Rubens en conséquence des premiers bons offices que vous luy aviez cy devant renduz et que vous luy avez reiterez, je ni’asseure, plus souvent que n’avez voulu dire; aussy je vous en rendz mes trez humbles grâces les plus aflectueuses que je ])uis et de toutes cez rares et curieuses nouvelles dont vous me daignez faire si bonne part. En revanche desquelles je n’ay rien à vous dire pour le présent si ce n’est que nonobstant' la persévérante residance du Marquis de S'^®-Groix^ en Vay avec ses 22 galleres et 8 galbons, nous ne laissons pas de vivre en si pleine securité que tant s’en lault que nous veuillions croire qu’il veuille ou puisse venir à nous ou qu’il aye moyen de nous mesfaire tandis que nous avons de la milice preste à s’opposer à eulx, c|u’au contraire nous sommes à la veille de voir casser deux de nos nouveaux regimentz qui nous restoient, do sorte que nous n’avons quasi plus que les vieilles trouppes de la garde ordinaire de nostre coste, de quoy nous avons bon besoing certainement pour le soulagement de ceste pauvre Province après tant de miseres et sous le coup d’une si misérable cueillette^ que l’on a de la peyne à recueillir la semence ({u’on avoit mis en terre, ce qui est pour

‘ Litlre a trouvé le mot bourrade dans le Journal de Pierre de i’Estoile, dans les Mémoires du cardinal de Relz, dans ceux de Saint-Simon, dans une comédie de Dancourt ( Les Curieux).

■ Don Alvai o Baçan, marquis de Sainle- Croix, commandant de la flotte espagnole.

Voir sur le marquis de Sainte-Croix les Mémoires de Montglat (édition d’Amsterdam , in-i 2 , t. I , p. 11 8-1 1 ()}.

^ Pour récolte. Littré signale l’emploi de cueillelte dans Bernard Palissy, La Boétie, mais ses citations ne dépassent pas le xvP siècle.

[1635] AUX FRÈHES DUPUY.

nous réduire à une très grande extrémité, si Dieu ne nous assiste, comme nous l’en prions tout instamment et de nous donner quelque digne moyen de vous faire paroistre de combien bon coeur je suis.

vostre trez luimble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 6 aoust i635.

Les ordinaires de Lyon arrivent communément sur les 9 A 10 heures du soir du vendredy et trouvent le courrier de Tollon tout prest à partir la nuict si tost qu’il a le pacquet de M'' le Marescbal, de sorte qu’cà grand peyne et fort rarement pouvons nous avoir nos lettres à temps, pour ouvrir simplement les simples enveloppes sans qu’on nous veuille donner le loysir de les lisre, de sorte que nous ne sçaurions faire part de voz nouvelles à M"" de la Fayette que par des aultres voyes si tardifves quelles ont perdu toute leur grâce qui consiste principalement en la nouveauté; je ne laissay pourtant d’envoyer encor à temps au bureau de la poste une lettre que je trouvay pour luy soubz vostre derniere enveloppe sans aulcun loysir de luy escripre seulement un mot et sans que depuis il se soit présenté aulcune commodité de luy envoyer les lettres que vous m’aviez fait l’honneur de m’escrire comme je l’eusse faict très volontiers si j’eusse peu pour obéir à voz commandements. Et la sepmaine passée je fus en la mesme peyne, aussy n’ay je point eu de responce de ce que je luy ay envoyé si tard dont je m’asseure qu’il ne me peult sçavoir guieres de gré.

Dn '7"’' aoust.

Je tins hier le lict pour mes petites infirmitez ordinaires et me donnay la liberté de vous escrire par la main de mon homme, reservant ce jonrd’huy pour escrire à AL de Saulmaise sur le subject du gros volume que j’ay recouvert des quattre Evangélistes en Coplite et Arabesque. Mais j’avoys conté sans l’boste, car on m est venu tirer à ce matin de mon estude pour aller (hors de mon service) ])resider

en la chambre des vacations en des causes on grand nombre des juges estoienl suspects et cette aprez disnée j’ay encor eu moings de relasche que le matin.

.le vous diray pourtant à l’advance qu’à l’ouverture du libvre je lombay sur une petite vie de S‘ Luc, mise en teste de l’indice des chappitres qui est devant le texte de chascun evangeliste, où j’apprins qu’il avoit escript son Evangile la xii® année de l’empire de Glaudius, en la ville d’Antioche, et la xx'^ année de l’Ascension de Nostre Seigneur, ce qui est bien plus compatible au vray synchronisme que tout ce qu’en ont voulu conclure le Baronius et tant d’aultres qui se sont battus sur la perche^ en cette question, ce qui me chastouilla tellement que je me tins pour payé de cez deux lignes là pour toute la coustange du volume de sorte que tout le reste me demeure en supererogation, y ayant de semblables vies abrégées en teste de l’indice des chappitres tant de Marc que de S‘ Jean qui contiennent de semblables époques des temps et des lieux qu’ils ont escript. Mais par malheur le premier feuillet du volume s’estant perdu par l’injure du temps, j’y ay perdu !a vie de S‘ Mathieu et ce qui y pouvoit estre aussy digne de remarque pour son regard sur ce subject, avec quelques articles des j3remiers chappittres de l’indice de son Evangile. Tout le texte de louts les U y estant tout entier, en Gophte, avec la version Arabesque e regione si antique ([u’ell’ est escripte sans poincts, comme l’ancienne Hébraïque.

Avant que clorre ma despesche. Messieurs les Moreaux m’ont rendu le lagot du Gassianus avec la medecine du R. P. Gampanella, et les deux volumes des recueils des pièces des guerres d’Italie, dont je vous remercie irez humblement^.

On a dit aussi se àa/fre à /a joerc/te, ])our Voi. 718, fol. 179. Cette lettre est de

se disputer. Voir les Mémoires de Vincent la main d’un secrétaire , à l’exception du post- Carloix cités par Littré. scriptiun du 7 août , qui est autographe.

AUX FUÈRES DUPUY.

