‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 34 sur 34 · Â AU · texte numérisé non relu

 AU

IN LA NAISON DE H' LE CONSKILLBB DE PBniESG, DEVANT là TBB80REBIB PRBl LE PALLâU.

Monsieur,

Nous arrivasmes hier au soir à Tentrée de la nuit en ce lieu de Sallon fort heureusement, Dieu mercy, ayant trouvé les chemins fort beaux du haùlt de la montée d'Avignon jusques à demy liefie d*icy où nous avons esté mieux logez et couchez que je ne m'attendoys. M' Gailhard nous leut TApoïogie d'Apulée^ dans le carrosse, qui nous fit trouver le chemin court, où nous trouvasmes la double Venus Céleste toute vertueuse de vostre E[picure], et Temanation de ses espèces vbibles avec une infinité de gentilesses que je goustay bien aultrement que quand je lavoys veue aultres foys que je n*estoys rien moings que ce qu'il falloit. Nous n avons pas trouvé icy de nouvelles de M' le Premier Présidant^, et nous en allons voir si en Arles nous en aurons davantage^, priant Dieu quii vous tienne en sa saincte garde.

J'avoys oublyé un mot en escrivant à M' Holstenius que j ay adjouslé par supplément. Je vous prie de le faire mettre soubs l'enveloppe du

^ Bibliotlièque nationale, fonds français, Du Beraet, sur lequel on peut voir le re-

19779 , foi. 199. Autographe. cueil Peifese-Dnpuy, 1 111, de la page 667

' Par rhumaniate anglais Jean Price ou à la page 691, p<w«tm. Du Pris. Voir le recueil Peiresc-^Dupuy, * Voir sur le sëjour de Peiresc à Arles le

t. UI, p. 5o. même i*ecueil. t. III, p. 600.

Le nouveau premier président Joseph

volume de FAmmian que Corberan fera addresser au cardinal Bar-

berin, et je demeure,

vostre, etc.

DE PbIRBSC.

A Sallon, ce 6 novembre i636 ^

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOGTBUR EN 8*^ THEOLOGIE, PREVOST DE L^iCLISE CATHEDRALE DE DIGNE,

À AIX

Monsieur, Je vous avoys escript de Sallon , et envoyé ma lettre par un honneste homme que nous rencontrasmes sur le chemin qui nous avoit donné les premières nouvelles de l'arrivée de M' le Premier Présidant en Arles, qui nous promit de les vous donner aussy. Je pense qnil l'aura faict. Je pense aussy que Pierre sera de retour de Boysgency, et aura apporté les licts de soye que j'avoys demandez à M^'^ Lombard^, et qu'on aura mis le rouge dans la chambre de Madame la Première Présidante' à main droicte en y entrant contre les fenestrés de la riie, ainsi que Madame la P« Présidante l'Ayné Tavoit logé avec une ruelle derrière la porte de ladicte chambre et des chaires rouges et un grand tapis de pied soubs ladicte ruelle, et que pour cet effect, l'on y aura basty un chalict exprez de ceuk de la maison aprez l'avoir bien nettoyé des punaises. Si cela n'estoit faict, et qu'il se puisse faire, il n'y fauldroit pas perdre du temps, car je croys qu'on partira d'icy aprez desjuner pour estre là sur le tard, aujourdhuy sammedy 8°^, si Madame la Présidante qui se trouvoit un peu mal hier au soir, en a esté soulagée comme elle esperoit, car si elle se trouvoit plus mal, je

^ Bibliothèque nationale, fonds français, 1^779, foi. aoi. Autographe. — ' Personne chai^ de la direction du mâiage de Peiresc, — ' Mai^erite de Sevin , déjà planeurs fois nommëe dans le recueil Peireso-Dupuy.

pense que M' TArchevesque ne la laisroit poinct partir aujourdhuy ^ de

quoy nous ne tarderons pas d'estre esciaircys. Si ie lict d*ainarante

estoit venu, on le pourroit mettre à la petite chambre ou cabinet de

Monsieur, au bout de la saHe,^ derrière la cheminée, avec les chaires

de velours amarante; mais il fault moyenner que dans la chambre

joignante celle de Madame il y aye deui licts et que plus tost Ton en

mette un dans le petit gardcrobe ou cabinet joignant sur des bancs,

s'il ne s'en trouve d'assez petit ou assez bas et commode pour cela.

