IMPRIMERIE NATIONALE
M DCCG XC. L.
AUX FRÈRES DUPUyJ
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur S Je ne veulx pas laisser partir la staffette, restabiie' aulcunement depuis la cessation des courriers , sans avoir le bien de vous salliier, et souhaicter la bonne année où nous entrons, et vous dire que grâces à Dieu nous sommes encores en trez bonne santé en ce pais. Mais nos appréhensions ne peuvent pas cesser, quand nous apprenons que la maladie ^ est dans les lieux de Vigile ' et de Fraye *, fort prez de Grenoble^ où i on ne se garde point bien. Et qui pix est nous pensions que le bas Languedoc se peusse garentir du mal , comme il avoit faict jusques à présent. Mais depuis peu Laudun® en a esté frappé, qui est prez de Bagnols^ et le S* Esprit®, ce qui luy a faict perdre l'entrée, et
^ Probabiemenl la localité appelée aujourd'hui le Frayais, dans la commune de Grolles-d*Isère , arrondisSéroènl de Grenoble , canton du Touvet. "' ' * """ * ' "^
* Vizille et Crolles sonjt Vânb^virgtaift^ de kilomètres de Grenoble. *'*^' * '*'"'
' Commune du dép4rtë^^rft**dit Gard", airqjidissemçnl d'Uzès, cantoii tté^ftôQuc * maure, à 89 kilomètres de Nimes.
' Bagnols-sur-Gèze, chef-lieu de canton de Tarrondissement d*Uzès. Voir t. I, p. 606.
' Pont-Saint-Esprit , chef-lieu de canton de FarrondiBsement d'Uzès. Voir 1 1, p, 899.
^ Les notes, dans ce volume et dans le suivant, seront beaucoup moins nombreuses que dans le premier, parce que soit pour les noms d'hommes et de lieux, soit pour les choses bibliographiques et philologiques, la plupart des explications ont été déjà données et qu'il suffira le plus souvent de renvoyer le lecteur au commentaire de la première partie de la Correspondance de Peiresc avec les frères Dupuy.
* C'est-à-dire la peste.
' Vizille, chef-lieu de canton du département de l'Isère, dont il a été question dans le tome I, p. 646.
MPtiaCBIB ■ATlOSAI.Jt.
à dix villages d alientour, qui avoient eu fraischençient commerce avec ceux de Laudun , bien que le mal n ayt pas encore paru en aucun autre d'iceulx qu à Laudua. Au comté de Venaysin le mal ne faict pas de nouveau progrez, au contraire il diminue grandement. Et ceux qui ont usé des remèdes nouvellement mis en prattique eschappent tous. Nous pensions restablir l'entrée d'Avignon, mais il y aura prou peine de s'y resouldre encores, si le mal du dit conté cesse tout à faict. Je n ay pas eu de vos lettres plus fraisches que de la fin d'octobre, et vous ay escript par toutes les commoditez qui se sont présentées, mesmes par la voye ordinaire de la staffette de Lyon, ou de Belmont^ d'où c'est que M' de Fetan^ dalte maintenant ses lettres, et d'où il faict partir une despesche^ quasi toutes les semaines une foys, ayant continué de m'escrire et de m'adresser tousjours quelque letti*e de mes amys, tantost de M'' Gassendi tantost d'autres, que nous recevons aprez estre passées par le vinaigre. Par la dernière staifette du dit s"" de Felan du 18 décembre, je receus une lettre de M' Gassendi du 12"^, qui accusoit la réception d'une mienne du 1 U novembre que j'avois envoyée par M*^ de Falaize soubs vostre enveloppe, dont j'ay esté bien aise, car j'estois en peine de cepacquet, M"* de Fetan ne m'ayant poinct accusé la réception de celles que je luy avois adressées par le dit a' de Falaize. Mais j'ay esté encores plus content d'apprendre par le dit s' Gassendi qu'il avoit veu entre vos mains de mes lettres encores plus fraisches. Ce qui me faict conjecturer que ce puissent estre celles que . j'avois baillées «au s*^ CoUon du 28"^ novembre. Vous en aurez depuis re.c8u%dy :ù *â!^mbre que j'avois envoyées par la staffette dont M"* de •/.Vt'.Fefin ti^'.àcouse la réception. Et ay encore escript depuis par un cour-
j*i£f^ ^(fpot*dhiaire du pais party le 20 du mois passé. Par le retour , • • ••' .. •• * • •
; ^ Cbmmune du département du RMne, * Sur M. de Fetan, voir 1. 1, p. 98.
canton d'Anse, arrondissement de Ville- ^ (Test-à-dire un paquet de lettres et
franche, à 17 kilomètres de Lyon. Voir p. à autres objets confies k la poste. Ce sens du
une noie sur Balmont. S'agit-3 de deux lo- mot dépêche n'a été indique ni dans le Die-
calités différentes? Le nom a-t-ii été mal timnaire de Littré , ni dans les dictionnaires
écrit, ou a-t-il été mal lu? antérieurs.
duquel je me promets d-avoir de voz nouvelles Dieu aydant. Nous n en avons poinct icy que du passage des troupes que le Roy veult envoyer en Italie, dont les s,ooo hommes du chevalier de la Valette^ ont rompu la glace ^ et commancé à brescher' noz règlements de santé. Mais il n'y a pas moyen de desobeyr au maislre eu chose si importante au bien de son sçrvice. On y apporte toutes les précautions que Ton peut. Vous aurez à ce coup des vers de M' Viaz* sur la prinse de la Rochelle^, et si la despesche ne part demain, vous en aurez de M' Remy •. Pour des fruicts d'un païs qui ne produit rien de plus noble que des oranges aigres, ils ne seront possible pas trouvez tant mauvais. Je vouidrois bien qu'ils fussent à vostre goust et de céz messieurs de vostre Académie. Pour le moings tesmoigneront-ils la bonne volonté des autheurs comme de leurs compatriottes. Les Flamands de Marseille ont eu roolle des chargements des despouilles que les HoHandois ont rapportées de la flotte d'Espagne, mais on n'en scait pas les particularités; ce sera une grande affaire, si elle est bien véritable. M' nostre Gouverneur ^ est venu aujourd'huy de Marseille , aux fins de concerter la forme du passage des troupes du chevalier de la Valette, comme je pense. Nous verrons demain Dieu aydant ce qu'il vouldra dire. Et je finiray en vous baisant trez humblement
^ Louis, chevalier de la Valette, était un enfant naturel de Jean-Louis de Nogaret, duc d'Épernon. U devint, en i645, lieutenant général de l'armée navale des Vénitiens et mourut en i65o.
* G*est-ë-dire ont surmonté les premières difficultés. Littré ne cite , au sujet de cette locution, qu'une phrase du duc de Saint- Simon.
^ Sur le mot breseher, voir le tome I,
* Sur Balthazar de Vias, voir le tome I, p. 385.
' Voir sur ces vers le fascicule VI des Correspondants de Peiresc, i883, p. xiv. ' Sur Abraham Remy, voir t. I, p. 678.
La pièce de vers de Remy, dont une copie se trouve dans le registre XXXVII de la collection Peiresc & la bibliothèque d'Inguinibert, est intitulée : Rtipella obsesêa,fui gali AngU, ad illusirissimum cardinalem de Richelieu, Ce morceau et quelques autres {Ad RupeUam. Cal, aprilis i6a8; Heeresii moriens ad Rupellamos ohsessos; Temphtm gloritB e ruiniê Rupellœ excitaium Ludavieo XIII tritm^hanti) sont reproduits dans le petit volume publié à Paris chez Jean Libert, i6&5 : Abrakami Renmii eloquentiœ projisioris et poeUe r^i poemata (p. 7m8).
^ Le duc de Guise, déjà bien souvent nommé dans le tome I.
à LETTRES DE PEIRESC [1629]
les mains et à Monsieur du Puy vostre frère et à toute l'Académie, demeurant.
Monsieur,
vostre Irez humble et trez obéissant serviteur, DB Peiresg.
A Aix, ce & janvier 1639.
Je vous envoyé un catalogue de livres m[anu]s[crit]s la pluspart grecs où j'estime qu'il y ayt quelque chose qui mérite de n'estre pas négligée. Un mien amy a descouvert cette cache ^ en un lieu, où je faics ce que je puis pour faire valloir un peu de crédit que j'y pensois avoir, et pour faire disposer le maistre des dits livres de s'en desfaire et d'y mettre un prix. Je ne scay si j'en pourray venir à bout. Cependant je serois bien aise de scavoir de vous et de cez messieurs de l'Académie qui y tiennent le hault bout s'ils y auront rien trouvé qui arrive jusques à leur goust, et combien ils estimeroient à peu prez que le petit recueil se peult honnestement payer.
