‹ Lettres de Peiresc (volume 4)Chapitre 15 sur 19 · DC POY · texte numérisé non relu

DC POY

De Paris, ce aC avril 1627.

Je baise les mains à Monsieur de Valavez'.

LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC

Monsieur,

Je vous escripvis mardy dernier 6" de ce mois et fis response à la vostre dernière du q8 du passé. Depuis ce temps noslre Cour n'a pas produit grande nouveauté. Le Roy est tousjours à Ville-Roy^ travaillé de sa fièvre tierce^, de laquelle néantmoins les accez sont fort diminuez. Il a une grande impatience de n'estre pas en compagnie, et ceux qui sont auprès de luy ont prou de peine à le retenir*.

L'armée qui doibt estre composée de 1 5 mil hommes de pied et quinze cent chevaux ne laisse pas de marcher vers son rendez-vous, avec tout l'équipage nécessaire, soubs la conduite de Mons'd'Angoulesme*. De quoy Monsieur ayant fait sa plainte avec quelque aigreur à M"^ le Cardinal , et mon dit sieur ayant donné charge à son chancellier" de luy faire entendre plus particulièrement ses intentions, on dit que ledit chancelier a esté fort rudement trailté par mdn dit sieur le Cardinal, comme le faisant auteur des mauvais conseils

' Aix, vol. X, fol. 396. Copie.

* Château situé dans la commune de Villeroy (département de Seine-el-Marne, arrondissement de Meaux, canton de Claye-Souilly).

' D'après le Journal de Jean Héroard(t. Il, p. 3io-3ii), Louis XIII avait la fièvre depuis le 6 juillet. Il l'avait encore le dimanche i5 août. Le 19 août, il quitta Villoroy ponr aller h Olinïille, et le 9/1, toujours souffrant, il revint à Versailles. La fièvre ne disparut que le 3i août.

* Ce fut seulement en octobre que Louis XIII put se rendre au quartier général de l'armée qui, depuis le 10 août, assiégeait la Rochelle.

' Charles de Valois, duc d'Angouléme, fils naturel du roi Charles IX, naquit le a8 avril 1675 et mourut le a 4 septembre i65o. Voir sur le duc d'Angouléme devant la Roclielle les Mémoire» de Puységur (t 1 de l'édition de i883, p. 5a).

' Le chancelier du duc d'Orléans était Jacques Le Coigneui, seigneur de Bâcha umont et Lierville; il devint président à mortier au parlement de Paris en i63o et mourut le ai am'it i65i. Voir son Historiette dans le tome IV de Tallemant des Réaux (p. i-G).

mPIIHIIlIt ««TIO^iLI.

qui estoyent donnez à Monsieur'. Toute la satisfaction qu'il a eue a esté que le commandement qu'avoit M' d'Angoulesme n'estoil que verbal, en attendant que le Roy ou Monsieur y fussent^. L'on est tousjours en doubte à quels desseins se font ces grands préparatifs. 11 y a quinze cent mil escus contants dans les coffres du Rov pour fournir aux frais, et la première voiture est de douze cent mil livres. La plus commune opinion est qu'on va contre la Rochelle , car pour la descente des Anglois on n'en a aulcun advis ni mesme de leur partement, et plusieurs assurent que sous main il se négocie quelque accommodement. On nous menace aussy de quelque orage du costé de Savoye à cause de M' le Conte. Madame de Rohan, dit-on, a fait un voyage à Turin. Montaigu^ y a aussy esté de la part de Buckingan qui entretient grande correspondance avec le Duc, tout cela fomenté par l'abbé Scaglia, son ambassadeur, qui a esté chassé d'icy et ne nous veut point de bien*. M' le Cardinal a tenu quelques propos à Madame la Comtesse et fait quelques propositions pour le retour de M"' son fils, mais elle n'y a voulu entendre, les jugeant peut-estre trop à son désavantage. Monsieur le mareschal de Crequi, qui s'en venoit en Cour, a eu ordre de ne bouger. M' de Guise, outre l'affront de ne mener à l'offrande les Princesses, le jour de la cérémonie à S'-Denis^, en receut encore un autre, qui est que la table ayant esté préparée pour les dites Princesses du sang, à laquelle luy et les autres de sa maison debvoient estre, elles ne le voulurent souffrir, et leur fallut dresser une table séparée. De quoy luy et les autres Messieurs indignés se retirèrent sans disner. Mon dit sieur de Guise a voulu intéresser Monsieur dans cet affront, qui diminueroit, disoit-il, en quelque chose de l'honneur qui debvoit estre rendu à Madame. Il luy fit response que là où il croit de l'interest de ceux de sa maison, il ne l'auroit jamais favorable.

Le Prince de Phalsbourg est icy qui a esté à Ville-Roy'' fort caressé du Roy,

' L'éditeur des Historiettes cite en son Conimenlaire (p. i5) celte phrase du cardinal de Richelieu sur le chancelier de Gaston d'Orléans : «Il y a autant de folie que de malice en la personne du Coigneux. »

' Le frère de Louis XIII arriva devant la Rochelle le lo septembre 1627.

" Sur lord MonUiigu voir les Mémoires du maréchal de Bassorapierre (t. III, p. â55). La note qui est au bas de cette page ne s'accorde pas avec les indications de la Table générale

(I. IV, p. Itlii), soit en ce qui regarde les prénoms du personnage (Henri ou Walter), soit en ce qui regarde ses qualités et emplois.

* Il est très souvent question de l'abhé Scaglia dans le Berwe./ /!»«««;( I. III, IV, VII et VIII), Le cardinal de Richelieu, dans ses Mémoires, le mentionne en ces termes trop mérites: «Scaglia, fourbe à sa manière accoutumée 1.

* Le jour des funérailles de la duchesse d'Orléans.

' Le chdteau de Villeroy était situé dans la

[Ifi27] APPENDICE. 851

des Reyncs et de M' le (iardinal. Son régiment, qui est de quinze cens hommes, et qui ne dépendra de la colonelle, suit l'armée. 11 promet toute sorte de service au Roy contre qui que ce soit.

Quelque chose qu'on veuille dire des Anglois, nous ressentons sur nos costes des actes d'hostilité; quelques vaisseaux ont fait descente vers Caen et pillé quelques villages. Sethon, Escossois et exempt, a esté mis prisonnier dans la tour de Londres, et luy imposc-t-on qu'il servoit d'espion pour ce Roy. L'on a usé de deçà de représailles et un Anglois a esté aussy mis dans la Bastille. Il se parle tout de bon d'une assemblée de quelques Princes à Colmar en Alsace pour trouver quelques moyens de pacifier les troubles d'Allemagne. C'est l'Empereur, lequel, lassé de la continuation de la guerre, poursuit luy mesme cet accommodement. Il a passé par icy un gentilhomme de la part du Prince Palatin, pour y représenter les interests de son maistre, car on parle de luy rendre quelque portion de son Palatinat.

Don Diego de Mexia, qui est arrivé icy \ pourroit bien, à ce que l'on juge, avoir quelque ordre de la part d'Espagne touchant cette affaire, car i'Em^ pereur ne peut rien sans eux. Il y a eu vendredy dernier un grand embrasement dans le palais de Nancy, qui en a consumé une partie, et l'église de S'-George, qui estoit très magnifique. L'on dit que M' de Vaudemont fait proposer icy le mariage de sa fdle, âgée de i q ans seulement, avec Monsieur, mais ce seroit bien abaisser Monsieur, que de le faire beau-frère d'un bastard du cardinal de Guise qui a épousé l'aisnée, mais ce ne sont que bruits auxquels on n'ajoute pas grande foy.

Il y a icy un Ambassadeur extraordinaire de Mantoue nommé le cavalier Strozzi. M' Priandi a receu par luy l'histoire de Possevin pour vous qu'il m'a mise entre les mains. M"^ de Saint-Chaumont, allant à Mantoue, avoit ordre dans son instruction de prendre la main droite avec le Duc, ce qui fust trouvé bien estrange; néantmoins mon dit sieur de Saint-Chaumont s'est comporté si sagement, qu'il est parti de là laissant grande satisfaction de luy au Duc, et Irouva-t-on quelque tempérament pour accommoder ce différend à son audience. Cet ambassadeur icy n'est que pour compliment et doit passer pour pareils offices en Angleterre. Chaudebonne, en présence de Monsieur, a eu

commune de Mennecy, déparipiiiont de Seine- die de Louis XIII en ce château, les Mémovm ct-Oise, arrondissement et canton de Corbeii, de Bassompierre (t. III, p. agS), le Journal de à 8kiiomètres de celte ville, è 4o kilomètres Jean Héroard(t. H, p. 3ii). de Versailles. Voir sur le séjour et sur la mala- ' Bassompierre (Mémoire», t. II, p. 389)

commandement de se retirer à Tours', sans que mon dit sieur que l'on crovoit l'afTectionner se soit entremis pour luy^. J'ay appris que M' Hemond, maistre des Requestes*, estoit alU en vos quartiers, non en qualité d'intendant de la justice, mais en commission pour le sel en vostre province et Languedoc. L'abbé de Foix, intime de vostre Archevesque", va avec M'' de Guise pour se trouver de la part du Roy en vos Estats. On trouve ce choix assez estrange, cet homme n'estant point considéré en qualité de conseiller d'Estat. Il s'est autrefois meslé d'affaires qui n'estoyent si sérieuses; il est estimé néantmoins galant homme et qui se fait fort de feste auprès du cardinal. Le cardinal de La Rochefoucauld, désirant maintenir en vigueur la discipline et réforme de Sainte-Geneviefve , a fait départir le Roy de son droit de nomination de la dite abbaye, a eu des RuUes de Rome pour la rendre élective et triennale, a fait emologuer^ tout cela en Parlement, et va de son vivant faire procéder à l'élection, se réservant néantmoins l'usufruit sa vie durant. Le Concile de Calcédoine ne s'est trouvé plus ample que les imprimés, et le libraire Elzevir l'a rapporté. Je vous envoyé le mémoire des livres que je luy ay payez. Il y en a un de plus qu'au mémoire que je vous envoyay par le dernier ordinaire. Si vous avez des lettres latines de Casaubon, vous obligerez le public de les communiquer; car Elzevir travaille à en faire une collection*; M' Heinsius y met la main. La

parle ainsi d'un Messia , peut-être le même , qui fut au nombre des grands personnages qui vinrent le voir, dès son arrivée à Madrid (mars 1691): tcDon Augustin de Messia, du conseil d'Estat, que j'avois connu au siège de Oslende oîi il faisoit la charge de mareschal de camp gênerai n. En un autre passage Bassompierre nous apprend (p. 271) que le roi d'Espagne, en avril 1631, «fît don Augustin de Messia gentilhomme de sa chambre».

' Claude d'Urre du Puy- Saint -Martin, seigneur de Chaudebonne, mourut en if)44. Voir sur ce gentilhomme, qui déjà avait été emprisonné en mai 1626, comme le raconte Bassompierre (t. III, p. 245), une historiette de Tallemant des Réaux (t. III, p. 206-209). '' *^' souvent question de ce «meilleur des amis de M°" de Rambouillet» dans le tomel des Lettres do Jean Chapelain (passim, de la page a à la page 690).

' Monsieur n'avait pas l'habitude de s'entremettre pour ceux-là même qu'il semblait aimer le mieux, et si j'osais ici me servir d'un mot qui, s'il n'est pas entré dans le Dictionnaire de l'Académie , est entré dans la langue , je dirais que ce fut le plus grand lâcheur que l'on ait jamais connu.

' Le nom de ce maître des requêtes me paraît avoir été dénaturé.

* Sur l'abbé de Foix, voir les lettres de Peiresc à Dupuy n" XXVII et n" LXX.

' C'est la forme employée au xvi' siècle (notamment par d'Aubigné, par Carloix), forme que Ménage repoussait. Voir dans le Dictionnaire de Littré le mot homologrier.

" Ce projet ne fut pas exécute et non seulement les Elzevier ne publièrent pas les lettres de Casaubon , mais encore ils n'imprimèrent aucun des ouvrages du grand érudil.

préface sur les lettres de Scaliger en parle '. Je vous envoie Y Arislarchus avec le Sulpicius et autres pièces du teras.

Vous apprendrez par celles de M' Rubens Testât des affaires des Païs Bas. M' le Garde des Seaux avec tout le conseil est à Corbeil. Mon frère ne vous escript point par cet ordinaire; il vous baise bien humblement les mains comme je fais de ma part, vous priant de croire que je suis et seray toute ma vie, Monsieur, vostre, etc.

J. DC Pov.

De Paris, co i3 juillet 1697.

Mes humbles recommandations à Monsieur vostre frère. Tous les amis de deçà le saluent et nous aussy^.

xxvni

LETTRE DE PIERRE DUPUY À PEIRESC

Monsieur, Je fais response à vostre despesche du 1 9 de ce mois en vous donnant advis que j'ay receu tout ce qu'il vous avoit pieu m'envoyer par cette voie. J'ay fait consulter et ay consulté ces docteurs de Sorbonne sur le fait des mariages clandestins. Ils ont bien considéré un ample mémoire que je leur avois mis en main. Enfin ils ont tous unanimement conclu que le vray et légitime ordre de vaincre l'opiniaslreté de vos gens d'Eglise estoit de faire en sorte que les Archevesques et Evesques de la province eussent à faire publier les resolutions des synodes provinciaux désignez dans le mémoire concernant seulement cette matière, avec injonction aux curés et autres de les observer et faire observer sur des peines canoniques les plus grandes qu'ils pourront excogiter^, mais non au delà de leur pouvoir. Que si cela n'y fait rien, qu'ils peuvent avoir recours aux juges séculiers pour y joindre les peines temporelles et l'exécution des ordonnances Royaux. Ils m'ont fait quelque diiliculté de laisser les advis par

' La préface des EpùtoUe Joseph Scaligeri ' Ail, vol. X, fol. 3oi. Copie.

(Leyde, 1627) est l'œuvre de Daniel Heinslus, ■'' Liltré n'a donné sous ce mot que deui

comme l'atteste G. Vossius dans cette phrase exemples tirés d'une phrase de Ylnatiuition de

d'une lettre à Gomar, du 1 1 mai 1627, citée par Calvin et d'une phrase des Mémoires de Saint-

M. A Willems (p. 76, article a88) : Prœjalio Simon. ett ab Heintio, *ed $ub Elzevirianorum nomme.

escript, parcequ'iis ont esté consultez singulièrement; et ont dit que quand ils le doijnent,leur ordre veut qu'ils en communiquent à quelques uns préposez pour recepvoir ces communiquations. J'attends sur cela vostre intention selon laquelle je travailleray de tout mon pouvoir.

j'ay eu soubçon sur Quentin, non sans raison, mais parce qu'il est le plus exact et correct de tous ceux que je connoisse qui escripvent pour de l'argent et dont le caractère est le plus agréable, je n'ay pas voulu le changer, quoyque d'ailleurs ce qui a augmenté la défiance, c'est qu'il demeure chez un avocat au Grand Conseil qui fait le curieux. Je fairai escripre l'oraison de matrimonio de Hervelus ^ Pour le conseil de Du Moulin , il est imprimé. Mon frère en a trouvé un de hazard, mais on le luy a fait si cher qu'il n'en a rien offert. 11 faut attendre quelque occasion.

