ADVOGAT^EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS
BUB DBS POICTBTINS DBRRUBB BAIBT AHDB^ D^S ARTZ, GBBZ M' DE TROU,
À PARIS
Monsieur, Nous avons aujourd'huy receu par la staffelte vostre pacquet du i3 Febvrier avec une lettre de M*" de Fetan du 39 Febvrier, qui nous
de France (Paris, T. du Bray, 1 639 , m-4*). La pièce est datée du so décembre i6a8.
* Sur Jérôme Aleandro, voir 1. 1, p. 60,
* La petite pièce d'Aleandro (c'est un dizain) est iotitulée : Ludovko XIII , GaUior rum régi Christianisshno , de Rupetta reeepia et data Bupeliens&us vema, Hieronymus Abonder. On la trouve à la Bibttothèque de Garpentras dans le registre XXXVII de k GoUection Peiresc, foi. 61.
* Les vers d'Urbain VIII sont reproduits au feL 5i verso du registre qui vient d'être
mentionné dans la note précédente. Le pape est très gracieux pour Louis, et il rapproche de son surnom de Juste le surnom de Victorieux :
Fortifl eum jastt Domine nomen habe. .
Rappelons que le souverain pontife avait célébré aussi en prose la prise de la Rochelle : Brtf de N. S. père le pape au roi, $ur la prise de la Rochelle; avec la traduction en françois ( a 8 novembre 1 6 a 8 ). Paris , E. Martin, 1639, in-8\ * Vol. 717, foL i4.
80 LETTRES DE PBIRE6C [1629]
donne advis de son retour chez lui; it est passé par le vinaigre sur i'e&veloppe, sans qu'il y ait rien eu de gasté Dieu niercy. Nous y avons trouvé le livre de Bertios S à l'ctuverture duquel je suis tombé sur la page ^UU laquelle seule pou voit I)ien o»erker den £aire la redlercbe^ et qoeique simplicité qui pned<Mttine en ce pauvre bon homme , tous«jours son recueil peult servir de quelque sorte de soulagement aux curieux de voir les choses qu'il a assemblées. Je vous remercie trez humblement du soiag qu'avez eu de me l'envoyer, et s'il-fust arrivé deux heures plus tost, je luy eusse feiet passer les monls à fauUe d'autre Bonveaulté. N ayant osé envoyer par cet ordinaire d'Avignon le Tertullian de M'' Bigault, sur la deffance que vous m'en avez faicte depuis peu , ne cez mémoires de la Royne Marguerite parce que j'en avois eu le premier exemplaire de la part d'une persone qui l'a , je m'asseure, faict tenir en ce païs là plustost qu'en celui cy.
Le s' Bide nous rendit dernièrement, avec une lettre de M*" Priandi de Grenoble du 17, voz deux pacquets du 9 Febvrier, où nous trouvasmes cez trois ou quattre pièces bien curieuses tant des dicts mémoires et opuscules de Picberel ^ et de la vie de ce cardinal Alborno en
* Sur Pierre Bertius, voir l. I, p. 5. Le livre dont veut parler le correspondant des frères Dnpuy est celui que le cosmographe et historiographe du roi coanposB à roceasba de la construction de la digue par laquelle Richelieu fit fermer le port de la Rochdle : De agfferibus et poiUibus haetenus ad mare exstructis digesîum novum (Paris, 1699).
L'ouvrage a ëtë rëimprimé dans le Thesaitrus antiquitatmn rormmarum.
* On trouve à cette page une lettre du cardinal de RieheUeu à Tauleur. Cette lettre en langue latine {Ad P. Bertiim, geogra^ phum et professorem regium), écrite en janvier 1639, a ëtë réimprimëe par Avenel (t.Vn,p. 6a6).
' Pierre Picherel est un savant du xvi* siède que les recueils biographiques de
notre temps ont oubh'ë. Il naquit près de la Fertë-sous-Jouarre et mourut en 1890 dans un prieure dépendant de Tabbaye d'Esaomes. C'était un docte humaniste et aussi un hébraïsant, ce qui lui a valu une place honorable, comme dit le Dietinmaire de Moréri, dans le GalUa orientaiis de P. Colo^ miès« Il est même question de Picherel dans la Bibliothèque eaerée du P. Lelong et dans les Mémoires Avi président de Thou, lequel rapporte que le jour où il alla le voir, 1^ vieillard (alors âgé de aoixante-dix-neaf ans) avait étudié peiidant quatone heures. Les opuscides théologiques de Picherel, écrits en latin, furent recueillis par André Rivet, théologien de Leyde, et imprimés en cette ville (16^9, in-ia).
firançoisS que de ce grand edict du i5 Janvi^, dont le dict s" Bîde tesmoigna d'avoir si grande envie, et si grand besoing pour s'instruire de la fonction de sa charge d'Intendant parmy la milice, que je le luy baiUay de bon cœnr sans en voir que deux ou trois articles, et ne s'en est veu auleun autre eiemplaii^e jusques à ce jourd'huy que M*^ le Premier présidant en a receu un par la staffette qu'il m'a promis me faire voir si tost qu'il l'aura parcouru, de sorte que vous nous obligerez bien de nous en envoyer un autre exemplaire, tel que vous pourrez, si n'en pouvez avoir de cette première édition. Geluy qui a envoyé à M' le premier Présidant le sien, dict qu'il y a voit soubs la presse un livret de modifications telles que le parlement jugeoit y pouvoir escheoir, qui mériteront bien d'y estre joinctes, si cela est vray, comme il ne seroit pas tant incompatible, puis qu'on l'a voulu imprimer avant quil fust vérifié selon les formes accoustumées.
Pavois auparavant eu par une précédante staffette voz de^pesches du 3/1, a 6 et 3 o janvier toutes ensemble, bien conditionnées et par consequant touts les livrets et papiers qui y estoient joincts, qui sont en tel nombre en toutes, et de si hault goust la plus part que je ne vous sçaurbis exprimer les obligations que vous accumulez à toutes b.eures et à tous moments sur nous.
Je fus si malheureux lors de l'expédition de la dernière slaffette que M' le Mareschal d'Estrée et M' le premier Présidant eo firent anticiper le départ d'un jour et demy sans que j'en feusse adverty, d^ sorte que vous aurez esté longtemps sans recevoir de mes lettres, non sans un grand reproche sur moy, car elles ne vont que de i5 en i5 jours, dont l'interstice ^ est bien long et faict on icy ce qu'on peult pour les faire remettre à une foysla semaine.
Au reste la dernière foys que je vous escrivis^ qui fut le u Febvriw, je fus encores si malheureux, que venant de recevoir une grosse
^ La vertu resetuckie ou la vie du car- archevêque de Tolède, mourut le a A août
dmal Albomoz, surnommé père de l'Église, iSôy.
par de Lescale (Paris, 1689, in-8*). * Nous avons déjà trouvé (t. I, p. 689 )
Gil Alvarez Cariilo de Albomoz, cardinal- le niot râtervlaoe employé pour mteri;a/fe.
despesche de Rome je neg^geai de parcourir vistement une lettre que j'y trouvay sans datte, et que j'estimay sur les premiers mots devoir estre de plus vieille datte que les autres, bien qu en effet elle fust plus fraische de huict ou 1 5 jours. Et aprez le partement de la staffette j y trouvay les nouvelles de larrivée de M' de Thou à Raguse en bonne santé, bien qu'escbappé de deux grandes fortunes, où il avoit perdu son valet et son équipage, dont je fus grandement mortifié, d avoir manqué loccasion de vous en faire part. Car si bien il y a eu de la perte pour luy, j'estime le gain si grand, quand on s'en tire la vie sauve, qu'il y a lieu de s'en resjouyr à boti essiant attendu que ce contentement luy demeure tousjours d'avoir veu les païs et les singularitez qu'il avoit tant désiré de voir. Vous aurez maintenant la coppie de l'article le concernant en cette lettre, qui est escripte à mon advis le i s ou le 1 9 Janvier qui sont les jours ordinaires qu'on escript de Rome à Gènes. Je crois bien que vous en aurez eu l'advis d'ailleurs, mais à tout cas j'ay estimé de vous en debvoir faire part, quand je puis, n'ayant peu vous envoyer la lettre originale à cause d'un article concernant un ordre de recevoir quelque partie d'argent et de le faire tenir, qui a obligé de laisser la lettre à celuy qui y estoit intéressé.