XGVI

À PARIS

Monsieur,

Vostre desj3esche du 3“'^ de ce moys est arrivée tort ])ien conditionnée, et consequament le petit pacquet pour M’’ de Guibbeville, à qui il sera fidelement rendu par un lionneste lioinme de noz ainys que nous envoyons vers Madame d’Entraigues b merc de ma iiiece de Rians, à Vauriaz^, ([ui passera ex])rez à Garpentras pour le luy délivrer en mains proj)res, mais ce ne sera qu’aprez la leste Nostro Dame, ayant par malleur retardé son partement /i ou 5 jours contre sa croyance et la nostre, car sans cette commodité si opportune, je luy eusse envoyé un laqiiay exprez comme l’aultre loys si j’eusse preveu ce retardement. J’ay receu par mesrne moyen le livret de la relation de ce prétendu prince d’Ætliiopie^, dont je remerciray le s"" Hazard jadis estudiant au Mont Liban qui est à présent à la suitte de M*' GaulminS mais je ne sçay si je pourray m’en acquitter par le présent ordinaire, ayant bien eu des divertissements ou empescbements rerum bene agendarum touts cez jours icy qui ne m’ont gueres laissé songer à ce qui m’est le ])lus à coeur, qui est le service de mes bons seigneurs et amys. Un gentdliomnie voisin ayant entreprins de voye de faict^ de nous desrobber une source de lontaine en un lieu de ma soeur de Vallavez nommé Trebeillane*’, où j ay laict ce jourdliuy accéder le lieutenant general du senesclial, par devant lequel j avoys

* Isabeau de Simiane, mariée à Jacques des Alrics.

^ Valrcas, chel'-iicu de canton du dé- [)aiiemenl de Vaucluse. aiTondisseinent d’Orange, à 35 kilomètres de cette ville.

11 a déjà été question de ce prétendu pi’ince d'Ethiopie, Zaga- Christ, dans le tome II, p. 5i3.

‘ Gilbert Gaulmin, le docte orientaliste souvent mentionné dans cette correspondance.

® C’est-à-dire par la voie de la violence.

* Aujourd’hui Tréhillane, dans la commune de Cahriès, arrondissement d’Aix, à 1 () kilomètres de celte ville.

intenté le statut de querelle au premier chef, et ay faict restablir toutes choses en leur entier assez à souhaict. Mais ce n’a pas esté sans importune ])eine, cez natures d’afl’aires n’estans nullement de mon genie. Et toutefoys, en absance de mon frere, il m’a fallu agir. J’ay aiiltres foys eu des relations de ce prétendu prince d’Æthiopie, et je pense vous en avoir mesrnes envoyé quelque chose si je ne me trompe, mais on ne le tient ])as ce qu’il dict. Et les Ætliiopiens en nombre de 3 ou k qui sont à Rome présentement, nient absolument qu’il soit celuy qu’il se dict, Encores que de bien loing il puisse avoir quelque parenté avec des princes du sang royal. Pour les comédies chantées et la musique de celle de s‘ Alexis, j’ay esté bien aise d’apprendre que M‘’ de Ronneval se soit trouvé à Rome pour en estre spectateur et croys qu’il vous aura peu dire le goust qu’il y a trouvé. Ne sçaicliant quel en est son sentiment. Mais je puis bien pour mon particulier vous asseurer que j’y recevoys (au moings en choses quasi semblables lors des nopces de la Royne mere) de singuliers plaisirs et délectations et ne trouve pas tant d’incompatibilité de cela avec ce que les anciens en usoient, quoy qu’on vous veuille dire, puisqu’il est certain que les vers des anciens n’estoient originairement faicts que pour estre chantés et consequament les comédies et tragédies qui estoient en vers, non que ce lusL un chant tel que celuy de noz airs à la Françoise ou des villanelles ^ et aultres chansons vulgaires de ce temps, mais un certain parler entonné en cadance qui ne faisoit qu’un demy chant ou un chant qui n’estoit pas fort eslogné du simple parler, en sorte que toutes les ])aroles se peussent fort commodément articuler et discerner par les auditeurs beaucoup mieux que celles de noz airs quelque cadance (pi’on y observast, et quelque harmonie d’instruments avec quoy on les acconqjagnast, estant bien certain que les anciens chantoient parfoys leurs poemes au son de la lyre et des aultres

‘ Au sujet fie ce mot Littré n’a cité que ses naïfvelés et grâces, par où elle se com-

la fameuse phrase de Montaigne, si digne ])are à la beauté de la poesie parfaicte

de servir d’épigraplie à nos recueils de selon l’art, comme il se void ez villanelles de

chants rustiques : rrLa poésie populaire a Gascoigne. n

Aü\ fri: H i: S dupüv.

inslriinieiils doiil riiai'iiioiiic accoin])a<jiioil cL perreclioiiiioit ce (|iii pouvait maiKpier à la seule voix de celuy ([ui j)arloil et (jui cutrcteiioil la compagnie. Et cela ii'cuipesclioit pas rpi’à la fin des actes, Tou n’y peusse introduire des cœurs de ])lusieurs voix et plusieurs instruments de musique par des concerts assemblez pour diversifier riiarmonie d(^ la simple recitation des actes, accompagnée de quebjues instruments incappables de confondre la parole de celuy qui parloit.

Au surplus 1 armee esjiagnole est enfin desmarée des environs des isles d leres où elle avoit laict cpielque sesjour; vous verrez la copjiie d’une lettre escrijite de l’une des dictes isles, que je vous prie de taire tenir à AE de Tliou, si en avez la commodité, avec un mot d’excuse de ma part, vous remerciant trez humblement de la continuation de voz faveurs et curieux advis, demeurant.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce i4 aoust i635.

Les sieurs Blancs noz voisins envoyent de par delà le sieur Gassend, gendre de l’un d’eux, pour y faire f|uelque emploite; ([uand il fera ses balles, il se chargera volontiers des livres ou aidtres choses que vous luy vouldrez bailler; il a ses adresses chez Madame Vaillant en la rue Aubery Boucher, à l’enseigne de Gambray.

J’ay faict des excuses à M‘‘ du Lieu de la confiance que vous aviez prinse en sa desbonnaireté pour luy recommander vostre dernier pacquet avec priere de vous en accuser la réception, l’ayant asseuré que c’estoit sans consecjuence et seulement pour pouvoir apprendre des nouvelles de l’arrivée de celuy là seul, à cause de quebjue cliosette im])ortante qui estoit dedans L

■ Vol. 718, fol. 181.