Je vous envoyé la relation du Pape Clément VIII et voyez ce qu'il y a escript sur le dos, qui est : nota qu'il est vray. Ces mémoires de Ranchin ne méritent pas la moytié de ce que l'on en demande. Les jésuites y profiteront de peu et ne me puis persuader qu'ils soyent si libéraux de chose de peu de conséquence.

Monsieur de Saumaise estant venu icy pour quelques affaires et pour se fortifier, pensant estre guéri, est tombé malade de rechef et n'a pas laissé de retourner aux champs contre l'advis de ses amis. C'est grand dommage de l'indisposition de cet homme, le premier de nostre siècle, et comme dit M' Grotius, l'unique en sçavoir; car, dit-il, il n'a point de second que de bien loin. II me communiqua à sa dernière veue, comme il avoit esté prié par quelque seigneur Vénitien et des principaux, dont je vis la lettre, d'escripre contre le livre d'Alemanni de Parietinis Lateranensibus ^, que pour cet effet le livre luy a esté envoyé. Son dessein sur cela, ayant leu le livre dont il fait peu de cas, est d'expliquer la vraye signification de ces mots de Clavis Regni cœlorum clavis sapientiœ, et comme ils se doibvent entendre, de dire quel est ce Patrimonium sancli Pétri, en quoy il consiste, son origine, qu'est-ce que le Patriciat de Charlesmagne , et enfin de faire voir tout plein de faux passages alléguez dans ces escripts et tronquez et tirez à sens contraire. Veut aussy traitler de certaines contributions que faisoyent les Empereurs grecs à l'église de Rome, en quoy ilfaira voir la fausse citation d'un livre de Theophanes allégué par Alemanni, mais il luy fault de la santé pour fournir à ce travail qui seroit utile, et, comme je crois,

' Gcntien Hervet. Voir plus haut la lettre de Peiresc, du 3 décembre j6a6, et sur son livre n° LU de Peiresc, du 17 mai 1627. De Parielinia Lateratieiuibm la lettre n° XLVIII

» Voir sur Nicole Alemamii la lettre n°XXlX du même, du 8 avril 1627.

H n'est pas peut-estre scandaleux ni pour fascher ces M" on faveur desquels Alemanni a travaillé fort inutilement. Nous attendrons, M"^ Rigault et nous, ce que vous fairez pour le Pline, et nous nous assurons que vous ne vous y endormirez pas.

Il fault que M"' l'Evesque de Marseille reçoive quelque scorne ' après tant de mauvaises conduites. Je ne le plains point; il est marqué d'un caractère indélébile qui tient du pédant. Vous avez bien raison d'improuver tant de désordres; il sera enfin contraint de venir de deçà pour faire perdre la mémoire de tout le passé. Je ne vois pas que ses parens prennent fort à cœur ses affaires. Je vous remercie de tout mon cœur du livre de M' Fabrot. J'en ay donné un à M' Rigault, et ce qui luy plaira m'envoyer sera bien receu et luy en auray de l'obligation; quelques amis en veulent.

Il n'y a rien icy de nouveau que des Edits, marque de la misère publique, et certes il n'y a rien de si misérable que Testât auquel nous vivons ; car ce luxe et ce faste extraordinaire en certaines personnes est une marque infaillible de l'extresme pauvreté des peuples.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

»D Pot.

De Paris, ce a6 juillet 1627 '.

LETTRE DE PIERRE DUPUY À PEIRESC

Monsieur, J'ay receu vostre lettre du 17 du passé et tout ce qui y estoil joinct; je vous ay beaucoup d'obligation de tant de soin qu'il vous plait prendre de me communiquer ce que vous avez de curiositez et de m'insinuer en l'intime amitié de Monseig' Ragni. Je m'assure, s'il vous escript, qu'il vous tesmoignera qu'il n'est pas mal content de moy. Je fais grand cas de ce que l'on a trouvé au Vatican les Assises de Hierusalem en françois, car c'est la langue en laquelle ces constitutions ont esté premièrement publiées. Il esta craindre que l'on ne vous y face beaucoup de fautes en la transcription en lieu principalement où l'on ignore nostre langue et cette ancienne françoise.

' Voir sur ce mot la note 1 de la page ago (lettre XL de Peiresc, du 1 9 juillet 1697. — ' Mi , vol. X, fol. 3o6. Copie.

Monsieur de la Ville aux Clercs est beaucoup mieux et La Brosse' fait merveille, si la fin est conforme au commencement. Nous avons icy fort commun ce livre du Consulat de la mer tant en italien qu'en françois. Ce que vous ramasserez sur la matière des bris^ sera bien receu. L'on y travaille de deçà, mais il y a bien d'autres choses à penser, car il faut travailler à s'opposer au bris de l'Estat qui est menacé. Vous voyez oii nous en sommes; mon frère vous mande toutes nouvelles. Pleust à Dieu qu'elles feussent meilleures! Insigne naufragium, la peste, la guerre et la famine nous accablent; l'indisposition du Roy continue; l'on en espère néantmoings un bon succez; c'est le principal de nos vœux.

Je penseray à bon escient à ce que vous mandez touchant la figure de la colonne Antonine* par M"^ Gevartius*. Je ne sçay quel circuit il fait pour parvenir à ce but. Il a de la connoissance avec P. Scriverius^; j'y employeray mon crédit. Je vous en assurerois si la chose estoit entre les mains de M"^ Heinsius, mais non pas estant en celles du sieur Scriverius, que je sçay estre très jaloux de ce qu'il a **. J'ay appris par bruit commun qu'il y a à Rome quelqu'un qui a dessein de donner au public la colonne Antonine, comme on a fait la Trajane; c'est chose que vous pouvez sçavoir facilement. J'en ay veu quelques planches autrefois. Je vous demande des fragmens de Procopius ; ceux de Rome ne sont pas pour faire de tels livres et moins d'autres de plus grande haleine; ils laissent ces fatigues à ceux de deçà. Je suis contraint de finir en vous suppliant me pardonner si je vous entretiens si peu et en termes si concis; des visites coup sur coup m'ostent ce contentement.

Adieu, Monsieur, je suis de toqt mon cœur, etc.

DU PuY.

De Paris, ce 3 août 1627'.

' La Brosse est le même que ce Brosse qui ' Voir sur J.-G. Gevaerts la lettre de Peiresc

figure dansialettredePeiresc, du 17 juillet 1637, n° III, du 6 décembre i6a3. n° LXI. Ce devait être quelque spécialiste , peut- ' Pierre Schryver, né à Harlem en janvier 1576,

être un de ces empiriques qui , en certaines opé- mourut à Leyde en avril 1 660. rations chirurgicales, donnent parfois raison au » Les biographesde Scriverius (voirnotamment

proverbe : Expérience passe science. l'article très détaillé de la Biogi-aphie universelle)

2 C'est-à-dire des vaisseaux brisés par les ne nous avaient pas signalé ce vilain défaut du

naufrages. philologue hollandais.

' Colonne élevée dans le Champ de Mars à ' Aix, vol. X, fol. 3i4.

Antonin le Pieux par ses fils.

LETTRE DE PIERRE DUPUY À PEIRESC

Monsieur,

Je fais cette lettre à part séparée des nouvelles du monde pour response à vf)stre lettre du 1 8 juillet laquelle nous receumes dimanche au soir, le premier jour de ce mois, par la voye de M' de Loménie. Il y avoit dans le pacquet deux lettres de vous, une à mon frère, l'autre à moy, une à Monseigneur le Nonce', une autre de M'd'Aubray aux Despos, ensemble plusieurs pièces que vous nous renvoyez et d'autres qui sont toutes nouvelles que vous nous donnez qui sont fort curieuses, et dont nous vous demeurons obligez. 11 y avoit aussy dans ce pacquet la lettre de change pour vous; je m'informeray de la demeure pour tirer la somme qu'il fauldra pour acquiter les libraires qui sera à peu prez de deux cent livres. Je ne vous sraurois exprimer le contentement que nous recepvons tous deux quand nous recepvons de vos lettres et le temps que nous mettons à les lire, à tout considérer, est celuy que nous estimons le mieux employé. Nous imaginons jouir de la douceur de vostre conversation. Pour response à vostre dicte lettre, mon frère se souvient bien d'avoir veu autrefois ces lacunes des Tragiques d'Aubigné remplies; mais il n'en a copies. 11 fauldra s'en enquérir. Il parlera aussy à Monseigneur le Nonce du factum contre Picot, touchant la comté de S'-Paul. M' de la Mote, quoyque voisin et amy de l'Ambassadeur, n'en a peu tirer qu'un exemplaire ^.

Touchant les mémoires de ce chevalier de Malte défroqué, on n'en a rien que ce qui est imprimé, lequel il bailla escript à la main à M' le Procureur général durant l'Assemblée des Notables, lequel n'en fit pas grand cas, le personnage qui les luy presentoit ayant dans le visage quelque espèce de folie et, du reste, en très mauvais ordre, et l'affaire n'a passé plus avant.

Le prisonnier de la Rochelle, contre lequel il vous avoit envoyé la sentence,

' Le cardinal Jean-François Bagni, nonce en Vayer, le futur membre de l'Académie française.

Franco, déjà souvent mentionné dans les lettres On sait qu'il fut toujours très lié avec les frèii's

de Dupuy et do Pciresc, notamment dans la Dupuy qui l'avaient peut-être présenté à le*ir bon

lettre du premier, du 7 décembre 16a 6, et dans ami le rai-dinal de Bagni, grand prolecteur des

la lettre du second, du ag du même mois. gens de lettres et d'érudition. Il ue faut pas hé-

' Il s'agit là, comme je l'ai déjà indiqué siter à identifier JM' de la Mote avec la Molhe te

(page 783, noie a), de François de la Mothe le Foyer.

n'a esté renvoyé icy, et ne crois pas qu'ils s'y fassent maintenant conduire, de sorte qu'on ne pourra avoir copie de ces commissions mentionnées : elle se faisoit à l'instance de M' Le Doux, maistre des Requestes ', et commissaire pour le Roy, mais maintenant tout a bien changé de face. Mons' de Loménie dit que le Héraut d'armes luy a promis la relation de l'enterrement de Madame; en ce cas nous la verrons. Quand je verray M' d'Agut, je luy parleray de la promesse qu'il vous a faite. Mon frère a receu depuis peu une lettre de La Haye que M' son fds luy escripvoit^, dont il a esté fort contant. J'ay baillé à M' Rigault le Zieglerus où est le Gandidus, qu'il m'a promis de conférer sur les manuscripts du Roy. Je n'en ay peu trouver un second exemplaire , ce livre à peine estant-il connu de nous.

Nous acceptons l'olTre que vous nous faites des Proprium sanctorum d'Arles et S -Victor de Marseille, mais que cela se fasse sans vous incommoder.

Je vous envoyé par cet ordinaire les Epistolœ Scal^^ que demandez pour M' vostre Premier Président. Certes ce livre mérite et vous y prendrez plaisir quand jetterez la veue dessus. C'est une chose effroyable que le sçavoir et l'assidu travail de cet homme et en son âge^. L'édition est très belle et en beau caractère, encore que la forme in-h' eust esté plus commode, mais c'est l'interestdu libraire qu'elle soit ainsi.

Buon, auquel j'ay fait reproche de l'adresse de ses livres, n'a pris aucuns livres d'EIzevir, le tenant, à ce qu'il m'a dit, trompeur et aussi qu'il n'avoit rien qui vaille. Vous voyez le beau jugement de l'homme*. Tous nos autres libraires en ont pris et n'en ont pas à demi, mais c'est qu'il veut faire prendre audit Elzevir de ses livres mal imprimez feuille pour feuille des siens qui sont en beau papier. J'ay pris chez Droiiart et Cramoisi en partie pour vous Emmii Grsecia 3 volumes, Aristarchus Heinsii, Respublica Romana , Respublica Poloniœ et Scaligeri epistolœ , lesquels livres sont à 8 livres deux sols^. Tous ces livres,

' Ce maitre des requêtes joue un vilain rôle lUn» celle des Hirtorwtte» de Tallemant des Réaax qui porte ce double titre : Le cardinal de Lyon et Lapez (t. II, p. 187). P. Paiis {ihid., p. ig3) nous apprend que c'était Claude le Doulx, écuyer, puis cheraliei', seigneur de Malleville, Outrebois, etc., qai fut d'abord lieutenant au bailliage d'Errcui. Couf. les Mémoire! de Bainompierre (l. III, p. 187).

' Le fils du conseiller d'Agut était aflé en

Hollande pour perfectionner son éducation.

' Bel éloge à joindre i to«s les hommages qui ont été rendus à cet infatigable et admirable travaillenr qui s'appelait Joseph Scaliger.

* Cette application doublement injuste ne faitelle pas penser an mol du rieil Hésiode : Le potier porte envie an potier.

^ Nous avons déjà trouvé mention de laaa ces Tolames dins les letlre» de Peiresc.

ostcz le Scaliger, peuvent aller en Italie et pouvez vous dessaisir de l'Aristarchus en ayant un aultre de deçà. Pour le Sulpicius Severus dont l'édition est belle, ils y ont fait mal à propos une addition de Sleidan qui gaste tout '. Si en voulez, il s'en trouve encore. Quand vous aurez leu les epistres de Scaliger, vous verrez bien qu'il n'y avoit moyen de rien oster qu'en gastant tout l'ouvrage, et, pour vous dire mon sentiment, je n'aprouve point ces cbastreurs de livres. On m'avoit donné parole de Clemens Alexandrin. Heinsii-, mais je ne tiens encore rien.

Pour le Mercure François de vostre mémoire, il s'en trouve en blanc. Il j a ta tooies et couste a 8 livres. Il y a quelques volumes refaits à Genève; mais je ne fairois difficulté pour cela. Vous me fuirez sçavoir vostre résolution dernière. Pour le Mercurius gallo-belgicus , j'en ay trouvé un exemplaire chez Drouart in-8°, commençant k l'année i555 et finissant en iGa6. Les .'jept premiers tomes sont sans figures, mais le reste en est reraply; pour le volume de cette année, il est aisé à recouvrer. Je n'ay pas receu encore le prix, mais je l'auray à bon conte. Auparavant que de l'arre.ster, j'en veux voir chez d'autres libraires pour sçavoir s'ils sont semblables. Il se présente point encore commodité de voitures pour livres; on m'en doibt advertir. Buon me baille ce qu'il a imprimé de Mathieu^; je m'imagine que ce ae sera pas grande chose.

