‹ Lettres de Peiresc (volume 2)Chapitre 39 sur 75 · II 637 J · texte numérisé non relu

II 637 J

à la vérité si mon nom est cappable de contenir cez gents là, puis (ju’ils vouloient signer la (juittance sur ma simple parole de faire compter l’argent. Mais il vous aura monstré la dilïiculté qu’on y a faicte de pardeça, dont je luy adressay l’advis par le dernier oï dinaire n’ayant pas encore la responce de de Valerne sur cette cession, el j’y vouloys envoyer un laquay exprez pour la prendre, mais j’attendray celle de M*' de Guibbeville, puisque je voys par sa derniere qu’il n’approuve pas la renonciation minutée par M"" de Valerne et qu’il inciste à son transport, auquel cas il fauldra changer de persone, ou y prendre quelque aultre expédiant, que j’en accepte la cession comme amy commun, pour en faire quittance en mesme temps à l’aultie partye sans me charger de l’action criminelle et capitale. Je suis conslraint de clorre et de remettre les nouvelles à M'' de Lomenie, demeurant, Monsieur,

vüstie trez humble et liez obéissant serviteur, DE Peiresg.

A Aix, ce 19, may 1G37.

L’on m’a dict que M*' de Bassompierre avo t eu 3 ou /i vieillards vénérables à sa suitte 20 ans y a, dont l’un portoit pendu à sa ceinture par une chaîne d’argent une couppe du crâne de la teste de son pere. Je vouldroys bien que quelque curieux de ceux qui peuvent hanter dans la Bastille' s’en allast informer de sa bouche poursçavoir le nom du personage,sa naisçance et la maniéré de vivre de son pais, voir si c’estoit un capprice particulier de l’homme ou quelque traditive abusive delà nation, car cela pourroit bien avoir sa source dans les plus anciennes origines gauloises. Il en fauldroit faire venir l’envie à du xMouslier d’aller faii e cette perquisition , ou à quelque aultre plus patiant d’en rédiger la relation par escripfU

‘ On sait que le maréchal de Bassompierre était à la Bastille depuis le 95 février i63i et qu’il n’en sortit que le 19 janvier 1 643. Il allait y être rejoint (octobre

1637) par le maréchal de Vitry qui hn aussi fut l’clàché après la mort de Bichelieu et en même temps que Bassompierre.

Vol. 718, fol. 878.

À MONSIELR, MONSIEUR DE SAINÏ-SAÜLVEÜR DU PUY,

À PARIS

Monsieur,

Avec la vostre du viii nous avons eu le bien de voir celles de Rome, dont je vous remercie Irez humblement comme de toutes les aultres belles notices que nous avons de vostre favorable main quasi incessament. L’esperance que nous vous donnions de noz Isles n’a pas mal secondé noz vœux, comme vous aurez sceu longtemps avant l’arrivée de cet ordinaire. Ceux de 8“" Marguerite en estants sortis dez le mardy 1 2'"® selon leur capitulation, et ceux de S* Honorât le vendredy suyvant, aprez avoir souffert une rude batterie le mecredy, et la descente le jeudy, aprez laquelle ils capitulèrent dez le soir mesmes, et M" le duc d’Alluin y arriva le lendemain encor à temps pour voir l’embarquement des restes des ennemys. C’est possible une bonne fortune à M‘ Godefroy de n’avoir pas faict le voyage de Hambourg, car si certains advis d’Allemagne sont véritables (pie le Bannier * eust envoyé une persone qualifiée à Vienne avec 7,000 richdalles pour son voyage, et que le Présidant Rosa ayt eu des conferances avec des députez des Estats de Hollande, les Angloys faisants encore les renclierys sans rattifier nostre derniere alliance, je crains bien quelque aultre défection contre nous, d’envie et de jalousie de nostre giandeur et prospérité, et que nostre conqueste des Isles ne fasse reculer plusieurs de ceux qui accouroient à nostre secours et adsistance, tant le monde est mal intentionné en noz jours, au prix des siècles passez. Et la difliculté formée par M*" le mareschal d’Estrée à Rome de recognoistre le Roy de Hongrie pour Empereur, nous peult bien faire voir combien loing nous sommes d’entrer en traicté à Cologne pour une paix generale. Je

