‹ Lettres de PeirescChapitre 7 sur 48 · ADVOGAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS · texte numérisé non relu

ADVOGAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS

À PARIS

Monsieur, Je vous escrivis par la dernière staiïette saromedy passé et depuis soubs une enveloppe extraordinaire de M'' le Premier Présidant par laquelle je vous accusay la réception de vos despesches du 2 2 mars et 3 avril et vous fis part de quelques lettres de Rome. Celle cy ne sera que pour adjouster une coppie de nouveaux vers du Pape ^ qui mont esté envoyeis de la part du cardinal Barberin, ensemble cette apparition de cinq soleils que j'ay faiçt coppier, tellement que vous la pourrez garder, si jugez quelle en vaille la peine, et puis que le pacquet n'est pas gros à ce coup cy d'ailleurs, vous aurez par cette commodité l'exemplaire du livre du Roy de Perse*; je seray bien aise que le trouviez à vostre goust. J'en ay envoyé quérir un autre pour moy à Venise, que j'attendray tout à loisir puis que j'y ay parcouru ce que je voulois y voir. L'ordinaire de Rome ne m'avoit poinct laissé de lettre du cardinal^, mais le vice légat d'Avignon m'en a renvoyé une sitost que ledict ordinaire a esté arrivé là, où il tesmoigne de grandes condoléances de la perte que le public a faicte en la mort du sieur Aleandro. Je hiy avois escript dez le premier advis que j'en eus, qu'il debvoit re-

^ Si casse qu ii s'éteignit quelques mois ^ Nous avons déjk vu que ce livre avait

plus lard (après le 9 3 août). été publie par Pierre délia Valle sous ce

* Vol. 717, fol. 35. titre : Relaz4ùne delh eondiziom di Abbus ri

^ Sur Urbain VIII et ses poésies, voir di Persia (Venise, lôaStin-A**). 1. 1, p. 18. 'Du cardinal Fr. Barberini.

mettre à M' Holsteiiius ies mémoires et observations du dict sieur Aleandro ez mains du sieur Holstenius pour les donner au public, et achever ce qui s'y trouveroit imparfect, spécialement sur le calendrier constantinien. Nous verrons ce qu'il nous respondra. Car quoy que la modestie face dire à IVP Holstenius dans sa lettre que je vous ay envoyée S je ne pense pas que le génie du cavalier Doni fust assez^ fort pour sortir de cela à souhaict^. Je feray une recharge la plus instante que je pourray sur ce subject par le prochain ordinaire de la semaine prochaine, Dieu aydant.

J'oubliay de vous escrire dernièrement l'affaire du sieur Bezançon^ (qu'on dict estre filz du présidant Chevalier^, à tout le moings qu'il ne trouvoit pas bon que son père putatif le qualifiast son filz) lequel se voyant embarrassé dans la contestation qu'il avoit eue avec M' le Mareschal d'Eslrée ^, et ayant apprins de la cour, que l'air du cabinet et du conseil n'estoit pas pour luy, faignit d'estre griesvement malade et d'avoir de si grandes convulsions qu'on eut pitié de luy, et l'envoya t'on dans une chère ^ à la prochaine ville , pour faire consulter son ma , demeurant lousjours neantmoings avec des gardes, qui ne le tenant d'assez prez dans cette confiance de maladie, il trouva moyen de leur eschapper, et se saulvà du costé de Nice, où l'on dict qu'il est encores.

^ Voir cette lettre dans le recueil de Boissooade, n* xxii, p. iâ3. Holstenius répond ainsi (p. i /i/i ) à la demande de Peiresc : (rNam quoJ in Aleandri locum me subrogaie conaris, id profecto tenuitatis roete conscientia deterritus admittere non ausim ...»

* Voici le passage dans lequel Holstenius {ibid») proposait à Peiresc de charger Doni de fachèvemenl des travaux d'Aléaadre :

ffjQuod et Donium nostrum una meeum factorum existimo , et quidem eo inagis, quantum polilioris doctrinoe el<^[antia et anliquitatîs cognitione praœtaLn Dans luie lettre précédente (du a 3 mars), Holstenius déplo-

rait ainsi (p. i33) la mort d'Alëandre : ir De Cl. Uieronymi Aleandri morte pntojam aliorum literis ad te nuntiatum fuisse , cujus interitu Italia magno lumine, et universa res literaria insigni omamento orbata est. n

' Gharies de Besançon, seigneur de Son* ligné, déjà plusieurs fois mentionné.

