‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 33 sur 34 · CONSEILLER DU ROI EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE · texte numérisé non relu

CONSEILLER DU ROI EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE

À AIX

Monsieur, J'ay receu les despesches de Paris qu ii vous a pieu de m'envo^er, et sur tout celle qui pour sa grosseur et pesanteur doit bien avoir euibarrassé la vostre, mais il ne faut pas que je vous en die autre chose ny que je vous explique la peine en laquelle Monsieur Luillier s'en est voulu mettre. Vous m*avez ravy de m'apprendre que vous ayez receu une observation faite à Alep, de l'eclipse dernière. Elle pourra eslre d'une grande utilité, si elle a esté faite un peu exactement, et si peu que ce soit, tousjours ne sera-ce point une chose trop contemptible^ Quand vous m'aurez fait la faveur de m'en faire part, je la rangeray avec les autres, et après nous envoyerons le tout au bonhomme Schickard, auquel je ne me suis point empressé d'achever d'escrire sur ce que Monsieur Diodati m'a marqué une chose bien aisée à comprendre qui est que l'on ne sçauroit maintenant donner ny avoir des nouvelles de ce païs la. Cependant nous pourrons encore avoir veu $ si le bon Dieu veut que la disposition de l'air qui vous a si fort surpris reçoive du changement. Je retien encore tout ce qu'il vous a pieu de m'envoyer de la susdiste éclipse, et vous renvoyé seulement la lettre de M' Menéstrier touchant son voyage vers la grotte des Serpens, avec la relation mise en françois de la germination du prunelier, en la poitrine de ce pauvre jeune homme, en retenant copie de ce qu'il y a de principal, par ce que certainement ce sont là deux choses dignes de très grande considération. Nous avons icy en noz estuves quelque chose d'approchant de cette grotte là ; pour le fait du pruneher, la chose est presque sans exemple, bien que Monsieur Liret ait recueilli des choses bien mer-

^ Trop à dédaigner, de cotUemptibiUs.

veilleuses touchant la naissance des plantes ou choses vegetables , sur les corps des animaux, en un traitté exprès qu'il a fait sur ce sujet, sed de his alias. Puisque M' Tornatoris fera quelque séjour à Aix, je vous supplie de faire cercher à loisir ce que vous pourrez avoir de Scholiastes sur les poètes grecs, pour les luy donner à m apporter ou faire tenir, pour ce que en attendant de me remettre tout à bon dans mes premières estudes (ce que je ne pourray guère faire qu à Paris) Tenvie m'a pris d'en voir le plus que je pourray, et pleust à Dieu eussiez vous l'Ëustathius^ de quoy toutesfois je me mesfie, mais quoy qu'il en soit* ce pouvant estre ceux que vous aurez. Je suis tousjours.

Monsieur,

vostre très humble, affectionné et obligé serviteur,

Gassbnd.

De Digne, ce aS de novembre au soir i635 '.

GXLVI

A MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE BT PREVOST EN L'^GLIZE CATHEDRALLB DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, Je receus hier au soir vostre petit pacquet du uni tout à temps pour pouvoir charger M' Besson de deux volumes de TEustatyus sur Tlliade

* C'est-à-dire le savant grammairien EuslaUie de Gonstantinople, archevêque de Thessalonique, Fauteur des commentaires sur riliade et TOdyssée, qui renferment tant d'extraits des scoliastes antérieurs. — Le Manuel du libraire {t III, coi. 377) mentionne deux éditions des commentaires d'Enstalhe , cellf de Rome , 1 5 & 9-1 55o , en quatre volumes in-fol. (édition originale) et celle de Bâle , 1 559- 1 56o , en trois volumes in-fol. On verra dans la lettre suivante que Gassendi avait tort de craindre que Peiresc ne possédAt

pas Eustathe. On y verra aussi que Tédition prêtée à Gassendi était celle de BAle , une des plus belles productions des presses de Forben. — Bougerel (p. 16&) parle d'une lettre du 3 janvier 1 636 sur Eustathe : «r Gassendi lisoit depuis longtemps Eustathius ; il éloit dégoûté de toutes ses notes grammaticales; ensuite il fiit tellement charmé du texte, qu'il ne le quitta pas qu*il ne feût fini.» On trouvera cette lettre plus loin (n* CULX), sous la date du 8 décembre i635.

* Bibliothèque nationale, fonds français,

ni»Bni|UB «ATlOIIAtC.

et sur rOdicee, n'ayant peu trouver le troisiesme qui s'est esgaré je ne sçays où à mon grand regret. Je feray chercher si quelqu'un l'aura pour le vous envoyer. Cependant je vous envoyé encore six ou sept volumes de cez poètes grecs avec des scholiastes grecs , marry que le Nicandre soit imperfect) et de n'avoir rencontré les auitres plus à souhaict. Mais ce grand vent ne m'a guieres permis d'estre hors du lict. Si vous voulez d'aultres commentateurs latins, je vous en pourray fournir encores quelques pièces; et si vous voulez le Ms. de l'Iliade d'Homère avec les scholiesde Porphyre et auitres, et la glose interlineaire en rubrique, je le vous envoyeray trez volontiers, car M' de Mezeriac me l'a renvoyé, et si je trouve que celluy qui se veult charger des auitres se veuille charger de celluy la, je luy bailleray encores puisque vous estes sur ceste sorte d'estude, car je serois bien fier s'il vous a voit peu servir de quelque chose. Au reste, j'ay à me plaindre grandement de l'excedz de voz liberalitez, et de la quantité de beaux fruictz dont vous nous avez voulu combler, que j'ay trouvez trez excellentz, mais ilz ne peuvent estre que trez mal employez en la maison de céans qui est un gouffre d'ingratitude, et où tout ce qui ne se mange dans fik heures est perdu, et jette comme dans la mer. De quoy je suis si honteux et si confus que je ne scay quel tesmoignage vous en donner, tandis que je me vois destitué de tout moyen de vous rendre aulcune revanche condigne de voz bienfaictz. Je voulois en retenir une seUle^ ou deux tout au plus, et que M' Tornatoris disposas! des auitres , mais il n'y a point eu de moyen de le persuader à cela, dont j'ay esté bien fasché et mortiffié, ne pouvant souffrir qu'avec impatience que vous vous soyez mis en si grande despence pour une personne qui ne le vault pas, qui vous est desja si obligée d'ailleurs. L'ordinaire de Rome n'est pas encore passé, et je crains bien fort qu'il n'ayt esté arresté par les chemins, si ce n'est qu'on l'aye voulu retarder d'une sepmaine , oullre celle qu'il avoit desja esté

9536 , hl 1 78. Autographe. Shakos dans ' Un seau s'af^pelle une seUh en langage

la eoikctioD Dapuy, vohune 688 , f 89, une provençal. Le mot eat pris id dans le «s

lettre de Gassendi )i Peiresc écrite de Digne de mesare de capaeitë, Tëquivalent de œ

le dernier jour de novembre i635. Original. que contient uo seau ordinaire.

retardé en Avignon. Il me tarde de le voir venir pour avoif les observations de Teclypse de TArgoli de Padoiie et du Glorioso de Naples, atin que vous les puissiez joindre aux aultres précédentes. Mais je suis bien en plus grande impatience de l'arrivée du navire Anglois qui est attendu d'heure à aultre du costé d'Alexandrie pour avoir l'observation du Grand Gayre, et voir si le P* Agathange n'aura point esté plus heureux que le P. Gelestin. Ge qu'attendant, je demeureray, Monsieur,

vostre etc. , et cordial amy, DE Peubsc.

