À ROME
Monsieur mon R. P.,
Ce fut par une lettre de l’Enilnentlssime cardinal Barberin, escritte toute de sa main le 2 mars, que j’apprins vostre heureux retour dans Rome d’un si long et si pénible voyage que celuy de la Grande Chartreuse par une si rude saison, et que ce n’avoit pas esté sans patir beaucoup au passage de l’Apennin, mais que vous vous portiez Irez bien, et qu’il vous avoit bien gouverné ce jour là mesmes, à ce qu’il me mande, adjoustant, ce qui m’a faict bien de la honte, que vous vous estiez souvenu de moy, et en aviez parlé beaucoup plus dignement que je nepouvoys avoir mérité, dont je pensoys bien vous pouvoir rendre grâces par le dernier ordinaire. Mais je fus un peu surpris et seulement en touchay-je un mot à M'' Naudé ou à àP Bouchard, vous priant de m’excuser de ce manquement, comme vous faictes de tant d’autres de vostre grâce. Je croys qu’environ ce temps là vous pouviez avoir receu une mienne lettre du commahcement de febvrier, que je ne vouldroys pas avoir esté perdüe, jugeant qu’à vostre retour dans Rome vous y aurez bien plus trouvé d’exercice que vous n’en auriez de besoing, et (|ue vous aurez eu de plus pressantes affaires que de respondre à de si inutiles despesches que les miennes, et pourveu que je soys asseuré que vous l’ayez receüe, il me suflit.
Je vous escrivis encor un petit mot par les galeres pour accompagner un petit fagot de M' de Bonneval, dont l’eminentissime cardinal Barberin m’a accusé la réception, et dict qu’il l’avoit faict remettre à l’illustrissime cavalier
APPENDICE
(lel Pozzo, pour le vous envoyer. Mainlenant vous aurez icy demi douzaine de cahiers du texte des Chroniques de Georgius Syncellus du manuscrit de la Bibliothèque du Boy, dont j’entends que vous avez ja receu le commancement, avec ordre de les presanter à S. Em'" pour y faire travailler AP Fontenay Bouchard qui en a entreprins l’édition. Je me suis servy de cette occasion pour réitérer mes trez humbles offices à iM'' de S‘ Saulveur auprez de S. Em"" sur l’expedition de la commande du Prioré S‘ Leons, qui a tant traisné, et pour raison de laquelle AP le Dataire faict tant le renchery à ce que AP de S‘ Saulveur me mande avoir apprins de vous ou de AP Valeran ou de AP Bouchard, auxquels iceluy Dataire ayant tranché le mot de l’impossibilité, avoit neantnioings advoué que la grâce ne dependoit que d’une parole de Son Em", ce que je ne luy ay pas dissimulé, et luy ay allégué l’exemple de mon Abbaye qui estoit tenue en tiltre par mon devantier, où il fallut une pareille grâce, et que le delTunct cardinal S‘” Susanne voulut porter de sa propre main ma supplique au deffunct pa[)e Paul V qui la luy signa incontinent sur le champ, ])Our trancher toutes les diffiicultez de la chancellerie, et me suis ingéré de dire à S. EnP' qu’il falloit qu’elle en lit aultant, et que je vous escrivoys de luy porter une nouvelle supplique pour la faire soubscrire quand il iroit entretenir S. S'®. C’est pourquoy je suis d’advis que vous en fassiez refaire une aultre sans vous amuser à poursuyvre les errements de la première, que vous tirerez * par a[)rez tout à loisir des mains du dict Dattaire pour en retenir la datte de la présentation et pense que c’est le conseil que le dict Dattaire entendait vous donner quand il vous disoit que la grâce dépend d’une parole du Neveu et que c’est aussy le conseil de cet autre qui vouloit faire prendre Wam secretam, où il y a rnoings d’esclat, comme ç’avoit tousjours esté mon advis. Tenez vous y donc et ne faictes pas, je vous prie, de scrupule de porter la dicte supplique nouvelle à S. Em®® en luy portant les cahiers du Syncellus, ou bien si vous y aviez du regret deschargez vous en sur AP de Fontenay Bouchard qui espiera le temps opportun, et me tenez tousjours, s’il vous plaict, Alonsieur,
vostre trez humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiiîesc.
A Aix, ce 3 mav i63.t^
' Peiresc a écrit : tirererez. — ^ Bibliothèque de la Faculté de médecine de Montpellier, vol. 271, fo!. 26/1. Autographe.
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