À AI
J ay receu vostre longue lettre du 4"^ concernant la visite de M^^' le Prince^ en vostre cabinet, que j'avois desja apprinse de la bouche de mon frère, et y avois prins grand plaisir^. J(* vous en félicite de tout
' Fonds français, iSaoS, fol. i8. Auto* visite du |)èrp da grand Condë, à e6t(^ do
graphe. ivcît de la visite de Louis XIII au même
' Henri II de Bourbon, prince de Condë, cabinet, dans ma notice sur ie collectionne le r' septembre i588, mort ie a6 àé- neuretla coHection, en tête du fascicule X VU eenibre i646. des (JorrettpondanU de Peiresc,
^ Je n*ai pas songé à mentionner cette
mon cœur, et vouldrois qu'il vous eust laissé ou qu'il vous envoyast non seulement son portraict que vous dictes qu il vous a promis , mais quelque pièce bien exquise et précieuse, et qui meritast bien d'y tenir le rang qu'il faudroit pour venir d'une telle main ^ Nous n'avons pas eu de nouvelles de la galère qui porte M^ le cardinal de Bagny^ à Rome avec M' le Prothonotaire vostre filz, si ce n'est du lundy mâtin qu'elle partit de Savone pour aller à Gènes estant partie trois jours devant de TouUon. Je ne manqueray pas de vous faire part des aultres que je pourray apprendre, et de vous servir en toutes aultres occurrances que je pourray, estant de tout mon cœur, Monsieur,
vostre trez humble et obligé serviteur,
DE Pbiresg.
A Beaugentier, en haste et sans pouvoir respondre ponctuellement à vostre lettre , ce 8 avril i63i\
À MONSIEUR, MONSIEUR RORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROY
À AIX
Monsieur, Je respondis Taultre jour à voz dernières, et receus hier de la part de M"^ le Jeune des Heures enluminées dont il àvoit chargé M" le Présidant de Gallifet^ qui me les fit tenir icy, lesquelles je vous destinay
^ Malheureusement pour Borrilly cette woir les Lettres de Peirese aua frères Dupuy ,
main n'était pas très généreuse et celui passim, et principalement t. I, p. 619,
qui obtint, à la suite des plus cupides t. II, p. â 10.
et des plus honteuses démarches, la con- ^ Fonds français, iSaoS, fol. so. Auto-
fiscation des domaines de son mallieureux graphe.
beau-frère, le dnc de Montmorency, aima * Alexandre de Gallifet, sieur du Tho-
toujours mieux prendre que donner. ionct , était fils d'Artus- Alexandre et de Made-
* Sur le cardinal Jean -François Bagni, leine Ferret; il épousa, en i6i4, Lucrèce
[1631] X B. BORRILLY. 21
tncontinant pour les joindre à tant d^aultres plus belles que vous avez pour leur servir de lustre, bien marry qu'elles ne soient plus belles et plus riches. Elles sont venues soubs une mienne enveloppe , ou adressées directement à moy, sans autcune apparance d'adresse à vous, mais neantmoings, voyant que par un billet qui s'est trouvé dedans, M'^ le Jeune dict en avoir veu d'aultres à celuy à qui il entend que son billet soit adressé, je pense qu'il veuille plus tost entendre de vous que de uioy, qui n'en ay pas de pareilles comme vous, ce que je n'ay pas creu vous debvoir dissimuler. Mais soit que j'y eusse du droict ou non, tousjours vous sont elles bien legilimement acquises, car je vous donne de bon cœur tout le droicl que j'y pouvois prétendre, et demeure à jamais.
Monsieur,
vostre trez humble et obligé serviteur,
DE Peiresc.
À Beaugenlier, ce lâ avril i63i ^
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROT
ÀAIX.
Monsieur, J'ay receu vostre pacquet pour Rome que je feray tenir par la première commodité. Je vous remercie bien fort de ce pied de vase de verre que j'ay trouvé fort joHy; si le vase eust esté entier, je l'eusse estimé une bien belle pièce, mais tel qu'il est,
de Tricbaud , et , la même annëe , fiit pourvu quatre prudents de père en fils à la Chambre
de l'office de président aux enquêtes du des enquêtes, deux au xvii* siècle, deux
parlement d'Aix, son beau-père, Pierre de au xvin*.