IMPIinitlIIC KATIOXALL.

À ^MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay receu voslre despesclie du lo*"® accompagnée des feuilles restantes de Galilei^ et des advis de cez Religieux dont aulcuns on[t] tranché leur advis bien plus hardiment que les aultres, mesmes les Gappucins et Carmes deschaulsez et les Jacobins de la reforme, car les aultres ont adjousté des reserves cappables de pouvoir un jour destruire tout ce (|u’on faict quand on y va hésitant et non resolutivement et sans reserve. Nous avons veu l’action^ de M*' de Leon^ et la repartie de M*' de Bordeaux^, mais non pas l’action de M‘’ de Mompelier^ que nous verrions bien volontiers, s’il estoit loisible.

J’ay veu la lettre que vous escript l’Eininentissime Cardinal Barberin, que je trouve bien honneste; mais pour vostre affaire, puis qu’il n’y trouvoit pas d’expediant à son gré, je ne trouve pas estrange qu’il ne vous en dise rien, car c’est la coustume de cez gents là, attendu que si tost qu’ils se mettent à rendre raison ils s’exposent aux répliqués telles que celles que je me suis dispensé de luy faire, dont j’attends la responce par le prochain ordinaire environ la my septembre. Mais si cela ne reuscit, j’y suis au roüet comme l’on dict® ou au bout de mon latin ■’. Quant à AU Baudier, j’ay trouvé quelque chose non inutile à

* Ci’esl-à-clire de la traduction latine de .Mathieu Rernegger.

“ Action pour discours, sermon. Littré ne cite sous ce mot que trois écrivains, deux qui sont postérieurs à Peiresc, La Bruyère et M'"' de Sévigné, et un qui fut son contemporain et même son correspondant, l’académicien Godeau.

^ L’évêque de Léon ou Sainl-Pol de Léon , était René de Rieux, qui siégeait depuis i üi 8.

* Henri d’Escoubleau de Sourdis, déjà mentionné.

^ Pierre Fenouillet déjà mentionné.

“ Etre au rouet, être mis au rouet, c’est être déconcerté, c’est ne savoir plus que dire ni que faire. Littré ajoute que la locution mettre au rouet, employée par Michel de Montaigne, semble indiquer que le rouet était une sorte de supplice.

’ Au sujet de cette locution , Littré cite

[1^351 AUX FRÈRES DLIPUY. 303

son dessein, et altends la responce et les |)a])iers que me font esj)erer M*" le baron de ^ ance (|ui s’y interesse fort pour riionneur de ses ancestres, et M‘' 1 Lves([ue de Vancc U L’on m’a mesme promis une entrée dans la tour du Thresor où sont les chartes ori^pnelles, où l’on m’asseure qu’il y a des seaux de ce Hornéc durant la Regencc de nostrc heritiere Beatrix qui fut par luy mariée an conte Charles d’Anjou, frere de

Louys^. L’on me donne mesmes quel([ue esperance de son porlraict et de son tombeau qui est à Nice, dont il avoit esté lon|Ttemps gouverneur de toute la Conté de Nice souhs le comte Raymond lîerenger son maistre, où il a fondé un monastère et faict de beaux lez [)ics. C est pourquoy AI'’ Baudier feroit bien de surceoir son édition , craignant qu’il n’y ayt comme vous dictes non seulement du Bornant, mais des choses trop incompatibles à la vérité s’il ne les réglé sur les chartes du temps dont on me promet bonne provision dans peu de jours. Je plains bien le pauvre AI'’ de la Alotte d’estre tombé malade si à contre temps, et pourveu qu’il puisse regouster bien tost la doulceur et le contentement d’estre en repos et hors des inquiétudes des affaires, je pense qu’il se recognoistra bientost plus heureux que d’y estre, et qu’il louera Dieu des bonnes suittes de son malleur.

Je plains bien d’avantage le bon AI'' du Cbesne de penser trouver du repos en un second mariage, principalement si Dieu luy donnoit de nouveaux enfants d’iceluy. Car c’est chose trop extraordinaire pour la pouvoir esperer, principalement aprez avoir esprouvé une si bonne femme comme estoit la première^, s’en trouvant bien rarement qui puissent se vanter d’en avoir trouvé deux de suitte d’esgalle bonté. Alais ce sont des fatalitez inesvitables à ceux qui ne peuvent pas se maistriser bien absolument*.

un vers de La Suivante, par Corneille et un vers du Virgile travesti, par Scarron.

‘ Cet dvêque était Pierre du Vair, lequel siégea de i6oi à i638.

* En 1245 Béatrix, fille et héritière de Raymond Bérenger fut, en vertu du testament de son père, mise en possession

des comtés de Provence et de Forcalquier qu’elle apporta, le 19 janvier suivant, à son époux.

* Voir sur les deux mariages d’André du Cliesne les renseignements donnés un peu plus haut.

' Peiresc, ici comme en qnehjiies autres

M*' Godefroy y a Lien mieux veu, dont je ne le sçaurois assez loüer; AP' du Ch esne ne m’en dict l’ien, c’est poiirquoy je n’ay garde de jn’ingerer de liiy en parler. Oultre qu’estanl chose resoliie comme vous dictes, mes dissuasions n’y poiirroient pas arriver que Lien tard, .le vous félicite à l’advance le retour de M'' Iligauli, et ne manqueray pas de l’en féliciter luy mesmes comme je doihs aussy tost que je sçauray son arrivée.

J’ay enfin descouvert quelques exemplaires du livre de l’AutaretC et j’ay envoyé Lattre l’un pour le joindre à cepacquet |)Our M*' Moreau, s’il n’est de trop gros volume. Et si vous n’en avez poinct, je vous en envoyeray un pour vostre conte.

Je n’avoys j)as mis cez lettres de mon frere souhs vostre enveloppe, pensant qu’il les deuhst recevoir plus tost, mais dezhorsmais je vous en donnerav la ])eine puisqu’il vous plaict, et que je n’y trouve pas la seurté (|ue j’avoys creüe. Je vous remercie trez humhlement des vers du honhomme Grandmont^, <|ue j’av veus trez volontiers.