' Nom vulgaire du l’eld-uiaréchal suédois Jean Guslavson Baner. né en iScjS, mort en 16/11.

suis bien mortifié de ce que vous me mandez que les Diinkerkoys ont prins une seconde foys le vaisseau des Hollandoys qui portoil leurs despesclies ordinaires. Je ne sçauroys assez admirer qu’ils ayent tant de navires pour aller poursuyvre les Espagnols jusques au fonds des Indes orientales et occidentales, sans pouvoir se rendre maistres d’un si petit trajet de mer et d’un si petit nombre de pyrates leurs voisins. Une relation qu’on m’a faict voir portoit que les Dunkerkoys estoient allez au Nord, et que les Hollandoys les y poiirsuyvoient ; j’aymeroys bien mieux que ce fust bien loing de nous qu’ils exerçassent leur pyraterie que sur le grand traject de France où ils nous peuvent soubstraire noz pauvres innocentes despescbes et livres curieux, craignant bien qu’il ne s’en soit perdu quelqu’un dont le sieur Golius m’avoit faict feste, sur les deux navires surprinsdes Dunkerkoys, et me tardera que vous ayiez des lettres postérieures de M'' de Saumaise pour en estre esclaircy. Je n’ay sceu prendre le loisir d’esciire à AF de Saumaise tant j’ay esté accablé cez jours cy, pour accompagner les rolles des Tactiques du Vatican, de la Palatine et de la Barberine, mais je n’ay pas laissé d’y demander ce que j’ay peu juger de son goust. Les mesmes embarras ne m’ont.nom plus permis de rescrire à AF Bignon, ne consequament à AF Tristan, encores que je luy aye envoyé soubs vostre adresse un exemplaire du libvre du bon P. Kircser ^ de sorte qu’il me pourra bien pardonner de sa grâce comme je l’en supplie et conjure, et comme j’en supplieray AF Hozier^ puisqu’il s’en vient. Ce qu’ils désirent de moy ne consistant pas en simples compliments, qui satisferoient bien mal à ce que je leur doibs, et qu’ils désirent de moy. Je vouldrois leur complairre et contribüer à leur curiosité chose qui en peusse estre digne. Alais la recherche des papiers et mémoires et des antiques dans la confusion qu’on y a mis en mon absance est plus difficile que je ne le vous sçauroys exprimer; j’avoys commancé souvent d’y mettre quelque ordre, mais ça esté en vain, à mon grand

' ici.

Le Prodromus coptus publié l’année précédente et dont il a été si souvent question — ^ Le généalogiste Pierre d’Hozier déjà mentionné.

IMPRIMCniE RATIONALE.

regret, iTayaiit peu continüer. Cependant je vous suis bien redevable et vous remercie trez humblement du soing et des bons otlices que vous avez daigné me rendre auprez d’eux.

Vous verrez les nouvelles en la lettre de M'’ de Lomenie; je n’y adjousteray rien de plus si ce n’est que Messieurs les Présidants de la Cour et M"" le Doyen s’estants trouvez indisposez et n’ayants pas eu courage de faire le tour de la procession generale, il fallut que j’en fisse la fonction, nonobstant qu’il y eust un Présidant des Enquestes postérieur à moyen réception, mais qui avoit gaigné la préséance sur moy, aprez quelques années de service, lequel ayma mieux se retirer que ceder, comme il luy eust fallu faire non seulement à moy, mais à touts ceux qui estaient aprez moy dans la grande chambre ou dans la Tournelle, un aultre conseiller plus ancien que moy, qui s’est desmis de l’exercice de sa charge, ayant mieux ayrné me ceder que de manquer d’assister à une procession où nous avions tant de subject de rendre grâces à Dieu de cette victoire ou conqueste qui nous estait de si grande importance b Je ne me trouvay poinct incommodé à toute cette grande courvée parce qu’il faisait un petit vent fraiz qui m’empescha d’avoir cliault. Mais la nuict je fus attaint d’un peu de cholique renale, qui m’avoit faict attendre à l’accouchement de quelque pierre d’un aultre costé que celuy de l’année passée, sans que je Paye peu sentir mouvoir de place pour entrer dans la vessie. Et toutefoys la douleur est cessée grâces à Dieu et j’ay inesperement trouvé assez de temps pour vous remercier de l’honneur de vostre souvenir, ce que je ne pensoys pas à ce matin pouvoir faire de cet ordinaire, ce qui me servira s’il vous plaict, Monsieur, de légitimé excuse envers M*’ Luillier et aultres de

