partie de voz intentions, sans que le sens littéral y soit si preciz
J'ay esté bien aise d'apprendre le travail que faict le Bemeger de Stra^urg/et n'ay pas veu ce que vous dictes qu'il a faict du compas de proportion, que je feray demander à Paris, et sitost que GcN*ber«n
sera arrivé de sa desbauehe , ne manqueray pas de faire chercher les deux pièces de libvres que vous me marquez, lesquelles je feray promtement couldre pour vostre satisfaction. Pour les tables de R. Manuel, j'avoys desjà faict les reproches dont vous vous plaignez au bon R. Salomon Azuby, lequel m'advoua qu'en la transcription première qu'il fit faire, il avoit faict de bonne foy cette altération comme font toutz noz imprimeurs de bréviaires quand ils raffraichissent les Tables que se mectent en teste pour régler le kalendrier, mais j'ay l'original sur lequel il n'y a point d'altération, qui monstre d'estre escrit depuis quelques centaines d'années. H est vray que ce bon homme croid que la première Table aye pareillement esté altérée comme la sienne, selon le temps courant, lorsque le livre fust transcrit, car il tient que l'autheur soit encores plus ancien que ne porte la supposition du cycle courant lors de l'escritture dudicl livret. Nous tascherons de faire r'habbiller cela avant qu'envoyer la pièce à M' Skikard, au mieux que nous pourrons.
Pour M'' de Mezeriac vous avez trop bien jugé et deviné le mauvais effect de ma négligence. Je changeay d'habitation pendant les plus grandes challeurs, ce qui fist esgarer voz lettres tant au P. Théophile qu'audict ^ de Mezeriac, en changeant mes papiers, sans lesquelles malaisément pouvois-je envoyer l'Ëusebe, et la paresse de ranger mes papiers, comme je le vouloys faire pour les retrouver, m'a insensiblement porté jusques à cez festes dernières que je les rencontray de bonheur. Mais les trouvant cachettées et ne pouvant voir en quels termes vous leur en pariiez pour m'y accommoder, de mon costé, j'ay creu qu'il vailoit mieux les vous renvoyer comme je faicts à celle fin que vous en puissiez r'affraischir la datte, ou bien y adjouster ce que vous trouverez bon de plus, soit pour excuse de ce retardement ou pour accuser par mesme moyen Tenvoy de ce volume d*Henry Estienne de Tan i566 des Poètes grecs héroïques, lequel j'ay receu de Paris puis quelque temps, en teste duquel il a mis aprez sa préface des petits discours de divers autheurs tant sur la vie que sur les œuvres d'Homère, Hésiode et aullres d'iceulx, parmy quoy il en a un de Hérodote et en-
suitte un plus ample de beaucoup sur Homère, et par aprez un de Dion fort succint, et à la suitte un aultre de Porphyre fort ample aussy sur le mesme Homère et quelques aultres petits poèmes des anciens sur le mesme Homère et sur quelque aultre des autheurs contenus en ce volume, que je croys bien que M"" de Mezeriac ne sera peult estre pas marry de voir, s'il ne les a jamais veus. C'est pourquoy encores que le volume soit gros et lourd, je ne laisray pas de le joindre h TEusebe pour ne luy laisser la peine de le chercher ailleurs, si ce n'est que vous trouviez bon de sçavoir de luy au préalable s'il le vouldra ainsin. Car possible ne s'en soussîera-t-il pas, attendu que l'édition estant de Genève, qui est si voisin de Bourg, il est malaisé qu'il ne s'en trouve bon nombre en lieu bien proche, et par mesme moyen vous luy pourriez aussy donner advis de ce volume que j'ay recouvré du Levant, où est Y Iliade d'Homère avec une glose interiinéaire escripte en rubrique, et des notes à la marge, en teste d'aulcunes desquelles est cotté le nom de Porphyre, maïs je n'ay peu descouvrir le nom de l'autheur de toute la compilation. Gesnerus fait mention d'un pareil volume en la bibliothèque de l'Empereur, si je ne me trompe. Si le s' de Mezeriac y vouloit travailler, je luy presteray de bon cœur mon manuscrit pour lascher de corriger les passages que Henry Estienne n'a sceu deschiffrer ou restaurer à son gré.
Au reste M' Fabrot vous a bien de l'obligation des éloges qu'il vous plaist luy despartir pour son exercitation. Il en a depuis imprimé encor une aultre que vous aurez par le premier, si je ne la puis joindre icy, car il est allé à Valence, et, à son retour je luy feray voir ce qui est de voz bons offices, dont je vous remercie cependant de toute mou affection, tant en son nom comme au mien estant son serviteur particulier.
Quant à vostre différant des séances, j'ay bien du regret de la rupture de l'accommodement, et comme je donne maintenant le tort à voz parties d'avoir refusé voz dernières offres, j'en donne bien un peu à vous, Messieurs, aussi, d'avoir affecté d'escrire tant de choses jalouses, veu qu'en aulcune aultre pareille esglise, il ne s'est ouy parler de rien de
semblable, et en telles rencontres il est bon de faire la guerre à Tœuil, et de se contenter d'une partie de ce qu'on desireroit, et en lascher une pour avoir Taultre, car on ne sçauroit si peu obtenir que ce ne soit beaucoup. Vous excuserez, s'il vousplaict, ma liberté et ma franchise, et ne m'en aymerez pas moings, s'il vous plaict, puisque je suis de si bon cœur,
DS Peirbsc.
A Aix, ce 5 janvier i63â\
k MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC.
Monsieur,
Je receu au commencement de ceste semaine la despesche qu'il
vous avoit pieu m'adresser de Monsieur Luillier. J'y trouvay dedans
entre autres choses une lettre de luy et deux d'Hortensius Hollan-
dois^, l'une pour moy , l'autre pour Monsieur Galilei. Je les vous envoyé
^ Bibliothèque nationale , fonds français, 13779, fol. 11&. Autographe. A la lettre était joint ce billet : rr Monsieur, Vostre petit iaquay m*a dict que mccredy vous m'aviez envoyé un pacquet par un huissier Bonnet que je n*ay poinct receu encores. Je le feray chercher et j'avoys oublié de vous dire que mon homme recouvrant à la poste le pacquet k vous adressé, sans qu'il y eust aulcune mention de mon nom, bien qu'on eust voulu sonbslenir qu'il estoit venu par le dernier ordinaire, apprint neantmoings de quelque aultrc qu'il y avoit longtemps qu'on l'avoit dans leur bureau, ce que je vous dictspour ma descharge si vous en trouviez
la datte vieille, et aGn que vous adveriissiez oeluy qui vous escript de faire une enveloppe à moy, s'il ne veult envoyer son pacquet à M' du Puy à Paris. «
** Sur Mailin Horteusius, mathématicien de Delft , voir le recueil Peiresc-Dupuy. Bougerel a rappelé (p. 1 97 ) que ce savant dédia à Gassendi un ouvrage sur le passage de Mercure ( i63o); que, malgré qu'il eût été crtres sensible à sa politesse», le philosopheastronome lui reprocha sévèrement (en 1 634) do n'avoir pas parlé convenablement de Tycho-Brahé, pour lequel il veut qu'on ait tous les ^ards dus à un ancêtre. Voir ce que Bougerel raconte de sa mort (p. 181 ).
iU LETTRES DE PEIRESC [1634]
toutes trois : celle de M' Luillier, afin que vou& voyez dans 1 original mesme quelque petit advis qu'il me donne, et qui vous regarde; celle d'Hortensius, afin que vous la voyez û vous Tavez aggreable à vostre loisir, et la faciez aussi voir à Monsieur le Prieur de la Vallete, parce qu'il y est parlé de sa démonstration \ et y a des recommandations pour luy; celle de Galilei, afin que vous la conserviez s'il vous plaist jusques à ce que vous ayez recouvré un nouvel exemplaire de la dissertation dllortensius, laquelle Monsieur Luillier m'escrit qu'il m'envoye, afin de la joindre à la dite lettre, avec un mot de lettre que j'espère de vous envoyer pour le mesme Galilei au premier jour. Je pense qu'il iaudra que nous facions après l'addresse du pacquet à Monsieur Bouchard, en luy recommandant le soin de le faire tenir par voye d'amy, et donner par main asseurée. Si tant est que l'exemplaire delà disseï^ tation que vous m'avez envoyé soit celluy qui vous estoit destiné comme Monsieur Luillier semble me le faire comprendre, je vous supplie de me le faire sçavoir, afin que je vous le renvoyé, et que vous n'en demeuriez point despourveu, pub que vous sçavez qu'il m'en demeurera tousjours un, et cependant, de retenir celluy qui vient maintenant de Paris. Il est vray qu'il sera tovsjours bon que je levons renvoyé parce que nous le pourrons destiner à ce seigneur Molino ^ dont Hortensius m'escrit. Je voudroy bien auparavant avoir appris quel homme c'est, parce que jusques icy je n'en avoy point ouy parler. Si vous en sçavez quelque chose , vous m'obligerez bien fort de m'en donner advis , afin que je puisse plus à propos accompaigner ledit exemplaire de quelque petit compliment pour satisfaire au dezir d'Hortensius. Je lairray au reste mon pacquet ouvert sous l'enveloppe à vous suivant ce que, s'il me semble, je vous en ay cy devant escrit. Vous y trouverez deux choses, l'une est le premier cahier de mes petits commentaires sur Epicure,
^ Bougerd nous apprend (p. lay) que le'fascicttlelVdes OnresponioMUdâPeireH,
Gassendi s'empressa d'envoyer à Hortensius paanm, mais surtout p. 49-53. crTouvrage manuscrit de Gautier sur la dé» ' SurDominico Motino, le sénateur de
monstrationdeLansbergiusn. Voir, au sujet Venise qui favorisa timt les savants et les
de celouvrage du doctemathànaticîend*Aix , lettrés, voir le recueil Peireso-Dupay.
que j'adresse à Monsieur Luillier. Je luy escris neantmoins qu'eu cas que vous deziriez de le voir à cause de la suite, il pourra estre que pour le prompt despart de cest ordinaire, après ma despesche receûe, vous ne le luy envoyerez point jusques h Tautre. Vous estes ainsi le maistre du tout, pour en faire ce qu'il vous plairra. L'autre est une assés longue lettre qtie je viens d'achever pour Schickard. Je me suis souvenu tout à propos de ce que vous m'escrivistes il y a quelque temps, de luy envoyer incontinent après ceste apparition de Mercure ce que j'en auroy observé. Je le fay donc et afin que vous jugiez mieux de ce que c'est, je vous supplie de voir seulement le commencement et la fin de la lettre. Si ce despart de l'ordinaire ne devoit point estre si prompt, ou si le temps n'estoit point extrêmement cher, à cause que peut estre Schickard aura achevé l'impression de son ouvrage pour la foire de Pasqaes, je n'improuverois pas que vous prissiez encore une fois une peine pareille à cdle de l'autre fois, mais j'ay advisé qu'il vaudra mieux qu'on face la copie à Paris tout sur l'autographe et à mesure du temps qu'on y aura de faire tenir ma lettre en Allemaigne par la première commodité. J'auroy bien encore beaucoup d'autres choses à vous dire, mais d'un costé je suis lassé pour avoir extrêmement escrit tous ces jours passés, et aujourd'huy plus qu^aucun autre, et voicy le soir arrivé auquel je m'en vay affuster puisque le ciel s'est esclaircy et randu assés beau despuis environ midy, peur voir si je pourray point encore descouvrir J [signe d'une étoile] et suivant la promesse que j'en fay à Schickard luy en faire une apostille. Je me recommande denc très humblement à l'iionneur de voz bonnes grâces, et demeure tousjours , Monteur,
vostre très humhie , très ailectionné et très ohrljgé serviteur,
A Digne, oe xn' janvier wfxixn \ ^ Bibliothèque nationale, liiidg franfaîa, 9&36, CbL at^. Aa(egraplie«
fll6 LETTRES DE PEIRESC [1634]
XGIII À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,
DOCTEUR EN SAINTE THEOLOGIE, CHANOINE ET THËOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE ,
A DIGNE
Monsieur, Vostre depesche du 1 3™® me fut hier apportée par le s' Gérard, comme je descendois pour disner. Je jugeay à la forme du pacquet que vous y auriez mis le premier cahier de vostre Epicure, et ayant ouvert en sa présence vostre enveloppe, je reucontray le feuillet du tiltre qui me resjouyt infiniment, et me fit luy dire d'en advertir M*" le Prieur de la Valette que je vouloys aller voir l'aprez disnée pour voir entre ses mains la lettre que vous luy aviez escripte concernant vostre observation des refractions, laquelle il ne mavoit point envoyée quoyque je Ten eusse faict requerrir par Corberau. Je ne manquay pas d'y aller assez tost aprez disner, mais aprez avoir faicl battre à sa porte longuement, enfin sa servante parut au plus hault du logis et me respondit qu'il estoitallé à la promenade. Je luy dicts de Tadyertir qu'il ne mesnageoit pas bien sa santé de sortir parle fascbeux vent qu'il faisoit lors^ et, m'en allant au Palais, je reucontray ledict sieur Gérard à qui j'en fis des reproches. La nuict sur les sept heures du soir. M' le Prieur m'envoya vostre lettre par son laquay, laquelle je fus bien aise de voir parceque vous vous y estiez estendu sufiisamment pour me faire comprendre vostre procédé; il y a mis quelque calcul du sien, sur lequel il faudra le consulter pour entendre l'examen qu'il en a vouleu faire. En revanche de cette honnesteté, je luy envoyay par sondict laquay la lettre que vous escript le s' Hortensius que je n'avoys pas liie, ensemble vostre premier cahier d'Epicure que je n'avoys pas leu nomplus, et l'invitay
^ On devine toute la malicieuse ironie de cet avertissement donne à un homme qui, loin d'affronter le vent, restait obstinément enferme dans son cabinet de travail.
