‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 26 sur 34 · IT. A · texte numérisé non relu

IT. A

mniacus «atiosau.

Pay cogneu le Marini à Padoue et à Paris, et suis bien de vostre advis au jugement que vous faictes de sa vie, qui alloit un peu dans Texcez, et dans des bigearries parfoys bien extravagantes ^

Je n'ay sceu retrouver la lettre du Cardinal Barberiu de M' de Boisseu que m'avez renvoyée , laquelle mon h(Hnme a laissé confondre avec trop de papiers pour la pouvoir maintenant chercher. 11 fauldra remettre la partie à la première rencontre, à mon grand regret^.

À MONSffiUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR BN S^ THIOLOGIB ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

A DIGNE

Monsieur, Ce m'a esté un desplaisir bien sensible que d'entendre le subject de vez différants, ou de M" du Ghappittre, vos collègues, avec M" les officiers du siège, pour raison de leurs séances que vous leur avez ostées, sans estre demeurez d accord du lieu où vous entendiez les loger, qui peult respondre au rang qu'ils doivent tenir, et où peusse estre saulve la dignité de leurs charges. Si vous n'eussiez esté si loing, ou si je n'eusse esté si infirme, je vous seroys allé voir tréz volontiers pour tascher d'y apporter quelque tempérament, et terminer ce différant en sa naisçance, qui peult produire avec le temps de trez pernicieux effects. Puisque jusques icy vous aviez vescu en si bonne intelligence, je ne voys pas que vous la debviez laisser rompre facilement, y ayant mille moyens de vous accommoder et de relascher quelque chose de part et d aultre, en sorte que tousjours TËglise ayt la principale partie de son compte,

^ Sur J.-B. Marini, ie cavalier Marin, si IsiCoUection des documents ùiidiis)eidàus les

bien jugé à la fois par des hommes aussi Lettres de Jean Chapelain.

sages que Peiresc et que Gassendi, voir * Bibliothèque nationale, fonds français,

diverses particularités dans les Lettres de 1377^, fol. 96. Autographe.

J.'L, Guez de Balzac ( Mélanges hieteriqueê de

et que ceux qui représentent lauthorité du Roy et de la justice, en ayent assez pour s'en contenter. Je me suis dispensé d'en escripre assez librement, ce que je n'ay pas deub £aire sans vous en dire aussy quelque chose, remettant le surplus à Mons' le Grand Vicaire à qui je m en suys ouvert plus à plein, et selon l'exigence du cas, vous suppliant d'y faire considération, et de vouloir faire comprendre à cez Messieurs ce que je ne scauroys coucher par escript en si peu de parolles comme il en fault pour une lettre. Que la puissance temporelle ne desroge rien à la spirituelle quand elle paroit dans l'Eglise, que les anciens ordres ecclésiastiques luy laissoient des rangs grandement honnorables, et que noz roys françoyz n'ont pas moings mérité de l'Eglise que cez premiers Empereurs chrestiens^ et que les clostures de voz coeurs qui ont esté introduictes aux derniers siècles pour la commodité des offices nocturnes, n'en ont pas pourtant exclus les ministres royaulx, et spécialement ceux de la justice qui souloient estre les premières charges militaires et de la puissance temporelle et souveraine. Il fault que cez Mess** relaschent tout ce qu'ils pourront de leur costé, mais il £ault aussy que vous relaschiez quelque chose du vostre, et vostre prudance en sera grandement loiiée , si vous vous en pouvez accommoder amiablement plustost que s'il fault attendre que d'aultres vous règlent, de quelque condition qu'ils puissent estre. C'est pourquoy je me promets que vous ferez paroistre à ce coup la force de vostre génie et la grande créance que vous avez acquise de si longue main, tant sur la pluspart de cez messieurs les officiers, et particulièrement sur les chefs que sur ceux de vostre Eglise, qui sont bien assearez de vostre bon zelle inesbranlable , aussy bien que les auitres de vostre candeur et cordiale affection au bien public, et à leur vertu particulière; j'en attendray des nouvelles avec impatiance et demeureray cependant.

Monsieur,

vostre, etc.

PE Peirbsc.

A Aix, ce 96 octobre 1 633.

Tescrivis hier seulement à M' lailvocat gênerai Bignon et à M' du Puy, m'estant excusé de ce que je debvoys à M' L'huiliier jusques au prochain ordinaire. Il est vray qu'il y avoit une lettre pour luy de vostre part qui aura supplée ^

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur,

J'ay eu bien du regret que voz différants ne se soient terminez sur les lieux avant la veneûe de M" les députez tant d'un costé que d aultre, mais il y a encores assez de temps dans le dellay de quinzaine que la Cour leur a donné. Je seray inGniment aise que vous le puissiez faire de par de là , et sera beaucoup plus bonnorable aux uns et aux aultres, si vous m'en croyez, et possible plus avantageux que si vous en revenez de par deçà. M' le procureur du roy me dict en arrivant qu'il n'avoit tenu qu'à vous aultres, Messieurs, qui aviez parlé de faire je ne sçay quelle sommation , au lieu d'entendre aux ouvertures d'accommodement faictes de leur part, ou d'en faire faire de la vostre.

J'ay aujourd'huy receu par l'ordinaire un paquet pour vous de M' L'huillier, que j'ay baillé en sortant de céans à M' Âbesson qui disoit avoir un homme aliors mesmes en départ. A ce soir M' le lieutenant Gastagni m'ayant envoyé semondre d'escrire par un aultre des siens, j'ay esté bien aise de vous pouvoir accuser la réception de celles qu'il m'apporta de vostre part bien que fort envieillies, n'estant que du s/i d'octobre, pour avoir esté malade en chemin, ce dict il. Je suis bien marry de ne vous pouvoir envoyer cez libvres de Jonstonus in lâ intitulez l'un Thaumatographta tuUurdis^, et l'aultre NtUurœ Can"

- Bibliothèque nationale, fonds français, 1977a, fol. 97. Autographe. — ' Amsterdaoi, i633, in-8'.

stanlia^, parce que je leur fis passer les monts sur Tasseurance que m avoit donnée nostre libraire Plaignard qu'il en avoit un exemplaire dans une balle qui estoit, disoit il , en chemin de Lyon icy, laquelle n'est jamais arrivée, dont je suis bien marry pour Tamour de vous, mais j'en [«û?, le mot vais ayant été omis] envoyer demander un aultre à Paris d'où l'on m'escript qu'enfin il est venu des exemplaires du libvret de Skikard et de celuy d'Hortensius , et qu'on m'en a retenu une coupple de chascun, de l'un desquels je feray incontinent suppléer la feuille qui manque au vostre. On m'a par mesme moyen retenu une apologie de Jacobus Lansbergius pour lé mouvement de la terre de Philippus Lansbergius contre Fromond et Morin et une Ophtalmographia^ de Vopiscus Fortunalus Plempius' U° Amsterdam, que nous aurons par les premières balles des s" Moreaux, Dieu aydant. Cependant j'ay eu le Catalogue de la Foire, mais ne l'ayant encores peu lisre, je differeray à la première commodité aprez celle cy de le vous envoyer. Je n'ay point veu la harangue de M' de Boisseu ^ nom plus que les traductions d'icelles , tant s'en fault que j'aye eu de ses lettres, dont je ne m'estonne pas tant comme vous, parce que je scay que les occupations de Rome tiennent le monde comme perclus et interdict de toute aultre pensée que d'admirer les objects qu'on y rencontre de toutes parts, et de rendre où recevoir les compliments qui ne cessent jamais quand on y seroit des années, non que des moys'. — Je vous envoyé la relation de M' de Cordes pour la suitte des libvres qui se sont mis au jour sur la controverse des Evesques. Mais il n'y a pas voulu mesler ce qui estoit de la querelle particulière de M' l'Evesque du Bellay. Sur quoy il luy fauldra donner la peine d'adjouster une petite appendice, car elle a servy pour tirer de la poudre les oeuvres de ce Guillaume de S^ Amour ensevelies depuis si longtems,

^ Nalurœ eonstatuia , m qua munâum née ' Vopiscus FortunatusPleinpias, ne à Am-

ratione sui totms, née ratione parttum in sterdam; il professa la médecine à Louvain.

pefus mère ostenditur (Amsterdam, i633, ^ La harangue prononcée devant le pape

in-ia). Urbain VIII et qui eut tant de succès dans

* Seu tractatio de oeuli fabrica, actione toute l'Italie.

et usu, * C'e8t4-dire : et non seulement des mm.

a7& LETTRES DE PEIRESC [1633]

ne s'estant formée, à ce qu'on ma voulu asseurer, qu en consequance de Taultre. Je suis bien aize qu'ayez trouvé les remarques et corrections du 8^ de S^ Legier dignes d'estre cottées en vostre livre, ne doublant pas qu'il ne s'y trouve beaucoup d'aultres choses à refaire et r habiller. Un de mes amys qui a parcouru le catalogue de la foire, tandis que je gardois la mule à entretenir des gents qui se seroient aussy bien passez de me voir et destourner si long temps que moy eux, m'a asseuré qu'il n'y a rien de Skikard , bien , dict il , qu'il y a des Tables de Lansbergius en françoys, et quelques volumes in fol® de la Trigonométrie tant de Adrianus Vlaccus Goudanus que de Henricus Briggius. Je ne sçay si ce ne sont pas choses dQ3Ja veûes cy devant. Vous en sçaurez plus de nouvelles que moy. Et m'a dict encores que l'on promet Juturis nundinU un Canon Paschalis de Victorius Âquitanus escript l'an de Christ 65 7, non encores veu , auquel on pinctï HippoKlys y Anatolius, Prosper, et aultrés, et des commentaires d'un iEgidius Bucherus jésuite in fol® Anvers ^ où il pourroit bien y avoir de bonnes choses. Je vouloys vous renvoyer vostre lettre de M' Chapelain qui est trez gentile, et y joindre les miennes dont j'avoys trouvé la liasse , mais je ne sçay où l'on m'a esgaré la première, que je feray chercher pour les vous envoyer toutes ensemble^. Cependant je vous prie de me continuer tousjours l'honneur de voz bonnes grâces, comme, Monsieur,

à vostre, etc.

DB Pbirbsc.

A Au, ce 5 novembre i633 ^

L'on me presse tant qu'on me faisoit oublier de vous féliciter, comme

^ L*ouvrage du P. Gilles Bouchier parut Paschalis, AnatoUi Alexandrmi Loadtcetuis m

trois ans plus tard : jEgidii Buekem Atre- Sifria qnteop. Canon Poieidà, eie.

haîis e Sœietate Jesu de doetrma tempanm ' On n'a pas conservé lès lettres de Pei-

caMm«ntariuê m Vietormm Aqukawtm, etc. resc à Chapelain.