‘ P.-J. de Hailze {Histoire de la ville d’ Aix , publiée dans la Revue sextienne) dit : rrDeux jours après [ta reprise des îles] on en rendit dans Aix de publiques actions de grâces à Dieu, de qui tout bien procède. Cela fut fait par une solennelle procession généi’ale, où l’on donna tous les témoignages d’une sainte réjouissance. . . n L’historien ajoute

dans le chapitre suivant, lequel est intitulé: Mort du célèbre et savant Peiresc, les délices des gens de lettres , pleuré par toute la terre pour ainsi dire : «A celte joie succéda un grand sujet de tristesse par la perte que la ville fit d’un de ses plus fameux babitans, dont la réputation la faisoit connaître par toute la terre, etc.M

i037] AUX FRÈRES 1>UREY.

noz bons seigneurs et auiys auxquels je me promelloys d’escrire sans cette incommodité. Sur quoy je fiais et demeure,

vostre trez liumble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 19 tnay 1687.

Puis que nous n’avons peu vous envoyer de bien exacte et fidele relation de ce qui s’est passé aux Isles, tandis que les nouvelles en eussent esté plus fraisches et de meilleui'e grâce, nous tascherons d’en avoir de tant plus amples de touts ceux qui en reviendront comme nous en avons desja quelques unes ^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PUV

À PARIS

Monsieur,

Avec vostre lettre du 1 5 j’ay receu les 3 de M^ de Saumaise escriptes à vous et une pour nioy concernant un gros volume Grec de tactiques descouvert en la Bibliothèque Medicée, entre lesquels est l’Urbicius entier en 12 libvres, dont il est merveilleusement espris. .l’escriray par le prochain ordinaire d’Italie pour tenter s’il s'eu pourra obtenir coppie, pour une si bonne occasion. Je ne luy sçauroys à cette heure faire de responce à luy à mon trez grand regret, vous luy en ferez mes excuses s’il vous plaict pour l’amour de moy si luy escrivez plus tost. J’ay enfin accouché d’une petite pierre de l’uretoire gauche, qui m’a incommodé quasi toute la semaine, mais grâces à Dieu j’en suis quitte à bon marché, il me reste encore quelque chosette au costé droict, et ay esprouvé des remedes innocents fort souverains, pour ne

Vol. 718, fol. 38o.

me pas violenter et temperer la douleur qui est le principal en cez maux, pour un corps l'oible et chettif comme le mien.

J’ay prévenu vostre demande du Porphyre^; car je vous en ay envoyé deux plus de i 5 jours y a, par mullets, dans un fagot de livres de Piome , et ay advis de Lyon de l’arrivée chez M"" de Rossy et qu’il l’envoyoit le lendemain avec des caisses pour mon frere, par le rouiller par eau. 11 y en a l’un pour vous, Monsieur, et l’aultre pour M" Deodati qui l’avoit demandé pour M*" Elzevir. Je ne pense pas que l’édition en ayt esté supprimée comme cez Messieurs de Hollande croyoient, mais ayant esté faicte aux despens du cardinal^, je pense que les exemplaires en sont dans son palais, et que les libraires ayment mieux n’en pas vendre quand on leur en demande que de les faire débiter pour aultruy. Des epistres socratiques j’en envoyay l’un à M"" de Maussac par le sieur de Jonquieres, frere du baron de Gaulvisson Nogaret, qui estoit fort de ses amys, et gouverne paisiblement M*' le duc d’Alluin. J’en envoyay un aultre au R. P. D. du Puy , et le ni“® nous est demeuré , mais il a desja couru en plusieurs diverses mains de noz curieux qui participent à l’obligation que je vous en avoys desja. A ceste heure que vous nous laissez un peu plus en liberté pour la forme des contracts de M" de Guibbeville, nous tascherons d’en sortir pour une bonne foys. Je n’ay pas encor de responce du sieur de Yalerne, s’il vouldroit faire le transport, et n’y ay peu envoyer exprez de noz laqua ys qui ont esté touts malades. Il fauldra voir à ce coup d’y mettre la derniere main. Dieu aydant. Quant à la relation des progrez de la descente en l’une et l’aultre des Isles et de leur reprinse, j’en ay recueilli toutes les instructions que j’ay peu de touts costez, mais je n’ay encores peu rien avoir de bien exacte à mon gré, et celles qui m’avoient esté promises de la meilleure main sont encores en arriéré, mais j’espere de les avoir bientost et aussy tost vous feray part de tout ce que nous aurons de meilleur, m’estant trouvé descheu de tout plein