[1634] ET DE GASSENDL âl7
à se laisser voir à ce matin aOn que je luy peusse monstrer vostre lettre de Schikard, avec laquelle je voulois luy faire voir et examiner quelqu'une des observations de Corberan, en faisant la comparaison aux vostres pour voir s'il s'en esloignoit beaucoup. Le laquay me dict qu'il avoit faict partie pour aller à sa bastide avec son neveu. C'est pourquoy je l'ay envoyé semondre de bon matin par Corberan , à qui il a dict qu'il s'en venoits'il netrouvoit son neveu prest à partir, comme il a faict, de façon que j'ay esté constrainct d'envoyer par l'ordinaire vostre despesche de Schikard sans que luy l'ayt veûe. H est vray que dans le temps qui s'est peu gaigner durant cez 2/1 heures, j'en ay faict transcrire par mon homme les dattes et calcul des distances et haulteurs concernants seulement vostre Mercure en sa dernière comparution depuis le 27"**^ décembre jusquesau xni*^ afin d'y pouvoir faire conférer celles du pauvre Corberan, qui a observé tous les mesmes jours que vous, et de plus le xi°** de ce moys que vous n'avez rien veu, auquel jour il estoit si bas que nous n'avons pas trouvé estrange que le treiziesme il n'ayt plus esté visible, quoyque le temps fust trez serain, et que luy ayt trez bonne veûe, et qu'il s'y fust grandement affusté non seulement avec son rayon, mais avec la grosse lunette dans laquelle j'avoys envie de le regarder et y monter moy mesmes ce jour là pour cet effect, mais le brigand^ nous trompa et nous surprint, à quoy ayderent bien les Ephemerides du Kepler qui luy donnoient encores assez de distance, ce nous sembloit,pour le nous laisser voir bien cornu. Je pense que M' le Prieur de la Valette a esté possible bien aise de porter vostre commancement d'Epicure à sa bastide pour s'y entretenir avec son neveu, et à ce soir luy ay envoyé Corberan avec son cahier d'observations et advis que je desiroys les vous envoyer par homme qui partoit demain pour les pouvoir recouvrer à temps pour l'aultre ordinaire s'il estoit possible et au cas qu'y trouvassiez rien qui vaille l'envoyer à Schikard, mais il l'a remis à demain qu'il a fort solennelle-
' On aime la jovialité de ceUe appellation sous une plume d'habitude aussi sërieuse. C'est surtout en écrivant à son cher ami Gassendi que Peiresc se permet quelques rapides échappées.
iv. 53
à\S LETTRES DE PEIRESC [1634]
ment promis de nous venir voir. Je luy veux faire préparer, comme on dict, la croix et l'encensoir pour aller au devant de luy. C'est grand daummage que c'est [sic) esprit ayt tant de peine à se relascher à la société humaine, mais rien de tout cela ne seroit cappable de me rebutter, ne me rien faire diminuer de l'estime que je faicls de ce qu'il y a de si estimable en luy. Tant est que cela me fera différer de vous envoyer demain ce cahier d'observations telles quelles, ou ne pouvant faire mieux, aprez quelque distance marquée, le pauvre garçon marquoit fort exactement enfin le moment du coucher de Mercure à la ligne orizontale toute descouverte en prenant la haulteur à l'instant de diverses esloilîes fixes, et à ce que j'en ay peu voir en passant, il semble qu'en aulcunes il y ait paru de la differance notable pour voz refractions^sije ne me trompe. S'il pouvoit avoir rencontré quelque clioselte qui ne vous fusse poinct inutile, je n'en seroys pas moings glorieux qufe luy. J'ay donques escript par l'ordinaire non seulement à M^ L'huillier pour luy faire excuses de ce que, selon vos tre permission, j'avoys laissé à M*" le Prieur dé la Valette vostre premier cahier, lequel il reccvroit Dieu aydant par le prochain, et l'ay esclaircy sur ce qu'il vousmandoit de mes livres, mais vous m'avez engaigé d'escrire au P. Schikard à qui j'ay offert non seulement les deux manuscrits dont je vous avoys parlé, mais une coppie que je faicts faire et que j'attends de heuré à aultre du texte de cet Aristarchus Samius de la grandeur et distance du soleil et de la lune, et cependant n'ayant aultre chose de prest, je luy a y envoyé la préface des Aisles ou Tables astronomiques de mon Ra[bbin] Manuel, et de bonne fortune un pacquet de M' de Mondevergue (qui avoyt sesjourné à Marseille une 1 5"® de jours ez mains d'un marchand d'Avignon qui dict avoir esté malade ou chargé d'affaires pressantes) est arrivé tout à [joinct pour y ti*ouver un aultre pacquet de M' Tonduti S^ Legier dans lequel il a voit mis une lettre pour vous qu'il avoit laissée à cachet volant afin que je la visse. Et trouvant qu'il y adjoustoit l'observation de l'Ecclypse que vous alléguiez de luy, une partie de ce que vous tesmoignez regretter de ne pouvoir joindre à ce que vous en disiez audict s"^ Schikard , je me suis dispensé d'en faire
faire promtemeut uuc coppie, enstemble d*une partie cle la Içttrc qu'il m'escript à moy pour ma justificatiQH envers M** Schikard de ce que je la luy ay envoyée avant que vous l'eussiez receiie ne veue, à cause de la briefveté du temps de la prochaine foyre, et par mçsme moyen luy ay faict marquer Terreur de calcul ou d'équivoque dçscouverte aux Tables Rùdolfines par ledict s"" Schikard, le tout sur la conGance que j'ay prinse que vous ne le prendriez nullement en mauvaise part. J'ay mesmes escript à Lyon à M"" de Rossy pour l'informer du s' Benedicti, k qui vous adressiez les lettres de M'' Diôdati ou de MMess. Lumaga ou aultres de ses amys quels moyens il y a les plus asseuréz et les plus courts pour escrire à Tubinge, afin que si vous avez de quoy adjouster quelqu'appostille ou appendice à vo'z observations, nous la luy puissions faire tenir par un chemin plus court que Paris afin que le tout arrive à propos et en mesme temps à peu prez.
Au reste j'ay prins un merveilleux plaisir de voir dans vostre lettre à M'* Lhuillier que vous parlez d'un voyage en ceste ville que nous recevrions bien à plus grande félicité que jamais, car nou^ ne vous avons recogneu que depuis vous avoir perdu, et vouldrions bien que vinssiez faire icy l'observation de voz Ecclypses de Mars.
J'ay envoyé au cardinal Barberin par Je dernier ordinaire seulement un exemplaire de l'exercitation d'Hortensius pour la joindre à celle de Schikard que je luy avoys envoyé l'année 1 6 3 a , et l'ay prié d'en faire part aussy au P. Scheiner. Si j'euijse eu vostre lettre, je l'eusse gardé pour le pauvre Galilei, mais il aura l'exemplaire qui est encores par les chemins. C'est pourquoy ne laissez pf^ de faire vostre destinatiçn ap $^ Daminico Molino, qui est des plus vénérables sénateurs de la Republique de Veuize, à qui feu M' Lorenzo Pignoria avoit dédié aJOforce pièces, car c'est un Mecenas et protecteur de tous les gents de lettres en ce pais là ^ L'on m'avoit souvent provocqué à luy escrire, et j'avoys demandé ses tiltres à M' Naudé , qui m'en a pressé le dernier, mab je n'ay pas encor eu sa response.
' Voir sur Domioico Molino le recueil Peiresc-Dapoy.
/i20 LETTRES DE PEIRESC [1634]
Il est temps de finir le larrecin que je vous faicts de vostre temps qui est si précieux et vouloys clorre, mais îi fault vous remercier, comme je faicts trez humblement, de la communication de la lettre du s' Morin qui sera bien saige s'il respond par bonnes raisons au lieu d'injures, et m'estonne qu Hortensius aye laissé passer dans les Tables de Lansbergius la differance qu il a observée au calcul du lieu de Mercure lors de vostre o})servation de Tan i63i. Il me reste à vous demander pardon d'une équivoque faicte dernièrement par trop de précipitation. Mon frère voulant partir pour Marseille et porter à M"" Gassagne^ le livre qu il avoit demandé de Ocuh du P. Scheiner, nous estions à table , je dis à Corberan de l'aller prendre en mon estude et d'y joindre un aultre in li^ que je luy avoys faict couldre depuis peu. Au lieu duquel il y mit le Licetus sur son iEnygme de Pyronarca^, lequel j'avoys receu pour vous de la part du s' Gaffarel , dont j'oubliay de vous faire excuse la dernière foys que je vous escrivis, et de ce que mes gents avoient laissé esgarer la lettre dudict s' Gaffarel, et pour m'achever de peindre un aultre médecin bien célèbre que vous debvez cognoistre en ayant buy parler le voulut voir, de sorte que le livre ne m'a esté restitué que depuis que je vous fis ma dernière despesche à mon grand regret, dont je voua crie mercy, mais à quelque chose malheur est bon , car cependant la lettre dudict s' Gaffarel s'est retrouvée, et ce -que ni'escrivent les deux personnages sur ledict livre n'est peult-estre pas tant à négliger, principalement la lettre de M*" Gassagne, où vous verrez comme il s'escrime pour les caméléons sur lesquels je parleray bien à luy, Dieu aydant, tost ou tard, et sur ces yeulx dont j'ay receu un nouveau libvre d'Amsterdam sans aulcunes figures. Gorberan l'a pour le couldre et je ne sçay si je ne l'envoyeray poinct à Marseille, afin que vous ayez leur advis avec le livre. Si je le faicts vous m'en excuserez,
' Le docteur Ga«sagne ëtait un ami de ' L'opuscule ainsi iodiqud oe se trouve
Peiresc, qui figurera prochainement dans pas dans la longue liste des publications
un fascicule des Correspondants de Peiresc, de Liceli donnée par le P. Niceron et repro-
intituië : Le docteur Novel et autres méde- duite en partie par les principaux recueils
ms provençaux. bio-bibliograpbiques.
[1634] ErDE GASSENDI. 421
s'il vous plaict, mais s'il est cousu à temps pour cette commodité, il pourra bien aller vers vous à Tadvance; vous aurez, en attendant, l'aultre exercitation de M' Fabrot, et un autre exemplaire de toutes deux pour quelqu'un de voz amys et je seray tousjours. Monsieur,
vostre, etc.
DE Peiresc.
A Aix, ce 17 janvier i634.
Par ce que M' du Puy m'escrivoit que dans la relation du moys, on avoit imprimé tout au long la sentence de l'Inquisition contre le pauvre Galilée ^ et que je n'en avois poinct receu d'exemplaire, j'ay jugé par la grosseur du pacquel de M' L'huillier à vous adressé par le dernier ordinaire qu'elle y seroit enclose, et sans avoir la peine de l'envoyer chercher ailleurs par la ville, j'ay bien creu que vous trouveriez meilleur que je me dispensasse d'ouvrir vostre enveloppe comme j'ay faict, vous * asseurranl que j'ay eu une grande compasion de voir comment il a esté traicté.
Je vous envoyé les deux lettres du P. Atbanase [Kircber] depuis son arrivée à Rome. Je l'ay fort exhorté de ne se poinct amuser à l'interprétation de la Table Bembine, ains toutes choses cessantes, entreprendre la version de son Barachias, et ay escript au cardinal Barberin de le luy commander ainsin, de peur que cela ne demeure en arrière. M' de Saulmaise m'escript qu'il donneroit librement la moitié de son bien pour ce Barachias, s'il avoit à choisir la perte ou la possession de l'un ou de l'aultre^.
' Voir h ce sujet le recueil Peiresc-Dapuy, t. III, p. i5. -^* Bibliothèque nationale, fonds français, 13773, fol. 117. Autographe.
À MONSIEUR , MONSIEUR GASSEND,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, CHANOINE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE ,
À DIGNE
Monsieur, L'homme qui debvoit prendre à ce matin mpn paquet pour vous ayant différé son voyage à denuiin au matin, m'a laissé le temps de vous donner advis qu'enfin il a ce jourd'huy soufflé un vrat si favorable, qu il m*a emmené ceans M' le Prieur de la Valette que je ne faisoys que me mettre à table, tant il avoit eu de volonté de me trouver, dont j'ay bien esté ravy, et pour jouyr de ce bien inespéré, et le gouverner plus paisiblement, je me suis dispensé d'entrer au Palais, et il a esté ceans dans ma chambre toute laprez-disnée avec Corberan, lequel luy a faict voir le style qu il a tenu en lusage tant de son rayon que de son astrolabe pour prendre les distances et les haulteurs respectivement. Noua en avons voulu «xaminer une et la comparer à une des^ vostres du mesme jour, et ne s'y est trouvé que cinq minutes de differance dont Gorberan est demeuré bien fier, et avec un gros advantage sur moy qui luy disoys tousjours qu'il n'estoit pas assez punctuel et qu'il nauroit rien faict qui vaille, mais il a bien eu de quoy me donner une demeatye et une botte franche de telle quahté que je vouldroys bien qu'il m'en eust donné tous les jours de semblables ou encores plus fortes en les trouvant plus conformes aux vostres, si ce n'est que la differance des lieux et des heures peusse comporter de telles differances, ce qui seroit bien plus recommandable. Il a reconduit M' le Prieur delà Valette chez luy, et y a porté son rayon et l'astrolabe pour aller mesurer la haulteur et la distance de quelques estoilles fixes, afin de servir à la rectification de son instrument et de se mieux asseurer s'il n'auroit poinct faict d'équivoque à prendre une estoille pour aultre, dont je luy faicts tousjours la guerre encores qu'il se deffende à bec et à griffes
mieux que je n eusse creu. Mais les nues ne leur en ont pas donné la commodité pour ce soir et leur ont faict remettre la partie à demain, vous asseurant qu'il me tarde fort de faire examiner et calculer à bon escient ses observations jf^our voir s'il y aura aulcun lieu d'y faire fondement, à tout le moings à quelqu'une. Il avoit prias en de petites paperottes ^ les Ggures et dispositions des Medicées du temps de vos observations dernières dont je n'a vois poinct tenu de compte, mais ayant retrouvé quelques uns de ses billets, elles ayants comparez à vostre epistre pour les différantes situations du Propus avec Juppiter et lesdictes estoilles, j'ay esté estonné de Jes trouver si conformes ou approchantes, ce qui sera la cause que je les feray escrire de suitte pour vous envoyer le tout Dieu aydant au plustost avec celle que j'avois faicte moy mesmes qui est du 1 5°* décembre auquel vous n'aviez poinct observé, et qui n'y sera peult estre pas inutile. Car oultre que vous y verrez trois de ces Medicées qui estoienl grandement proches entr'eux, vous y verrez vostre Propus quasi en ligne avec lesdictes MedieéeSy et bien que'Gorber«in le peusse distinguer sans lunettes d'avec le corps de Juppiter, ma veûe n'estoit pas bastante pour le discerner sans l'ayde de k lunette dans laquelle du commancement je le prenois pour la plus grosse des Ix Medicées, mais je la trouvoys un peu plus esloignée qu'elle n'eust.deub estre et ce fut celle là qui me fit quitter d'aultres occupations pour ne poinct desdire Gorberan qui me disoit qu'il distinguoit trez bien sans lunette une des Medicées , de sorte qu'il me desbaucha et me fît monter au hault du Jogis pour l'en destromper et pour voir cez aultres troys qui sembloient s'entretoucher à son dire, dont je ne fus pas marry, car certainement je ne les avois jamais veQes en telle situation, mes aultres lunettes précédantes n'ayants jamais esté assez fortes pour me }es faire si bien distinguer si proches, et s'il est possible de voir repasser Juppiter au moys d'avril prez de lamesme cstoille, je seray bien curieux d'y faire prendre garde en son temps, Dieu aydant, n'estimant pas que cela quadre aux Tables de Keplerus qui le promettent dessus au i a"* d'avril , puisqu'elles
' Ce (liminuuf de paperasses a-t-H été di^jà rdevë par les lexîoographeg ?
l'ont manqué d'un jour trop tost au moys de décembre dernier, et pense qu'il sera bien remarquable de calculer combien il s'en fault que la ligne dans laquelle rouUent cez Medicées ne soit parallèle avec le chemin qu'a tenu Juppiter en passant dessoubs cette estoille fixe, puisque le iB*^ décembre, elle se trouvoît quasi dans leur propre alligaement, et qu'il en est pourtant passé si loiug par dessoubs.
Au reste M** de la Valette a trouvé un peu estrange que vous ayez marqué à M' Scbikard le commancement de l'EccIypse solaire du 8 avril dernier selon l'observation du s' Tonduti, et non pas la sienne faicte en cette ville en si bonne compagnie, ayant luy mesmes prins la peine de marquer le moment avec son instrument ordinaire. Il a voulu voir la lettre dudict s' Tonduti et l'emporter chez luy pour en marquer l'observation auprez de la sienne, et n'attend pas moins impatiemment que moy que le P. Scheiner nous envoyé son discours, ou la relation des moments de son observation pour arrester la differance des longitudes de Rome en cette ville, de quoy je n'ay pas manqué de luy faire instance. Gomme je ne doubte pas qu'il ne face mention de vostre observation puisque le P. Athanaze [Kircher] l'a portée, et croys bien que le s' Tonduti aura pareillement donné la sienne au P. Athanase avant Son départ, puisque ce bon Père avoit communiqué la vostre audict s' Tonduti. Et fauldroit escrire à Scbikard ou à Hortensius de s'enquérir si la mesme Ecclypse n'auroit poinct esté observée à Uraniburgum^ pour voir s'il se treuve bien véritablement en mesme méridien que Rome ou bien plus ou moings advancé, puisque meshuy tout le monde a interest de sçavoir bien au vray la situation dudict Uraniburgum affin que les Tables Rudolphines soient de plus de crédit, ou bien les advertir d'y faire observer la prochaine Ecclypse de Mars.