Si l'on imprime l'ordre des courriers ordinaires qui parlent de Paris toutes les semaines pour les paLs estrangers et pour les provinces du royaulme , comme les années précédantes, je vous prie de m'en envoyer un exemplaire à la première commodité, par la voye ordinaire de Lyon ou de Balmont^, car il n'y aura pas de danger que cela passe par le vinaigre.
• On vous adressera possible quelque lettre de change de Bordeaux de la part des gents de mon abbayie^ auxquels ay mandé de le faire, si leur commerce est tout à faict rompu comme il semble avec Mar-
* Uttré n'a dtë sous ie mot cache que unenotedeM.de Cazenove(L7ft/cnfié£atre
des témoignages d'écrivains post^eurs , des chercheurs et curieux du 9 5 janvier 1 888 ,
Molière, La Fontaine, Voltaire, Regard, p. 69). J.-J. Rousseau. ' L'abbaye de Gnttres. Voir la savante
' Baimont est un lieu dit coteau et montée monographie publiée par M. Ant. de Lande Balmont, qui se trouve entre la gare de tenay : Pehresc abbé de Gwtres (Bordeaui, Vaise (Paris-Lyon) et le fort de Dncheré. 1888, grand in-8*). Voir divers détails sur cette localité dans
seilie à cause du mal de Thoulouse ^ Si cela est, je vous supplie de recevoir ces deniers aux termes apposez aux dites lettres de change, et s'il y a commodité de les faire remettre en cette ville ou à Marseille par Messieurs Passa rt et Sarons, ou autre de vostre cognoissance à la meilleure condition qui se pourra, vous m'obligerez bien fort, si ce n est que quelqu'un de ccz commis de Tespargne baîllast bonne rescription sur les receptes générales, à cette heure que l'armée vient de de ça, ou autrement, auquel cas M' le Peletier^ pourroit faire l'office envers cez Messieurs. H y a lieu d'y penser. Mais tousjours suis-je d'advis que vous en reteniez là ce que vous jugerez à propos , pour satisfaire à mes petites commissions ordinaires de libvres. Excusez mes importunitez , je vous supplie.
Je vous recommande le pacquet de M"* Gassendi, ensemble celuy de M' Moineau' et la lettre du sieur Naudé* au cas que M' Gassendi ne fust à la viite.
Si vous voyez M' de Vrys ^, je vous prie de luy dire ou envoyer dire par un des vostres que, selon son désir, M' le General des Galères^ l'a recommandé chèrement à M' l'Archevesque de Paris ^ en luy escrivant d'autre choses
' La peste ravageail alors Toulouse et une grande partie du Languedoc. Voir des d^Cafls sur ces ravages dans le fascicule X des CorrupomdanU de Peirese, t885. Lettres Je GwUmam i'Ahhatia, p. v et a5-â8.
' Voirt I,p. 3oi.
* Sur le docteur Reûë Moreau, voir t. I, p. A 19, et surtout p. 879.
* Sur Gabriel Naud^, voir t I, mêmes lettres, p. Ao5, ii3, 87/i.
' Sur le peintre Adrien de Vries, voir t. T, p. 61, 789, 734, etc.
* Philippe-Emmanuel de Gondi.
' Jean-François de Gond t.
* Bibliothèque nationale, collection Dupuy,,vol. 717, fol. •.
U k MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
ADVOGAT EN LA COUR DE PARLEMENT, RÛK DES P0IGTEVIN8 DEBRl^RB SAINT ANDRlE DES ARTS CHE2 m' DE THOD,
À PARIS
Monsieur, J'avois esté pius de deux nioys entiers sans aulcunes lettres vostres, naais par ia dernière staffette de M"" de Fétan j'en ay receu tout d'un coup si grand nombre que j'en suis honteux, à sçavoir du 6 novembre (soubs une enveloppe de M' le Peletier du i o décembre à M'^ le premier présidant d'Oppede^), du 12, 19, 21 et â8 décembre avec lettres de M' Gassendi du 1 9"®, de M'' de la Baroderie ^ du 5"*^ du dernier, de Lorraine du 3 novembre, du s' de Vris du 17"* et une boitte de plantes du s' Robin ^, laquelle passa dans le vinaigre mais si heureusement, parce qu elle estoit exactement bien adjustée et clouée, qu aulcune humidité ne pénétra dans la boitte et les plantes se trou* vèrent trez bien conditionnées. Vray est que ce que vous aviez cotté dessus de vostre main du jour du partement de Paris tant de la dicte boitte que pacquet de lettres empescbà que rien ne fust ouvert, et fit que Ton se contenta de tremper au vinaigre les pacquets tout clos, oii il n'y eut quasi que les seules enveloppes mouillées. Je vous prie d'user de la mesme précaution à l'advenir, car les autres pacquets que l'on soubçonne venir de Lion sont tellement grillez ou bouilliz que tout se gaste. Or il n'y a pas une de voz lettres ou je n'aye trouvé de nouvelles obligations que je vous ay lesquelles meriteroient de bien plus grands remerciements que je ne scaurois faire ejt des effects de mon service que je vouldrois bien pouvoir acquitter. Mais il y faudroit des responses particulières que je ne puis vous faire présentement à mon
' Anne de Mayoier, baron d*Oppède, mentionne dans ietome I, p. t/io. — ' Voir t. I, p. 733. — * Voir t. I,p. 55o.
trez grand regret, pour avoir esté constraint inespérémeni et hors de mon rang et ordre du tableau d'aller aujourd'huy à la garde de la porte de la ville, avec un mauvais temps, qui m*a opcasionné un peu de colique et obligé de me jetter dans le iict d ou je vous faicts ce mot pour accuser seulement la réception de voz lettres, et vous supplier de m'excuser pour cette foys si je ne faicts mieux mon debvoir, à quoy je suppléeray par la prochaine stâffette ne trouvant pas de meilleure voye, quelques bonnes qualilez que puissent avoir tous autres porteurs, comme vous pouvez voir par le temps qui s'escoula avant que vous eussiez mes lettres par M*" de Falaize, qui n'a poinct encores paru de par deçà ni par conséquent voz lettres du 8"® que j'attends impatiamment puis que vous m'y renvoyez, pour la response de mes précédantes lettres. On nous dict icy que M^ le Mareschal d'Estrée ' est à Valance^ puis quelques jours. Nous appréhendons fort le passage des trouppes pour la maladie qu'on dict estre desjà dans les trouppes de Montbrison '. Tout est en la main de Dieu. Nous allons rendre l'entrée à ceux d'Avignon ; le mai est cessé par tous les lieux du conté Venaissin où il estoit fort et excepté dans Carpentras où il faict bien du ravagea Sur quoy je finis demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresg.
Vous suppliant que la presante soit commune à Monsieur Du Puy, vostre cher frère.
A Ail, ce 90 janyier au soir, tGsg.
Je vous recommande trez instamment le pacquet cy joinct pour Bordeaux d'où j'ay enfin eu des lettres par Marseille.
' Sur ce personnage, voir Ll, p. 777. * Voir sur ia peste de Garpentraa t.-I,
' Le chef-lieu actuel du département de p. 741. Dans le volume 9537 du fonds
la Drôme. français on Ironve (pièce n** 5) une lettre
' Aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement écrite d'Avignon à Peiresc, le ^7 avril
du département de la Loire , à 35 kilomètres 1 699 , contenant des nouvelles de Garpen-
de SaintrEtienne. tras « où , dit-on , 9 ta santé va s'améliorant 9).