Or pour responce à voz lettres,* aprez raille trez humbles remerciements (que je suis constrainct vous réitérer et à Mons. du Puy vostre frère, tant au nom de mon frère, encores qu'il soit allé à Beaugentier, qu'au mien propre) de tant de belles singularitez dont il vous plaict nous faire part incessamment, et de la grande peine que vous daignez prendre à nous escrire si souvent, dont nous ne sçaurions nous revancher de nostre vie, j'ay à vous rendre conte en premier lieu de ce que vous desirez tant d'apprendre, pour raison d'Orange S pour raison de quoy l'on a faict courir icy plus d'une foys les mesmes bruicts dont vous avez ouy parler de pardela. Mais quand nous le voulusmes vérifier, nous trouvasmes que tant s'en fault que cela fust vray, qu'au contraire en ce mesme temps là , il y avoit des commissaires du Prince
* La ville d'Orange (département de Vaucluse).
d'Orange dans la ville qui faisoient je ne sçay quelles procédures, lesquels y ont longuement sesjourné et je ne scay s'ils n'y sont poinct encores. Bien suis-je trez asseuré que le Gouverneur y est tou8Jours\ et qu'il y a la mesme direction que de coustume, et les mesmes commandements, n'ayant poinct ouy nommer ce Latour. Et pour la religion dudict Gouverneur, je ne puis pas sçavoir s'il se lasse d'estre huguenot ou non, et s'il a envie de se faire catholique ou non, mais pour le moings il n'a point encores faict de profession publique de la religion catholique. Que je ne pense que le Roy feroit trez bien de s'en asseurer s'il pou voit honorablement, je ne le sçaurois dissimuler scaichant comme je faicts avec certitude la foiblesse des prétentions de cette souveraineté, et au contraire les justes raisons qu'a le Roy de se la maintenir, à qui que ce soit que puisse appartenir la propriété du fonds, soit au Prince d'Orange dujourd'huy^, ou à M*" de Longueville^ ou autres. Et ceux qui conseillèrent au deffunt Prince Maurice * de refuser l'homage par luy deub au Roy luy firent lort, et à tous ceux qui auront droict et cause de luy. Car tost ou tard, il fauldra vuider le différant, et il* n'est pas pour compeler avec un Roy de France qui a tant de droict de son costé, et tant de moyen de s'en faire à croire , et de tirer la raison du tort que ses devantiers ont souffert si longuement, tandis qu'ils estoient divertis à autres occupations et pensées plus importantes. Et puis que vous dictes qu'on faict recherche des droicts du Roy, je vous supplie me mander s'il est poinct sorty de coppie de voz mains, des mémoires que je vous avois autresfoys baillez sur ce subject. Voire si Quentin en pouvoit aller transcrire chez vous une coppie sur vostre exemplaire je serois bien aise que la luy fissiez entreprendre ou à quelque autre, de qui vous
^ Sur ce gouverneur, le siear de Val- dans les guerres de Franche-Gomtë et d'Al-
kembourg, voir t. I, p. 390. lemagne, ne se distingua pas moins comme
* Frédéric de Nassau. négociateur à Munster et mourut à Rouen
^ Henri II d'Orléans, duc de Longueville, le 11 mai i663. naquit le 97 avril 1 5 95, fut gouverneur de * Le frère et prédécesseur de Frédéric de
Picardie, comme son père, se distingua Nassau.
tHrilHEftlE MATIOSiLB.
peussiez prendre quelque confiance chez vous, car je ne serois pas bien aise qu'ils en peussent retenir et faire courir des copptes, s'il estoit possible. J'en ay bien encores la minute originale de ma main S mais plus tost que prendre la peine à la chercher entre mes papiers je payerois volontiers la peine d'un coppiste, si vous lavex agréable, et de me l'envoyer, s'il vous plaict, par la staffette, bien enpacquetté, à diverses foys s'il ne peut venir eu une seule *.
J'ay veu dans un mémoire de Gellerier un petit livret in quarto de deux feuilles seulement intitulé lingua Samaritana; s'il s'en trouve d'autres exemplaires, je vouldrois bien en achepter trois ou quattre pour en envoyer à mes amys et qu'il vous pleut me les envoyer dans un pacquet de lettres. Comme aussy verrois je bien volontiers dans un pacquet s'il peult venir ployé in 4° seulement, le Tarich de Perse*, pour le joindre à un discours d'Abbas le Persan , qui règne encor aujourd'huy *, si j'y trouve aulcun rapport de l'un à l'autre. Il a esté imprimé à Venize et est intitulé Délie conditioni (ne) di Abbas Re di Persia di Pietro délia Valle* 4** 1628. Avec la Généalogie derrière tirée depuis Adam eu 79 degrez de père en fils^. C'est l'autheur mesmes qui me l'a envoyé et je ne l'ay receu que depuis hier, j'ay escript en Italie pour en avoir d'autres exemplaires. Ce gentilhomme qui estoit venu de Perse
* Cette minute originale des ImiruetioM concernant les draicti du Roy en sa souveraineté d'Aurange est conservée dans le registre LXXVIII de la Collection Peiresc^ h Carpentras : die y occupe les feoillets 1 87 à a 06, ksqudfl avaient été enlèves de ce registre et ont été restitués à la bibliothèque d^Ingnimbert h la suite de la condamnation de Libri.
* Une copie des Instructions se trouve daoa le registre L^XVIII, tout rempli de pièces relatives k la principuuté d'Orange.
*^ Tarich Fenax, C'est une histoire (en langue turque) des anciens hhs de Perse, depuis le r^^ne d'Husheng jusqu'à Tëpoque
de la conquête arabe. Le Manuel du Uhrairt ne cite qu'une édition de Vienne, gr. inr4'', 1784-1785.
* Schah Abbas, surnommé le Grand, ne régnait plus au moment où Peiresc écrivait ceci. Proclamé roi de Perse en 1 586 , il était mort .en décembre 1698 et il avait eu pour successeur, trois jours après sa mort, son petit-fils Sophi IL Voir VArt de vérifier les dates, t. V, 1818, in-8% p. 387-388; La Perse, par Louis Dnbenx, 18&1, ia-8% p. 355-358.
^ Sur Pierre délia Valle voir 1. 1, p. 5&5.
' L'ouvrage fut traduit en français par Baudouin (Paris, i63i, inhA"*).
avec le filz du s' Tanneur l'esté passé m avoit promis coppie de quelque chose de semblable, mais il ne s'en est pas ressouvenu, il seroit bon de sçavoir de luy ce que c'est et tascher d'en avoir la veûe. Et s'il estoit en la mesme volonté on luy pourroit envoyer un coppiste chez luy, pour le descharger de ce soing ou bien chez le filz de M' le Tanneur, qui en aura sans double aultant par devers luy.
J'avois oublié par mesgarde de vous accuser la réception de la lettre de M*^ Rubens, si vous n'en avez trouvé aulcune mention dans les miennes comme je pensois avoir faict ; il ne m'escripvoit quasi que la mesme chose que ce que vous m'en touchiez de la vostre, qui fut la cause possible que je negligeay de la vous envoyer; seulement il disoit qu'il n'y ^ troùvoit aulcun curieux de faire des recueils d'antiquitez et que le Roy^ aymoit fort la peinture et le venoit souvent voir travailler au logement qu'il luy avoit faict donner dans le palais, où il avoit faict un sien portraict à cheval dont il estoit demeuré bien satisfaict. Et qu'il s'en venoit à ce moys de mars avec la Royne de Hongrie et faisoit estât de me venir voir en passant et mes bagatelles*.
J'ay prins grand plaisir de voir les inscriptions de Transylvanie de M' Grottius à qui j'ay bien de l'obligation aussy bien qu'à vous de la libérale communication qu'il vous"a pieu m'en faire. H seroit fort à propos qu'on en eust ainsin de tous les pays qui ont esté soubs l'empire Romain, car on y verifîeroit une inGnité de belles choses, pour la cognoissance des vrays noms des lieux et spécialement de leurs colonies dont les géographes nous laissent si souvent en double ou dont ils n'ont pas mesmes faict mention bien souvent, oultre une infinité d'autres belles choses qui s'y apprennent de l'antiquité.
J'ay escript au cavalier Doni * suyvant ce qu'il vous plaict m'ordonner
^ A Madrid, où la ktire ici mentioDDée suocëdë à son père but le trône d'Espagne
Alt éerite le 9 décembre 1698. Voir la en i6âi, à râgedeseizeans.
traduciion de cette lettre dans Pierre^Paul ^ Ce qne Peiresc appelait si modestement
Rubens, doeumeiUs et kttret jmbUé» et an- ses bagatelles, Rnbens rappelait Vabr^é de
notée par Gh. Rudens (Bruxelles, 1877), tautee les eumsitis du mande {loc. eit,,
* Philippe IV, fils de Philippe III, avait * Jean-Baptiste Doni, ne à Florence en
pour l'édition des inscriptions qu'il avoit recueillies \ et veux croire qu'il se laisra persuader de les lascher pour les laisser imprimer en Hollande avec l'auctarium de Gruterus^, où l'édition s'en fera sans doubte plus cominodément, plus belle, en plus beau papier et plus correcte que toute autre part, principalement si l'Elsevir s'y vouloit intéresser *. Je pense qu'ils suivront l'ordre et la disposition que feu M' délia Scala avoit donné au volume de Gruterus * et sçauray volontiers s'ils n'entendent imprimer que l'auctarium seulement, ou bien refaire toute l'édition de Gruterus, ce que j'aymerois bien mieux, afin que ce fust en bon papier où l'on peust escrire, ce qui est impossible en celuy de cette Alemagne, qui a esté cy devant employé. J'en ay recueilly quelques unes de cez païs de deçà que je bailleray volontiers, mais je vouldrois bien, en aydant à la despance, si besoing est, les faire imprimer en cahier à part, comme on a faict celles d'Espagne, pour voir tout d'une veiie le rapport des unes aux aultres et servir prmcipaiement à la cognoissance des origines de nostre païs. Sauf à cez Mess" de remettre les mesmes soubs les chapitres de la grosse oeuvre selon la disposition de Scaliger. A leur volonté.