Par ce peu que mon homme a peu extraire de vostre^ calcul en chascun des derniers jours de voz observations du Mercure, l'ayant comparé tantost avec M' le Prieur de la Valette, sur la lettre que vous
^ Uranienbourg, nom de l^observatoire que Tycho-Brahë avait fait construire dans la petite lie du Sund nommée Hven, sur la o6te sud-onest de la Saède, à 9& kilomètres nordest de Copenhague.
iuy aviez escripte le 29"°^ décembre dont il rapportoit l'observation au 27"*, nous avons recogneu que ce debvoit estre celle du a 8"*% ce qu il a esté bien aise de corriger, car il en avoit tiré quelque mémoire, et avoit prins la peine de marquer sur le texte raesme de vostre lettre l'examen de vostre calcul et de voz rectifications aussy auxquelles il avoit trouvé quelque peu à redire. Je Iuy ay faict voir la sentence contre le pauvre Galilei, dont il a bien eu de la compassion et m'a dict de demander au sieur Tonduli en quel temps il a observé sa haulteur du p61e ou du Soleil , avec quels instruments il a prins celle de son ecclipse dernière, ce que je feray Dieu aydant. Je Iuy ay pareillement faict voir la lettre de M' Gassaigne, et il n'approuve pas que la velie se puisse former principalement dans la rétine noire comme veult le P. Scheiner, de qui' il ne sçauroit prendre la patiance d'examiner les propositions nom plus que de ce nouveau Plempius, médecin d'Amsterdam ^ que je Iuy exhiboys, et examiner par démonstrations leurs principaulx fondements. Il n'estime pas que les Tables de Lansbergius soient guieres asseurées, et m'a dict qu'il vous en veult escrire plus qu'il n'en vouldroit dire à Hortensius. Sur quoy je finis estant, Monsieur,
vostre , etc.
DE Pbirksg.
A Aix, ee t8 janvier i634.
J'ay depuis avoir escript passé une coupple d'I^eures sur l'œuil de ce Hempius avec un grand plaisir, et croys que M' le Prieur de la Valette sera bien empesché de s'en deffendre ou de soubstenir rien au contraire , et n'ay pas vouleu différer de le vous envoyer pour ne vous en différer la jouyssance et le plaisir. Car encores qu'il soyt long, et qu'il n'ayt pas de si belles figures que le P. Scheiner, il n'est pas si ennuyant et tranche bien plus net à mon gré ses observations et conceptions. Mais que vous l'aurez veu, il fauldra le monstrer à M' le Prieur et à M' Gas-
^ NonB avons déjà renconlrë le nom du docteur Piemp , natif d* Amsterdam et professeur de médecine à Louvain.
iT. ' 54
à'iê LETTRES DE PEIRESG [I63â]
sagne. Que si vostre ad vis ne s'y conformoit, vous m'obligeriez bien de m'en dire vostre sentiment.
J'oublioys de vous dire que je ne sçay comme M' Gaffarel a voulu soubstenir ce qu'il a faict adjouster à la Pyronarca de Licetus, de son simulacre de boys, que je tiens estre antique et de cez marmousets qut se trouvent avec les momies. J'ay des . figures ^Egyptiennes quasi en pareille posture, comme rampantes contre des collines, et croys bien qu'il y ayt du mystère hiéroglyphique, mais la fouldre semble bien esloignée de toute apparence. Ce qu'il appelle couronne en teste n'est que l'assiette du cimier qu'on y avoist aoté autrefoys, à peu prez comme ceux dessus toutes les testes des figures de la Table Bembine ^
XGY
À PEIRESG.
Monsieur, ' Je vous escrivy avant hier par un certain Frizon sergeant de ceste ville. Je n'avoy pas preveu la commoditë qui s'est présentée aujourd'huy, parce que je l'eusse bien préférée, mais il n'importe. Gelluy qui vous, randra cette despesche est un monsieur Ëscofiier chanoine en nostre Eglise et<mon intime amy. C'est assez de vous avoir dit cella pour vous randre recommandée une affaire qu'il aura par adventure en vostre chambre. Ayant sceu assez à bonne heure qu'il devoit partir, je me suis mis à escrire les deux lettres que vous recevrez avec celles-ci , l'une à Galilei et l'autre à Hortensius, mais avant que je l'aye eu fait, avec quelques petites affaires intervenues il est devenu si tard qu'en estant à peine venu à bout après huit heures du soir et sans avoir encore soupe, il n'y à pas beaucoup de moyen que pour ce coup je vous entretienne davantage. J'avoy pensé de pouvoir encore refaire les lettres pour M' de Mezeriac et le père Théophile \ mais il faudra attendre au
' Bibliothècpie nationale, fonda français, 19779, fol. 119. Autographe. — ' Le minime Minuti, dont nous avons si souvent rencontre le prénom en cette correspondance.
[I63i] ET DE GASSENDI. A27
premier jour. Je vous prie seulement de joindre ma lettre à Hortensias à la despesche pour Mons* Luillier, en la luy laissant encore si vous le trouvez bon à cachet ouvert. J'ouUioisde vous dire que je vous r envoyé Texemplaire de la dissertation d'Hortensius pour la faire tenir à Galilei avec mes lettres. Vous le ferez s'il vous plaist plier, battre et roigner comme vous jugerez bon. J'eusse bien aussi voulu escrire un mot à Monsieur Bouchard, mais il n'y a remède. Bon soir et bonne santé. Je suis tousjours,
vostre très humble , très affectionné et très obligé serviteur,
Gassbnd.
A Digne, ce 19 janvier au soir i634.
Monsieur, comme j'allois hier au soir sur les neuf heures voir monsieur Escoffier, pour luy donner moy mesme ma despesche, je le trouvay couché, et appris qu'il ne partirait point du tout si matin. Cella me donna sujet de r'apporter mon pacquet, pour faire ce que je vien de faire, c'est à dire y adjouster un mot de lettre pour monsieur Bouchard, et ce que vous verrez que j'ay mis au dos des mesmes lettres que j'avois desja escrites, et que vous m'avez renvoyées pour monsieur de Mezeriac et le père Théophile. C'est ce que j'avois à vous dire pour le présent; c'est dans la malinée du jour S* Sebastien ao janvier 1 63/i ^
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, CHANOINE ET THEOLOGAL EN L'iOLISE CATHEDRALE DE DIGNE ,
À DIGNE
Monsieur, Ce n'a pas esté sans un extrême *regret que j'ay manqué de vous escrire par les a ou 3 dernières commoditez de gents de cognoisçance
* Bibliothèque nationale, fonds français, 9536, fol. 996. Autographe.
qui s'en alloient en voz eartiers, qui vous ont neantmoings j)orté les lettres que j'avoys eues de M' Lhuiiiier ou aultres pour vous, mais aussy le libvre que vous demandiez de M' Grottius ^, que vous pourres garder, car j'en ay un aultre. La grande quantité de matière dont j'avois à vous entretenir, et le temps qui m estoit ravy d'ailleurs comme par force ne m'ont pas laissé acquitter de ce debvoir en son temps. Ce* pendant je n'ay pas laissé de satisfaire au moings mal que j'ay peu à tout ce que vous m^avez ordonné, ayant par le dernier ordinaire de Paris envoyé à M' Lhuiiiier vostre second cahier, comme par le précédant j'avoys envoyé le premier, et par le prochain j'espère envoyer le troisiesme , Dieu aydant.
Je fis tenir par le dernier ordinaire de Rome à M' Bouchard vostre lettre et celle du s' Hortensius avec sa dissertation pour M' Galilée, à qui j'escrivis par* mesme moyen , puisque vous m'y engagiez aulcunement, et parce que vous m'aviez pareillement engagé envers ledict s' Hortensius je me résolus aussy de luy escrire et ayant veu par sa lettre qu'il navoit encore peu recouvrer les Dialogues du Galilée, je mis ordre de luy en faire tenir un exemplaire, estimant que vous n'en seriez pas marry. Mais pour la lettre que vous escriviez au Galilée, je fis punctuellement exécuter ce que vous desiriez , et retins vostre autographe que je garderay pour l'amour de vous jusques à ce que vous le veuilliez retirer, n'ayant envoyé qu'une coppie escripte par mon homme, avec l'ob mission des troys lignes que vous aviez cottées, en quoy j'ay grandement loué vostre prudance et vostre franchise tout enseqfible. Car selon le temps courant on en eusse peu laisser couller une moitié, mais à la proffession que vous faictes de ne rien dire contre yoz sentimentz, il y falloit les derniers mots pour l'interprétation de vostre dire, lesquels pouvoient estre mal prins de personnes mal intentionnées et mal informées de ce qu'il fault sçavoir pour cela, en la conjoncture presante , de sorte qnll vault bien mieux en estre demeuré
* Était-ce la noavelle ëdition da célèbre traité iatitalë Mare lÂbentm, qui venait d'être donnée à Leyde, par les Elzevier (i633, in-3a)? Voir Les Eltevier de M' Alphonse Willems, p. 96, article 385.
[16U] ET DE GASSENDI. i29
aux termes generaulx sur lesquels on ne scauroit jamais rien trouver à dire.
Gorberan ayant esté chargé de faire l'enveloppe du libvre de M'Grottius, y mit dedans le cahier de ses observations du Mercure, ensemble le bordereau du calcul qu'il en a faict luy mesmes sur les tables des Sines de Lansbergius aprez neantmoings avoir enfin veu un soir M' le Prieur de la Valette chez luy et luy avoir faict paroistre la cognoisçance qu'il avoit prinse des estoilles fixes, et en avoir mesuré devant luy sur son rayon quelques unes, dont M"" le Prieur de la Valette demeura satisfaict, ce dict-il, car je ne Tay pas reveu depuis. Mais ayant conféré le calcul de Gorberan avec le résultat que j'avoys faict retenir de celuy de Yoz observations, j'ay trouvé bien estrange de voir que Qorberau aye tousjours marqué les distances de Mercure un peu plus grandes que vous, et toutefoys la diversité des situations debvoit faire un contraire effect, et fault que la faulte provienne de l'instrument possible mal assemblé ou adjusté. Mais il a en mesme temps et avec la mesme disposition de l'instrument prins la mesure de quelques estoilles fixes, qu'il faudroit examiner exactement, pour voii* si les mesmes inconvénients s'y rencontreroient, car si cela nestoit, il (auldroit que le deSault vienne d'ailleurs. Je l'ay interrogé pour voir s'il n'observoit pas d'un autre œuil que vou%, car pour le moings dans la lunette, quand on l'a ajustée pour un œuil« elle ne se trouve pas bien disposée pour un aultre œuil droict ou gauche. Mais il m'a asseuré qu'il ne scauroit observer rien de bien certain que de l'oeuil gauche comme vous. Je voulus encore sçavoir s'il regardoit par dessus l'espingle d'en bas ou par dessoubs pour voir si cela pouvoit causer cette differance, ou bien s'il regardoit du costé gauche de l'espingle ou du droict, et si en celles des bras du rayon , il ne faisoit rien de semblable. Il m'a asseuré que pour celles des bras, il les met justement sur l'estoille, en sorte que d'aulcunes foys, elles la couvrent ou en divisent la lumière, et les prend au plus prez qu'il peult de la racine de l'espingle ou du boys du rayon sur quoy elle est piquée. Et pour la troisiesme espingle d'en bas qu'il regarde non seulement du costé gauche, mais aussy du droict, avant
qu'arrester sa mesure, de sorte que la faùite ne pouvant venir de là, je viens de le mander et de lu y faire apporter son rayon, pour voir son procédé , et s'il avoît failly à la situation des bras sur le montant , mais il m'a faict voir que le fourreau de bronze estoit arresté sur une petite raye que vous avies marquée avec la poincte.d'un cousteau sur le boys d'un costé par où le bois estoit tant soit peu plus long que de laultre. J'ay donques voulu voir si les espingles n'estoient poinct faulcées et ay trouvé que celle du costé gauche ou du bras gauche qui est tousjours fixe, penetroit tant soit peu vers le costé droict, quoyque cela ne fusse pas trop apparent. Mais quand j'ay voulu examiner l'espingle mobile du bras droict, j'ay trouvé qu elle estoit fort apparamment fsunlcée en dehors vers le bout du bras droict ; il est vray que je luy ay deffendu d'y rien bouger ne corriger, afin que nous puissions examiner, s'il est possible, de combien sera la différa nce de l'esquierre, soit d'un costé ou d'aultre, car peu de chose pourroit bien emporter l'une des petites parties ou moindres subdivisions du bras dudict rayon, ou la moitié d'une si elle n'y est entière, auquel cas en soubstrayant cette differance de ses observations, possible ne seroient elles pas encores du tout inutiles. Je lui ay demandé si c'estoit luy qui avoit attaché lesdictes espingles avec de la cire d^'Ëspagne contre l'an* neau de carton qui sert de couliissoire par le* bras dudict rayon , mais il m'a dict que non, qu'il n'y avoit touché en façon quelqu'onque , de sorte que si la dicte espingle avoit esté comme elle est du temps que vous vous en serviez icy, comme le croid Gorberan , voz ob^rvations de lors pourroient avoir les mesures un peu plus allongées que de raison , si ce n'est que la faulceure de l'espingle puisse estre arrivée depuis vostre partement de cette ville.
Il avoit commancé depuis quelques jours d'observer la station de Mars pour se stiller, mais il s'est un peu blessé en une main, de sorte qu'il ne s'en ayde pas assez commodément pour continuer, estant bien mârry qu'il ne proffitte bien les serenitez qui régnent depuis quelque temps.