Comme aussy le pacquet de M' Guiltard et celuy de Robbia qui sont voisins, bien niary de donner cette courvée à voz gents, mais il importe pour cette foys, sans conséquance ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOGAT EN LA COUR DE PARLEMENT, RUB DBS POICTETINS PRKZ SAINT ÂNDB^ DBS ARTZ CHEZ M' DE THOO,
À PARIS
Monsieur, Par la dernière staffelte qu'on fit partir d'icy il y a dix ou douze jours je vous accusois la réception de vos despesches venues par la mesme voye, tant du 6 novembre que du mois de décembre jusques au 28"^ fors celle du s' de Falaise du 8"^ laquelle est depuis arrivée, aprez toutes foys voz lettres du 8 janvier pareillement venues par staffette, lesquelles m'accusoient celles tant du s^ Bide que de vostre petit courrier, que jay enfin receûes peu à peu, trez bien conditionnées , et par conséquant le livre de M*" Rigault, et tous cez autres livretz et lettres du dernier décembre et 2"® janvier, sans que rien de tout cela soit passé par le vinaigre. Car touz nos ordres sévères commancent maintenant à cesser puis la venue de M' le Mareschal d'Ëstrée et de tout son train , qui a voulu passer sans porter aulcune billette de santé des lieux de son passage, non plus que Bezançon commissaire général ^, un mareschal de camp qui ne voulut dire son nom lequel couroit à six chevaulx, qui estoil possible le Mareschal DuxeP, et plusieurs autres courriers, tant du Roy, que des officiers de l'armée. Vostre petit cour-
* Vol. 717, fol. 4. écrivain raconte {tbtd,, p. a5) qu'en avril ' Charies de Besançon , seigneur de Sou^ 1639, à Sose, le maréchal d'Estrées se ligne, était commis aui subsistances des ar- plaignit à Louis XIII de la conduite de Bernées. Bassompierre 1 accuse d'avoir rempli sançon.
sa bourse aux dépens de la nourriture des ' C'était Jacques du Blé, marquis d'D-
soidats {Mémoires, t. IV, p. aSi ). Le même xelles. Voir t. I, p. 688.
rier ne partit de Paris que le âi°^, aussy n'arriva il que dimanche passé. Le s' Bide m'avoit envoyé de Marseille son pacquet dez le vendredy au soir, sur le poinct que l'on expedioit un messager à Gènes pour porter les lettres du vice légat d'Avignon pour Romme où j'eusse peu envoyer le TertuUian s'il fut venu par le dict s' Bide, comme j'envoyay l'inscription de M' Rigault au cardinal \ c'est à dire celle qui estoit venue soubs son enveloppe de luy, et non l'autre que vous m'aviez adressée parmy ces petits livrets. Mais à quelque chose malheur sera bon, car si le TertuUian fut allé dez lors, c'eust esté sans l'epistre liminaire que je trouve excellante, et trez digne d'estre veûe par le cardinal auparavant la préface, comme y servant de grande modification. Ce qui n'eust peu estre prest en cette conjoncture que j'estois si pressé. Maintenant nous verrons si mon relieur auroit le courage de l'insérer dans le volume de la relieure du Gascon assez proprement puisque le dict Gascon se faisoit fort d'en venir à bout. Sinon au pix aller, je ferai achever de relier l'exemplaire que j'en avois eu au commancement avec la dicte epistre en son lieu, et le ferai couvrir sinon de ce beau cuir marbré, au moings du vray marroquin de Levant ou du sagrin^ de Perse, avec la plus propre doreure que mon homme ^ y sçaurà faire, dont je veux croire qu'il s'acquittera aulcunement bien, si ce n'est pour la tranche, où il ne scauroit faire la couche mar* brée. Mais j'estime que cela importe moings que de laisser en arrière une si belle epistre et si nécessaire à voir conjoinctement avec les notes. Cependant je vous supplie de m'envoyer quelque autre exemplaire de la mesme epistre et du petit indice que Tautheur a adjousté au bout de ses notes pour les faire insérer au livre qui me demeurera, sans qu'il soit de besoing que M' Rigault se mette en peine de m'en-
^ Le cardinal toat court, c'est toujours ' C'eat-à-dire mon serviteur et, par
Fr. Barberini. conséquent, Corberan, au sujet duquel
' La forme sagrin reprësente-t-elle la je citerai cette phrase de la Vie de Pei-
(MTononciation du mot chagrin en Provence resc par Gassendi (iiv. VI, p. 543) :
au xYii* siècle? On Peiresc tenaitnii compte (rSimeoni Gorberano, ingenioso glntina-
de Torigine orientale du mot {sagri en turc) ? tori. d
larmiMEftii katioxalb.
voyer un autre exemplaire de son Tertullian pour moy, comme vous me dicles qu'il vouloit faire^ estant raisonable que je me contente de Tun de ceux qu'il m'a ja adressez. Mais vous me ferez plaisir de m'en achepter une coupple d'exemplaires en blanc bien complets, pour en faire part à de mes amys de par deçà, et par la première commodité pour l'Italie, j'envoyeray le livre et la lettre du dict s' Rigault au cardinal soubs l'adresse de Dom du Puy afin qu'il les presante de sa main-, selon vostre désir. J'ay trouvé la lettre du dict s' Rigault pour Rome, trez belle et digne de son autheur et de celuy à qui elle est escritteS et crois qu'il en demeurera grandement satisfaict. Au reste ce livre avoit esté si proprement empacquetté, que quand le pacquet eust passé par la purification du vinaigre, je pense que rien ne Tauroit peu endaumager. Son inscription a esté grandement admirée icy d'un chas* cun et crois qu'elle ne le sera pas moings dans Rome ; elle vint bien à poinct pour y passer, dont je lui demeure infiniment redevable, et à vous de m'en avoir procuré la communication, comme aussy de tous cez autres livrets tant de M^ Grotius que autres^ et des papiers et me* moires de la Rochelle, qui ne nous ont pas esté moings nouveaux pour estre de vieille datte, car nous n'avions quasi rien apprins des curieuses remarques et particularitez qui y sont descriltes. C'est pourquoy je vous en remercie trez humblement de tout mon cœur, ensemble de cette belle response au manifeste de Savoye^ dont on nous avoit faiet grande feste sans que nous l'eussioùs peu voir. Ayant encor esté bien aise d'apprendre que vous ayez veu l'Italien primitif, car j'eusse creu qu'il eust esté faict en France sans cela. Je n'ay pas encores peu voir M** Bide puis son arrivée en ce pais, mais mon frère Ta veu à Marseille, et luy a faict toutes les offres d'honesteté à luy possibles de sa part et
^ Le cardinal de Richelieu. férent et avec indicalion de lieu : Le tnoitt-
' Réponse au mamfette de M. le due de feUe de France y emayi au duc de Savaye,
Sapoj^, dédiée à Son Allecce; Iraàek de l'ita* sur l'état présent des affaires de Fnmce, Matih
Uen,i99^riméâFrancJwi{BA.^ i^ùSAxk-li''), toue et Saw»fe (Pans, E. Marlin, 1638,
11 y eat deux autres ëditiom bous le même m-S"*).
titre dans ie format in-8* m 1638 et t63o, ' ltispos$a «/ man^esto del sereniesiwm
et'une autre édition encore sons un titre dif* ducé diSavoia (Francfort, 1 6a6, în-i").
de la mfêane. Il doibt venir icy, où nous lattendons en bonne dévotion pour luy tesmoigner le pouvoir que vous avez sur nous. Je Tavois veu par hasard une autre foys qu il passa en cette ville revenant de la Rochelle, in'estant moy trouvé de garde à la porte de la ville, où je voulus faire cognoissance avec luy, mais il s'excusa disant vouloir passer incognito. Il estoit avec la Miliere ^ qui a esté au gênerai des Galères et qui est maintenant à M' de Mantoiie, et en tout plein demploy. Il ne ma envoyé aulcune lettre de M' Priandi ^, possible la reserve il pour sa venue y mais je ne laisray de le servir cordialement en tout ce qui me sera possible. J'ai veu icy un M'' d'Auviilier^ qui est de la suite de M' le Mareschal d'Estrée, qui a Thonneur désire cogneu de vous, et qui monstre d'estre grandement curieux. Il est un peu incommodé des jambes, et a faict, ce dict il, grand sesjour en Italie, durant lambassade et expédition militaire de M' le Mareschal. Mais je fus estonnéde ce que luy ayant moy demandé des nouvelles du dict s^ Bide, il me dict qu'il ne le cognoissoit nullement et qu il s en enquerroit.