^ Sur le président Chevalier, voir t. 1, Appendice, p. 833.

^ Voir sur cette contestation les Mémoires deBassompierre, t. IV, p. aS.

^ G'estrèhdire une chaise à porteurs. Nous avons déjà rappelé (t. 1, p. 67, note 1) que Tidentité des mots ehmre et ehai$e se prolongea jusqu'au milieu du xvii' siècle.

Il est venu un prevost pour luy faire et parfaire le procez jusques à sentence exclusivement, pour estre aprez jugé par Mess" les Mareschaulx de France, auxquels le Roy en a renvoyé et attribué toute jurisdiction et cognoisçanceS dont ee pauvre homme est au desespoir. Les communes le regrettent fort, parce qu'il a voit bien empesché des desordres au passage des trouppes encores qu il s'en soit faict beaucoup. On adjouste que le Roy a faict deffences de plus bailler par cy aprez la qualité de commissaire gênerai que prenoit le dict Bezançon, parce qu'elle sembloit heurter et quasi destruire la charge de gênerai d'armée, ce disent cez Mess"- On se plainct fort des nouveaux desordres et rançonnements que font cez trouppes par tout le pais. Vous diriez que tout est au pillage, on dict qu'il y en a eu de bien frottez en quelques lieux d'ici autour qui ne sont pas tant regrettez, car ils abusent bien de la facilité des chefs. Au reste on commance à nous renouveller les appréhensions de la maladie qu'on dict faire desjà du progrez à Grenoble; c'est pourquoy on acejourd'huy faict assembler extraordinairement Mess" du parlement, pour en suspendre l'entrée et le commerce, attendant le verbal de ceux qu'on a envoyez pour s'en informer soubs main ^. Et si le voisinage du Roy et le conseil qui est à Valance ne nous eust empesché de frapper coup, nous eussions incontinant interdict le commerce de tout le Daulphiné, à cause de la communication qu'il a quasi inévitable avec Grenoble. Mais si le Roy est une foys passé en Languedoc, on leur fera de grandes instances pour agréer qu'on restablisse les ordres les plus rigoureux que l'on pourra pour le regard , de crainte que le mal ne nous accueille , qui seroit la totale ruine de ce païs, aprez celle que nous avons eue aux passages de ces trouppes, qui ont desjà cousté plus de 3oo mille escus au païs, et

^ On iil dans les Mémoires de Bassom- * Littré ne cite, à propos de cette expres-

pierre (t. IV, p. 53): ffLelundy 9"*' [jail- sion , que des ëerits postérieurs à la présente

let 1699], nous fusmes encor au conseil, lettre, leA CanMéraUons svr lês ccups d'État

puis nous vinmes, M. de Chomberg et moy, de Gabriel Naudë (1639), le Soliman de

cheux moy juger Besançon d avoir la teste Mairet (1639), etc. tranchée, d

sont pour en eouster encores beaucoup, si les troujppes du Roy ne sont plus réglées que celles que nous avons veues jusques à presant. Nous n avons rien de bien certain pour le temps dé ]a venue du Roy dont nous sommes en grande peine ^ et de faire sortir du pais les trouppes qui ont le commandement d'aller en Languedoc. Voda tout ce que nous avons pour le présent. Conservez moy l'honneur de vos bonnes grâces, comme à celuy qui est et sera à jamais ,

vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Pbiresg.

A Aix, le 90 avril au soir ti

J'oubliois de vous dire qu'il est passé par icy depuis deux jours un ambassadeur de Gènes di casa Lomeliino ou Palavicino, qui s'en va vers le Roy pour compliments ^. Il y a eu quelque peu de changement en leur ville pour le choix des persones qui y sont en employ, qu'on diet n'estre pas du tout tant attachées à TEspagne que ceux qui sont sortiz de charge. Vous aurez seeu que les assiégez de Soyon se sauvèrent une nuict fort bien pour eux , car ils n'eussent pas eschappé la corde. M' de Montmorancy est descendu à Beaucaire où Madame sa femme estoit fort griesvement malade et en grand danger de mort.