(Anvers, 1666, in^fel.). On trouve dans ' Bibliothèque nationale, fonds firançaif^

le volume les pièces annoncées par Pei- 19779, fol. 99. Autographe, resc : Hiffohfti PortumuiM qmeopi Canon

je faicts, des nouvelles observations que vous Esdcles de ce messager des Dieux si eschappant\ que je vous souhaicte plus traictable et plus recognoissant de laffection que vous avez pour luy, ayant esté bien aise d entendre qu'il ayt apparu si grand, et cappable d'entrer en competance avec Venus.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESG

àBBS BT SEIGNEUR DE CUISTRES, CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE ,

À AIX-

Monsieur, Je ne vous ay point escrit despuis le despart de Monsieur Gastagni. Je le voulois faire la semaine passée par le retour de M' le conseiller de Goulongue, mais comme je fus si mauvais courtisan que je ne le veis point pour n'avoir pas bien choisy les heures qu'il estoit en son logis , ainsi se trouva il party lorsque je croyoy qu'il deust estre encore deux ou trois jours en ceste ville. J'ay cependant receu deux de voz lettres, une par le retour de M' nostre grand vicaire, et l'autre hier au soir à la chandelle, et cinq ou six heures après le pacquet de monsieur Luillier receu. Par l'une et par l'autre vous nie tesmoignez le desplai«r que vous avez du différent qui est survenu entre Messieurs les officiers du siège de ceste ville et nous ou nostre chapitre. Je croy que c'est en partie voire principalement pour ma considération , puis que vous imaginez bien que j'en doy estre desplaisant moy mesme pour me voir logé entre Tinterest du corps dont je suis et l'amitié des principaux d'entre les dits sieurs, en estant obligé par honneur à ne me despartir point de l'un et par indination à entretenir l'autre. Mais quel remède si ce n'est qu'après avoir fait tout ce que j'ay peu pour le bien de la paix,

^ Ai-je besoin de dire que ce messager si eschappant, si fayant n'est autre que Mercure?

je tache à ne rien faire, ny dire, dont ny le gênerai de nostre corps ny le particulier de cez messieurs se puisse offencer. Certes je le leur ay dit, et je les estime si équitables, que comme chascun d'eux fait pour rhonneur de son corps tout du mieux qu'il l'entend, ainsi ils ne trouveront point mauvais que je face pour l'honneur de celluy dont je suis ce à quoy je croy d'estre obligé en conscience. Je sçay bien que quelques uns d'entre eux se sont plainte que j'ay tout seul esté la cause de quoy ils n'ont point emporté de haute lutte ce qu'ils pretendoient, et que quelques uns de noz confrères le leur ont rapporté ainsi, mais comme cella n'est point vray, ainsi je ne me doy point soucier qu'on le die et principalement ayant compris qu'on vouloit me destacher d'avec mes dits confrères, dont l'union et le zèle en ceste cause est en effect très considérable. Je ne veux point vous escrire les discours pleins d'un grand mesprix qu'on nous a rapporté, et qu'on nous rapporte encore tous les jours, que quelques uns de cez Messieurs tiennent contre nostre corps, et qui ont tellement picqué quelques uns des nostres que je n'ay point encore trouvé de moyen de les addoucir. Je vous diray seulement qu'il m'a semblé que cez messieurs faisoint un peu trop de cas d'eux mesmes et un peu trop peu de nous. Ce n'est pas qu'en mon particulier j'aye jamais eu sujet de m'en plaindre, mais j'ay esté obligé à quelque sorte de compassion de voir nostre ordre si mal traitté. Avant hier encore je croyoy d'avoir assé disposé les affaires à un accommodement quand un de ces messieurs en voyant nostre doyen des chanoines dans la maison du Roy luy dit : Et bien, persistez vous à vouloir qu'un petit bout d'homme^ précède icy un de Messieurs? Je vous laisse penser si cella estant r apporté advança fort les affaires. Je ne laissray pas de tascher, et faire tout ce qui me sera possible pour vous guarantir de la peine de faire nostre accommodement, car certes je vous porterois compassion de voir vostre esprit occupé dans ces brouillemens et dans les termes de mescontenter les uns ou les autres. Ce

' Blessante allusion à la tonte petite taille de Gassendi qui, en sa qoalitë de prévAt du chapitre, était le principal adversaire des officiers du si^ de Dig^ne.

[t633] ET DE GASSENDI. ^ 377

n'est pas que tous mes confrères (aussi bien que moy) ne dezirent d en demeurer à ce que vous en ordonnerez , mais c'est qu'ils ont si bonne opinion de nostre cause, et ces Messieurs la tesmoignent de l'avoir si bonne de la leur qu'oultre ce qu'ils ont monstre et publié une de voz lettres comme un préjugé pour eux, je m'imagine que vous serez tousjours bien aise d'estre délivré de ceste courvée.Mais àla première occasion je vous en escriray davantage. J'adjousteray seulement que pour ce que M' le Procureur du Roy vous a dit qu'au lieu d'entendre aux ouvertures qu'ils nous avoint faites nous avions parlé de leur faire certaine sommation, je vous supplie de croire que depuis une sommation qu ils nous feirent eux mesmes le 17 du mois passé, et l'occupation qu'ils vouleurent faire de noz chaises le 18 ^ ils ne nous ont point pour tout proposé ny fait aucune ouverture d'accommodement, et que Monsieur le Procureur du Roy avoit la botte, et estoit tout prest de monter à cheval quand it receut de nostre part non pas une sommation, mais une déclaration que nous acceptions l'ouverture et offre qu'ils nous avoint faite par leur dite sommation de remettre nostre chœur nouveau en mesme disposition de hauteur et bassesse de chaises qu'estoit le précèdent. Mais à tant est-ce assés, voire trop de ces choses. Je receu hier au soir avec vostre lettre le bref narré du différent d'entre l'evesque de Chalcedoine et les Jésuites d'Angleterre, avec le mémoire et sujet des livres qui ont esté imprimez en suite. Je le vous r envoyé tant parce que je l'ay couru , que parce que Monsieur Luillier m'en promet un exemplaire , adjoustant ce que peut estre vous ne sçavez pas, que c'est luy qui pour vous procurer ceste satisfaction est allé trouver et solliciter M' Des Cordes^, à mettre la main à la plume; que si ce bonhomme n'y a point cousu le différent qui a donné sujet aux livres de M' Du Bellay^ et des moines, c'est à

' Les chaises placées dans le chœur de la fort liés ensemble. Quand des confrères en cathédrale de Digne, chœur qui était le bibliophilie font tant que de ne pas se déchamp de bataille des deui parties. tester cordialement, ils s^aiment beaucoup.

* Jean de Cordes, abbé de Mausac, a été ^ Le plus célèbre des livres de Jean-Pierre

souvent mentionné déjà. Luillier et lui , pos- Camus, en toute cette ardente polémique,

sesseufsde très bdles bibliothèques, étaient est: S. Augriutin de l'ouvrage dee moinee,

IT. hS

mon ad vis, parce qu il est différent, et n a rien de commun avec l'autre, ou ce seroit à le prendre de bien loin. Au reste j'ay trouvé la lettre des moines à M' le Cardinal bien faite, et il m'a semblé qu'elle a esté dressée par quelque honneste homme ^ Messieurs les prélats me semblent avoir de quoy s'en contenter extrêmement, et je ne trouve point que ces gens ayent en rien bresché ^ à la bienséance de leur institut. J'adjôusteray à mon pacquet la traduction de la harangue de Monsieur de Boessieu, puis que vous ne l'avez point encore veûe, croyant de m'en pouvoir dispenser envers le père Maximilien, de qui par hazard je l'ay encore, et qui sans doute ne sera pas marry que je la vous aye envoyée, encore qu'à faute de loisir je ne luy en aye rien dit. Il a veu le dit sieur de Boessieu à son retour et sur son passage par Pignerol et c'est ce qui me fait estonné qu'il soit de retour, sans nous donner point de ses nouvelles. J'adjôusteray aussi un certain cahier de l'histoire de S^ Anne, aGn que prenant la peine de voir ce qu'il y a page i/i3 touchant nostre Eglise, vous me faciez un peu sçavant s'il vous plaist d'où est-ce que l'autheur de ceste histoire que je ne cognoy point ^ pour n'avoir point le commencement du livre, peut avoir tiré ce qu'il escrit, parce que la chose me semble fort suspecte. Quand vous l'aurez veu , s'il vous plaist de le donner au père Gardien des Recollelz d'icy qui s'est bien voulu charger de toutes ces choses, luy qui est d'Apt, et s'y en va, après avoir passé par Aix , en pourra peut estre tirer quelque esclair* cissement. Je ne vous renvoyé point non plus encore à cêste fois la -lettre de M' Tonduti, parce que jusques à l'ouverture de la vostre je ne m'estoy point souvenu ny de la revoir, ny de luy rescrire , comme

ensemble quelques pièces de S. Thomas et de ^ L'ëloge donne par Gassendi à cette pièce

S, Bonavenlure sur le mime sujet (Rouen, fait vivement regretter que Tanonyme nait

1 633 , in-8"). Ce livre a éié abrégé , trente ans pas été dévoilé,

plus tard , par un ancien minime devenu pro- ' Fait brèche.

testant, Pithois, qui publia son travail sous ' Voir dans la lettre suivante, qui est une

ce titre singulier : L'apocalypse de MeUton, réponse de Peiresc à celie-d, le nom de

ou révélation des mystères cinobitiques{Sed&n^ Tauteur de cette histoire, un Champenois,

1669, petit in-i 3 ). Voir Manuel du libraire Legrand. Seraitrce Louis Legrand qui naquit

(t. I, coi. iSsy). à Troyes en i588 et qui mourut en 166&?

je dezire faire à la première occasion. Bien vous r'envoye-je la lettre de M'' de Marcheville qui m'est tantost tombée casuellement en main. Il faudra bien que je r escrive à ce bon seigneur, mais non pas pour ceste fois icy. Enfin je m advise de remettre dans le mesme pacquet un livret sur l'opinion d'Aristote touchant l'immortalité de l'ame que j'avoy encore à vous depuis mon retour d'Aix. J'ay un peu travaillé ces jours passés à esclaircir la mesme opinion, mais ce n'est pas du biais de cest homme. Monsieur L'huillier m'escrit la mesme chose des livres de Schickard et Hortensius, que vous. Je suis bien aise que l'achèvement de l'ouvrage de Schickard n'ait point paru à ceste foire, parce qu'avant que d'y mettre la dernière main , il aura eu le nïoyen de voir les obser* valions que nous luy avons envoyées. Si j'en puis faire quelques unes, comme j'attens encore la Noël touchant le mesme Mercure, nous les luy envoyerons aussi incontinent après avec celles que j'ay faites sur la fin du mois dernier, afin qu'il ait le tout quelque temps avant la prochaine foire. Si le sieur Gorberan se pouvoit disposer à observer quelque chose entre icy et la my-decembre, il pourroit bien observer à souhait pour la liberté de l'horizon du costé du pré Batailler. Monsieur Morin m'avoit desja fait part de l'advis qu'il avoit eu que le fils de Lansbergius repliquoit à son livre. Je sera y bien aise de voir ce qu'il aura dit. Je ne crois point que ces livres d'Adrianus Vlacq et de Henricus Briggius soient autre chose que ce que nous avons desja veu, toutesfois je m'en rapporte. Je crois avec vous qu'il fera bon voir ce Canon paschalis de Yiclorius Aquitanus et pour l'antiquité de l'escrit et pour la nouveauté de la publication , et pour ce travail de ce père Bûcher, dont je me souvien d'avoir bien ouy faire estât dans les pais bas et que j'ay, si toutesfois j'ay bonne mémoire, veu Recteur au collège de Liège ^ Je portay mesme une lettre de luy à M' Myrœus d'Anvers, et ce fut le père Koberty qui m'en donna la cognoissance. Je me recommande tous-

^'La mémoire de Gassendi ne le trom- tion, parleP.G. SommervogeUdelaBtift'opait pas: le P. Gilles Bouchier, après avoir ihique de la Compagnie de Jésus, 1890, été dix ans recteur de Bëthmie, fut six ans in-&% t I, 1866. recteur de Liège. Voir la nouvdle éàà"

jours très humblement à Thonneur de voz bonnes grâces, de Monsieur le Viguier, de M' le Baron ^ et de Mesdames, en demeurant tousjours, Monsieur,

vostre trez humble, trez affectionné et trez obligé serviteur,

Gassbnd.