Ma sœur^ avoit un petit lict de camp garny de damas rouge, qui

seroit le vray faict, si M' de Bouc ne Ta porté quant et luy. Sinon il y

en auroit un chez nous assez petit avec une impériale de taffetas verd,

qui ne seroit pas mauvais si Gorberan le trouve. El en ce cas l'autre lict

de taffetas verd venu de Marseille pourroit estre tendu au grand lict

de la mesme seconde chambre. M' d'Âgut m'avoit offert six chaires de

velours verd qui auroient peu servir si l'on les a faict porter sur les

lieux, comme je vous prie le faire ordonner au plus tost et me tenir,

Monsieur,

pour voslre , etc.

DB Peirbsg.

À Sailon, ce 8 novembre i636 ^.

CLVn

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN SAIHTS THEOLOGIE, PREVOST DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

A AIX

Monsieur, Je vous prie d aller voir M' TArchevesque * et luy dire que j'ay faict sçavoir à Mons' le Pr' Présidant qu il m'avoict dict de vouloir venir au

* Jaubert de Barranlt figure lui aussi ' Bibliothèque nationale, Fonds français,

dans le recueil qui vient d*étre cite. 1 9779 , fol. soS. Antogra[die.

' La femme du premi» président de la * D s*agit iei de Tarchevèque d^Aix» Louis

Cour des comptes, Hoiri de Segniran, deBretei. seigneur de Bouc

devant de luy, dont j*ay recogneu qu^ii se tiendra bien honnoré et obligé et je pense qu'ils en demenreront bien satisfaicts redproque* ment fan et I autre. J estime que ce sera aujourd'buy que nous parti* rons d'icy aprez desjenner, et demeureray toujours , Monsieur,

*to8tre^ etc., DE Peirksc,

A Sallon, ce samedy makia 8 novembre i636 *.

CLVin

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^^ THEOLOGIE^ PREVOST DE L'EGLISE CATHEDRiO^E DE DIGNE,

À DIGNE

Monsieur, Vostre petit pacquet du ' 1 5 vint hors du temps de Tordinaire qui partit le 1 6 , mais le prochain portera vostre lettre pour M' Luiilier à qui M' de Ghampigny escripvit à vostre place par le dernier ordinaire. Garrat m'avoit bien dict qu'il attendoit Mercure, et qu'il le chercheroil , mais je doubte qu'il se soit levé assez matin pour cela, comme il ne se souvint pas du passage de la Lune prez de l'estoille du Scorpion dont vous ne m'aviez rien dict, car possible l'aurois-je esveillé. Voz papiers d'Avignon sont enfin venus, et s'en vont à vous, avec les lettres de Paris de deux ordinaires. Cependant M' le chanoine de Barjemon^ a esté mis hier en possession de la prevosté de 8^ Saulveur, comme resignataire du feu s" Peliicot qui n'a duré que cinq jours. Le chappitre le vouloit eslire en se despartant absolument de sa résignation et pix>vision , ce qu'il accordoit d'accepter sans préjudice de ses droicts, comme avoient faict ses devanciers. Mais ces faux frères vouloient rompre pour

* Bibliothèque nationale, fondBfirançais, autographes de M. Requien k Avignon:

1 9779 , foi. 9o5. Copie moderne. Au doe eeile-ci en est un facHnmilë.i» e^t écrit: (r 8 novembre 1 636, n*" 5.— L'ori* * Le futur évéque de Sisteitm, dëjè

ginalde cette lettre est dans la collection des nomme en ce volume (page 3o5).

[1637] ET DE GASSENDL 607

avoir prétexte de faire leur acte d'élection cofncertée deux jours devant eu faveur de M*" i'Ëvesque de Seuez^ C'est une longue histoire que vous sçaurez et admirerez en son temps. Tant est qu'il est en actuelle possession, et les aultres qui avoient prins possession au nom d'un absent sans procurations , sans acceptation , sans provisions, sans prebstre commissaire , sans que le possesseur fusse mort, ont voulu supprimer les choses mal faictes, et reoommancer par une nouvelle élection aprez la vacance par mort, et ont envoyé quérir des provisions en Avignon. Le sacristain a resigné en mesme temps à un sien neveu, .et aujoordhuy Ton Ta mis en possession, et dict-on que Tarchediacre a pareillement resigné à un frère, du second lict, fort jeune, qui sera installé bientost, de sorte que dans Tan toutes les 6 dignitez auront changé.