Un mien intime amy qui ayme passionément la musique m'a prié

^ Ce fut , nous Tavons déjà va , le 98 avril que Louis XIIl partit de Suse pour rentrer en France. Il amva le 1 4 mai au camp devant Privas.

* Bassonqpîerre dit dans ses Mémoires (t IV, p. 99) : (r II arriva à Suse un ambassadeur extraordinaire de GesnesT) , et (p. 33) : irLe vendredy 97"*rambassadenr de Gènes eutaudieiiee. . . 9» Le marquis de Chantérac n a pas indiqué le nom de cet amtMSsadenr qo avait ainsi fait connattre le reeueil Avenel (t III, p. 981): ff Augustin Palavicino fut envoyé à Suse pour féliciter le roi de son

glorieux passage en Italie. La république de Gènes avait écrit au cardinal de Richelieu ' pour le prier de disposer le roi à accueillir avec bonté leur ambassadem*. » Richelieu, dans une lettré à la reine, du. 9 9 avril, écrivait ceci : (tII a envoie devant, pour annoncer sa venue, force confitures qu*il a fait passer par la Savoye; et, pour sa personne , il a creu que le chemin de Provence lui seroit plus favorable, au rebours des Normands, qui vont par eau et envoient leurs procès par ten'e^D

fort didemment de luy faire recouvrer des airs nouveaux s'il y en a, je vous supplie d'en demander quelques uns des plus modernes et des meilleurs à quelqu'un de voz amys; en un besoing M' du Monstier mon compère^ ne me les refusera pas si vous les luy faictes demander de ma part, sçaichant bien qu'il les a incontinaût qu'ils sont esclos. Excusez moy de cette peine et pour l'honneur de Dieu me commandez tant plus absolument.

J'oubliois de vous dire que cet ambassadeur de Gènes fut porté à Toullon par deux galères de la Republique sur lesquelles parurent afforce gents vestus à la Françoise, et furent deschargées trente six caisses d'une mesme forme que l'on disoit estre envoyées au Roy par la dicte Republique qui furent emportées par dix huict multets que ledict ambassadeur fit demander pour cet efféct sans les autres qu'il print pour ses bardes et pour son train. Mais on adjouste à cela une chose dont je n'ay pas de bon garant, sçavoir est que parmy cez caisses la Republique envoyoit au Roy cinq cents mille escus en or de l'argent du feu mareschal d'Ancre, et veult on asseurer que le dict ambassadeur l'avoit ainsin asseuré à M' le General des Galleres tout hault en présence de prou de gents ^. Si cela est je m'en rapporte; tant est que se non fu bella , fu ben trovala '. Bien est il véritable qu'il y a eu du changement en l'employ des persones choisies pour les principales charges de leur republique.

Je ne vous avois pas dict aussy une chose bien déplorable, que lorsqu'on voulut se servir du canon que Ton avoit faict traisner pour favoriser le passage de la rivière du Var contre les galères d'Espagne, il se trouva que les bouUetz n'estoient pas de calibre, de sorte qu'il n'y eut pas de moyen de le faire tirer, et fallut que les pauvres soldats passassent à la mercy du canon des galères dont il en demeura plus de 200

* Il s'agit là du peintre Daniel du Mods- ne dit pi^ un mot de ia groase flomme qui tier, que Peiresc appelle son comphre parce aurait ëCë apportée par Tambassadenr. qu'ils étaient intimement liés. - On cite généralement cette expression

* Le cardinal de Richelieu, dans la lettre proverbiale sous une forme un |)eu diffëdont un fragment vient d'être reproduit, rente : S« «0» ^ p«ro , etc.

sur la place, et toujiefoys il ne se vit jamais rien de si insolent ne de si tyran que ce Buysson qui avoit la commission de l'artillerie et que tout le monde condamnoit en une faulte si inexcusable. Il a bien faict crier tout le pauvre monde, qui est passé par ses mains soit pour mui-lets ou autre attirail, mais cela soit dict entre nous, s'il vous plaida