A Digne, ce 9 novembre an matin i633 *.

Lxxxni

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUB EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'iÎGLlSE CATHEDRALE DE DIGNE,

Monsieur, Je receuz hier au soir par l'ordinaire une despesche pour vous de M' L'huillier, qui sera cy joincte, et par un religieux, la vostre du ix°* de ce moys avec les libvres et papiers y contenus, dont je vous remercie trez humblement, sur quoy je suis obligé quoyque bien à la haste de vous dire que je n'ay point escript d'auitre lettre à M*^ du Ghaffault, ne à aulcun aultre de Mess" les officiers du siège, voz parties sur voz différants, que celle que je vous adressay dez le commancement par M' vostre Grand Vicaire toute ouverte, si je ne me trompe, à celle fin que vous la peussiez voir avant que la rendre pour la retenir et supprimer si vous le trouviez à propos. Tellement qu ils n en peuvent pas avoir monstre d'aultre qui contienne de plus grand préjugé à leur advanlage que celle là, que vous pouvez avoir considérée et examinée à Tadvance avant que la lascher, dont je n ay eu la responce que d'hier seulement par un qui disoit lavoir receûe de Marseille, où elle avoit esté portée par mesgarde, ce disoit-il, et reportée plus d'une foys. £ir est dattée du 2 de novembre et est conçeûe en termes fort honnestes et de tout plein de defferance, sans aultre plainte que de ce que les expédiants qui vous avoient esté offerts de leur part a voient esté

^ Le baron de Rians, c*est-à-dire Claude de Fabri , fils du vigaier de Marseille, Palamède de Fabri. — * Bibliothèque nationale, fonds français, gSSB, fol. aao. Autographe.

refusez par M" de vostre corps assez malgracieusement. J'ay grand regret que ces différants ne se soient estouffez en leur naisçance, mais ne s'estant peu mieux faire, j'ay esté bien aise d apprendre par vous la vérité de ce qui s'y estoit passé, dont je me prevauldray si la chose passe plus oultre, et feray pour vostre service et satisfaction tout ce qui me pourra estre loisible.

Tay prins plaisir d'entendre ce que vous me mandez de la grande réputation de ce P. Bûcher, qui me faict avoir plus grande expectation de ses commantaires sur cet ancien Canon Paschal nouvellement descouvert, du Victorius Âquitanus et sur les aultres autheurs de mesme matière, et parce que vous croyez que ce fut le P. Roberty qui vous en donna la cognoysçance , et qu'il ne me souvient poinct d'avoir ouy recommander ce P. Roberty, si c'est homme célèbre , vous me ferez faveur de m'en escrire ce que vous sçaurez. Je n'ay point trouvé estrange, comme je vous disoys dernièrement, le silence de M' de Boisseu durant si peu de sesjour dans Rome, et encores moings durant son voyage revenant chez luy, et les premiers moys aprez son retour, à cause des divertissements, des félicitations à recevoir, et des affaires accumulées pendant son absance, et possible aura-l-il passé oultre en Cour; pourveu qu'il nous conserve l'honneur de ses bonnes grâces, ce ne nous sera pas un petit advantage et contentement d'esprit. Je vous r'envoyeray sa harangue, mais que je l'aye veue, et croys bien que le bon père Maximilien ne sera pas marry que vous me l'ayez communiquée. Mon neveu, qui se trouva dans ma chambre à l'ouverture de vostre pacquet, me dict quand je la luy monslray que Roise' l'avoit imprimée, ou plustost poschée^ com' on dict à Paris ^ car elle estoit, ce dict-il, bien mal correcte. Et ce nonobstant qu'elle eust esté criée par la ville, je n'en avoys rien sceu, tant je faictz peu de chemin hors de celuy du Palais et de l'Eglise, ayant à ce coup esté puny de la

^ L*imprimeiird*Aix,8or lequel 00 trouve tîooDe pas le moi comme terme spécial d'im-

uue note assez étendue dans le recueil Pei- primerie, mais comme terme d'atelier :

rese-Dupuy (t II, p. 670). pocher, dit-il seulement^ c'est «r esquisser

' Lttlrë, en son DictUmmaire, ne men- d*nne manière n^igée et hardie».

trop bonne opinion que plusieurs ont de moy, qui ont creu que je la debvoys avoir veûe des premiers, chascun par aultre entremise que de soy-mesme, et ainsin persone ne s'est advisé de me l'envoyer, jusqu'à vous, Monsieur, qui pesez mieux toutes choses»

Monsieur L'huillier m'avoit ad verti de la peine qu il avoit prinse à soUi* citer le bon M^'Des Cordes pour lamour de moy, dont je nay pas manqué de le remercier comme j'ay peu , et avoys bien creu que l'affaire de M"" du Bellay fut différante de celle d'Angleterre, mais j'avoys pourtant estimé qu'elle n'en estoit pas du tout indépendante , et que la rencontre des temps y avoit contribué plus d'aigreur qu'il n'y en eust possible eu en aultre temps. Nous attendrons en bonne dévotion ce qu'il vous plairra faire et ordonner sur la despesche du s' de S^ Legier, mais nous verrions bien plus volontiers ce que vous avez mis par escript en dernier lieu concernant l'esclaircissement de l'opinion d'Aristote pour l'immortalité de l'âme d'un aultre biaiz que cet Oresius que m'avez renvoyé, et qui eust esté mieux entre voz mains. Vous estes un peu trop scrupuleux et punctuel avec voz amys et serviteurs, et ne disposez pas d'eux assez librement. Je seray bien aise que puyssiez ayder M' Skikard de quelques bonnes observations de vostre Mercure à Noël, comme vous dictes, mais il ne fauldra pas perdre de temps à les luy faire tenir, s'il s'en doibt servir avant la foire de Pasques, et vouldroys bien que Gorberan vous y peust contribuer quelque bon service, mais j'ay peur qu'il n'aye pas toute la bonne volonté qu'il fauldroit, et il n'a pas d'instruments bien propres; s'il y avoit moyen de luy en faire faire entre cy et ce temps la, je le payeroys de bien bon cœur. Je vous envoyé le catalogue de la foire, où vous pourrez possible mieux juger, si ce Briggius et Adrianus Vlacius peuvent estre aultre chose que ce que vous avez veu cy devant.

Quant au cahier de l'histoire de S^ Anne, j'ay autresfois veu le livre, et y trouvay fort peu de fondements solides, ayant veu de fort anciens livres et mémoires de l'église d'Apt, où il n'est faict aulcune mention de rien qui en approche et vous avez veu , comme je pense, une vieille légende de S^ Honnoré de Lyrîns imprimée de fort vieille édition , faicte fort tard, ou rédigée par escript sur des simples traditions bien mal

asseurées, et qui ont depuis esté destruictes par la rencontre de bons manuscrits authentiques d'une vie escritte sérieusement incontinant aprez son decez. Il est passé des siècles de grande simplicité, pendant lesquels on se laissoit persuader un peu trop facilement toutes choses possibles sans aultre preuve que des simples conjectures de ce qui pouvoit avoir esté, sans en rechercher des preuves concluantes, en mesme temps que l'on forgeoit des romans pour les histoires profanes qui es^ toient mieux receus et quasi plustost creus que les vrayes histoires, tesmoings ceux de Gharlemaigne , de Turpin, de Rolland, Ollivier, Ogier et aultres que Ton a eu tant de peine à descredilter, encores qu'on eust de quoy les convaincre par tant de véritables histoires du temps bien authentiques. Je rendray vostre cahier à ce bon P. Recollect, et vouldroys bien qu'il eust moyen de trouver sur les lieux de quoy vérifier une partie de ce qui seroit le plus à désirer. Je vous envoyé un exemplaire du libvre entier que vous pourrez retenir, où vous verrez que l'autheur a nom Le Grand, qui est véritablement un bon Champenoys, tout advocat du Roy qu'il est\ et qui se monstre bien de mes amys. En ung besoing je luy escriray par vostre Recollect, si je le vois, pour le prier de m'envoyer le texte latin ou vieil Roman, s*il s'en trouve, de cette légende, oultre ce peu qui est dans leur bréviaire, craignant bien que ce ne soit là tout ce qu'ils en ont.

Pour M' de Marcheville, il a veu un merveilleux spectacle en l'embrasement de cette grande ville de Gonstantinople, dont il ne s'est pas saulvé plus d'un tiers, ce dict-on, et il estoit en lieu de seurté séparé d'un grand bras de mer de cez flammes impitoyables. Vous en verrez deux relations bien déplorables, et je demeureray,

Monsieur,

vostre, etc.

DE Peirbsg.

A Aix, ce i3 novembre i633.

M' de Boisseu a escript en ceste ville à un sien parent jésuite^.

^ Petite plaisanterie au sujet du différend de Gassendi avec les avocats du Roi de la ville de Digne. — * Bibliothèque nationale, ^onds français, 19779, fol. 101. Autographe.

384 LETTRES DE PEIRESG [1633]

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^' THEOLOGIE , CHANOINE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE,

À DIGNE

Monsieur, Vous avez fort bien deviné que j'auroys un grand desplaisir d'entendre que les choses se soient aigries, au lieu de se pacifier entre Mess" de vostre Chappittre et ceux du Siège dont il falloit pourtant que nous fussions advertys tost ou tard. C'est pourquoy il a esté à propos que ç'ayt esté de vostre part, à celle fin que l'on ne nous en pousse rien desguiser ou taire par prévention de ce qui est de la vérité que je tiens irréprochable en vostre bouche. J'ay faict voir vostre lettre à M*^ Roberty, et pouvez vous asseurer que de mon costé je contribiieray tousjours tout ce qui pourra servir au bien de la paix et à l'advantage du bien public, et particulièrement à la prérogative deue à Testât ecclésiastique, saulve la royale dignité, selon mes debvoirs réciproques. Au reste depuis le partement du dernier ordinaire j'ay receu un petit fagot de livres dont M' L'huillier s'estoit voulu charger de faire l'enveloppe chez luy pour y faire joindre les cahiers qu'il me renvoyé de la coppie de vostre lettre à Sckikard qui fut brochée dans a& heures, laquelle il a prins la peine de conférer et corriger sur vostre autographe. Il y a mis un exemplaire des Dialogues d'Orasius Tubero ^ fort proprement relié à la parisienne, lequel il veult que je garde pour l'amour de luy, encores qu'il m'ayt déclaré que c'estoit celuy qu'il avoit retenu pour luy. En quoy je ne sçauroys dissimuler que je suis constrainct de me faire violance attendu que ce livre estoit bien mieux employé à luy sans comparaison qu'à moy qui ne cognoys rien en toutes ces

^ La famease publication de La Mothe-Le-Vayer.

grandes élévations d'esprit, mais il faut céder à lexcez de son honesteté. II. est vray que si je retrouvoys jamais le mien, je le luy renvoyeray indubitablement. Avec cela M. L'huiliier m'addresse quelques exemplaires à vous faire tenir tant de vostre observation du Mercure que de celle des Parhelies, et un livre du s' du Chastelet intitulé Observon tions ^ etc. Or je pourroys bien retenir pour le péage un exemplaire de cette observation du Mercure pour r emplacer le mien que j ay envoyé au R. P. Athanaze Kircher de vostre part, aprez son parlement. Il m'a escript de Gènes du 22 septembre qu'il en partoit dans deux jours pour Rome, d'oi!l j'ay des lettres du 3 s octobre sans qu'on en mande rien. Mais le R. P. Dom du Puy m'escript du 1 7 septembre que le P. Scheiner en estoit party pour l'Allemagne, ce qui me faict juger que le P. Atbanase aura plus facilement congé de s'y arrester, au moings durant l'hyver, puisque le P. Scheiner aura de quoy satisfaire à la curiosité de l'Empereur et des Princes, ses enfants.