I SgS , mourut dans la méfiée ville en 1647.
II étudia le droit à Bourges sous Cujas, fut ensuite protégé par le cardinal Fr. Barberini, qui le logea dans son palais et en fit son secrétaire pour les lettres latines; il devint aussi secrétaire du Sacré Collège, et il abandonna la ville de Rome en 16/10 pour aller occuper une chaire d*éloquence à Florence. Voir sur J-B. Doni Tarticlé de Ginguené dans la Biographie universelle. Gassendi a mentionné les relations de Doni avec Peiresc (p. 29^, année 1626, et p. 3o8, année 1627).
^ L'antiquaire Antoine -François Gori, prévôt de la basilique du Baptistère de Florence, publia en 1781 (Florence, in-fol.) le recueil d mscriptions que Doni avait laissé inédit {Veterwn inscriptimum collectio).
* Sur Jean Gruter, voir 1. 1, p. 768.
' L'Elsevier, comme dit Peiresc , ne voulut pas s'intéresser h ce projet, car nulle publication d'inscriptions anciennes ne fut faite par la célèbre imprimerie. li fallut attendre jusqu'en 1707 pour avoir l'édition augmentée et améliorée tant désirée par le correspondant des frères Dupuy (Amsterdam, 4 vol. in-fol. publiés par Georg. Grœvius).
* Inscriptiones axiùquœ toUus orbisBomam , auspieiis Jos. Scalifferi ac M. felseri; accedunt XXlVSeaUgeri indices (2 vol. in-fol. , sans date et sans nom de lieu). L'opini<m générale est que le lieu d'impression fut Heidelberg, mais quant à la date, les avis sont partagés : Niceron indique 1601; le Manuel du libraire, 1602; Fabricius, i6o3,etc.
M' voslre frère Doni du Puy m'escript que le dict s** Doni avoit desja preste son consentement, et qu'il se disposoit à me les envoyer, possible pour faire à la mode de son païs d une pierre divers coups \ car quand ils ont résolu de faire quelque chose, ils y demandent par aprez rintercession de tous ceux qui leur en pourroient sçavoir gré auparavant que la conclure comme je l'ay esprouvé une infinité de foys en practiquant avec eux. A cela ne tienne qu'il ne fasse en cecy tout ce que vous desirez pour le bien public, et contentement de M'^ Grotius et de cez Mess". Je luy ai escript en termes qu'il aura subject d'estre content de moy pour ce regard s'il n attendoit plus que cela ; mais parceque je cognois bien Thumeur du païs, j'estime que pour l'exécution finale de ce bon dessain , et pour l'accellerer, il fauldra que M' Grottius et celuy qui se charge de l'intendance de cette édition l'en requièrent par quelque bonneste lettre, car je pense qu'aussy tost on luy fera tomber les armes des mains *. H s'est rencontré que nous avions eu cy devant quelques propos par ensemble et de bouche à son passage par icy ^, et par lettres, sur les difficultez qu'il auroit peine de vaincre s'il pensoit faire imprimer cela en Italie, et il m'avoit advoûé qu'il n'y voyoit guieres de remède , et que Ton en viendroit mieux à bout de pardeça. Il eust désiré le faire à Paris, mais je luy avois faict cognoislre l'impossibilité de le faire là aussy grande quasi qu'en Italie, pour le peu de courage de noz libraires, de sorte qu'on a trouvé la matière bien disposée quand M' vo'stre frère luy a parlé et que vous luy avez faict l'honneur de luy escrire de laisser faire cela en Hollande, ce que je crois qu'il désire et passionne * plus que ceux mesmes qui s'en font rechercher.
* litlrë, sous le mot pierre, ne cite au sajet de cette locution qu'une phrase de Diderot: «r On a fait d'une pierre deux coups, d Il serait facile de trouver bon nombre d'autres exemples antérieurs.
* Métaphore à rapprocher du vers de Malherbe :
De iear main inaolente a f^it tomber les anses.
' A l'époque (t6a5) oii Doni, accompa-
^ant le l^at Fr. Barberini, son maître, reçut l'hospitdité à Aix dans la maison de Peiresc.
* Littré cite , sous le mot passionner pris dans ce sens, Mascaron et le duc de Saint- Simon; il rappelle que Chifflet, dans sa Grammaire, avait déclaré que rr passionner quelque chose n'est pas un bon motn.
C'est pour quoy je ne double nullement qu on n'obtienne de luy tout ce qu'on vouldraen cette conjoncture, avec un peu de compliments, comme je vous ay touché cy dessus.
Pour les livres m[anu]s[crit]8 j'ay esté bien aise de voir ce qu'il vous a pieu m'escrire des sentiments de M' Saulmaise, et en ce qui est du PoUux j'avois eu un peu de sa curiosité et en ayant escript à celuy qui m'avoit donné l'advis des dicts livres, pour le prier de veriBer parti* culierement ce quecepouvoit estre, ensemble de quelques autres pièces dudict catalogue , il m'a faict la responce que vous trouverez cy joincte. M' Bigault a le goust si friand et si délicat qu'il n'estime ce semble rien l'argent parce que l'or est plus précieux, ne par consequant la chair du boeuf et du mouton, parce que celle des perdreaux et des chappons est plus exquise et plus savoureuse. Et toutefoys encores que toutes ces choses ne contestent poinct la préséance en tr elles selon l'usage de ce siècle, où elle est assez réglée, si est ce qu'on ne jette poinct l'argent pour ne garder que l'or, non plus qu'on ne jette pas le lard aux chiens pour vivre si scrupuleusement de la seule chair du gibier dont on se lasseroit plustost que du bœuf et mouton , estant bien certain que ce qui faict trouver le sucre meilleur, est la vicissitude et Tentregoust d'autres choses qui sont aigrettes et de différante saveur. Si touts les livres estoient d'un mesme style, pas un ne meriteroit de louange pardessus les autres, et ne sçauroit on que c'est de beaulté de femmes s'il n'y en avoit que d'esgalement belles.
Quant au Poliaenus j'en ay desja un m[anu]s[crit] assez net que j'apportay d'Italie. Si M' Saulmaise ou aultre de vos amys s'en veulent servir, je le vous envoyeray trez volontiers, et si les livres de ce catalogue se peuvent recouvrer, ou desmembrer, je ne laisray pas eschapper celui-là , non plus que tout ce qui est de Proclus que j'avois destiné à M' Holstenius, lequel a des desseins particuliers sur cet autheur.
Tay bien de l'obligation à M' l'Evesque d'Orléans ^ de la double fa-
' Gabriel de l'AubespiDe. Voir, sur ce savant prëiat, 1. 1, p. 99.
[1629] ' AUX FRÈRES DUPDY. 39
veur qu il m*a daigné faire des deux exemplaires de son livre ^ dont j'ay desja parcouru avec plaisir ceiuy que vous m'avez faict tenir de sa part, et faisoîs estât de vous supplier de m*en retenir un« exemplaire en blanc pour le faire bien relier, ayant esté bien aise qu il vous en ayt baillé luy mesmes un autre en si bon papier et vouldrois qu'il en eust faict de mesmes d'un exemplaire qu'il m'avoit promis de ce beau volume qu'il avoit cy devant faict imprimer^, où il disoit avoir faict corriger quelques endroicts, pour les tenir, avec l'honneur et le respect qui leur appartient, l'un et l'autre, entre les livres curieux. Il fault imputer à son bon naturel ce qu'il luy a pieu vous dire de mes services, car certainement je ne luy ay peu rendre aulcuns effects qui vaillent, mais il se paye de la seule bonne volonté comme Monsieur du Puy vostre frère et vous, Monsieur, qui n'attendez pas seulement que j'apprenne une des obligations que vous acquérez* sur moy un jour, que vous n y en adjoustiez une autre dez lé lendemain sans que j'ay le moyen ne l'adresse dé sçavoir user d'aulcune revanche qui vaille, ne vous faire pa* roistre comme il fauldroit au moings ce qui est de ma bonne volonté. J'eusse esté bien aise de vray que Monsieur l'Archevesque de Thoulouse eust eu agréable de me despartîr un exemplaire de son factum^, comme il vous a dict, pour le conserver entre les plus curieux papiers de mon estude où il y en a dont la compagnie ou le voisinage n'eussent rien desrogé au mente de son ouvrage. Mais un de ses amys m'escript qu'il en avoit donné un exemplaire à M' le Prévost Marchier *, et seulement l'avoit prié de me le faire voir, ce que le dict s' Marchier n'a pas encore faict depuis son escrire^ bien qu'il m'ayt apporté deux aultres livres assez grossetz venus de Paris dans ses coffres oultre celuy de
* De l'ancienne police de l'Éfflise sur l'ad- signale da prëlat qne deux imprimes. Je ministration de l'Eucharistie. Paris, 1699. Journal de rAssemUee de Mantes et ses Mé- L'ouninge fut réimprime en 1 655 (in-19). moires,
* De veterihii eeeksim ritUms (i6a3, * Suf Tabbë Marchier, prévAt de la cain-4*). thédrale d'Aix, voir 1. 1, p. 95.