M' de Saumaise est retourné à Grigni" pas du tout bien remis de sa fièvre carte. Le jour qu'il partit il en eust un accez. II nous a escript qu'elle l'avoit quitté et qu'il estoit après à mettre fin à son livre ^; il se tue d'estudier. C'est une chose prodigieuse de son sçavoir. M' Grotius dit qu'il est unique aujourd'hui pour les lettres humaines^.

M' du Chesne a mis fin à la généalogie de M' le Cardinal ''; il n'en a eu

' Hitloria tacra conlinuala ex Johannit Sleydani libro de quatxurr tummi$ imperiit. L'ouvrage de Sleidan, qui devait avoir plus de cinquante éditions, parut pour la première fois à Strasbourg (i556, in-8°).

' Daniel Heinsius donna une édition des œuvres complètes de Glémeot d'Alexandrie (^Clément Alexandrinus) à Leyde, 1616, in-fol., grec et alin. Ou réimprima le volume à Paris en 1639 (mémo format).

' De riiisloriograplie Pierre Mathieu. Voir la lettre de Peiresc du i6 mai 1627, n° LI.

* Aujourd'hui commune du département de

Seine-el-Olse, arrondissement de Corbeil, canton do Longjumeau, à ag kilomètres de Versailles.

' Le Solin dont il a été déjà si souvent question dans la correspondance de Peiresc et des frères Dupuy.

" Ce témoignage d'un juge tel que Grotius confirme ce qu'on a souvent dit, que la situation de Saumaise parmi les érudiLs du temps de Louis Xill avait été aussi belle que celle de Joseph Scaliger parmi les érudits du temps de Henri III et de Henri IV.

' Nous avons déjà vu que la généalogie des du Piessù de Richelieu parut dans le recueil intitulé :

response depuis qu'il la luy a envoyée. Il a maintenant d'autres choses à penser. Mon frère l u a parlé de ce mot de vasletus pour avoir copie du titre qui en parle. Il dit que, c'est peu de chose; néantmoins nous aurons de luy ce qu'on voudra.

J'oubliois à vous mander que j'ay pour vous cette Descriptio Italiœ qu'a imprimée Elzevir /orma oblonga in-A°^ Nous ne l'avions pas bien considérée au commencement. On nous en a fait cas et les cartes sont assez belles^. Jodocus Hondius en a esté auteur'; il y a une très belle préface sous son nom à la République de Venise; mais je crois que Heinsius en est l'auteur'*. Le livre peut valoir quelques sept livres. Quand eussiez veu tous les livres d'Elzevir, vous n'eussiez peu retenir que ce que j'ay pris pour vous, car il n'y avoit autre chose de nouveau.

Je vous ay envoyé tous les nouveaux Edits. On nous a assuré qu'il est très véritable qu'il s'en est scellé trois huicl jours après que le Roy fust au Parlement, et lesquels il a fallu que Du Tillet^ ait signez. Je ne sçay quels Edits il peut y avoir devant ces derniers du 28 juin; je m'en informeray de mon colporteur.

Je vous envoyé une peinture du Canal qui est très bonne; il y manque seulement la distance des lieux. Monsieur n'a point eu de pouvoir de lieutenant général et n'a point de conseil icy estably.

Voilà pour servir de response à vostre lettre. Excusez ma prolixité , mais il me semble qu'il n'y avoit guères moyen d'estre plus court sur tant de chefs. Je vous prie de disposer de moy comme de celuy qui est et sera toute sa vie.

Monsieur, vostre, etc.

DC Por.

De Paris, le 3 d'aoust 1637.

Histoire généalogique de la maison royale de Dreux et de quelques autres familles illustres, etc. (Paris, i63i, in-fol.).

' Nova et accurata haliœ hodiemce descriptio . . . geographicis lahulis et urbium prmcipuarum iconibus illustrata a Jodoco Hondio. Le^de, 1637, ia-lt', obi.

' M. A. Willems ( Les Elzevier, p. 74 , n° 279) dit : «L'ouvrage est orné d'une quantité de cartes et plans compris dans la pagination.?)

' Josse Hondius, né en Flandre en i546, iDOurut à Amsterdam eu 1611. Ce fut un très

habile graveur et ses cartes géographiques lui valurent une grande réputation.

* Ce détail d'histoire littéraire avait-il déjà été signalé?

' C'était le greffier au parlement de Paris, descendant de ce Jean du Tillet, mort en octobre 1570, qui fut aussi greffier au même parlement et qui a laissé divers ouvrages historiques. Voir dans tes Mémoires de Mathieu Mole (t. I, p. 3 1 8) une lettre du procureur général à Dupuy, sur la bibliothèque du greffier du Tillet.

Quenlin transcript pour vous la négociation d'Espagne touchant la Valteline de M' de Bassompierre'. Il est long à ce qu'il fait^.

XXXF

LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC

Monsieur, Encore que je vous aye escript par nostre ordinaire dernier du mardy 3 de ce mois, néanlmoins me trouvant quantité de livres in-8° entre les mains, que vous serez bien aise de voir, je vous ay bien voulu faire cette despesche, et par mesme moyen vous donner advis de l'arrivée de M' d'Aubray en cette ville du It de ce mois au soir. Il nous vint voir le lendemain : ce n'a pas esté sans parler de vous et de M' vostre frère; il se plaint de la trop bonne chère que luy avez fait faire, de laquelle il a pensé estre malade; néanlmoins il a rapporté un très bon visage. Je voudrois que M"^ de Thou fust arrivé icy en aussy bonne disposition , tant je crains que les chaleurs ne luy apportent quelque altération à cause de sa complexion délicate. Nous n'avons rien de la Cour depuis mes dernières. On nous dit que le Roy se porte de mieux en mieux, encore que sa fièvre double tierce soit tournée en quotidienne dont les accez sont fort légers. Les médecins le tiennent hors tle danger maintenant. Il parle de changer de lieu, duquel on n'est pas encore certain. Il ne sçait rien de ce qui est arrivé en Ré^, et on l'y prépare petit à petit. Les nouvelles de ces quartiers nous sont tellement déguisées (par ceux qui gouvernent, qui tiennent tout en monopole) qu'on ne sçait qu'en croire. Je vous envoyé une relation de Xaintes assez particulière que l'on croit véritable. Il se dit par la ville que deux cent hommes de secours sont entrés dans ce fort* que l'on dit manquer d'eau, et qu'à cause de ce ils ont fait sortir les chevaux. M' l'Evesque de Maillezais^esl en Oleron*

' On sail que les Négociation» du maréchal de * Le fort Saint-Martin dans l'île de Ré, fort

Bassompierre furent publiées en 1 668, à Cologne, dont les Anglais n'avaient pu s'emparer d'abord

chez Pierre du Marteau , en quatre tomes petit et dont ils faisaient le sii^ge.

in-i a, un pour l'ambassade en Espagne en 1 6a 1, ' Henii d'Escouhleau de Sourd is fut évéque

deux pour l'ambassade en Suisse en t6a5, un de Maillezais de 1693 à 1629 et archevêque de

pour l'ambassade en Angleterre en 1636. Bordeaux de t6ag à 1 â&S.

' Aix, vol. X, fol. Sog. Copie. " Dans l'île d'Oléron, située à a kilomètre»

'La prise de l'île de Ré par les Anglais du continent, vis-à-vis des bouches de la Seudre

(aa juillet 1637). et de la Charente. Voir dans le Recueil Avenel

b62 APPENDICE. [t6'27]

de la part de M' le Cardinal; celuy de Mande' au Havre, Marsillac^ en Poitou et Mulot, docteur de Sorbonne^, en Bretagne, tous chargez d'instructions et commissions pour le Roy. Nos capitaines demandent à faire les visites dans leurs diocèses, puisqu'ils entreprennent sur leurs charges*. Il se parle de donner la lieutenance d'une armée à M' le Prince en Languedoc, Provence et Dauphiné. M' le Surintendant^ a esté présenté au Parlement par M' de la Martelière, Bailly de Touraine*^^; la harangue a esté fort courte. Le Roy a donné charge à M' le Surintendant de faire envoyer deux millions de livres en Poitou sans s'informer où ils se peuvent trouver. Il iuy a promis que cela se fairoit promptement. La Miltière'' a esté interrogé par M" Fouquet* et Deschamps, maistres des Requestes. On nous dit que dans le 1 5 de ce mois on sçaura au

( t. II , p. 519) une lettre du cardinal de B icheKeu à r«véque d« UaiUeiais, du 35 juillet 1637, ^ (p. 5i5) une autre lettre, du 5 août de la même année.

' Daniel de la Mothe du Plessis-Houdancourt , évêque (Je Mende de >6a5 à mars j6a8.

^ Sylvestre de Crujy de Marcillac , qui devait succéder sur le siège de Mende à D. de la Mothe du Plessis-Houdancourt (1628-1660).

^ Ce docteur Mulot fut le confesseur de Richelieu. C'était peut-être le û-ère d'un certain Mulot mort, aux enviions du lo janvier 1627, dans une mission qui lui avait été donnée à l'occasion des affaires de la navigation, dont Richelieu était alors sui'inlcndant. Voir Recueil Avenel (t. I, p. 566; t. II, p. 346).

' Cela rappelle le bon mot du duc d'Épernon au sujet d'un prélat investi d'un commandement militaire : it Puisque les ecclésiastiques font marcher les régiments, il ne nous reste plus qu'à réciter le bréviaire. n

' Antoine CoilTier-Ruzé, marquis d'ElTiat, fut surintendant des finances deiâsSà 1689. Voir la lettre de Dupuy à Valavet, du lo décembre 1626, n° VI.

' Il est souvent question de la Martellière dans les Hitloriettet de Tallemant des Réaux (t. I, p. 437, en note; V, 216, où il est proclamé « ta-metix advocatn et indiqué comme père de M"" de Cressy; V, 261, Commentaire, où P. Paris rappelle qu'il défendit contre Arnauld les Jésuite*,

etqae sa famille subsiste encore aujourd'hui ). Voir aussi (t. VII, p. 974) uae bonne anecdote sur la Martellière invoquant, dans son plaidoyer contre l'Université (décembre 161 1), le souvenir de la bataille de Cannes, et sur le même avocat citaut successivement toutes les coutumes du royaume, ce qui lui valut ce joli mot du président de Harlay : « La Martellière , n'esles-vous pas las? Vous vous estes promené par toutes les province» de France.» Avenel cite (t. VIII, p. 61) et loue lui mémoire de la Martelb'ère conservé dans la collection Corirart, à l'Arsenal, et ce qu'il dit dé ce mémoire tjudiciensement raisonné"» est d'accord avec l'éloge que Tallemant des Réaux donos à l'avocat d'avoir cfune bonne teste pour les affaires».

' Voir V Historiette consacrée par Tallemant des Réaax (t. VI, p. 455) à La MiUetière (Théophile Brachet, sieur do la MiUetière, d'une btinne famille d'Orléans, conseiller d'État, mort eu mai i665). Le chroniqueur nous apprend que la MiUetière, s'étant mêlé des affaires de la religion (1697), «fut pris et e«toit en daBg«r d'avoir le cou coupé à Toulouse.» P. Paris ajoute (Commentaire, p. 459) que le futur converti, tt après avoir été condamné à mort, fui retenu prisonnier pendant quatre ans.»

' François Foucquet, comte de Vaux, conseillp?' d'État, père de Nicolas Foucquet, le futur procureur général au Parlement de Paris (i65o) et le futur surintendant des finances (i653).

APPENDtCÊ.

Ut

vray quelle resolution prendra M' de Rohan et les huguenots de son parti. Le Président Le Jay a esté, ces deux jours derniers, premier président en la bouche de plusieurs; mais cette nouvelle ne s'est pas encore trouvée véritable'. L'on croit pourtant que cela ne luy peut manquer; M' le Surintendant le porte fort. Nous n'avons eu nouvelles de M' de Rubens par cet ordinaire. 11 n'estoit encore de retour de son voyage. Le Prince d'Orange se fortifie devant Grol^; Spinola^ fait des préparatifs pour luy faire lever le siège, de façon que nos voysins ne sont exempts du mal non plus que nous.

Nous avions veu icy une planche en taille douce de grosses mouches telles que les représentent les lunettes modernes ; cela est bien curieux. Elle a esté faite à Rome et un nommé Ricquius ^ l'a envoyée à M' Grotius. J'ay arresté le prix de vostre Mercurius gallobelfficus à 1 5 livres , qui est à bon prix ; il sera aysé de recouvrer ce peu qui y manque; il ne se trouve point commodité de rouliers, qui n'osent se montrer, craignant qu'on ne prenne leurs chevaux pour l'artillerie. Quand il s'en présentera, on m'en doit advertir. Vous recepvrez les deux premiers volumes de la Gracia Emmit; vous aurez le 3" pour le prochain ordinaire. Je vous envoyé mon conte des cinquante ecuz receus de vous; vous verrez si j'ay esté fidèle. Je doibs recevoir demain deux cent francs sur une lettre de crédit. Mes recommandations à Monsieur vostre frère.

Je suis et seray toute ma vie ,

J. BD Pur.

De Paru, c« 6 aoust 1697 '.

' Nicolas le Jay, baron de Tilly, de la Maison-Roufje, etc., était président aux Enquêtes du parlement de Paris depuis 161 3. Malgré ses quatorze années de présidence aux Enquêtes, il ne ûit pas nommé en 1697 et il ne devint chef de la compagnie qu'en i63o, à la mort de Jean Bocbart, seigneur de Champigni.

* Grol, aujourd'hui Groenlo, ville du royaume

de Hollande, province de Gueldre, à 3a kilomètres de Zutphcn.

' Rappelons seulement , devant ce nom célèbre . que le marquis Ambroise de Spinola, ni en 1571 à Génei, mourut en i63o et fut an de« meilleurs généraux employés par l'Espagne.

* Le nonvné Ricqttiu» ne figure dans aucun de nos recueils biograpliiqaes.

' Ail, vol. X, p. 3i5. Copie.

LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC

Monsieur, Je vous escripvis vendredy 6 de ce mois et envoyay les deux premiers tomes de la Grèce d'Ubbo Emmius. Je vous envoyé maintenant le 3° avec les deux Republiques de Rome et Pologne ^ J'ay receu deux cent livres sur vostre lettre de crédit de madame Lignage, à laquelle j'ay baillé quittance. J'ay payé de cette somme Drouard et Cramoisi et vous envoyé leurs quittances au dos du mémoire de vos livres. Je n'attends plus que la commodité des rouliers pour faire faire une balle de tous ces livres, car il y en a plus qu'il n'en faut pour cet effet. Quand les rouliers seront délivrez de la crainte qu'ils ont que leurs chevaux soyent pris pour le canon, peut-estre se monstreront-ils. Je ne doubte point que vous trouverez estrange que dans tous mes pacquets il y ayt tousjours quelques nouveaux edits; c'est une chose prodigieuse de cette quantité d'officiers. Le Père Sufïren^, confesseur du Roy, à ce premier d'Aoust pressa fort pour révoquer celuy du sel ; et ne luy voulust donner l'absolution qu'il ne luy eust promis, et M'' Lucas ^ avoit esté prié de se tenir en un coin de la chambre pour recepvoir le commandement; le Roy luy promit bien de le révoquer, mais qu'il en vouloit communiquer à son conseil. L'on loue le zèle de ce bon Père, mais d'autre costé, on trouve que c'est s'attribuer grande autorité de se servir de la confession à tels effets ; ce conseil debvroit venir d'un garde des sceaux. Le peuple n'en ressent point encore de soulagement. Les accez du Roi, qui avoyent diminué depuis 8 jours, ont redoublé, et les médecins ne sçavent où ils en sont; ils luy font prendre le demy bain. Il ne sçait encore rien de la descente en l'Lle de Ré. Il y a néantmoings une déclaration envoyée en son nom au Parlement contre M' de Soubize et autres fauteurs et adhérans des Anglois ; elle sera imprimée. Je vous envoyé les lettres du Roy au Parlement ; vous en admirerez, comme beaucoup d'autres, le style intrigué. Il n'y a nulles nouvelles

' Nous avons déjà plusieurs fois mentionné les * Voir sur le P. Suffren la lettre de Peiresc,

ouvrages cités ici: Velus Grœcia (1626, 3 vol. du 33 novembre 1626, n° XXVI.

in-8°), Respublica Romana de P. Scriverius ' Voir sur Lucas la lettre de Dupuy, du 1*' mars

(1626, in-34), Respublica, sive status regni Po- 1637, n° XVIII. loniœ, Liluaniœ, etc. (1627, in-24).

certaines de ce qui se fait en R(5, personne n'en sortant qu'à la mercy des ennemys. On croit que les affaires y sont très dt5plorées. Il se fait encore an grand armement en Angleterre et appréhende-t-on pour les costes de Normandie. On nous a bailli^ un mémoire de l'armée Angloise; je trouve qu'il y a bien de l'hyperbole ; néantmoings j'ay creu que cela estoit bon à avoir. L'on lève quantité de Régiments qui font bien des désordres où ils passent. M"' d'Elbœuf ' a le gouvernement de Picardie nonobstant la réserve qu'en avoit le petit de Luynes^. M' de Fancan se porte mieux, et luy a-t-on baillé une chambre plus aérée^ M' le Cardinal, quelque bonne raine qu'il fasse, se trouve fort embarrassé.

Les nouvelles imprimées de Grol viennent de bon Heu. M' Rigault vous escript, et vous envoyé quelque chose qui sera bien de vostre goust. Les œuvres de l'empereur Julien l'Apostat se réimpriment in 4° grec et latin augmentées de plusieurs pièces tirées de la Bibliothèque du Roy. C'est ce Père Pelau qui les entreprend*. Il y en a huit feuilles de faites. Mon frère vous baise les mains et à M' vostre frère à qui j'en dis autant , désirant demeurer toute ma vie de tous deux et de vous particulièrement.

Monsieur, vostre, etc.

J[acqces] Dn PuY.

De Paris, ce lo aoust 1637.

M' d'Aubray nous a fait voir une Ode Pindarique du Pape sur S' Jean Baptiste, mais si incorrectement escripte qu'il n'y a moyen d'y rien comprendre. Ce qu'on en peut tirer, c'est que ce n'est pas grande chose*.

' Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, né en iBgô, mourut en novembre lOôy.

' Le fils du connétable de Luynes, Louis- Cbarles d'Albert, le futur grand fauconnier de France , n'avait pas alors sept ans révolus : il était né le 35 décembre 1630.

' Voir sur ce prisonnier la lettre de Peiresc, du 28 juin 1697, n° LVIIL

' Ces œuvres parurent à Paris, chez Gramoisy, en i63o.

' Aix, vol. X, fol. 3 18. Copie.

UIFHIHIMS KATtORALC.

LETTRE DE PIERRE DUPUY À PEIRESC

Monsieur,

Je fais response à vostre lettre du 19 septembre. Je seray bref parce que mon frère prend soin de vous tenir adverty de tout ce que nous pouvons sçavoirsoitde curieux, ou des choses du monde, et c'est à quoy nous nous sentons très obligez et certes nous y trouvons un grand contentement, voyant que vous en recepvez de la satisfaction. Je ne me puis rien promettre de AP de Poitiers'. J'ay avec luy quelque habitude contractée de longue main, mais non pas telle que je me puisse assurer contentement en ce que je luy pourrois demander. Je suivray néantmoings l'ordre que vous me prescrivez qui est un bon moyen de descouvrir sa franchise.

M' Godefroi fait quelques mémoires pour vous envoyer concernant la marine ; il travaille profondément à ce fait et y pénètre.

Vous ferez bien de mettre ordre au Proprium Sanctorum qui s'en va perdu en plusieurs églises de ce Royaume. Vous sçavez ce que le Parlement a autrefois ordonné en deux ou trois occasions. Il y a un plaidoyé de M' Servin ^ fort long. M' de M[arseilleJ ^ accumule force affaires sur sa teste. Sera-t-il possible qu'il s'en puisse eschapper? Son nom sans doubte le garantit et icy, comme vous verrez, il n'a pas beaucoup servy à un qui le porte, quoyque les chefs de la famille y soyent présents. Je le pardonne moings à nos gens puisque c'est en chose qui va au public et qui iuqiorte.

L'ordre que vous vous résolvez de tenir pour le Procope est bon; il fault rendre, s'il y a moyen, cet auteur plus entier etl'oster d'entre les mains de ceux qui nous le cachent il y a long temps. Ce sera une œuvre de grand mérite.

Vous m'obligez extraordinaireraent d'avoir pris la peine d'escripre à M"" le cardinal Barberin pour moy*. Je sçay que vostre recommandation est très forte; mais aussy je sçay bien que ces M" ont de grands divertissements

' Henri-Louis Cliasteignier de la Rocbepozay. souvent question dans cette correspondance.

^ Sur l'avocat général au parlement df Paris * Au sujet du prieuré que Peiresc passa presque

Louis Servin , voir la lettre IV de Peiresc à Dupuy, toute sa vie à demander i la cour de Rome pour

du 98 décembre 1628. Jacques Dupuy.

' François de Loménie, dont il a été si

qui les occupent lellemenl qu'ils ne pensent pas d'ordinaire aux petites choses; mais quoy qu'il en soit vous m'avez beaucoup obligé et à la première occasion je prendray la hardiesse de luy escripre selon que me le prescripvez. J'av bien creu qu'il falloit aller retenu avec ces messieurs en matière de livres, où ils sont chatouilleux. M' le Nonce ne fait pas mine d'y estre si difficile icy'. Je le vois assez souvent fort privement et luy me fait l'honneur aussy de venir céans quoyque je i'aye supplié plusieurs fois de n'en point prendre la peine. L'heure me presse de finir cet entretien qui m'est fort agréable, mais comme je ne puis escripre à la chandelle qui est le temps que j'ay libre, je suis contrainct de remettre au jour oiî je suis diverty de survenants. A tant. Monsieur, je prie Dieu qu'il vous conserve et vous supplie de me tenir en vos bonnes grâces que je tascheray de conserver, estant, Monsieur, vostre, etc.

P. »D Pot.

De P»ris, ce 5 octobre 1627.

J'ay veu le pacquet adressé au sieur Berger. Où en sommes-nous? S'il se peut, il en faut sortir à ce coup. M' Goderfroi me vient d'apporter ces mémoires que je vous envoyé; il vous baise les mains ^.

LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC

Monsieur,

Je vous fais ce mot extraordinairement pour accompagner le pacquet

que M"" Buon vous envoyé, qui contient le livre du P. Goulu caché sous le

nom de Phylarque qui vaut autant à dire comme celuy qui commande aux

Feuillans'. Vous prendrez plaisir à le lire; il prépare une seconde partie*.

' Le nonce Bagni était un des esprits les plus répéter (Historietlet , IV, p. 90), à propos de La

éclairés et les plus larges de son temps. Sa tolé- Detfaittedu palatin Javerzac, parte» allié» et con-

rancp en fait de livres plus ou moins suspects fédérez du prince de» jimUle»,«un'i à«s ^\i»'io\\eà

n'étonne pas de celui qui fut le si libéral pro- clioses, remarquo-t-il , qu'il [Baliac] ayl faittesn :

tecteur de Gabriel Naudé, lequel était i la fois «Le Père Goulu s'estoitnonHiiéy/n/Unrfue, voulant

son bibiiotliécaire et son ami. ômb général de» F«ui7/an(4; et l'autre malicieuse-

' Aix, vol. X, p. 3ao. Copie. ment tr.iduisoit à la lettre: Prince de» Feuille». n

' C'est ce que Tallemant des Réaux devait ' Cette seconde partie des Lettru de Phyt-

Il me reste peu de chose à ajouter à mes dernières. Vous verrez par la lettre de M' de la Hoguette en quel estât estoit l'isle de Rhé au 26 du passé'; il ne s'en dit rien icy ; toutes les nouvelles y sont mortes. La Reyne mère est à Montceaux^. Mercredy 6 M' le Prince debvoit voir M" le Cardinal de Richelieu et prendre de luy son pouvoir expédié et scellé pour commander en Languedoc, et a-t-on désiré de luy qu'il ne vit le Roy. Vous jugez par là comme on appréhende son esprit; ayant cet employ, il digère cet affront; on ne dit point où le Roy est. Il y a trois jours qu'il a passé Saumur'. Nostre armée devant La Rochelle n'est pas grande et diminue plustost que d'accroistre. Le fort que l'on construit à Coreilles* a esté nommé du nom d'Orléans* pour opposer au fort Louis''. Le pilote major du Roy d'Espagne est arrivé à Morbihan pour y recognoistre nos ports et une partie des galions debvoit partir le lendemain de son partement. Nous verrons ce qui en sera, car cette nouvelle ne se peut pas cacher. On nous montra hier une lettre originalle escripte le dernier de septembre de Beaumont en Lorraine qui contient que Madame la Duchesse douairière avoit receu advis que quelques troupes séparées de l'armée de Tilly avoient pris leurs logements dans l'Evesché de Mets, et qu'il y en avoit plusieurs autres dans l'Alsace ; néantmoings icy on a tant de certitude de la bonne intention de l'Empereur et de M' de Lorraine, qu'on se tient tout asseuré de ce costé là.

Pour nouvelles des livres, nous avons le catalogue de la foire d'hier seulement, où il y a peu de chose.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

J. DU PCY.

De Paris, ce 8 octobre 1627 '.

larque à Ariite^ où il eit traité de l'éloquence françoiae, ne tarda pas à paraître (Paris, Nicolas Brun, in-8° de 72/1 pages).

' Je renvoie le lecteur au recueil de lettres inédites de Philippe Fortia de la Hoguette que je compte publier bientôt.

' Aujourd'hui commune de Seine-et-Marne, arrondissement et canton de Meaux, à 8 kilomètres de cette ville.

' D'après le Journal de Jean Héroard (t. II, p. 812), Louis XIII arriva le 9 octobre à Niort et le 12 a Aytré, village à une lieue de la Rochelle et où était le quartier générai.

' La pointe de Coreilles, ou des Minimes,

resserre au sud le canal qui forme l'avant-port de la Rochelle (note du marquis de Chantérac, Mémoires du maréchal de Bassompiene , t. III, p. 3oo; le nom de Coreilles est plusieurs fois répété, pages 3oq à 4oi, passim). On a quelquefois appelé la pointe de Coreilles pointe de Corail.

' Gaston d'Orléans était devant la Rochelle depuis le 10 septembre.

' Voir sur le fort Louis une note de la dernière édition des Mémoires de Puységur (t. I, i883, p. 5i).

' Aix, voL X, fol. 3a 1. Copie.

LETTRE DE PIERRE DUPUY k PEIRESG.

Nous avons receu vostre despesche du 2 8 du passé avec ce qu'il vous a pieu envoyer et renvoyer. Vous nous comblez d'obligations en toutes sortes. Je fis voir, hier, à M' Bignon le cahier des titres des Assises; il désire fort le reste, car ces sommaires donnent un grand goust de voir les chapitres entiers, et quoyque nous ayons l'italien de M' Leschasse ', l'original est incomparablement meilleur; je l'emporteray encore, s'il y a moyen, pour le conférer avec ledit cahier. Je crois que ce Nonnus ne mérite pas la peine que pourroit prendre M' Holstenius de le conférer. Vous verrez ce qu'en juge M' Heinsius qui dit que l'on s'estonne qu'il aye voulu travailler sur un si misérable auteur. M' de Saumaise est tombé en cette faute sur Solin, qu'il abaisse autant que Heinsius fait son Nonnus. J'ay baillé à M' le Nonce voslre pacquet; il est tousjours courtois et affable ; il a agréable que je le voye par les visites qu'il me rend assez soigneusement et trop. Il ne faut pas espérer autre communication d'autre négociation de M' de Boissise ; je sçay qu'elles sont très considérables et qu'il estoit un des bons et prudens maistres à escripre que nous avions eu. J'ay veu beaucoup de lettres de luy à M' de Thou et j'en ay aussy bon nombre qu'il m'a escript, mais si élégantes et si bien escriptes, qu'il n'y en a point de meilleures ; mais je ne sçay comment y pouvoir parvenir, estant entre les mains de son fils qui est fort particulièrement réservé. Je m'eusse peu promettre toute facilité de feu M' de Feignent, le plus gentil et digne successeur de M' son père. Je m'estonne de la licence que se donne .M' de Marseille d'ainsy exercer ceux qui le faschent. Il est difficile que ce conseiller en demeure là; cet homme travaille à sa ruine le mieux du monde.

Mons' de la Ville aux Clercs est , ce me semble , hors de son mal ; il s'est mis entre les mains d'un bon chirurgien de cette ville qui le guérit. Ces maux sont fort difficUes à déraciner et reviennent lorsqu'on n'y pense pas, mais pour le présent il sort et est bien. L'on luy a interdit l'exercice du cheval qu'il aimoit avec passion.

' Peut-être faut-il lire Leschassier, el en ce cas il s'agirait de Jacques L<eschassier ou Lecbassier, avocat, auteur de divers ouvrages énumérés dans la Bibliothèque hiitorique dt la France.

Au reste, Monsieur, je vous ay beaucoup d'obligation de m'entretenir ainsy qu'il vous plait faire aux bonnes grâces de M' le cardinal Barberin et de M' le Nonce; je tiens ces bienveillances de vostre courtoisie et je tascheray de les conserver le mieux qu'il me sera possible. Cependant commandez-moy ce qu'il vous plairra pour vostre service. Je fairay ce qu'il me sera possible pour vous obeyr, estant,

DD Puï.