’ Porpliyrius de vita Pithagorœ , etc. Luc., observationes adjecit (Rome, presses du Va- Holslenius latine vertit, dissevtationem de vila lican, i63o, in-8°). et eciiptts Porphyrii et ad vihm Pithagorœ ^ Fr. Barberini.

(le curieuses particularitez qu’on nous avoit débitées pour bonnes, qui ne se sont pas vérifiées, ce qui me rebutla de continuer d’en dresser une que j’avois entreprinse jusques à ce (jue nous en peussions estre mieux informez. Si fauldra t’il s’en acquitter tost ou tard, pour voslre satisfaction et de M*' de Lomenie, à qui je suis bien aise que la piece de M’’ de Rolian ayt agréé. Mais puisque sa curiosité est encore si vive pour cez belles et recommandables recherches, je m’estonne qu’il ne fit transcripre de bout à aultre ce vieux registre des pièces du Milanoys, que M'’ de Saumaise vous avoit faict prester, car c’eust esté l’un des plus curieux volumes qu’il eust en ses recueils, et à cette heure nous y eussions peu avoir recours, puis que nous n’avons jamais peu y revenir, pour le faire transcrire, comme j’avoys désiré, pour l’amour de cez Messieurs de Genes qui me desesperent sur l’esperance que je leur en avoys donnée, et ce sont ceux qui me font part de cez gazettes italiennes dont vous en aurez quelques unes icy, où vous verrez qu’ils n’ont rien desguisé de la vérité de ce qui estoit de noz progrez dans les Isles et y trouverez des noms du Fort Doria au cap Ragon, et de D. Melchior Borgia qui commandoit les galere^venües au secours et aultres chosettes qui meritoient de n’estre pas ignorées quand il en fauldra dresser la relation; je vouldroys bien rendre ce petit service à cez Messieurs qui m’ont souvent offert la participation de leurs recueils et envoyé tout ce que je leur ay demandé dont vous avez veu les coppies; si je sçavois à qui est ce registre, je me liazarderoys de luy en faire demander la coppie et possible ne l’octroyeroit-il pas mal volontiers, soubs l’asseurance de quelque aultre de son goust. Je vous supplie de me le faire sçavoir. Il ne fault pas qu’il apprebeiide que cez gents icy le fissent imprimer ne divulguer, car ils tiennent en bien plus grande réputation que nous ce qu’ils ont manuscrit et ne le communiquent pas si facilement que nous, si ce n’est à des gents aussy jaloux qu’eux de les tenir rares.

Je. ne vous puis renvoyer encores les papiers de Rouen comme j ay faict ceux de Dijon, mais ce sera par le prochain à ce que m’en a promis M*" le Premier Présidant, qui desire bien de voir les suiltes d(‘

ce c|iii se fera à Dijon, sur le reslablissement d’aulcuns de la compagnie sans les aultres ou les aultres événements ejui y peuvent survenir; vous verrez en la lettre de M*" de Lomenie ce peu que nous sçavons; il n’y a rien depuis l’embarquement des Espagnols de S* Honorât que le parlement de M*" de Bordeaux pour Tollon dez le vendredy 22“®. J’envoyeray à M'" de Saumaise par le messagerie Vegece manuscrit que iVB Fabrot a conféré non inutilement sur l’exemplaire du sieur Ollivier, et demeure,

Monsieur,

vostre Irez bumble et Irez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 96 may i&Sy.