* Au sujet de la lutte de Charles de * C'est-à-dire depuis que farchevêque Montchal contre le parlement de Toulouse, de Toulouse lui avait écrit.
la Bibliothèque historique de la France ne
àO LETTRES DE PEIRESC [1629]
Monsieur d'Orieans que vous iuy aviez baillé, lequel il mavoit envoyé de Grenoble. Et adj ouste de plus celuy qui m'escript, qu'on tient le factura fort secret, et que l'autheur faict estât de le tenir en cette réputation. Mais si quelque bon gros moine ou quelque fratte^ bien zeellé en attrappe quelque exemplaire, nous le verrons bien tost entre les mains des colleporteurs , et encores pensera il avoir faict de quoy se faire canoinzer, en desrobailt cette pièce à son autheur. Possible me tient on pour suspect, et Dieu veuille que vous ne passiez dans la mesme cathegorie, car aulcuns m'ont imputé d'estre trop parlementaire et j'ay bien recogneu dans l'arrest qu'il vous a pieu m'envoyer, qu'on n'a pas moings affecté de nous faire le procez à nous autres de pardeça qu'à Mess" de Thoulouse, et vouldrois bien sçavoir au vray, si le cas estoit arrivé entre M' TArchevesque de Thoulouse et M" du Parlement d'entrer en contention de tous les chefs qu'on a voulu faire régler, mesmes pour les rangs des processions derrière le poille , parce qu'icy il y avoit eu quelque chose à redire sur cela, qui n'avoitpas neantmoings esclatté, ne paru dans le monde, l'affaire s'eslant estouffée en sa naissance amiablement. Et puis que nous sommes sur cette matière je vous prie me mander si c'est l'usaige de pardelà, et s'il est bien vieil ou récent, que les prédicateurs preschants devant M' vostre Archevesque adressent leur discours, non aux auditeurs , mais au dit s' Archevesque seul, aussy bien que quand on presche devant le Roy, ou les Royues , comme il fut practiqué l'année dernière en cette ville, sans qu'on s'en voulust formalizer, bien que ce ne fust pas bien patiemment qu'on le souffrit, ne avec tant de concurrance que de coustume de Mess" du Parlement, qui ne voulurent pas, et ne pensèrent pas estre à propos de faire de contention pour si peu de chose principalement en cette conjoncture que le desadvantage est si grand de leur costé. J'avois tousjours oublié de vous en demander vostre sentiment. On trouvoit je ne sçay quelle incompatibilité pour ce regard en la personne d'un evesque, puisque celuy qui preschoit allant monter en chaire prenoit sa mission imme-
^ Fratte, frère, moine.
diate de luy et sembloit aller porter la parole que levesque mesmes eust deub annoncer comme souloient faire les anciens prélats et sembloit aussy debvoir pader plus tost de la part du dict evesque à son peuple et luy faire les ammonitions ^ en tel cas requises, que de parler de son propre chef, et s adresser au dict evesque si ce n'est par quelque petite digression convenable à sa personne et à sa qualité.
Il me reste un autre commandement dont il vous a pieu m'honorer, pour auquel satisfaire je vous envoyé un extraict de tout ce qui s est peu trouver dans le couvent des Gordeliers de cette ville d'Aix concernant la proffession religieuse et ecclésiastique de frère Gauchier de Volland, dont on eust bien eu de la peine de rien trouver sans la recherche qui en avoit esté desja faicte il y a deux ou trois ans à la requeste d'un gentilhomme breton qui se disoit son parent, lequel emporta un extraict pareil à celuy que je vous envoyé, dont un religieux avoit retenu coppie, que j'ay faict coliationner sur l'original, signer par le greffier du seneschad et seller du seaul de la dicte seneschaussee en deiie forme, estant bien marry qu'il ne se soit trouvé rien de plus précis. Mais les papiers de ce couvent ont esté trez mal tenus. Or il s'est rencontré en faisant faire cette perquisition que j'ay apprins que cette affaire touchoit principalement une femme encores vivante, la plus prochaine de parenté qu'eusse le dict defunct Gauchier de Volland, laquelle, si les biens dont est question estoient en ce païs, en auroit la succession entière exclusivement à tous les autres parents plus esloignez. Laquelle a un fils fort honneste homme et fort traictable qui est bien de mes amys, lequel est homme de party, et possible auroit moyen de faire taire tous les autres parents et prétendants de ce païs icy, et pourroit prendre la peine de s'en aller sur les lieux si on vouloit entrer en traicté avec luy. De quoy j'ay estimé vous debvoir donner advis, afin que vous en puissiez parler avec celuy pour qui vous avez demandé cette instruction. A quoy je n'adjousteray autre chose si ce n'est que pour cette succession il y a
* Peirese écrit ie mot admonition k peu a rapproché VAmmonisston d un écrivain da près comme récrivait Olivier de Serres. De un* siècle, Beamnanoir. VAmonition du Théâtre d'agriculture Littré
&2 LETTRES DE PËIRESG [1629]
un prôcez formé et pendant à Paris, contre Monseigneur le comte de Soissons, qui s est saisy des biens comme mouvants de son fief au pais de Maine, si je ne me trompe, à faulte d'héritiers. Présupposant comme on dict que ce Gauchier se soit depuis sa profession et ordre ecclésiastique marié en ce pàïs là soubs autre nom et ayant laissé des en-* fants depuis decedet sans hoirs, et sans pouvoir légitimement dis-" poser de ses dits biens au préjudice des héritiers ab intestat. Si j'en puis avoir de meilleures instructions, je ne manqueray pas de les vous envoyer, et si vostre amy trouve à propos d'entrer en traicté avec celuy cy, je tascheray de le servir pour l'amour de vous en tout ce qui rae sera possible et d'employer tout mon crédit de pardeça pour luy procurer toute la satisfaction que je pourray, et disposer ce mien amy à tout ce qui se pourra trouver juste et raisonabie, et à toute sorte d'honneste party. J'attendray ce qu'il vous plairra m'en ordonner.
J'ay esté infiniment aise de voir le mémoire qu'il vous a pieu me communiquer de la part du s' Diodati, pour les errata de l'édition angloise du concile de Fra Paolo , sur quoy je feray corriger mon exemplaire. Mais je pensois que ce fussent apostilles de l'autbeur (pi'il eust adjoustées sur la dicte édition , de ce qu'il semble que ce ne soient que les faultes d'imprimerie, remarquées par quelqu'un qui l'aura conférée sur l'autographe sur lequel avoit esté faicte l'édition angloise. Car en effet j'ay apprins que le dict fra Paolo s'estoit plainct de quelque altération ou interpolation qu'on y avoit faicte contre son sens et qui faisoit je ne sçay quelle contradiction importante au fonds, qui estoit ce que j'eusse bien désiré de voir. Mais tousjours luy ay je bien de l'obligation de cecy qui rend la lecture de la pièce bien plus facile et plus agréable.
Vous rae faictes grande faveur de proffitter le temps du sesjour de Quentin pour luy faire coppier cez belles relations italiennes de M' de Thou et du cardinal de la Cueva *. Encores vous doibs je de nou-
^ Alfouse de la Cueva, ëvèque d'Oviélo, de quatre-vingt4i*oi8 ans. Il avait été oëlèbre de Malaga et de Palestrine , devint cardinal en sous le nom de marquis de Bedmar ; ambasi6aa et mourut en i655, le lo août, Age sadeurdePhilippe III ë Venise, il fot, avec le
veaux reoierciements du soing qu'il voub a pieu de prendre non seules* mant de me retenir dee livres nouveaux curieui^, mais aussy de m'en envoyer les parties ^ \wt de Cramoisy que Cellerier, ce qui est plus toUerable, puis qu'il vous plaict ainsin, leur en laissant tenir les conteroUes sur leuriibvre courant, que de vous donner la peine ef l'im^ portunité de les tenir vous mesmes, comme vous faisiez autres foys, en qUiOÎ vous m'aves infiniment obligé et m'obligerez bien davantage, s'il vous plaict V0U3 resouldre pour l'amour de moy, quand vous recevrez de l'argent de ma part, de le tenir en un sac à part et y en prendre à Oiesure que vùus ffl'a<|beptereï quelque livre en dettail ou que vous payerez quelque c(^pi3tej.sans vous mettre en peine d'en dresser des parties et d'en retenir mémoire, si ce n'estoit de quelque pieite dont le prix fust si extraordinaire que vous jugeassiez à propos de le faire sçavoir à l'advanc^.
