‹ Lettres de Philippe II a ses filles les infantes Isabelle et Catherine, ecrites pendant son voyage en PortugalChapitre 12 sur 17 · LETTRES DE PHILIPPE U · texte numérisé non relu

LETTRES DE PHILIPPE U

travaux de la galerie, afin que je la trouve terminée, ou du moins la partie supérieure; le surplus, je ne crois pas qu'il puisse rètre. Ce que j"ai fait pour le comte ' m"a paru convenir, vu le grand soin qu'il a de tout ce qui est commis à sa charge; je crois bien qu'il en aura reçu de nombreuses félicitations. Le Calabrais est revenu d'Estremoz; il v a laissé à faire les pots pour les fleurs; quant aux caisses pour les poires, elles seront probablement déjà à Madrid, lorsque cette lettre y arrivera. On écrit d'Aranjuez que les poires sont très mauvaises cette année et qu'il y en a fort peu ; à la vérité, on n'en a guère reçu de bonnes ici. Madeleine a beaucoup de contrariétés avec sa négresse, qui est revenue une fois et, il y a deux jours, s'en est allée de nouveau, sans qu'on sache ce qu'elle est devenue, mais on n'en soupçonne rien de bon : je crois qu'elle vous en écrit. La cire rouge me paraît beaucoup mieux que la blanche; l'empreinte de celle-ci ne fait pas bon eflet, et elle brûle davantage.

Hier, à une heure, comme je revenais de diner à Nossa Sculiora dti Gratia, très beau couvent des Augustins (car, ces dimanches, je vais visiter les monastères, pour en prendre congé), je trouvai les lettres où vous m'informez du mal survenu à votre frère. J'espère en Dieu que ce sera peu de chose; s'il en était ainsi, je ne verrais pas avec peine que

'Philippe II avait nommé le comte de Barajas président du conseil de Castille; le comte prit possession de cette charge le 29 octobre (B. N. P.)

En 1 5oi il fat obligé, sur l'ordre du Roi, de donner sa démission. Des plaintes avaient été formées contre lui ; Philippe II les tit examiner par son confesseur, fray Diego de Chaves, par le cardinal de Tolède, Tarchevcque de Mexico et l'auditeur Juan Gomez. Ce fut en conformité de leur avis qu'il résolut de congédier le comte. Barajas mourut au mois d'octobre de la même année. ("Cabrera, Felipe II,

ce tut la petite vérole, puisqu'il vaudrait mieux qu'il l'eût maintenant que plus tard '. Je ne pourrai toutefois laisser d'être inquiet jusqu'à ce que je sache la nature et le cara^ctère du mal : ce qui sera probablement mercredi. Le soin que toutes deux vous avez de votre frère me fait espérer qu'il ira bien.

Avant-hier ma S(i.'ur, mon neveu et ma nièce allèrent à Belem par la voie de terre; ils partirent à onze heures, ayant dîné; ils entendirent là les vêpres et visitèrent le palais. A deux heures j'allai les joindre par le Tage, étant monté sur une des deux galères qui vinrent dernièrement de Naples : ce que je ne crois pas vous avoir écrit. Ce sont de très beaux navires, en manière de galères, mais beaucoup plus grands; ils sont aussi garnis de rames et portent beaucoup d'artillerie; jamais je n'y avais pu entrer. Je fus ainsi, sur l'un d'eux, à Belem, où je trouvai ma sœur. Mon intention avait été que nous revinssions tous dans la galéasse, afin que ma sœur, mon neveu et ma nièce en vissent l'intérieur: mais pour ma sœur l'entrée en était trop mauvaise. Nous revînmes donc ensemble par la voie de terre : ce qui fait une bonne lieue.

Je n'ai pas d'autres nouvelles à vous donner. Je ne pen-

' On lit, dans les lettres de Madrid du o novembre, que, quatre jours auparavant, le prince (don Diego) avait eu une lièvre ardente; qu'on l'avait saigné : ensuite de quoi son mal avait tourné en une petite vérole. (B. N. P.)

■Cette maladie, qui devait emporter l'héritier delà monarchie espagnole, ne donna pas d'abord d'inquiétude sérieuse. Le cardinal de Granvelle écrivait, le 6 novembre, à la duchesse de Parme : « Mon- « ceigneur nostre prince est ung peu travaillé de la petite vérole : mais « c'est si gratieusement que cela ne donne peine aux médecins, leste quels donnent espoir qu'il y aura peu de mal Ledict seigneur

i( prince vient fort bien et se faict gaillard et fort de complexion pour

(I son eage, et de soy-mesme jà désireroit estre hors du gouvernement

« des femmes. » (Bibliothèque de Besançon.)

sais même pas que cette lettre serait aussi longue. Dieu vous garde comme je le désire !

De Lisbonne, 8 novembre i582.

\'otre bon père.

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