Trichaud, ayant rësignë ledit office en sa ^ Fonds français, i5ao6, foi. 99. Aulo-
faveur. Les seigneurs du Tholonet ont fourni graphe.
je vous en suis bien obligé et crois bien m'en pouvoir revencher comme, Monsieur,
vostre Irez humble serviteur, PE Priresc.
A Beaiigentier, ce 96 avril i63i *.
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE DE L\ CHAMBRE DU R0\
À AIX
Monsieur, J ay eu la voslre, el suis bien ayse que vous soyez allé faire le beau voyage d'Arles ^ croyant que vous n'en reviendrez pas sans beaucoup gaigner, quand ce ne seroit (jue le cœur de M*" l'Arcbevesque qui est si précieux^, et puis vous trouverez sans doubte d'aullres singularitez dr voslre goust. J'ai achepté* icy des sandales de deux momies fort bigearres* avec les clouds dorez el quelques médailles et graveures antiques, du sieur Pelissier, qui ne nous voulut pas vendre les cailious d'amethiste. et vouldroit bien l'avoir faict. Il est vravment fort bonneste homme et fort traictable depuis son retour de co dernier voyage du Levant. 11 ne tardera pas, je m'asseure, de vous aller voir. Je n'ay
^ FoDds français, i5ao5, fol. 39. La lettre a M publiée par F. de Saint-Viu-
letfro est de !a main d'un secrétaire. cens (p. 9), mais avec de nombreuses in-
' Pour des ardiéologues tels que Peiresc corrections. L'infidèle ëditeur fait dire k
et Borrilly, le voyage d*Aries ne pouvait Peiresc : «rj^ai acbetf^ à Touion des san-
être qu'un beau voyage. dales,» etc. Or Peiresc a ëcrit très distincte-
^ Cet archevêque était Jean Jaubert de ment : rrj'ay achepté icy,n c'esl-ë-dire h
Barrault, qui siégea de décembre ]63i au Belgentier.
3o juillet 1698. Voir sur ce prélat, qui eut * Sigearres pour frt£<irre« , forme que l'on
d'excellentes relations avec Peiresc , comme retrouve souvent dans la correspandance
ratt6steGassendi(liv.V,p. 675),letomeI!I avec les frères Dupuy. Mon devancier a lu
dp9 LeHres aux frères Du fuy, f, 9i, kigetaréts, comme si Peiresc avait voulu
^ À partir de cette phrase, la présente parler de momies bigartées.
[1631] A B. BORRILLY. 23
poinct de nouvelles de Rome si ce n'est que noz gents estoient encores en quarantaine mais gaillards; vous pouvez croire que si j'en ay d'aultrès je ne manqueray pas de vous en donner incontinant^ Je ne vous ay demandé le dessain que de la rangée des dents du crocodyle; si vous faictes portraire davantage, vous embarrasserez le peintre inutilement, et reculerez d'aultant ma curiosité de le voir, qui pouvoit esire contentée sur le champ. Quand on envoyé ce qui est demandé il suffit'-*. El sur ce je finis demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et obligé serviteur,
DE Pbiresg.
A Beaugentier, ce 97 inay i63i \
A MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE I)E LA CHAMBRE DU ROY
À AIX
Monsieur, J'ay receu voz deux lettres du 3 et 6"*® avec le grillbnnement du crocodyle dont je vous, remercie la peine. Vous estes trop cérémonieux de n'avoir pas voulu escrire vous mesmes à M*^ Fredeau sur qui je ne pease pas avoir plus de crédit que vous, et de qui je n ay pas retiré depuis que vous estes hors d'icy aultre chose que le portraict de quelques cittrons bigeares* que je luy fis peindre ce moys de febvrier,
' Tout ce passage, depuis : et vauldroit bien Savoir fatct, a été supprime par F. de vSaint-Vincens.
' Ici ie précédent éditeur a waneté un passage qui commence ainsi : rrSi vous avez faict ouvrir votre momie, je vous en blasme bien fort, d On retrouvera plus loin (lettre XXX) le véritable texte qu'a transposé et enjolivé F. de Saint-Vincens.
^ Fonds français, iSaoS, fol. 96. Autogi*aphe.