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Je receus lundy au soir vostre despesche du lo de ce moys, avec le TARICH ^ fort bien conditionné et un cahier de remonstrances sur les rentes de Paris, où il y a de fort bons mouvements de ce pauvre bourgeois, dont je vous remercie trez humblement, comme aussy des particularitez de la cour, en revanche desquelles vous en aurez une petite relation qui n est pas de si haulte cour, mais encores y aura t'il possible quelque destail qui vous pourroit estre eschappé. Vous aurez par mesme moyen l'autre despesche de M' de Thou du Caire laquelle il accusoitpar celle d'Alexandrie; vous verrez ce qu'il m'escript, car j'ay eu loisir de luy faire response pour l'ordinaire de Rome, depuis que je l'ay receûe, avant le partement de la staffette.

J ay prins grand plaisir au jugement dont vous m'avez faict part de cez Mess" qui ont l'oreille si sensible sur les vers des sieurs Yiaz et Remy', et sans nommer persone j'ay donné un petit mot d'advis à celuy qui en avoit besoing, qui n'est point jaloux de ses ouvraiges, et recognoit fort ingenuement la vérité; il est fort jeune* et en estât de se corriger, comme il en a trez bonne envie. Pour la première syllabe de

^ Vol. 717, fol. 37. ham Rémi sur la prise de la Rochdle.

* Ce livre a ëtë déjà mentionne plus haut * Là il est question de Rémi, lequel nV

(iettre VU). vait alors que vingt-huit ans, tandis que

' Les vers de Balthazar de Vias et d'Abra- Vias avait dépasse la quarantaine. II. 11

SYRUSt je pense que ce qui se trouve du nom pareil de ce lieu en isle de TAsie Mineure, le peult avoir trompé. Oultre que pour les noms propres il semble que les poètes s'en soient fort dispancee» attendu que les etymologies en sont communément tirées de si différantes racines, quil nest pas inconveniant que les unes ayent des fondements pour allonger, et des autres pour abbreger la prononciation d'une syllabe et de faict si on alloit examiner le nom de Syrie selon les origines Phoeniciennes ou Hébraïques, où les principaulx mots et primitifs sont accompagnez de consonantes fort haspirées, mesmes celuy là, qui estoit anciennement monosyllabe, comme il est encor aujourd'huy entre les Arabes et se commance à escrire par une lettre grandement haspirée, qui ne se peult proprement imiter par les lettres grecques ou latines sans en joindre deux ensemble pour faire TSOUR S il est bien malaisé de le mettre en vers en sorte qu'il ny eust de la cacophonie, s'il estoit escript et prononcé si scrupuleusement comme aulcuns croiroient qu'il deubt estre, et de faict ce qu'aulcuns ont depuys exprimé par un S en SYRIA, les autres Tout exprimé par un T en TYRUS, bien qu'on tienne que l'un vienne de l'autre. Voire quelqu'un a tenu qu'ASSYRIA ne soit qu'un emprunt de syllabe, pour pouvoir plus corn* modement prononcer la première consonante du mot de Syrie en la redoublant, attendu que les voyelles leur sont si indifférantes et qu'ils ne s arrestent principalement qu'à leurs consonantes.

Quant à l'autre mot de Yarus, bien que l'usage receu soit sans réplique, si est ce qu'il ne reeevroit pas moings de difficulté, s'il estoit examiné selon les plus vraysemblables etymologies et origines de la langue GauUoiae ou Germanique où la plus part des rivières et ruisseaux se trouvent avoir retenu des noms qui viennent d'une seule origine, bien que divwsi6ee d'une estrange fiaçon, comme le Var, le Garon, le Garin ou Guarin, le Verdon, le Gtiar, le Guardon, la Garonne, la Gavarre, le Gavarret, le Gau, le Gappeau, le Gaveau, le Gavot, le Gavardel, le Gavaudan, le Gavai^don, la Gaveme, la Gavelne,

^ Tscmr ou Soor est une YÎile cle la Turquie d'Asie, province de Syrie, sur la Méditer^ ranëe, à 36 kilonètres d'Acre. C'est fandenne Tyr.