Quant à voz lettres et mémoires, j*ay veu le roUe quil vous a pieu dresser de Temploy de loo libvres dont jay ^sté aussy honteux que des précédants, jugeant cette punctualité grandement à charge à une personne de vostre sorte, quoy que vous puisse faire dire au contraire Texcez de vostre courtoisie. £t si vous ne vous résolvez de vous abstenir de vous donner cette peine, vous me constraindrez de m'abstenir de vous employer en la recherche des livres et autres choses du temps, estant impossible que vous n'oublyez souvent des articles de despance àwôsfare préjudice, et que cette peine ne vous soit plus importune que la recherche mesmes des livres. Vous auriez subject de n avoir pas de regret, quand vous auriez mis dans une bource à part l'argent
^ J'ai vamement cherché le nom de ce qai figure dans le recueil Avenel (t V et
personnage dans les recueils de la première VII ).
moitié du xvn* âède, et notamment dans * Sur cet ambassadeur du duc de Man^
les Mémoires de Bassompierre et les HisUh toue, voir 1. 1, p. 779.
riettes de Tallemant des Réaux. D ne faut ' Je dirai pour d*AaviUier ce que je viens
évidemmait pas l'identifier avec le sieur de de dire pour La Millière : je ne trouve son
Minière, gratilbomme de la maison du roi, nom nulle part
qu on vous auroit donné pour moy et que vous y puiseriez pour les fournitures me concernant tant qu il dureroit, sans vous astraindre à rescriptiire de toutes ces parties. Et vous m'osteriez l'anxiété où vous me tenez. Pour l'honneur de Dieu faictes l'ainsiu dezhorsmais, je vous supplie, et ne me donnez plus de telles mortifications qui blessent en quelque façon la confiance que j'ay en vous, et desrogent grandement à la liberté de la correspondance que je pensois tenir avec vous, que vous me contraindriez d'interrompre , si vous ne me donnez ce contentement, que je vous ay si instamment requis, comme je faicts encores en toute humilité, espérant que vous ne m'en vouldrez plus esconduire. Cependant à ce que j'ay peu juger par les derniers articles de ce bordereau, il fault bien que vous soyez grandement en advance pour moy, ayant retenu comme vous avez faict sur mon conte, et des livres d'Elzevir, et de ceux de là foire, et de ceux mesmes de Paris, ce que vous nedebvez pas laisser si longtemps sur voz coffres. C'est pour quoy je vous supplie trez humblement d'envoyer prendre chez la dame de Lignage ce que vous jugerez à propos, estimant qu'elle ne faira pas difficulté de continuer ses fournitures sur les lettres de crédict de Marseille où j'escriray qu'on en r'affraischisse l'ordre. Et quand il viendra, soit parla Hollande, ou par l'Allemagne, quelque exemplaire de ce livre intitulé Marmora Arundelliana ^ j'en suis si affamé, que vous m'obligerez infiniment de m'en faire avoir un , le plustost qu'il se pourra , m'estonnant que quelqu'un de voz libraires n'aye prins le soing d'en faire venir de ces lieux-là. Car il y a longtemps qu'on en a eu dans Rome. J'ay eu ici un exemplaire des mémoires de la royne Marguerite ^, qui est venu par Avignon sans passer par le vinaigre; j'ay admiré de voir que l'édition ayt esté non seulement advouée par un imprimeur, mais par un privilège^. C'est Mon Signer Bagny qui me l'a envoyé, qui
^ C'est louvrage publie par Jean Selden le Manuel du Ubraire (t III, coL li&i). en 1638-1 639 .'Marmora i4r«mie/tana^ sive * L'édition faîte par Aoger de Moléon,
saxa grœca incisa (in-<â*). Voir sur les édi- seigneur de Granier, à Paris, ches^Ch. Gbap-
tions suivantes des inscriptions des marbres pelain, 1698, petit in-8*. de Paros , qui avaient été acheta par Peiresc ^ Ce privilège , qui étonnait tant Peiresc ,
avant d'être achetés par le comte d'Arandd, ne reparut pas dans la réimpression qui fut '
a esté la cause que je ne lay pas faict passer plus oultre, jugeant bien qu'il Tauroît faict luy mesme. Je seray pourtant bien aise d'en avoir quelque autre exemplaire pour mes amys, et le livre du Florentin que vous dictes avoir esté nouvellement imprimé là si exactement, et plustost du beau papier que du pire. Il me tarde bien aussy que ^nous puissions avoir cez conciles du P. Sirmoud et le Solin de M' de Saulmaise ^ où je me promets de trouver de rares observations.
Au reste, ça esté un merveilleux coup de partie^ que la prinse de cette flotte des Indes occidentales'. Ces peuples se vont rendre les maistres de la mer en despit de la grandeur d'Espagne. Et m'eslonûe que cela ne constraigne l'espagnol à faire la paix en Italie, espérant que quelque bonne mine qu'il face quelque temps, il fauldrà enfin qu'il ployé. M** de Savoye faict tousjours continuer les travaulx de la fortification du chasleau de Nice et du fort S^ Souspir.
On dict que Dom Felice^ a faict une querelle d'Alleman^au pauvre baron d'Alemagne, gênerai des Galères de S. A.^, luy ayant donné un
doDnëe, la même année, des Mémoires de la Boitte Marguerite et qui, sauf cette omission , est en toat point conforme à l'édition originale.
* Rappelons que les Conciles du P. Sirmond ( Concilia antiqua Galliœ) parurent chez Cramoisy en 1639 (in-fol.), et que le Solin de Saumaise {PUnianœ eœereitaUones in Caii Juin Solini Pofyhistora) panit la même année chez Drooart
* Littré, sur cette expression , ne cite que deux phrases de M"* de Sévigné.
^ Onliidaml'Artdeviryierksdates{ChrO' nologie historique de la Hollande, édiL in-8% t XIV, 1819, p. 479): «tLes armateurs hollandais , Tan 1698, firent essuyer à cette dernière puissance [FEspagne], à la hauteur de Cuba, en Amérique, une .perte considérable par Tenlèvement de leur flotte, dont la prise fut évaluée à douze millions dç florins, n
* U Vassor (Histoire de Louis XIII, t. V, p. 637) nous apprend que ce trDom Félix 9» était (rfils naturel de ta maison de Savoye et gouverneur de Montmeliant». Dom Félix est souvent mentionné dans le recueil Avenel (L VI, VII, VIII). Le savant éditeur se contente d en faire rrun gentilhomme attaché h la duchesse de Savoie».
* Littré, sous cette locution proverbiale, n*a cité que deux phrases de Scarron et de M"* de Sévigné.
* Nous retrouvons ce personnage dans une lettre du cardinal de Richelieu du 3i juillet i636 (Recueil Avenel, L V, p. 59&) : irLe baron d'Alemagne est employé dans Testât de farmée navale en qualité de chef d'escadre de Provence.*) Sur Biaise, baron d'Allemagne et delà Font, et sa fille. M"* de Joucques, voir Tallcmant des Réanx, t. Vif, p. 396.
là LETTRES DE PEIRESC [1629]
soufflet, et lautre ayant voulu mettre la main à lespée, il le flt saisir et emprisonner au dit chasteau. Ce n est rien qui n eust esté predict à ce pauvre gentilhomme, que je tiens perdu tout à faict sans ressource queiquonque et aussy bien que le s' d'Albiny ^
Depuis avoir escript, la despesche n'estant partie on a eu advis que la nouvelle de l'emprisonnement du baron d Allemagne n'estoit pas véritable, dont j'ay esté bien aise, car c'estoit grand daumage de la perte d'un si brave gentilhomme. Ce 5 febvrier*.
Je déplore infiniment la mésintelligence d'entre M*" l'archevesque de Thoulouze ' et le parlement et ne doubte poinct que cela ne nuise à l'un et à l'autre ordre. Je dis à l'un et à l'autre, d'aultant que bien que M' l'archevesque emporte l'advantage à ce coup selon la disposition du temps, il y aura possible tant de peine à l'exécution entière, et tant de matière de nouvelles brouiileries, qu'on vouldroit avoir esté à recommancer. Et cela sera pour estre tiré à consequance ailleurs, et pour rompre en divers lieux la bonne correspondance qui y pouvoit estre, laquelle semble beaucoup plus à prixser que tout autre advantage qu'on y sçauroit prétendre.
Un navire turquesque * s'est eschoûé entre les isles d'Ieres et la terre ferme, où c'est qu'une cinquantaine de Turcs se sont saulvez cgmme ils ont peu. Entre lesquels plusieurs esclaves ont trouvé leur liberté, et deux Turcs reniez, se souvenant d'avoir esté chrestiens en leur enfance, ont déclaré vouloir revenir à l'église et les a on mis dans le cou*
^ C'est le personnage appelé d'AIbigny dans les Mémoires de Bassompierre (t. I, p. 84 et a6S) et qui, après avoir été gouverneur delà Savoie, mourut emprisonné en 1609.
* Ce paragraphe a été ajouté en marge, en regard du paragraphe commençant par les mots : trOn dit que Dom Fdice. .. f) , lequel a été biffé de trois traits de plume.