Le jeune frère de M' de Lambert qui avoit faict faire, et qui avoit
marqué de sa main le grand quart de cercle de fer que vous avez veu céans, est enfin revenu et promet de se mettre à faire des observations. Il ne tiendra pas à moy que je ne l'y embarque comme Gorberan, et leur feray préparer des images de lune ecclypsée pour les pouvoir présenter soubs la lunette et disposer son quart de cercle à prendre les haulteurs, ensemble quelque aultre bon instrument pour suyvre voz ordres de plus prez que nous pouiTons, en cela et en toute aultre chose , n espérant pas que M' le Prieur de la Valette veuille estre de la partie , nomplus que Tannée passée , d'aultant qu il va fort mal volontiers la nuict par la ville de l'humeur dont il est, et que cez choses ne le touchent pas, comme il semble qu'elles debvroient faire. Quand Gorberan vous envoya son cahier d'observations, il oublia d'y joindre ce que j'avoys marqué le premier soir qu'il vid son Mercure, et ce que j'avoys aussy faict escrtre le 1 5 décembre sur l'observation des planètes à Tentour de Juppiter, que vous aurez maintenant avec ce qu'il en avoit observé ensuitte, qui s'accorde trez bien avec les vostres, dont j'avois faict extraire les apparances en 4ine* feuille à part, tirées de vostre lettre au s*^ Schikard. J'ay depuis examiné les unes et les aultres pour voir si celle que j'avois veûe occidentale ledict jour xv décembre pou voit estre le Propus, mais j'ay bien trouvé et vérifié que ce ne pouvoit estre que la plus grosse des Medicées, tellement que me voilà frustré de l'occasion que je pensoys avoir rencontrée de faire examiner et comparer la situation de la ligne dans laquelle se meuvent les Medicées à celle de la ligne ecclyptique. Mays tousjours ay-je trouvé bien estrange et digne de remarque de voir que le 1 5 décembre l'estoille Medicée qui faict le plus grand tour, se soit veue en déclinaison septentrionale conformément à mes premières conceptions et à ce qui m'en sembloit le plus compatible à nostre élévation polaire, quand cez planettes passent par leur apogée, principalement à cette heure que Juppiter estoit en son opposition avec le soleil. Et toutefoys le Galilée et le Simon Marins les faisoient décliner au Midy lorsqu'ils les represantoient en leur mouvement direct de Ponant au Levant, comme s'ils eussent lors passé par leur périgée. Ge que j'ay bien de la peine à con--
432 LETTRES DE PEIRESG [1634]
cevoir possible et compatible, si Ton ne suppose une grande et bien estrahge excentricité de la terre, à lopposite de ce que debvroit produire l'élévation polaire où nous sommes ; sur quoy je seray bien ayse d'avoir un jour vostre advis quand vous en trouverez le loysir, car je ne suis pas d'advis que vous vous destourniez pour cela d'aultres meilleures occupations. Sitost que Corberan sera en estât d'observer commodément, il fauit quejeluy en fasse faire quelques observations continues exprez pour cela pour voir si nous y trouverons la suitte conforme à ma supposition, ou bien à celle de cez aultres Messieurs, et si vous pouvez vous resouldre à venir à cez Pasques, ainsin que vous le nous faictea espérer, je seray merveilleusement aise que l'observation du passage prez du Propus se puisse réitérer en vostre présence, et ne manqueray pas d'y contribuer tout ce qu'il fauldra pour faire disposer vostre cause au temps requis, et parleray à Beneton à la première veue et à M*" le Pr[ieur] de la Vallette. Vous avez grande raison de m,e reprocher mon tort sur l'observation de la dernière ecclypse de soleil faicte en cette ville par M' le Prieur de la Valette, mais encores que j'eusse faict transcrire vostre première lettre à Scbikard, elle fut brochée si viste que je n'en leus que fort peu de feuillets du commencement et de la fin, et depuis que M"" Lhuillier m'a renvoyé ma coppie de sa grâce, je n'ay pas sceu prendre le temps de le lire. C'est pourquoy vous m'en pouvez bien excuser, et je vous en supplie.
Quant à ce que vous dictes des conjectures de M' Gaffarel, c'est la vérité qu'on y appliqueroit de cette manière tout aultre sorte de sub* ject. Ce sont des dépendances de ce que vous jugez de ce médecin, que vous avez fort bien recogneu estre dans ce mal incurable de la coiffeure^ que donne la prétendue astrologie, qui ne laisse pas libres les fonctions du sens commun.
Monsieur Fabrot vous a bien de l'obligation ; je le luy feray cognoistre* Il me reste une infinité de choses à vous dire, qu'il fauldra reserver
^ Coiffeure pour enikouiiofme aveugle. Nous disons encore dans ce sens : $e eaifer de quelqu'un, de qudque chose.
[16U] ET DE GASSENDI. AâS
à la première letti*e quoy qu'elles fussent des principales, et si ce pacquet ne part sitosl, je la joindray à celle^cy, et seray à jamais, Monsieur,
vostre, etc.
A Aix, ee i" JE^vrier i63&.
J'ay veu les lettres que vous escriyez à M' de Mezeriac et au R. P. Théo* phile, mais je crains bien qu ils ayent de la peine de m'excuser. Si vous y eussiez mis un cachet volant, je n eusse pas eu tant de honte de les leur envoyer ouvertes , comme vous me les avez renvoyées.
Pour le s' Domioico Molino , si vous luy escri viez , je vous conseille de faire l'adresse à M'^ Naudé , car M' Gaffarel n oseroit practiquer avec luy. Il luy fault donner de Tillustrissime ^
Monsieur, Je fiis hier constrainct de clore la lettre que je vous escrivis sans pouvoir l'espondre à la vostre du â3 du passé qui me fut rendue la dernière, troys ou quattre jours aprez la réception dune aultre plus récente. Sur quoy, aprez m'estre conjouy de bon cœur avec vous de l'heureuse entrée que vous avez faicte dans le septiesme septennaire de vostre aage^ un jour de si bon augure tant pour là feste solennelle de vostre Eglise que pour le nom du Sainct ', qui ne fust pas moings vainqueur du monde en effect que de nom ^, comme vous avez desja commancé de faire, bien que d'aultre façon, ayant mis si loing comme vous avez faict au dessoubz de vous touts les interests et considérations des advantages humains, pour la conqueste desquels la pluspart du monde combat incessamment , et aprez vous avoir souhaicté le comble
* Bibliothèque nationale, fonds français, 13773, fol. 131. Autographe.^-* Rappelons que Gassendi ëtaitnë le 33 janvier 1 59a. — ' Saint Vincent. — ^ Aliosion à OfficefV> vaincre.
iT. 55
laraiBKiiii aATioxitt.
àU LETTRES DE PEIRESC [163A]
du bonheur que vous souhaîctez, et au centuple, je vous diray sur le subject du libvre de Plerapius de la veûe que j*ay prins un plaisir nompareil de voir le jugement que vous en faictes, et l'espérance que vous me 'donnez que nous puissions un jour voir quelque discours de vostre main ex proffesso sur cette matière , lequel il me tardera bien de voir, à vostre commodité. Cependant je vous supplie de me permettre de vous dire encores ce que je vous toucbay, ce me semble, un jour icy, tandis que y estiez, que je ne me puis osier de l'esprit Topinion que j'ay conceûe par prévention dez la première foys que f ouys parler de la comparaison de la lunette à nostre œuil, que comme l'humeur crystallin par sa convexité renverse par sa réfraction les images, indubitablement aussy la concavité de la tunique rétine les doibt renverser pareillement à son tour, pour redresse;!* les images que le crystallin avoit renversées. Tout de mesmes qu'aux miroirs concaves quand on approche l'objet, ils le grossissent estrangement sans le renverser. Mais quand l'object en est reculé hors du centre de sa convexité, là où se trouve le point de conversion , c'est sans doubte que l'image se renverse sans dessus dessoubs. Or il est bien certain que la concavité de l'œuil à l'endroict de cette tunique rétine doibt faire le mesme effect d'un miroir concave, attendu qu'elle est fort noire, et qu'elle ne peûlt estre que fort luysante, puisque l'eau luy g^ace et forme la superficie, et en entretient le poUiment naturel. Et puisque le centre de la concavité de cette tunique i^etine ne peult pas estre hors de nostre œuil , il fault que l'eifect de cette conversion des espèces se face à peu prez en l'endroict où se rencontre le poinct de reunion des rayons de la refraction du crystallin qui estant d'un bien plus petit globe que la convexité de la rétine ne doibt pas s'esloigner*du crystallin gueres plus avant que ce qu'il fault pour rencontrer le centre de la dicte concavité de la rétine, combien que la diversité que vous avez observée fort à propos à la surface intérieure dudict crystallin soit capable par sa forme parabolique d'eslogner possible en quelque façon le poinct de reunion des rayons que la face antérieure dudict crystallin assembleroit par sa refraction en lieu plus proche, mais je n'estime pas que cela le puijsse porter
gueres plus avant que le poinct de conversion de la reflexion du miroir concave de la dicte rétine, si ce n'est que ce soit pour remédier à Tinconveniant que vous trouvei à regarder en un poinct et par un poinct et ce iaisant pour eslargir tant soit peu l'assemblage desdicts rayons, et rendre les espèces plus perceptibles. Car il me souvient d'avoir veu chez deffunct M' Alieaume, disci[de de ce grand M^ YietteS l'instrument qu'il avoit fait pour former la figure parabolique nécessaire à faire des verres convexes qui ne confondissent pas les rapns des images represantées à travers iceuh, dont il fit une espreuve sur un desdicts verres qu'il fit enduire par derrière avec du vif argent, et en fit un miroir convexe qui r'envoyoit le rayon du soleil beaucoup plus loing et avec plus de faculté de mettre le feu aux matières bnislables que les aultres miroirs convexes, portion d'un yray globe de parfaicte rondeur, et il croyoit que c'estoit par de tels miroirs que l'Ai^chimede mettoit le feu aux navires de Marcellus K Je ne vouldrois pas pourtant croire que là concavité de la rétine deust réduire tous les rayons de sa reflexion à un seul poinct, non plus que le crystallin, attendu que cette concavité n'est pas d'une parfaicte rondeur, ains qu'il y a pareillement je ne sçay quoy du parabolique qui pourroit bien faire un pareil eflect d'eslargir tant soit peu le poinct de reunion des rayons de sa reflexion pour faire que l'action et la passion réciproque de l'un avec l'aultre produise la vision en faisant baiser cez rayoUB les uns avec les aultres sinon en un seul poinct, au moings en une espace cappable de ne rien confondre par le croyxsement desdicts rayons de refraction et de reflexion.
Toutes foys je ne vouldroys pas facilement exclurre soubs vostre correction qu'il ne se puisse faire et distinguer en telle espace qui nous peult sembler un seul poinct des choses bien apparamment visibles, quelque imperceptibilité qu'il semble y avoir à nostreœuil, puisqu'avec cez lunettes de Gornelio Drebels ^,^ on distingue en un ciron (qui ne
^ Sur le mathématicien Alleaume et snr eon illustre maître, François Viète, voir le recueil Peiresc-Dupuy. — * On sait que le l'ëcit de Plutarque a été fort conteste. — * Voir sur cet inventeur le recueil Peiresc-Dupuy.
436 LETTRES DE PEIRESC [l6Sfi]
paroit pas à Tœuii plus gros qu'un poinct) tout aultaut de membres qu'en un bien gros taou, un des plus gros moucherons, tant pour les yeux raesmes et les entrailles qiie pour les jambes et aultres parties de son corps. Voire il me souvient d'y avoir veu des yeuli d'abetUe dont la prunelle nous paroissoit aussi grosse quasi qu'un poids, et y distinguoitron le blanc de l'œuil d'avec les aultres tuniques fort distinctes, nonobstant que à plein œuil ie tout ensemble ne fust pas si gros que la teste d'une petite espingle, et encore moings, y ayant une infinité de choses qui ne nous sont incompréhensibles qu'à faulte d'instruments assez propres à les nous faire discerner. Ce fut en présence du bon père Denys de Sailty, à présent prieur de la Chartreuse de la Verne, que nous fismes cette preuve à Boisgency.
Enfin jusques à ce que vous m'ayea faict voir plus à plein vo£ sentiments, vous me permettrez de croire aussy bien la ]*eflexion du miroir de nostre rétine concave que la refraction de la convexité de nostre crystallin au poinct où elles se peuvent le plus commodément entré rencontrer bien prez du centre de nostre œuil, ou plustost entre iceluy et la face intérieure dudict crystallin, et par consequant dans la consistance de l'humeur vitrée, laquelle me semble plus susceptible de la conservation des espèces ou de leurs images. Tout de mesmes que cette pierre de Bologne, qui est calcinée à demy, et qui a une blancheur de sel aulcunement transparante, laquelle exposée au soleil conceoit aussy bien sa lumière que sa chaleur, et transportée en un lieu bien sombre et bien obscur, y conserve une lumière trez apparante, aultant de temps comme peult durer sa chaleur, laquelle elle perd peu à peu à mesure qu'elle se raifroidit, comme le fer embrasé retient qudque temps la liieur du feu qu'il avoit une foys conçeu, et quasi aussy longuement que luy peult durer la chaleur qu'il avoit prinse avec le feu. Ce qui me faict juger que c'est en cette humeur vitrée que peult résider et subsister quelque temps hors mesmes de la présence de l'object, cette fauice image du soleil, qui demeure longuement à ceux qui y ont miré dedans, et qui se mesle avec les aultres objects qui succèdent à la veiie du mesme œuil, et par mesme moyen aussy les images
des tableaux que M' de Cassagties tesmoigne conserver assez iooguement, nonobstant Tabsance d'iceulx, et la subrogation d'aultres objects visibles dont les espèces s'entreoiesient.
J'ay esprouvé je ne sçay quoy d'approchant à cela en regardant contre un diamant que je souloys porter au doigt m'estant par hazard accoudé sur la main où il estoit, la clarté des victres s'estant représentée dans Tune des faces du diamant, et ayant produict des espèces de l'image des dictes vitres , qui sembloient par reflexion estre peintes sur le tapis d'une table fleurdelizé (car c estoit dans le palais) ; ce que j'esprouvay souvent depuis faire les mesmes eifects en la mesme place où j'estoys.Iors assys et accoudé, les espèces de la clarté de la vitlre demeurants imprimées en mon œuil et entremeslées avec les fleurs de lis du tapis que je regardois plus directement, si ce n'est que les dictes espèces par la force du miroir de diamand se peussent porter actuellement sur le tapis, comme elles font sur le papier blanc, quand elles sont aydées par un verre convexe, ce qui ne seroit pas incompatible, et peult estre l'un et l'aultre y pourroient concourir, à. sçavoir la reflexion actuelle et visible des espèces de la vittre, et la conservation de l'image de la mesme victre dans l'humeur vitrée de mou œuil , à cause de la clarté de la dicte victre, et de la lumière du soleil qui donnoit dessus, et qui luy donnoit plus de iaculté d'imprimer tant d'une part que d'aultre.
Je resoubs donques selon la foiblesse de mou petit jugement que c'est en cet endroict là que se reunissent et redressent les images pour nostre veiîe ; mais comme je n'estimeroys pas que l'humeur vitrée fusse cappable de faire l'acte de la vision (encores qu'elle soit cappable de concevoir et retenir les espèces et images des choses veûes comme la lumière), je m'imagine que ce soit l'esprit vital, pour ne pas dire l'âme, qui s'insinue dans l'œuil par le nerf obtique, non seulement pour le mouvoir, mais pour y parfaire l'acte de la veûe de tout ce qui s'y présente en ce rare miroir naturel, si ce n'est que vous aymiez mieux que toutes les aultres parties y concourent, tant le crystallin et la rétine que le nerf obtique, ce que je n'empescheray pas, ne trouvant pas si
&38 LETTRES DE PEIRESG [163i}
incompatible qu'un mesme membre serve à diverses fonctions, à sçavoir pour la refraction et renversement des rayons de Timage comme faict le crystallin, et pour la refiraUion et redressement d'iceulx comme faict la rétine et puis pour le siège de la faculté visive ou voyante, selon que chascun y peult contribuer de son chef.
Tant est que le seul crystallin ne peult pas estre le seul siège de la faculté visuelle, car si cela estoit, ceufx qui ont des cataractes ea Yœuil ne laisroient pas d*y voir, et toutefoys ils n'y voient goutte, et les cataractes sont bien asseurement derrière le crystallin , car j^en ay veu penser, et pour cet effect perser Tœuil avec une esguille jusqaes à son ceiitre, et puis venir abbattre la cataracte en bas, regardant travailler l'esguille dans Tœuil comme à travers une vittre , et amonceller la dicte cataracte, voire la rouler peu à peu à l'entour de Tesguilie pour la retirer enfin contre le trou par où l'esguiPë estoit entrée, ce qui monstre qu'asseurement la vision se faict derrière le crystallin, et non dans la substance d'iceluy. Ce qui feroitun aultre renversement des espèces, si Ton y mettoit absolument le siège de la veiie.