Nous avons icy veu plusieurs feuilles du Théophile de Fabrot qui a esté bien mortifié d’y trouver tant de faultes de l’impression; si l’homme de M*" Aubert qui a transcript le Syncellus et conféré le Theophanes vouloit revoir les dernieres espreuves pour de l’argent, je luy ferois volontiers payer ce qu’on trouveroit raisonable, pour rendre l’édition un peu correcte' à tout le rnoings pour quelques moys, car j’estime que M*" Fabrot pourra s’en aller à Paris dans le moys de juillet, et il y prendra garde de plus prez comme la chose luy touchant^.

CXGIX

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SAULVEUR DU PU Y

A PARIS

Monsieur,

J’ay receu avec la vostre du 22“® du passé les vers de Heinsius sur ia reprinse du fort de Schenk (lesquels sont trez beaux, et dignes de

' On sait que le Théophile d'Annibal Fabrot parut l’année suivante. — ^ Vol. 718, fol. 389.

leur autheur) ensemble quelques aultres du mesme subjeci, qui ne sont pas de mesme veine, mais je vous remercie Irez liumblement des uns et des aultres, ensemble des coppies des lettres que je vous renvoyé, (pii meritoient bien d’estre joinctes aux précédants mémoires, et sel'oithien à propos d’avoir les suittes en son temps principalemeut de ce choix qui avoit esté faict de diverses persones du mesme corps, qui ne l’ont pas accepté ce dict on icy par commun bruict. Il passa deux jours y a par icy un courrier du Nonce qui s’en alloit au devant du nouveau vice-legat Sforza b qui disoit avoir apprius à Lyon l’entrée des AHemans et Comtois dans le bailliage de Gez et le bruslement de quelques bourgs et villages. Si cela s’advance gueres davantage dans le païs , le parlement y pourroit bien faire grande faulte.

Je suis ravy que AL Rigault ayt trouvé un si digne employ à Metz-^ soubs un si digne gouverneur et luy souliaicte le succez conforme à ses vœux et de touts ses meilleurs amys. Je regrette la peine que vous ont donnée cez libvres Samaritains qu’a voit le bon P. Morin, et vous en demande pardon, vous remerciant trez humblement des soings que vous avez daigné prendre de les faire conserver. J’ay receu le catalogue et trouvé qu’avec les quattre volumes rendus en dernier lieu par le P. Morin, tout se peut tenir pour receu, si tant est que le sieur Vitray ayt rendu à mon frere touts les 3 volumes que dict le P. Morin dans son billet, mais il semble ({u’il en pourroit bien estre demeuré l’un en arriéré, car j’ay bien receu de sa part cy devant le dictionaii e Samaritain cotté 6 et l’un des nouveaux testaments Syriaques escript en papier de la cotte E, non pas l’aultre cotté G de plus vieil charactere Syriaque escript en vellin , et me semble qu’on disoit que le sieur Gabriel Sionite l’avoit voulu parcourir, et l’avoit receu de la main du dict sieur Vitray. Et possible y a ,t’il eu équivoque, en ce que mon ifrere me renvoya avec cez deux pièces de Vitray ung troisiesme volume manuscrit du Pentatheuque Samaritain en characteres Arabiques,

‘ Fr(^dëric Sforza, qui fut (ivèque de Rimiiii et de Tivoli, cardinal (iG/i 5) et (jui mourut en iGyf». — ^ L’emploi d’intendant de la province.