De Paris, ce xii octobre 1627.

Je baise les mains à M"" de Valavez et à M' de Marchier^

LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC

Monsieur,

Nous avons receu deux pacquets de vous , l'un petit qui contenoit Passio S. Agalœ de M"" Rigault, l'autre plus gros avec de vos lettres, deux à moy du 99 septembre et 3 octobre , une de M' vostre frère du a octobre et une autre de vous à mon frère du 28 septembre. Dans ce dernier pacquet il y avoit quelques pièces que nous renvoyez et d'autres nouvelles de vostre part que vous recepvrez par cet ordinaire, ayant pris grand plaisir à leur lecture. M"" Bignon, qui vint le lendemain de leur réception, qui estoit le dix de ce mois, au logis, a esté bien aise de voir ce qu'on vous a envoyé du Vatican, des Assises de Hiérusalem. J'emprunteray l'italien pour le conférer et puis vous le renvoyeray. Vos lettres ont esté distribuées le mesme jour à M" d'Aubray et Rigault et à Tavernier. Pour le pacquet adressé à M' Feydeau advocat, il faut attendre son retour des cbamps. Mon frère a baillé luy-mesme vostre lettre à M' le Nonce. Nous serions glorieux si la carte du territoire de S' Severo que nous vous avons envoyé par le dernier courrier vous estoit nouvelle; car il semble que de ces quartiers rien ne vous peut eschapper.

Au propos de cet evesché vous le trouverez dans Mirœus en sa notice d'impression d'Anvers in 8° ^ page 1 7 1 sous l'archevesché de Benevent. Vous aurez

' Aix, vol. X, p. 3 a 3. 1611, in-8°; aucùor etemendatior, Anvers, 161 3,

» Notilia epitcopatuum orW» «nréerji, Anvers , in-8°. Le P. Niceron, qui mentionne ces deux

apris par les lettres de M' de Thon comme l'advis de la mort de cet evesque ne s'est trouvé véritable. La pièce venue par le dernier ordinaire et adressée au sieur Bergier a esté merveilleusement à propos pour en faire part aux amis curieux et discrets, et il y a peu de gens qui l'aycnt veûe de par deçà; elle merileroit bien que du costé du Roy on y fit response et pourra beaucoup nuire en Hollande et en Angleterre.

Pour response à vostre première lettre du ac) septembre, je ne manqueray au premier jour de faire perquisition des livres des calendriers et autres que demandez et apporteray toute la diligence possible.

Estant au bout de vos finances, j'ay receu les loo livres qui restoyent de vostre lettre de crédit à Madame Lignage ; cette somme servira à acquiter quelques parties à Drouart et Cramoisi comme le Chronicon Alexandrin grec latin, et à payer le Nobiliario s'il se trouve encore'. Je ne puis y estre guères trompé , car je sais le prix auquel l'a eu M' du Ghesne et autre de mes amis. Pour le bréviaire Mozarabicque, c'estoit fu M' de Thou qui le vouloit avoir; il n'y a pas apparence de faire faire cette acquisition à des mineurs. Pour estre bien net et bien relié, je vous en puis assurer, pour l'avoir veu et manié chez Sonnius^. Il est in folio, petite impression en lettre gothique par colonnes. J'ay envoyé l'emprunter pour le voir plus à loisir, car à vous le dire vray, je ne pense pas que ce soit si grande merveille. On a vendu icy quelques livres de nostre fu M' le Premier Président ^, mais la plus part de droit. La bibliothèque de Conflans se vendra aux Augustins à cette S' Martin, comme aussy celle de fu M' de Vie , garde des Sceaux *. En cette dernière il y pourroit avoir quelque chose de curieux *. J'ay ouy dire qu'ils sont bien reliez.

Je me suis enquis d'un médecin fort curieux du livre fait contre M°" Boursier* qui m'a amusé, si j'en a vois eu aulcun'', et cette pièce ne luy se-

éditions {Mémoires, l. VII, p. 28a), n'a pas connu l'édilion citée par Dnpiiy. Aubert le Mire naquit à Bruxelles en novembre 157.3 et mourut à Anvers en octobre i64o.

' Le Nohiliario de Lopei, dont il a été question plusieurs fois déjà.

' Le libraire Claude Sonnius partafjeail, à cette époque, la célébrité de ses confrères Buon, Cramoisy et Drouart.

' Nicolas de Verdun, mort le 16 mars 1637.

* Meri de Vie, sieur d'Ermenonville, avait, succédé comme gaitlo des sceaux à Guillaume du

Vair (a& décembre 1691); il était mort le 3 septembre 1699. Cotait un ami de Peiresc, qui lui écrivit un assez grand nombre de lettre», du 18 septembre iGta au 18 mars t6i6 (Minutes de Carpeniras, registre VI, fol. 57.3-611).

' La collection formée par l)oniinii|ue de Vit était célèbre.

' Louise Bourjjeois, dite Boursier, déjà plusieurs fois mentionnée.

' Passage incomplet dans la copie de la Méjane».

roit eschappée, car il amasse une grande quantité de livres tant de sa profession que d'autres; il se nomme Moreau ^ M' de Lomenie m'a paru avoir copie des lettres des Pères de l'Oratoire. On les a fait signer à M' de la Ville aux Clercs sans les luy laisser plus long tems. M' le Procureur gênerai les a, mais mon fière n'en a peu rien tirer. Il faut avoir patience.

Le fils de M' de Roissi qui va à Venise est celuy qui a esté au Grand Conseil et est maintenant maistre de Requestes et l'appelle-t-on M' d' A vaux; il n'est point encore party. Il y a peu de chose à respondre à vostre lettre du 3 octobre. Pour ce qui est du Gamayeu, le croquis fait à la plume qu'en a eu M' de Rubens par M' Priandi est fort mal fait ; il desireroit bien en avoir une empreinte comme vous mandez; mais l'ayant dit à mondit sieur Priandi, il a respondu que M' Guiscardy n'estant à Mantoue , il ne sçavoit personne par qui pouvoir procurer cela ; nous l'en fairons souvenir de temps en temps. Mondit sieur Rubens dit que pour une teste seule il ne croit pas qu'au reste du monde il se trouve une plus belle pièce. Ce crayon cy n'a que les premiers traits.

Pour M' d'Aubray, je le vois bien esloigné d'entendre en aucune charge, car ses plus intimes nous ont assuré qu'il avoit dessein de retourner à Rome et y acheter quelque office et y establir sa demeure. J'en serois très marry. Rlondeau, conseiller de la Cour, jeune et assez mal habille homme 2, achète, dit-on, l'office de lieutenant criminel 70 mil escus. M'Grotius nous avoit bien dit desjà la mauvaise intelligence d'Orange; il est allié du gouverneur^ duquel le Prince d'Orange est entré en deffîance sur quelques mauvais raporls qu'on iuy a faits ; et ayant envoyé un lieutenant pour commander sous luy dans la place, il luy a escript de Lion qu'il ne passast plus outre, et qu'il ne le recevroit jamais. Il a de si grands biens en Hollande que M'' Grotius ne croit pas qu'il fasse trahison et travaille-t-on pour rhabiller ce différent. Toute la ville, dit-on, est remplie de factions dont l'Evesque fait bonne part*.

' René Moreaii, né à Montreuil-Bellay ie 6 aoill 1687, mourut à Paris le i 7 octobre i656. Ce fut le grand aaii de Guy Palin, qui parle si souvent de lui dans sa correspondance et toujours avec de grands éloges. Voir sur ce savant bibliophile un ariicle du D' Farge dans le Dictionnaire hislonque de Maine-el-Loire de M. C. Port (t. 11, p. 7/12-743). On y lit ceci:rll laissait une bibliollièque choisie et immense, qu'ont vantée le P. Jacob et G. Naudé. Elle fut vendue, somme inouïe pour le temps, a a, 000 livres.

Fouquet en rachela pour 10,000 livres le principal fonds de médecine qui passa plus tard dans la bibliothèque Mazarine.»

' Dans la copie se trouve sur la dernière lettre du mot habille un accent aigu d'après lequel il faudrait lire : assez mal habillé homme , mais je ne crois pas que l'on doive tenircompte de cet accent.

^ Nous avons déjà vu (lettre n° LXXV, à Dupuy) que le gouverneur de la principauté d'Orange s'appelait Valkembourg.

' Cet évéque était Jean de Tulles qui siégea

Pour les nouvelles, vou ies affaires si importantes qui sont sur le tapis, vous trouverez estrange qu'elles soyent si stériles. 11 ne se dit rien de certain de risle de Rhé. Si on ne fait effort pour secourir nos assiégez, on a grande appréhension et on les croit perdus dans le i5 de ce mois, et l'on nous dit qu'à cejour cy il s'y dehvoit faire un grand effort pourfaire entrer des barques. Quatre cent mil escus, il y a huit jours et plus, sont partis d'icv pour aller à l'armée et le Roy à son arrivée faira faire montre. Ceux de la Rochelle se sont déclarez et joints aux Anglois, et ont armé près de cent galiotes qui courent la mer et rendent l'accez et passage aux pinasses et chaloupes plus difficile. On n'a encore rien de bien prest pour l'armée navale. On nous fait espérer bientost les vaisseaux espagnols. Il y a trois ou quatre jours qu'il court un mauvais bruit de M' Defiat, qu'il estoit disgracié et chassé et d'autres ajoustoient emprisonné, mais cela n'est point; ce bruit neantmoings est fondé sur une lettre fort rude que Monsieur a escripte au Roy contre iuy sur la nécessité des deniers en l'armée, mais M"^ le Cardinal a raccommodé tout. M' le Prince a veu M'' le Cardinal de Richelieu et a pris de Iuy son pouvoir pour commander en Languedoc. Il a mandé madame sa femme, pour l'aller trouver à Rourges; elle part aujourd'huy. Son armée en papier' est composée de dix mil hommes de [)ié et deux mil chevaux. Plusieurs croyent que M' le Cardinal est fort ennuyé de cette guerre et qu'il faira son possible pour faire quelque accord, encore qu'il semble que les apparences y soyent fort contraires. Les bruits diminuent fort du costé de Lorraine et commence- t-on à ne plus rien craindre de ce costé là. La Reine Mère n'est encore de retour de Montceaux. Il a passé icv un courrier de Florence qui a porté, croit-on, le tableau de la Sœur du Grand Duc^, qu'on veut faire épouser à Monsieur. M' de Rethune, comme une annexe de l'ambassade

de i6o8 jusqu'.nii mois d'oclobre i6/io. Ce fut le successeur et parent d'un autre Jean de Tuiles et le prédécesseur et parent d'un troisième prélat qui porta le même nom et le môme prénom. Jean de Tulles, qui était l'allié de Palamèdc de Fabri, sieur de Valavez, marié à Marquise de Tulles, dame de Trébilhme, l'ut un des mille correspondants de Peiresc. On trouve dans les Minutes de Garpenlras (registre IV, fol. 3) une lettre de Peiresc à l'évêque d'Orange , du 4 août i6a8. J'ai publié dans le Bulletin hittorit/uc et aràiéolugique du département de Vauchme plusieurs lettres de Jean de Tulles à Peiresc.

' C'est-à-dire sur le papier, ce qui bien souvent ressemble peu à la réalité.

^ Le tableau signifie ici le portrait. Il s'aj;issait du portrait de Marguerite, fillo de Casmc II de Médicis et sœur du duc régnant Ferdinand II. Cette princesse épousa, en j6a8,-0doard Farnèse, duc de Parme. Voir, sur les projets de mariage pour Monsieur, les Mémoires de Ditntompiene (t. III, p. 397-800) et, à VAppemiice (n° XIII), la piquante analyse des lettres écrites à la reine mère par Luca Fabroni degl' Asini , agent de Louis Mil auprès du grand-duc de Toscane (p. 437-441).

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87/i APPENDICE. [1627J

de Rome, a emporté cette négociation ^ A Parme on ne laisse pas de faire ies préparatifs comme si l'affaire debvoit se terminer pour eux. Le Roy d'Espagne doibt estre prié de faire office vers la mère du Duc, pour luy faire quitter celle-cy2 et prendre la dernière âgée de dix ans^.

M' de Chaumont* doibt résider cjuelque temps à Mantoue, car le Duc n'ayant enfans et estant fort incommodé de sa santé ^, les Princes voisins muguettent fort'' cet Estât. Si nostre lettre de Brouage vient assez tost, je tascheray de vous en faire part. Vous recepvrez par cet ordinaire le livret de Rivius et un traité en françois des Bibliothèques ''. Vous verrez bien que l'auteur est bien novice en ce qu'il escript^. Il parle de gens qu'il ne connoit point, et qui aussy n'avoyent jamais ouï parler de luy'-'. J'ay creu neantmoings que ne seriez marry de le voir; cela sert de divertissement d'esprit. Ce papier imprimé de Flandre a esté donné à mon frère par M' le Nonce. Il mérite bien qu'en preniez copie. Quand escriprez à M'' Rigault, pressez-le pour le catalogue des livres grecs, car il n'a jamais haste. Je vouldrois bien avoir trouvé un copiste. Je m'enquerray. J'oubliay à vous mander par ma dernière comme ies Marbieaux ,

' Philippe de Bétlmne, un des six fils du baron de Rosny et frère puîné de Maximilien de Béthune, duc de Sully, naquit en i56i et mourut en 1 64g. Voir sur ses ambassades une note de l'éditeur des Lettres du cardinal de Richelieu (t. I, p. 84-85).

* Celle-ci, c'est Marguerite, la fdle aînée de Gosme de Médicis, laquelle était aussi belle que sa sœur l'élait peu.

^ Anne de Médicis fut mariée à Ferdinand- Charles, archiduje d'Innsbrûck. Voir d'intéressants et de curieux détails sur cette princessse considérée au point de vue physique dans une des lettres déjà citées de Luca Fabroni {Mémoires de Bassompierre , t. III, p. Aiio).

' Melcbior Mitte, comte de Miolans, marquis de Saint-Chamond, seigneur de Chevrières, mourut en septembre i64g, âgé de soixantetrois ans. On l'a souvent appelé marquis de Saint-Chaumont. Le savant éditeur des Lettres du cardinal de Richelieu lui attribue (t. I, p. 338) une mission en Piémont (1627), mais il ne mentionne pas sa mission à Mantoue en la même année.

' Il a été déjà question de Vincent II, septième duc de Mantoue, dans la lettre V de Dupuy à Peiresc. Ce prince mourut deux mois et demi plus tard, et, comme le rappelle l'Art de vérifier les dates (t. XVII, p. 819), ttsa mort replongea les Mantouans dans les horreurs de la guerre, par la jalousie de la maison d'Autriche, qui ne voulait pas laisser cette succession à l'héritier légitime [Charles, duc de Nevers, fils de Louis de Gonzague et de Henriette de Clèves], déjà possesseur de grands biens en France, et qu'on savait dévoué à cette cour, n

^ Saint-Simon a dit : <t il mugueiail sa riche succession, n

' Advis pour dresser nne bibliothèque (Paris, 1627, in-S").