Il me reste à vous dire sur ce subject une aultre petite observation que je fis à Boisgency en regardant l'alignement qu'on faisoit d^une allée de mon jardin , à travers un filet de soye , auquel on avoit attaché un petit peson, que la soye me sembla double, à sçavoir l'une qui me paixiissoit comme la vraye soye, et Taultre à costé qui en representoit comme une faulce image, tout de mesnies que dans un miroir on void l'image bien claire d'une chandelle , et regardant un peu de biaiz, on y void une seconde image de la chandelle, beaucoup moings claire et plus sombre, comme si ce n'estoit qu'une ombre de la vraye image principale, m'estant tousjours iniaginé que la vraye image principale de la chandelle est celle qui se forme dans le fonds du miroir en la surface intérieure qui touche la noirceur du metail, dont U est enduict, et que la seconde faulce image de la mesme chandelle se forme en la surface extérieure et supérieure plus esloignée du fonds noir, ou bien par reflexion de la vraye image de sa surface intérieure à l'extérieure, ce qu'il fauldroit examiner plus exactement. Mais- tousjours
est-il vray de dire que le doublement de la soye que j ay veu 3e mou œuil 9 où la faulce image se \oyoit tantost à gauche » tantost à droicte de la vraye principale image, selon que je penchoys d'un costé ou d'aultre , tout de mesmes qu au miroir, ce que j'attribuois aultresfoys à Tespoisseur des deux surfaces du crystaliin, comme à l'espoisseur du verre de miroir qui a deux surfaces (car aux miroirs d'Allier qui n'ont qu'une surface, on ne void jamais de tel doublement). Mais à cette heure j'estime qu'il faille y considérer l'espoisseur de l'humeur vitrée pour produire ce doublement d'object, tout de mesme que dans la glace d'un miroir.
Si vous nous venez voir, comme je vous prends au mot, et accepte voz offres, il fauldra faire l'espreuve sur un œuil de bœuf non seule* ment comme le P. Scheiner dict Tavoir faicte sur un œuil d'homme aussy bien que de bœuf, mais en toutes les façons que nous pourrons. Dieu aydant, aussy bien sur le miroir de la rétine que sur la convexité du crystallin, et mesurer les proportions et dimensions de leur rondeur parabolique réciproque , et jusques à l'espoisseur de l'bumeur crystalline et de l'humeur vitrée, voire de l'aquée aussy, s'il est possible , et voir si la convexité de la cornée à part ne faict aulcune refraction de son chef et pourquoy, vous asseurant que quand je fis faire l'anatomie de l'œuil du caméléon , la petitesse de son crystallin n'empescha pas que je ne luy fisse faire l'effect de la louppe, en le posant sur un papier escript. Pavoys lore commancé d'en dresser une relation. Mais je ne la peus achever le mesme jour, et n'ay jamais depuis eu moyen d'en reprendre la besoigne, si la fauldra il achever tost ou tard quelque jour, Dieu aydant, quand ce ne seroit que pour l'amour de M*" Saulmaise qui m'en prie, et de vous.
Monsieur,
à qui je suis de si bon cœur vostre, etc.
DE Pbirbsc.
A Aix, ce a iisbvrier t63& *.
' Bibliothèque nationale, fonds français, 19779, fol. i95. Autographe.
ààO LETTRES DE PEIRESG [I63A]
À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESG
ABBÉ ET 8B1GNBUB DE CUISTRES, CONSEILLER DU ROT EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE,
ÀAIX.
Monsieur, Je vien à la bonne heure d'achever, ou plustost de griffonner avec tout ce froid mon quétriesme cahier, pour le donner à Monsieur de Voiûis, qui doit encore aller coucher ce soir à Spinouse ^ C'est le beaufrere de ce monsieur Escoffier que je vous ay recommandé il y a quelque temps et que je vous recommanderoys de nouveau , si la chose n'estoit superflue. Je joindray à ma despesche les lettres du père Âthanase [Kircher] et de monsieur Tondu ty [Saintr-Léger] à vous, que j'oubHay d'inclurre dans* ma précédente. Mais j'estois si lourd d'avoir cscril durant toute la matinée (je fey en effect dix lettres à Paris, et entre celles la une latine) que quoy que je m'apperceusse qu'il manquoit à un costé de mon pacquet le contrepoids que je luy avois destiné, je ne m'advisay point que ce fussent ces lettres. Mes deux dernières despesches ont esté^ l'une par monsieur le receveur Go* dur, l'autre par M' le receveur des décimes. Je vous avoy prié de m'envoyer la traduction des vers grecs d'Athénée et autres par M' Grotius^. Si vous n'en avez point encore donné le livre, il ne sera point nécessaire que vous le donniez. Je l'avoy deziré pour employer la dite traduction sur certains vers iambiques que je devois citer en ce cahier et quelques autres. Mais pour les autres il n'y a rien qui presse, et j'auray eu le bien de voir le livre chez vous avant que j'en aye à faire; pour cette fois je me suis servy de ma propre traduction en iambiques
^ Nous avons dëjà vu que la commune ^ Dicta pœtarum, quœ apud Jo, Stobœum
(l'Espinouse est à 17 kilomètres de Digne. exlant, emendata et latino carminé réédita
* C*e8t4iH]ire ont voyage, ont eu pour ab Hug. Grotio, etc. (Paris, Buon, lôaS,
porteurs. in-4*).
[1634] ET DE GASSENDI. Ail
latins, comme en quelqu'un des cahiers precedens en ce vers là [non imtnolatas saepe victimas veras). Je suis durant ces matinées, certainement bien froides, après la station de cr [signe de la planète mars]. Je commençay de Tobserver le â 5 et ay depuis continué les 27, 29 et aujourd'huy 3o ; pour les autres matinées le ciel a esté couvert. Si dimenche au soir il vous plaist de voir ou faire prendre garde à la posture de la Lune avec les Pléiades, j'y travailleray de mon costé et vous marqueray après ce que j'en auray veu. Je m'en vais escrire seulement un mot à monsieur Luillier, et un autre à M'^ Girard; pour ce dernier il suffira de le faire s'il vous plaist porter chez monsieur do la Vallete, si par adventure je ne le donne mesme séparément à ce porteur.
C'est tousjours.
Monsieur,
vostre très humble, très affectionné et très obligé serviteur,
Gassbnd.
A Digne, ce 3o janvier i63A.
Monsieur, j'oubliois de vous dire que si vous avez, ou quelqu'un de voz amis les œuvres d'Aviceune en latin d'une impression non trop ancienne (par adventure est-ce la plus fraische) in-folio, en teste de laquelle il y a une préface sur le canon par un dont le nom s'est eschappé de ma mémoire, je vous supplie de me faire copier tout ce qu'il y a en la dite préface sur le mot de canon, qui peust estre d'environ une page, partie à l'endroict, partie à l'envers. Je l'ay leu autresfois, et je croyoy d'en retrouver une copie que j'en avoy faite, mais il fault qu'elle se soit perdue avec d'autres papiers qui s'esgarerent, en deux ou trois divers r'emballemens que je feis de mes bardes et livres à la dernière fois ^
^ Bibliothèque nationale, fonda français, 9536, fol. 16&. Autographe.
iT. 56
k MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, CHA^OINfi ET THEOLOGAL EN L'I^GLISB CATHEDRALE DE DIGNE,
À DIGx^E.
Monsieur, Je vous escrivis, avant hier, par vostre receveur des décimes pour satisfaire à ce quil y avoit de phis pressant en responce.des ordres et commandements que j'avoys receus de vostre part en voz dernières despesches pour ne vous en laisser en peine. Hier que j*eus un peu plus de relasche, je vous respondis sur le subject de Toeuil et de la manière de la vision selon mes foibles sentiments que je soubmets absolument aux vostres en cela et toute aultre chose, m'estant esteudu en cette matière un peu plus que je ne me l'estoys proposé pour ne vous rien dissimuler de toutes mes chettives pensées, vous suppliant d'y excuser ma liberté et la con6ance que je prends en vostre naturelle bonté. Ce discours trop long et possible bien ennuyeux m'emporta le temps que j'eusse deub employer par preferance aux compliments que je vous rends à cette heure, quoyque bien tard, de la plus grande et plus indigne faveur que je pouvois avoir de vous, dont je vous seray éternellement redevable. C'est de la communication qu'il vous a pieu me laisser prendre de vostre grand ouvrage concernant les mœurs et doctrine d'Ëpicure oit j'ay desja prins un plaisir non commun, et dos plus doulces heures d'entretien que j'eusse peu souhaicter, car il y a longues années qu'aux premiers discours que vous m'avez tenus des mauvais offices que l'on avoit rendus à la simple naïveté de ce grand homme , j'avoys conceu de grandes inclinations en sa faveur, en attendant de voir playder une si bonne cause que la sienne par un personage de vostre mérite, et dont la rare vertu et bonnes mœurs tesmoignent à un chascun de quel poids et de quelle estime doibt estre toute vostre doctrine avec tduts voz mouvements et louables desseins, croyant que ce
sera un grand advantage de son costé et une grande precaultlon conlre ceulx qui vouldroient trouver à redire à cette entreprinse, qui n'eust pas esté si bien receue de toute aultre main que la vostre, ne si bien séante en toute aultre bouche, et en toute aultre persone, dont je me conjouys grandement avec vous et avec toute la chère patrie, comme j ay desja faict avec M' L'huiilier, à qui j'ay escript que je vous priel^ay d'agréer (ce que je faictz très humblement et trez affectueusement) qu'il m'en fisse transcrire un exemplaire sur mon compte, à mesure qu'il feroit transcrire celuy que vous luy demandez pour vostre usaige, m'asseurant que vous ne m'en esconduirez pas non plus que luy puisque vous luy en laissez une si libre disposition, et que vous sçavez bien que je ne prétends pas d'en abuser, comme je ne voids pas qu'il y veuille faire de difficulté de sa part, sçaichant combien je vous suis desvoiié, et l'honneur que vous me daignez faire de m'ayraer beaucoup plus que je ne sçaurois valloir, ne mériter en vostre endroict. Mais je ne m'y espargneroys pas, si je le pouvoys et si vous me commandiez un peu plus librement que vous ne faicles. Possible sera-ce quelque jour Dieu aydant que je m'en pourray mieux acquitter, sinon conformément à mon debvoir, au moings selon la foiblesse de mes forces.
Au reste j'ay bien esté honteux de voir que l'exubérance de vostre honnesteté vous ayt faict insérer un si chetif nom que le mien et pour un si foiblé subject dans vostre Espistre liminaire, sçaichant que je n'estois pas digne de tant d'honneur, et que je n'ay jamais rien faict pour vostre service qui puisse mériter d'estre mis en ligne de compte. Mais c'est vostre naturelle benefîceance qui vous faict ainsin traicter.voz serviteurs et moindres amys, estimant plus leur boime volonté que les effects, en quoy certainement vous pourriez avoir eu quelque raison si elle peult suflîre, car il est bien vray de dire que je vous suis entièrement acquis quoyque de trop longue main pour vous en avoir donné si peu de preuves. Vray est que vous croyez bien qu'il n'a pas tenu h moy jusques à cette heure, comm' il ne tiendra pas à cela pour l'advenir, que je n'y contribue davantage, si je le puis, aux moindres ouvertures que j'en trouve dans voz commandements, ou dans ma pe-
i&U LETTRES DE PEIRESC [1634]
titc industrie. Bien mapry de vous en faire si tard les protestations que je debvois, mais M' le Prieur de la Valette, à qui j'envoyay vostre premier cahier sans l'avoir leu, aussy tost que je l'eus receu, le retint quasi toute la semaine, tandis que je fis travailler à extraire quelque chose de vostre despesche au s' Schikard, de sorte qu'à peine le peus-je recouvrer à temps pour l'envoyer à M' L'huillier par le suy vant ordinaire et le lisre en courant. Aprez quoy je me trouvay surchargé d'une infinité d'affaires pressentes que je pensoys vuider plustost que je ne sceus en venir à bout, et qui m'ont emporté tout le reste du temps, sans que j'aye sceu lisre vostre second cahier, que la matinée mesmes du départ du courrier, nonobstant qu'il eusse esté céans toute la semaine, car l'ayant envoyé à M' le Prieur de la Valette, il me le renvoya sur le champ, disant qu'il se contentoit d'avoir aultresfoys veu ce que vous luy en aviez communiqué, tant il est devenu peu sensible aux choses dont il esloit aultresfoys si friand ^ de sorte que je ne luy ay pas envoyé le troisiesme et ne l'ay pourtant encores sceu lisre, depuis l'avoir receu, de peur de trop différer de respondre à voz lettres, m'y réservant un repas d'importance aussylost que j'auray achevé cette despesche, Dieu aydant.
J'oublioy de vous dire que j'ay veu ce que vous mandez à M*^ Lhuillier pour le portraict de vostre Epicure^, que je n'ay pas veu, au moings celuy que vous a envoyé M' Naudé tiré du Palais de Ludovisio, car pour l'auitre du s"* Erycius Puteanus, si je l'ay veu, j'en ay comme perdu la souvenance, et n'ay pas maintenant sceu retrouver le volume de ses Epistres pour le revoir, et juger de l'apparance qu'il y peult avoir que ce soit plustost de luy que d'un aultre, et de la fidélité de l'inscription, s'il y en a. Car hors des testes posées sur des Hermès avec les inscriptions grecques du nom de la persone et d(5 ceux de son
^ Joseph Gaultier était alors scptuagë- i63&, dans le fascicule XVi des Corres--
naire, ce qui explique et excuse le refroi- pondants de Peittêc, p. 3o. Ne pas né-
dissement de son enthousiasme. g'^^i*) ^ur le même sujet, la note 3 de la
* Sur les portraits d'Epicure, voir une même pige, laquelle provient d'une savante
lettre de François Luillier du 9& février main : celle de M. Pierre de Nolhac.