' Charles de Montchal. Voir sur ce prélat le tome I , p. 888. Une intéressante étude lui
a été consacrée par M. Léon-G. Pelissier dans le fiiscicule 1 de son recueil intitulé : Les amis d-Holstenius (Rome, 1886, grand in-8*. Extrait du tome VI des Mélanges d'archéologie et d'histoire, publiés par i*Éo6le française de Rome).
* Montaigne a dit : tes armées Turfws^ ques. Turc a remplacé Turquesque dans là seconde moitié du xvu* siècle, et tout le monde connaît làgaUhre tunpie du SeafinAt Molière.
vent des PP. Recolez pour les instruire au christianisme. J avois un petit livret que je voulois envoyer à cez pères » imprimé à Paris in*8^ ib'jU chez Martin le jeune, soubs le tittre de Confusion de la secte de Mahomet, traduict par Guy le Febvre de la Boderie ^ Mais je ne lay sceu retrouver en mon estude; si vous en rencontriez quelque exemplaire, soit en blanc ou frippé, vous m'obligerez de m'en faire avoir un, et de me l'envoyer par la première commodité.
Quant au s' de Vris peinctre, je vous remercie par un million de foys des caresses et bons offices que vous luy av^z rendus et que vous ne cessez de luy rendre, mesmes de Tadvis qu il vous a pieu me donner que j'ay esté infiniment aise d'apprendre, non sans beaucoup de regret qae le pauvre homme se laisse ainsin emporter, comme font quelques foys les poètes, en l'admiration de leurs ouvrages, et de leurs heureuses rencontres de rimes, ou autres cadances, quasi inopinées, 11 faut qu'il ayt bien changé d'humeur, car il estoit merveilleusement humble en ce païs icy, et d une conversation doulce et complaisante, quasi comme* eeUe de M*" Rubens, au reste homme de grande probité et syncerité, et grandement timoré, de sorte que j'aurois peine à me pei^uader qu'il se laissast porter à des suppositions. Il m'escript qu'on avoit trouvé sa manière si approchante de celle de Antoine More, disciple de Titian, qui vivoit il y a 70 ans^ qu'on avoit revoequé en double si le portraict
' Cet écrivain naquit à ia Boderie (Calvadofi) le QaoAt i54i ety mooniten i&98. Voir sur loi et sur ses deux irères Nicolas et Antoine le livre du comte Hector de la Fer^ rière-Perey : Les Labodêrie, ituie sur uns famille nornMiuie (Paris, 1857, iii-8''). Voir spécialement snr Guy une étude de M. F. Nève: Guy le Fèvre de ia Boderie, onentaiiste et poète, l'un des coUaiorateurs de lapohfffhtte d'Anvers (186a , in-^). Le Manuel du lihraire ne menlioiiDe pas le peiii livret àùat parle Peiresc, mais il n'a pas été oublié par La Croix du Maûe, qui nous apprend que Topuscuie^ traduit de Titaiien par Le
Fèvre avait été écrit premièrement en espagnol par Jean André {Bibliothèque française, édition de 1773, t. I,p. 998).
' Antonio Moro, selon une note que veut bien me communiquer M. E. M&ntz,naqait à Utrecbt vers i5ia et mourut à Anvers de t576 à 1578. La Biographie universelle indique des dates bien différentes ,\535 pour la naissance, i568 pour ie décès. Horo fut le peintre de Charies-Quint et de Philippe II. U excella dans les portraits. Le Musée du Louvre en possède deux de cet babile artiste. (Voir le Catt^ogue de F École Jlatnande.) Moro, que Ton trouve en Italie du mois
de son frère n'estoit point de cette main là. Mais il m allègue en tesmoings deux peintres bien galants hommes que j ay veus icy, qui le cognoissent luy et son frère utérin qui est représenté en ce portraict. Bien veux-je croire qu'il la si longuement penéS et tant à son aise, son frère luy prestant le collet*, qu'il n'en feroit pas si aisément un pareil , et de faict il me dict que selon le payement on faict plus ou moings de travail, et que pour estre payé à la douzaine il ne seroit pas raisonable d'y apporter tant d'art et tant de soing. M' Rubens me paHe de luy en une de ses lettres ^, et me dit qu'il a veu de ses portraicts si exactement ressemblants, et de si bonne manière, qu'il le louoit grandement, ce qui me faict croire qu'il avoit possible veu la personne mesmes de son frère utérin qui est représentée en ce portraict; tant y a que j'en sçauray la vérité, car j'en feray escrire ces deux peinctres qu'il m'allègue. Et quand cette pièce ne seroit pas de luy, tousjours seray je bien aise d'avoir de sa main le portraict de M. Saulmaise* et quelque autre comme il m'a promis, et me contenterois bien de la bonté de la manière qu'il avoit autres foys icy, à plus forte raison s'il l'a bonifiée comme il dict. Aydez moy envers M*^ de Saulmaise pour luy faire donner le temps, et prester le collet. Et s'il faict M' Grotius, je le prieray de m'en faire une coppie, car celuy que j'ay* ressemble si peu à mon gré que j'avois peine de le recognoistre quand je le receus.
d'avril i55o au mois de novembre i55i, ne fiit pas disciple du Titien , comme l'ëcrit Peiresc; mais il copia d'une façon excellente pour Philippe II la Danaëde Tillustre peintre , et c'est de là sans doute , selon l'opinion de M. Mûntz, que vient la qualification d'élève du Titien.
^ Sous le mot peiner pris dans ce sens qui a toujours été peu usité, Littrë n'allègue aucun écrivain et se contente de donner un exemple général : Ce peintre peine heoMeciup ses tmorages,
■ C'est-à-dire l'aidant. Peiresc , on le voit , emploie cette locution dans un sens tout
contraire au sens habituel, lequel est celuici : se présenter pour lutter, être prêt à résister è quelqu'un, à disputer contre lui. Voir dans le DicUonnaire de Littré trois phrases de Bnssy-Rabatin , de Molière et de Destouches où prAer le eoUet reçoit cette dernière acception.
' Cette lettre ne nous a malheureusement pas été conservée.
* Il a déjà été question du portrait de Claude de Saumaise dans le tome I,
' Voir au sujet du portrait de Grotius
la page citée dans la note précédente.
Mais j'ay trouvé bien estrange sa prétention de faire aller M' de la Ville aux Clercs^ chez luy pour se laisser peindre, j'aymerois mieux n'avoir poinct de portraict de mes amys que de leur procurer une telle importunité ou servitude, je luy en escripts mon sentiment, et que je me contenteray plus tost d'un simple premier traict de ressemblance que de leur imposer cette servitude. Au reste il m'escript avoir nouvelles d'Anvers qu'on y avoit recouvré pour moy un exemplaire du livre de la maison de Ijynden^ avec quelque portraict qu'on luy debvoit bientost envoyer et qu'il esloit en peine de me le faire tenir; je luy mande qu'il vous remette le tout en main et que vous me ferez la faveur de prendre ce soing. Quand vous le verrez, je vous prie de l'en semondre, et de le faire* retirer, attendant qu'il se puisse restablir quelque commerce sans passer par Lyon. J'attendray impatiemment cez notes de M"" Heinsius^ sur le nouveau testament^, car ce qu'il a faict sur le Nonnus avec tant de modestie m'a infiniment agréé ^. Son Ovide et son Borace ne pourront estre que trez bons *, tant soit peu qu'il y ait contribué du sien, quand ce ne seroit que le choix des meilleures entre diverses leçons, ou la correction de l'ouvrage et netteté de l'édition.
J'ay veu le cathalogue des libvres m[anu]8[crit]s que le s' Franc. Bravo a baillé à M' Rigault où il y a bien des pièces curieuses et importantes, ce semble, mesmes le Fecundus Hermianensis dont il a fourny la coppie, mais pour mon goust de moy, qui ne puis pas tant bien me servir des meilleurs libvres, je vouldrois bien avoir veu cette
^ Sur Antoine de Lomënie, sieur de la Ville-anx-Glerc8, voir 1 1, p. 56.
' Annales généalogiques de la maison de Lynden, par F. Christophe Barkens, Anvers, t6a6.
^ Sur Daniel Heinsius, voir 1. 1, p. SBi.
* L*oavrage ne parut qu'après la mort de Peiresc : ExereitoUones saerœ ad Novum Testamenium (Leyde, 1689, in-fol.).
" Damelis Heinsii Aristàrckus Saeer, sive ad Nonni in lohannem meUqthrasin exereita^ (tones (Ley de, 1627, in-8*).
