À AIX
Monsieur,
Je suis bien aise de l’arrivée en vos (juarliers de M" Dornialius el s’il y esl encore vous m’obligerez bien fort de lui faire mes baisemains. Vous aurez veu jiar les dernieres lettres de M’' de Saumaise en ([uels termes il m’en parle et en quelle estime il le tient; je creins bien que la rupture entre les deux couronnes ne l’empesche de s’embarquer : je vous envoie mes dernieres de Rome qui vous apprendront l’estât de mon affaire de laijuelle je serois bien marri de vous importuner n’estoit l’asseurance que j’ai de votre affection à tout ce qui me touche. Vous verrez l’effet puissant de vostre recommandation qui a en quelque façon esbranlé cette grande machine; nous verrons neantmoins à quoi tout cela abboutira car jus(|ues ici nous n’avons que des parolles. Mais quel en soit l’événement, je vous en demeurerai très estroittement obligé toute ma vie, et n’estoit vostre bonté excessive je n’espererois pas pouvoir jamais obtenir pardon de vous pour la liberté dont j’ai usé d’avoir eu recours à vostre intercession, sachant combien il faut eslre réservé en telles choses. M’' Bouchard me conlirme ce que vous verrez dans la lettre de mon frere : Dieu veuille ([ue ce qu’on lui a donné reuscisse, mais je m’en dellie, car quelle apjiarence ([u’un prioré simple de cinq à six cens escus de rente proche de S‘ Malo vaciiuant dès le mois de décembre iG34 ne se trouve point rempli, car vous sçavez ipi’on court des pièces de moindre conséquence; il a fait faire des perquiralur tort exacts depuis ce temps et ne trouve personne de pourveu : le dernier moine titulaire nommé Le Fevre aura peut estre resigné entre les mains de l’ordinaire de sorte qu’il n’aura point fallu aller à Rome pour cet effet. M"^ Bouchard son pereest intelligent en affaires et sçaura bien débrouiller ces intrigues; je vous ’ prie de faire sçavoir à ces messieurs les Romains comme j’ai mis entre les mains de M"" le Nonce et les vostres tout ce que j’avois du Syncellus et vous me ferez faveur de leur envoier ce qui vous en reste. M' le Nonce me dit (pi a la 111. ^9
IMTRlM-r.lE ’IATION.in .
APPENDICE
première occasion de courrier extraordinaire il feroit tenir tout ce qu’il avoit; vous ne j)ouviez pas me mander une plus agréable nouvelle que celle que vous avez mise par appostille à la fin de vostre lettre du i q de ce mois (jui est l’heureuse délivrance de ces pierrettes qui vous travailloient et en ai esté quitte à bon marché d’apprendre plus tost la guarison que la maladie. Nous avons un de nos bons amis M'’ Guiet qui est bien travaillé de ce mal qui a premièrement commencé parla gravelle ayant jetlé quelques pierrettes de la grosseur d’un pois, mais depuis six mois il ressent tous les indices d’une pierre formée dans la vessie qu’il n’a jamais peu faire sortir par la verge. Il est tout résolu à la taille et se seroit desja mis entre les mains des operateurs n’estoit une chaleur de reins dont il a esté travaillé depuis deux mois, de sorte qu’il lui faudra attendre l’automne. Pour ce qui est de nos nouvelles, elles continuent toujours dans la mesme incertitude, ce que l’on avoit publié d’une deffaitte du cardinal Infant ne s’estant pas verilfié; on fait courre le bruit présentement d’un combat arrivé entre Bruxelles et Louvain où les ennemis ont perdu 8,000 hommes et cela soubs la foy de AP le duc de Chaulne mais je n’y voi pas plus de certitude qu’au precedent. L’on fait un corps d’arrnée dans la Picardie soubs la conduitte de AP de Chaulnes pour entrer dans l’Artois où l’on fait desja tous actes d’hostilité, les gouverneurs de nos places frontières ayant fait le degast et emmené les bestiaux. J’ai grande tendresse de la ruine de tant de pauvre peuple qui est innocent de tous ces desordres et qui néantmoins en souffre et patit si cruellement^. le cardinal de la Vallette est ici depuis trois jours. On lui destine le commandement de l’armée qui s’amasse versLangres, mais on ne sçait pas au vrai pour quel quartier; les uns croient que ce soit pour entrer dans la Franche-Comté comme les autres dans le Luxembourg. On leur donne pour mareschaux de camp les comte de Guiche, vicomte de Turene et colonnel Hébron AP de Thou a esté si malheureux
' Honoré d’Albert, duc et maréchal de Chaulnes, frère du connétable de Luynes.
- Ce cri du cœur de Jacques Dupuy mérite de n’être pas oublié.
^ Le comte de Guiche (futur maréciial de Gramont), et le vicomte de Turenne n’ont pas besoin delà moindre note, mais je rappellerai ipie le colonel Hébron ou Ebron était un gentilhomme écossais, de son véritable nom Jean
Hepburn, qui avait levé dans son pays, en i633, un régiment entretenu au service du roi. Maréchal de camp en cette même année i633, il fut tué devant Dole trois ans plus tard, le 8 juillet i6.36. Bassompierre {Mémoirex , t. IV, p. 201) raconte ainsi sa mort : rll (le duc de Weimar), perdit un doigt à ce siège, d’une mousquetade; le colonel Ebion, brave et vaillant soldat, qui estoit un de ses mareschaux de camp, y fut tué.
A l> P KM) ICE.
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qu’arrivant près do M' le maroschal de la Force il en a trouvé le cardinal parti deux jours auparavant, de sorte qu’il est revenu tout court sur scs pas et nous l’attendons ici de jour à autre. Le [)ere Joseph l’a envolé chercher deux fois depuis huict jours pour les affaires de Levant, de sorte que je creins qu’il ne soit pressé pour partir, car on dit que les députez de Marseille sont ici pour Iraittor. Vous apprendrez par la lettre de M" de Roumoulles la suitle de la sédition de Bourdeaux; ce qui est arrivé depuis à Afjen et aultrcs lieux est curieux; vous verrez ce que j’en ai [)eu apprendre. L’on cache ces choses le plus que l’on peut, c’est pourquoi il est malaisé d’en sçavoir tout le mal; oultre la mlsere de la campagne qui peut donner subjet à ces révoltés, il v a de la faction meslée parmi des gens vestus en pèlerins, allants par les villages exciter le ])euplc à sédition, et ce nombre de {)euple communiant à Bourdeaux est bien suspect et tesmoigne qu’il y a du catholicon fourré la dedans. M"" le duc de la Vallette est parti en [)oste avec M"" de Vignoles ' [)our seconder M"" son pere^. On dit qu’on leur donne cinq ou six mil hommes pour se faire obéir, car on a bien jugé que l’envoi des commissaires avec leurs longues robbes n’esi pas un remede suffisant pour guarir le mal. M*" de Puylaurens est malade et en danger de mort; on en dit aultant de M*" de Chasteauneuf dans le chasleau d’Engouleme. Je vous recommande Baudier pour ce fju’il a désiré de vous touchant la vie de ce Bomieu; je croi (|ue ces pièces doivent estre tirées d(‘ vostre chambre des comptes. On nous publie une descente en vostre coste, mais je n’en croirai rien que je ne le voie confirmé de vos (juartlers. el par vos dernières les choses n’estoient pas disposées si tost à cela.
Je suis et serai toute ma vie.
Monsieur,
vostre très humble serviteur.