père et de sa patrie, comme c estoit ]e plus commun usage en matière de gents de lettres, et dont le nombre n'est gueres grand aujourd'huy dans Rome, touts les aultres portraicts en marbre des hommes illustre du temps passé qui ont faict profession de littérature, sont fort subjects à caultion, se trouvant une infinité de figures et de lestes sans aulcun nom, que Ton battise à plaisir, et où les marchands pour les mieux vendre font graver des noms les plus célèbres sans Taddilion des filiations et de la patrie, à faulle d'en estre assez instruicts, et parfoys ils trouvent des troncs de figures où les inscriptions sont légitimes, et les testes en ayants esté abbattiies par l'injure du temps, ils y en font hanter des aultres sans choix, et quoyque trez incompatibles. Il y en a mesmes dont les images ont esté mises en taille doulce du commancement qu'elles furent desterrées avant qu'on se fust advisé d'y rien escrire, qui se voyent maintenant accompagnées de faulses inscriptions. C'est pourquoy si vous avez aulcune coppie des portraicts que vous dictes avoir cy devant communiquez à M' L'huillier, et que vous et luy trouviez bon que je les voye, je vous en diray mon ad vis, et par la practique jà acquise d'assez longue main en cette sorte de curiosité, possible auray-je moyen d'y descouvrir quelque chose, soit de Tincompatibilité, ou de la vraysemblance, au cas qu'il y faille avoir recours. Cependant je ne vous doibs pas taisre que dans mes recueils, j'ay aullres foys rencontré jusques à quattre graveures antiques dont il m'en reste troys (n'ayant peu retrouver la quattriesme par maileur qui s'est esgarée ou perdue dans mon estude, et qui estoit la mieulx gravée et plus nette), dans lesquelles j'ay creu estre représentée la figure de voslre Epicure assise sur un siège au milieu de son KAIIOS, dont le plan est en forme d'un hémicycle environné d'arbres et de cez figures que les anciens appelloient des HERMES (qui estoient comme des simples termes ou pilastres sur lesquels estoit posée la teste de quelque deilé, ou de quelque grand personage, et spécialement les hommes de lettres), dont il y a tousjonrs un nombre précis de troys Hermès, en chascune de mes troys graveures antiques, mais pour les arbres qui sont entrelassez dans le vuide d'entre cez hernies, le nombre n'y est
pas si affecté, car en deux graveures il n y a que deux arbres en chascune, et en la troisiesme il y en a quattre, ne me souvenant plus du nombre des arbres qui estoient en la quattriesme que j ay perdue, où je suis bien asseuré qu'il n'y avoit aussy que troys hermès, dont le nombre affecté partout m'a voit faict juger que si les anciens a voient eu dessein de représenter TEpicure en la statue du mitan, ils pouvoient bien l'avoir voulu accompagner des hermès ou statues de ses trois frères Neodes, Ghaeredemus et Âristobulus, puisqu'il avoit ou le soing de son vivant d'en célébrer la mémoire à certains jours de l'année, et d'ordonner la continuation de telles solemnitez aprez sa mort, si ce n'est que vous aymassiez mieux que ce fussent troys de ses plus chers disciples ou collègues qui luy estoient predecedez, et dont il avoit pareillement solemnisé la mémoire de son vivant, à sçavoir le Metrodorus, le Polycenus et le Saudes puisqu'il avoit prins tant de soing de leur postérité, car je n'estime pas que ceux de sa secte , qui vouloient porter son image en leurs anneaulx, l'eussent voulu accompagner d'aulcun de ceulx qui luy avoient succédé en l'intendance de son eschole, comme pouvoit estre son HËMARGHVS et autres de ses successeurs. Ains qu'ils l'auront represanté plustost comme vivant, accompagné des aultres troys comme ja décédez, et en Testât et vénération qu'il les teuoit luy mesmes. Les testes et visages des uns et des aultres sont si petites qu'il n'est pas aisé d'en tirer auicune phisionomie, ne ressemblance qui ayt rien de certain, si ce n'est qu'asseurement elles sont barbues toutes quattre, tant les deux des costez qui sont de proBle, et celle du devant qui est à troys quartiers, que celle du mitan de derrière qui est de front laquelle est de forme ronde et négligée à la mode des philosophes, sans auicune affectation de longueur extraoi*dinaire, non plus que de la razure que practiquoient les disciples de Zenon et aultres. Auquel cas il semble que le nom de KfilIOG luy pourroit estre bien plus propre et plus particulièrement convenable que la simple générale dénomination d'un jardinage, attendu que festîme que la forme ronde, ou plustost d'un demy rond, y estoit expressément comprinse, soit qu'on veuille examiner les paroles du vieil etymo-
[1634] ET DE GASSENDI. àM
iogiste grec qui appelle KHIIOG un lieu couppé ou tranché, et qui est plus ouvert et plus exposé à l'air et au vent, et par consequant plus récréatif que les aultres, qui seroient esgalement couverts et enfermez de tous costez, et tels que sont communément ceux que Ion espargne et cultive sur les pendants des collines, comme pouvoit estre celuy-la à Athènes; soit qu'on veuille considérer une aultre signification du mesme mot de KHIIOC, rapportée par Hesycfaius et aultres anciens, restraincte à une coiffeure ou chevelleure formée en rond (et telle que les Italiens appellent encores aujourd'huy il zuffoy quasi comme celles que les dames portoient il y a une vintaine d'années en France, et lesquelles elles soubstenoient avec des moulles de filz d'acier), que les anciens apposoient à une aultre manière de chevelleure, qu'ils nommoient GKAOION qui consistoit à une razeure sur le vif. Or j'ay une figure de bronze du dieu des jardins assez grosse et assez notable pour aultres singularitez de la peau d'un pourceau dont il est revestu , mais spécialement pour sa coiffeure frisée et accommodée à l'entour de son visage (avec aultant de soing que si c'estoit d'une femme), disposée en forme ronde, ou plustost d'un demy rond qui descend jusques au dessoubs des oreilles, que je tiens estre le vray KHIIOC d'Hezychius; soit encores qu'on veuille mettre en compte ce que les anciens appelloient KHnOI ÂÂÎ2NI/iOC, qui estoient des petits jardins pensiles, qu'ils faisoieot naistre sur la convexité de certains vases de terre seichée sans cuire sur lesquels ils faisoient germer des semances cappables d'insinuer leurs racines dans le corps de la crouste du vase, et d'y prendre de la nourriture par l'eau qui s'y changeoit tous les jours par dedans, lesquels vases se couvroient et se revestoient de verdure qui ne pouvoit estre que de forme ronde à tout le moings par le dessus, et qui par consequant pouvoient encores avoir je ne sçay quel rapport avec la figure demy-i*onde, attendu que les plantes poussent tousjours naturellement vers le hault plustost qu'en bas, et pouvoient mieux retenir la forme ronde par le hault que par le bas où debvoit estre lassiette du vase, lorsqu'il n'estoit suspendu en l'air. Ou bien qu'on veuille Y avoir quelque esgard à une aultre signification du mesme mot de
448 LETTRES DFi PEIRESC [1634]
KHllOC practiquée par un philosophe chez vostre Laertius, el confirmée par ie Suidas pour designer le sexe d*une femme, et ie poil honteux dont il se peuit dire comme coiffé en forme orbiculaire, ou demy ronde, aussY bien que celle de la coiffure du Dieu des jardins susdit. Et qui sçait si loi'sque Giceron descript son vénérable vieillard assis IN HEMICYCLO , ce nestoit pas en un lieu dont lassiette fusse de forme demy ronde, comme celle de vostre Ëpicure, plustosi que sur une chaire de forme demy ronde, comme les modernes l'ont vouleu interpréter? En effect Yarea, ou le champ, ou assiette demy ronde sur quoy est placée la figure assise de vostre Epicure en mes antiques semble grandement convenable aussy au mot AIATPIBH, dont use le mesme Ëpicure, en son testament au rapport de vostre Laertius, puisqu'il represante un lieu qui (pour estre dans un jardin) semble estre le plus propre à y sesjourner et le plus fouUé ou moings cultivé. Tout de mesme que le mot de CXOAH dont il use aussy promiscuement qui a un grand rapport à un lieu de sesjour et vacant ou exempt de la culture des jardinages. Or la figure qui s'y void assise en un siesge eslevé, et comme adossée, est en la posture et constitution la plus sérieuse que Ton sçauroit représenter un philosophe en ses plus profondes méditations, et a d'un costé à ses pieds un certain corbillon plein de pain ou de fruicts, et de l'aultre un certain corps irregulier que je n ay jamais sceu bien discerner ny deschiffrer à mon gré. Car tantost il semble un rocher qui produise un petit ruisseau de fontaine en Tune des graveures, tantost (aux autres deux graveures) il ressemble un sac de cuir, tels que les an* ciensappelloientIJTRES que nous disons ouyres ou boucs, dontTusaige estoit anciennement aussy fréquent pour y tenir du vin, comme il est icy aujourd'huy pour y tenir de l'huille, encores s'en sert on au dessus de voz montaignes pour y charrier présentement du vin, auquel cas il fauldroit qu'en l'aultre graveure ce fust le lien destasché qui nous ressembloit un ruisseau, si ce n'est que ce peusse estre une fontaine comme sortant d'un VTER, ainsin qu'il s'en void à Rome une de marbre antique au jardin de Mathei, et la forme de cet VTER m'avoit aultresfois faict juger que ce feust un philosophe cum saccuh et pera^ comme
il y en a d aulcunes foys dans les anciens marbres et pierres précieuses. Car ce qui ressemble un corbillon en l'une ou deux de cez graveures ressemble un peu mieux une arca, ou un coffret, ou boitte ronde, en la troisiesme, et tandis que je navoys que celle là, j'avois doubté que ce ne peusse estre une ara pour les sacrifices avec ses flammes par dessus. Mais dans les aultres graveures il paroict bien évidemment de la rondeur par le dessoubs du corbillon, et que son ventre se va r'amenuisant par le bas, et eslargissant par le hault, ce qui ne se practiquoit jamais en la forme des autels, où les anciens affectoient tous* jours plus de corpulance par le bas que par le hault, pour plus de stabilité, et pour n estre pas si subjecttes à se renverser, et puis si ce debvoit estre un autel, la figure tiendroit en main quelque patere pour le sacrifice, et seroit plustost debout qu'assise, de sorte qu'il semble plus compatible que ce soit un philosophe, tel quEpicure avec ce qu'il lui falloit pour ses Epules ou banquets plus solemuels, ne consistant pas en davantage que du pain et de l'eau, ou bien au pix aller du pain et du vin, soit pour luy ou pour ses auditeurs et amys plus afiidez, aux célébrations mesmes des Testes de son jour natal et aultres qui pou voient regarder la mémoire et le culte de ses ancestres, ou de ceuix qui luy avoient esté les plus chers au monde, ainsin que le practiquoit vostre Epicure. Si vous trouvez recevables ou toUerables aulcunes de cez conjectures, je feray portraire le plus diligemment jque faire se pourra toutes lesdictes graveures à part les unes des aultres, tant en petit volume qu'en grand, afin que l'une serve en tant qu'elle pourra à la confirmation de la fidélité et des preuves ou conjectures qui se pourront tirer des aultres, et en feray faire des empreintes exactes. Cependant vous en aurez deux ou trois de chascune faictes quoyque précipitamment en cire d'Espagne pour voir à peu prez ce que ce peult estre, et que ce n'est pas chose moderne ny supposée ^
* Les empremte ea cîie des trois graveures antiqaes que Peiresc envoyait à Gassendi se voient dans an bon état de rNnmaCw war le recto du folio i a 9 du manuscrit français 1 9 77 a. If. 57
artdnui «atiovau.
450 LETTRES DE PEIRESG [163iJ
Il ne me reste à vous dire sur tout cela si ce n est que comme Tune desdictes graveures antiques est m gemma sarda, de couleur rougeastre ou de chair, et laultre in gemma achate^ de couleur noirastre, traversée d'une bande blanche, la troisiesme n'est que de verre ou paste d'esmail (antique pourtant comme les aultres) possible pour nous faire voir que parmi ceulx de ceste secte qui affectoient de telles marques pour l'ornement de leurs bagues, ou pour leur servir de cachets, il y avoit des gents assez riches pour avoir des pierres précieuses, et d'aultres si pauvres qu'ils n'en pouvoient avoir que de verre et qui faisoient vraysemblablement la proffession de vivre possible aussy contents les uns que les aultres, chascun en sa condition. La quattriesme (que j'ay laissé esgarer ou perdre à mon grand regret) estoit en molochites (qui est une pierre quasi comme la Turquoise, mais couleur de verd de mer) et estoit beaucoup mieux gravée et mieux conservée que toutes les aultres, et où j'eusse mieulx trouvé de quoy restituer, comme je l'esperoys, quelque chose du visage tant d'Epicure que des aultres troys statues des hermès d'alentour ; mais* elle se trouvera possible encores quelque jour en quelque coing de mon estude ou des coffres, oiV quelques miennes curiositez furent emportées durant la peste. Cependant f ay escript depuis peu à Rome pour faire chercher dans les cabinets des curieux s'il ne s'y en trouveroit poinct de semblable, d'où nous peussions tirer quelque plus grand esclaircissement, et possible en escriray-je aussy en Allemagne, eu Angleterre, et à Paris mesmes, car je vouldroys bien en exclure toute sorte d'occasion de doubter, s'il estoit possible. Au reste, j'ay receu tantost vostre despesche du 3o janvier avec vostre û* cahier, par un trez honneste homme le s' de Voluys qui esloit accompagné du bon homme Mess** Scouffier que vous me recommandez, et lesquels je serviray de bon cœur pour l'amour de vous, si je le puis. Il m'a promis de venir prendre ma responce demain du grand matin , de façon qu'il est bien dangereux que je ne la puisse pas relisre, attendu l'heure tarde. C'est pourquoy vous excuserez les besveûes qui m'y pourroient estre eschappées, et si je puis je l'arresteray pour attendre voz lettres de l'ordinaire, et pour vous porter le canon
d'Avicenne que vous demaudez, dont j ay quelque chose du texte mesme arabique imprimé Hienœ, si je ne me trompe^.
Gorberan a faict quelques observations qu ii vous envoyera et veult continuer. Je Tadvertiray de prendre garde à celle que vous dictes de dimanche prochain, et demeureray tousjours, Monsieur,
vostre, etc.
DE Peiresc.
Monsieur, je qie. suis depuis souvenu que M' Petit m'emporta à ce mois de septembre touts mes libvres arabes, entre lesquels est ce canon d'Avicenne avec le texte arabe, la vet*sion nouvelle de ce bon Aileman, et tout plein de notes, de sorte que je ne pourray pas le vous envoyer, mais je feray chercher un aultre Avicenne chez nos médecins pour y prendre ce que vous desirez, et le vous envoyer par le prochain.
J ay depuis receu le pacquet de l'ordinaire où vous aurez des lettres et un livre de Longomontanus ^ et un pacquet du s' Diodati qui me demande le Foscarini ^, lequel je ne manqueray pas de luy envoyer par la première commodité.
A Abc, ce 3 febvrier i634 \ Dans la même lettre, sar un billet à part:
Monsieur, je vous prie de ne rien escrire à Paris ne ailleurs pour encores sur le subject du contenu en cez graveures antiques dont je vous ay parlé en ma lettre, de peur d'esventer la chasse et de nous
* Cette édition dlëna n'est pas men- tronome ëtaitnë en iSGadansleJutland^ù
tionnëe dans le Manuel du Libraire où sont Laënsberg, d'où son surnom de Longomon-
énumérëes diverses antres éditions de Rome , tanus : il fut professeur de mathématiques h
deBreslau,deNapIes,deMilan, dePadone, Copenhague,
de Venise, etc. ' Rappelons que le P. Foscarini fut un
' Était-ce YAstronomia Danica de Chris- des principaux adversaires de Galilée,
tiaaus Longomontanus qui avait paru à * Bibliothèque nationale, fonda français,
Amsterdam , chez Blaeu, en 1 63o (seconde 1 3773 . fol. 1 aS. Autographe, édition; la première est de i6aa)? Cet as-
les enchérir jusques à ce que nous en ayons rccueiliv ce qui 83 trouvera en commerce, et que nous voyions d'eo accomplir l'assortiment <, s'il est possible. Seulement 6era-t*il bon de prier M' Luiilier de me faire voir les desseins qu'il a de la figure deLudovisio, et je feray mieuh chercher celuy du Puteanus, afin d'en pouvoir juger tant de l'un que de l'auitre.