* F. <le Saint-Vincens, qui a reproduit (p. 11) un court fragment de cfette lettre qu'il a soudé à un fragment d*une autre lettre, donne cette variante : rr Je n'ai pu encore retirer de lui autre chose que te portrait de quelques citrons et bigarrés d^pspèceâ irrégulières, ■«
estant si affesandé ^ du costé de Touilon , qu'il n'y a pas de moyen de le gouverner. C'est pourquoy il ne fault pas doubler que si les RR. PP. capucins luy font un parly où il puisse trouver son advantage il ne les aille servir^, comme il a faict d'aultres sans que j'y doibve prétendre aulcun interest, d'aultant qu'il ne travaille nullement pour moy. Et crois qu'il seroit bon de ne perdre pas de temps de Taccapparer, d'aultant que si M*" de Lyon^ vient à ce moys de septembre, comme il l'escript, pour s'en aller à Rome, il pourroit bien Temmener quant et luy * plus tost que le cardinal de Bagny. Je luy donneray advis de vostre bonne volonté en son endroict. Mais il sera bon que ces PP. luy escrivent eux mesmes.
Au reste il ne fault poinct prendre les choses si à coeur comme vous faictes, vous donneriez trop dadvantage à voz envieux. Vostre cabinet estoil si recommandé * avant que la S'^ Elisabeth y fust, qu'il ne diminuera pas de réputation à. la mesure que vous pensez. Cependant je ne laisse pas de vous estre fort estroitement obligé de tant de belles offres réitérées. Et vouldrois vous pouvoir servir et recompancer à l'esgal de ce que mérite un si grand excez de bonne volonté que le vostre®. S'il fut venu faulte de moy à ce dernier accidant, vous eussiez eu vostre part de ma despouille en sorte qu'y eussiez trouvé de contentement. Mais je ne me desdis pas de faire à l'advance quelque chose de plus que vous ne pensez. Vous ne nous avez rien dict de la bonne nouvelle du deslogement des trouppes de la ville d'Aix, dont nous nous
' F. de Saint-Vincens a imprime: r étant si eschandé du côlë de Toulon , qu'il nV a pas moyen de le gouverner. »
* Phrase ainsi travestie (p. ii) : «Les PP. Capucins de Toulon le font travailler autant qu'il en a envie, n C'est Vajfirmation substituée h la conjecture et la réalité mise à la place de Vespérance,
^ Le cardinal Alphonse de Richelieu, frère du grand ministre. Voir sur ce personnage, qui avait occupé le siège d'Âix pendant trois années (1696*1639), les
trois tomes des Lettres de Peiresc nuxfi'hres Dupuy.
* C'est-à-dire : avec lui.
^ Cet élogo fait par un aussi grand connaisseur que Peiresc mérite d'être joint h tous les autres éloges donnés aux collections de Borrilly.
^ On voit une fois de plus que Borrilly par sa générosité était, à la différence de beaucoup de riches collectionneurs, vraiment digne de la belle collection qu'il avait le bonheur de posséder.
[1631] À B. BORRILLY. 25
sommes grandement resjouys, espérants que comme c'est Une marque de la cessation de Tire de Dieu , toutes cez petites menasses de peste n'auront pas de progrea Dieu aydant, et je finiray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et obligé serviteur,
DE Peiresg.
A Beaugentier, ce 8 juin 1 63 1 .
Depuis avoir escript, j'ay receu des lettres de Rome du q6 may, d'un de mes amys qui m' escript que le secrétaire du cardinal Bagny hiy avoit porté un pacquet pour moy, lequel il avoit trouvé si gros qu'il ne s estoit osé dispencer de le mettre à la poste , et le reservoit pour le bailler à un bon P. Tririitaire qui s'en vient à Aix , et doibt partir dans quelques jours. Je m'imagine que ce sera là que nous trouverons des lettres pour vous de M*" le Prothonotaire ^ et possible de M' de Cavaillon ^^ et de plusieurs aultres de la trouppe, de sorte qu'il fauldra avoir patience que ce bon P. arrive. J'envoye de ses lettres qui estoient en mon pacquet au R. P. Hierosme de la Trinité, qui sçaura possible plus précisément le temps que celui là devoit partir de Rome *.