J'ay receu dans le mesme fagot le gros vol. in-fol. des Poètes grecs d'Henry Estienne frippé, et que je vis cotté dans l'inventaire de la Gazette, à l'indication duquel je priayM'du Puy de me le faire achepter, à cause de la Vie d! Homère par Plutarque qui y est mise en teste, avec ce que Dion Chrysostome, le Prophyre et aultres en ont escript. L'ordinaire n'est pas encor arrivé de Lyon, mais on dict que M^ le Cardinal estoit auprez du Roy, M^ le Mareschal ayant eu sa despesche par l'ordinaire de Rome avec des lettres de Paris du 1 8"***.

Si M^ Castagne est moings diligent qu'il ne dict, il portera les lettres de M^ L'huillier qui pourroient y estre pour vous. J'oublioys de vous dire que M' L'huillier a depuis envoyé quelque aultre petit fagot de libvres pour vous qui n'est pas encor arrivé, où il me semble qu'il dict avoir mis un des bréviaires nouveaux pour quelqu'un de voz amys. Cependant je vous renvoyé la harangue de M' de Boisseu que j'ay trouvée trez. belle et trez artistement elabourée, attendant de la

' Observatimu sur h vie et la cofidamnatÎQn du mareschal de Mt^rillao, par Paul Hay du Chastelet (Paris, i633, in-V).

ly. A9

386 LETTRES DE PEIAESG [1633]

voir en ia langue originelle latine. Nous avons icy au collège un sien frère jésuite qui a receu une sienne lettre depuis son retour d'Italie, et sur ce je finis demeurant, Monsieur,

vostre, etc.

DB Peirbsc.

A Aix, ce \Q ooYeinbre i633.

Je vous envoyé les k exemplaires des Parhelies, et aultant du Mercure, en ayant retenu le v"^, et aurez aussy les observations du s* du Gh8stellet^

\ MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^^ THBOLQGIÇ , CHANOINE ET THEOLOGAL EN L'JSGLISE CATHEDRALE DE DIGNE,

À DIGNB.

Monsieur, On ne m'a apporté quaprea disner vostre lettre du 19. Jay en mesme temps dict à cest honneste homme que s'il me Teust envoyé une heure plus tost, je nauroys pas perdu la commodité de l'envoyer à Paris, où je m'asseuroys qu'il estoit addressé, comme il a recogneu estre véritable, sitost que j'en ay rompeu l'enveloppe, dont il a bien eu du regret, mais comme je luy disois qu'il m'avoit bien la mine d'avoir voulu disner avant que me le rendre, et qu'il me l'advouoit assez ingenuement, quelqu'un m'a dict que l'ordinaire a voit esté arresté, et iuy mesmes y est accouru pour s'en asseurer, tandis que j'ay faiet faire une enveloppe sur vostre despesche, tellement que vous avez esté si heureux que vostre pacquet y est encor arrivé à temps, Dieu mercy,

* Bibliothèque nationale, fonds français, 13773, fol. io3. Autographe.

dont je vous félicite, aussy bien que de vostre chappitre des Cordeliers et adsistance de M' vostre Métropolitain.

J'ay reçeu une lettre de M' TEvesque de Digne du xi novembre seulement pour me donner advis de son arrivée à Paris, et suis bien marry de ne l'avoir eue à temps pour luy pouvoir respondre, et faire les remerciements de Thonneur de son souvenir. Au reste j'ay receu une lettre de M' de la Hoguette de Blaye du 27 octobre, où il dict avoir veu un discours prest à mettre soubs la presse d'un honnesle homme de ses amys qu'il ne me nomme poinct, concernant le flux et reflux de la mer, adjoustant qu'il a trouvé les raisons qui y sont alléguées si belles et si vray semblables que son entendement y acquiesce sans aulcune contradiction; ce sont ses propres termes, qui font que j'estime que ce doibt estre quelque chose non commune et bien extraordinaire; car il ne se laisse pas facilement surprendre ne prévenir d'aulcunes impressions ou presuppositions mal concluantes ^ Sur quoy je finiray demeurant,

Monsieur,

vostre, etc.

DE Pbiresc.

Vous recevrez cette lettre par le s' Molini, nostre allié, qui s'en va du costéde Piémont. Si M' d'Ambrun^ et le R. P. LeFebvresont encores là, ils pourroient bien luy donner quelque bonne addresse aux lieux où il peult avoir aflaire, dont je leur auroys de l'obligation.

A Aix, ce Q9 novembre i633'.

' C*est la lettre qui porte len'' lxxxv dans plus haut et doDt il est question dans pluie recueil que j'ai publié des Lettres inédites sieurs notes des pages 18a et 1 83 du redê Philippe Fortin de la Hoguette (La Ro- cueil des lettres de La Hoguette. chelle, 1888, grand in-8', p. 179). Le dis- * L'archevêque d'Embrun était alors Guilconrs sur le flux et reflux de la mer avait laume d'Hugues qui siégea de 1613a 16&8. été écrit par Antoine Villon (de Piassan , dans ' Bibliothèque nationale , fonds français , le comtat Venaissin), savant déjà nommé 13773, fol. io5. Autographe.

itg.

MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, CHANOINE ET THEOLOGAL EN l'église CATHEDRALE DE DIGNE,

À DIGNE

Monsieur,

J'ay receu un plaisir nompareil de vostre accommodement dont j'ay loué tant que j'ay peu la deferance de cez Messieurs tant d'une part que d aultre à voz bons et salutaires conseils, et prie à Dieu que les uns et les aultres s'y tiennent en paix et concorde aussy longuement que vous le pouvez souhaicter. Depuis la lettre que M' le Lieutenant m'a voit rendue de vostre part, j'avoys fait chercher les livres que vous demandiez, dont je retrouvay celuy de YAntir-Tycho^^ mais YHyperaspisies de Kepler^ s'est esgaré en sorte que nous ne l'avons sceu retrouver ne Corberan, ne moy, et qui pix est, le s"" Abeslon ne m'a faict sçavoir aulcune commodité de vous faire tenir celuy que j'avoys trouvé, lequel vous aurez maintenant par M*" le lieutenant, ensemble le bréviaire de M' L'huillier et les lettres venues de sa part par le dernier ordinaire. M*" Robert m'apporta une aultre despesche vostre plus fraische avec une lettre pour M*" Tonduti que je n ay pas manqué de faire tenir incontinant, et d'y joindre toutes les excuses que j'ay peu tant de vostre part que de la mienne pour le retardement. J'ay parlé à cez Messieurs de la prétendue difficulté de rédiger par escript voz conventions et les ay trouvez fort bien disposez à vous donner toute sorte de satisfaction pour ce regard.

J'ay envoyé quérir à Paris les deux livres nouvellement imprimez, s'ils s'y trouvent, tant de Briggius que de Vlaccus, ayant esté bien aise d'apprendre de vous le bon usaige qu'on en pouvoit tirer. J'avois perdu

* L'i<nft-ryc^o (Venise, 1 6a i,m-4') est * HyperaspisteSfOdverswiSetp.ClaramonHi

de Scipio Claraniontius ou Gbiaramonti. Anti-Tychonem produetus a Joan. Keppkro Voir le recueil Peiresc-Dupuy. (Fraocfort, Tempacb, i6a5 , in-4').

la souvenance de ce que vous m'aviez escript aultresfoys de ce P. Bo-* berti et de cet Helmont^ et vous remercie du soiog qu'il vous a pieu de prendre de m'en r'aifraischir la mémoire. Nous vismes hier icy un gentilhomme du diocèse de Tournay nommé de Stienne fort gentil et curieux qui [a] esté disciple et a eu des grandes habitudes avec le feu P. Malapertius avec qui il avoit souvent passé des journées entières à observer les macules solaires. Il m'a asseuré qu'entr'aultres belles observations ce bon Père luy avoit faict voir dans ses lunettes Mercure cornu, aussy bien que Venus, nonobstant le voisinage plus grand du Soleil, ce qui sera cause que je tascheray de le voir, s'il nous est possible , avec la nouvelle lunette que vous nous avez procurée , sitost que l'occasion se présentera d'en faire l'essay. Mais je crains tant le serain que je ne sçay qu'en espérer, attendu que le vent plus pénétrant vient du costé qui décline du couchant au Septentrion, dont il est malaisé de se desflendre en observant cet astre le soir.

J'ay faict à Gorberan toutes les remonstrances que j'ay peu, mais il a tellement l'esprit à la desbauche depuis quelque temps que je le tiens du tout incappable de rien faire qui vaille, et ne sçay si M' le Prieur de la Valette luy vouldroit confier son rayon, de crainte qu'il n'y laisse gaster quelque chose , à faulte d'en sçavoir bien user. Il fauldra néantmoings tenter.

J'avoys envoyé à Rome ce livret que vous me demandiez de Jonstonus, comme il me semble le vous avoir escript, et en attendoys un aultre exemplaire par les adresses de Plaignard^, mais M' le lieutenant m'a dict tanlost qu'il y en avoit trouvé un double, lequel il emporte quant et luy. Je joindray à l'Anti-Tycho une Statera Temporum que le cardinal Barberin m'a envoyé depuis peu, bien que je n'estime pas que

' J.-B. Van HelmoDt, né h Bruxelles en question : est -il plus naturel à rhonune

1877, mort en 16&A, iiit un des plus ce- de se nourrir de viande que de fruits? Voir

lèbres médecins de son temps. U fut Tami l'analyse de cette dissertation dans le livre de

de Gassendi qui lui écrivit de Louvain, le Bougerel (p. ib-S'j),

10 juillet 1699, une longue lettre en latin, * Le libraire de Paris déjà mentionné

pour mieux dire, une dissertation sur cette plus haut

vous y trouviez rien qui mérite, seulement afin que vous iayez veu et que si en voyiez ie tiltre il ne vous fist attendre davantage. Il fauldra presser M'' de la Hoguette pour faire haster l'édition du livre de ce reflux tant que faire se pourrai Cependant j ay prins plaisir d'en voir vos sentiments et ne vouldroys pas vous donner la peine de transcrire vostre Traicté de animai le temps vous estant trop cher pour en perdre à si mauvaise occasion. Mais si un jour vous le faictes mettre au net, vous nous ferez grande faveur de le nous' faire voir par anticipation. Le s' evesque de Vaison,Suarez,m'escript du 19"" de novembre de Rome, l'arrivée du P. Athanase Kircser et la réception d'une mienne lettre du 7"^ septembre qui estoit joincte à un volume de voz œuvres que je luy avoys envoyé de vostre part, pensant qu'il fust encor à Marseille, mais s'estant trouvé embarqué, je le luy ay faict tenir à Rome. J'ay aujourd'huy gouverné quelqu heure M' de S^ Aman revenant de Rome^ lequel m'a dict avoir gouverné fort souvent le P. Gampanella et le s*" Galilée dans Sienne chez l'Archevesque ^ en un logement paré de damas fort honnorable^. Il luy monstra tout plein de pièces de sa façon, depuis mesmes sa prison, et entr'aultres de trez belles epistres particulièrement à une sienne 6lle religieuse sur le subject mesme des matières traictées en son dernier libvre^.