[1629] AUX FRÈRES 0UPUY. 83

rUveaune, et une infinité d'autres, que Ton trouve à touts bouts de champs dans cette province, et dans le Languedoc, mais principalement dans cet pais du Bearn, et autres circonvoisins, lesquels ont plus opiniastrement retenu le Barragoïn celtique ou cantabrique, où j ay autres foys admiré de voir quasi touts les ruisseaux qualifiez en cette sorte et Dieu sçaict si le nom de Ligeris ne pourroit pas en estre dérivé comme les autres, car les voyelles n'estoient pas gueres moings arbitraires entre ces peuples là qu entre les Orientauh, et de faict vous voyez que dans cette mesme Province nous avons deux notables rivières qui ont retenu les noms de VAR et de VËBDON, et si on y rapportoit les autres noms de rivières ou ruisseaux qui peuvent avoir changé TV de la première syllabe en B ou en P, comme il n'est pas arrivé moings promisc&ement^ que de le changer en G oU en GV, vous y trouveriez comprins le PADUS et un si grand nombre d'autres, qu'il n'en manqueroit pas dont cette syllabe pourroit avoir esté rendue brefve, soit par corruption ou autrement, avec la traicte du temps ^; voire l'ËRIDANUS n'en seroit pas exclus, n'estant pas nouveau que le temps retranche des lettres du commanceoaent des mots comme d'aile leurs, et comme d'y en adjouster, tesmoing ce que les anciens ont remarqué de son vieil nom BOGHËRNUM, le GH n'estant pas tant eslongné du G pour la prononciation, qu'il ne peult avoir esté nommé GUERIDANUS et BOGUEBIDANUS, ce qui embrasseroit encores nostre RHODANUS, par la mesme raison , puisque l'arbitrage des voyelles en la dicte langue celtique l'a faict aussi bien nommer autres foys par quelque autheur EBIDANUS, comme le PO et quelques autres de ceux d'autour des Pyreooées, où il s'en voit de plus apparantes vestiges, n'y ayant rien d'incompatible de faire de GAURDAN ERIDANUS et RO- DANUS et qui plus est le RHENUS de GUARHENUS, les noms de GUÉ et de VADUS pouvant fort bien encores venir de tout cela, sans qu'il faille craindre d'offancer l'antiquité, pour avoir voulu comprendre tant de rivières et ruisseaux soubs des etymologies venants d'uae mesme

' On chercherait vainement cet adverbe dans nos dictionnaires. — * G*est-à-dire )a saite du temps.

source. Puis que vous voyez que dans le Bearn il y en a un nombre merveilleux, qui ne sont diversifiez qu'en terminaison, diminution ou ampliation comme peuvent avoir faict les anciens, principalement dans ces premiers siècles de plus grande ignorance ou simplicité, car ceux qui sont venus par aprez ont plus scrupuleusement voulu faire valoir les corruptions des noms propres en i'estat qu'ils les ont trouvez, pour les mieux distinguer les uns des autres. Mais que direz vous de cette impertinante digression ? Vous aurez bien du subject de vous mocquer de moy, je vous supplie de m'en excuser, car toutes cez badineries me sont insensiblement eschappées de la plume sans y avoir pensé quand je l'ay prinse pour vous escrire, et ne suis pourtant pas marry de m'y estre engagé, car cela m'y fera possible songer un jour plus à loisir et si cela estoit examiné par ung homme comme M"" Grottius, je pensa qu'il y trouveroit possible au bout du compte quelque bonne consequance à tirer, ayant la langue de son païs à commandement, et la pouvant joindre aux origines de la grecque et latine mieux que moy. Si vous le trouvez quelque jour en humeur d'en prendre la patiance, je ne seray pas marry que luy en disiez mon imagination quoy que possible impertinante, car je sçay bien qu'il ne laisra pas de l'interpréter benigneraent selon sa doulceur naturelle et nous enseignera de très belles choses, s'il veult, sur cette matière.