LETTIIES DE PEIRESC

lequel j’avoys envoyé pour eu faire suppléer les imperfections du Trilaple en la colonne de la version Arabique, mais si je ne me trompe vous me l’avez faict renvoyer sans que le P. Morin l’eusse veu. J’avois esperé par ce moyen d’avoir de quoy suppléer toutes les delîectuositez de mon Tritaple, d’aultant que le texte hebrak|ue de la première colonne se pouvoit suppléer par le volume cotté A, ou par celuy de

l’Evesque de S‘ Malo^, qui est imprimé, et la troisiesme colonne du Syriaque ou Samaritain du P. Morin, par le volume du sieur Pietro délia Valle. Et s’il y avoit persone cappable d’en transcrire les cahiers qui manquent à mon Tritaple, j’en feroys volontiers la despence avant que ce volume s’en retourne à Rome, d’où il ne sera pas aisé de le retirer jamais. Car le bon P. Morin n’en a voulu prendre que certaines diverses leçons à ce qu’il nous disoit, si je ne me trompe.

Il m’a faict demander des médaillés Puniques que je luy communiqueray volontiers, mais je ne le sçauroys avant noz prochaines vacations, à mon grand regret, estant accablé comme je le suis présentement jusques à la fin de ce moys, que nostre parlement pourra cesseï' et nous donner un peu plus de relasche, dont j’ay bon besoing. Et par mesme moyen, je cbercberay de quoy satisfaire M'' Tristan avec l’ayde de Dieu. Quant aux vieillards du sieur de Bassompierre, vous me permettrez de demeurer dans le désir d’en approfondir la traditive que je cherche jusques à ce qu’il m’apparoisse que ce ne soit qu’un simple capprice de celuy qui affectoit de boire dans le crâne de la teste de son pere, y ayant tant d’aultres vestiges des mœurs des anciens Gauloys dans les coustumes locales du droit mesmes municipal, aussy bien que des abbus et superstitions populaires, qu’il semble pardonnable aux curieux, s’ils en examinent les origines et les progrez, ou les suittes parmy nous, comme parmy les peuples plus barbares où ils en ont conservé la plus part plus scrupuleusement et jusques aux formes des habillements, quoy qu’il n’y ayt rien de si muable parmy toute la cbrestienté , depuis quelques siècles en çà. Il y a beaucoup de choses qui semblent fort

' Achille de Harlay. La durée de son épiscopat fut de quinze années (i632-i646).

subjectes à des capprices parliculiers, qui neantmoings esloient anciennement fort réglées, principalement aux plus vieux temps, qu’il sembloit que l’invention d’y observer des réglés fust tenue en plus de vénération. Que si je m’abuse en cette opinion, comm’ il se pourroit faire, je veux croire que mes amys ne laisront pas de ])ardonner à mes infirmitez aussy bien comme à ma bonne volonté. Je vous en supplie trez humblement, et de ne me tenir pas moins.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, ce 9 juin 1687 '.

GC

À MONSIEUR, MONSIEUR DE SAINT-SA ULVEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

.l’ay esté si diverty tout le jour qu’à peine pourray je vous respondre à voz dernieres du 29 comme je l’eusse désiré. M*" de Nesme^ nostre Théologal vient de partir depuis une heure ou deux au fraiz, mandé par M^ le Cardinal de Lyon son maistre qui a prié Messieurs du chappitre de luy permettre ce voyage. 11 s’est voulu charger de sa grâce de dix pistoles que je vous envoyé pour nostre petit commerce de livres, et d’un exemplaire ployé et battu du Porphyre de AP Holstenius destiné à AP Valoys, que j’avoys oublié par mesgarde lorsque je vous envoyay deux aultres qui sont à cette heure arrivez à Paris, si je ne me trompe, avec un fagot de Dom du Puy et l’exemplaire du Prodromus de AP Tristan^.

J’ay prins grand plaisir de voir sa lettre et les aultres deux, mais je

‘ Vol. 718, fol. 38/1. — ’ Peiresc semble avoir ëcril Nesrac, mais on sait que le nom du thëologal était Nesmc. — ’ C’est-à-dire destiné h M. Tristan.

IMpr.lMCRIB RATIONALC.

LETTRES DE PEIRESG

lie sçay si je les vous pourray renvoyer présentement, car j’avoys envie de les monstrer à IVR Gassend qui n en a encore peu trouver la commodité, auquel cas ce sera par le prochain Dieu aydant.