A Aix, oe aS novembre l635^

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, PREVOST EN L'iÎGLISE CATHEDRAUB DE DIGNE,

À DIGNE

Monsieur, L'ordinaire de Rome qui passa hier ne me laissa poinct de lettres du cardinal de Bagny, ne de M' Naudé, mais parmi plusieurs aultres il y eut un vieux pacquet du cavalier del Pozzo , du 1 2 octobre , pour accompagner l'observation du Gamillo Glorioso que ledict s' Naudé l'avoit prié de me faire tenir, laquelle je vous envoyé m'asseurant que vous la verrez plus volontiers que toutes les autres, et qu'y trouverez plus de bonne matière quoy qu'il aye oublié des choses que je n'eusse pas creu qu'il eust deub oublier, car ayant prins la haulteur d'Âldebaran diverses foys, il ne s'est pas advisé de prendre celle du corps de la Lune, pour ne sçavoir de quelle partie d'iceluy prendre sa dimension, laquelle eust peu confirmer par sa concurrance la mesure de l'estoilie et suppléer dans l'aurore et dans le jour le deffault de la disparution des estoilles,

^ Bibliothèque nationale, fonds français, ia779, fol. 188. Autographe.

58p LETTRES DE PEIRESC [1635]

en la suitte et progrez de Teclipse. Il a marqué une grande sérénité partout, sans cotter s'il y avoit aulcun vent sensible de quelque part, et a supposé la haulteur du pôle de 61 degrez, sans avoir dict d'en avoir rien observé, et sans en avoir rien particidarisé, ce que je luy feray demander en escrivant la semaine prochaine.

Mais je croys bien que vous prendrez plaisir de voir son exactesse à cotter la grandeur de son quart de cercle, et encores plus Tambiguité où il se trouva au commancement de Feclipse sur une faulce ombre primitive qui s'effaçoit. dans la lunette sans avoir recogneu la cause que vous avez si dignement descouverte des faulx rayons de lumière, non réelle sur le bord, ou au delà du vray bord du corps lunaire, dont Tingenuité m'a esté bien agréable, bien qu'il n'a pas trop précisément exprimé la qualité particulière de la differance d'observer à plein œuil, ou par la lunette, sur quoy il le fauldra faire expliquer, et si lors de la totale obscurité et du recouvrement de lumière, il tenoit la lunette ou non pour en prendre le moment, et le rapporter à son observation de l'estoille. Ces inconveniants h des persones mesmes du mestier, faict voir la nécessité qu'il y a de faire imprimer un petit livret qui puisse dezabuser les gents doctes de cez vieilles maximes abusives, et servir d'adresse aux plus simples, pour observer dezhorsmais ce qu'il fault, et pour n y rien obmettre, s'il est possible, des principales circonstances, auquel cas je vouldroys bien vons supplier, s'il estoit loisible d'y faire cotter entr'aultres choses de quel œuil on observe soit par la lunette, ou par le quart de cercle, car je suis tousjours plus confirmé par mes experiances journalières en l'opinion que j'ay conceûe de la notable differance et fallace que cela peult faire, et que cela faict actuellement, quoy que veuille dire M'Bouillaud, et croys fermement que tost ou tard vous le toucherez au doigt.

Sur quoy je vous diray en passant que hier seulement m'estanl levé du lict pour faire quelques tours par ma chambre, et ayant voulu caresser un peu mes petitz rossignols, qui estoient sur la table de ma chambre dans leurs cages d'ozier, lorsque je retournay vers mon lict, je m'aperceus en dirigeant ma veue en terre sur le plancher de ma

chambre, où je faisois ombre de mon corps, que je voyois fort distinctement toutsles barreaux d'ozier desdictes cages, quoyqu'ils ayent perdu la pluspart de leur blancheur primitive, car il y a tantost deux ans qu elles sont faictes, et toutefoys elles n avoient pas esté esclairées du rayon du soleil quand je les avois regardées. Voire le soleil ne donnoit pas lors sur le châssis de ma chambre qui n e^toit pas trop esclairé non plus à cause de la verdure de la vigne qui y est encor en estât, et assez opaque. Ce que je trouvay nouveau en mes ieulx, où je n avoys encores veu peindre ou imprimer et retenir hors de la présence de Tobject d*aultres images que celles qui avoient conceu une si grande clarté, comme faict le châssis esclairé de la réverbération du soleil, ou du rayon mesmes de la lumière de cet astre, de sorte que je fus ravy de voir que Timage des barreaux de cez deux cages me suyvoit partout où il y avoit un peu d'ombre du d'obscurité, comme faict l'image de la rondeur ou du disque du soleil quand on y a miré dedans, et me dura deux tours de ma chambre. Ce qui me fit trouver plus croyable que je n'avoys pensé d'abbord , ce que M*" Gassagne m'escrivoit autresfoys des espèces qu'il conservoit en ses ieulx les unes sur les autres, sans m'avoir distingué de celles qui sont si lumineuses d'avec les aultres, car je ne l'avoys vérifié jusques à hier que des lumineuses. Mais à cette heure en voilà d'aultres qui le sont beaucoup moings , la couleur de cet osier estant d'un blanc si saile qu'il est comme roussastre. Voire il me sembla une fbys ou deux qu'à travers les barreaux j'entrevis le ventre ou la poictrine de l'un de mes roussignols , qui n'est que de couleur grise tant soit peu tirant au blanchastre, et voulois réitérer l'observation et l'experiance, mais je fus surprins de compagnie qui m'en osta le moyen, et fut si long temps avec moy que j'oubliay de le faire jusques à ce qu'il n'estoit plus temps, le jour ayant manqué. Tout ce que je vous remarqueray de plus que l'ordinaire est que je me sentoys les ieulx moittes plus que de coustume et y portoys le mouchoir pour les seicher assez souvent, soit que le froid en fust la cause, ou bien la posteure que j'avoys tenue dans mon lict, où je ne suis guieres gisant durant le jour' que mes ieulx ne larmoyent plus que si j'estois assis. Voila une^

digression plus longue que je ne la pensoys faire ; mais je sçay bien que vous m excuserez.

Toubiioys de vous dire concernant i'ecclipse que dans la lettre du s' cavalier del Pozzo J ay apprins le nom de celuy qui n estoit pas nommé aux observations de Rome que TEm. Gard^ Barberin m'a voit envoyées, de laquelle je faysoisplus d*estat que des aultres, parce qu il y aileguoit la dimension de la haulteur de quelque estoille et que c est un jeune homme de bonne voglia^ nommé Gasparo Berti de qui on pourra disposer librement à ladvenir, dont je ne manqueray pas d accepter les offres, et de l'engager à observer les éclipses de Tannée prochaine, et de n y rien obmettre de ce qu'il fault, et de nous envoyer à l'advance des observations de la haulteur du soleil au solstice prochain, et de l'esloille polaire en mesme temps durant les 3 ou & jours plus voisins devant et aprez. Et fault voif si on le pourroit desbaucher ou allécher à faire des observations ordinaires et d'entreprendre de celles du Mercure et de la Lune avec les fixes pour voir s'il y auroit des parallaxes considérables; en un besoing il seroit bien homme à pouvoir passer en Levant avec M' du Goudray qui est quasi résolu (mais il ne désire pas qu'il s'esvente) de prendre la subrogation de sa persone à M' de Thou, qui s'est fort raffroidy de ce voyage. Or ce seroit une belle chose qu'un galant homme allast en Levant faire de cez belles observations sans vous en donner la peine à vous, et vous exposer à tant de dangers et de périls qu'il y a à courir. Je luy donneray tant de courage que je pourray,. mais mandez-moy, je vous prie, ce que vous jugez de son observation, et comment elle vous satisfaict, s'il est possible, entre cy et huict jours, car je crains que l'ordinaire d'Avignon ne repasse lors, son retardement dernier n'ayant esté que sur le chemin de Gènes icy. Garrat avoit fort bien veu et obsei'vé Mercure devant hier; le jour précédant, le grand vent ne luy laissa pas prendre des mesures que de sa seule haulteur sur l'orizon de 3 degrez, et faillit à renverser le cart de cercle plusieurs foys. Je

Volonté.

n'ay encore sceu 8'il fit rien hier au soir que le temps estoit couvert et bien venteux aussy.