11 n’a pas esté en mon j)ouvoir d’escrire à M‘' de Saulmaise comme j’avoys esperé, tant on me tourmente lors que je pense avoir plus de (juietude. Il ne m’a jamais accusé la réception des canons des conciles en Arahe, mais il me semble que vous m’avez mandé qu’il la vous avoit accusée. Je vous remercie trez humhlement delà lettre de M''de Thou que j’ay trouvée de la datte que vous disiez du de Nancy. Mais il n’y a pas de nouvelles de la guerre. Vous pouviez Lien l’avoir ouverte et m’eussiez faict plus de plaisir que de me l’envoyer toute close.

11 me tardera Lien comme à vous d’apprendre qu’il soit passé seurement jusques auprez de M" le cardinal de la Valette, mais il me tardera Lien d’avantage d’entendre son heureux retour chez luy. (J liant à nous, enfin les Espagnols sont touts disparus, le grand vent qui se mit sus aprez ce partement des galeres ayant obligé les gallions de les suyvre assez tost aprez, comme on dict. Et sur ce, priant Dieu

Itassiiges (lésa correspondance, se monlre * Le livre déjà cité sur /es Rflûis de

peu favorable aux feinines et an mariage. ® Scipion de Grannnonf.

ALX FilKnKS DUl’LV.

qu’ils ne puissent jamais revenir ne les uns ne les aullres, je finis demeurant ,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant sei-viteui-,

DE PEinESC.

A Aix, ce 2t aoiist 1035

XGVIII

À .MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J’ay esté infiniment aise d’apprendre par voz deriiieres les ])onnes nouvelles que vous a données AU Grotius du congé que AU de Sanlmaise avoit obtenu pour troys moys des curateurs nouveaux aprez les aullres contentements qu’il s’en estoit promis, attendant avec impatiance qu’il se soit résolu de vous venir revoir. Et lors je ne mampieray de vous faire tenir cez deux volumes Copbtes tant des Evangiles que du vocabulaire où nous avons cependant bien prins du ])laisir. Et si je pensoys que ce fust chose du goust de AU Grotius, je les vous auroys bientost envoyez, et m’en seroys sevré de bon coeur, pour un si digne subject. Ale sentant bien obligé aux bonestelez ([ue vous a nouvellement tesmoigné ce grand personage, en faveur dune persone qui l’avoit si mal mei’ilé en son endroit. Quant à vostre commande, je ny ay rien contribué (jue je n’en deusse au centuple, si j’en eusse eu [)lus dé moyens. Et vous supplie de croire que si ma trop grande liberté me faisoit perdre la correspondance de ce Gardinal, je ny auroys guieres de regret, puis que pour une occasion qui luy devoil estre si à coeur il auroit si mal recogneu ce cju’il doibt a vostre mérité. Et pense qu’encores que ce monde Kà se puisse bien facilement passer de nous, il y auroit [:ossible un jouraullant et plus de regret, et possible ‘ V^ol. 718, fol. i83.

(le perte, estant curieux comme il est, et assez mal servy de ce costé là ])ar des aultres qui y seroient plus obligez que nous, qui serions bien vangez de sa discourtoisie, si le cardinal Antoine faisoit vostre affaire. Car ce luy seroit une espece d’affront et d’opprobre qui ne luy seroit pas mal employé. J’attendray l’issue de cette négociation aultant (ît plus impatiament que vous. Mais vous avez bien encbery sur les termes de remerciements que je pouvoys vous avoir faicts de la continuation de voz faveurs envers mon frere. Et me vouldriez faire passer ce petit oflice pour chose trop mal proportionnée à tout ce peu de service que nous pourrions vous rendre, me trouvant tout confus de la bonté que vous me faictespar tant d’excez de gratitude pour si peu de chose.

Je m’estonne que le pauvre P. Sirmond n’ayt poinct encor eu ce volume de la Uoma Sotterranea, et vous supplie de recbef de vous informer s’il n’aura pas eu plus de part de ce second exemplaire que du premier. 11 nous tardera d’entendi'e l’arrivée de M’’ lîigault et encores plus le retour de M'' de Thon, duquel je suis bien plus en peine que je n’oseroys vous dire. Mais à (juelque chose aussy malheur est bon, et encores vault il mieux qu’il soit là.qu’en Constantinople où l’on mande par lettre de Ligourne du xi™*^ de ce rnoys que toutes les facultez ’ des Françoys ont esté generalement saisies pour les debtes de ce venerable conte de Cesis^ qui ne cessera en fin qu’il n'ayt achevé de riiiner tout le commerce de France non seulement en Constantinople, mais ])ar tout le Levant. Et n’y voys du remede quelconque dezbormais tant les choses sont empirées, de sorte que si M*’ de Tbou y estoit je le tiendroys perdu absolument. Voilà toutes noz nouvelles de ce païs icy (jui grâces à Dieu n’en produict plus et demeure.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 28 aoust i635.

* Dans le sens de : l)iens, ressources, est ironique le mot vénérable appliqué à ce moyens. comte de Cesy dont Peiresc a déjà parlé avec

Il est inutile de faire remarquer combien une juste sévérité.

[1635] AUX FIIÙIIES DUPUV. 367

Les curieux se vaiileul d’avoir bien observé les poiiicts priucipauK de l’eclipse^ à ce malin.

V MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-S VULVEUR DU PUY

À PAHIS.

Monsieur,

J’ay receu avec vostre lettre du 2 A du passé celte belle harangue de Barlæus de anima ces petites pièces de Zuerius^ avec scs emblesnies% ce discours du sieur Marka^, les vers de Tilmanus Ripontinus'^, et le petit libvre de M*" Baudier sur la vie de nostre grainl Bornée de \ illeneufve, et sa lettre à laquelle j’ay enfin faict la responce que je vous supplie luy faire rendre avec mes excuses et pardons s’il vous plaid de tant de retardement de mon debvoir que je ne debvroys pas obtenir si ce n’est vostre intercession qui me le puisse extor(pier. Vous pourrez voir le malheur qu’il y a eu enfin pour comble des précédants, en la mort du baron de Vance, et en l’absence d’un advocat (pii estoit

* Éclipse de lune dont il est question dans la Fie de Gassendi, par Bougerel (p. i65), dans les Documents inédits sur Gassendi (p. 16), etc.