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE UE LA CHAMBRE DU ROT
À AIX
Monsieur,
J'ay receu la vostre du 1 3 , avec la lettre de M*" le Prothonotaire et
ce beau poisson, que j'ay recogneu estre si je ne me trompe celuy
mesmes que j'avois aultres foys donné à feu M' Templery quand je
revins d'Italie*. Aussy est ce de la mesme nature de pierre que les
* Le fils déjà mentionne de Booiface ' Foods français, iSaoS, fol. 97. Auto- Bomlly. graphe.
* L*ëvéque Fabrice de la Bourdaisière. * Un fragment de celte lettre a ëtë incor-
If. " 4
aultres qui me sont demeurez, Venus du mont de S^ Jean de la Rogna. Et suis d'advis que vous le reteniez 'en vostre cabinet \ puisque j'en ay d aultres venus du mesme lieu , vous asseurant que je vous en ay la mesme obligation que si je Tavois accepté, seulement le garderay je icy quelque temps pour l'amour de vous, à cause que les miens n'y sont pas, jusques à ce qu'on en aye trouvé de par delà quelqu'un des miens, pour les monstrer conjoinctement avec les pétrifications d'icy. Je suis bien aise que le tesmoignage publique de M*" de Saulcour^, touchant la recommandation que M"^ le Prince luy avoit faictde vous seul, soit venu si à propos pour faire crever l'envie; il ne faull que laisser faire au bénéfice du temps, et avoir patiancé pour venir à bout de tout cela. Je ne sçay si vous pourrez jouyr de M' Fredeau, je luy avois escript et envoyé la lettre que vous m'escrivez , mais on m'a mandé qu'il est allé à Regusse, où M' Grimaud luy a donné et à 3 ou & aultres peintres une grande besoigne à sa chappelle '. Il estoit à la Ciotat ^ l'aultre jour où l'on a adressé ma lettre pour la luy faire tenir. Je seray marry qu'il ne fasse la bannière de Corpus Domini, mais possible qu'aprez l'ouvrage de Regusse, il s'y pourra mettre; sur quoy je finiray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peirbsc.
A Beaogentier, ce 1 6 juin i63i ^
porë par F. de Saint-Vinoens (p. 1 3 ) dans une lettre datëe du i o septembre 1 67 1 . Voici qudle métamorphose y subit le texte : « D me vient un regret, car je ne sçais si je vous ai remercié de ce beau poisson que M. votre fils m'a envoyé; je )*ai reconnu estre cette même pétrification que j*avois autrefois donné à M. Templery quand je revins d'Italie, n
' Le cabinet de Borriily contenait, entre autres curiosités d'histoire naturelle, un grand nombre de pétriûcations singulières , comme on peut le voir dans Finventaire publié à la suite des lettres du collectionneur à
Peiresc (fascicule n* XVII, déjà mentionné).
' Maiimilien de Belleforière, seigneur de Soyecourl, que Ton prononçait Saueavrt.
' Ragusse était une terre et seigneurie (département actuel du Var), qui, après avoir appartenu à la maison de Castellane, fut érigée en marquisat (novembre 16^19), en foveur de Gaspard de Grimaud.
^ Ghef4ieu de canton du département des Bouches-du-Rhône, arrondissement de Marseille, à 35 kilomètres de cette ville.
^ Fonds français, i5qo5, fol. 99 Autographe.
[1631] À B. BORRILLY. 27
XVIÎ À ^MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SEGBETAIRE ORDINAIRE DE LK CHAMBRE DU ROT
ÂAIX.
Monsieur,
J ay receu à Beaugentier les deux petites médailles d'or que vous aviez baillées à mon frère avec cette pierre noire enchâssée dont Tune des médailles est bien gentiie et de celles de mon goust, et partant d'un notable augmenta à mes obligations en vostre eadroict, dont je vous rends mille trez humbles remercime^ls, ayant prins plaisir devoir la lettre de M** le Prothonotaire vostre (ilz., croyant, qu il vous escrir^i la mesme chose concernant les singularitez qui le ravissent à tous moments^; sans cela je la vous envoyerois, car je crois bien que vous, y prendriez aultant et plus de plaisir que moy, et puis que je m'en suis advisé, si je Tavois icy je la vous envoyerois encores à tout haz^rd. Mais ce sera à mon retour à Beaugentier; cependant je vous prleray de faire estât de moy comme ,
Monsieur, de
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresg.
A Moatrieu \ ce jour de la Feste Dieu 1 63 1 .