J'attends encore l'observation de l'Argoli et celle du Gayre, espérant qu elles viendront enfin , et que je m'acquitteray aussy de mon devoir tost ou tard. Vous me dictes que la grotte de voz bains a bien du rapport à celle des serpents, ce qui me faict vous dire que la chose mérite* roit bien un peu d'expériance et de relation de vostre main, car les aultres qui en ont voulu parler n'ont pas vostre génie.

J'avoys voulu bailler le Ms. d'Homère glosé à M' Tournatoris ; mais il le trouva de trop gros volume pour cette foys là. Il s'en trouvera quelque autre. Je n'ay encore peu retrouver l'aultre volume de l'Eustathius, ne céans, ne ailleurs. Je chercheray encores, et les aultres poètes grecs, et seray à jamais,

vostre, etc. et cordial amy, DE Peirbsg.

A Aix, ce 93 novembre i636.

Je n'ay poinet veu le traicté du Liret des Vegetables qui naissent sur des animauh , et sçaurois volontiers quel libvre c'est pour le faire venir ^

CXLVm

Monsieur,

J'ay receu la vostre du dernier, et y trouvant en teste que Mercure

vous estoit eschappé, ce jour là, voulant sçavoir si Garrat avoit esté

plus heureux, j'ay trouvé que non, à mon grand regret et au vostre.

Il l'a observé par troys foys à ce soir, et assez souvent les précédantes

* Bibliothèque nationale, fonda français, i977ti fol. 190. Autographe.

58â LETTRES DE PEIRESG [1635]

soirées. Je suis bien aise que vous ayez receu i'Eustathius au moings les deux volumes envoyez, et qu'ayez desja trouvé le temps de lisre une âotaine de feuillets de l'Iliade. Vous aurez depuis receu quelques aultres petits volumes d'aultres scholiastes grecs d aultres poètes et à ce matin par un muletier M^ Tornatoris vous a envoyé le volume Ms. de riiiade, où je vouidroys bien que vous eussiez le texte entier de Porphyre sur Homère, mais je crains qu'il n'y en aura que bien peu d'articles des scholies marginales qui soient de luy, où son nom est exprimé, n'y ayant pas d'apparance que le reste soit tout de luy, puisqu'il se trouve nommé, non en teste de quelque livre seulement, mais par cy par là. Pleust à Dieu y eussiez vous trouvé quelque bonne maxime de la philosophie ancienne, car je ne doubte pas que les poètes n'en ayent inséré quelque chose partout où ils ont peu pour accreditter leurs poèmes et les leur faire avoir en plus grande vénération. Or puisque vous faictes cette estude particulière je vous supplie si, en chemin faisant, vous rencontrez rien qui puisse concerner les mystères philosophiques qu'ils affectoient de cacher dans leurs sortilèges et superstitions, mesmes dans leur trépied, et dans les figures du triangle de lignes courbes enfermé dans le cercle, d'en faire quelques petites cottes en uu cahier à part pour l'amour de moy. Gomme aassy si vous rencontriez rien des mystères qu'ils pouvoient cacher dans les jeux des astragales et des tesselles, et dans les nombres et proportions des poincts qui y estoient marquez, vous me feriez bien plaisir de le cotter pareillement, à part, et concernant les noms des mesures et des vases plus notables, et des monoyes ou des poids.

Je pense bien que vous vous souvenez d'avoir veu une grisaille sur la porte de ma chambre tirée du vase blanc et bleu du cardinal Barberin, qui semble appartenir à l'histoire troyenne, mais nous n'y pouvons bien appliquer un serpent que tient en son gyron une femme à demy couchée par terre dont vous rencontrerez sans doubte la clef, si ne l'avez desjà, et de quelques chevaulx que menoienten laisse personnellement Achille et cez aultres heroz de cez bandes troyennes ou grecques. Mais mon intention n'est pour tant pas que pour cela vous

retardiez voz estudes plus utiles, ains seulement un coup de plume dans les livres mesmes pour plus de facilité que je parcourray par aprez.

J'ay veu fort volontiers ce que vous me dictes de la solution du s' Bouillaud. Vous verrez par le paquet qui accompagne le Ms. de riliade quelques lettres du bon P. Mercene qui donne la mesme solution, ce me semble, et se trouve bien loin de son compte comme Taultre à ce que je puis voir par les subdivisions que vous faictes d'un ciron en tant de portions. Ce qui destruict toutes leurs suppositions avec la realité corporelle que vous présupposez aussi en la lumière.

Mes lettres pour le Levant sont parties depuis jeudy avec un fort bon vent Dieu mercy, et y a apparance qu'elles feront bon voyage. Nous attendrons vostreadvis sur le phénomène du P. Minime qui avoit creu, ce semble, de voir le disque du soleil à travers les ondes de la mer, avant qu'il fust levé réellement sur l'Orizon, et d'y avoir veu les deux navires ennemys, non seulement pour lors, mais aussy quand le vray soleil se leva. Ce fut ce qui me fit vous envoyer cette lettre, pour voir ce qui vous en sembleroit. Vous aurez maintenant une lettre d'Angleterre que M' Luillier m'a faict envoyer par M' Bourdelot, où j'ay bien admiré la longueur de la vie de ce vieillard de i Bs ansS et de cez aultres de la notice de M" Luillier ou de ses parents* Mais j'attendray bien plus impatiamment vostre advis sur les lettres du bon P. Mercene de sez nouvelles experiances, et de celles de son Feuillant pour les mouches eslranglées par les araignées que l'on faict revivre quand on veult^.

Il y eut une pluye de toiles d'aragnée à leres et au terroir d'allentour les s /i et 3 5 octobre par un temps serain dont j'attends une information, ou enqueste sommaire authentique. Nostre caméléon vit encores et mange non seulement des vers de farine, mais de la chair bouillie tant de blanc de chappon que de moutton. Nous y descouvrons

' L'Anglais Thomas Par. Voir recaeil iées le récit du P. Hersenne dans une des

Peiresc-Dupuy, t. III , p. & 1 9. dernières lettres du fascicule XIX des Corres-

* Voir au sujet de ces mouches ressusci* pofuUmts de Peirese,

if. 76

IVFRIIIEtlC «ATIO'<;tlC.

tousjours quelque chose de joiy, mais le discpurs en seroit trop long pour une veille de mardy, et je demeure, Monsieur^

vostre, etc. et cordial amy,

DB Peiresg.

À Aix, ce 3 décembre au soir i635 *.

GXLIX

À PEIRESC

Monsieur, Je receu hier au soir vostre despesche du 3 de ce mois, et n'a vois receu que le jour précèdent celle du 29* du passé, en telle sorte que je n'a y point eu le moyen de vous r escrire asses à temps pour l'ordinaire de Rome touchant l'observation du sieur Gasparo Berti ou Beoli (je n'ay pas bien peu lire ce surnom); ce sera donc pour l'ordinaire du mois prochain s'il plaist à Dieu, et surtout si la bonne fortune veut que vous ayez encore eu des nouvelles du Caire, parce qu'en ce cas là j'aurois peu prendre deux ou trois jours pour calculer et ranger toutes ces observations, afin d'en tirer ce qui sera possible, et l'envoyer à Schickard avec les observations qui auront cependant esté faites de Mercure. Je le veis et observay encore hier au soir, quoy que parray des grands nuages et brouillards , et hors du 3 o du mois passé et du 6* de cestuy cy, il ne s'est point passé de soir sans que je l'aye attaché, despuis le 26 qui fut le premier jour auquel je le veis et peu observer. Je n'ay guière peu continuer despuis ma dernière [lettre] la lecture de l'Ëustathius pour divers destourbiers^ que me donnent journellement les affaires de nostre chapitre ; en telle sorte que je n'ay pas mesme encore achevé le premier livre qui est de i6a pages. En tout ce que j'ay veu.