• VHoraee et YChide attendus par Peiresc parurent en 1639 (Leyde, in-16). Déjà Heinsius avait publie dans la même ville , en 1619, une édition in-8* d*Horaee qui avait été fort critiquée.
histoire ecclésiastique de Menegaldus puisqu'il a manié le Trogus, et qu il en a vraysembiablement conservé quelques fragments autres que ce que nous en a donné le Justin.
Gez etymologies aussy d'Orion grammaticus^ ne pourroient estre que de bon usage. Et cette histoire de Philostorgius de Pholius^ ensemble cez autres pièces de l'histoire constantinopolitaine de Briamius et de Nicephore Blemmydas '. Gomme j'escrivois la présente on m'a apporté de la poste vostre despesche du 1 5°^ soubs une enveloppe de M' Jacquet du 2 4"^ passée par le vinaigre, mais Dieu mercy il n'y a rien de si gasté qu'il ne puisse bien servir. Geluy qui a accoustumé d'estre au bureau pour la santé, et qui sçait mon humeur, ne s'y est pas trouvé par malheur, car la cotte du doz de vostre pacquet devoit empescher l'a purification du vinaigre ; on y avoit joinct au bureau de M' de Fetan un pacquet de Lyon qui a esté cause de ce desordre. Je luy veux mander de faire mettre soubs enveloppe séparée ce qui viendra de Paris. J'ay grande appréhension que cez changements ne desgoustent M' Jacquet, à quoy beaucoup d'honnestes gents feroient grande perte.
Voila quasi tout ce à quoy escheoit principalement responce sur toutes voz lettres, si ce n'est que je crains d'avoir oublié de vous accuser la réception de la boitte de cire d'Espagne, et de tout ce que vous aviez faict bailler au petit courrier du pais. Vous remerciant de rechef de tant de soing ef de tant de belles curiositéz et m[anu]s[cri]tes et imprimées dont nous ne vous sçaurions rendre aulcune revanche qui vaille. Et je suis constrainct de clorre pour le
' Lexicographe grec, ne à Thèbes en bgypte dans le v* siècle apès J.-G. Son Eiymologicmn a ëtë pabiié par Sturz dans le recueil des Etymologiea, dont il forme le 3' volume (Leipzig, i8ao, in-4**).
^ L'extrait de V Histoire eeclétiastijpêe de Philostorge (ne en Cappadoce dans le it* siècle après J.-G.) que nous a conservé Pliotius fut publié par J. Godefroy (Genève,
16&3 , in-i**), et de nouveau, quelques années plus tard, par Henri de Valois (Paris, 1678).
.' On a publié qudques pages de cet éerivain ecclésiastique du xui* siècle {Recueils de Raynaldi, de Léo Allatius, etc.). Plusieurs autres ouvrages de Blemmidas existent en manuscrit dans les bibliothèques de Munich, de Paris et de Rome.
présent, en continuant mes voeux pour vostre santé et contentement, demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
A Aix, ce 3 febvrier 1689.
Mon frère est en Arles depuis quelques jours; je l'attends à mardy prochain Dieu aydant II vous est trop obligé et à M*^ vostre frère de l'honneur de vostre souvenir comme je suis aussy et de Tesperance que vous me donnez de la participation de ces belles inscriptions antiques nouvellement recueillies par Do m Du Puy.
Celles d'Arundel debvroient bien sortir de quelque coing. Je plains infiniment le pauvre P. Goulu ^ Ce bref avec la clause Dummodo recédât à vulgari schismate facultatis est bien estrange, et s'il s'en void de coppie je la verrois bien volontiers. Je m'en vay voir M*" Bide dont je viens d^apprendre l'arrivée. M' le mareschal d'Estrée revint devant hier au soir en cette ville et alla incontinant rendre sa visite à M. le premier présidant qui l'avoit veu à son retour d'Arles; mais il estoit passé oultre à Marseille.
J'entends qu'il se trouve là des curieux qui ont coppie de diverses pièces curieuses de la façon de fra Paolo Servita^. Mesmes une sienne version des cantiques, quelques pieux discours familiers, recueillis par de ses amys, et plusieurs epistres mesmes à des persones qualifiées de delà. S'il s'en pou voit avoir des coppies vous m'obligeriez bien de me les faire faire par quelque coppiste.
Comme aussy de quelques petits traictz de Scaliger qu'on dict se trouver pareillement sur quelques chappitres du Daniel et du Job, si cela se trouve en main de voz amys'. On m'a dict que vous avez faict
* Voir, sur Dom Jean Goulu, le tome I, * Sur Fra Paolo Sarpi, voir t. I, p. aS,
p. 177. Peiresc venait d'apprendre la nou- 55, etc.
velle de la mort du général des Feuillants, ' Aucun de ces traités n'est signalé dans
mort arrivée à Paris le 5 janvier 1639. le Joseph Justus Scaliger de Jacob Bernays
bailler Tarmonie céleste de feu M' Aleaulme ^ au s' Hardy commissaire au Ghastelet^ pour la faire imprimer. J'en sçauray volontiers la vérité*.
Il s'estoit veu une lettre du roy à M. de Crequy du 6 Janvier pour faire mettre en liberté la connestable, on dict qu'il y a eu arrest du conseil du 17°*'' Janvier, pour son eslargissement formel. Vous verrez icy les arrests dudict conseil contre nous et contre Mess'* des comptes. On dit qu'ils avoient esté résolus bien plus fulminants, mais que cela fut modéré. Je me conjouys avec vous de la publication des conciles du P. Sirmond, et vous ay bien de l'obligation de la reserve qu'il vous plaict me promettre d'un exemplaire en fin papier. Je vous prie d'en faire autant du Solin de M*^ Saulmaise.
Je vous a vois prié de me mander si les notaires apostoliques de Paris ont aulcuns privilèges, enquerez vous en, je vous supplie, et s'il s'en trouve rien d'imprimé, faictes moi la faveur de me l'envoyer au plustost que vous pourrez^.
(BeHin, i85o, in-8*), ouvrage très exact aa point de vue bibliographique et où un * chapitre spécial est consacré à la critique ecclésiastique {Eccksiastiscke Kriuk) dans les œuvres du grand philologue.
^ Sur le mathématicien Jacques Alleaume , voir t. I, p. 3&0.
' Claude Hardy, fils de Sébastien Hardy, receveur des tailles au Mans, naquit dans cette ville; il fut d*abord avocat au parlement*de Paris : il acheta bientôt une charge
de oonseilier au Châtelet ; il mourut le 5 avril ^678. Il fut l'intime ami de Descartes, de Gassendi, de Huet qui Ta beaucoup loué dans ses Mémoires, Il fit imprimer en 169 5, in-Â'', Leê questions d'Euclide (Data Euclidis), avec les Commentaires du philosophe Marin, Voir Histoire Uttiraire du Maine, par B. Hauréau, seconde édition, t. VI, 1878 , p. 73-76.
' Hardy ne fit jamais imprimer ï Harmonie céleste,
• Vol. 717, fol. 6.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, âdvogât en la cour de parlement,
ROE DBS POIGTBVINS PREZ SAINT ANDRlÊ DBS ARTZ, GHBZ M'' DE THOD.
À PARIS
Monsieur, La despesche est demeurée quelques jours icy pour attendre quelques resolutions que vouloit prendre M"^ le Mareschal d'Estrée avec les gents du païs, sur le passage des trouppes qui viennent du Hault Languedoc et du païs suspect de maladie, lesquelles on expose en une isle de S** Marguerite, prez Lyrins^ pour quelques jours de quarantaine, sans les laisser communiquer avec ceux de cette province. Gomme aussy pour l'embarquement et charroy de grande quantité de bled et de munitions, qui su y vent l'armée, ce qui s'est résolu ce jourd'huy. M' Sanguin \ qui passa en poste samedy, portoit des ordres si précis de passer en quelque façon que ce fust, soit que M*" nostre gouverneur fust présent ou non, remettant à son arbitrage de passer ou non, qu'il fut grandement surprins, et parla cathégoriquement qu'il iroit quoy qui peust arriver. Et c'estoit pour cela qu'il avoit désiré de voir M"^ le Mareschal dimanche, qui s'y en alla, et en revint hier au soir ayant aujourd'huy disné chez M' le premier présidant d'Oppede. Et le s' Bide y est arrivé de Marseille à l'heure mesmes qu'ils s'alloient mettre à table tout à temps pour estre de la partie. A ce soir j'ay eu l'honneur de le voir et de le sallùer de vostre part; il se loue
* L'île Sainte-Margoerite fait partie des tour en 1 638. Voir les Mémoires de Bassomtles de LériDs, vis-à-vis de Cannes (Alpes- pierre (t. IV, p. 989). On trouve une anec- Maritimes). dote sur Sanguin dans Tailetnant des Réaax
* C'était Charles Sanguin, alors gentil- (t. II, p. aS). Ce personnage est souvent homme ordinaire du roi et plus tard son mentionné dans le récueU Avenel {t II, III, mattre d'hAtei (i63o). Il fut renvoyé de la VII, VIII).