^ Cette harangue n’est citée ni par les biographes ni par les bibliographes.

’ Marc Zuerius Boxborn , né à Berg-op- Zoom en 1612, mourut en i653 à Leyde; il était professeur à l’université de cette ville.

‘ Emblematapolitica {Amsterdam, i635, in- 12).

* S’agit-il là de Pierre de Marca (né h Pau en janvier 1694, mort à Paris en juin 1622), lequel, après avoir été présidentdu parlementde Navarre , puis conseiller d’État , devint évéque de Conserans, visiteur général et intendant de la Catalogne, arche-

vêque de Toidouse, ministre d’iitat et enfin archevêque de Paris? S’il est ici question, comme il le semble bien, de ce docte personnage, je me demande si le discours mentionné par Peiresc n’est pas resté manuscrit, ■le ne vois aucun ouvrage ou opuscule de Marca imprimé avant Yllistoire de Béarn (i64o).

® Monumentum eucharisticon Ludovico Justo, Franciæ et Navairœ rcgi Chrislianissimo, ereclum , pro sohita obsidtone vrbts arcisque Bipontinw , xxix Juin mdcvxxÿ. Un exemplaire de ce poème de Tileman Stella sur le siège et la prise de la ville et de la citadelle de Deux-Ponts est conservé h la Bibliothèque nationale.

{oui son conseil et qui a manié louts ses papiers lorsqu’un genlilliomme (le la maison s’y estoit acheminé pour l’amour de nioy, afin de tirer la responce de mes lettres et des instructions de ce que nous demandions. Mais j’ay depuis taict une bien plus ample recharge, non seulement à la veulVe et à un sien frere qui la gouverne fort, mais aux freres du delTunct, et leur ay envoyé le livre de M^' Baudier pour leur faire voir coiiime la chose presse et l’interest qu’ils ont de faire rendre le surnom de \dlleneufve à ce grand liomme, et son extraction trcz illustre quoy ([ui en eust esté creu ou dict durant le temps qu’il vouloit estre iiicogneu.

J’ay grand regretque celte édition ayt esté ainsin précipitée, et vouldrois bien qu’elle fusse supprimable, et que les fraiz n’en fussent pas trop considérables, vous suppliant de vous en iid'ormer du libraire, car ainsin que le livre se trouve il ne sera pas de grand débit, et s’il se publie il desgoustera en quelque façon les lecteurs et decreditera par anlici])ation ce (pii s'en ])ourroit dire de mieux en une aultre édition, quelque precaultion qu’on y en puisse alfecter en leste. Plus lost, à faulte d’aultre remede, il fauldroit adjouster en cette édition un aultre adveiTissement au lecteur, et promesse d’une seconde édition plus circonstanciée et accompagnée des chartes et preuves authentiques tirées des ai'chives du Boy et de celles des Barons de Vance de la maison de Villeneulve descendue de luy. Vous verrez si M*' Baudier pourra entendre à aulcun de cez expédiants.

Gez volumes de VB de Fresnes Gannaye ^ seront excellents quoy qui en puisse arriver, je ne puis que vous remercier de la continuation de voz seings. Et vous supplie de ne pas vouloir prendre en mauvaise part ce (pie j’avoys escript à mon frere des antiquitez de Nismes^ et du

‘ Los volumes de Pliilippe Canaye, sieur de Fi'esiies, ne devaient par ailrequ’en 1045 [Lettres et ambassades, 3 vol. in-fol.).

On lie trouve ni dans la Bibliothèque hisloriqtie de la France, ni dans le Catalogue de la Bibliothèque nationale ( Histoire de France ) ,

aucun ouvrage relatif aux antiquités de Nîmes qui ait paru en i635 et même dans toute la première moitié du xvii' siècle. Mais, comme m'en avertit un des membres les jilus distingués de l’Académie de Nîmes, xM. Geoi’ges Maurin , il s’agit là d’un manu-

AUX F H U Ri' S DU PU Y.

concile de Fra Paolo, car je sçay f|ue |)ar Toys il v a de cez Irippiers qui porteront pins tosl des livres à nn passant qn’à des gents de la ville, pour des considérations assez conininnenicnt imaginables. El ])nis si mon frere vous pouvoit descliarger de (|uel(pie partie de voz soings tandis qu’il se trouve si prez de vous, ne fault il pas advoüer (ju’il y seroit tenu et moy de l’y employer, quoycjue vostre trop excessive Iioniiesteté vous fasse interpréter au contraire de noz voeux.

J’oubliay l’aultre ordinaire de vous advcrtir que de (iuibbeville a receu vostre pacquet et tout le contenu, en ayant eu responce de luy niesme. Quant à Monsieur Groltius, je vouldroys bien avoir assez de crédit à Florence pour obtenir la coppie du libvre de Porplivre manuscrit^; mais vous sçavez comme cez gentz là sont jaloux de ce ([u’ils ont, et que le Pape du jonrd’liuy estant encore cardinal y perdit son crédit pour la cop])ie des Ephesiaques de Xenopbon'^. Toutefoys il ne tiendra pas à moy qu’il n’aye tout contentement, et en cscriray au sieur Doni, sans luy demander pour le commancement sinon le prejnier chappittre ou article du libvre, pour ne nous en faire exclurre d’abbord, comme nous lisines par la négative d’avoir le ])recedant. Et s’il y a moyen d’apprendre (juclque chose de plus, quand ce ne seroit que la qualité du volume, j’y feray tout ce que je pourray ])Our en

scrit d’Anne de Rnlman , inanusci il conservé à la bibliothèque de celte ville (fonds d’Anbais, n” i383). 11 fut annoncé au public par un prospectus intitulé : Vlan général des oeuvres mêlées d’Anne (sic) de Rnlman, conseiller du Roy et assesseur criminel de la grande Presvoté de Languedoc. Inventaire particulier des épitaphes et inscriptions romaines qui ont esté trouvées dans les mazures de r ancien Nismes (à Nismes, par Pierre Gilles, iG3o, in-i” de ho pages). Le grand manuscrit de Ruinian, celui que visait Pciresc, est intitulé : Récit des anciens monuments qui paroissent encore dans la première et seconde Narbonoise , etc. Ce recueil a été utilisé par

Ménard pour son excellente Histoire de Nimes.