M' Cardon m'escript de Lyon qu'il a receu pour moy les Antigue* dades de Gadis^, mais je ne suis pas d'advis de le presser de me les faire tenir que Lyon ne soit achevé de purifier.
M^ Godefroy m'a.voit pareillement appresté quelques livres que je suis bien en pçine dé faire venir seurement, parce que noqs n'avons pas encores peu k*establir le commerce des n^archandises avec les provinces voijsines de crainte qu'on y mesle de celles de Lypq. Si le Roy vient, il buldra les faire passer comme du train de la cour. G'est pour* quoy je ne suis pas d'advis que vous m'adressiez mes livres par Lyon, car tout y demeureroit ou à l'abandon en quelque lieu des chemins. Si W le Pelletier venoit et qu'il voulut faire passer ma balle comme des dépendances de ses bardes, il y auroit plus d'espérance de luy faire avoir entrée. Mais en ce cas il fauldroit prendre certificat à Paris, tant des officiers du Chastellet que de l'Hostel de ville, de l'emballement d'icelle et qu'il y fit apposer en divers lieux le scel de plomb du Roy et
ducd'Os8one,gouv0riieurdeNap)es,raat0OT ^ Mémoires, rôles, et, comme noas disons
de la coojarution de 1618. On lui attribue aujourd'hui, factures, un traité : Squlftino iella liberta neneta, qui * Ce ivre a déjà été foljet d'une note
a étë traduit par Amelot de la Houasaye. ^$m le tome I.
de la ville de Paris, et qu'on print certificats des lieux du passage par les chemins par où on la conduiroit, pour faire voir quelle n auroit poinct passé par Lyon, ne par les lieux infectez de la maladie qui sont entre Vienne et Valance. Et en ce cas on pourroit espérer de la faire passer jusques icy. Mais tout cela est bien difficile, et au dict cas la fauldroit adresser à Valance chez M' Paury ^ ou je Tenvoyerois prendre. Il fauldrà attendre ce que le temps pourra opérer, et tousjours vous demeureray je infiniment redevable, estant de tout mon cœur. Monsieur,
Yostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresg.
A Aix, ce 3 mars 1639.
Vous aurez les nouvelles dans la lettre de M*^ de Lomenie que je le supplie vous communiquer.
Je vous avois supplié de m'envoyer quelques exemplaires d'un petit panégyrique du sieur Naudé sur l'antiquité de l'escolie de Paris 8** chez Jean Moreau 1628^. Je vous en supplie de rechef, et d'y en adjouster une coupple de cet autre livret du s^ Coecilius Frey^, dont le tiltre est Admiranda Galliarum 8^ apud Franciscum Targa, en la sale du palais^. Ils pourront venir en blanc ployez et battus, dans un pacquet, pour les envoyer en Italie à des gents qui les trouveront à leur goust, vous
* Ce m6t n'est pas lisiblement écrit, et ia forme ici donnée est doateuse.
' De antiquitate et âigniuUe Scholœ medieœ parUiensis.
^ Jean- Cécile Frey, médecin et polygraphe , né à Kaiserstuhl vers 1 58o , mourut à Paris le t" août i63i, après avoir longtemps professé la philosophie au coDège Montaigu. Voir sa bibliographie dans le tome XXXIV des Mémoires de Niceron , complétée dans le Moréri de 1769. Jean Baiesdens a réuni les divers opuscules de Frey en deux volumes qui parurent à Paris en 1 6A6
et 1666, in-8^ On a une lettre de Peiresc ( Minutes de Garpentras , registre III , fol. 3 9 1 ) ^te d'Aix le a mars 1629 à ffM. Frey, docteur en médecine à Paris ?». Diverses pièces de Frey relatives à la Rochelle sont mentionnées dans le catalogue de la Bibliothèque nationale {Histoire de France, p. 570, n* 3619; p. 575, n* 9693): RebelUs Rupellœ ruina (1698); Panegyris triumphalis (1639, in-&*).
* Le titre complet est celui-ci : Admranda GalUarum compendio indieata (Paris, 1638, in-13).
suppliant, d'excuser la frequance de mes importunitez. Vous aurez des vers de M' Remy sur Taccidani de lassablenient ^ de l'embouscheure du Var, qui ne sont pas à négliger, ce semble^. Je seray bien aise d'apprendre quel jugement on en fera, et qu'il vous plaise en envoyer un exemplaire au bon P. Yassan ^, et un au bon homme Bertius de ma part. J'oubliois de vous dire pour les oeuvres de Malerbe que je n'ay que quelques vers et afforce lettres siennes qu'il m'avoit demandées pour en faire choix, je les chercheray et parleray à Mad. sa femme.
J'escripts à M' de Lomenie pour un brevet de gentilhomme de la chambre en faveur du s*^ César de Nostradame*. Je vous supplie d'intercéder pour luy et de faire fournir ce qui sera nécessaire à M' de la Tremoliere à qui j'en escris un mot, ou à tel autre que vous ad viserez estre plus propre.
J'aurois encore de besoing à mesmes fins d'un petit office de la Vierge en grec en l'an 1630 chez Jean Hébert.
J'escripts à M' d'Orléans et à M' le Lectier, vous suppliant de leur faire tenir mes lettres et de prendre soing de celles du s' Versoris et du s' Frey*.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOGAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, RUE DIS POIGTBYINS PREZ SAINT ÀNBRii DBS ARTZ, CHEZ M' DR TBOD ,
À PARIS
Que cecy ne se divulgue poinct, je vous supplie.
Madame de Guise et M' de Joinville son filz ne passèrent poinct à
' Pour ensablement. resc, et dont il paya généreusement tons les
* Celle pièce n a pas été reproduite dans frais, conune nous l'apprend la phrase suiles Poematodéjii souvent cités (Paris, i6i5). vante, voir le fascicule II des Correspaniants
* Surle père Vassan, voir t. I, p. qo. de Pemse, p. 18 et sniv.
* Voir, sur César de Nostredame, t. I, * Vol. 717, fol. i5. p. 664. Au sujet du brevet obtenu par Pei-
àe LETTRES DE PElRESft [1629]
Âix où l'on leur a voit préparé logis, d'aultant qtie M^ de Goûe diet que son fîlz n'apportoit aulcun nouveau pouvoir, ains seulement des lettres de cachet au parlement et aux procureurs du païs pour commander en absance de M"^ son père. Or par le premier pouvoir qu il a voit eu par lettres patentes enregistrées dez Tan 1.6 1 6 Jl n'y auroit que la simple survivance, à condition de succéder à son perâ, et après la mort d'iceluy, sans autres nouvelles provisions, pouvoir commander dans la province, etc. , se reservant le Roy la réception de son serment. Or ny est faict aulcane mention de conunander en ab'ssiDOQ dv piére, ains seulement aprec sa mort et je pense qu'on ne luy $ jamais faidt prester le serment au Roy. De sorte que je pense que M' de Guise, voyant qu'il n'y avoit aulcun moyen de passer pardessus ce^ difficultez» se résolut enfin d'envoyer en cour pour faire expédier un nouveau pouvoir de lieutenance en absance , avec clause pour la prestation du serment au parlement, et cependant l'entrée a esté différée, car pour aller chercher le Roy sur la frontière et puis le sceau à Paris, il y aura quelque temps. Cependant, parce que M" de Guise vouloit que son fik commandast effectuellement, ce qu'on ne pouvoit souffrir pqisibleinent, pour prévenir toute contention , il fut concerté qu'il s'abstiendroit de son costé de faire d'acte de gouverneur, et que le parlement en feroit aultant du sien, et qu'on differeroit et dissimulèroit toutes choses de part et d'autre en attendant les commandements du Roy sur cela.
Madame de Guise a preste 6,000 escus^ à M"" son niary par contract publique^ devant notaire et tesmoings avant son parlement pour l'armée. On avoit emprunté 5 00 escus pour luy meubler sa maison d'elle avant son arrivée. Ces navires ont bien de8pendu^ et bien peu faict de service depuis qu'on les a quittez. Enfin il les a fallu tous laisser, et alkr par terre.
Les trouppes qui sont passées ont faict de grands ravages, rançon-
^ Je remplace par oe mot une ahrëvialion ^ De^pendu, c'est-à-dire dépensé. Voir au
formée de deux signée conventionnek. sujel de -ces syjiony me» la piquante défiilitîon
- Peiresc dit contract publique comme donnée par Maiberbe et rapportée par Racau
Montaigne avait dit un debwir publique, dans la Vie de ce poète.