^ Ce traite ne perat jamais. La Hoguette , dénonçant à Peiresc la paresse de Villon (lettre du 1 5 février 1 63/i , page 1 8a du recueil déjà cilé), avait bien raison d'ajouter : rrCela me fait craindre que nous ne verrons pas sitost Touvrage qu'il promet. »

' Sur la visite de Marc-Antoine Gérard dé Saint-Amant à Peiresc et sur les discours qu'il lui tint, voir dans le recueil Peiresc- Dupuy d'abondants détails (lettre du 19 décembre i633, t. II, p. 671-673).

' L'ai*ebevèqne de Sienne s'appelait Ascanio Piccolomini. C'était, d'après Nelli, on ancien élève de Galilée, et avec lequel le grand philosophe entretenait une correspon-

dance fréquente et affectueuse que n'interrompit même pas le procès.

* Il n'est pas étonnant que Galilée, hôte d'un ami dans le palais archiépiscopal de Sienne, ait été logé dans une chambre avec tentures dt damas. Toutes les chambres du somptueux palais destinées aux personnages illustres devaient être parées avec ie même luxe.

* Gsdilée avait eu deux filles de la main gauche. Celle dont il est question, nommée Virginie, était née à Padooe, le i3 août 1600 et était entrée en rdigion dans le couvent de Saint-Matteo d'Arcelri, prononçant ses vœux le k octobre 1616 et prenant

[1633] ET DE GASSENDI. 39t

II me disoit que le P. Gampanella a travaillé à touts ces beaux ouvraiges contenus en l'indice que vous avez veu imprimé à Venise, sur le seul crédit de sa mémoire , durant sa prison , sans qu il luy fust loisible d'avoir des livres à estudier ou alléguer ne d'escrire et que depuis qu'il est sorty de prison , il n'a faict que rédiger par escript ce qu'il avoit conceu et digéré avec une facilité merveilleuse. Il vouldroit bien estre en France et y seroit, je m'asseure, en bien plus grande estime qu'à Rome, où il fault que j'escrive par l'ordinaire de demain, ce qui m'oblige de finir, demeurant.

Monsieur,

vostre, etc., DE Pbiresg»

A Aix, ce t& décembre i633.

On me vient d'apporter un gros pacquet de M^ Bouchard apporté de Rome par un du train de M' de Grequy, venu sur la galère du Pape jusques à S* Tropez. J*y ay trouvé un pacquet pour M'^ l'Evesque de Digne, que je suis fort tenté de vous envoyer, puis qu'il est adressé à Digne, jugeant qu'il y ayt des lettres pour vous, attendu mesme que l'occasion de l'ordinaire de Paris est passée, tellement que vous aurez loisir de nous le renvoyer à temps pour le prochain ordinaire aprez que voua en aurez tiré voz lettres ^

le oom de sœur Maria Gekste. Toates les ietlres adressées à son père par cette religieuse, qui était réellement une femme d'un esprit supérieur, ont été publiées par M. Antonio Pavaro ovec une importante introduction dans un volume ayant pour titre : Galileo Galiki e suor Maria Céleste (Florence, 1891, volume in-i 6 de kho pafjfes). Malheureusement, ajoute le savant éditeur.

auquel je dois tous ces précis renseignements, aucune des lettres de Galilée à sa fille n'est arrivée jusqu'à nous et c*est ainsi que nous ne connaissons pas les trez heUes epistres signalées à Peiresc par Tenthousiaste Saint-Amant.

'^ Bibliothèque nationale, fonds français, 13773 , fol. 107. Autographe.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE , CHANOINE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE,

À ï)IGi>E.

Monsieur, Je vous envoyay, I aultre jour, le pacquet du dernier ordinaire sans vous pouvoir escrire, et à ce matin j'ay faict tenir à Paris ceux que vous m'aviez adressez tant pour M'* de Digne que pour M' Uhuillier. Nous avons depuis gouverné icy tout dimanche le s' de 8^ Aman revenant de Rome qui y a veu fort particulièrement le P. Gampanella , et depuis à Sienne le s' Galiléi chez TArchevesque oii il avoit un logement tapissé de soye, et fort richement emmeublé, disant qu il ne se pouvoit lasser d'admirer cez deux vénérables vieillards, et d'apprendre les bonnes choses qui leur eschappoient en commun discours. Le Ga^ lilei luy monstra quelque nombre de lettres missives fort curieuses sur divers subjects lesquelles il estojt aprez de faire mettre soubs la presse dont plusieurs estoient adressées à une sienne fille religieuse, lesquelles ne laissoient pas d'estre sur des subjects des matières traictées en ses livres. Il dict qu'un gentilhomme avoit dans Rome la coppie qu'on luy avoit promise de deux lettres par luy escriptes à la Granduchesse ^ oik il traictoit ex professo touts les moyens par lesquels il pouvoit soubstenir en bonne conscience et par la Sainte Escriture toutes les propo* sitions de ses livres ^ Il avoit espérance d'avoir bietitost la permission

' Ces lettres, veut bien me dire M, A. Favaro , n'étaient pas adressées toutes les deux à la grande duchesse de Toscane (Christine de Lorraine), mais une seulement, qui ne porte point de date , et que Ton sait avoir été écrite en 1 6 1 5. Cette très fameuse lettre, qui donna occasion à la nop moins fameuse lettre du P. Foscarinit et k Tapologie de

Campandla, a été publiée pour 1^ première fois dans une traduction latine due à Élie Diodati , avec le titre suivant : iVoo. antiqua sançtimmontm patnan , et probatonm theologorum dactrina, de Saerœ Seripiurœ iati^ moniis, in eaneluiiQmbuê mère naturaUhUi quœ sensqta experientia, et neeeêêoriù demonitrationibus etinei poseum, temere non

d'aller en une sienne maison^ et à Florence mesmes. C'est un trez agréable et trez doulx entretien que celuy de ce gentilhomme qui a

usurpandii : In gratiam SerenUsimœ CAm- HnœLotkartHgœ, Magnœ DueisHetmriœ fprif>alim unie eompiures amtot, iîalico idiomale cofismpto a GaUUto Galilœo, nobili Floref^ tino, primario Serenitatis ejus philosopho et tnathematico : nune vero juris publia facta, cwn latina versione italico texiui simul adjuneta {Auffustœ Trebœ. Impemu Eizeviriorum, typis Davidis Hautti, i636, în-&*)*. LsHande {Bibliographie mtronomique, p* ^07) écrit : rj*ai on exemplaire de cet ouvrage ^ui porte la date de i635 et qui est entièrement latin, n M. Favaro déclare que cette édition lui est complètement inconnue et il croit qu'elle n*a jamais existé. Il ajoute que la seconde lettre dont il est question dans le récit de Saint-Amant à Peiresc fut adressée au père Castdli, élève et ami de Galilée : elle est en date du ai décembre 161 3 et est non moins célèbre que la première, parce quelle fut Toocasion du premier procès contre Galilée. Une copie en est annexée au volume original du procès dans les archives du Vatican et y occupe les feuilles 3A3 v% 366 V*. Elle a été publiée pour la première fois par Poggiali, et après par Venturi et dans les éditions successives des œuvres de Galilée. Une traduction latine de cette lettre avait été publiée auparavant dans le volume ayant pour titre : Pétri ùassendi Apologia in Jos. B. Mùnni librum em titulus : Arx telluriê fractœ ; EpistoUe IV de motu impreno a ittotore translato. Una emn tribus GalUœi epiêtolis de conciliatione Scripturw Sanctœ cum Syêtemate Telluris mobilis, quarum

duœ posteriorei nondum editœ, nunc prinwm M. Neurœi cura proJeunt {Lugduni, apud GmlMmum Barbier, fyp. reg,, HDcxta).»

La troisième des lettres publiées dans le recueil qui vient d'être cité est adressée à Monseigneur P. Dini, le 97 mars 1616. Le texte italien en a été mis au jour pour la première fois par Mordli» et après par Ventun; on le retrouve dans les éditions successives des œuvres de Galilée. Les trois lettres reparaîtront dans le tome V de Tédilion des œuvres complètes de Galilée à laquelle M. Favaro attache à jamais son nom. * Profitant encore d*une communication de M. A. Favaro, je dirai que Galilée obtint du Pape la permission de quitter sa prison dorée de Sienne par décret du 1*' décembre' i633 ainsi formulé : Coneeditur Kabitatio in efus rura, modo tamen ibi ut m solitudine stet, nec evocet eo, aut venientes illue reeipiat ad colheatù>nes. Et hœ per tempus arbitrio S» 5.» Ce n» n*appartenait pas à Galilée : c'était une petite villa appelée ilgiojello (le bijou), propriété de la famille Martellini de Florence, louée par Galilée dans Tautomne de i63i pour le prix de 33 éeas par an. Cette villa, qui existe encore aujourd'hui, est située à Arcetri, à une demiheure de Florence, et Galilée lui avait donné la préférence, parce qu'elle était tout près du couvent de San Matteo d'Aroetri où il avait deux filles religieuses. En partant de Sienne il arriva, le 17 décembre i633, à Arcetri. C'est dans cette villa mime qu'il mourut le 8 janvier i64a.

* M. A. WUlenu ( Les EU^vier, p. i lo) ne nomme point raateor de cette traduction et se contente de dire : «Pièce rare imprimée k Strasboarg aux frais des Elsevier, dans la même officine que le %«<9ma coamicHm auquel elle fait suitcv" M. ^illems attribue à la lettre adressée par Galilée i la grande duchesse de Toscane la date : 1616.

uo

lUrftiatKIS XATIO'tiLI.

394 LETTRES DE PEIRESG . [I633J

esté aux Indes plusieurs foys, et a observé des choses bien curieuses, particulièrement soubs la ligne ou entre les Tropiques où il a veu des grandes foresls à perle de veûe d'orangers et citronniers au droict du Tagrin à la coste occidentale d'Afrique. Il a veu quelquefoys en cet endroit là sept ou huict foys pour un jour de ces puissots (selon qu'ils les appellent en Normandie) que noz matelots provençaulx appellent siaillons, qui en plein jour et jamais la nuict, viennent du ciel puiser de l'eau avec un bruict et une vîolance eiïroyable^ et font perdre les navires, s'ils s'adressent à prendre leur routte sur eulx. C'est pourquoy ils abbattent incontinant toutes les voilles, et touts les hommes se jettent ventre à terre. Il dict que c'est une nue dans le ciel si petite à la veûe comme un tonneau de laquelle descend une queiie jusques dans la mer, comme la queue d'un serpent, où elle puise de l'eau et en attire quantité daus le ciel qui se convertit enfin en nuages, et qui faict des tournoyemenls comme les tourbillons de vent. Il nous dict qu'un sien frère avoit esté encore plus avant que luy dans les Indes, qu'il avoit veu dans la Java Majeur en la province de Bâtas plusieurs de ces animaux qui font une troisiesme espèce entre l'homme et le singe, entre lesquels y a l'un et l'aultre sexe et production de race, lesquels sont semblables à celuy qui fut porté o ou 4 an» y a en Hollande au prince d'Orange, qui sont velluz, ne parlent poinct, mais ils pleurent et rient comme les hommes, ne sont point malfaisants, et s'en sert-on dans les maisons pour leur faire ballayer la chambre, allumer du feu, et faire tout plein il'aultres ministères domestiques, qu'ils font avec une grande punctualîté et mansuétude ^

Au reste Corberan a enfin attrappé M' le Prieur de la Valette à la promenade, et l'a reconduict aujourd'huy chez luy, tellement qu'il n'a peu se desdire ne se faire cascher, comme quand il tient la chambre, et luy a remis son rayon, mais je ne sçny s'il sçaura observer rien qui vaille. Le temps est bien chargé au couchant pour rien voir à vostre

* Tous cej dëlajls re relrouveat dans la l^îtlre déjh citée de Peiresc h Dupuy (tome 1!, p. 67Q), sauf ce qui regarde les typhons.

