LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC
j’anticipe de trois jours le partement de l’ordinaire à cause d’un petit voyage que je vais faire à S‘ Sauveur en la compagnie de M*^ de Thou d’où je seray de retour à la fin de la semaine. J’ay receu vos deux depesches du 97 et
39 mars la dernière soubs l’adresse de
* Jean-Pierre Camus de Pontcarré. Voir I. Il, lettre C\ III, p. 5ia.
- On disait de lui : bon cœur et tète chaude.
^ Ce frère des célèbres érudits Pierre et Jacques Dupuy est bien peu connu. Je ne trouve aucune indication sur le sieur d’Ingray. Tirait-il
M*" de Thou, où vous aviez joint plu-
son nom de terre de la localité appelée aujourd’hui Ingré (commune du département du Loiret , à 6 kilomètres d’Orléans)?
^ Bibliothèque Méjanes, à Aix. Collection Peiresc, registre X, fol. 887. Copie.
APPKNDICH.
sieurs relations du Levant qui ne se trouvent pas véritables pour le l'ait de iVL de Maroheville, au moins les lettres de (ionstantinoplc du ■y février qui sont les dernieres qu’on en aye n’en disent rien; elles parlent seulement de l’execution de son truchement, de la démolition de deux chapelles qu’il avoil fait construire dans sa maison, et des deux commandemens signez de la main du grand seigneur pour le faire estrangler, mais qui ne furent executez à l’instante prière du premier vizir et de tous les ambassadeurs (jui se joignirent ensemble pour faire changer ses ordres. Ce n’est pas qu’il y eust encore beoucouj) à craindre pour luy, le grand seigneur estant fort irrité de son procédé et ayant le Bacha de la mer ^ pour ennemy juré, mais je ne crois pas (|u’il y ait aucun advis certain de ce qui est succédé depuis le i de février. Si j’eusse eu un copiste en main, je vous eusse fait transcrire une relation assez particulière de tout ce ([ui s’estoit [)assé jus(jues au jour, mais on ne rn’a permis de la garder assez de temps pour la pouvoir transcrire. Le moins mal qui puisse arriver à mon dit sieur de Marcheville est de s’en revenir. Per- -sonne ne le plaint sachant avec quelle imprudence et témérité il s’est gouverné en cette Cour; il a une vanité si estrange qu’il a creu eiïacer le lustre de tous les autres ambassadeurs qui l’avoient précédé, publiant tout haut devant son partement qu’ils trahissoient l’honneur de la Nation et de leur maistre, (|ue luy alloyt restablir très puissamment. Il affecte aussy une cagoterie extraordinaire et c’est ce qui l’a fait bander contre ce Patriarche Cyrille’^ qui a esté restably en dépit de luy et luy a suscité une partie des indignitez qu’il souffre maintenant. Il est aussy fort mal avec M' de Cesis qu’il méprisa d’abord, pensant, à son avènement, avoir assez de crédit en cette Porte pour s’y pouvoir conduire sans ses conseils. Je trouve le bon M" Gassendi bien heureux de ne s’estre point embarqué avec un esprit si extravagant, car tous ceux de sa maison courent grande fortune d’eslre malmenez. Dans la fin de ce mois nous serons assurez de ce qui aura esté fait en suite de l’exécution du truchement.
Je ne manqueray pas de faire tenir au P. Gilles de Loches les advis cpie vous avez envoyé à ]\P de Thou. Et si le P. Théophile Minuti nous vient voir, je luy fairay en vostre considération et [lour son mérite le meilleur accueil qu il me sera possible. Pour ce qui est des soubçons que vous avez eu touchant
* Le ca’pitan pacha mentionné dans ta lettre de Peiresc. ^ ^ Le patriarche Cyrille Lucar dont il a été (jueslion dans la lettre de Peiresc.
APPENDICE
AP vostre Prenirer Président \ vous ne les pouviez pas confier à un homme plus aflectionné à voslre service et qui en usast avec plus de discrétion. Et ne trouve nullement estrange, veu les particularitez des espritz de voz quartiers, qu’ils vous soyent entrez dans l’esprit; mais ayant veu là dessus le personnage, je vous puis assurer qu’il n’a point eu d’arrière-pensée , quand il vous a escrit la lettre que vous m’avez envoyé, ce qu’il me fit assez paroistre par la candeur et franchise avec laquelle il me parla de vous. Je vous diray bien qu’en nos discours familiers il ne m’a jamais parlé de AP vostre frère, le tenant peutestre dépendant de AP le Alareschal, mais je crois que sachant l’amitié qui est entre nous, qu’il ne s’en est point voulu déclarer davantage. Je vous ay pris chez Cramoisy le livre du P. Boucher, jésuite, que je vous feray tenir par la première commodité. Le courrier de Bourgogne a esté reculé d’un jour, du mercredy au jeudy, pour donner plus de loisir à faire response.
Nostre Gazette vous apprendra le courant des nouvelles. L’accord de Alonsieur s’est publié fort hautement par ses lettres de Bruxelles, mais il* semble que de deçà on ne soit si eschaulfé. Plusieurs neantmoins en espèrent mieux (jue par le passé. AP le Cardinal est en cette ville et le Boy doibt passer les lestes à S‘ Germain; ses ordres qui avoient esté donnez d’emmener la Duchesse de Lorraine ont esté changez; l’évasion de sa sœur avec son mary n’a pas fait grand hruict icy. Le Duc est retiré à Besançon, mais le Boy a envoyé un gentilhomme nommé Canremi à ceux de la Comté leur signifier que s’ils leur donnoient retraite chez eux. il rom[)roit la neutralité fpji esloit entre eux et ceux du Duché. On croit qu’ils le fairont retirer. Le Boy est résolu de faire mettre sous sa main tous ses domaines et revenus tant de la Lorraine que du Barrois pour les contreventions par luy faictes au dernier traitté.
Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur.
Monsieur.
vostre, etc.
De Paris, ce ix avril i6.S4^.
J. DU Pur.
' Hélie de Laine, seigneur de la Marguerie, de Voyons et de Plassac(en Angoumois). — Bibliothèque Méjanes, à Aix. Collection Peiresc, registre X, fol. Sgo. Copie.
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