[1629] AUX FRÈRES DOPUY. 47
nements et violements, sans que la penderie de quelques uns ayt peu remédier au mal; leur excuse et de leurs capitaines estoit que depuis onze moys ces pauvres soldats n'avoient pas touché un sol de leurs monstres, et qu'il les falloit bien laisser indemniser comme ils pouvoient. Bezançon^ reprocha publiquement à M*^ le Mareschal d'Estrée que le Roy n'avoit poinct entendu que les trouppes traversassent la province comme elles ont faict, ains seulement un bout pour s'aller embarquer, et que le fonds estoit destiné pour ledict embarquement et traject par mer, et qœ cela ûe s'estoit fiaiet que par vengeance de ce qu'on ne s'estoit voulu laissée persuader de donner de l'argent ^«
* Charles de Besançon , doot il a été déjà qaôstioD, ainsi que du maréchal d'Estrées, dan» la lettre IK da présent volume.
' Vol. 717, fpl,|99^'C^(te)eitrefutécrîle le même jour que l« précédente , comme nous rapprend la mention inscrite au dos : a mars 1699. Signalons, dans le volume gS&Zi du fonda françuis, divers documents transcrits de la main des Dupuy et qui forment un petit dossier rrpour estre envoyé à M' de Peiresc, conseiller». Le premier de ces documents (foi. 8&) est une relation des érénements militairesde Suai , évite de Ghaumont , le mardi 6 mars 1699, et dont la dernière partie seulement a été conservée. II y est question du maréchal de Schomberg , qui tr a receu une moasqnetade si favorable que la balle luy ayant passé entre la chair et les costes dn costé gauche Ton promet sa guanson entière dans, la jour?'», du commandant de Valençay, vqui en a aussi receu une dans le gras de la caisse, mais il n*a ddaissé pour
cela de continuer son travail ... », du comte de Sault trqui a entièrement deffait un régiment des ennemis dont estoit maistre de camp Don Marc Antonio Bellon, Milanois, lequel estant h cheval h sa teste s*est.sauvé plus viste que le pas abandonnant ses compagnons».
Le second document (fol. 84 v") est une relation, écrite le même jour et en la même ville, de Tentrevue du prince de Piémont et du cardinal de Richelieu, et de Fenlèvement des barricades de Suse. Deux autres documents (fol. 96) sont relatifs à Tattaque et à la capitulation de la ville de Suse. Ces derniers , extraits de lettres écrites du camp de Chaumonl, sont datés du 7 mars. Le narrateur donne, dans le dernier document, les détails que voici : crLe combat dura environ deux heures. J*y estois et je vous asseure qu'il y faisoit bien chaud. Enfln M' de Savoie lascha le pied. On a pris dix drapeaux et trois capitaines prisonniers. . . »
48 LETTRES DE PEIRESC [t629]
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS
Monsieur, Jay receu vostre despesche du 20 febvrier depuis quatre ou cinq jours par la voye de la staffette sous enveloppe de M' de Fetan du 3 mars, où je trouvay les imprimés des resjouyssances de Rome, et de Tapologiepour les juges royaulx dont je vous remercie trez humblement, ensemble de toutes les autres belles curiositez qui y estoient joinctes, et principalement de la peine qu'il vous a pieu de prendre à nous faire si bonne part des nouvelles de pardelà. Estant bien fasché que la cessation de noz ordinaires nous empesche de vous pouvoir rien mander en revanche de pardeça, qui ne soit si envieilly que la grâce en est perdue. Vous pourrez voir les deux petits imprimez des dernières nouvelles de la cour que nous avons eu hier et aujourd'huy, ne doubtant pas que vous n'en ayez aultant et au centuple de pardelà, aussy tost et plus tost que nous. Mais pour ne rien obmettre de ce qu'il vous plaict me commander, je ne laisray pas de vous envoyer tout ce que nous pourrons en avoir de pardeça. Ne pouvant y adjouster si ce n'est que la relation du xii est d'un gentilhomme qui est au service de M' le Mareschal de Crequy, nommé Busset. M*^ de la Barben, qui en est revenu aujourd'huy et qui en partit le samedy matin 1 0"^, ne dict rien de plus, si ce n'est que revenant par Ambrun, il y rencontra deux régiments qui alloient trouver le Roy et grand nombre de muUetz chargez de munitions et provisions nécessaires à l'armée; que l'on preparoit le convoy de 2,000 mulletz pour le secours de Casai, et qu'aulcuns l'avoient asseuré (sans toutefoys qu'il en fust si acertainé^) que chascun
* Le Dictionnaire de Trévoux donne de ce tr vieux mot^» cette dëBnition : asseurer, certifier, et cite ce vers de Marot :
Qaant aa travail, bien je voas aeertaîne.
[1629] AUX FRÈRES DUPDY. 49
des dits mulietz devoit porter une couverture de veiours viollet semée de fleurs de liz d or, pour faire que les trouppes qui feroient la scorte ^ fussent plus jaloux de les conserver, et que les ennemys eussent plus d'appréhension de violer la vénération et le respect qui estoit deub à cette livrée. On dict de plus que Senetaire^ ne laissoit pas de continuer le traicté avec M' de Savoye^ et qu'il estoit arrivé le mesme jour avec certains articles corrigez, reformez en la forme qu on disoit avoir esté auparavant demandée par le Roy, voire tous signez, mtais je ne sçay s'ils seront venus aussy peu à temps, ou aussy tard que ceux que disoit l'ambassadeur d'Espagne avoir esté signez par son maistre.
Du costé de Nice vous aurez sceu que M' de Guise a voit envoyé Le Plessis Bezançon^ avec un trompeté à Dom Felice dez le 6 de ce moys, lequel avoit demandé cinq ou six jours de terme pour advertir son maistre. Le i â de ce moys les trouppes commancerent à passer la rivière avec grande facilité, parceque à la faveur des sables que la mer y avoit jettez dez le commancement de febvrier , encores que Dom Felice eust refaict un nouveau canal artificiel, on s'avisa de subdiviser l'eau de la rivière un peu plus hault, et la ranger en une vingtaine de diverses branches, qui la diminuèrent en sorte que chascun rameau ou ruisseau pouvoit estre saulté et passé commodément par les gents de pied sans se mouiller. On avoit apporté des ponts de boys et autres engins que l'on n'a pas laissé d'employer pour le passage du canon , qui debvoit bientost passer et M' de Guise en mesme temps, lequel estoit encor à Antibes, la pluspart de son armée estant desjà campée dans la plaine et les prairies audelà de l'eau. On dict mesmes que 3o ou
^ Peiresc reproduit ici Titalien scorta. La forme escorte se trouvedéjà chez des ëcrivains antëriears.
' Henri de SeDneterre ou Saint-Nectaire, marquis de la Ferté-Nabert, était alors marëchd de camp. Il mourut le & janvier 1 66a , âgé de quatre-vingt-neuf ans.
^ Sur la mission de Senneterre auprès du duc de Savoie, voir les Mémoires de
Bassompierre (tome IV, pages i5-â&).
* Bernard de Besançon, seigneur du Plessis , s'était distingué comme ingénieur au siège de la Rochelle. Voir sur lui une note dans le Recueil Avenel (t. IV, p. i35). Besançon est plusieurs fois mentionné dans les Historiettes de Tidiemant des Réaux (t. I, p. i35,i36;t.II, p. 16^,173, 3&o).
tMPRIlIKUK lATIORALI.
ko coureurs, allant recognoistre le païs, trouvèrent une embuscade de 200 Espagnols où il y eust un peu d'escarmouche, et quelque prisonni^ emmené, mais nous n'en avons encores rien de certain, si ce n'est que M"^ de Guise récent un pacquet du Roy, soubs l'env^ loppe duquel il en trouva un autre accompagné d'une lettre de Sa Majesté par laquelle elle luy commandoit de passer un jour certain, et aprez estre delà l'eau, ouvrir le pacquet qui y estoit joinct et non plus tost pour mettre lors à exécution les mandements de Sadicte
La maladie du conté Yenaissin est cessée partout fors Carpentras, où il y a eu encores quelque petit accez. On a restably l'entrée pour le commerce quasi par tout ledict pais, et rouvert les ports et passages des rivières, de ce costé là, et commaucé à souffrir qu'on apporte de Grenoble des balles de bardes, et livres de persones particulières; peu à peu il se fauldra apprivoiser. J'oubliois de vous dire que dez dimanche dernier les cinq galères de reste qui avoient esté apprestées, suy virent la première, et firent voile par un fort favorable temps pour aller à Antibes, et favwiser le passage des trouppes qu'il nous tardé bien de voir dans la terre ennemye, car elles ont ruiné tout le pauvre païs, estant incroyable des extorsions et rançonnements qu'elles y ont faict et des eruaultez exercées, pix qu'en pais de conqueste. J'oubliois encores que certaines galères de Sicile avoient abordé à Villefiranche et deschargé quelque infanterie espagnole ou sicilienne d'environ i,5oo ou â,ooo hommes en fort mauvais équipage, et qui ne sont pas en estât de faire grande résistance aux nostres.