' Gabriel Naudé n'avait alors que vingt-six ans. On sait qu'il naquit en février 1600 à Paris.

' Dupuy est bien sévère ici pour les débuts d'un des plus fervents bibliophiles et des plus savants bibliographes du xvii' siècle. Peiresc ne se montra pas plus indulgent pour l'ériidit que, plus tard, il devait tant apprécier et tant aimer.

ces excellents ouvriers en fer de la galerie ', ont esté pris prisonniers, accusez de fausse nionnoye. On croit que c'est une calomnie forgée^ par leurs voisins et envieux. On ne leur a trouvé aucun outil propre à ce mestier, mais bien deux mil escus en bonne monnoye. Je ne sçay comment ils s'en tireront. Je n'escrips point à M' vostre frère en response de sa lettre; vous luy fairez, s'il vous plaist, mes excuses et recommandations tout ensemble.

Balzac ne peut digérer la response de Phyllarque, laquelle a grand cours. M' Rubens est allé faire un petit voyage en Hollande, mais il ne nous en mande rien. Mon frère, depuis ma lettre escri[)te, a apris quelques nouvelles dont il vous fait part qui sont contraires à ce que je vous mandois de Lorraine. .\r de Marillac va à Verdun^ et a laissé sa charge à M' du Hallier'', qui vend la sienne d'escuyer de chez la Reine au comte d'OrvaP. M^Nicolaï, premier président des comptes, s'est marié à la fille d'Amelot, président du Grand Conseil, moyennant deux cent mil livres. Par le contract il a reconnu pour légitime une fille qu'il a eue de la fille d'un sergent morte depuis six mois **.

' Je ne trouve rien sur ces excellentt ouvrier» en fer, mais je rappellerai qu'en celte même année 1627 parut un ouvrage intitulé: Lajidelle ouverture de l'art de tenttrerie, etc., par Matliurin Jousse (La Flèche, in-fol.).

- Le bon mot est-il intentionnel?

' Louis de Marillac , marcclial de camp depuis 1620, fut nommé gouverneur de Verdun et lieutenant général des Trois-Evèchés. On sait qu'il devint maréchal de France en 1629 et fut décapité, pour ses malversations, le 10 mai i63a, en place de Grève.

* Sur François de rHosjiital , seigneur du Hallier, le futur maréchal de l'Hospital, voir plus haut la lettre n° V à Peiresc, du 7 décembre «6a6.

' François de Bétbunc, comte d'Orval, était le fds du duc de Sully cl le gendre de Jacques Nompar de Caumont, maréchal et plus tard duc de la Force.

' M. A. de Boislisle, membre de l'Institut, a bien voulu me communiiiuer la note que voici, où l'on retrouvera les deux grandes qualités de l'admirable commentateur des Mémoire» de Saint- Simon, la minutieuse oxaclitiide et l'iularissable abondance : <t Antoine II Nicolay fut baptisé à

Paris le a6 janvier 1690 ; il devint conseiller au parlement de Bretagne le 8 avril 161 3, conseiller au parlement de Paris en janvier i6i5, fut pourvu de la première présidence de la Chambre des comptes, en survivance de son père, le a 8 janvier 1C19, entra en fonctions le 3 juin tGa/î et mourut en fonctions le 19 mars i656. J'ai publié des pièces d'intérêt privé à lui relatives dans le tome Ides Pièce$ ju»lijicative$ pour servir à l'histoire de la maison de A icolay, y compris le contrat de mariage avec Marie Amelot (p. 347- 374), et les pièces relatives à sa première présidence dans le tome H (p. 369-476). L'anecdote du mariage secret est assez exactement reproduite dans riiistorietle du président Nicolay, par Tallemant des Réaux ((. V, p. 3 1 3-3 17). 11 y eut des conventions matrimoniales passées à Boaumont-sui-Oise, le 6 juillet 1696, par-devant notaires, entre le premier président et Jacqueline Brice, fdle de Pierre Brice, qui y est dit écuyer, mais qui avait été huissier et sergent à cheval. Lesdiles conventions stipulaiei)t , selon l'usage, que le mariage serait célébré le plus tôt possible ; mais celte cérémonie ne parait pas avoir eu lieu. Jacqueline Brice eut une lille, baptisée à Goussainville le ai aviii 1636. La mère

M' de S' Surin receut icy 5 mil livres de ses pensions. Les nouvelles les plus vérilables sont que l'armée qui est sur la frontière de Lorraine se grossit de jour à autre et ils portent pour devise en leur cornette blanche nunc aut nunquam. Advisez si cela menace Verdun ou non? M' de Marillac y est retourné. Les dernières nouvelles de la Cour sont que le Roy qui est en bonne santé doibt estre à Estréesprès la Rochelle dans deux jours ^ Si M'' de Thoiras n'est secouru dans vendredy i5'°'", il se rendra, et le Roy recepvra cette honte à son arrivée. La Reyne régnante va voir la Reyne mère à Montceaux et ne seront icy qu'à la fin de la sepmaine. Crainte q«e mon frère ne vous aye mandé ces nouvelles, je les ay icy adjoustées.

Je suis et seray toute ma vie,

Monsieur, vostre, etc.

J. DU PuY.

De Paris, ce niardy 12 octobre 1637'.

mourut l'année suivante. Le registre du vicaire de Saint-Paul mentionne le bout de l'an du 9 juin 1C28 en ces ternies : Service de la fetnme en cachette de M. le P. Nicolay. Cinq mois après la mort de Jacqueline Brice, le i5 octobre 1637, A. Nicolay se maria avec Marie Amclot, baptisée le 4 février 1611, fdle de Jean Amelot, maître des requêtes, président au Grand Conseil, et de Catherine de Creil. La dot fut de igo,ooo livres comptant. Dans le contrat, qui fut signé par la Reine, il est dit que le premier président ne pourra avantager sa fille de plus qu'il ne doit lui revenir selon le contrat du 6 juillet i6a5. Le mariage fut célébré le 18, à Saint-Nicolas-des-Champs. Il en vint trois fils et deux filles. Marie Amelot mourut le 2.^ juin i683. Quant à la petite Antoinette, qui avait été baptisée dans l'église même du marquisat de Nicolay, comme fille du premier président et de Jacqueline Brice , mais sans que celle-ci fût qualifiée femme du premier président, on la maria, ayant cent mille livres de dot, par contrat du 9 janvier i644, passé à Goussainville, avec messire Charles de Boyvin, seigneur de Canouville (en Normandie), à qui, le

3.3 janvier, on fit donner par la Régente une pension de i.ooo livres pour grands et signalés services rendus à la guerre. Par son testament de iC55, A. Aicolay déclara que tous les termes d'iuinneur donnés à Antoinette pour faciliter son mariage et justifier sa dot n'étaient qu'un effet de la charité maternelle, et ne lui constituaient aucun droit à l'encontre des enfants de Marie Amelot. Elle se remaria, le 3o novembre 167.3, avec Isaac-Édouard de Arande , seigneur de Rongefosse (en Normandie). J'ai publié le baptislaire , ie contrat de mariage, le brevet du mari, etc., dans le tome I des Pièce» justificatives, n

' Louis XUl arriva, non deux jours après, mais le jour même où cette lettre fut écrite, c'est-à-dire le 19 octobre, selon le Journal de Jean Héroard (t. II, p. 3ii), et même il serait arrivé quatre joure avant, s'il fallait en croire les Mémoires de Bassompierre , lequel raconte ceci (t. m, p. 3/10) : tfLe mercredy 8'"' je fus mandé au conseil. J'allay disner clieux Monsieur ie Cardinal; puis nous vinsmes trouver le roy à Netré.n

« Aix, vol. X.fol. 3a4.

LETTRE DE JACQUES DUPLY À PEIRESC

Les nouvelles qui nous sont arrivées depuis ma dernière du i a sont si bonnes que je ne doubte nullement qu'elles n'ayent volé en vos" quartiers et prévenu celle-ci par les lettres qu'on a veûes que je vous envoyé escriptes du fort de S' Martin '. Vous jugerez mieux l'importance de ce secours^, lequel après Dieu on doibt imputer à la bonne fortune de nostre Roy. La certitude plus grande qu'on aye de l'entrée de ces 29 pinasses ou chaloupes dans le fort, est les feux allumez en pareil nombre dessus les bastions. Quelques autres vaisseaux^ dit-on, portant encore des vivres, furent repoussez, et est-on en peine de ce qu'est devenu Desplan ^ qui estoit conducteur de quelques uns. On n'a pas encore advis du retour des 92 pinasses. Je vous envoyé l'imprimé qui s'est publié icy, lequel j'avois veu auparavant escript à la main. La lettre de Monsieur à la Reyne régnante nous met hors de tout doubte qu'il y eust de la fausseté en cet advis, car ce n'est à personne de telle qualité qu'on vouldroit imposer^. Un de vos amis, M' de Loménie, a eu entre ses mains l'original. On est

' Sainl-M.nrtin-de-Ré , en l'île de Ré , esl aujourd'hui un chef-lieu de canton qui dépend de l'arrondissement de la Rochelle.

' On lit dans les Mémoiret da maréchal de Bassompicrre (t. III, p. 3o3) : «Le lundy li°" [octobre] le Roy receut par un courrier (que Monsieur son frère luy envoya) la nouvelle que le fort de Saiut-Martin-de-Ré ne pouvoit plus tenir que jusques au lo""' ou au plus au i a"* du mois, ce quy le mit en (jrande peine. n Et un peu plus loin (p. 3oû) : «Le samedy 9°" je rejoignis le Roy à Niort, où en arrivant il receut la bonne nouvelle de 97 pinasses et autres barques chargées d'hommes et de vivres quy ostoient heureusement et malgré la flotte angloise entrées dans le fort de Saint-Martin-dc-Ré . . . d

' C'est le personnage dont Tallemant des Réaux parle ainsi {Hiitorietle», t. 1, p. 4oi): «Le Connestable avoit fait venir de son pays un jeune homme, filz d'un je ne sçay qui, nommé

d'Esplan, qui servoit à porter l'arbalcste au Roy. Enfin , il fit si bien qu'il devint marquis de Grimault : c'est une terre de considération , du domaine du Roy en Provence. Il espousa M"' de Maurevert de la Ranime, dont il n'eut point d'enfans. Il estoit quasy aussi bien que les Luynes avec le Roy.Ji Voir sur Esprit Alard, seigneur d'Esplan (appelé souvent Desplans), le commentaire de P. Paris (t. I, p. 4i3 et t. II, p. a6o-a6i). Le docteur Barjavel a oublié ce Contadin dans son Dictionnaire hiilorique, biographique, etc., du département de Vaucluie.

'' Dans le catalogue de la Bibliothèque nationale (Histoire de France, t. I), la lettre de Monsieur k la Reine n'est pas mentionnée. En revanche on y trouve diverses autres pièces relatives à l'événement dont parle Dupuy, notamment celles-ci : Le tecourt de la citadelle de Ré, envoyé ta nuit du tix au leplième du j>réient moi$ (octobre). Paris, D. Langlois, 1637, in-8*

en impatience de sçavoir ce que deviendront les Anglois et s'ils persévéreront en leur siège sur le bruit des vaisseaux Espagnols qui doibvent joindre nostre armée navale et qui pourtant ne sont point encore arrivez ^ Ils se préparent en Angleterre pour équiper une nouvelle flotte pour leur aller au devant, craignant quelque descente en Irlande. M' de Guise peut avoir quelques 27 vaisseaux à Morbihan 2. Ceux que nous avons en Hollande n'osent se bazarder crainte des Anglois qui les guettent au passage. Le Roy debvoit arriver mardy dernier 1 a à l'armée ^. Monsieur luy debvoit quitter son logement de Netrée et en prendre un aultre pour luy à la Jarrie''. Mon dit sieur, à ce qu'on escript, tesmoigne beaucoup de courage en trop aprocbant de la ville à la portée du canon. Les Rocbellois oposent leur fort nouveau de Tavan à celuv de Coreilles qu'on nomme maintenant d'Orléans. Il y a eu parmy la noblesse dans le camp quantité de duels, ce qui fait beaucoup de peine à acomoder. On voit par là que les exemples derniers n'ont pas aporté le fruict qu'on s'en proposoit^. Les mauvais bruicts contre M"' le Surintendant "^ n'ont pas esté sans fondement. Le Roy sur le retardement d'une voiture d'argent se mit fort en colère contre luy, et il eut bien de la peine à luy faire croire que la longueur ne procédoit de sa faulte. Il n'a voulu partir de Saumur que l'argent n'y fust arrivé , afFin que venant à l'armée il satisface à un chascun et que le Roy luy fasse bon visage. Il s'estoit dit qu'on avoit démembré sa charge et que M'' le Cardinal prenoit sur luy la charge de faire payer l'armée navale, et M'' le Mareschal de Schomberg celle de devant La Rochelle, mais cet advis n'a pas esté confirmé. M' de Chevreuse arriva avant-hier au soir de retour d'Auvergne où il a veu sa femme; il partit le lendemain de grand matin pour aller à Nancy.

( n° a 54 2 ) ; Récit véritable du secours entré en l'île ' Nous venons de voir que Louis XIII arriva .

de Ré, conduit par les seigneurs et capitaines ci- en effet, le 12 octobre au plus tard à Aytré. après nommés, le 8° et g' du présent mois d'oc- * Bassompierre (t. III, p. 3o5) dit : trpuis il

tohre 16 a'], et fête de saint Denis. Paris , Hulpeau , [Louis XIII] arriva audit Netré d'oii Monsieui

1627, in-8° (n° 25/i3). estoit deslogé pour luy laisser la place et avoit

' On annonça, dès le 9 octobre, la fausse nou- pris pour sa demeure le chasteau de Dampierre

velle de l'arrivée du secours d'Espagne, comme [««c, c'est Dompierre, sur la route de Niort à la

nous l'apprend une brocliure intitulée : Récit ré- Rochelle, an nord-est de cette dernière ville] quy

ritable touchant l'état présent de l'île de Ré, ci est véritablement un beau beu. . . n arrivée des flottes d'Espagne cl de Dunquerqne ' Ces exemples derniers sont ceux qui fureul

(9 octobre). Paris, J. Brunct, 1G27, in-S" donnés, le 21 juin 1627, par l'exécution du

(n° 2544 du Catalogue susmentionné). comte de Bouteville et du comte des Chapelles.

^ C'est-à-dire au golfe du Morbihan, au sud de <• Nous avons déjà vu que c'était alors le maria presqu'île de Bretagne , lequel golfe a donné son quis d'Effiat. nom au département dont Vannes est le chef-lieu.