Mardy, les Espagnols des Isles firent sortie de 3oo hommes, et surprinrent bien les nostres en plain midy, mais ils furent courageusement repoulseZi avec perte de 90 des leurs, et entr'aultres troys de leurs chefs qu'ils estiment bien. La nuict du' mecredy au jeudy, l'ennemy parut avec ili galères et quelques brigantins, mais il trouva l'armée navale rangée en batlaille qui avoit enceint les isles, en sorte que n'y trouvants entrée opportune, ils s'en retournèrent à Mourques*^ sans avoir rien hazardé. Vous aurez noz nouvelles. M'' de Champigny est à Arles pour une sédition du Pont que le peuple a voulu brusler, en haine de ce qu'il s'en esloit enfoncé quelque batteau trop chargez de peuple accouru pour voir passer une chaine de cent Turcs. 11 taschera par mesme moyen d'obtenir quelque secours de bledz ou de pouldres, et sera icy dans deux ou 3 jours, et je demeureray,

A Aix, ce 18 apvril iGSy'.

vostre, etc.

DB Peirbsc.

* Louis Doehalne siégea de 16s 3 b ^ Kbliolbèqoe naCioiuiie, fimdsfinnçais,

i6j\. <*77^^ ^* 9(^8. Autographe. — On 0

' Nous avons déjà vu que Moni^gues était puUië dans les Annabê deê Basseê^A^,

alors ie non» de la capitale de la principauté Bulklitide h SaiiU êàaiMque et Uuérmre

de Monaco. ée$ Basm^lpeê, 1" trimestre de i885,

LETTRES DE PEIRESG

eux

À PEIRESC

Monsieur, En attendant de vous eserire plus amplemoit après le retour de rhomme que je me suis dispensé de vous addresser, et qui par adventure

sous le titre de LeUres inédites de Peirese à Gassendi, un document extrait des Archives de Tancien chapitre de Digne et qui doit trouver place ici. En avril 1687, Etienne Bain, de Digne, fut poursuivi et saisi pour avoir commis un vol sacrilège dans T^flise de Notre-Dame-du-Bourg. Comme cette église ëtait du ressort de la prévôté, Gassendi, pour maintenir les droits juridictionnels que lui donnait son titre de prévât, le fit comparaître por-devant la justice de la maison seigneuriale du Bourg, qui le condamna, le 96 avril 1687, à i*amende honorable, au fouet et au bannissement. Bain interjelte appel du jugement rendu, tandis que, de son côte, le procureur général bit appel a minima par-devant la Cour d*Aix. Gassendi écrit à son ami Peirese , qui lui répond en ops teimes :

rrMonsieur, ff Les difficultés que fit hier le bon M' le procureur général Gantez , à faulte de résolution , ont esté vainquues ce malin au rapport de M' le doyen qui a rapporté Tarrest qui sera cy joinct pour empesçher qu^il ne soit pas permis au lieutenant [sans doute au Ueutenani de juge au siège de Digne] de prendre congnoissance des appeOatioiia de vos officiers en cas de peine infltctive. Ce que vous auriez inlerest de faire juger une lois pour toutes pour Testablissement du privilège de vostre juridiction sur le bourg de vostre

ville. J ay bien du r^ret que cela pourrok vous esire de quelque coustance sur l'exécution, mais l'importance de la conséquence vous debvra consoler : et possible n'y ed aura il pas tant qu'on en poorroit appre* hender.

(T Au reste, je viens de recevoir de Paria une boitte en fer blanc avec un portraici pour voua, que je vous garderay jusque» à vostre venue ; mais il y avoit des livres que j'ay creu vous debvoir envoyer, puisque M' Royon monstroit bonne volonté à s'en charger, de crainte que le retardement de vostre response ne portast préjudice à quelqu'un de vos amis. Vous aurez par mesme moyen le pacquet du dernier ordinaire , dont je me dispensay \me permis] de rompre l'enveloppe pour chercher s'il* y avoit point de lettres de M' Luillier a M' de Ghampigny et fus mortiffié de n'y en avoir point trouvé, mais beaucoup plus une demie heure aprez, quand Madame de Ghampigny m'envoya donner un beau filz qu'die venoit de mettre au monde pour le servir à bapteame, ou j'eusse eu bon besoing de vostre secours; mais je n'eslois pas assez heureux pour le mériter. J^epvoye vostre lettre à M' LuiOier et iuy escriptz, ce que j'ay deaja laict èi M' de Ghampigny, que ce pauvre eniant est bien misérable d'estre né en un si cbetif pais et d'estre tombé entre les nudns d'un si cbetif parrain. M' de Ghampigny est tous-