Le sieur Benoict Pelissier m'a escript 'd'Aix , qu'il croyoit qu'il y eust moyen de recouvrer encores sa grenade d'amethiste d'un Suisse mort en Levant, à qui il l'avoit vendue ou troquée; s'il vous a veu, je crois
^ Pour augmentaiion. Voir, à la fin du 'La chartreuse de Montrieu était toute
tome m des Lettres de Peirese aux frères Ihh voisine de la maison de campagne de Pei-
jniy, la liste des mots qui, comme celui-ci, resc, qui allait souvent passer quelques
ont été Tobjet d'une note de Tëditeur. heures dans ce monastère, surtout les jours
* Nous avons vu que le fils de Bouiface de fête. Borrilly était alors à Rome.
que ce sera vous qui luy en aurez parlé. J*ay envoyé voistre lettre à M' Fredeau à la Giottat ; s'il en estoit party pour Regusse on la luy fera tenir K
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROY
À AIX
Monsieur,
J'ay receu voz trois médailles d'or^ et n'ay pas peu lisre ce que je pensois au dernier mot du revers qui a deux figures. C'est pourquoy je la vous renvoyé avec l'une de ses compagnes , en ayant retenu une aultre selon la liberté que vous m'en avez donnée, laquelle j'ay remplacée d'une que je viens de recepvoir de Bordeaux, bien marry qu'elle ne soit plus digne de tenir la place de l'aultre. Mais ce ne sera qu'en attendant qu'il m'en tombe en main quelque meilleure que je vous renvoyeray tant plus volontiers. Cependant vous garderez celle la s'il vous plaist et je vous demeureray trez obligé de voz continuelles faveurs et de l'offre de vostre vase de verre qu'il n'est poinct besoing de m'envoyer, estant marry d'avoir si longtemps gardé voz aultres vases et cuilliers que j'espère vous renvoyer au premier jour, Dieu aydant, estant tousjours,
Monsieur,
DE Peiresg.
A Beaagentier, ce xn juillet i63i ^
* Fonds français, i5ao5, fol. 3i. Auto- taire de son cabinet dans le fascicule XVIII graphe. des Correspondants de Peirese, p. ag-Sa.
* Au sujet des médailles dor que pos- ' Fonds français, i5ao5, foi. 33. De la sédait le notaire numismate, voir l'inven- main d'un secrétaire.
À B. BORRILLY.
se
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROY
ÂÂIX.
Monsieur, Je receus par Corberan ^ vostre paquet du 9 aoust fort proprement cachette el bien conditionné^, où je trouvay le livre ms. de plain chant du Roy Charles II dont je vous remercie trez humblement et comme de chose que vous avez trez bien jugé estre fort de mon goust à cause de ce titlre'.. Mais je n'y trouvay poinct celte figure que vous disiez envoyer ensemble d'un dieu Penate à teste de chien*, et Corberan ne m'en a sceu donner aulcune raison, disant qu'on ne luy a baillé de vostre part que le seul pacquet qu'il m'a apporté, et qu'il fault que vostre homme ait oublié d'y joindre ladicte figure. Mais j'ay esté fort desplaisanz d'entendre qu'on ayt violé de la sorte le respect qu'on debvoit à vostre cabinet, et que ce soit un ecclésiastique^. Vous voyez comme il m'en a mal prins de confier trop librement la clef du mien à un homme quoyque familier qui me voila si traistreusement ^. Je ne vous conseille poinct de confier jamais la vostre à persone, mais je ne serois pas d'advis pourtant que vous le prinssiez tellement à coeur que
^ Simon Corberan , le rdieur et Thomme de confiance de Peiresc, avait été laisse par ce dernier à Aix pour garder une maison qui, ainsi qu'un musëe, contenait tant de choses précieuses. ( Voir la lettre déjà citée de Peiresc à son relieur Corberan, 1890.) Quand la situation de la ville d'Aii devint plus calme, Corberan put aller rejoindre son maître à Belgentier et lui apporter ce qui lui avait été confié par les amis de Vexilê,
* F. de Saint-Vincens, qui a donné le commencement de cette lettre ( p. 1 o) , a omis
les six mots qui suivent la date du 9 aoàt. ^ Mon devancier n'a pas reproduit les cinq derniers mots.
* Toute cette partie de la lettre , jusqu'à la fin , manque dans l'édition de F. de Saint- Vincens.