^ Bibliothèque nationale, fonds français, qSSô, fol. 199. Autographe. — ' Voir sur le mot destourbier une note du recueil Peiresc-Dupuy, t; T, p. io3.

il y a fort peu d'observatioûs philosophiques, et voyant que cest autheur ne rapportoit point les opinions et la doctrine des anciens aux endroits où il en avoit principalement occasion, sans mentir j'en ay esté un peu desgousté, eu recevant d'ailleurs de Tennuy de ces longues discussions et remarques grammaticales qui font le principal corps de son commentaire. Ce n*esl pas que je luy en sçache mauvais gré, puis que c'estoit là son génie (quoy que par la préface il eust desja fait espérer quelque chose de plus) et que ceux qui font principalement estât de la Grammaire ont de quoy y trouver merveilleusement leur compte. Mais pour moy qui ne marreste point tant à cella, je ne sçay si j'auray la patiance de continuer bien avant, et de lire tout de suite autre chose que TOdyssée, puis qu'aussi bien il n'y a qu'un volume, pourveu que comme ceste pièce doit estre presque toute de la philosophie morale je recognoisse d'en pouvoir profiter davantage que de tous ces grands discours qu'il y a sur l'Iliade. Quoy que j'en lise je ne manqueray point d'y remarquer tout ce que je rencontreray approchant de vostre mémoire ou que je croiray d'ailleurs estre de vostre goust, bien qu'à la vérité je n'espère pas d'y trouver grand'chose, et si je ne presumoy de le faire vous pouvez bien penser que vostre seule considération me feroit dévorer le tout; s'il y a quelque chose à attendre touchant le triangle des lignes courbes inscrit dans un cercle, c'est bien plus tost du Tzezes qui esloit mathématicien, ce sera certes la cause que je le parcourray tout, puis qu'il vous a pieu de me l'envoyer sur l'Hésiode. J'ay receu le Porphyre sur Homère bien conditionné, mais je n'ay point encore eu du te.mp3 pour en voir grand chose. J'ay seulement remarqué que l'escriture en est assez ditliciie à lire, et que si je n'avoy d'ailleurs le texte du poète pour m'en apprendre l'entière lecture, j'auroy peine d'en venir à bout, à tout le BMÛns en beaucoup d'efidroitz. Si oionaieur l'advocat du Roy présent porteur n'eust party que ju9que8 à demain, j'auroy peu respondre au père Mersenne, mais puis qu'il veut aller coucher aux Mées et partir incontinent après avoir desjeuné, il faudra que je le remette à une autre saison. Aussi bien voicy le second coup de nostre

grand*messe qui m*advertist de rompre icy, et me contenter de vous priex de me croire tousjours, Monsieur,

Yostre très humble , très aifectionné et très obligé serviteur^

Gassend.

À Digne, ce 8*"* jour de décembre t636.

Je suis bien regretteux de laisser beaucoup de choses à vous dire, mais ce sera pour une autre fois ^'il plaist k Dieu ^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

kMi ET SEI6NE0R DE GUISTRE, CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE,

À A IX

Monsieur, Je fermay lanltre jour si précipitamment mon pacquet que je m advisay d'y inclurre toute autre chose que ceste lettre que je vous avoy escrite. Je vouloy une fois retenir la copie de celle que M' Bourdelot vous avoit envoyée, mais je m'imaginay qu'il ne vous en demeureroit par adventure point, ayant desja r envoyé l'original. Ce fust en me contentant d'admirer ceste grande vieillesse de 1 5 3 ans qui me feit souvenir de ce que M' de Bagarris l'antiquaire^ m'a voit autresfois dit, et qui m'a despuis esté confirmé par un honneste homme de ceste ville qui a profité de l'exemple, touchant un certain Arménien âgé de i3o ans et qui se disoit avoir encore son père âgé de 1 6o. Et encore de ce qu'on escrit des Toupinemboulx qu'ils vivent les 8 et g vingts ans, et qu'eu l'eage de cent ans les femmes y ont encore les enfans pendus à leurs mamelles, de quoy m'estant voulu esclaircir de quelques uns qui y

^ Bibliothèque nationale, fonds français, 1977a, fol. 967. Autographe. — ' Pierre-Antoine de Rascas, sieur de Bagarris. Voir le fascicule XII des Corregponîants de Peirtêc (Aix, 1887).

avoint fait du séjour, comme quoy on avoit peu tirer cognoissance de cette longue vie, puis que noz hommes n'en pouvoint pas estre tesmoins oculaires, il me souvient qu'on me dit qu'oultre ce que ces pauvres gens tiennent conte de leurs années par des nœuds qu'ils font à certaines chord es, ilsmonstrent la pluspart estant parvenus à Textresme vieillesse leur huitiesme descendant, en telle sorte qu'à donner so ans d'une génération à l'autre^ il y auroit tousjours là huitvingls ans. Je n'ay point encore à ce coup icy le loisir de r'escrire au père Mersenne soit pour la solution du problème et autres, soit pour ses livres de la musique, parce que comme vous sçavez je ne les ay point encore veus. Despuis la précédente lettre escritte, je n'ay pas beaucoup advancé en la lecture de l'Eustathius. Je vous diray seulement qu'ayant un peu resvésur la grisaille qui est sur la porte de vostre chambre, il m'a semblé que ce pourroit bien estre la réconciliation d'Achille avec Âga* memnon, telle qu'Homère la descrit Uiad. t. à tout le moins s'il est vray comme il me semble d'en avoir quelque mémoire qu'il y ait un autel avec un héros sacrifiant, qui seroit Agamemnon et un corps mort pliant par des femmes qui seroit celluy de Patrocle plaint par Briseis et ces autres ; pour les chevaux menez en lesse ce pourroint estre ceux qu'Agamemnon donna à Achille pour l'appaiser, et qu'Ulysse feit con^ duire par ceux qui sont venus là du pavillon d'Agamemnon à celluy d'Achille, mais que pourroit vouloir dire ce serpent dans le gyron d'une femme? certes cella m'arreste parce qu'ayant voulu voir le passage il ne s'y en est rien trouvé. Seroit^-ce point par adventure seulement pour signifier que ceste femme estant Briseis Agamemnon ne l'avoit point touchée et s'en estoit abstenu tanquam a facie Golubri, estant véritable qu'il en feit le serment en ceste action là, et que ce fust pour cella qu'il feit le susdit sacrifice. J'appresterois bien à rire à quelque autre si je luy escrivois cette pensée, ms^is à vous il est permis et sur tout à moy de tout dire. Il est encore fait mention là de Trépieds, et à propos de cella j'ay

^ Vingt ans ne paraissent pas suffisants. D'après les calculs gënëralenient acceptes, la moyenne de vie, poor chaque génération, serait d*an pea plus dune trentaine d^annëes, de 33 à 35.