Mercure. Je luy avois fait affuster la grande lunette, pour tascher de le voir ou en son plein ou avec ses cornes, mais il ne Ta pas cncores sceu descouvrir, les temps sombres ne le luy ayants pas permis d'un costé, ne sa desbausche de Taultre. li n aura plus le prétexte du manquement du rayon. Cependant je voulus, jeudy dernier, voir Juppiler dans celle grande lunette par laquelle je ne Tavoys encores veu, et eu un plaisir nompareil d'y distinguer troys de ces petits plane ttes sur les dix heures du soir orientaulx et distants du corps de Juppiter de la distance de deux foys son diamettre; mais ils estoient si proches que deux sembloient sentretoucher et le troisiesme-desbordoit hors de la ligne de leur commune course, d'où je tirois argument que si ce n'estoit quelque estoille fixe, il falloit que ce fust celle qui rouUc par le plus grand cercle, et que nous y voyions cette déclinaison d'un quart du diamètre de Juppiter pour estre non plus septentrionaulx que le lieu de l'eclyptique où ils estoient lors, ce que je n'avois jamais si bien dis-^ tingué dans mes précédantes lunettes. Je voulus le vérifier les jours suyvants, mais la grande pluye de vendredy couvrit tout, et le sammedy au soir y avoit de si grands brouillards qu'encores que nous vissions le corps de Juppiter, il ne s'y distinguoit pas de ces aultres petits planètes. Gorberan y en vid troyz la matinée du sammedy et le soir du dimanche, mais ne m'en ayant pas adverty à temps, je n'en peus pas faire l'essay pour en examiner les observations et correspondances.

J'ay enfin receu la traduction en chiffre comme une des tables du Rabby Manuel, fils de Jacob, escrittes à Tarascon depuis tant d'années, et suis résolu de les vous envoyer pour voir si vous y trouverez rien qui peust estre de vostre goust. C'est une traduction à demy françoise et à demy provençale, selon que l'on l'a peu tirer du bon homme R. Salomon Azuby de Carpentras, mais vous ne laisrez pas d'en tirer pied ou aisle. L'autheur les appelle des aisles. J'ay fait transcrire à part le texte de la prefface de l'autheur pour l'envoyer, si vous trouvez bon, à M' Skikard à Tadvance, et s'il le trouve à propos, nous lui envoyerons par aprez l'original manuscrit en paf«-

396 LETTRES DE PEIRESG [1633]

chemin. J'ay faict tenir à M' de S^ Legier Tonduty ^ vostre lettre avec vos excuses.

On me faict Teste du Caire d'un livre arabe de Soientia Cœlarumy ce disent-ils, mais peult-estre ne sera-ce rien qui vaille. Mais j'ay eu je ne sçay quel vent d'un exemplaire du livre d'ENOGH qui est comme quasi l'Apocalypse en fo^me de Prophéties des choses à venir, datte de peu avant son Assomption ou Ravissement, où il y auroit bien à discourir, je m'asseure, si c'estoit une version de la pièce mesmes qui est alléguée par S* Pierre^. Vous croyez bien que je n'y oublierai rien de mon industrie et de mon chetif crédit pour tascher de l'arracher des mains de cez barbares, n'ayant peu vous en celer l'advis, mais je vous supplie que ce soit qu'à vous de peur des faulses prophéties et des jalousies qui font traverser et avorter beaucoup de bons desseins, demeurant avec cette bonne bouche. Monsieur,

vostre, etc.

A Aix, ce so décembre 1 633 '.

LXXXVIIl

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI

Monsieur, J'ay receu par l'ordinaire soubz l'enveloppe de M' du Puy une lettre que m'escript M*^ L'huillier accompagnée d'un pacquet pour vous et

^ Bougerel mealionne ainsi ce personnage (p. 1^7) : (rll [Gassendi] envoya aussi [en i633] à François Tonduti, sieur de Saint-Lëgier, jurisconsulte et astronome d'Avignon, les différentes longitudes de Paris, d'Aix, d'Avignon et de Digne.* Voir, dans le Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse, par le docteur Baijavel (tome II, p. 44a-446), un intéressant article sur Pierre-François Tonduti, seigneur de Saint- L^er et de Mont-Sérin, crtout à fait oublié

dans les biographies n , né en février 1 583 à Avignon , où il est décédé le 1 7 septembre 1669. Le docteur Barjavel n'a pas manqué de citer sur Tonduti considéré comme astronome la Vie de Peiresc par Gassendi ( p. 3 1 8 , à Tannée i6a8).

* Sur le livre d^Enoch dont Peiresc ne cessa guère de se préoccuper jusqu'à la veille même de sa mort, voir le recueil Peiresc-Dupuy, pasnm,

' Bibliothèque nationale, fonds français, 19773, fol. 109. Autographe.

d'une aultre large lettre dont le caractère ne m'est pas congueu, et quand ceux du Bureau ont donné mon pacquet à mon homme, ilz luy ont dict d'avoir entreveu, ce leur sembloit, un aultre pacquet par vous addressé à moy, comme la dernière foys, lequel je n'ay pas manqué d'envoyer redemander, mais ilz ne l'ont pas encores retrouvé. Cependant un petit laquay m'est venu advertir de la commodité de son retour, dont j'ay esté bien ayse pour avoir moyen de vous faire tenir ces lettres là , ensemble trois petitz libvres que M^ L'huillier me charge de vous faire tenir estantz venuz dans une balle des Moreaux parmy d'aultres libvres que M' du Puy m'a envoyez, parmy lesquelz ledict s' L'huillier avoit mis un exemplaire des Tables du Lansbergius, avec ordre exprez que je le retienne en remplacement de celluy que je vous avois envoyé pour satisfaire à la charge que vous luy en aviez donné, en quoy vous me permettrez de vous dire que je vous trouve un peu plus cérémonieux et punctuel qu'il n'estoit besoing en mon en* droict. Gez sortes de libvres là estantz bien inutiles entre mes mains, et celluy là de bien peu de conséquence pour avoir faict scrupule de le îtenir de ma main sans le remplacer, mais il fault aggréer tout ce que vous voulez.

Je vous envoyé un bordereau des aultres libvres qui sont venuz par ensemble , à cette fin que vous voyiez sîl y aura rien de vostre goust tout estant à vostre service aussy bien que moy.

Gorberan n'a point encore sceu recognoistre vostre Mercure , à mon grand regret, je n'ay osé me bazarder de l'aller chercher avec le serein, mais s'il eust esté trouvé, j'eusse tasché de monter au haut du logis ^ pour voir à la desrobée une observation, et particulièrement à la grande lunette pour voir s'il auroit encore recouvré ses cornes, car selon la supputation du Keppler, la conjonction estant vers l'emmy janvier, il n'auroit plus guieres de temps à paroistre , parce que le voisinage du Soleil l'offusque incontinant.

.M' du Puy m'escript que le P. Morin a faict imprimer ses Exercitor

^ Ui où était le petit observatoire de Peiresc.

tiones Biblicœ, et qu il s'en est incontinant allé supérieur à Rouen sans avoyr le loysir de donner aulcuus exemplaires de son libyre^tant on Ta pressé. Je ne sçay comme il a accepté ceste charge qui viendra bien mal à poinct à la continuation de la Grande Bible de M^ Le Jay. Oq m'escript de Rome que le s^ Pietro délia Valle commance à se plaindre qu on ne luy restitue pas son Peniateuque^ puisqu'on dict qu'il est achevé d'imprimer si iongtems y a, et s'en prend quasi à moy qui le luy a vois faict demander tout le premier, bien que ce n'ayt pas esté à moy qu'il l'avoit addressé, et que je nel'aye jamais teneu ne veu, tant le P. Bertin en fut jaloux dez qu'il s'en fut chargé , encore qu'il passa k Boy sgency lorsqu'il le portoit, mais il me fist à croire qu'il ne Fa voit pas avec luy de peur de me le monstrer, encore que je luy fisse voir dans la lettre qu'il me rendit dudict s^ Pietro délia Valle , qu'elle portoit ordre de me faire voir son libvre, lequel j'eusse des lors accompagné des miens que je luy fis voir en passant, mais il est vray que ceste jalousie m'a voit un peu rebutté. Je verray neantmoins d'escripre un mot à Paris pour moyenner la restitution de ce livre à M' délia Valle. M" Rigault m'escript qu'il y a desja 3o feuilles imprimées de mon volume manuscrit des Eclogues de Constantin Porphirogenete avec la version latine de M' de Vallois, et me dict que les pièces de Polybe non encores veûesluy semblent fort importantes. Sur ce je demeure, Monsieur,

vostre, etc.

DE Pbiresc.

A Aix, ce 9/1 décembre i633.

Depuis avoir escript. M' du Puy, intendant de la maison de M' de Grequy, revenant de Rome, a pris la peine de me venir voir, il m'a dict avoir laissé encor à Rome le P. Scheiner qui luy bailla U planches en taille doulce sur l'ecclypse dernière du soleil pour M' Valois ^ qui

^ Ce Valois est raslronome-trësorier de Grenoble. L^auire, nommé quelques lignes plus haut, est Henri de Valois, le grand ërndit.

sont dans ses bardes à Marseille, qu'il faieoit imprimer un discpurs sur lesdictes planches lequel n'estoit pas encore achevé, qu'il vous en vouloit envoyer uu exemplaire et vous escripre, ensemble le P, Atha-* naze Kircser aussytost que cette pièce seroit hors de la presse. 11 m'a dict que M^ de Gréquy et touts ceux qui sont demeurez prez de lu y seront bien incommodez parce qu'il emporte toutes leurs bardes, et toutesfoys ils sont encores là possible pour plus longtems qu'ils ne pensent, encores que le commandement du Roy n'ayt esté d'arrester là que jusques à la fin de ce moys, puisque la Gazette dict que c'est pour agir contre les prétentions de l'Espagne qui poursuit un concordat pareil à celuy de France.

J'auroys désiré que vostre petit garçon vinst à ce soir monstrer à Corberan le lieu à peu prez où il pouvoit avoir veu le Mercure quant et vous\ mais le temps a esté tout couvert.

Vous aurez un exemplaire de la dernière action de M' Fabrot^. Je vous renvoyé par mesme moyen vostre volume du Sckikard et Hortensius avec mille remercimentz trez humbles, en ayant recouvré un aultre exemplaire de chascun que je feray relier comme pour moy, mais je ne sçay si celuy que j'ay retenu de vostre observation pour y mettre en teste ne sera point trop roigné.