' La plupaii des écrits du philosophe ni'oplalonicien ne nous sont |ias parvenus, ou ne nous sont parvenus (princomplèteinent. Pciresc, qui mentionne le manuscrit de Florence, savait-il (pie la bibliothèque du \atican en possédait un autre?

^ On ne sait rien de rauteur des Ephesiaques ou amours d’Abrocomc et d’Anthia; quelques critiques ont pensé cpie Xénopbon est plutôt le pseuîlonyme que le nom du romancier inconnu. Savait-on la jolie anecdote contée par l’eiresc, et qui nous montre le futur Urbain VIll cherchant en vain à obtenir copie des Ephésiaques?

Uq

xatioxall.

LKTTHES DE PEIUESC

tirer pied ou aisle, sans laisser cognoistre pour qui cest. Ne vous pouvant dissimuler que je suis bien marry de n’avoir preveu que dans les appendices du libvre de Nb Grottius, il peusse avoir des choses subjectes à sinistre interprétation delà les monts. Car je l’anroys sans doubte supprimé, pour ne pas desroger au restant qui eust esté sans doubte trez agréable. Mais la grande commodité de l’arrivée de cette piece sur le poinct que je fermoys l’enveloppe d’Italie me tenta, et la haste de l’ordinaire ne me permit pas d’y regarder de plus prez à mon trez grand regret, oultre que je n’avois rien pour lors qui vaille à faire passer les monts sans cela. Il lault prendre patiance et voir ce qu’ilz en diront tost ou tard.

Cependant j’ay bien de l’obligation à M"" Grotius de l’honneur qu’il m'a voulu faire d’un exemplaire de son livre, et ne manqueray pas de l’en remercier, mais je ne le sçauroys à cette heure non plus que de m’ac([uitter de ce que je pensoys rendre à M*’ du Mesnil Aubery, au 11. P. Gampanella et au bon P. Mercene. Mais il fault de nécessité qu’il demeure tousjours quelque chose en arriéré, mes foibles forces ne pouvants fournir à tout, ne bien souvant à la moitié de ce que je debvroys et que je desireroys, ce pauvre M"' de Saulmaise estant encore en arréragé, et Dieu sçaict combien de choses j’ay à luy dire et de bien pressantes, mesmes pour avoir ce qu’il m’a offert de sa grâce des collations du Syncellus manuscrit sur l’édition des passages qu’en avoit iiré feu M‘' de l’Escalle b et je crains qu’il ne vienne saus songer à les emporter quant et luy. Tant est que le nouveau exemplaire des tragédies de M"" Grotius fera passer delà les monts le second que vous m’avez envoyé, mais j’y apporteray les precaultions que je pourray en le faisant relier, et lascheray de prier quelqu’un de le subroger au ])remier et d’en soubstraire ce qu’il fault avant que d’envoyer l’aultre au cardinal de Bagui. Possible auront-ils eu trop d’affaires pour y jetter si tost les ieulx, ce que je vouldroys bien; j’en prieray M*’ de Fontenay

Jo?e|)li Scaiiger tira fort grand parti de Georges le Synceile dans son édition dç la Glironûjiie d'Eiisèbe (1609).

[1635] AUX FRÈRES DURUV.

Bouchaj'd. Au reste nous n’avons aulciines nouvelles de ce |)ais icy grâces a Dieu si ce n’est que nous vouldrions bien (|ii’on nous dcscliargeasl des trouppes non necessaires et (|ui ])ouri‘oienl mieux servir ailleurs. El sur ce je finis demeurant,

Monsieur,

vostrc Irez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce U septembre i635.

Si mon IVere est en cour, je vous recommande les lettres de M'' Aguillenqui et les aultres y joinctes; sinon il vous en deschargera b

\ MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULYEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

La lettre que je viens d’escrire à M'' de Saulmaise et celle que j ay deub adjouster à M‘‘ Golius m’ont emporté tout le temps (jue j avoys peu desrober cette aprez disnée; encores n’ay je peu satisfaire à ce que YP Saulmaise me demande concernant les armes ou fers des lances et javelots des anciens, dont j’avoys appresté prou de cliosettes, mais les aultres cliefs de sa derniere lettre <|ui sembloient plus pressants m’avoient desja faict estandre un peu trop avant pour ce coup. Le reste ayant besoing d’une feudle à part dont je tasclieray de m ac(|uitter ])ar le prochain Dieu aydant, et vouldroys bien (pie mes lettres le trouvassent arrivé à Paris, vous suppliant de m ayder a obtenir de luj ce tpi’il m’a olîert des corrections du texte du Syncellus sur 1 édition de M‘- délia Scala, conférée au manuscrit de la Bibliollie(|ue du Boy, craignant qu’il n’ayt oublié de l’apporter quant et luy, s’il est arrivé ;i

■ Vol. 718, fol. t86.

LETTRES DE PEIRESG [1635]

Paris, ou paiTy de Hollande avant la réception de cette mienne despesclie. Je vous renvoyé la lettre de M’’ de Thon que j’ay esté infiniment aise de voir, ne l’ayant montrée cà persone du monde. Combien que l’affaire dont vous me ])arliez doibl avoir esté esventée de par delà, car il y a prez de i5 jours qn’un genlilliomme fort qualifié me dict avoir advis que cet enqiloy avoit le bouquet sur l’oreille ', et que àP de Tbou avoit changé d’advis, dont je fus merveilleusement aise et bien consolé, car vous sçavez le regret que j’y avoys tousjours eu. ,Te n’ay poinct oublié ce que M’’ Valoys a désiré de moy, et luy respondray par le prochain Dieu aydant, marry de ne le pouvoir faire à cette heure, et de n’avoir peu escrire à Rome plus tost que par le dernier ordinaire qui ne partit d’icy que vendredy passé, ayant esté retardé de huictaine. Mais j’avoys escript à M" Petit pour une aultre chose (lu’il vouloit, lequel me mande qu’il est aprez à luy donner contentement, et possible le pourroys je avoir à temps pour le prochain oi'dinaire, ce ([ue je desireroys bien. Sur i|Uoy je fmiray avec vostre permission, le courrier venant m’annoncer luy mesmes présentement qu’il veult aller monter à cbeval, et demeure tousjours,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce M spplcnibre i6.3d\

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAUL VEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

J ay receu avec la vostre du tout plein de curieuses pièces du

‘ Expression tirée (ie l’usage de inellre lin houquel sur ta tête de certains animaux pour indiijuer qu’ils sont à vendre. Eillré a cité, au sujet de celte locution, un seul écri-

vain qui est du xvi' siècle, Jacques Yver, l’auteur du Pnutempa.