590 LETTRES DE PEIBESC [1635]

voulu voir si vostre manûecrit diroit point quelque chose sur ces vingt trépieds que Vulcan fabriquoit dans ie livre précèdent (c*est <r) lorsque Thetis l'alla trouver pour avoir des nouvelles armes pour son fib, mais je n'y ay rien trouvé, quoy qu'il soit fait mention entre autres choses dans le texte qu'il y avoit au dessous d'un chascun xpverea xvxXa par adventnre des boulettes ou petites roues pour faire aller ces trépieds automates, qui dévoient entrer et sortir de la sale d'eux mesmes. Et à propos de ceste sale, Homère l'appelle àySjvcL^ comme s'il vouloit à mon advis dire qu'elle fust de forme ronde. Et sur tout s'il est véritable que àyév signifiant non seulement les exercices, jeux et combats publiques, mais encore le lieu odi tels exercices se font, ainsi dit quasi a yeovia comme n'ayant point d'angles, et estant par conséquent rond. Ce que je remarque seulement en cas que la chose peut aucunement faire sur le propos de Trépieds dont vous m'avez escrit. Je m'estois aussi attendu que vostre manuscrit dit quelque chose ' sur le mot d'Astragale qui est Uiad. S^ mais ii n'en parle point non plus, et si l'on trouvoit les autres volumes de l'Ëustathius il est vraysemblable qu'il y en auroit plustost quelque chose, ou à tout le moins sur le subject des susdits Trépieds. A ce que je puis comprendre il n'y a pas grand chose qui me puisse servir en toutes les notes qui sont dans ce manuscrit, quoyque la pluspart soint de Porphyre. Il y en a aussi plusieurs tirées d'Ëustathius , entre autres , comme vous pouvez avoir remarqué. Je me suis dispensé pour randre ceste pièce un peu traittable de cotter les livres par simple lettre au haut de chasque feuillet, et ça esté ce qui m'a fait remarquer et regretter qu'il y manque Y dû ou dernier livre. Or moy je ne manqueray jamais d'estre. Monsieur,

le tout vostre , Gassend.

A Digne, ce iS décembre i63S.

Monsieur, Je n ay point sceu retrouver la lettre escrite au père Minuti. Je ne

sçay si je ne vous lavois point envoyée. Mais à tout cas il se faudra mieux esclairer de Taflaire par celluy là mesme qui Ta voit escrite. Je vous renvoyé celle de Guistres. Ici nous eusmes en ce jour et heure là un peu d'abrech mais presque imperceptible ^

Monsieur, Je receus avant-hier vostre pacquet du U^ de ce mois sans vous en pouvoir accuser à mon grand regret la réception par celluy mesmes qui en avoit esté le porteur. J'envoyay hier à M' Luiilier la lettre qu'il y avoit pour vous et ne receuz que hier au matin un sien pacquet pour vous par l'ordinaire qui a esté retardé ceste foys de k jours, à cause, dict-on, que le courrier s'est noyé au chemin entre Paris et Dijon. Je me conjoûis bien fort avec vous du bon estât de vostre santé, et de la doulceur et tranquilité dont vous jouissez pour voz estudes, ne vous pouvant assez dignement remercier de la souvenance et du seing que vous avez prins de me cotter tous cez beaux passages d'Homère, tant sur les trépieds et mesures que sur les astragales, dont je sçauray fort bien faire mon proffict, Dieu aydant, si je puis avoir le temps de les examiner à ma mode. En revanche je vous diray que j'ay recouvré un vieux manuscrit du couv'ent de Sanctus Oriensius de la ville d'Âuch en Gascongne, compilé environ le temps de la race de Gharlemagne, où il y a un chapitre entier de i o ou i a ecclypses de soleil recueillies ensemble qui sont, je m'asseure, insérées dans les chroniques du mesme siècle, mais cette sorte de recueil m'a semblé digne de vostre curiosité ^. Il y a de plus 3 ou & chapitres sur les dimensions des espaces

^ Bibliothèque nationale, fonds français, d^Auch est celai qui est à la Bibliothèque

9536 , fol. 969. Autographe. nationale, n* &56 du fonds latin, nouv. acq.

* Voir sur ce manuscrit le recueil Peiresc- Aux détails donnés sur ce manuscrit dans le

Dupuy, t. III, p. i3o. — ffLe manuscrit Catalogue des manuscrits des fonds Libri et

592 LETTRES DE PEIRESG [1636J

et capacitez de la terre, et du rapport qui! y peut avoir avec lez cieulx, tant sur les propositions d'Ëratosthenes que sur celles de Macrobe, de Félix Capella et aultres, qui ont employé pour cet effect des vases mesurez, oii je voudrois bien que vous eussiez rencontré quelque chose qui ne fusse pas tant du commun pour vostre satisfaction* Je le vous envoyé avec prière de me le renvoyer le plus tost que vous pourrez, afin que j'en puisse faire part à Dom Polycarpe pour les Archevesqucs d'Âups (stc) qui y sont mentionnez et puis à M*^ du Ghesne pour en insérer dans ses volumes des historiens de France quelques pelitz articles de la race de Gharlemagne, et quelques petits suppléments du 1 o^ siècle qui ne seront possible pas inutiles pour Thistoire de la Gascongne. Il y a mesme un chapitre des poidz et des vieilles notes d'iceulx dont je me pourray bien prevalloir en quelques articles* Il y a tout un traicté d astronomie d'un certain Ericicus dont le nom m estoit iucongneu. Mais je crains bien avec tout cela qu il n y aye rien qui vaille à vostre usaige. M"" Naudé m'escript de la fin de novembre que TArgoli n'a voit point encore envoyé son observation de l'ecclipse dernière , et que Léo Allatius avoit. opinion que ledict Argoli feisse difficulté de l'exhiber, à cause des incompatibilitez qu'il y avoit rencontrées avec les fondementz de ses propres Ëphemerides dont il estoit aprez de faire imprimer la continuation jusques en l'an 60. U adjouste que le cardinal Bagny m'avoit encores envoyé une aultre observation faicte par un mathématicien d'Ancone que je n'avois pas encore receue, estimant qu'elle viendra quelque jour par la voye de Lyon , si elle n'arrive la sepmaine prochaine par celle de Gènes. Je vous envoyerois volontiers sa lettre, si je luy avois faict responce, afin que vous la veissiez con* joinctement avec celle de M' de la Ferriere pour comparer ce qu'ilz disent tous deux du boys fossile, et possible feray-je mieux de vous l'envoier en toute façon, avec prière de me la renvoyer la première, car

Barrois , p. 80-8 A , il convient d'ajouter cette Libri. (]ela r^fsulte du témoignage formel de

particularité, que ledit manuscrit a été con- Waitz , consigné dans les Monumenia Germa-

serve à la bibliothèque de Carpentras , sous uicœ historiœ, ete, ^ III , 1 7 1 (volume publié en

le n* a 79 , jusqu'au jour où il fut enlevé par 1 889 ) ». (< iommunication de M. L. Deltsie.)