Au reste je suis bien aise qu'ayez faict retirer les /loo livres pour empescher que ces gents ne soient si empeschez à rappeller leur mémoire. Je vous remercie du soing qu'avez eu des libvres de Macé dont j'ay veu le roolle. Pour la Bible elle me semble de vray un peu chère, et puis de n'estre pas toute en blanc, il y a quelque chose à dire, car pour la relier" de nouveau tout d'une parure, la marge en pâtira fort. Je vous supplie de mè mander la datte de l'édition, la vraye forme et le nombre des volumes, car aussy bien si ce n'estoit la mesme édition sur laquelle a faict sa mémoire locale celuy à qui je la destinois, je n'y employerois pas volontiei^ une somme notable, cette sorte délivres estant hors de mon usage tout à faict. J'ay desja envoyé en Espagne le mémoire des livres qui y sont nouvellement imprimez, par un reli-

gieui qui va au chappittre des Minimes à Barcelonne avec lettre de crédit d'un marchand de Marseille. S'il s'y en trouve je pense que nous en aurons. Je serois bien marry que les occupations du sieur de Vris Tempeschassent de faire le portraict de M*' Saulmaise ^ Je n'ay pas en* core peu retirer toutes les lettres de recommandation qui m'ont esté promises à Mess" de Dijon pour M" Rigault et Haullin*; entre cy et la première staffette j'espère de les retirer toutes, et qu'il y en aura quelqu'une de bonne. Si j'eusse sceu les noms de leurs juges, et spécialement de leur rapporteur, j'eusse plus affecté ceux là que les autres, mais je faicts escrire à tous ceux que je puis tant de la Toumelle que Grand chambre, parce que je ne sçay en quelle chambre il est, et que les procez suivent le rapporteur en quelque chambre qu'il soit obligé d'aller.

Je vous doibs mille remerciements trez humbles des bons offices et favorables compliments qu'il vous a pieu rendre à nostre pauvre M' Fabrot, qui est bien fier de l'honneur que voa^ lui faictes et vous en sera à jamais redevable. Je vous ay adressé le second livre, et pensois maintenant envoyer le troisiesme; mais puis que cela ne presse pas, je luy feray remettre encor au net quelque feuille, pour ester tout prétexte de doubte aux compositeurs d'imprimerie. Je vous remercie encores par un million de foys de la prompte et favorable expédition des provisions du bon vieillard le sieur de Nostradame^, en quoy vous m'avez infiniment obligé, comme aussy M' de Lomenie et M*" de la Tremolieres, mesmes du Gratis auquel je ne m'atténdois pas, et les en remercieray comme il fault. Je les luy ay envoyées et crains que la joye ne fasse tort à sa foible santé, tant il en a esté content. Il eut désiré quelque petit mot de sa quaiité et de ses services, mais je pense qu'il se doibt contenter de cela.

^ U a été déjà plusieurs fois question, telet de Paris, voir 1. 1, p. 911, où Peiresc

dans cette oorrespondanee, du portrait de écrit ainsi le nom de Tarchéologue : Autm. Saumaise , si vivement et si vainement désiré ' Les provisions de i'état de gentilhomme

par Peiresc Voir notamment 1. 1, p. 77. de la chambre du roi obtenues pour César

' Sur ce savant conseiller du roi an GhA- de Nostredame.

Pour des pièces de feu M' de Maierbe, je ne pense pas en avoir en vers qui nayent esté imprimées, et pour la prose, j'ay grand nombre de ses lettres missives qu'il m'avoit autres foys demandées pour les revoir, et en faire choix de celles qui se pouvoient imprimer ^ Mais cela fut interrompu par des voyages survenus de sa part et de la mienne. Si on en veolt je vous envoyeray trez volontiers tout ce que j'en auray. M' le conseiller Boyer son neveu ^, et père de son héritier*, me demanda Tautre jour la mesme chose, et je luy avois faict la mesme responce, mais il ne m'en avoit pas depuis parlé.

J'ay trouvé jolies les petites heures grecques de Libert, ce me semble, et vous prie de m'en faire envoyer un autre exemplaire k vostre commodité.