^ Vol. 718, fol. i8().

AUX FiUiUKS DUPUV.

temps dont je vous rends (p'aces trez humbles, et de tant de curieuses nouvelles, dont il vous plaict nous faire part, bien marry «pie nous ayons maintenant plus de matière de revanche «[ue nous ne vouldi ions. L’armée navale, depuis que le Duc de Fernandine^ y est arrivé, estant reveniie pour la troisiesme foys, et ayant attaqué les isles de Lerins et

Marguerite qui n’avoient pas de quoy leur résister, et avants esté prinses, avant qu’on y ayt peu accourir, Lelio Brancacio avant signé la ca])itulation de Marguerite vies et bagues sauves avec les armes, ils vindrent tirer quelques volées de canon à Canes en terre ferme, sans faire aullre effort, et M*' le Maresclial y estant arrivé le troisiesme jour, je croys bien qu’ils n’auront pas sceii faire de progrez en terre ferme. Cependant Dieu sçaict quand nous les pourrons voir desnichez de là sans une puissante (lotte qui n’est pas preste à venir, et nous voilà maintenant exposez aux ravages de ceux qu’il fauldra pour la deffence du pais, qui sont pires que les ennemys mesmes la ])lus part du temps, tant il y a peu de discipline.

Je suis infiniment aise que M*" de Tbou se soit desgagé ^ d’une si fascheuse entreprinse ^ et le vouldroys bien voir hors de l’aultre*, et de retour chez luy. Pour vostre commande, il n’importe de «[uelle façon «pi’elle succédé pourveu que vous Payiez. Ces gents là ont tant de divertissements qu’ils ne savent bonnement à quoy pourvoii* et à quoy non. J’avoys faict instance deux ans y a pour le restablisscment d’une pension d’un evesque maronite et en avoys perdu l’esperance, touts ceux (|ui en avoient faict instance pour l’amour de moy s’estants lassez, et quand je ne songeoys rien moings qu’à cela, j’ay apprins par des lettres du Liban que l’affaire estoit faicte et passée et «[u’on avoit oublié les noms des ])Oursuyvants, pour avoir la procuration de l’impétrant, qui en a envové une nouvelle, et m’en a remercié, «[uand je pensoys qu’il n’y fallust ])lus penser. Je m’attends «ju’il vous arrivera «pielque

‘ (î.nrcias (lo Tolède, duc «le Fernnndina, ’ Ue voyage à Conslanlinojilc.

général des galères, niciilionné par lias- * Ua guerre contre les Im[)(Tiaux eu

sonipierre i^Mcmoives , (. 11, p. 27!) ). Alsace.

* Peiresc a écrit desgiiéffé.

chose de semblable quand vous ri’y penserez plus. D’un aultre costé l’Ambassadeur avoit faict instance au nom du Roy pour une grâce d’un cbevallier de Malte et en avoit présenté la supplique au Pape, où il s’estoit rencontré mille dillicultez. L’on avoit voulu que j’en escri- \isse, et lut donné un aultre memorial en mesme temps que ma lettre au cardinal Rarberin, qui fut signé sans qu’on sceut le nom du cbevallier, que l’on m’a envoyé demander icy, tandis que les officiers de la chancellerie se battoient sur la perche à cheviller^ sur le memorial de M*' l’Ambassadeur, et l’alfaire s’est faicte d’ailleurs à la confusion de cez officiers qui se trouvèrent bien escornez^. Donnez vous patiance, je vous supplie, et espérez tousjours bien. Au reste j’avoys escript à M‘' de Saumaise aprez le partement du dernier ordinaire un supplément plus grand quasi (|ue la première lettre, et y pensoys joindre tout plein de petits desseins qui pouvoient servir à la preuve de mon dire, mais avec cez fascheux divertissements, je ne sçay si je pourray chevir des peintres qui les avoient entreprins, ne de moy mesmes. Si quelque chose demeure en arriéré, il fauldra la remettre au prochain Dieu aydant. 11 nous fault aller à une assemblée des chambres extraordinaire sur les occurrances présentes qui m’excuseront s’il vous plaict si j’abbrege, estant tousjours de tout mon cœur.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce i8 septembre i6,35.

J ay receu une lettre de M*’ A'Iazzarin du i 9 juillet depuis deux jours seulement, où il m’accuse la réception d’un exemplaire de la Roma Sotterranea, et me dict qu’il Ta présenté à TEminentissime cardinal Duc^,

‘ Nous avons trouvé un peu plus haut la locution se battre sur la perche. Ici la locution est complétée par un mot cjui nous rappelle les bâtons transversaux d’un perchoii'.

^ Du mot escorne, atteinte, dommage, mot que nous avons déjà rencontré dans le tome I, p. 290.

^ Richelieu.

AUX FRÈRES ÜUPUY. 375

sans me rien dire de l’aultre second exemjilaire (jiie je pensoys devoir estre du P. Sirmond. Mais je m’eslonne ([ii’d ne Paye encore receu et vouldroys bien qu’on en peust soubs main tirer (pielque chose de • [uelqu’un des siens, car à faulte d’aultre je luy envoyeroys plus tost le mien trez volonliers pour ne pas laisser perdre l’occasion de tirer de cet homme là les belles notices et observations qu’il fournira sans doubte sur cette matière où peu d’aultres auroient les mesmes habitudes et advantages que luy. J’en attendray vostre advis pour le faire de bon cœur.