À PEIRESC
Monsieur, Testoy tantost après vespres sur la dernière page de mon cinquiesme cahier, quand on m'est venu advertir du despart de M' Ripert présent porteur. Gella m'a fait souvenir de ce que vous m'avez dit autresfois que j'estoy né coiffé pour des semblables rencontres. Aussi tost donc après avoir achevé le dit cahier afin de le vous pouvoir addresser, j'ay fait ma petite despesche pour Paris, et il ne me reste plus que de vous dire succinctement comme quoy j'ay receu vostre despesche du premier de ce mois après avoir précédemment receu le livre de M' Grotius, dont je vous re/nercie, et que je conserveray puis qu'il vousplaist sans cérémonie pour l'amour de vous sur l'asseurance que vous me donnez que vous en avez un autre exemplaire. Je ne sçay quelle imagination j'avois eiie qu'outre ces vers de Stobée, il y avoit ceux d'Athénée, mais par l'inspection du livre, que je n'avoy point trop fueuilletté, je me suis destrompé , ayant veu que c'estoint d'autres pièces. J'ay receu par mesme moyen et les observations du sieur Gorberan et voz trez eu* rieuses remarques qui m'ont certainement bien fait admirer et vostre louable soin et vostre bonne patience ^ Je vous r'envoyeray le tout, mais
^ Cette phrase a ëtë citëe (p. i3o) pat à ta niaUon avec un emploi plus on moins
Bougêrel qui fait de Gorberan un « dômes- relève. On sait (pi*au x?ii* siècle et encore
tique 1 de Peiresc, ce qui est exact si Ton au xyiii* les bibliothécaires, les secrëtaires
donne à domestique le sens ancien d'oUoehi étaient compris parmi les domeHiques, et
in'imaginant ou que voz gens en ont retenu copie, ou que vous n'en estes point pressé, je me dispense de le retenir jusques à ce que j aye destiné quelques heures à y jetter les yeux un peu plus soigneusement que je n ay encore fait. Ce n est pas que je u aye leu le tout voire très avidement, mais vous sçavez que pour en tirer quelque profit, il faut s'y prendre avec un peu de loisir. Certes la peur que j ay d'interrompre le train que j'ay pris de faire à chasque semaine un cahier de ma petite besoigne, est cause que si bon je fey presque tous les jours quelque observation \ je n'en calcule toutesfois point, me contentant de la marquer, pour la calculer après quand je pourray, me suffisant que l'occasion qui ne revient point ne me soit point eschappée. Je n'ay point mesme encore calculé les mbmens de l'heure pour l'observation que je fey avant hier au soir, malgré les nues qui m'interrompirent souvent touchant le passage de la lune au-dessous des pléiades, ou d'une partie d'icelles. Or pour vous en dire quelque chose, parce que possible vous y aurez fait prendi^e garde, vous sçavez que ces estoiles ont à peu près cette diposition :
D'ailleurs la lune monstroil à peu près la D
teste, phase représentée icy en la marge. Or ^ * *
en une ouverture de nues qui se feit presque ^ jf. aussi tost que les estoiles peurent paroistre v p
auprès de la lune, je vey sans lunette le qua- E
drilatere A D G E et la lucida pleiad. A distante de la lune environ la moitié de l'espace qu'il y a entre A et E. La ligne G A me sembloit aller donner vers le tiers du bord de la lune, à le prendre de la pointe d'en haut. Le Pes Sin-Orion estoit alors haut 3â°-i3^. Assés long temps après, et Procyon estant haut sS'^-as, je descouvris l'estoile 6 avec la grande lunette sortie desja du bord de la Lune, et esloignée d'environ la cinquiesme partie de son diamètre. Elle sembloit estre sortie de l'en-
qae.pcmrciter un illustre exemple, Etienne pbrase : irVous voiez que le train que j'ai
Balùze était un des domeêttqueê de Tarche- pris de transcrire ma philosophie, ne ni'em-
vaque Pierre de Marca. pèche pas de fair^ tous les jours des obser-
' Bougerel (p. i3o) arrange ainsi cette vations.»
àbà LETTRES DE PEIRESG [163&]
droit de l'inférieure partie de la macule plus proche au-dessous de la Solitaire. Il y en avoit une petite perpendiculaire au-dessus, qu'on ne void point sans lunette. Apres Procyon estant estevé ag^-iB je vey avec une lunette des moindres la distance d'entre  et la lune aussi grande que celle d'entre A et G, or je remarquay que la ligne de G à A continuée alloit abboutir entre la macule solitaire et l'autre. Je m'ap* perçoy qu'en la figure de la (g je n'ay pas bien gardé la proportion parce que cette ligne abboutissoit un peu au-dessus du milieu, là où celle de B à la (£ n'abboutissoit guère plus qu'environ autant au dessous, j'entends du milieu du bord esclairé. Despuis Procyon estant eslevé So^'-y la distance d'entre B et la 3) fust telle que les bords de la grande lunette ne pouvoient point comprendre un plus grand espace, je l'avois limité à 1 o ou 1 1 diamètres de 'if. Finalement Procyon estant eslevé 33^-/19, l'estoile 6 fust autant distante de la lune en regardant tousjours le mesme endroit comme la plus proche qu'est la mesme estoille B , de l'estoille D. J'ay couché le tout un peu plus nette dans mon cahier courant, mais je n'auroy pas eu ny le temps ny la patience de le descrire. Une autre fois et avec plus de loisir nous parlerons des observations du sieur Gorberan. Je suis certainement ravy de sa bonne volonté, et j'espère que quand je seray à Aii j'auray de la satisfaction à luy donner quelque petit esclaircissement sur ces choses. Ayant desja travaillé comme il a fait et pourra encore faire, il en demeurera aussi je m'asseure bien satisfait lui-mesme, et il comprendra le tout bien aisé. Il manque les parties du traversier ou toutes entières, ou à demy seulement. Or comme chascune de ces parties vaut plus de trois minutes, ainsi il importe de les distinguer par l'œil avec un peu plus de précision. Il faut imaginer que chascune soit sous-divisée en lo moindres parties, et aloi^s au lieu de trois chifres seulement il faut qu'il en marque quatre. Par exemple si la pinnule est sur la partie a/i6 précisément il faut qu'il marque ceila en y adjoustant un o ainsi a & 60. Et si la pinnule est justement au milieu entre 266 et s 67, parce que ceste moitié vaut cinq des dites moindres parties, il faut- le marquer ainsi : â/t65. Que si la pinnulle est en deçà ou delà le dit milieu, il faut mar-
[1634] ET DE GASSENDI. il55
quer 3&61 ou â/t63 ou â&63 ou 2/16/1, ou bien s/i66,ou 3667 ou a&68 ou 2669 , selon que Tceil le peut estimer au plus juste. Il y a d'ailleurs quelque chose à dire sur la façon de recueillir les degrés et minutes desdites parties par les tables des tangentes, car par exemple en sa première observation 266 qu'il faut imaginer valoir 2/1600 parce qu'il y a cinq chiffres auxdites tables vaut i3 degrez /ig minutes et environ un quart de minute. D'ailleurs 18/100 vaut t o degrez 25 minutes et environ 3 cinquiesmes de minute, qui avec le susdit quart font h peu près une minute. C'est donc en tout 2/1 g. i5 m. Or luy en met i5 . 18. Il met donc trois minutes plus que de ce qu'il faut. En la dernière il y a aussi eices de 3 minutes. Je n ay pas le loisir d'examiner les autres. Quoy qu'il en soit, ce pourroil bien estre là une des causes pourquoy vous trouvez les distances trop grandes. Mais à tant je finis. On vient de me dire que ce porteur, quoy qu'il parte demain matin , ne pourra toutesfois estre à Aix que dimanche, à cause qu'il se doit arrester à Oreson. Mais il n'importe , je ne laisseray pas de luy donner ma despesche, n'estant pas asseuré de rencontrer dans la semaine une autre commodité. Je suis tousjours, Monsieur,
vostre trez humble , très affectionné et très obligé serviteur,
Gassbnd.
À Digne, ce 7 février au soir i63& \
À PEIRESC
Monsieur, Je croy que ce monsieur Ripert qui vous aura raudu ma dernière despesche estoit à peine party, quand je receu la vostre des deuxiesme et troisîesme de ce mois. Je ne sçaurois vous dire comme quoy j ay
Bibliothèque nationale, fonds français, gSSBi, fol. a88. Autographe.
admiré vostre bonne patience et avec quel ressentiment j*ay receu tous les discours qu'il vous a pieu vous donner la peine de me faire par les vostres nonobstant voz plus grandes et sérieuses occupations. Or attendant partie d'y respondre plus amplement par les prochaines commoditez, partie d'avoir le bien d'en conférer de vive voix avec vous en mon voyage d'Ail, je vous diray cependant, monsieur, pour ne perdre point ccste commodité, deux ou trois choses. La première que j'escry à Paris à monsieur Luiilier, et le prie de vous envoyer les deux images d'Epicure dont vous avez veu que je luy ay fait mention ^ Je ne doute point que vous n'y trouviez quelque chose à redire, mais c'est là tout ce que j'en ay peu recueillir, et pour ne vous cacher point ce qui ne me satisfait point moy mesme, c'est que pour le marbre de Rome M' ISaudé m'a escrît qu'on recognoist qu'il n'est pas bien vieil. Epicure neantmoins y est en posture pareille à peu prez à celles de vos antiques^, c'est à dire assis et comme enseignant, et tenant un rouleau KvhvSpov (dont Laërce fait mention) en main, et d'ailleurs les traits * du visage représentés par le crayon ne rapportent pas mal l'eflBgie gravée que j'ay de monsieur Puteanus'. Pour celle cy il est vray que vous y trouverez gravées ces lettres EIIIK. Mais il me souvient que m'estant fait monstrer l'original , c'est à dire la pierre sur l'empreinte de laquelle avoit esté crayonné et taillé le visage à M' Puteanus, je ny trouvay point les dites lettres, et luy ayant demandé sur quoy il avoit jugé que ce fust là plus tost la teste d'Epicure que de Socrate, y ayant mesme quelque rapport, il me semble qu'il me dit pour toute raison S que M" Scaliger, du cabinet duquel il la tenoit, l'en avoit asseuré. 11 me dit bien encore peut estre quelque autre chose, mais je n'en ay pas trop bonne mémoire. Je ne me souvien point non plus de la qualité de
* Bougerel (p. i3o) a ainsi abr^ë cette ^ ModiGcation de Bougerel (/. eit,) : «me
phrase: ffJ*aiëcritkLuiiiierde vous envoyer rappellent TeflSgie gravée que jay reçue
les deux images ou portraits d^Epioure.» d'Erycius Puteanus. 9)
' Bougerel, toujours soucieux de faire * Bougerel, dungefloi us mot: da^éo^e
court, prête cette petite phrase h Gassendi en un mot d*affirmatiair, impriuie^p» lât }.:
(p. i3i) : rrll est dans la même posture «Il me r^ondtt que Seaiiger, etcv que vos antiques.»
la pierre, mais seulement que l'empreinte de la dite teste estoit aussi grande qu une entière des vostres. Je n ay point les epistres du dit sieur Pute anus, mais si vous ne les avez point trouvées dans vostre bibliothèque, M' Meynier, puisqu'il est de retour, pourra bien les indiquer, car c'est par son moyen que je les a y premièrement veues. Or je vous ay deu dire toutes ces choses afin d'aider en quelque façon les raisonnemens que vous pourrez faire sur ces dites images, n'y ayant rien que je prenne tant à c(Bur que i'esclaircissement de quelque vérité que ce soit, et cella fait que je vous conjure de toute mon affection, de prendre la peine dans quelque loisir extraordinaire de réduire en un discours latin les mesmes choses que vous avez pris la peine de me desduire sur voz pièces, et principalement si Dieu veut que vous en retrouviez la quatriesme ou en appreniez encore quelque autre chose d'ailleurs. C'est parce que, voulant bien que nous les facions crayonnes et présenter en taille douce, nous les pourrions ou interposer entre la dite préface et le premier livre avep vostre exercitation causée sur ce que la pièce ayant passé par voz mains, vous auriez observé telle ou telle chose, ou bien le tout pourroit estre apposé à la fin en forme d'appendice, comme vous jugeriez plus à propos, en vous asseurant que je le rapporlerois à très grande gloire ^ Lorsque je parleray de Metrodore parmy les sectateurs d'Epicure, vous verrez comme quoy selon ma conjecture ni cest Atheneus ny ce Saudes (?) dont il est fait mention dans Laërce , ne doivent point passer pour les noms de deux amis d'Epicure accouplés à Metrodore. La deuxiesme chose que j'auroy à vous dire seroit pour le regard de l'organe principal de la veue, mais il le faudra Dieu aydant faire en présence. Cependant je pourray bien vous envoyer celluy de mes cahiers auquel se trouvent sommairement expliquées deux certaines opinions paradoxiques qu'il me semble que vous tesmoigrtez dezirer de voir. Elles sont contenues dans les premiers fueillets, c'est à dire second et troisiesme, ce que je dis afin que vous ne vous rompiez point la teste après le reste. Ce que
^ Bougerel, coniinuanl à citer la lettre ea Fabr^ant et la rajeunissant, fait dire à Gassendi (p. i33) : frJe vous assure que je regarderai cette faveur comme un grand honneur. «
ir. 5S
• mPtlHlaiB ■ATtOSALB.
A58 LETTRES DE PEIRESG [1634]
j'y en dis suppose beaucoup de choses et principalement touchant les atomes, mais neantmoins en le lisant un peu attentivement j'entens pour la difficulté du troisiesme fueiUet, vous comprendrez assez ce que je veux dire. Or je vous envoyeray aussi le cahier pour me délivrer de peine d'en rien transcrire ou desduire par lettre, croyant bien que vous trouverez bon que je reserve mon loisir pour mon principal dessein. La troisiesme, qu'ayant trouvé le livre que Longomontan m'envoye, sous l'enveloppe de monsieur Luillier je me suis imaginé que vous ne le devez point avoir veu. Je vous l'envoyé donc^ non tant pour vous donner la peine de le voir cpie de le communiquer à Monsieur le prieur de la Vallete. Je vous envoyé aussi la copie de la lettre que le mesme Longomontan a escrit à ce M^ Bouillaud par Tenlremise duquel j'ay receu le dit livre. Je ne sçay comme quoy ce bon garçon qui est un peu féru de l'Astrologie judiciaire s'estoit advisé de luy envoyer ma nativité , ny d'où il la pouvoit avoir eue. Mais ce bon homme de Longomontan que je sçavoy bien aussi déférer à la dite Astrologie ^ par sa communication avec M' Morin, m*a bien surpris quand j'ay veu qu'il en faisoit mention dans la dite lettre , car vous sçavez desja si je croy beaucoup à toutes ces choses là^. Une autre chose que j'ay à vous dire, c'est qu'aujourd'huy mesme j'ay receu une lettre de M^ de Mezeriac par laquelle il tesmoigne de dezirer tousjours bien fort la vie d'Homère par Plutarque en Grec, et que pour l'Eusebe il en a veu un à son aise durant six mois. Je le vous dy afin que si l'envoy n'est point encore fait vous reteniez l'Eusebe, mais il vaut mieux que je vous envoyé aussy sa lettre et je ne lairray pas de luy respondre, et ensemble à M' Diodati par la première commodité. A propos de M' Diodati je suy bien aise de la faveur que vous luy faites en luy envoyant vostre Foscarin. Il sera peut estre bon neantmoins de l'advertir qu'il prenne garde que Berneg^er ne face point mention que vous le luy ayez; envoyé. Escrivant à M*" Diodati je lui diray à tout hazard ce que peut estre il ne
^ Phrase ainsi changée par le biographe de Gassendi (p. iSa): trcpie je sçavois aussi être grand partisan de ra8ti*ologie.ii — * Variante de Bougerel : crsi j^ajonte beaucoup de foy h toutes ces rêveries. »
[1634] ET DE GASSENDI. â59
sçait pas, c est que le ditFoscarin avec Gaiilei avoient esté censurez des je ne sçay quelle année, me souvenant d'en avoir veu la censure dans le comentaire du père Mercenne sur la Genèse ^ ; ce ne sera pas pour l'empescher de faire ce qu'il voudra faire , mais aGn qu-il soit adverty du tout. J'auroy ânalement à vous dire quelque chose touchant ce sentiment que vous avez et ces bonnes paroles que vous me dites pour le fait de mon ouvrage, mais comme j'en suis dans la confusion, aussi ne vous en sçaurois-je rien dire sinon que je r apporte le tout à vostre extrême bonté , à la grande affection qu'il vous plaist de me porter, et à la trop bonne opinion qu'il vous a pieu concevoir de moy, pour ce petit tesmoi* nage de ma redevance envers vous ^ ; je ne me fasche que de quoy il ne peut estre de quelque considération, mais ce n'est pas par là que Je dezire que mon inclination et obligation à vous honorer esclatte. J'espère d'en avoir Dieu aidant un jour quelque occasion plus signalée, et je vous asseure avec toute sorte de candeur, que si la chose n'eust esté comme promise, je recognoy de bonne foy combien la principale addresse' de ceste chetifve pièce vous estoit deue. Vous ferez un peu s'il vous plaist couldre le livre de Longomontan avant que de le faire donner à M' de la Valete; pour le cahier il ne me le fauldra s'il vous plaist renvoyer que par voyebien asseurée, plus tost le faudroit-il garder jusques à ce que je soye là bas. A tant je finis pour aller observer la station de 'if duquel et de ses planètes ou petits courtisans j'auroy quelque chose à vous dire, mais il faudra que ce soit pour une autre fois. Je suis tousjours, Monsieur,
vostre trez humble serviteur, Gassend.