Monsieur, j'ay depuis receu le paquet du P. Athanase [Kircher] du ili novembre venu par la galère de M' de Gréqui. Il me faict une longue description des incommoditez et dangers qu'il a courus sur la mer et me charge de la faire voir aux Pères de leur collège pour la transcrire et envoyer en Avignon. Sans cela je vous envoyeroys dez à présent, comme je vous envoyé la lettre qui y estoit jointe du P. Scheiuer avec les deux espreuves des figures qu'il y avoit adjoustées de son observation de la dernière ecclypse, m'asseurant que vous ne serez pas marry de les voir, et de nous en dire voz sentimens, comme je vous en supplie. Le P. Athanase me prie d'envoyer au P. Scheiner

* En même temps que vous, avec vous. — ' Voir ce qu^ea dit Gassendi dans sa réponse du t" janvier i63& inscrite sous le n* XC.

le livre du P. Malapertius et un aultre pro motu terrœ pour le Galilée. J'estime que ce soit ce Phi[lippe] Lansbergius que je luy envoyeray par la première commodité, mais non TApoiogie pour encores. Il ma envoyé son livre de Arte pingmdi, mais surtout j'ay prins grand plaisir de voir ce qu'il dict en la dernière page de sa lettre, de ses dernières observations des macules, cessées et réitérées ^

LXXXIX • À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

ABB^ ET SEIGNEUR DE GUISTRBS, CONSEILLER DU ROT EN SON PARLEMENT DE PROVENCE,

À AIX

Monsieur, Je vous escrivis avant festes^ succinctement, et encore seulement, s'il me semble, de nostre affaire avec messieurs les officiers, croyant que ce seroit là la dernière fois dont je vous en romprois la teste. Mais par ma disgrâce il faut que je vous en die encore ce mot et puis je vous parleray d'autres choses. Au jour dont je vous escrivis le soir que toutes choses avoint esté conclues. Monsieur le Lieutenant avoit trouvé bon de signer tandis que tout le monde seroit assemblé l'escrite, que je vous envoyé pour vous donner la peine de la voir. J'y avoy addoucy toutes choses et mesmes à leur advantage, et qui plus est, Monsieur le Lieutenant ayant passionnément deziré que la place immédiate après le^prevost fust fixe, à cause de la coustume que nous avons eu ceste église que l'assistant soit assis au costé de l'officiant, et laquelle ils avoint accordé d'entretenir le sieur prevost faisant l'office , j'avoy obtenu de nostre chapitre que nous assignerions à l'assistant une autre place que celle du costé. Or le lendemain matin je donnay la mesme

^ Bibliothèque natioDale, fonds français, 19779, fol. 111. {Les poit-seriptum seuls sont de la main de Peiresc.) — * Avant les fêtes de Noël.

[1633] ET DE GASSENDI. /lOI

escritle à M'" Gastagni, qui ne Timprouva point, et le priay de la faire voir et aggreer de mesme à toute ]a compagnie. Sur l'heure du disuer ces messieurs les lieutenans prirent la peine de passer par chez moy pour me dire de faire trouver bon à nostre chapitre de retrancher la dernière clause touchant la promesse de la croix. Apres le disner moy et un autre chanoine leur ayant rapporté que cella ne se pouvoit point faire, tout fust rompu. Gomme nous estions à Vespres, monsieur Castagni me feit appeller pour me faire proposer au chapitre de faire la dite promesse par une escrite séparée. Je feis assembler le chapitre à l'yssue de Vespres, et il fust trouvé bon de s'en contenter. Messieurs les officiers s'estant assemblez la dessus prirent resolution de n'escrire rien pour tout; et nous l'ayant fait sçavoir nous feismes aussi resolution de n'en faire rien pour tout. Le soir de la veille de Noël ils nous feirent une sommation de mesme que les précédentes, et nous feismes responce par laquelle nous nous rapportasmes à celle dont je vous ay autresfois escrit le sommaire ; cependant monsieur d'Ëspinouse ^ estant intervenu pour composer le différent de l'escrite, et sur la difficulté que ces messieurs faisoient qu'elle demeurast entre noz mains, nous nous rangeasmes avant hier à ce que monsieur d'Ëspinouse en fust le dépositaire. Ces messieurs la n'ayant point voulu accepter la mesme chose, ayant voulu que nous nous fiassions en leur parole et monsieur d'Ëspinouse nous ayant instamment prié de le faire, nous l'accordasmes enfin hier à l'yssue de Vespres, en adjoustant qu'il faloit donc que ces messieurs prissent la peine de nous en venir donner eux mesmes la parole dans la sacristie où nous avons accoustumé de nous assembler,

* François de Villeneuve, seigneur d^Espinouse, fils de Scipîon et de Sara du Mas de Casleilane , yiguier de Marseille en 1 6a& , premier consul d'Aix en i638, n*eut pas de postérité dlsabeau de Faucon , sa femme , veuve de François de Villeneuve -Flayosc et fiile de Guillaume, seigneur de Sainte- Marguerite, et de Françoise de Baschif.

Après eux la terre d'Ëspinouse [aujourd'hui

commune des Basses-Alpes, à 17 kilomètres de Digne] vint à Pierre de Conoiis, en faveur duquel elle fut ërigëe en marquisat, et dont la mère Isabeau de Villeneuve était cousine germaine du susdit François. Les Corioiis d'Ëspinouse subsistent encore à Marseille. (Communication de M. le marquis de Boisgelin).

MPIltftBIt WATIOVO.r.

quand ce n'est point dans la maison capitalaire, afin que d'ailleurs nous remerciant en corps des places que nous leur avions accordées, nous signassions tous ensemble Tescrite pour Fautre chef qui est pour lasseurancede noz chaizesdu costé de larchidiacre en cas déplus grand nombre d'officiers. La chose leur ayant esté rapportée, ils estimèrent que leur corps seroit prophané s'ils nous randoint ceste deferance, bien que c estoit là un des chefis qui avoint esté accordez quand messieurs les lieutenants partirent pour Aix. Et nous autres voyans cella, et con* sidérant qu'il ne nous sçadroit arriver pis, nous avons resoulu de ne donner point tesmoinage d'une extrême lascheté, et de pousser l'affaire jusques au bout. A sçavoir à qui est le tort, je vous en laisse le juge. Monsieur Giroud porteur de ceste despesche, et qui a contribué son pouvoir avec monsieur d'Ëspinouse pour nous faire franchir ces dernières difficultés, vous en pourra dire mieux par le menu toutes choses.

Au reste, puisque j'ay ceste commodité, je m'en vay vous renvoyer les trois pièces qu'il vous a pieu me communiquer par voz despesches dernières. La première c'est les tables de R. Emmanuel traduites par le bonhomme R. Azuby tant afin que vous en faciez plus tost part à Schickart que parce que je n'auray guiere de loisir durant quelque temps de m'amuser après pour le dessein que j'ay fait de commencer avec Tannée de mettre au net et envoyer à monsieur Luillier mes chetifs commentaires sur Epicure. 11 m'en a tant pressé, et tant d'autres avec luy qu'après avoir prou différé, et ne trouvant jamais asses de loisir j'ay cru qu'il falloit se résoudre vertement d'y mettre la main et quelque affaire qui peut survenir, tascher d'en tracer toutes les sen^ines un cahier. Tespere donc de commencer dès la semaine prochaine, et me suis resoulu de laisser chasque cahier sous vostre enveloppe (prétendant de les envoyer un à un) aCn qu'à vostre loisir vous puissiez voir le tout, s'il vous en prend quelque envie. Je dy à vostre loisir, parce que quand vous n'envoyerez pas tousjours le cahier par le prochain ordinaire après l'avoir receu, la perte nen sera pas grande. Mais pour revenir aux dites tables, je trouve qu'il seroit bon

d'envoyer à Schickai*d non seulement la préface, mais encore Tasage adjonsté à la fin pour les deux éclipses dernières, à cause que véritablement la précision en est asses considérable pour le temps auquel les tables ont esté dressées. Sur quoy j ay à vous diro qu'il se faut un peu plaindre au bon R. Azoby ^ de quoy il a altéré la première page des dites tables, pour les rapporter à nostre temps, plus lost que de la laisser comme laulheur Tavoit escrite en la rapportant à son temps. Car oultre ce qu'il nous prive du moyen de cognoislre (e dit temps de l'autheur pour nous faire sçavoir le sien, qui est après le 988 cycle accomply, cella peut donner quelque ombrage du reste. Quand il eust laissé la première la révolution accomplie dû temps de Tautheur, la sienne de 3D3 ou 988 l'eust tousjours suivie d'asses près pour estre comprise dans la suite. Je laisse à part qu'en l'application aux Eclipses dernières, il eust esté bon qu'il eust dit les quantiesmes des mois de Hesvan et Ijar respondoint (siV) aux tantiesmes de noz mois, et quelques autres petites particularitez sur le rapport des temps sans lequel la pratique des tables quoy que facile d'ailleurs peut estre trouvée difficile. Le second livre que je vous renvoyé est l'usage du calendrier Grégorien qui certainement, comme vous avez fort bien recogneu , nous apprend fort peu de chose. Il est vray qu'à qui n'aura point d'autres tables ou d'esclaircissement du dit calendrier, comme il y a beau* coup de telles personnes parmy le vulgaire de ceux qui se picquent des lettres, ceste pièce pourra estre de quelque usage. Le dernier est l'anti Tycho de Glaramontius que j'ay reparcouru % me reservant de le voir avec plus de soin, s'il nous arrivoit de nouveau quelques comètes. J'en ay assez veu à présent pour luy en toucher seulement un petit mot en luy rescrivant, ce que j'espère de faire durant

^ La partie de la lettre rdative aa rab- Bougerel (p. 197), mais avec quelques al-

bin Azubi a été reproduite, mais non tex^ tërations; la première phrase, par exemple,

taelkment,par Bougerel(p. !i6) qui, selon ^tant ainsi modifiée par le biographe : rrj'ai

l^Qsage de son temps, anidyse {rios qu*H ne parcouru Tanti Thyoo de Seipion Glaramon-

cite et se contente de Yk peu près. tins ) je me réserve de le revoir, etc. 1»

* Ce passage a été aussi reproduit par

ces deux ou trois jours qui restent de ceste année que j ay destinez à escrire encore tout plain d'autres responces, dont je suis redevable, pour avoir l'esprit plus deschargé de soins au commencement du travail dont je vous ay parlé ^ Je fus si malheureux dernièrement qu'ayant receu vostre despesche sur l'empressement de nostre accord, et n'ayant leu vostre lettre qu'à demy lorsque je vous fey responce , j'addressay à M' Robert, qui avoit deziré de faire quelque addresse de mes lettres à M*" de Digne, le pacquel qui luy venoit de Rome sans l'avoir ouvert. Si j'eusse eu leu vostre apostille j'y auroy peu prendre mes lettres, mais il faudra attendre que M' de Digne me les renvoyé de Paris. Si quelque committimus vous arrive de la part de ce bon seigneur ou de M' Pellissier qui est chanoine en nostre église*, vous le conserverez s'il vous plaist et me donnerez seulement advis de la réception, suivant ce qu'il me semble vous avoir escrit cy devant. J'avois escrit à M' de Digne par ma précédente que si les dites commissions n estoint point parties lors de ma lettre receiie, il ne les envoyast point, attendu nostre accord, que je croyois bien asseuré. Je m'en vay luy r'escrire qu'il ne laisse pas de les nous envoyer. Je vous remercie de très bon cœur de la part qu'il vous a pieu me faire de ces nouvelles que vous avez apprises touchant ces siaillons^ et ceste espèce d'animal qui est moyenne entre l'homme et le singe. Ce sont là des choses certainement bien considérables. Je vous remercie encore de ce que vous m'avez appris de Testât du bon Galilée. Je luy escriroy volontiers un mot, mais je ne sçay comment l'entreprendre, tellement toutes choses sont chatouilleuses de ce coslé là. J'ay aussi veu Jupiter au mesme temps que vous

' Celle longue phrase est ainsi raccourcie pnr Bougerel : «r J'en ai lu assez pour lui en écrire deux ou trois mots. » On voit que les guillemets dont se sert le docte oratorien sont singulièrement trompeurs.