Ce livre contre l’election du Roy des Romains sera bien digne d’esti e veu en une si haulte matière et loüe bien la modération de l’autlieur lie s’estre voulu abstenir dé son nom, et de s’estre contenté, parmy de si grands employs, d’une profession en mathématique.

J’auroys bien à r’escrire à M’’ Grotius et à M*" de Saumaise, mais je suis trop embarrassé présentement pour m’en pouvoir acquitter, à mon Irez grand regret: je n’ay pas laissé d’escrire en Italie pour TUrbicius et l’Arrianus que desire Ab de Saumaise et en espere bonne issue Dieu aydant et plus pronte que celle de l’Africanus de l’Ambrosienne.

L’on me demande d’Italie le livre des Spectres de Loyer vous me ferez grande faveur de me l’envoyer au plus tost s’il se trouve et le livre de Stella anonyme^, mais pour celuy cy il en fauldroit bien plus d’un, si le prix n’en est pas excessif.

Vous verrez les nouvelles en la lettre de AL de Lomenie et me pardonnerez s’il vous plaict si je tranche; nous sommes en grand soucy de cez croquants La foison des doubles d’Avignon et d’Orange sur le bruict de l’arrest des nioiioyes qui les descrye a failly à rallumer noz

‘ Pierre Leloyer, sieur de la Brosse , na- ([uit à Hiiillé prèsDurlal en Anjou le ai novembre i55o et non i54o , comme le disent Bayle et Ménage, selon la remarque de M. G. Port (Dict. hist. géogr. et biogr. de Maine-et-Loire, t. II, p. ^92); il mourut à Angers à la fin de janvier i634. Le livre demandé par le curieux italien est intitulé dans les deux dernières éditions (Paris, Buon, i6o5 et 1608) : Discours et histoire des Spectres, et dans la première édition 1 Angers, i586) : IV livres des Spectres ou apparitions et visions d'esprits , anges et démons se montrant sensibles aux hommes. On trouvera une analyse de l’étrange livrt! du

démonograpbe angevin dans le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy.

^ Le livre plusieurs fois mentionné sur le traité de Prague.

* Voir, outre toutes les histoires du règne de Louis XIII et la Vie du duc d’Vpernon par Guill. Girard, deux plaquettes conser vées à la Bibliothèque nationale (n“’ 8117 et 3 1 1 8 ) : La prise de la ville de Bergerac et entière dissipation des Croquants , par le duc de la Valette, i"-iG mai, Paris, au bureau d’adresse, 1687, in-8°. — La défaite des Croquants, pur M. le duc de la Vallette, Paris, G. Petit, 1087, in 8".

séditions au Martigues et à Marseille; nous avons mandé à vendred\ les députez du commerce et consuls de Marseille, pour prendre leur advis des exj)ediants moings sensibles, et craignons bien que des doubles l’on ne vienne à d’aultres prétextes de folies. Et suis tousjours.

Monsieur,

vostre trez bumble et trez obéissant serviteur,

DE Peiresc.

A Aix, ce 9 juin 1687.

J’ay ouvert l’enveloppe d’un pacipiet de M*’ le Premier Présidant à mon frere, parce qu’il m’avoit dict y vouloir mettre des lettres pour M^" le Chancellier et Messieurs de l’Avrilliere et de Moric, lesquelles meriteroient d’estre rendües par quelqu’un des vostres si mon frere

estoit absant b

'■ Vol. 718, fol. 386. Cette lettre est suivie (fol. 388) d’une lettre adressée le 16 juin 1687 par Gassendi à rrAF de Saint-Sauveur», pour lui donner des nouvelles de leur ami commun, et que l’on trouvera un peu plus loin, en la troisième partie de l’Appendice, p. 712. Revenons à la dernière des lettres adressées par Peiresc aux frères Dupuy, lettre écrite quinze jours avant sa

mort, pour constater qu’il s’y montre tidèie à deux des plus grandes passions de sa vie, la passion d’augmenter le nombre de ses livres et la passion d'obliger ses amis. Heureux ceux qui gardent' ainsi jusqu’au bout d’aussi douces et d’aussi nobles joies et dont on |)eut dire en toute vérité qu’ils sont morts comme ils ont vécu !

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