^ Nous ne connaissions pas l'acte d'in> délicatesse dont avait été victime le collectionneur Borrilly.
• Peiresc est souvent revenu, dans sa correspondance, sur ce sujet si douloureux pour loi. Voir notamment le tome I des Lettres aux frères Dupuy, p. 9, i3.
vous en soyez malade comme vous dictes, car il vault mieux vivre sans ce peu qu'on vous a desrobé, et se fault resjouyr de ce que la chose ne va pire, et louer Dieu de ce qui est eschappé de telles mains; bien vouldrois je cognoistre le pèlerin* pour ne m'y laisser attrapper moy mesmes et pour ayder à luy faire rendre gorge si je pouvois. J'ay aussy receu vostre aultre lettre du mesme jour par mon neveu de Meaux* et ay esté bien aise d'apprendre ce qu'on vous mande de la venue de M^ le cardinal de Lyon , et crois qu'elle servira pour rajuster toutes choses et vous faire triompher de l'envie de ceux qui vous ont Caict redemander son tableau. Mais je ne crois pas la venue de cet aultre seigneur qu'on vous a dict, si aultre chose n'arrive, nom plus que la nouvelle qu'on vous a donnée de Yaulriaz, car mon neveu ne me 1 au* roit pas dissimulée et seroit malaisé qu'il ne l'eust pas sceûe dans une si petite ville que celle là. Pour l'Italie il est vray qu'on n'y a poinct de honte de demander la mancia' et dans les maisons des plus grands, ce sont les gaiges et advanlures de leurs vallets, estant malaisé de rien voir qu'il ne couste de l'argent par ce moyen. Et c'est pourquoy vous avez veu parfoys que des seigneurs AUemans advertis de cette coustume avoient voulu en user de mesmes chez vous, et quand voz vallets en auroient accepté quelque petite estraine, je ne trouve pas qu'il y eust tant de danger, au moings envers des estrangers qui le font de leur mouvement sans le leur demander. Mais vous estes trop noble et trop splendide pour souffrir que voz vallets soient moings liberaulx et scrupuleux que vous en cela. Tant est que je vous suis bien redevable du libvre manuscript que m'avez envoyé, lequel je feray couvrir de marroquin bien proprement pour l'honneur de nostre bon Roy Charles II qui n'estoit pas moings benêt que le bon Roy René en son temps ^, car
' Nous avons déjà trouve l'expression iîh ^ L'ëtrenne.
miViève connaître le pèlerin d«ns \e tome lll * F. de Saint- Vincens ajoute (p. lo):
des Lettres auœ frères Dupuy^ p. 556. ff lequel avoit toujours à sa suite deux ou
^ Boniface Flotte, sieur de Meaux, lieu- trois enlumineurs ou peintres en migna-
tenant en la sénëchaussëe au siège de Dra- ture. ^^ guignan.
[1631] A B. BORRILLY. 31
le Roy Charles I^ son père^ quand il eut la nouvelle de sa prinse sur la mer, dict tout hault qu'il ne le regrettoit poinct et qu'on ne luy avoit prios prisonnier qu'un prebstre qui ne faisoît qu'empescher ou servir d'obstaeie à ses généreux et belliqueux desseins^. Sur quoy je finis en attendant le moyen de pouvoir user de quelque revanche de vos bienfaicts, estant de tout mon coeur,
vostre trez humble et obligé serviteur,
D£ Pbuibsc.
A Beangentier, ce xi aoust i63i '.
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SBCRBTAIRB OBDINAIHB DB LA CHAIIBRB DU ROY,
À AIX
Monsieur, Bien vous soit la venue de M' le Prothonotaire vostre cher filz, qui vous a creu^, et arriva hier au soir icy bien sain et saulve, gras comme un moine, mais d'une si bonne humeur que vous ne le cognoistrez plus, non sans un grand regret d avoir si peu veu l'Italie, et avec juste raison , ayant voulu préférer voz commandements à toutes aultres considérations, ce qui luy doibt donner tant plus de crédit à l'ad venir si l'occasion se presentoit d'y retourner en meilleure saison. Mais pour vous faire faire un peu de penitance de la grande mortification que
' Variante de F. de Saint-Vinceos : «rpère dudit Charles Un.