Excusez, je vous supplie. Monsieur, l’adresse de tant de lettres pour mon frere dont j’ay delïaict l’enveloppe à cause ipi’il estoil trop court et tro]) rond pour l’accommoder à celuy de M‘' de SaumaiseU

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur,

Avant que respondre à vostre despesche du i A™- arrivée lort bien conditionnée avec tout ce (|ui l’accompagnoit, je ne vous doibs pas celer ([lie par l’ordinaire de Rome venu depuis mercredy, je receus une longue lettre toute de la main du cardinal Barberin sur divers chels où il escheoit responce, la([uelle attendant je vous ay faict extraire les paroles concernant vostre commande sui‘ les([uelles il ne me laisse gueres de repli([ue à luy faire si ce n’est pour en accuser la surabondance des scrupules de son confesseur, ou aultres de son conseil de consciance, dont il fauldra encore que je me descliarge le cœur dans huict ou dix jours que l’ordinaire passera. Aprez ([uoy, si vostre aultre voye ne reuscit, je suis d’advis de tentei* celle des vallets de chambre, qui bien souvent jiour un pot de vin tout passer de bien ])lus ditli-

* Vol. 718, loi. 190. — ^ Lillré, au sujet de la locution pot-de-vin, ne cite que de^ écrivains posléiieurs à Peiresc, Dancourt, tiautoioche, tte^jnard.

LETTRES DE PEIRHSC

ciles alFaires que celle là. Et quoy qu’il eu ])uisse arriver, je ne suis pas d’advis ([ue vous rabandonniez , sçaichant que le temps vient à bout de toutes choses, lors bien souvent qu’on s’y attendroit le moings. Estant bien fasclié que mon crédit, qui sembloit avoir peu quelque chose de plus dilîicile, nous ayt manqué au besoing, et là où je trouvoys tant de facilité, ce que j’attribue à un grand malleur pour moy. Et si je sçavoys particulièrement le nom de son confesseur, je me donneroys possible la liberté de luy en escrire bien franchement, et en termes que s’il ne les entendoit il luy fauldroit bien contrefaire le sourd. Pour donques revenir à vostre lettre, j’ay esté ravy de voir que àP Baudier n’aye peu retenir son livret. La vefve du pauvre baron de Vance ^ m’a envoyé des extraicts de deux ou troys pièces bien considérables, entr’ aultres du testament de ce Bornée de Villeneufve^, d’une lettre du Grand Maistre des chevalliers de Terre sainte pour son passage d’oultre mer, de la quittance de son administration, et de quel- <jues mémoires de l’infeudation des terres à luy données partie en engagement, pai-tie en don par le conte Raymond Berengier^, avec quoy sou livre poiivoit bien acquérir aultre creance, y joignant les anltres particnlaritez ja touchées et aultres que je pensoys luy envoyer maintenant, mais puisque la chose n’est plus en son entier, et qu’il fault attendre une seconde édition et consequament que la première soit vendüe, il y aura du temps assez; aussy bien n’ay je pas eu loisir de

‘ Sci{)ion de Villeneuve, nioi-t, connue rindi(jue cette phrase, vers ta lin de l’été de 1 635 , avait épousé en premières noces Gabrielle d’Astonaud, et en secondes noces (iSg/i) Marguerite de Villeneuve, fdle de Claude, marquis de Trans, et de Jeanne de Pontevès-Corces. Il ne laissa pas de postérité.

^ On voit ((ue les auteurs de l’M/'t do vérifier les dates [Chronologie historique des comtes de Provence, édition de i8i8, I.XI, p. ^09) ont eu tort de dire que ce testament, (ait en l’année 1280, était conservé

dans les archives de l’évéché de Vence. La Bibliothèque nationale, collection Dupuy, vol. (iSy, loi. 94, possède une copie du testament de Roulée de Villeneuve faite en iG36 à la demande de Peiresc. Le document a été publié dans la Revue des sociétés savantes, 3' série, f. tlt , i864, p. 5o.

^ Les auteurs de l’ilrt de vérifier les dates rappellent (/. cû.) que le comte de Provence récompensa magniliqueinent les services de Bornée de Villeneuve, en lui donnant la ville de Vence et plusieurs châteaux dans les 1erritoires de Grasse et de Nice.

[1635] AUX FRÙIIES DUIHIY.

respondre à celle bonne dame el à ses IVeres el beaux freres, dont je joindray par aprez les letlres originelles aux exl raids sus dits en les envoyant à Handier, lors(|ne je leur anray faict responcc.

Je ne inanqueray pas de servir Ab Grotliiis en la descouverte de ce manuscrit s’il m’est possible, et en pensoys avoir rcnconti’é une assez bonne occasion ces jours ])assez que nous eusmes icy deux «jenlils hommes florentins neveux de deux cardinaulx Ga[)poni ’ et Corzini-, que nous avions un peu gouvernez. Alais s’estant l’un trouve un j)eu mal, les lit partir en desordre un jour plus tost que le ferme ])rins el me fitescliapper l’occasion que je pensoys tenir en main fort à soubaict, car c’esloient gents bien accréditiez, et si curieux (ju’ils revenoient de voir quasi toute l’Europe; j’en ay eu une grande mortification, attendu que beaucoup de choses se peuvent dire sur ce subject qui sont troj) longues à cscrire, et subjeefes à interprétation toute aulfre que celle (|u’oii y peult donner en parlant. Alais si je puis lier ou reprendre (pielque commerce avec eux, j’estime qu’ils ne s’en acquitteront pas moings bien que le sieur Dony qui, n’estant sur les lieux, a besoing de genis interposez, et j’appreliende principalement en cela de mettre la chose en l'eputation en la faisant demander, tant le monde y est jaloux et soubçonneux. Pour AP de Saulmaise, puis qu’il tarde tant de conqiaroistre, je dirainiie bien le regret que j’avoys de ne luy avoir envoyé plus tost le vocabulaire Gophte, ayant trouvé l’invention de le faire transcrire que bien que mal, de sorte que le danger et le regret ne seroit pas si grand, s’il fault faire passer la mer à mon original, estant desjà plus de la moitié faict, ce que je n’avoys pas es])eré quel([ue temps y a.

Au surplus je suis bien redevable à AP de Thou de l’honneur de son souvenir et de l’excez de bienveillance qui a extorqué de luy une si

‘ Louis Gapponi, archev(k|ue de Itavenne, cardinal en iGo8, mort en iGSg.

^ Peiresc ne se trompait-il pas? Je ne trouve aucun cardinal du nom de Gorsini dans les listes de la seconde moitid du

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