aussy bien ne respondrions-nous de 1 5 ou a o jours en ce pais la. Si je puis mesmes rencontrer une lettre du cavalier del Pozzo , je vous Tenvoyeray présentement pour vous faire voir ce qu*il adjouste du progrez de ceste plante de prunelier qui a fleuri et produict des feuilles sur l'estomac de ce pauvre Espagnol dans lequel elle s*est enracinée. Il m avoit mesme envoyé le petit bourgeon original dont vous aviez veu le des^ sein que je seray bien ayse que vous puissiez voir en original aussy. J'ay oublié le nom de Tauteur que vous m'aviez nommé, et que vous dictes avoir traité ex professa des plantes qui naissent sur des corps vivantzS duquel j'ay bien envie de faire faire un peu de recherche pour le voir quelque jour, s*il est possible. G estoit M' Piscatoris qui avoit donné l'advis à Garât de vostre petit traicté de la musique dont il vous accusera maintenant la réception , et je ne laisray pas de prendre part à son obligation voyant ce que vous faicles pour luy, en considération principalement de ce qu'il est de nostre maison. Jay receu le traicté ex prt^esso sur ceste matière de la musique tiré du manuscrit d'Erasmus Orycius de M' Golius que j'ay envoyé à Rome au s' Doni, mais durant i o ou i s jours que je Tay gardé céans , j'en ay fait transcrire par Bonis une coppie suyvant le désir qu'en avoit le bon P. Mercenne. Mais je ne le luy ay pas voulu envoyer que vous ne l'ayez veu. Vous y excuserez et suppléerez, s'il vous plaist, les faultes s'il y en a. Je vous envoyé par mesme moyen l'édition d'Henry Estienne de ce que Plutarque avoit cscript de' la vie d'Homère, que vous trouverez plus correct, je ni'asseure, que tout ce que vous en avez veu. C'est ce mesme volume que j'avois envoyé à M** de Mezeriac, et que je ne vous avois pas envoyé à vous pour n'y avoir pas des scholies grecques que vous me demandiez. Car la coppie qu'on avoit commencé de transcrire dans la bibliothèque du Roy ne fut jamais achevée ne poursuyvie, depuis qu on se fut apperceu de l'édition d'Henri Estienne. Je suis infiniment ayse que vous ayez descouvert de si belles choses dans cez escriptz de Plutarque, et puisque vous les posseddez si fort maintenant, je vou-

' Cet auteur s appelait Uret (voir plus haut, lettre CXLV(I).

591 LETTRES DE PEIRESG [1636]

drois bien que vous eussiez marqué sur mon exemplaire de redition d'Henry Estienne que je vous envoyé les endroicte où vous voudrez faire commencer chascune des U parties de ce bel ouvrage, puisque le vieuix tiltre de Findice des œuvres de Hutarque y est si convenaUe, et au contraire que ceiiuy qui y est maintenant de la vie d'Homère y est si mal compatible, puisqu'il en dit moins que tous les aultres, estimant que ce soit la simplicité de quelque bon moyne qui aye affecté de joindre tout ensemble pour en augmenter le nombre des hommes illustres dont cest aultheur en avoit faict les vies. Tay faict chercher partout où je me suis peu adviser les aultres volumes d'Eustatyus, sans qu'il s'eii soit rien trouvé à mon grand regret Si vous ne songiez d'aller bientost à Paris, je les envoyerois emprunter delà mesme, si besoin estoit pour vostre satisfieiction. J'avois creu qae M' le président Guerin le deust avoir, mais il ne m'envoya qu'une édition d'Homère faicte à Basle que j'ay creu neantmoins vous deb* voir envoyer à tout hazard pour ne rien obmettre de tout ce qui peolt servir à voz grands desseins en la restitution de ceste première philosophie, et pour faire voir que ce n'estoit pas à tort que tant de grandz hommes avoient loué les ouvraiges d'Homère, quoy qu'on l'aye voulu faire passer pour un resveur parmi ceux qui n'avoyent pas la capacité de comprendra l'excellence de» mystères qu'il y avoit cachez, vous félicitant par anticipation le plus que je puis de la dea^ couverte que vous en avez faicte, je m'asseure, puisque vous avez commencé de vous y laisser charmer, ne voyant l'heure de participer à quelqu'une de cez belles notices^ que vous y aurez acquises. Si ne fault il pas que je laisse de vous dire que j'ay receu une petite obser* vation faicte au Gayre de la dernière edypse , où vous ne trouverez pas certainement les punctualitez tant désirées, mais tousjours crois-je qu'elle ne sera pas du tout inutile , non plus que celle d'Alep, et qu'die servira à l'advenir pour rendre les observateurs un peu fius exactesS

' Pour connaissanees. — * Sic. Nous avons dëjë vu (recueil Peireso-Dapuy, 1. 1, p. 5i) que Peiresc emploie toujours exacU pour &raeL

suyvaat la prière que je leur ea ay faict par diverses voyes à irez tous. Le mal est que je ne vous ay point encores envoyé la nostre, tant j'ay eu de fascheux divertissements depuis quelque temps en ça , qui ne me donnent guieres de relasche. Car à mesure que mon ingrat ^ voit qu on luy oste des mains une sorte d'armes, il me saulte aux ieux d un aultre costé , tant il s'est abbandonné , puisqu'il plaist à Dieu , à toute sorte d'ingratitude et de domestique impiété, ce qui me bourrelle merveilleusement l'ame et me la levé bien souvent de son assiette. Une action indigne qu'il me fit avantrhier, m'ayant mis dans une inquiétude qui m'a faict esprouver une des plus rudes suppressions d'urine que j'eusse eu de long temps depuis plus de &o heures en ça, jusques à maintenant qu'en dictant ceste lettre, par un bonheur inespéré, j'ay uriné sinon tout ce qu'il me falloit, assez neantmoings pour en avoir res* senty une grande consolation que j'attribue principalement au plaisir que j'ay trouvé de me divertir de cez £ai8cheux objects pour me consoler un peu dans l'honneur de vostre entretien, 9ur quoy me trouvant desja au bout de tout le blanc de ma feuille , et remettant à Garrat de vous entretenir sur les observations qu'il a faictes de Mercure à ce coup icy une fois ou deux auparavant vous, je ûniray demeurant,

vostre, etc.

DE PzniEsc.

A Aix, ce 9 janvier i636.

Monsieur, le P. GafTarel s en va faire un tour à Grenoble^ et faict estât en revenant d'avoir le bien de vous voir en passant.

[Au dos de la lettre :) Monsieur, j'ay faict transcripre par mon homme et par Bonis dans le manuscrit de Saintoin^ le chapitre des éclipses soubz la race de

* C'est ainsi qne Peiresc appelle son neveu. — * G^est-è-djre Saint-Oreiis, nom d*un celèbre monastère de la ville d'Aucb.

596 LETTRES DE PEIRESG [1636]

Gharlemagne , ensemble ceux da mesurage de la terre et de ses pro*portioDs avec les dislances du Ciel, et vous envoie la coppie afin de vous soulager de la peine de les faire transcripre par d'aultres en cas que le veuilliez conférer et retenir afin de vous soulager d'aultant. Je serois bien fier si vous y aviez rencontré* quelque chosette qui ne feust pas ailleurs, pour peu que ce fust. C'est le s" Faulchier de Puimichel, qui se dict ung peu vostre parent, frère de mon curé de CoutrasS qui s'est voulu charger de tous cez libvres et paquetz pour Tamour de vous, dont je ne luy sçays pas moins bon gré que des pommes qu'il m'estoit venu porter^; mais il ne seroit pas vostre parent, s'il n estoit pas dans l'honnesteté comme vous jusques à l'excedz. Il fauldra,^ s'il vous plaist, renvoyer le volume de M' Guerin, qui est couvert de bazane rouge, le plustost que vous pourrez, s'il ne vous sert. Sinon, je luy diray que je le vous ay envoyé, et crois bien qu'il n'aura pas dezagreable que vous le reteniez pour quelque temps ^.