' Ici mon devancier ajoute bravement (p. il) les particularités suivantes : irNeantmoins il gouverna bien doulcement et humainement sessnbjects, de quoi nous devons lui sçavoir gré, ainsi qu'à notre bon Roi René, qui de plus avoit bien fort le goât et Tintelligence des arts libéraux, sciences et
poésies. Et à peine il sçut que le Quintilieu trouvé à Basie étoît paru, qu*il en écrivit à un sien ami et correspondant en Italie , pour en avoir, cherchant à introduire dans notre pays de bonnes estudes et de bons maistres. n
^ Fonds français, i5ao5, fol. 35. Autographe.
* G^est-à-dire qui a répondu à votre appeL
iuy avez (aicte en le rappellant si tost, nous Favons retenu icy jusques à ce qti'ii ayt de voz nouvelles, pour voir si vous auriez le courage de le venir voir comme vous disiez, et comme nous le souhaiterions, si vous en rencontrez le temps propice, et cependant Mademoiselle de Borrilly, qui est cause de son retour S l'attendra un peu davantage, et exercera un peu plus de patiance. Je le trouve si changé, si discret, et si cappable de se bien conduire tout seul, que je ne ferois plus de difiiculté de Iuy en laisser prendre la liberté. Et n estoit la maladie qui est en plusieurs villes d'Italie, je plaindrois grandement son retour si anticipé. Mais puisqu'il a si bien apprins le chemin, il pourra mieux prendre son temps en une aultre occasion. Et aprez vous avoir réitéré les félicitations de voz contentements, je finiray demeurant. Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
De Beaugentier, ce si aoust i63i *.
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROT
À AIX
Monsieur, Je n'ay peu escrire à ce matin par le retour de vostre garçon, à mon grand regret; ce mot n'est que pour me conjouyr ericor un coup avec vous de l'heureux retour de M' le Prothonotaire chez vous. Et vous remercier de la continuation de vos honestetez, bien marry de n'avoir mérité les remerciments que vous me faictes. II fault que le
Celait donc rimpatience matei-nelle qui rappelé dans ï Avertissement du fascicule XVII
avait abrégé ie voyage de i'abbé Borrilly au des Correspondants de Peiresc (p. 4 ). delà des monts. Boniface Borrilly avait * Fonds français, i5ao5, fol. 87. An-
epousé Honorade de Blanc, comme je Tai tograpbe.
tl631j A B. BORRILLY. 33
Saint Pierre martyr^ ne bouge du pais où il est sur peyne de souffrir un aultre martyre, s'il passoit en aultres mains que les vostres qui en sont les plus dignes. Je suis résolu plustost de le demander impudament, et nous verrons qui sera plus effronté ou moy de le demander ou les aultres de me le refuser, quand tout creveroit^ Vous avez faict acte méritoire de despartir vostre saint Sébastian si noblement comme vous avez faict dont je vous remercie comme l'un des intéressez au bien public de nostre pauvre ville ^. Mais je suis bien obligé à Mad^ de Borrilly de la bonne opinion qu'elle a de moy et du bien qu'elle me rend pour le mal que je luy voulois faire si vous fussiez venu jusques îcy. Le bon naturel se monstre bien où il est. Au reste les remerciments que vous me faictes de la médaille d'or m'obligent infiniment, mais si ne les debvez vous pas touts à moy tout seul, car ce n'est que par vostre moyen ou des vostres que je l'avois recouvrée, auxquels vous en devez sçavoir partie du bon gré et la meilleure. Cependant je vous prie de m'entretenir tousjours en voz bonnes grâces comme. Monsieur,
vostre trez humble et bien obligé serviteur,
DE Priresg.
A Boysgency, ce aS aoost i63i ^
XXU
À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,
SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAHBRE DU ROY
À AIX
Monsieur, Je receus hier soir par M' Lombard vostre lettre du 8°*^ avec les trois
^ Qiielqae tableau représentant le sup- de la ville d'Aix. C'était, en ces temps si
plice de saint Pierre. calamiteux, une sorte d'offrande expiatoire
' Véritable cri du cœur, où éclate tonte de ce bon citoyen, un ex-voto, la passion du colleclionneur. * Fonds français, iSaoS, Toi. 3 9. Auto-
' Borrilly avait sans doute donné son ta- graphe, bleau de Saint Sébastien à quelque église