M'' de Vaudemonl soubs le bon plaisir du Roy a désiré qu'il fuslen celte Cour pour estre tesmoing qu'il ne tenoit pas à luy qu'on ne levast les ombrages que Sa Majesté prend de l'armement du Duc, son fds, mais que son dit fils estoil tellement aheurté à ces nouveautés qu'il ne l'en pouvoit démouvoir. On croit que la Royne mère envoyé quelqu'un de sa part avec M' de Chevreuse pour le veiller luy mesme. Ceux qui connoissent l'esprit de M' de Vaudemont et le pouvoir qu'il a sur son fils ont bien de la peyne à croire ces discours, si ce n'est que l'amour passionné que mondit sieur de Lorraine porte à Madame de Chevreuse ne le porte à ces resolutions pour sa vengeance particulière. Quoyqu'ils fassent, le dessein des Anglois ne réussissant en Rhé, ces gens cy sont bien foibles pour nous faire peur. La Reync mère à cause du beau temps a esté retenue plus longtemps qu'elle ne croyoit à Montceaux. On dit que M'^ le Cardinal deReruUe a ordre de se trouver aux conseils qu'Elle tiendra; il a passé icy depuis peu un courrier d'Espagne en Flandre pour faire partir les vaisseaux de Dunkerque avec ordre de se joindre aux nostres. Toulesfois ce secours sera lent et celuy de nos pinasses, qu'on assure en cette saison malaisément pouvoir estre empesché à cause des vents qui y régnent, sera bien plus sûr et plus prompt. Le pauvre M' de Fancan mourut à la Bastille y a neuf jours fort regretté de tous ceux qui l'avoyent connu particulièrement. Cette affaire est si obscure qu'on ne peut pénétrer à travers. Voyla une leçon à gens de qualité peu élevée de ne se mesler point si avant dans les affaires des grands; son frère Langlois est tousjours prisonicr.

Voyla pour ce qui est des nouvelles auxquelles j'adjousteray la mort de M' de Revcl, conseiller au Grand Conseil, arrivée en une nuit et causée parurie apoplexie. Il arriva aussy hier en cette ville en la place deHarlay un fait eslrange, qui est qu'un sellier, ayant surpris sa femme en adultère avec un barbier voisin, a poignardé sa femme quoyque grosse, qui mourust à l'instant, a blessé en deux ou trois endroits l'adultère, qui neantmoings s'est sauvé. 11 y a beaucoup de gens et des plus grands, qui ne prennent pas ces affaires si à cœur pour en venir à telles extremitez. Je crois que le sellier est prisonnier; je ne sçay ce qui en arrivera. M' de Presle', beau-frère de M' le Procureur général,

' C'élail Louis de Nicolaï, fils de Jean II de sieur de Preslcs mourut on iGfS, vieux garçon,

Nicolai, premier président de la Chambre des comme dit Tallemant, qui ajoute {Hùtorietlet ,

comptes, mort le 3i mai 1 6a 4. Le beau-frère de t. IV, p. 3i5) : wil a esté guidon des Gendarmes,

Mathieu MoIé tirait sou nom de Prcsles de la puis premier escuyer de la Grande escurie. Il dit

terre de ce nom dont son père était seigneur. Le qu'il est un fou gaillard, diais que son frère, le

ayant esté surpris avec la femme de M' Hautin, frère du conseiller du Chasteiet, s'en est mieux tiré, et le mari, qui vouloit forcer la porte de la chambre où il cstoit enfermé avec sa femme, eut prou de peyne iuy mesme à se sauver. La femme s'est retirée en un monastère et croit-on qu'elle se rapatriera avec son mari. Vous voyez que ce n'est pas seulement en vos quartiers qu'on y fait des coqus.

Pour ce qui est de vos livres, j'ay trouvé chez Biaise les Fastes de Vigner^ et un autre calendrier, mais on les fait un peu cher ; je veux en voir chez d'autres. Il ne se trouve plus de Nobiliario de Espagna; mais il en viendra bientost, et m'a-t-on promis d'en garder un. Le Bréviaire mozarabique a esté vendu et n'ay peu sçavoir combien. Buon a, à ce qu'il dit, cet Enchiridion Precaùonum Verrerœi, mais il est si bien caché qu'il ne l'a peu trouver. Ce Promptuariuni Tlieoloijicum seu Catéchèses Galeni a Croquetio excerptœne se trouve d'autre impression que de Lion , et nos libraires disent n'en avoir point veu de Douay. Je vous ay recouvré moyennant 3 livres U sols une histoire des Pais Bas d'un Carlo Goloma, gouverneur de Cambray, qui vit encore aujourdhuy^. Il ne traite que les rencontres où il s'est trouvé. Il vint icy durant nos guerres de la Ligue. Il est fort estimé et fait-on cas de son livre. Je crois que vous ne m'en desadvouerez. 11 y a un libraire d'Anvers qui en a apporté icy. Je crois que les livres de M"' de Vie ne se vendront et que les frères s'en acomoderont. J'oubliois à vous mander que M"^ de Thou, comme il estoit prest de partir pour le Levant, a esté attaqué de la petite vérole qui le contraint de demeurer. Dieu inercv il n'avoit point eu de fiebvre, encore qu'il ayt le visage et le corps fort couvert. 11 a dicté une lettre à son valet et l'a signée. M" Débonnaire et Holstenius nous mandent la mesme chose. Je crois que cet accident pourra rompre son voyage; sa lettre est du a a septembre. M' Holstenius escript à mon frère et se loue grandement des bons offices que Iuy rendez auprès de M' le cardinal Barberin. M' Aleandro Iuy tesmoigne aussy bien de l'amitié. Il

Président [Antoine de Nicolaï, sieur de Gous- D. Carlos Coloma (Anvers, lôaB, iii-/i°). L'ou-

sainville et d'Ivor, mort en mars 1 656 J estoit un vrage fut réimprimé à Barcelone en 1 627 (in-4°).

fou mélancolique.» L'anecdote racontée par Dupuy Coloma , né à Alicante en 1 678 , mourut en 1 687,

ne justifie que trop le surnom de/ow gaillard que âgé de soixante-quatre ans. Après avoir été gou-

se donnait le héros de l'aventure. verneur de Cambrai, il fut gouverneur du Mila-

' Sur Nicolas Vignior, voir la lettre do Peiresc nais. Voir sur l'ouvrage de Coloma V Histoire de

à Dupuy n° LXXV, ainsi que sur YEnchiridion et la littérature espagnole de G. Ticknor, traduite

le Promptuarium dont il va être question. par Magnabal (t. III, p. aaS).

' Las guerras de los Eslados-Baxos, par

nous mande vous avoir esci'ipt ot remercié. Vous recepvrez par cet ordinaire un voyage de Drach réimprimé icy et augmenté, à ce que porte le lillre '. Je ne sçay si cela mérite. J'y ay joint deux autres livres de MuUerus. Je vous envoyé le Traitté dernier d'Hollande que vous garderez sans nous le renvoyer. L'Extrait de lettre de Chateauvillain est d'un gentilLomme que i\r vostre frère connoit bien, nommé M' de la Fayette-. Il vous dira le mérite de l'homme; c'est une seconde épée de nostre Académie ^. La lettre de M' de la Hoguotte est plus pour son particulier que pour le général. Je suis bien ayse que ces Messieurs de la faveur le goustent. Je vous prie que M"' vostre frère trouve icy mes humbles recommandations. Mon frère vous salue et M' vostre frère. Tous les amis luy en disent aultant.

Je suis et seray toute ma vie.

Monsieur, vostre, etc.

J. DU Pcï.

De Paris, ce mardy 19 octobre 1627 ''.

LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC

Monsieur,

Vostre lettre du 16 octobre est venue très à propos pour prévenir ma plainte

du long temps qu'il y avoit que n'avions receu de vos nouvelles ; c'est pourquoy

elle nous a apporté grand contentement, très joyeux d'apprendre par icelle

vostre bonne disposition et celle de M' vostre frère. Quantité de pacquets con-

' C'est d'après l'édition originale anglaise de h relation du voyage de Drakf autour du monde (Londres, i6oo),queLouvencourt, sieur de Vauchelles , publia en français : Le voyage de Franciê Dracke A l'entour du monde, Paris, J. Gesselin, 161 3, ouvrage qui, augmenté d'une seconde partie extraite de divers voyageurs, reparut à Paris, en 1627, petit in-8°. On sait que Francis Drake, né dans le Devonshire en i54o, mourut en mer le g janvier iSgS.

* C'était Jean de la Fayette, seigneur de Hautcfeuille, qui avait épousé, en avril i6i3 , Marguerite de Bourbon-Busset , et qui en eut un fils

et une fille qui furent célèbres, le flis, François, pour avoir été le mari de la comtesse de la Fayette (M"' de la Vergue), l'auteur de Zaide, de la Pi-itweue de Clèves, etc.; la fille, Louise, fille d'honneur de la reine Anne d'Autriche, et ensuite religieuse à la Visitation , pour avoir inspiré à Louis XUl un doux sentiment. Jean de la Fayette mourut le .'î décembre 1 65 1 .

' L'autre militaire, l'antre épé» qui faisait partie de ïAcadémie, était le capitaine Fortin de la flogiictte.

* Aix, vol X, fol. 33o. Copie.

tHFBIHKIllI RATia^AIt.

tenus dans cette despesclie ont este mis entre les mains de M' d'Agut qui est encore en cette ville et luy ont esté recommandez par un mot de lettre, entre autres celuy de M' Guittard et crois que n'avons failly d'en user de la sorte ; car vous ne nous les adressez qu'en l'absence de IVr d'Agut. Les diverses pièces que renvovez y estoient aussy joinctes bien conditionnées ; nous sommes très ayses qn'elles ayent esté de vostre goust. La lettre de Miilaut est très bonne et mérite bien d'estre conservée et joincte avec les deux précédentes.

Pour response à vostre dilte lettre du 16 du passé qui nous fust rendue le 3i du mesme mois à midy, je vous diray que pour les muscats bigarrez, il est vray que l'agitation du chemin les avoit aucunement flaitris et ternis et y avoit quelques grains pourris et corrompus auxquels le colton s'estoit attaché, de sorte que leur beauté naturelle ne s'y connoissoit pas entière, neanfmoings le goust en estoit encore fort bon. Quand M"' de la Mallemaison sera de retour de chez luy, je luy communiqueray vostre lettre et sçauray de luy si l'on pourroit avoir des marcottes de ceux de ces quartiers.

Pour ce qui est de M' de Thou, le mesme jour qu'arriva vostre despesche, nous receusmes trois lettres de luy que je vous envoyeray quand nous y aurons fait response. Il tesmoigne un grand ressentiment ' de l'accident qui a rompu son voyage du Levant, et ne doubte nullement que s'il se presentoit occasion seure de s'embarquer qu'il ne le fit librement et joyeusement tant il est aheurté ^ à ce dessein. Il ne nous parle en aulcune façon de son retour. 11 faisoit estât d'aller à Naples pour se fortifier dans ce bon air et ramener à Rome nostre Chartreux*, duquel nous avons aussy receu les lettres du k septembre en mesme temps.

Je suis bien ayse qu'on vous transcripve le livre des Assises de Hierusalem ; je vous envoyé le cahier qu'aviez envoyé. Je l'ay conféré avec l'italien, qui est plus ample en plusieurs endroits; le manuscript a aussy quelques titres de chapitre qu'il n'a pas : mais l'italien ayant esté compilé de plusieurs exemplaires François, je ne doubte poinct qu'il ne soit le plus parfait, mais tousjours le François sera meilleur comme estant original. Quant est* des manuscrits

' Reitentiment est pris ici dans le sens de re- Régnier, dans une page de Pascal, et même, au

nouvellement d'une souffrance. Littré cite, au xTiii'siècle,dansla A^outie/^He/oûede J.-J. Rous-

sujet de remploi de cette locution, une phrase seau, de Pascal et une phrase de Fénelon. ' Le père Christophe Dupuy.

' S'aheurter pour s'opinidtrer, sohtliner, est ' Abre'viation qui signifie : Quant à ce qui eit

surtout une expression du xïi° siècle. Littré a des manutcrili. pu la relever encore dans une satire de Mathurin

des conciles tant grecs que latins, dont fait perquisition M' le cardinal Barbcrin. j'en parleray à M' Rigaut pour sçavoir ce qu'il en a dans sa hibliotlièque. Dans celle de M' de Tliou il y a quantité de Latins et anciens, mais il n'y a rien qui ne soit imprimé et que le Père Sirmond n'ayt veu et examinée Pour ce Philo Bizantius, je vous ay desja mandé comme il n'estoit dans la Bibliothèque Royale. M' Rigaut travaille sur quelques lieux de Tertullien et fait des observations que vous trouverez bien belles; il vous en faira part. Je luy ay fait vos excuses; il vous saliie 1res affectueusement. Je me resjouis de la bonne réputation en laquelle est \PHolslenius auprès de \r le cardinal Barberin. M'^de Thou nous escript qu'il luy a fait donner par le Pape un canonicat de Cologne, mais qu'il ne sçavoit pas encore de quelle nature il estoit. Il escript aussy que sa santé n'estoit pas trop bonne ny sa couleur de visage si vive qu'en France, ce que ces messieurs d'Italie imputent à son grand travail aux livres, ftr Aleandro nous escript le mesme.

Pour les nouvelles de i'isle de Ré et de la Rochelle, je vous envoyé quantité de relations imprimées et manuscriptes qui vous apprendront en quel estât sont les affaires. Tous les esprits sont en attente de l'issue de cette descente qui est estimée bien pérUleuse, et cette résolution tesmoigne bien selon l'advis d'aucuns qu'on n'espère pas tant en noslre armée navallc , moins aux vaisseaux d'Espagne et de Dunkerque (Dieu nous y veuille conserver nostre bon amy M' de la Hoguette ; vous verrez par sa lettre comme il faisoit estât d'estre de la partie). Beaucoup trouvent à redire qu'à la première nouvelle de la descente des Anglois on aye esté implorer le secours d'Espagne et leur tesmoigner en ce faisant nostre foiblesse et nous mettre au bazard de recevoir un signalé affront de leur part. Don Carlos en Espagne^ a querellé, dit-on, rudement Olivarez de ce qu'il vouloit envoyer ce secours et dit qu'il falloit bien plustost s'accorder avec l'Anglois et fomenter la guerre entre ces deux couronnes. Spinola, d'autre costé, a dcspescbé en Espagne, remonslrant qu'd ne peut dégarnir les costes de Flandres sans péril ^. Les divers raports qu'on faisoit de nostre armée navalle à M' de Nismes* l'ont enfin contraint à s'y transporter. luy mesme pour en sça-

' Rappelons que les Concilia antiqua Galliœ général dans la lettre XXXI de Dupuy à Pei-

du P. Sirmond allaient paraître bientôt (163 g, resc. .^ vol. in-fol.). ' C'était Glande de Saint-Bounet de Toiras,

' Don Carlos était le second Gis de Phi- qui siégea de septembre itia5 à décembre

lippe III et de Marguerite d'Autriche. Ce prince, i63s. Cet agent du cardinal de Richelieu est

né en 1607, mourut en i63a. souvent mentionné dans le Reeueil Avenel. Voir

' Nous avons déjà rencontré le nom du grand {pa$iim) t. II, IV, VII et VIII.

lit.