Ce ne fut qu'hier seulement que vostre pacquet du 1 1 me fut rendu par le P. Lanne et consequament trop tard pour l'ordinaire à mon grand regret. Ce sera par le prochain Dieu aydant que je feray tenir celle de M'" L'huillier, à qui j'avoys escript dez le précédant ordinaire le jour mesme de vostre départ. J'ay esté infiniment aise d'apprendre que vous ayez trouvé la santé de M' Taxil en meilleur estât, et si

^ Goutras (chetlieu de eanton du dëpar- ' Peiresc avait la passion des pommes,

tement de la Gironde, à 16 kil. de Bor- comme on le verra, au volome suivant, dans

deaux). La paroisse de Saint -Martin de les premières lettres adressées à Denis Guille-

Fronsac dépendait de Tabbaye de Guitres, ce min , prieur de Roumoules.

qui explique le pronom possessif employé ' fiibiiothèque nationale, fonds français,

par Peiresc pour désigner le curé Faulchier. 1 9779 , fol. 1 96.

bien elle s'estoit un peu destraquée S tout cela se remettra bientost, et s'il Youldit venir manger quelques tranches de bons melons, il seroit aussi tost guary, et seroit grandement bien venu principalement s'il vous ramenoit aprez vostre feste; car Mercure ne tardera pas de paroistre. M' Gbaine a différé son voyage au commancement du moys prochain, et M' le Mareschal a la goutte à Guers^ Garrat voulut observer devant hier le couvrement de Tesloille du Sagittaire, mais il dict que la Lune en estoit encores bien esloignée quand elle se coucha , de sorte qu'il n'aura peu estre veu que bien avant au ponant de nous. Il ne songea pas à la quadratture dont vous oubliastes de m'advertir, car je l'aurois engagé à y veiller. Tay opportunément rencontré vos deux cahiers des sermons que je vis hier avec grande satisfaction, et vous en remercie trez humblement. Nous avons maintenant icy deux bons pères cappucins d'Orléans qui s'en vont en Âlep, qui regrettent bien de ne vous avoir trouvé céans, car ils estoient revenus de Marseille exprez pour avoir le bien de vous voir. Pour ne leur rompre la compagnie, je clorray la présente, aprez vous avoir félicité la veûe de cez l>elles chartes des Roys de Jérusalem et aultres Princes des bandes sacrées, dont M' Gaillard m'a apporté des extraicts et des empreintes des seaulx d'aulcunes bien remarquables à mon gré. Le R. P. D. Poly- ' carpe aura grand regret de ne les avoir veues. Le R. P. D. Gabriel m'a asseuré que dans peu de jours, il doibt commancer l'édition de deux volumes de son travail', et sur ce je demeure,

vostre, etc., et meilleur amy,

DE Peiresc.

À Aix, ce li aoust i636.

^ Celte santë déiraquée se rétablit si son aUaqtie de gouUe est mentionnée dans

bien que le chanoine Taxil put pronon- le recueil Peiresc^-Dupuy (t. III). oer, vingt ans plus tard (i & novembre ' Cette édition ne fut pas commencée.

i655), TOTaison funèbre de Gassendi au- Citons ici ces lignes de Bougerel (p. laS) :

quel il succéda dans la chai^ de prévôt «rDans le temps qu'on se flatoit de jouir du

du chapitre de Tëglise cathédrale de Digne. fruit de ses travaux , Dom Polycarpe disparut

' La villeoùle maréchal de Vitry subissait ^ tout h coup, et l'on ne put avoir aucunes

J ay baillé à Garrat les lettres de lordinaire et d'aultres que M' le Président de la Roquette avoit données pour vous et pour une dame de voz quartiers; vous aures les nouvelles ey-joinctes^

GLIH À MONSIEUR, MONSIEUR GASSÉND,

DOCTEUR EN S^^ THEOLOGIE ET PREVOST DE Vl^GUSS GikTHEDRALB DE DIGNE,

À DIGNE

Monsieur, Je receuz par des Jacopins vostre paequet dont j ay oublié la datte* assez à temps pour envoyer à la poste avant le parlement de Tordinaire celluy qui estoit addressé à M' de Digne ^, et pour mettre soubz mon enveloppe celluy de M' Luillier^, à qui j'escripvis par mesme moyen en responce d'une fort obligeante lettre que j avois receue tant de luy que de M^ Chapelain conjointement \ laquelle sera cy jointe. J ay depuis receu parmy une quaisse de libvres de Paris un petit libvre adressé k vous et le portrait de M** Luiliier dont la phisionomie que je n avois jamais veiie monstre bien la candeur, ingénuité et honnestelé de son humeur ^ dont je suis bien redevable tant à vous comme à luy. La

nouvelles de ses ouvrages et de ses' recherches : ce n*a été que près d*un siècle après, que M. le président Thomassin de Mazaugues a été assez heureux pour acquérir son manuscrit des Annales de figUse (T Avignon, « Cet ouvrage est conservé dans la bibliothèque dlnguimbert, à Carpentras. Voir la notice analytique que lui consacre Lambert dans le tome I du CaUdogue de» wuoaueriu de cette bibliothèque (p. 3io-3i3).

' Bibliothèque nationale, fonds français, 1977a, fol. 197. Autographe.

* C'était Louis Gtfpissuchi de Bologne, frère et successeur d* Antoine, qui mourut

eu 16a 8 et fut remplacé par son neveu et coadjuteur Baphaêl.

' François Luiliier était lié avec Gassendi depuis l'année 1639 où «rpour jouir plus souvent de sa conversation , comme le raconte Boogerel (p. a&), il voulut absolument le loger chez lui 1).

* On trouvera les deux lettres dans le fascicule XVI des QnreepondtmU de Peinte (Paris, 1889, p. &9-5a, avec la date d« 16 août a 636).

* Sur ce portrait, tant apprécié par Peiresc, voir la page 38 du fascicule d^ cité. J'ai rappelé, en une note mise au bas

presse qu'on me donne de délivrer ce paquet ne me permet pas de vous entretaair à soubaict, mais si fault il que je vous die que Ton nous a envoie de Rome le modelle du Scaphium antique ^ que M*" le Prieur de la Valette^ examine depuis 3 ou 4 jours, et que nous avons icy M*^ Melan, Y un des grandz peintres du siècle et le plus exacte graveur en taille doulce qui ayt encore esté ', lequel revient de Rome aprez y avoir sesjourné une douzaine d'années ^, et avoit grande envie de vous voir et de graver vosfare portraict en taille douce '. Nous l'avions quasi une fois persuadé M' de la Valette et moy à entreprendre de graver et desseigner la Lune en taille douce qui seroit une oeuvre mémorable à tout jamais, et si vous estiez icy avec les desseins que vous en avez desja par ordre et vostre bonne lunette, possible ne se pourroit-il pas deffendre de ceste louable entreprise qui seroit bien, je m'asseure, de vostre goost*; c'est pourquoi si vous pouviez venir, vous ne plaindriez pas vostre peine. Garrat^ a observé à ce matin

xle cette page, une mtéressaote remarque de TallemaDt des Beaux {Historiettes, t. IV, p. 1 9&) : irJ'ay vea une stampede Rabelais, Csitte sur un portrait qu^aroit une de les parentes, qui ressembloit à Luillier cooime deux gouttes d'eau, car il avoit le visage chaflbuin et riant comme Luillier. n

' Vase h boire, coupe, ayant la forme d*un6 nacelle.

* Joseph Gaultier, si souvent nomme dans la correspondance avec les frères Dopuy et si souvent nomme aussi, dans la pr^nte corresponfainoe. Ce ftft hii qui, comme Ta rappelé son reconoaissaot disciple, excita Gassendi à s'appliquer aux observations astronomiques. Le prieur de la ValeUe était , en 1 6&6 , le pins ancien des amis de Gassendi, comme ce dernier le rappelle en lui dédiant TApologie contre i.-B. tàomiAd mneraUletnêenem Josêphum Guaiierium, pnorem VaUetta, amicorum aMi" quissimum, apologie qui ne fut publiée

qu'en 1 6&9 ( in-&° ) , par les soins de Barancy et de Neuré.

' Sur Claude Mellan , dont Peiresc fait un m bel âoge, voir les LeUns aux/rim D»fUf, passim, et le fascicule XVI des Correspondants de Peiresc, surtout p. 87, note 1.

* Mellan aurait donc séjourné à Rome de lôsi à i636.

^ On n'ignore pas que Melkm réalisa ce projet et que les portraits de Gassendi et de Peiresc sont au nombre des plus beaux de tous ceux que l'on doit à Tadmirable artiste.