grandement de vous, et m'a faict de grandes recommandations de la part de M"" Priandi, à qui je suis infiniment redevable de Tbonneur de son souvenir, et de m avoir procuré la cognoissance d'un si galant homme. M' de La Falaise s'y est trouvé en mesme temps, qui s'en va demain en Arles pour les embarquements. Un qui vint hier de Nice m'a asseuré que les fortifications y vont fort laschement, et que les soldats y sont en si petit nombre qu'il n'y en a pas 3oo d'extraordinaire. Ce qui me faict conjecturer que M' de Savoye pourroit bien sinon estre de la partie, au moings se tirer un peu en arrière pour laisser faire, ce qui ne seroit pas peu. Dieu luy veuille bailler cette inspiration! M'' Bide n'est pas trop esloigné de cette espérance, je le serviray de tout mon cœur en tout ce qui me sera possible. Et sur ce je fîniray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Pbiresg.
Ce 5 febvrier au soir 1639.
J'ay aujourd'huy escript à Mess* Autin^ PouUain^ et Du GhesDe^ et vous supplie de leur faire rendre mes lettres, et d'en faire demander la responce. Je prie M' Autin de me faire bailler coppie de quelques chappitres d'un registre de monnoyes qu'il a , de feu Lautier ^, et vous supplie de luy envoyer un coppiste, pour les transcrire. J'ay des coppies de quattre ou cinq vieux registres des monnoyes, qui seroient possible de quelque bon usage, si j'y pou vois adjouster une coppie en-
' Voir, sur Autin ou Aultin, 1. 1, p. a 1 1.
' On conserve à Carpentras, dans le cinquième registre des minutes des lettres de Peiresc, plusieurs lettres à M. Poullain, gênerai des maimaieê à Paris, mais on n'y trouve pas la lettre ici annoncée et qui aurait été écrite le 5 février 1699. Les lelti-es de ringuimbertine adressées à M. Poullain sont au nombre de neuf, huit de 16 ta, la der-
nière de 161 9 1 toutes écrites de Paris. Voir une lettre de Poullain h Peiresc à la Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 95&a , fol. 97, écrite de Paris le aS août 161 3.
' Sur André du Ghesne, voir 1 1, p. i5.
* Philippe de Lautier, d'Embrun, qui avait été général des monnaies de France dans le siècle précédent.
tiere de celuy du dit Lauthier, mais je ne sçay si ce ne seroit poinct une denaande désagréable au dit s' Âutin. Bien l'asseurerois-je que je ne rimprimerois pas , s'il me permettoit de le faire transcrire , et que ce ne seroit que pour mou usage particulier, pour avoir mieux de quoy entendre le faict des monnoyes de ce Royaulme. 11 ne seroit pas besoing d'y faire dessigner les figures du registre parce qu'elles sont toutes imprimées en l'espreuve qu'en fit tirer M' Autin dont il me donna un exemplaire. Cependant s'il y avoil moyen de faire transcrire le registre qu'on appelle Entre deux aiz de la cour des monnoyes, j'en serois infiniment aise et en ferois bien volontiers la despance. Je crois qu'il a esté desja coppié plusieurs foys, et qu'il se trouveroit de vos amys qui en auront la coppie, eutr'autres M' le Présidant LauzonS M' Pouliain et autres. Voyez, je vous supplie, si par quelque moyen voua le pourriez faire coppier soit sur l'original, ou sur des coppies; en un besoing. M' de Lomenie le pourroit bien faire tirer pour l'amour de vous et de moy, s'il ne le vouloit adjouster à ses recueils luy mesmes par mesme moyen. Vous verrez une lettre de M' Holstenius^ qu'il ne fault pas publier, je luy prépare des lettres de recommandations aux consuls de Levant. Il en fauldroit du roy à l'ambassadeur qui fussent de bonne ancre ^.
* H. de Lauzon est Irès souvent mentionné dans le recueil Avenel. Voir passim t.n,in,IV, V, VI, VII et VIII. Nous^trouverons phisiéars fois son nom dans les lettres soÎTantes. Le repstre VI des minutes de Peiresc ii la bibliothèque de Carpentras contient (fol. 789) une lettre à M. le président
de Lauzon écrite d'M\ le 6 février i633.
* Sur Luc Holstenius, voir t. I, p. 69, 453, etc.
' L'expression éertre de bonne encre est dans XHistoire umverselh d' Agrippa d*Aiibigné. — VoL 717, foL 10.
24 • LETTRES DE PEIRESC [lè29]
A MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y, âdyogât en la cour de Parlement de paris,
BUE DES POIGTEVINS DERRIERE SAINT ANDfté DBS ABTZ, CHEZ H' DE THOU.
A PARIS
Monsieur, Vostre lettre du 2 Janvier me fut envoyée de Marseille cez jours passez de la part de M*" Bide, et le jour mesiue, mon frère De Vallavez, qui se trouvoitlors à Marseille, l'allà visiter de ma part, pour sçavoir si ce n'estoit pas Juy qui s'estoit chargé d'un pacquet vostre selon 1 advis que vous nous en aviez faict donner par la voye de M' de Fetan, et luy oflPrit toute sorte de service et pour luy et pour moy. M*" Bide luy dict qu'il me l'avoit envoyé et qu'il s'en debvoit incontinant venir icy où je l'avois attendu en bonne dévotion, pour luy faire mes compliments de vive voix, et pour luy tesmoigner combien vous pouvez sur moy et sur touts les miens. Il ne vint qu'hier fort tard, et dès que je l'ay sceu à ce matin je le suis allé trouver avant qu'aller au palais, il n'estoit pas levé et je l'eusse attendu sans que pour une affaire qu'il m'avoit envoyé recommander je suis entré en la chambre, et l'ay faict passer à son contentement. A l'issue je pensois l'aller voir, et j'ay trouvé un des siens en chemin qui me venoit faire des excuses de ce qu'il avoit esté constrainct de repartir en poste sur le passage d'un courrier du roy. Et de faict M' le Mareschal d'Estrée qui estoit icy pour quelques jours, s'en reva^ demain du grand matin à Marseille, pour revenir icy souper le mesme jour, aprez avoir conféré avec M' de Guise des ordres nouveaux qu'il a eus du Roy. Possible que le dit s"^ Bide reviendra avec luy, et je rechercheray tous moyens de le servir, pour
^ Ce synonyme de s'en va de nouveau a-t-il été ailleurs remarqaë? Je n*en trouve pas mention dans nos dictionnaires.
Tamour de vous, et de M' Guiscardî, et pour 1 amour de luy. Si j'en rencontre des occasions, vous en entendrez les efiPects Dieu aydant. II ne m'a poinct faict rendre de lettre de M' Priandi, mais je ne laisray pas d'agir en tout ce que je pourray, et de servir M' Priandi si je puis de toute mon affection, vous l'en pouvez asseurer. Au reste le TertuUian de M*" Bigault est arrivé en trez bon estât sans passer par le vinaigre. J'ay trouvé grandement belle son epistre au cardinal de Richelieu, non seulement pour les félicitations de l'heureux succez de la guerre de la Rochelle, qui ne se pou voient faire de meilleure grâce que cela, mais aussy pour les interprétations qu'il y a faictes de la préface de ses observations laquelle en est bien meliorée à mon advis. C'a esté de la peine à M"* Rigault de reparler une seconde foys de ce qu'il avoit desja si dignement traicté. Et je recognois bien que je suis cause en partie du soing qu'il en a prins. Mais je n'en suis pas marry et crois bien c[u'il en est maintenant bien aise luy-mesmes, puisque par ce moyen il contente tout le monde, et prévient tout prétexte de sinistre interprétation. Et je trouve que cez derniers éloges qu'il donne à TertuUian sont grandement advantageux pour sa mémoire, voire plus obligeants que les précédants, espérant qu'ils seront encore mieux prins d'un chascun. Son inscription pour la réduction de la Rochelle ne se peult assez extoUer^ à mon gré; j'envoyay au cardinal Barberin, parla dernière commodité, l'exemplaire qu'il m'en avoit envoyé luy mesmes, et si j'en eusse eu une douzaine d'exemplaires, je les eusse envoyés en bon lieu. Je vous prie de nous en faire envoyer, ensemble de son epistre liminaire au cardinal de Richelieu, pour en faire part à noz amys.