M' le Nonce * m'a faict plainte de n'avoir pas veu l'epistre de M' Rigault au cardinal de Richelieu ^; si j'en eusse eu une à part, je la lui eusse envoyée , mais toutes celles que vous m'aviez envoyées ont esté employées aux quattre exemplaires que j'ay eus en main, l'une en celuy du cardinal Barberin, l'autre en celuy de M' d'Oppede*, car le libraire n'y en avoit poinct mis, la troisiesme en un autre que j'ay envoyé en Italie, et la quattriesme pour le mien, où il me manque

^ Ces lettres, dont les autographes sont conservés à la Bibliothèque nationale, furent écrites de février 1606 an 3 avril 1698; elles sont au 'nombre de Q9i, sans compter les pièces sans date ; elles ont été très mal publiées en 1899 par le libraire Biaise, et très bien pubKëes, en 1869, par M. Lnd. Lalaone, daos le tome III des Œmres de Malherbe (Collection des Grands icrwaim de la France).

' Jean-Baptiste de Boyer, conseiller au )>aTieinfliit d*Aix, était neveu de la femme de Malherbe. Ce fot lui qui édita, en 1687, la traduction des Épitres de Sénèque laissée pur soo oDoie; il dédia cette publication au cardinal de Ricfadieu. Voir, sur J.-B. de

Boyer, le Malherbe de M. Lud. Lalanne

(t. I, p. xLui; t. n, p. 961, 969; t. m,

' Malherbe, déshéritant complètement sa famille, choisit pour légataire universel son petit-neveu Vincent de Boyer, seigneur d'Egu^ies, qui fat conseiller au ptriement d'iix, conmie son père^ et qui «e maria avec Madeleine de Forbin d*Oppède. Voir les Rues d'Aix, t. I, p. Sg, 569.

* Jean-François Bagni, qui avait succédé en 1697 au cardinal Spada. Voir, sur le cardinal Bagni, le tome I, p. 116, 777.

* L*épttre dédicatoire in TertuHien.

* lie premier président du pariement de Provence.

encores le quarton de supplément aux animadversions. J en a^ois bien une cinquiesme qui vint toute la première, mais il y avoit quelques faultes d'imprimerie, et n estoit pas mesmes ajustée en façon qu'elle se peult jamais relier proprement.

Pour le commerce, je crains fort que nous ne soyons encores bien loing de le restablir, car le vicelegat nous vient de mander que la maladie s'est fourrée tout fraîschement dans un village nommé Monteux prez de Garpentras \ où tout d'un coup en 2/1 heures y a eu Uo personnes frappées , et dict on qu'un malade par surprinse e^t venu passer à Noves ^ et à Eyragues ', où nous avons envoyé en diligence faire fermer tous les lieux où il aura frequanlé. Si Dieu ne nous ayde, nous courrons grande fortune à cet esté , et si ces armées ne prennent autre chemin que par cette province et par des lieux où les chaleurs font si facilement prendre le mal. La cavallerie qui devoit passer en Languedoc a rebroussé chemin depuis Arles, et a eu commandement de s'en aller suyvre M"" de Schomberg du costé de Lyon. L'infanterie doibt estre passée depuis hier; le jour précédant tout estoit desja passé fors le régiment du chevalier de la Valette qui avoit sesjourné un jour plus que son ordinaire ne portoit par les chemins. M'' de Guise à la prière du parlement s'en alla en personne en Arles, pour les faire sortir et faire retenir les muUets qu'ils emmenoient pour plus de /io mille escus.

C'est tout ce que je vous puis dire et que je suis tousjours.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obligé serviteur,

DB PsttESO.

A Aix,oe a8 avril 1

' Mooteax eet une ûamaiane du iéfw Gliâto«a-Reiiard,à7kilQin4tre6deoettevilie.

tement de Vaacluse, canton de Garpentras, ' Commune du même département, du

à 5 kilomètres de cette viJIe. même arrondissement et «du même canton ,

* Commune du dëpartementdes Bouches- à 5 kilomètres de ChAteau-Benard.