' Sur le chanoine Pellissier qui avait conteste à Gassendi, en 161 5, la chaîne de tliëoiogal de T^se de Digne, voir Zfocvments inédits sur Gassendi, p. 9. On trouvera

là une piquante historiette sur ce bon chanoine qui resta court en chaire, avant même d*avoir commencé son sermon, et à qui un avocat reprocha devant le Grand Conseil d'être ainsi rr demeuré à quia».

' C'estrà-dire, comme nous Tavons va dans la lettre du 90 décembre i633, ces terribles phénomènes qui ont reçu le nom de typhons.

et durant huit ou dix jours avec ses satellites, et qui plus est, oultre son application avec le soleil qui est arrivée durant ce temps là, j'ay observé son passage auprès de Testoile Perseus qu'il a abbordée du costé du midy à /i diamètres de son corps près, j'entens par la lunette, car sans lunette il la cachée durant plusieurs jours. Quelque jour je vous en pourray faire voir la description. Pour le sig^ Mercure, le temps m'avoit tousjours empesché de le voir jusques à hier au soir. Comme je commençois de le descouvrir, monsieur d'Espinouse entra au logis pour me reparler de l'affaire, mais j'aimay mieux commettre une incivilité envers un gentilhomme dont la bonté m'est cogneue d'ailleurs, que de lascher une prise et intermettre une observation que j'avoy tant dezirée et que je n'estoy pas asseuré de pouvoir reparer attendu l'inconstance du temps qui en effect à présent ne nous promet rien de bon. C'est, Monsieur,

vostre, etc.

Gassend.

A Digne, ce 98 décembre i633.

Monsieur, le temps s'estant esclaircy hier despuis ceste lettre escritte, j'eus moyen hier au soir de faire une observation de ? [Mercure] asses considérable pour les refractions auxquelles je n'avoy jamais si bien et exactement pris garde. Je vien de l'escrire à monsieur de la Vallette. H vous pourra monstrer et dire ce que c'est. Il vous baillera aussi une lettre que M' Morin m'a escrite laquelle après vous me ferez s'il vous plaist renvoyer ^

' Bibliothèque nationale, fonds français, gSSô, fol. 999. Autographe.

A06 LETTRES DE PEIRESG [1634]

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESG

▲BB^ ET 8BIGNEUB DE GUISTBBS , CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROYENCE,

ÀAIX.

Monsieur, Je vous feis uoe assez grande despesche il y a trois ou quatre jours par Monsieur Girard s'en retournant de nous prescher. Celle cy ne le sera pas tant parce que je suis lassé tant d'avoir presché ^ que d'avoir fait plusieurs lettres pour Paris et mesme commencé le travail dont je vous ay fait mention par ma précédente ^ Je vous doy neantmoins accuser la réception du pacquet qui m'a esté apporté par mon laquais, et de toutes les choses y contenues. Les pacquet et lettre dont vous estes en peine sont de M' Diodati. Je luy donne advis qu'en m'escrivant il mette ses lettres sous une enveloppe addressée à vous, puis qu'il vous plaist de le trouver bon. Je me dispense de luy envoyer celle de voz précédentes par laquelle il vous, a pieu me faire part des nouvelles que vous avez apprises de M*" Galilei, parce que ce bon homme me marque qu'il en est en peine. Il m'escrit qu'il a disposé M' de Meziriac à luy consigner quelques traités de sa revision sur Plutarque pour les faire imprimer soit à Genève soit aifleurs, et les publier comme un eschantillon par lequel on juge de toute la pièce. Il adjouste que le sieur Bernegger de Strasbourg a desja fort advancé à sa sollicitation la traduction du dernier livre de Galilei '. Ce Bernegger en avoit aussi desja traduit le traité du compas de proportion. Je retiens l'Exercitation de M' Fabrot puis qu'elle a esté imprimée à Aix et que je m'imagine que

^ Bougerel a exagéré cette lassitude en à Peiresc le premier janvier, qu'il est presque

la changeant en ëpuisement. Q n*ëtait pas, épuisé pour avoir trop prichë.« dit-il (p. 198), (T tellement occupé à sa phi- * Le commentaire sur Épicnre.

losophie et à ses recherches, qu'il ne s*ac- ' Voir sur Mathieu Bernegger le recueil

quitât aussi des devoirs de son état. Il écrit Peiresc-Dupuy, t III, p. 364 et suiv.

c'est vostre volonté. J ay pris grand plaisir à la lire et l'ay trouvée bien curieuse, ingénue et digne de son autheur ^ Pour la lettre du père Schei* ner,je la vous renvoyé avec niille remerciemens de la part qu'il vous a pieu de m'en faire, et ensemble les figures de son Eclipse, me craignant que ce soint celles qui sont destinées pour Monsieur' Valois , j'ay esté bien aise de les voir aussi bien que sa lettre, et le seray encore davantage délire le discours que ce bon père nous promet. Les figures sont ingénieuses, mais il eust esté dezirable que les moments du temps y fussent adjoutez; toutesfois nous les apprendrons à mon advis par le discours. Je ne vous r envoyé point encore l'apologie de Lansbergius parce que jusques icy je ne l'ay point leûe si ce n'est bien superficiellement. Parmy les livres de vostre mémoire je dezireroys principalement voir Christofori Besoldi de n[atura] populorum, etc., et de melancholia hypocondrinea Joannis Hamkicy. Je suis regretteux de n'avoir point le loisir d'escrire à présent au sieur Gorberan, mais je vous supplie, en attendant que je le face, de luy faire sçavoir que j'ay esté ravy et ay infiniment prisé sa bonne volonté. Le bout de l'Ësquierre de lethon qui porte le rayon doit estre posé précisément sur un petit trait que j'avoy tiré tout au fin bout dudit rayon suivant la rectification qu'il me souvient d'en avoir souvent faite. Pour le surplus il aura plus tost fait de demander à Monsieur de la Yallete , qui sans doute sera le plus aise du monde de Ten esctaircir comme quoy il doit remarquer les parties de part et d'autre du traversier, que je ne luy ferois comprendre par lettre. Depuis la vostre et la sienne vous aurez sans doute descouvert $ puisqu'il a desja si bien paru durant cinq ou six jours. J'ay toujours pris la distance d'avec Lucida Aquilaa, qui est baute à main droite et sitiister humérus qui est au dessus, excepté qu'hier au soir au lieu de ceiste dernière j'employay os Paegasi pour remarquer mieux l'incroyable progrès des refractions, à cause de sa plus grande perpendicularité et y adjoustay la distance d'avec Fomalhaut qui commença de nous parotstre hors d'une pente de montaigne, l'aigle aussi bien

^ Tout ceci a dië abrëgë par Bongerd (p. laS).

s'approchant d'une autre, tellement noslre pauvre horizon est icy geheiné. Je pense que ces observations que je fay maintenant seront des plus importantes qui ayent encore esté faites de ce planète, parce qu'à faute d'avoir pris garde aux réfractions exquisement, il est mal-aisé qu'on l'ait jamais guère observé bu designé en son vray lieu. Mais à tant je finis, pressé d'ailleurs par la présence du bon père Barrault qui vient d'entrer céans sur son passage pour Bourg en Bresse où il va faire tenir le chapitre des Gordeliers de ce pais là en qualité de commissaire, afin de luy donner un mot pour M"" de Meziriac. J'ay tousjours oublié /de vous demander si vous aviez point eu de responce de la réception de vostre Eusebe ou si par adventure vous ne l'avez point encore envoyé attendant d'y joindre la vie d'Homère. Je ne sçay comme quoy j'ay peine de finir. Je suis tousjours, Monsieur,

vostre trez humble, trez affectionné et trez obligé serviteur,

Gassend.

A Digne, ce i" jaDvier de TaiiDée i63& qae je vous soohaUte très heorease ^

XGI

k MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND.

Monsieur, J'ay bien du regret d'avoir tardé si longtemps à vous escrire, ne s'en estant présenté qu'une commodité depuis mes dernières lettres, en temps que je ne sceus m'en acquitter et que je fus constraint de vous envoyer voz lettres de Paris toutes nues. Estant en arrérage de responce à vos deux despesches du lundy a 8 du mois passé et i de ce nouvel an que je vous souhaicte aussy heureux etaussy conforme à voz vœux comme le doivent faire touts voz fidèles serviteurs, au nombre desquels je me range, quoyque des plus inutiles, mais des plus desvouez, vous

^ Bibliothèque nationale, fonds français, 9886 , fol. aaA. Autographe.

félicitant de bon cœur la nouvelle invention que vous avez trouvée d'observer vostre Mercure avec la diversité de l'effect des refractions, dont je seray bien aise de voir un jour ce que vous en aurez couché par escript en vos diaires, et cependant ce que vous en avez touché à l'advance à M*^ le Prieur de la Valette. Mais il est devenu si peu trouvable chez luy depuis quelque temps qu'il y a aultant de peine à Tattaindre et à luy desrober le temps d'une visile, comme on sçauroit avoir à attendre vostre Mercure en embuscade pour le surprendre en ses voyages ou messages plus cachez et plus desrobez, voire davantage, car depuis sept ou huict jours Mercure s'est laissé trouver touts les soirs à Corberan ou peu ou prou, mais durant tout ce temps il n'a sceu voir M"" le Prieur de la Valette qu'une foys ou deux, et moy du tout poinct, qui ne puis aller à toutes heures par la ville; de sorte que je suis résolu dezhorsmais de luy envoyer par Digne soubz vos enveloppes tout ce que je luy vouldray faire tenir aflBn que vostre passeport et vostre buUette leur face avoir entrée dans son logis. Je verray bien volontiers aussy voz observations de Juppiter pour voir si la mienne y pourra quadrer, ou si je me suis laissé abuser. Si j'eusse peu continuer diverses soirées, je me seroys bien mieux recogneu que je ne pouvois faire avec une seule observation de moy, car le pauvre Corberan n'avoyt pas encores allors prins assez d'habitudes à cela pour m'y fier.

Quant au Mercure, il y a esté plus assidu et possible aurez-vous du plaisir de voir ce qu'il a peu grossièrement prendre, surtout je Tay fort chargé de prendre garde au moment que Mercure se cache dans la ligne orizontale qui luy est fort descouverte, et de prendre quelque haulteur d'estoille fixe en mesme instant pour voir s'il pourroit fournir aulcuTi supplément à ce que voz montagnes vous cachent de l'orizon et du lieu des refractions plus considérables. La première foys qu'il le descouvrit, qui fut le mesme jour que vous 27°*® du moys passé, je luy tins compagnie une demy heure et voulus voir Mercure dans sa lunette pour y descouvrir la deifectuosité de rondeur que je ne sceus pas discerner si distinctement, mais tousjours y en eut-il assez pour me faire voir aseurement qu'il y en avoit, et que <;e n'estoit pas une estoille fixe. Je

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