' Nous avons k la Bibliothèque natiiH nale, au département, des estampes, Içs images de la lune que Peiresc Gt graver par Mellan.

' Sur Antoine Garnit, ce bon serviteur qui aida Peireso et Gassendi dans leurs obserrafions astronoonques et que ce dernier a mentionné avec reconnaissance sous le nom à'Agarrat {De vita Peireskii, p. SyS),

600 LETTRES DE PEIRESG [1636]

par trois fois vostre Mercure par dessus la Lune. Venus est maintenant bien cornue. Et ne pouvant la faire plus longue, je demeure , Monsieur,

vostre, etc.

DE Pbirbsg.

D*Aix, ce 39 aoast i636.

L'ordinaire n'est pas encores arrivé, mais le présent porteur ne veult pas retarder son partement^.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET PREVOST DR L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

Monsieur, J'ay aujourd'huy veu M*^ Robert, et receu de la main de M' Besson vostre lettre du 8°^^ avec les extraicts de Rians dont je vous suis bien redevable, et consequament à cez Messieurs de Valloys et Feraud, notaires, et au s' Gastinel procureur à qui appartient le registre sur lequel ils ont esté extraicts et coUationnez , et si je puis leur rendre des preuves de ma gratitude et recognoisçance de leur honnesteté, il ne tiendra pas à moy que je ne m'en revanche. Vous les en pouvez asseurer de ma part, et que si la commission alléguée va avant, je ne les oublieray pas. Mais comme je ne doubte poinct que cez Messieurs les notaires ne soient aussy honnestes comme vous dictes, je crains bien que l'aultre n'aye voulu quelque indemnité, ou quelque fruict èe son fonds, et vous supplie de ne me le pas celer, et d'agréer que je fasse le rembourcement qui y peult escheoir.

voir, à la suite de Tëtude de H. Lëopold ' Bibliothèque oalionale, fonds français,

Deiisle sur Un grand amateur jrançalU du vol. 19779, M. 7. La «gnature seule est

ivif siicle, te testament dëjè plusieurs fois de la maio de Peiresc. ciU^, p. 3i.

Quant à ranatomie de la vessie du cheval, je pensois vous avoir communiqué une lettre que M^ de la Ferriere m'escripvit de Rome où il descript la dissection . qu il avoit faict faire d'un cheval mort en Tescuyerie de M' le Comte de Nouailles^ où ils trouvèrent la vessie fort grande et fort spalieuse, de sorte que le bon homme feu M*" d'Esparron^ s'en debvoit estre fié au dire daultruy, et pour nostre mailler^ où Ton avoit practiqué de fourrer le doibt par le fondement pour lui rouvrir le trou de la racine de la verge, il fault dire que l'opération se faisant par le boyeau sans que le doibt entre dans la vessie, l'eflect ne laisse pas de reuscir à souhaict par la correspondance de cez parties, car M" de la Ferriere adjousloit que le col de la vessie se va insérer dans le canal de la verge. J'ay receu une aultre lettre du â™^ où vous me parliez de voz premières observations de ce voyage de Mercure vers l'Oriant, dont j'avoys esté bien aise. Garrat a bien faict plusieurs observations quand le temps a esté serain, et je croys qu'il n'aura pas obmis celle qui vous a manqué du 8*^ encores qu'il en aye obmis quelqu'une , ayant esté destoumé la nuict pour assister M"" Melan à desseigner la Lune S ce qui le rendoit plus paresseux le matin. Mais je pense bien qu'il ne pourra plus guieres paroistre, et vouldroys bien que cela cessant vous peussiez faire un tour icy bas pour l'amour de moy, n'osant vous importuner, mais vous m'obligeriez bien fort en l'occasion qui se présente , et par

^ L'ambaflsadeur de France auprès de la qui lui avoit fiiit part de ses observations,

cour de Rome. de sorte qu'il n'attendoit qu'un peintre qui

* Sur Chariesd'Arcussia, sieur d'Espar- eût assez de patience. Il arrêta d'abord ron de Pallières, voir le recueil Peiresc^ Claude Salvat, Auvergnac, qui revenoit de Dupuy, t. l,p« &90, &91 et t. III, p. 791. Rome; peu de temps après, le fameux

^ Cheval qui porte la malle, cheval de Claude Melan passant pair Aix, Peyresc Tar-

brancard. réla aussi pour le même sujet. Son dessein

* Bougereldit(p. 173-173): «rll y avoit ëtoit de donner une sëlénographie qui eut long'temps que Gassendi pressoit Peyresc ëtë d'un grand usage pour la physique et de faire peindre les différentes pluises de la pour l'astronomie. Gassendi annonce à Galune , et toutes les varietez apparentes qu'on lilée ce travail et lui promet le premier remarque dans cet astre, avec le secours du exemplaire.» Conférez Gassendi, De mxa télescope: Peyresc en avoit écrit à Galilée Peireskii, p. &âo-6^t.

jf 76

IVrillUlklS HATIOSALK.

mesme moyen vous frapperiez un grand coup au dessein de graver la Lune, auquel nous avons quasi insensiblement engagé M' Melan, de qui il ne fault guieres faire de capital pour Paris, car le Roy d'Angleterre, à qui est mort un excellent graveur qn il avoyt bien aymé, le demande et le sçaura bien mieux appoincter et retenir que tout nostre monde de deçà. Vous pourries aussy donner vostre advis sur le Scaphium antique où M' le Prieur de la Valette a desja descouvert de bien belles choses, mais comme il agit avec tant de peine, voua y pourriez bien contribuer d'aultre& bannes choses avec vostre littérature sur les instances que je vous en feroys à Tun et à Tautre. Je vous garde un œuil du poisson empereur et 8 cameieona vivants de diffe^ rantes couleurs qui ne vouldront possible pas vivre ou se porter si bien en hiver comme à celte heure; Tun desquels se mit en ruth au goust des vermisseaux en sorte que je via jamais rien de ma vie de plus admirable, car il monstra par le costé droict son sexe masculin fort gros, fort long, fort rouge, et par le costé gauche son sexe fe« minin de mesme couleur, mais comme un champignon percé et aulcunement divisé, qui est possible lune des plus rares observations de choses de ceste nature. Nous croyions du commancement qu'il fusse crevé,. mais lui voyant rengaisner tantost Tun^ tantost l'autre, et l'ayant depuis veu des plus gaillards de touts, quoyque non des plus gros, ii falloit bien juger que c'estoit aultre chose. Mais par dessus tout cela, j'ay quelque aultre chose à vous dire bien plus importante et pressante et qui ne vous Retardera pas de plus de & ou 5 jours, si vous estiez si pressé de vous en retourner. Que si vous vous résolvez de venir, je vous supplie que ce soit plustost que plus tard. Mon frère est à Boysgency et s'en vient par Rians, n'ayant peu quitter M' le Mareschal plus tost que le 6°^ de ce moys aprez l'entreveûe de cez generaulx qui se fit à Antibe et Villefranche les 3 et 4"* fort à souhjûct, et le lendemain nostre armée navale sortit du port de Villefranche pour aller suyvre en Italie les 87 galères espagnoles ou aultre dessein, de sorte que vous pourrez trouver icy mon frère. Si vous venez, n'oubliez pas vostre bonne lunette et voz portraicts de

la Lune, pour les comparer à ceux du sieur Melan, et me tenez

tousjours,

Monsieur,

Yostre, etc.

DB PeIRSSC.

A Aix, en haste, ce ta septembre i636, rordinaire n'estant encor arrivé'.

iBems:aaam

k MONSIEUR» MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUa 6N SAINTS TBB0L06IB, PBBTOST DE L'BGLISB GATHBDRALB DB DIGNE,

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