Pour respondre maintenant à vostre lettre , j'ay esté bien fasché du decez du pauvre M' I^ouUain. Il avoit de fort curieuses recherches pour la matière des monnoyes, qui meriteroient bien de n estre pas perdues. Vous obligerez le public de vous en enquérir et d'en prendre un peu de soing, aussi bien que de celles de M' Aleaume. Il avoit mesmes de fort bons libvres bien qu'en petit nombre; s'ils se vendoient, ils meriteroient d'estre recherchez. Il avoit entr'autres ce volume in fol® des
opuscules du P. Mariana^ qui est tant deffendu en Espagne, où est le traicté De Monetis^ qui le fit tant persécuter*. Je l'achelterois bien volontiers, si vous en rencontriez jamais à vendre soit celuy là ou autre, mes assortiments en cette matière, qui sont assez grands, estants deffec* tueux en cette pièce là, et en celle de la Grsecia Lazii^ de la vieille édition en petit folio, qui est bien meilleure, à mon gré, que la dernière de Francfort en jplus grande forme, mais en trez chettifve lettre ^, et deffectueuse d une espreuve qui y estoit joincte d'un autre ouvrage de cetautheur, dont je vous r affraischiray la mémoire à tout hazard, si vous le rencontriez jamais. Si j'eusse esté adverty des voyages que sont allez faire en Allemagne les s" Diodati et Gassendi % je les eusse priez de Ty chercher pour l'amour de moy. Cependant je vous remercie trez humblement du soing qu'il vous plaict de prendre de la transcription des deux registres des monnoyes dont je vous avois prié, tant chez M** le présidant Lusson que chez M' Aultin, ensemble des droicts et privilèges des notaires apostoliques. Quant à la lettre du consul de Tltalie, je la vous renvoyé avec mille remerciements trez humbles comme d'une
* Noos avons rencontre ie nom in père Jean Mariana dans le tome I (p. 43a). lie volume dont parle Peiresc est celui-ci : Tractatus VII tutn theologiet, tum hUtorici, videUeet: I. De advenlu Beali Jacobi ApastoK in Bùpamam, IL De editkme vtt^uia SS, BU^Uorum, etc. (Cologne, 1609, in-fol. de hhU pages).
* C'est le traita qai dans le recueil de 1 609 porte le n*" IV et est intitule : De monelef nrn-
^ Le père Mariana, accusé du crime de lèse-migesté pour avoir osé affirmer que le changement opéré dans la valeur de ta monnaie est combunnaUe, iut misanx arrètsckas le couvent des religieux franciscains de Madrid : il était alors Âgé de soixante-treize ans. Le roi d'Espagne ordonna de faire acheter sans bruit le plus grand nombre possible
d'exemplaires des sept traités et de Ica livrer aux flammes.
^ Voir sur Wolfgang Lazius 1. 1, p. 918. Conférer une note des Lettres françaises de Joseph ScaUger (1879 , p. 370 ).
^ Cùwmeniaiianum rensm Grœearwn Ubfi dm. L'édition de Francfort, dont Peiresc se plaint, avait été précédée de deux éditions au moins, celle de Vienne (i558) et celle de Hanan (i6oS),in-feKo l'une et l'autre. L'ouvrage de Laiius a été inséré par Gronovius dans le tome VI du Thésaurus antiquit, Grœcar,
* Le voyage projeté ne se fit pas. Gassendi, ayant visité les Pays-Bas, revmt à P»risle 8 ao&t 1639, après envinn neuf mois d'absence. Voir Vie de Gassendi, par Bougerel , lequel ajoute (p. 6&) que « c'est l'unique voyage qu'il ait fait hors in Rc^aume».
pièce qui n'a pas laissé de me bien consoler, encores que je ne l'aye peu lisre sans frémir, parceque j'y ay apprins que les naufrages dont on m'avoit escript de Rome estoient antérieurs au voyage ou arrivée à Seyde , car on me les escrivoit en sorte qu il sembloit que cela fust arrivé à son retour \ ce qui m'affligeoit grandement, attendu ce quon y adjoustoit de la perte de son équipage , qui me faisoit croire que toutes les curiositez qu'il pouvoit avoir ramassées en la Palestine et Œgypte fussent perdues. De ce que maintenant je suis en quelque espérance qu'il ayt saulvé non seulement sa persone, mais aussy les despouilles qu'il r'emportoit de cez pais orientaux, qui en sont plus fertiles que les contrées de Gonstantinople, à tout le moings, plus aiseez à recouvrer et avec moings de rançonnement.
J'attendois à ce jourd'huy bien impatiemment le retour de l'ordinaire de Rome, pour y apprendre des nouvelles plus fraisches du progrez de sa pérégrination, mais il n'est poinct encores comparu, et fault que les troupes qui sont sur la frontière tant d'un costé que d'autre l'ayent arresté, si ce n'est qu'il n'ayt pas trouvé à Gènes les despesches de Rome, et qu'on l'y aye retardé une semaine pour les attendre comme ils font quelquefoys. Ou bien que M"^ de Guise le retienne comme on dict qu'il arreste toute sorte de commerce de part et d'autre jusques à ce qu'il ayt faict esclatter son dessain , dont nous serons bientost esclaircis Dieu aydant. Si vous me pouvez envoyer par la voye de la poste un exemplaire du TertuUian de M'Rigault, pour M"^ le Premier Présidant, vous m'obligerez, et pour sa préface je vouldrois bien au moings en avoir exemplaire corrigé en un endroict où l'imprimeur a laissé je ne sçay quelle faulte en la douzième page, ce me semble, lorsqu'il parle de l'opinion que TertuUian pouvoit avoir conceue du Montanus. Je vouldrois bien qu'il se résolut de la laisser imprimer de rechef à son libraire puis qu'il ne double plus que M'^ le Gardinal n'en soit demeuré plainement satisfaict. Je n'ay poinct osé envoyer sans cela son exemplaire à M"" le cardinal Barberin et en attends tousjours sa resolution. Je me res-
' Peiresc a oublié de nommer ici François-Auguste de Thou.
jouys que nous puissions espérer un peu plus tost que ne pensions le Soliu de M*^ Saulmaise, mais je suis fasché que ses notes demeurent en arrière, voire quand ce ne seroient que ses prolégomènes \ car Dieu sçaict quand on les luy pourra arracher des mains si l'occasion de cette édition ne l'y force. Voilà quant à vostre lettre.
Il me reste à vous dire que je vous envoyé une petite relation traduite de Tanglois de Purchas^ par le s' Valois*, de deux petits voyages assez curieux, l'un de Jean Sanderson en Syrie, et l'autre de Henry Timberiey en OEgypte*, m'asseurant que vous ne le verrez pas mal volontiers. Le dict s' Valois avoit prins cette peine à la prière du s' Gassendi, et j'en voulus retenir coppie, avant qu'il luy en envoyast la minutte comme il disoit vouloir faire, et comme jepensois qu'il eust faict, et que vous l'eussiez veiie par ce moyen. Mais il m'escrivit dernièrement qu'il s'attendoit que j'en envoyasse une coppie, ce que je faicts maintenant avec prière d'en faire part au dict s' Gassendi à son retour, si ce n'est qu'il eust laissé ordre de la luy faire la part où il sera ^. Il y aura icy une lettre pour luy que je vous recommande, comme chose qui luy importe à ses affaires particulières. Je vous envoyé aussy le premier libvre du Théophile de M' Fabrot* bien au net, et en Testât qu'il peut estre plus commodément imprimé en trois colonnes, sur l'autre coppie cy devant envoyée. N'ayant osé en mettre davantage dans le pacquet pour ne le trop grossir, et pour ne laisser en arrière un petit livret des Actes du Pape Gaius'' venus de Rome que j'ay creu vous devoir envoyer à faulte de meilleur entretien. Il
' Littré n*a cité sons le mot proUgomènes aucun de nos recueils biographiques ou biqu'un seul écrivain. Gués de Balzac {Le
Barbon). * À Tendroit où il sera. Littrë n'a pas si-
* Sur Samuel Pnrchas, voir le tome I, gnalë cette expression qui revient souvent
p. 85. dans les lettres de Peiresc.
' D s'agit de Jacques de Valois, le tré- 'Le Thêopkik d'Annibal Fabrot devait
sorier de Grenoble, qui, en raison de son paraître neuf ans plus tard (Paris, i638,
origine écossaise, connaissait bien la langue in- A*).
^ Saint Gains, élu le 1 7 décembre 9 83,
Sanderson et Timberiey ne figurent dans mourut le 33 avril 996.