À Digne, ce samedy 1 1 febvrier au soir i63& \
^ Passage ainsi modiûë par Bougerel mentaire du P. Mersenne sur la Genèse. i)
(p. 1 3a-i 33 ) : «r Je suis bien aise de la faveur * La mention reconnaissante faite de
que vous faites à Diodati de lui envoyer Peirésc dans les premières pages du manu-
iouvrage de Foscarini ; je vous dirai peut* scrit sur Épicure.
être ce qu*ii ignore [pour : ce qu*il ignore ' Pour dédicace,
peut-être], que Galilée et Foscarini ont été * Bibliothèque nationale, fonds français,
censurez : j*en ai lu la censure dans le com- 9536, foi. a3o. Autographe.
A60 LETTRES DE PEIRESG [163A]
À MONSIEUR, MONSIEUR 6ASSEND,
DOCTEUR EN 8^ THBOLOGIB , CHANOINE ET THEOLOGAL f EN L'IÎGLISE CATHEDBALB DE DIGNE,
À DIGNE
Monsieur, en vous accusant la réception de vostre despesche du vii"^
avec mes remerciments trez humbles de vostre observation des Pieyades
sur la Lune, et des advertissements pour le calcul de Gorberan» je
vous envoyé vostre pacquet de Parys avec le premier cahier de TAris-
tarque, lequel j'y faicts transcrire pour M*^ Schikard, croyant que le
prochain ordinaire m'apportera tout le demeurant ou bien prez. Vous
aurez aussy une lettre de M' Tonduti sur son calcul rectiBé comm' il
présuppose, et je finiray pour la haste quon me donne, estant de tout
mon cœur.
Monsieur,
vostre, etc.
DR Peiresc.
A Aix, ce xii febvrier i63^i '.
cm
Monsieur, J'auroys bien à vous entretenir, si je le pouvois, sur voz dernières despesches du 7 et xi de ce moys, dont je suis en arrérages, et sur le libvre et lettres que vous y aviez joinct de Longomontanus et du s*" Bouillard^, aussy bien que sur vostre cahier de la vision dont la communication qu'il vous a pieu me faire m'a grandement obligé ; mais
^ Bibliothèque nationale, fonds français, 19773, fol. i3o. Autographe. — ' Sic pour BoniUan, dont il a été question dans Tavant- dernière lettre (n* CI). Bougerd (p. i3â') imprime BauiUaud.
je suis tellement assassiné de mille endroicts que je ne sçay oii me tourner la plus part du temps, ayant un extrême regret de ce qu'on m'a faict perdre l'occasion d'envoyer en ^Egypte, par un navire qui est party, des lettres qui estoient bien importantes pour la curiosité de mes amys , aussy bien que pour les miennes, et crains bien qu'il m'en advienne de mesme d'un aultre costé. J'avoys baillé à transcrire ce feuillet que vous demandiez sur le canon d'Avicenna, qui est d'un Fabius Paulinus en l'édition de Venize des Junctes S et chargé mon homme de le vous envoyer avec deux pacquets venus par le dernier ordinaire tant de la part de M' L'huillier que de celle du s' Diodati. Mais M' Abesson n'a sceu rencontrer aulcune commodité de vous escrire à mon grand regret, et noz muUets partirent dimanche pour aller charger des arbres à Spinouse, sans qu'on eust le sens d'y adresser et recommander vostre pacquet dont je fus bien marry. Ayant eu quelque tentation d'ouvrir ce^ luy du s' Diodati pour voir s'il n'y auroit rien de nouveau de la part du s' Schikard, mais parce que le s' Diodati ne m'a pas escript, je m'en suis abstenu , ne voulant pas croire que ce soit cela , dont vous nous pourrez esclaircir en son temps.
J'ay enfin trouvé un exemplaire des Epistres de Puteanus de l'an 16 13, où est la planche d'Epicure, mais il n'y avoit poinct d'inscription EniK, et fault qu'il ne se fusse pas encore lors advisé d'y faire supposer cette inscription, puisque vous dictes vous estre apperceu qu'elle ne paroissoit pas sur l'empreinte qu'il vous en monstra. Que si l'empreinte est toute pareille à la taille doulce, j*en seroys fort mal satisfaict, attendu que le peintre ou le graveur y a faict une espèce de petit rabat autour du col, qui n'a du tout rien de l'antique, ains y est tout à fait incompatible. Mais possible n'estrce qu'un supplément du peinctre qui en a portraict le dessein , ou faict la graveure , et si j'osoys escrire maintenant aux Païs-bas, je prieroys M' Puteanus de m'envoyer une empreinte de son empreinte pour en pouvoir juger plus pertine-
^ Les Junte ont donne à Venise plusieurs éditions d'Avioenne (en i569, en 1689, eu 1695, en 1608).
AGi LETTRES DE PEIRESG [163i]
ment, mais je ne loseroys maintenant faire à mon grand regret, et tandis que la France aura en ce païs là les gaiges que tout le monde souhaicte de deçà. Car si f y escrivoys il me fauldroit escrire à M' Rubens, et je seroys marry quen ce temps on vist chez les courriers et dans les bureaux des postes des lettres de moy ne adressées à moy, m'estant abstenu depuis lors d'y escrire à qui que ce soit, mais pour vous je pense bien qu'il n'y auroit pas grand danger, quand vous le feriez sur le subject de voz livres et de vos estudes particulières.
Je vous envoyé les feuilles restantes^ de TAristarque dont je vous envoyay dernièrement le i^ cahier, ensemble la feuille que le R. Salomon Azuby m'a envoyée selon le vieil manuscrit afin que vous en puissiez mieux prendre vostre compte, et juger s'il y a de l'apparance ou non que lors on aye peu faire quelque changement pareil à celuy qu'il avoit faict luy mesmes pour adapter cez tables au temps qu'elles furent transcriptes, si tant qu'elles puissent avoir esté originellement escriptes un ou plusieurs siècles plustost, comme se le persuade ledict S. Azuby. Vous verrez aussy une aultre lettre du s' de S^ Legier concernant ses observations. Je suis marry d avoir perdu l'occasion de servir M^ de Mezeriac pour l'Eusebe du Scaliger, et ne pourray pas faire l'adresse du volume d'Homère au P. Théophile [Minuti] qu'on m'a asseuré estre résidant à Grenoble, mais je le recommanderay à M^de Rossi sans plus de retardement, parce que j'ay enfin retiré de M' Petit les volumes Kophtes, que je suis résolu d'envoyer par le premier mulletier de cognoisçance avec les Rituels Grecs pour le P. Mercenne de qui j'ay receu pour vous un libvre double de Questions harmoniques^ in-fol.^, qui sera joinct à cette despesche, ii l'on s'en veult charger, et un aultre double aussy que je pense venir de sa main , avec un in-&®
^ Peirese a par inadvertance ëcrit retantes.
* Queetionê harmomquesj dam lesquelles -sont eantenues plusieurs ehoses remarquables pour la physique, pour la morale et pour les autres sciences {Pms^ Viliery, i63&, in-8*, seion M. Hauràiu, Histoire littéraire du Maine, tome VIII, 1876, p. i5i). Sur les
Questions harmoniques et les antres ouvrages du docte minime en gênerai , voir le XIX* fascicule [en ce moment sons presse] des Correspondants de Peirese : Le P. Marin Mersenne. Lettres inédites écrites de Parie, i633'i63j, et précédées de la vie de l'auteur par le P. Hilarion de Coste,
pareillement double, in-/i^ que je tiens estre de luy, selon les letlres
capitales du Privilège, ce que vous sçaurez peult estre mieux que
nous^ J'ay par mesme moyen receu Taultre exemplaire d'Hortensius
que vous pourrez envoyer à YilV^ Molin^ quand vous vouldrez, et des
aultres livres dont je vous envoyé le roolle pour y choisir ce que vous
vouldrez, que je vous envoyeray quand il vous plairra, ayant faict passer
en Italie i un des exemplaires des exercitations bibliques du P. Morin.
Corberan a continué quelque petite observation, mais je ne scay s il
aura rien fisiict qui vaille. Vous la verrez en son temps, et je finiray
pouï* à cette heure demeurant.
Monsieur,
vostre, etc.
DE Pbibbsc.
A Aix, ce â9 febvrier i63&\
À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESG
KEhi ET SEIGNEUR DE CUISTRES ET CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE.
Monsieur, Vous navez point eu de mes nouvelles, ny responce à vostre despesche du i s de ce mois à faute de commodité. Celle cy vient de se présenter inopinément et comme j'alloy vous escrire par un de noz
^ Outre les Questions harmoniques, dit M. Haurëau, en la page déjà citëe de soa Histoire littéraire du Maine, (rMersenne publia, ia même année, en un seul volume, trois traités distincts. Le plus considérable a pour titre : Les préludes de Vharmonie universelle, ou questions curieuses, utiles aux jnrédieateurs , aux théologiens, aux astrohgués, aux médecins et aux philosophes {V^r ris, Henri Guenon, i63&, in-8*). Les deux
autres parties da recueil sont formées de : Questions théologiques , physiques , morales et mathématiques (Paris, même libraire, même format) et d'une traduction française des Mécaniques de Galilée ( Paris , même libraire , même format).
* Le sénateur vénitien déjà souvent mentionné, Domenico Molino.
^ Bibliothèque nationale, fonds français, 1977a, fol. i3i. Autographe.
beneficiers qui ne doit arriver à Âix que dans huit jours, et auquel il faudra que je donne un billet pour le vous recommander; je vous renvoyé ]e premier cahier de vostre Âristarque avec mille remerciémens , en vous asseurant que j'ay eu une extresme satisfaction de sçavoir seulement qu'il fust en naturel J'en ay extrait les proportions quil donne des diamètres du soleil et de la lune avec le diamètre de la Terre, et ensemble de leurs distances avec la mesme. Jay esté un peu estonné ^ de voir que dez le commencement il pose la Terre pour un point en comparaison du ciel et de la lune , mais la chose est digne d'une plus grande considération^, et je seray bien aise de voir ain^i la suite s'il ne vous est point d'incommodité. Il est vray que si je dois estre à vous environ la Nostre Dame de mars ou au commencement d'avril , je pourray voir tout ce qu'il y aura de copie entre voz mains. Vous avez la un trez bon scribe, et je croy que vous ferez bien glorieux et heureux le bon homme Schickard^ quand vous luy ferez un si beau présent. Je vous envoyé aussi une lettre de Monsieur de Digne qui s'est trouvée dans mon pacquet de Paris, et retiens encore la lettre de monsieur Tonduti ; j'y adjouste avec ma despesche pour Paris mon sixiesme cahier, qui auroit esté accompagné d'un autre, si l'occasion eust esté un peu plus tardive, mais Dieu aidant il n'y aura rien de perdu. Je suis cependant tousjours, Monsieur,
vostre très humble, très affectionné et très obligé serviteur,
Gassknd.
Digne, ce 99 [février] i63&*.
^ Ce passage a ëtë assez inBdèlement ' Variante de Bougerel (/. ciY.) : ir digne
reproduit par Bougerel (p. i33) : «rje vous de considération.» renvoyé \eê cayers de votre Aristarque , * Bougerel supprime une des deux épi-
et je puis vous assurer que j'ai une ex- thètesainsiqueTexpressionioiiAommeqailui
tréme satisfaction de sçavoir qne son livre paraissait sans doute trop bmiiière(/. ciY.) :
existe. » «r Vous allez rendre joyeux Schickard. »
' Bougerel a cru devoir changer étonné ' Bibliothèque nationale, fonds français,
en swrpriê (/. cit.), 9fi36, fol. 168. Autographe.
[163&] ET DE GASSENDI. â65
k MONSIEUR, HON^ÎEUR 6ASSEND,
DOGTBUR EN S^ THEOLOGIE, GHàNOINE ET THEOLOGAL EN L'iOLISE CATHEDRALE DE DIGNE,
À DIGBiE.
Monsieur, je n ay receu qu'à ce soir fort tard la despesche de Paris OÙ s'est trouvé le pacquet cy joint de M' Luillîer, qui avec iceluy ma envoyé le crayon de la figure d'Ëpicure qu'on luy a dict n'estre pas assez bien desseignée pour la faire gravier en taille doulce, comm' ii avoit voulu Caire de la main de Jacques de Bié S et qu il a jescript à Rome pour en avoir un dessein desseigné de meilleure main. A ce que . je puis voir par le dessein que M' Luillier m'a envoyé, il n'y a aulcune inscription sur le marbre, ne aultre circonstance cappable de faire dire que ce soit plus tost Ëpicure qu'un aultre philosophe. Il ne me souvient pas mesmes d'avoir veu en voz cahiers que vous ayez marqué qu'il fusse chaulve, ne qu'il eusse la barbe longue, ne courte. Il se trouve une image de Demostfaene dont le visage est fort pareil à celuy de cette statue, si seulement il y manquoit tant soit peu de la poinctc de la barbe, et ce que vous me dictes de. la doubte qu'on faict à Rome mesme de son antiquité, me met en grand ombrage, le meuffle de lyon qui est au braz de son siège n'estant pas trop compatible à la manière antique, et croys hier* qu'il sera bon de ne se pas trop hasler de faire graver cette planche, tandis que j'attendray la responce de divers endroicts, où j'ay envoyé faire plus ample recherche des graveures pareilles aux miennes, dans lequel temps je feray visiter cette figure par gents qui en puissent un peu mieux juger que le commun.
J'ay à ce matin receu vostre despesche du a a"*' par celuy qui a trouvé bon d'attendre la moitié de ce jourd'huy pour en estre le porteur, à cause que l'ordinaire n'estoit encor arrivé. Je vous escripvis il
' Sur le graveur Jacques de Bie voir le recueil Peireac-Dupuy.