sera arrivé bien inopportunément soit à cause de laudience du lundy, soit à cause de vostre despesche du mardy, j'ay cependant voulu me servir de l'occasion de cest honneste ecclésiastique qui est un M' Richard du costé de Golmars^ en son passage par ceste ville, pour vous addresser un extrait du concordat que je fey avant hier avec ma partie. Vous n'aurez point s'il vous plaist desaggreable que j'y enferme une pistolle pour sa confirmation. Si vous y faisiez de la cérémonie je n'oserois point une autre fois me donner une pareille liberté, et vous sçavez comme quoy j'ay souffert de la langueur pour la dernière expédition par la seule crainte que j'avois eue que vous me voulussiez constraindre à abuser de l'excès de vostre bonté pour ne pas dire prodigalité en mon endroit. Je croy que la pièce arrivera asses à temps entre voz mains pour estre envoyée par le courrier qui doit passer, sur le

jours du costé de Cannes et se porte fort bien. Dieu merci. Vostre homme attend le sceau et je demeure, (r Monsieur,

rr vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

irDB PeIBESC.

ffJe saliie trez humblement M' de-Borriene, comme font M' Melan et toute la maison vous, Monsieur, de tout leur cœur. J*oubliois de vous dire que j'envoyay h M' Luillier vostre 9* cahier.

«A Aix, ce 98 ami i636.

ff C'est M' Fulconis qui a dresse l'enquête à mon desceu [insu] et qui Ta faict rapporter à ce matin avant que je fusse au palais , où j'auroys empêché en un besoing vostre intervention : mais cela a ëtë faict à leur mode et pensant bien faire. Ce que vous excuserez, s'il vous plaict, et ma fauite d'avoir laissé trop agir tout ce monde. Car j'avoys et pouvoys avoir faict tout ce qui

pouvoit suffire en prévenant M' le pt [président] Mounier, et ne m'attendoys pas h toute cette procédure, que j'ay esté bien surprins de voir en la forme que je Tay veue présentement, en voulant clore vostre pacquet. »

{De la main d'un seeritaire:) L'éditeur de ce document dit (p. 987) : rr Cette lettre fut probablement, sinon la dernière, du moins Tune des dernières de Peiresc a Gassendi, t) Ce fut sans doute l'avantdernière, car nous n'en avons trouvé qu'une seule dont la date soit postérieure.

' Commune des Basses-Alpes, sur la rive gauche du Verdon, à 5o kilomètres de Castellane et à 75 de Digne. Voir une petite monographie de Coimars dans YHietoire et Géographie des Basses- A^^ee de M. le chauoine Féraud, 3"* édition. Digne, 1890, p. 97^-977. Nous avons déjà trouvé Colmars dans une des précédentes lettres de Gassendi, oti sont mentionnées les sources intermittentes de cette localité.

IHPMIVIMC lAriOVALK.

(ilO LETTRES DE PEIRESC [16S7]

commenoeinent du mois dont nous sommes à ia veille, et que nous en pourrons avoir la confirmation entre icy et la S^ Jean. Je m*en vay addresser un pareil extrait à monsieur Luîllier afin qu'il fasse dresser et passer un arresl d*expedient au parlement de Paris, pour mieux establir toutes choses, et faire appréhender à qui voudroit remuer quelque chose d'en aller faire la poursuite en ce pais la. Si monsieur le Prieur de la Vallete vous va point voir avant que vous ayez escrit à Rome, vous lui pourrez, s'il vous plaist, faire voir ce que c'est afin que s'il trouvoit que la pièce deust estre concède en autres termes nous eussions le moyen de la refaire selon qu'il le jugeroit à propos. Je m'en vay aussi empacquetter l'extrait du concile tenu en Avignon in prioratu sancti Rufi l'an i3â6 tiré du livre de nos statuts que le R.P. Dom Polycarpe avoit deziré et y adjouster un mot de lettre si tant est que ce prestre qui s'en est allé desjeuner m'en donne le loisir. C'est ce qui me presse de finir, en me suffisant d'adjouster icy mes trez humbles et ordinaires recommandations et de continuer à me dire ce que je continue d'estre, c'est à dire.

Monsieur,

vostre trez humble, très affectionné et très obligé serviteur,

Gassend.

A Digne, ce dernier jour d^avril au matin 1687 \

SIKZ

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOGTBUR RN S*^ THEOLOGIE, PREVOST DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGRE

J'ay receu vos deux despesches du dernier avril et 9 de ce mop, et ay faicl voir à M' le Prieur de la Valette vostre concordat dont il est

' Bibliothèque ostionale. Food» fimnçais , 9536, fol. aSt. Autographe.

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