5& LETTRES DE PEIRESG [1629]
y aura là assez de quoy entretenir Timprimeur s'il y veult mettre la main selon sa promesse, eu attendant que par les ordinaires ou staffettes suy* vantes, je vous puisse envoyer peu à peu les autres livres suyvants. Ce vous sera tousjours de la peine nouvelle, et nouvelle occasion de nous obliger nous mesmes en la personne du dict s'Fabrot, que nous honorons et affectionnons, comme le seul qui faiçtun peu valloir les bonnes lettres de pardeça. Je vous recommande cette entreprinse tant que je puis, layant grandement à coeur, pour le contantement de lautbeur, et pour Thonneur de nostre pauvre et stérile pais, qui doibt faire valloir le plus qu'il luy est possiUe les fruicts qu'il produict, quelque austérité qu'il y ayt, comme les septentrionaux font valloir leurs citres^ et leurs biaires, à faulte de bons vins. J'oubliois que le passage de cez trouppes ont desassorty^ tous nos livres de géographie de la carthe de Provence, que j'ay esté constraint d'arracher de divers endroicts pour en accommoder les députez du pais, qui suy voient les routtes avec les régiments par divers endroicts. Je vous supplie de m'en faire achepter quatre ou cinq exemplaires chez le s** Tavemier s'il est possible de les faire séparer comme je pense, et une coupple de celles du Daulphiné. Je n'ay pas encores peu expédier les inscriptions de M'' Grottius, mais ce sera Dieu aydant par le premier, et demeureray à jamais, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, M Pbimsg.
A Aix, oe i6 m«ro 1699'.
^ Peiresc écrit le mot cidre comme l'écrivait , au XVI* siècle , La Noue dans cette plirase de ses Mémoires: ff Meilleur que les dires de Normandie. »
' Littré ne cite sous le mot désassorti qa\me phrase de M"* de Sévigné. Le Dic-
tionnaire de Trévotuc cite sons le même mot un quatrain du duc de Nevers.
' Vol. 717, fol. 28. Voir à l'Appendice du présent vohime, seconde partie (n" I et II), deux lettres de Jacques Dupuy à Peiresc, une du 1 9 mars, fautre du 90 mars.
[1629] AUX FRÈRES DUPDY. 55
[sans àdbbsse,]
Monsieur, Despuis vostre dernière despesche du i G"** j'en ay receu deux des vostres du 27 febvrier et a mars, soubs une enveloppe de M' de Fetan du dimanche \i^, lequel m'escript avoir retenu par devers luy un livre assez grosset ^ qu'il dict reserver pour me le faire tenir par le prochain ordinaire. Je pense que ce soit le TertuUian de petit papier dont vous faictes mention, que nous pourrons avoir environ dimanche prochain ou lundy, car de Lyon icy par la staffette les despesches qui en partent le dimanche demeurent tousjours 8 ou 1 o jours par les chemins, s'il ne se rencontre quelque extraordinaire qui les chasse. Mais si le Roy vient en Languedoc comme on dict, ces lettres viendront un peu plus viste. Car on ne songe nullement de restablir les ordinaires courriers, puis que M"* de Fetan s'est retiré dans Lyon, que le commerce ne soit absolument restably avec la ville de Lyon, ce que je ne pense pas estre faisable de nostre costé, que les grandes chdleurs ne soient venues, pour descouvrir si la maladie n'y regrillera poinct. Ceux de la santé de Lyon avoient faict requérir le restablisse^ ment du dict commerce et pour justiBcation de leur bonne santé avoient envoyé un estât des malades, avec certification qu'il n'y mouroit plus de la maladie que deux persones par jour, ce qui renouyella bien les allarmes de tout le monde icy, auquel un seul accez est cappable de donner l'espouvante toute entière. On avoit relasché un peu de la rigueur du vinaigre, estimant que le bui'eau de M' de Fetan fust hors de Lyon au lieu de Balmont d'où il faisoit datter ses lettres et brevects. Et parloit on de soufitir que les courriers ordinaires peussent aller d'icy à Vienne, et possible au dict Balmont dans quelque temps. Mais cette retraicte de M' de Fetan a gasté tout le mystère, et destrnict tout
* Le mot ffreswt a été troa^ë par IMiré dans le Roman de la Bote, dans Ambroise Pare et dans les Mémoires de Sainfr-SimoD ; c'est, du reste, un mot d'origine provençale.
ce que nous avions advancé pour le regard, et a-ton desjà renouvelle beaucoup plus de rigueur que de coustunie, tesmoing les bulles de Montmajour de M' de Brèves que j ay receues par la dernière slaffette, dont Tenveloppe passa parle vinaigre chauffé, et peu s'en fallut qu elles ne fussent endaumagées, mais Dieu mercy on y arriva à temps, pour empescher qu on n y exerçast plus de rigueur. La grosseur du volume qu'elles monstroient avoir, fit demeurer en arrière vostre livre du TertuUian, comme je pense. On nous veult faire à croire que le Boy s'en revient par cette province en Languedoc, dans 3 semaines; si cela est, il fauldrà faire effort pour le restablissement de noz ordinaires de Lyon, et tascher de les faire arrester à Vienne, et qu'on leur envoyé là les despesches de Lyon, pour faire cesser les ombrages qu'on a icy de la ville de Lyon; si le mal qui estoit en Valance et Vienne est cessé, nous en viendrons plus facilement à bout.
J'ay receu dans vostre despesche les exemplaires que vous y avez mis tant de l'inscription de M' Bigault que de la préface, dont je vous rends grâces trez humbles, et ne manqueray pas d'en faire insérer un dans l'exemplaire destiné à M"* le Cardinal , s^il se peult faire proprement, sinon j'y employeray le mien que j'avois tousjours tenu en laisse^ pour cet effect, et puis le feray tenir parla première commodité. Ëntr autres coppies de la dicte préface la première que je maniay me mil en grande allarme, car je la trouvay chasttée de tout ce qui alloit à la deffence du TertuUien , et craignois que toutes les autres fussent de mesmes , et qu'il eust prins fantaisie à l'autheur d'en retrancher cette partie là, qui me sembloit trez nécessaire. Mais je fus tout consolé, quand j'eus vérifié que les aultres estoient aussy entières que la première que j'avois veue, et prins conjecture que la chastrée estoit celle qui avoit esté véritablement faicte pour celuy à qui elle est adressée, et que le surplus avoit esté arraché de la lettre qui pouvoit avoir esté préparée pour Bome, afin de l'insérer en ce lieu là, où elle fict trez bien; tant est que j'en suis grandement satisfait et content, et grande-
* C'est-à-dire réserver, comme le chasseur tient en laisse des chiens dont il se servira plus tard.
ment obligé à la courtoisie de M'^Rigauit, auquel si je ue pouvois escrire cette foys icy, je vous supplie de luy faire mes excuses trez humbles at^ tendant de m'en acquitter mieux par l'ordinaire prochain, auquel temps je verray si par mesme moyen je luy pourroisfaire tenir quelques lettres de recommandation pour les juges de Dijon , sinon de moy, qui n'y ay pas de grandes habitudes, au moings de quelqu'un de mes amys.
Il m'escnpt que M' Autin mettroit entre les mains de nostre coppiste le registre de Lautier pour en transcrire ce que je luy avois demandé, qui n'estoit que certains feuillets des monnoyes du temps de S^Louys, et s il ne luy estoit incommode, toutes celles qui estoient audessus de Philippe le Bel, en remontant jusques à Philippe Auguste, en quoy ils m'ont bien obligé l'un et l'aultre, et je lascheray de leur en rendre toute la revanche qu'il me sera possible.
Je ne luy en avois pas demandé davantage, parce que le registre entre deux aiz qui commance au dict Philippe le Bel pouvoit suppléer le surplus en quelque façon. Mais c'est la vérité que s'il se trouve de coppiste à prix honneste qui eust le courage d'entreprendre la coppie entière de tout le dict registre de M' Aultin, et que luy ne l'eust pas désagréable, je ferois de bon coeur la despance, et ne ferois pas pour cela moings volontiers aussy celle de tout le registre entre deux aiz. Et pensois vous en avoir escript à peu prez en ce sens là, mais je vois bien à ce que vous m'en revocquez en doubte, que je ne m'eslois pas» bien donné à entendre.
Cependant je vous suis bien redevable du seing que vous avez daigné prendre de l'un et de l'aultre, comme aussy de la recherche des livres de la secte Mahometane et de ceux d'Estienne, qu'il vous a pieu me retenir, en quoy je ne puis assez louer vostre desbonnaireté en mon endroict, et la curiosité du choix que je trouve bien délicat et cappable de tenter de ceux mesmes qui pourroient estre moings curieux que moy. C'est pour quoy je seray bien aise qu'il vous plaise me les retenir tout à faict, non que plusieurs d'iceulx ne se trouvent parmy les miens. Mais ce que vous dictes qu'ils sont tous en blanc et fort nets, m'en a mis la salive en bouche, afin de les pouvoir faire mieulx relier que ne