du-Rhône,arrondis8ementd' Arles, canton de * Vol. 717, fol. 89.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur, J'ay receu la vostre du 17™* avec la boitte de M"" Robin, les vers de M' Sirmond , les papiers de M' de Vpnd et autres belles curiositez que vous y joignez d'ordinaire, dont je vous remercie de tout mon cœur, bien marry que noz chetives revanches ayent si peu de proportion avec les obligations dont vous nous comblez à toutes heures. Je suis bien aise •que la lettre de M' Holstenius vous ayt agréé. Je trouve ce personage grandement universel, et qu'il y a tant à apprendre auprez de luy, que sa conversation ou correspondance ne se sçauroit assez prixser. Je suis bien avant en traicté pour les m[anu]s[crit]s grecs, et en ay desja offert 5oo livres contant des 20 pièces du roolle que vous avez veu, on n'en veult rien r abbattre de 900 livres. Nous verrons ce qui s'en' pourra rogner; tant est que j'auray de la peine de m'empescher de les prendre à ce prix là s'il ne se peult faire mieux, quand ce ne seroit que pour bailler à M' Holstenius ses Platoniciens, qu'il a maintenant si à coeur. Du Pollux il n'y a que les deux premiers livres de l'imprimé, encores ne sont ils pas complects, mais en revanche des autres libvres de l'imprimé, il y a en ce volume m[anu]8[crit] afforce autres pièces non jamais imprimées, lesquelles seules m'embarqueront possible à cette acquisition, quand il n'y auroit que cela. On l'a conféré sur l'édition de Basle in U^ de l'an 16 36 («te) ^ et s'y est trouvé la differance contenue au mémoire que je pensois vous avoir envoyé, mais à tout hazard je le feray de rechef joindre à la présente. J'ay bien de l'obligation à Mess"Rigault et Haultin, du registre de Lauthier ^, et trouve fort bon Temploy

^ Pour i536. Cette édition de VOnùnuu» * C'est probablement de ce registre qu't-

Uca est la troisième. Les deux premières vait èié tire Touvrage intitule : Figures àes

sont, Tune de i5oa (Venise, Aide, in-fol.), motmoies de France, Paris, 1619, in-&*. Ce

l'autre de 1 5 a 0 ( Florence , in-fol. ). volume fut publié par Jean-Baptiste Haultin ,

que vous y faictes de Moulinol, en absance de Quentin; il estoit un peu eslourdy et précipitants ce me semble, du temps que je Temployois; il n y aura pas de danger de luy recommander un peu l'attention et Texactezze en ce qui est des nombres, et puis qu'il me met au taux de M' de Lomenie, à tout le moings qu'il ne fasse pas de difficulté de vacquer par aprez à la collation sur l'original, avec quelque autre, en payant, affin qu'il n'y demeure pas, s'il est possible, des faultes considérables. Si les livres de M' Poulain se vendoient, j'achepterois volontiers l'exemplaire que luy avoit donné le dict sieur Aultin, de ce qu'il fit imprimer en taille de boys des monnoyes de France ^, pour le faire coupper par petits morceaux, et les faire proprement placquer auprez de chascun des articles de la coppie du dict registre, ' oik il en est faict mention. C'est daumage que M' Aultin en fit imprimer si peu d'exemplaires, qu'il en fut incontinant despourveu. Si par cette occasion ou autre de la vente de quelque inventaire il s'en présente à vendre quelque autre exemplaire, je vous supplie de me le faire achepter, pour servir à cet usage là, car j'estimeray bien ce registre, si je l'ay un jour bien complect. Tune des curieuses pièces de mon cabinet. Ces relieurs qui réduisent en libvres les portraicts d'hommes illustres imprimez en placcard chez le Clerc, coUeroient bien proprement toutes cez figures de monnoyes chascune en son lieu et place, selon le dict registre. Je me doubte fort que vostre soubçon concernant les oeuvres de Cardan ne soyt vray; je n'ay jamais peu tant gouster cet homme là, oi!i je trouve, ce me semble, beaucoup plus de plume que de chair ^, mais j'eusse esté bien aise d'y servir M' Deodati et ceux qui y trouvent leur goust, car comme j'ay

mentiooDë dans la lettre prëcëdente. Voir On voit que précipitant s'est dit encore au

Manuel du libraire, 1. 111, col. 69. xvu*.

^ Littré, qui rappelle cette piquante de- ^ Le livre dont il vient d'être question :

finition des Français donnée par Martin du Figures des vumnoiee de France.

Bellay : «rLes François sont bouillans et ^ Bon jugement pi ttoresquement exprime,

précipitants de nature n, fait observer que La locution dont se sert Peiresc n'a pas été

le mol s'est dit adjectivement au xvi* siède. recueillie dans le Dictionnaire de Littré.

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