Voir la vérité. (Je vous envoyé l'extrait d'une lettre qui vient de la part d'un rjui est en Cour de la part de M' de Guise et qui mande à peu près la vérité.) Vous plaindrez le pauvre Baron de S' Surin à qui on a manqué si infaniement de parole'. Je ne doubte point que le traittement assez rude que l'on fit icy à son Anglois n'en aye esté cause en partie 2. Il auroit, dit-on, des lettres de son maistre^ pour Madame de Chevreuse qu'il ne peut jamais faire tenir tant il fust espié de près. Quand il les eust baillées, il n'y avoit pas grand mal. M' de Chevreuse a envoyé icy donner asseurance de la part de M' de Lorraine d'un désarmement à trois mil hommes de pied près et 800 chevaux qu'il se réserve,

dit-il, pour le comté de * qu'il ne peut point garantir du fait d'autruy,

entendant de l'Empire : demande que tout ce qu'a fait M' Le Bret en sa commission^ soit révoqué et les sentences que luy et ses collègues donnèrent soyent cassées, quoyqu' elles ne soyent que provisionelles. Je crois qu'on luv a fait response que ce qu'a fait raondit sieur Le Bret ne servira que de mémoire et non pas pour chose jugée, et que de tous les differens on les terminera en une conférence amiable. Mùndit sieur de Chevreuse respond sur sa teste de ce desarmement. Je ne sçay s'il sera bon garant. Il a une per-

' N. de la Mothe, baron de vSainl-Surin , élait un gentilhomme de Saintonge qui appartenait à la religion prote-slante. Voir sur lui une note des Lettres de Guez de Balzac dans les Mélange» historiques de 1878, p. ySo et plusieurs des Le((res de Ph. Fortin de la Hofriielte (en ce moment sous presse). J'ajouterai que l'on donna, en 1627, trois éditions d'une plaquette intitulée: Lettre du baron de Saint-Surin à un sien ami de l'armée du roi, écrite de la citadelle Sainct-Martin de Ré, ce to septembre (Paris, Fusy, in-8°; Bordeaux, J. du Coq, in -8°). Les deux dernières éditions ont un titre qui n'est pas le même et qui diffère aussi quelque peu du litre de la première édition.

^ Cet Anglais est celui que le cardinal de Richelieu (Mémoires) désigne ainsi : tsun luimmé Halsburninn et qui accompagnait Saint-Surin, dépéché par Buckingham pour apporter à Paris des propositions de paix qui parurent honteuses au grand Cardinal. Saint-Surin figure plusieurs fois dans le Recueil Avenel (t. II, p. 574, 609, 611, 6i5, 680).

' C'est-à-dire de Buckingham , dont Halsburnin était le chargé d'affaires et aussi, assurel-on, le parent. Talleniant des Réaux prétend {Historiettes, t. 11, p. 11) que le duc de Buckingham ayant fait Saint-Surin prisonnier, (tluy donna la liberté, à condition d'aller dire à M. le Cardinal qu'il se retireroitet iivreroit la Rochelle, en un mot, qu'il offroit la carte blanche, pourveu qu'on luy promist de le recevoir ambassadeur en France. Saint-Surin vint à Paris, et Cl ce qu'il avoit promis. Il parla au Cardinal, qui le menaça de luy faire couper le cou s'il en parloit davantage. n Le récit de Richelieu, en ses Mémoires, est de l'histoire, et le récit de Tallemant des Réaux n'est que de l'historiette.

* Mot qui n'a pas sans doute été bien lu par l'auteur des copies de la Méjanes, mais qui semble être Saverne. La ville de ce nom allait être cédée , quelques années plus tard (1 63â ) , à la France, par le comte de Saim.

' Voir sur Lebret el sa commission la lettre de Peiresc à Dupuy, du a 8 décembre 16a 4, n-XV.

sonne qui luy touche de bien plus près de laquelle malais(!'nient pourroit-il respondre '.

Monsieur le Prince n'est pas encore parly et le a 5 du mois passé il n'avoit encore son pouvoir et ses commissions; il les attendoit. On dit qu'il a la confiscation de M"^ de Rohan (nous ne faisons les choses qu'à l'extrémité, et cependant lesenncmysse fortifient). \r de Nemond, niaistre des Requestes, doibl eslre intendant de l'armée de mon dit sieur le Prince-. M' Defliat estoit arrivé à l'armée, le ai du passé, avec son argent qui ne debvoit guères durer. Les incommoditez pour les logemens sont très grandes à l'armée, et les soldats très mal vestuz. Le Roy a escript du a 5 au Prévost des marchands de cette ville de faire fournir par le corps de ville sSo paires d'habits pour les soldats que les villes de Poitou fournissent selon leurs moyens. On n'avoit pas accoustumé d'avoir recours à ces annonces qui tesmoignent la nécessité des finances. Il avoit couru des bruits de paix sur quelque allée et venue de M' de Vignole' dans la Rochelle, et que les travaux avoyent esté sursis, mais les lettres du a y et du a 8 n'en disent mot; aussy y a-l-il bien peu d'apparence. Il V estoit entré quatre ou cinq vaisseaux de guerre que nostre canon n'avoit peu endommager.

Les agens du clergé sont mandez pour convoquer une assemblée, car le jeu ne se départira point que M" les ecclésiastiques ne soyent de la danse. Le Pape- a accordé au Roy une Rullc d'aliénation du bien d'esglise jusques à la concurrence de deux millions d'or en principal pour estre employez en cette guerre. Plusieurs de M" nos Evesques en vouldront manger leur part, car ils ont bon appétit, entre autres celuy qui passa l'hyver l'autre année en vos quartiers*. Les Agens doibvent voir, en passant à Orléans, M' l'Evesque pour conférer avec luy de cette affaire. Leur assemblée se tiendra à Poitiers.

Le Grand Conseil part et a son rendez-vous au dit Poitiers le aii de ce mois.

' Allusion à la fragilité de M"' de Clievreuse.

' Voir sur cet intendant la lettre de Peiresc à Dupuy, du 98 juin 1697, n° LVI[[.

' Le marquis de Vignolles était alors maréchal de camp. Voir sur ce vaillant capitaine gascon V Inti-oduction aux Mémoiret de» choses passées en Guyenne, 1 6at-t6aa , rédigés par Bertrand de Vignolles (Paris, 1869, in-8°); je n'ai pas manqué d'y signaler (p. 16-1 7) la part prise par Vignolles au siège de la Rochelle.

* C'était Gabriel de l'Aubespine, évêque d'Orléans, mentionné déjà dans la lettre de Peiresc à Dupuy, de décembre 1626, n" XXX. G. de l'Aubespine écrivit en Provence les lettres publiées dans le fascicule Vil des Correspondant* de Peiresc (i883). Dupuy, en parlant de l'atitre année, a oublié que le séjour de l'évéque d'Orléans en Provence appartient beaucoup plus à l'an 1637 qu'à l'an i6a6.

Tout cela fait croire que le Roy passera l'hiver en ces quartiers. Monsieur debvoit partir le lendemain de la feste pour venir icy. U y a toujours quelque maille à partir avec luy.

Nous avons maintenant M' le Cardinal de Berulle en habit rouge. Je vous envoyé un bref récit de la cérémonie observée en luy baillant le bonnet, qui a esté belle. M' le Nonce eust bien voulu que la Reyne mère ne se fust point meslée en cette affaire, croyant qu'il y va de la diminution de la dignité si un autre que le Roy s'y interpose, alléguant par exemple que le cardinal de la Cueva^ ne voulust jamais recepvoir le bonnet de la main de l'Infante, et que luy Nonce le luy donnast. Plusieurs se moquent de cez difficultez, n'y croyant pas l'Eglise beaucoup intéressée, et qu'il ne luy importe de quelle main M' de Berulle reçoive son bonnet. On en jetta quelques paroles à la Reine mère; elle respondit (à un bon homme que vous conoissez bien) que le cardinal de Berulle avoit une telle disposition, qu'il recepvroit son bonnet de la main d'une

p 2. Son manteau noir, qui couvroit son habit rouge, luy fust si dextre-

ment osté qu'il parust en un instant un autre homme ^ : son remerciment à la Reyne mère fut court; il dit que la couleur de son habit, luy ayant monté au visage, l'avoit rendu tellement confus'*, qu'il n'avoit point de paroles pour la remercier de l'honneur qu'elle luy avoit procuré^. Il veut introduire chez luy ce qui se pratique à Rome en la visite des Cardinaux, qui est que personne n'entre dans la chambre que le chef qui fait la visite. Je sçay un gentilhomme accompagnant un ecclésiastique de qualité et le suyvant à la Françoise; un des gens du cardinal le voulust faire retirer et peu s'en fallust qu'il n'y eust imposition sur la joue de la part du gentilhomme auquel le secrétaire vint faire des excuses de l'insolence du valet. Cet ordre est très bon, mais il fauldroit qu'un autre que luy l'introduisist. M' le Cardinal de Richelieu le fait observer.

Depuis vous avoir escript ce que dessus j'ay veu un homme qui a parlé au courrier qui a porté les lettres des 97 et 28 octobre (dont je vous envoyé l'extrait). Tout l'embarquement et descente en l'isle debvoit estre achevé

' Aifonse de Ciieva, évèque de Malaga et de les trouve pas dans le Recueil des vie» de quelques

Palestrine, cardinal en 1622, mort en ]655. prêtres de l'Oratoire du P. Cloyseault.

^ On devine quel fut le mot prononcé par ' Ce bon mot était-il connu?

Marie de Médicis, mot qui, du reste, à cette ^ C'est une plaisanterie qui a été souvent re-

époquc, n'était pas grossier et malhonnête comme nouvelée et que Littré signale dans une lettre de

aujourd'hui. Guy Patin qui n'est pas datée, mais qui appar-

■' Ces curieux détails ont-ils été donnés par tient à l'été de i655 (édition Reveillé-Parise,

les biographes du cardinal de BéruUe? Je ne t. III, p. 191).

jeudy 38 tellement que, le vendredy suyvant, tout debvoitestre d(5cidé par ces cinq vaisseaux de guerre entrez dans le port de la Rochelle. On juge que c'est pour venir quérir des secours pour renforcer l'Anglois, car on ne doubte point qu'ils ne soyent advertiz de ce dessein, cela s'estant résolu en grand conseil de guerre, il y a près de quinze jours. Le Roy a fort gourmande le Marquis de Rosny' de ce que ces vaisseaux estoyent entrez sans avoir esté endommagez par les canoniers. IVr le Cardinal a enchéry dessus et a dit qu'il servoit mal le Roy et le deroboit, toutes les poudres ne valant rien. C'est une mauvaise attaque (car il y a du dessein sur sa charge). L'excuse que le Roy d'Espagne a fait faire sur le retardement de son armée navale et ce par homme exprez, est qu'ayant envoyé visiter nostre armée, il ne l'a point trouvée en Testât ny en tel nombre de vaisseaux qu'on Uiy avoit promis, lesquels debvoient estre aullant en nombre que les siens; que ses armes ayant tousjours accoustumé d'estre victorieuses, il y alloit de sa réputation de ne les bazarder mal à propos ef donner cette gloire au duc de Ruckingan d'avoir battu ces deux si grandes puissances joinctes ensemble. Pour les vaisseaux de Dunkerque, l'Ambassadeur de Flandre, qui est icy, assure qu'ils partiront; ce qu'on desireroit d'eux seroit de dégager nos vaisseaux qui sont au Texel et courent grand danger d'estre tous perdus. M" des Estats sont accusez de connivence en ce fait : trois vaisseaux d'Amsterdam ont esté spectateurs oisifs ; ils s'excusent n'ayant ordre de leurs supérieurs de combattre.

Je vous envoyé un petit livret que M' Grotius m'a baillé pour vous estre envoyé : ce présent vous sera bien agréable, car cet ouvrage est excellent"^. Ces vers latins sont à M' de Cordes, que vous renvoyerez, les ayant faits transcripre, si tant est que ne les ayez desja du temps que W vostre frère estoit icy. Ce trailté de la Musique est fait par le P. Mersenne, minime', qui a

' Maximilien de Bélhune , alors âgé de soixantesept ans, était grand maître de l'artillerie depuis iSgg : il ne devait pas tarder à se démettre de cette charge et i recevoir comme dédommagement (i634) le bâton de maréchal de France.

* De veritate religionit Chrùlianœ (Leyde, 1637, in-19). M. Ernest Grégoire, qui, dans la Nouvelle biographie générale (l. XXII, colonne SI 3), cite sur les nombreuses éditions et traductions en presque toutes les langues de ce pelil livre le travail bibliographique de J.-Chr. Laccker {Dxitertatio hisioriam lAetli Grotiani de Veritate

religionit Chrialianœ complecten$ , 1795, in-4°). juge le traité de Grotius comme le jugeait Uiipuy : «cet ouvrage n'a pas une grande étendue, mais il est substantiel; l'argumentation en est serrée, le style éloquent, n

^ Le père Marin Mersenne naquit le H septembre i588 au hameau de la SoulUère (commune d'Oise, Sarlhe ) et mourut à Paris le 1"' septembre 1647. Voir sur ce malbématicieo , philosophe, physicien, etc., une importante notice de M. B. Hauréau (Hittoire littéraire du Maine, seconde édition, t. VIII, 1876, p. 11 a-

desja escript'. Il a déguisé son nom pour certaines considérations; je vous prie ne le nommer. Il y a long temps qu'il esludie cette matière 2. Cette lettre manuscripte est très bonne et de bon lieu et contient plusieurs particularitez notables; j'ay creu que vous seriez bien aise de la voir. Pour cet imprimé du P. Placide autrement Bremond^, il est aussy véritable et plus particulier que Iff lettre. Je suis marry qu'il aye meslé des niaiseries et fadaises parmy et qu'il ne s'est adressé à un meilleur secrétaire. Je crois sans double que c'est le niesme que M' Lucas par ses lettres qualifie Prieur de Saint-Michel en Herm*; il a esté icy et les Reynes luy ont mis elles-mesmes au col des chaisnes d'or au 4ieu de son chapelet. J'ay ouy dire qu'il est fort grossier et lourdaut en ses discours. Ar le Nonce, à ce qu'il a dit à mon frère, ne l'a point veu, et est faux par conséquent ce qu'on avoit publié de cette prétendue absolution.

Je vous envoyé une leltre de M' Camerarius que M"' Godefroi a receue. Mon frère vous baise les mains, comme je fais de ma part, vous priant de croire que je suis.

Monsieur, vostre, etc.

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