M' le Mareschal d'Estrée faict tout ce qu'il peult pour haster les trouppes qui doivent passer les monts, tant pour les levées qui se font en cette ville et en divers autres endroicts de cette province, que pour le passage de celles qui viennent du Languedoc et du Daulphiné^
^ Le verbe exioUer, da latin extollere, est indiqaé comme vieux par le Dtcthwuùre de Trévùitx. Le mot ne figure pas dans le Dictionnaire de Richeiet.
mrauntii iatioiau.
lesquelles descendront par la rivière jusques à la mer, où Ton les embarquera sur des navires ou autres barques de mer, toutes celles du Martigues ^ et autres lieux de la coste ayant esté arrestées pour cet effect; la cavallerie est desja descendue prez d'Avignon, d'où elle prend la traverse du Conté Venaissin, bien prez des lieux infectez de la maladie, pour passer par Apt^, sur le pont de Sisteron', et de là se rendre vers Antibe ^. Car en ce temps le passage des barques de la Durance seroit grandement incommode, et cependant on espargne les principales villes du coeur de la province , au cas que les trouppes laissassent du mal en passant quelque part, ce que Dieu garde. 11 est desja arrivé en Arles grande quantité de bleds et de munitions pour toute l'armée, descendues par eau à travers le canal de la rivière de Saône qui passe par Lyon. Dont l'aliarme est bien grosse de touts cez peupples icy, estant malaisé de croire que ceux qui estoient sur cez batteaux ayent peu s'abstenir de frequanter avec ceux de Lyon en passant'. Dieu nous veuille bien garder, nous en avons bon besoing en ce païs. Vous verrez coppie d'une lettre du Roy à M' de Crequy pour Teslargissement de M^ la Gonnestable. On dict qu'il y a eu un arrest du conseil sur le mesme subject et qu'il est arrivé un exempt à Grenoble pour l'aller eslargir et que M'' de Crequy avoit voulu remettre à l'arbitrage de M' le premier Présidant touts les différants qui pouvoienl estre entr'eulx. Ce que ceux de son conseil d'dle n'ont pas voulu accepter qu'elle ne fust actuellement remise en plaine liberté. On nous [fait] espérer bien tost le Roy à Valance^.
* Aujourd'hui ks Martigues, chef-lieu de canton de rarrondissement d'Aix, h ko kilomètres de cette ville, h 38 kilomètres de Marseille.
' C3ief-lieo d'arrondissement du département de Vaucluse, à 56 kilomètres d'Avignon.
^ Chef-lieu d'arrondissement du département des Basses- Alpes , h ho kilomètres de Digne , aa oonfluent de ia Darance et du Buech.
* Chef-lieu de canton des Alpes-Maritimes, arrondissement de Grasse, à âS kilomètres de Nice.
' Bassompierre, qui avait passé à Lyon le 19 février, note que ia peste y rrestoit violenter {Métmnres, t. TV, p. &).
• LouisXIII était parti de Paris le 1 5 janvier (et non le i6 , comme le marque VArt de vèr^ les dates); il passa, le i4 C^vrier, ë Lyon, et de là se rendit k Grenoble, d'où
Nous D['avons] mainteOAiit d autres nouvelles, et je finis demeu* rant tousjours, .
Monsieur,
vostre trez humble et trez affectionné serviteur,
DE PEmfiSG,
A Aix, ce 3 febvrier 1699 ^*
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOOAT BN LA COUR DE PàRUBMBNT, À PARIS.
Monsieur, Je vous escrivis fort amplement par la dernière slaffette qui s'en alla vers vous. Celle qui arriva devant hier m'apporta quelques lettres, mais non pas de vostre part, lesquelles ne passèrent par le vinaigre que pardessus la commune enveloppe. Les trouppes commencent à passer et faire bien des desordres. Dieu sçaitce que ce sera au passage du gros. Pourveu que nous eschappions de la maladie, tout le reste sera peu de chose. On dict que ceux de Casai ont faict des merveilles à une sortie, mais qu'ils sont grandement pressez^. L'exemple des Rochelois leur doibt fournir tant plus de persévérance et de patiance en leurs nécessitez. Un ménager extraordinaire de Gènes vient de passer qui m'a laissé aÇbrce lettres de Rome, mais on ne me donne pas le
il oUa, le 6 wws, héroïquement forcer ea personne les barricades da Pas de Suse. D ne se reiïdit à Videnee que plus tard. Voir Latre du roi à Jf. d'H4tlmewrt , sur ion défmrî de la mlk de Suze pçmr vmùr à Vaknee (97 avril). Paris, J. tlartin, 1699, in-8% ^ VoL 717, foL 1 !.. La daie da 3 fëvriar e«t \x^ distincteoient ioserite au 1ms de la présenle lettre, mais comme il est très pro-
bable que Peiresc, qui avait d^à écrit h Dnpay une assez longue lettre ce jour-* là (n"* m), n*en a pas écrit une nouveUe le même jour, nous devons considérer le cltf&e 3 mis ici conuue un kj^9us et le rem* placer par un chiffre plus vi*aisemblable, td qiie6, 7, 6 ou 9 février.
* Le si^ 6it levé sur la nouvdle dé rapproche des Français (do m^rs).
loisir de les lire pour voir s'il y a rien de digne de vostre entretien; j'ay ouvert par hazard une lettre de Dom Du Puy vostre frère. J'en ay en mesme temps ou peu auparavant receu par la voye de Grenoble de la part de M*^ Godefroy ^ qui m'a retenu le Scaliger De emendatione temporum^ et le Concile* avec quelques autres pièces de mes précédants mémoires ^ dont je luy ay bien de l'obligation. Il se plaint un peu de ce que cez messieurs de Paris l'oublient, n'ayant poinct encores veu le TertuUian de M' Rigault. Et je trouve qu'il a raison. S'il y avoit moyen que vous m'en fissiez tenir deux ou trois exemplaires, vous m'obligeriez bien , car je ne m'en puis deffendre de divers endroicts d'où il m'est demandé avec grande instance. Si vous prenez de ceux du petit papier et les faites ployer et battre médiocrement, il en pourra bien venir une coupple à la foys, et les faire mesmes rogner, pour diminuer daultant le pacquet, encore qu'ils courussent fortune dépasser par le vinaigre, patiance, il suffit de les envelopper dans un bon cartoncin (?), et y faire coller l'enveloppe pardessus, car on se contentera, au pix, de le tremper superficiellement. Et s'il y a moyen d'avoir aussy quelqu'autre exemplaire de ce panégyrique de Sillon ^, vous ne me ferez pas une petite faveur et à mes amys qui s'y attendent. Excusez moy de cette importunité et de la presse qu'on me donne qui me constrainct de clore demeurant tousjours. Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DB PfIRESG.
A Aix, cexi febvrier 1639.
^ Sur ce Godefroy (Jacques) , qui habitait Genève pendant que son frère Théodore habitait Paris, voir 1. 1, p. 55.
* Opus de emendaUone temporum : addtta velerum Grœcorum froffmenta selecta (Genève, 1629, in-fol).
^ Probablement quelque réimpression de YUtma del conctlio tridentmo de Pietro Soave Polano (pseudonyme de Paolo Sarpi), dont
la première éditionavait été donnée à Londres en 1619.
* Les mémoires des livres à acheter pour le compte du plus fervent des biUiophiles.
* Sur racadémicien Jean de Silhon, voir 1. 1, p. 177, 495, Voici le titre complet du panégyrique dont veut parier Peiresc : Par négyrique d Monseigneur le cardinal de Rtchelieu, sur ce jui s'est passé aux derniers traiAks
Depuis avoir escript jay leu quelqu'une des lettres de Rome, entr'autres des vers de M' Aleandro ^ qui me semblent bien gentils sur la Rochelle^ et une relation des cérémonies dont vous aurez coppie à tout hazard en cas que ne les eussiez apprinses si particulièrement, où vous trouverez quattre vers du pape sur le mesme subject^ et aurez le dernier règlement de la santé.
Vous accepterez la bonne volonté et M' Du Puy vostre frère que je révère comme je doibs. J'attends impatiement quelque bonne espreuve de l'epistre liminaire du Tertullian de M"* Bigault et croyois bien la trouver dans la dernière despesche qui me fut apportée de vostre part.
Je vous recommande la lettre de M' Guiltard*.
k MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,