‹ Lettres de Philippe II a ses filles les infantes Isabelle et Catherine, ecrites pendant son voyage en PortugalChapitre 14 sur 17 · A L'INFANTE CATHERINE MA FILLE · texte numérisé non relu

A L'INFANTE CATHERINE MA FILLE

Lisbonne, 3 janvier i583.

Vous pouvez bien vous figurer la joie que m'a causée votre lettre, lorsque j'y ai vu que vous aviez recouvré la santé, comme Je le désirais : aussi j'ai rendu beaucoup de grâces à Dieu, non-seulement de ce qu'il vous l'a donnée, ainsi qu'à votre frère et à votre petite sœur ', mais encore de tout ce qu'il lui a plu de faire. Votre sœur et le comte m'écrivent qu'il ne vous restera pas de marques, je dis de petits creux, les autres sont sans importance ; ils craignaient seulement qu'il n'y en eût quelqu'un près du nez, les croûtes n'ayant pas entièrement disparu de là : mais, s'il y en a peu, comme je l'espère, cela n'est rien. Vous deviez ne pas le

' Le prince Philippe et les infantes Catherine et Marie avaient été atteintes de la petite vérole presque en même temps que le prince don Diego : mais, dès le i8 décembre, le cardinal de Granvelle pouvait annoncer à la duchesse de Parme que tous trois étaient entrés en convalescence, et il ajoutait : « Et se monstre monseigneur nostre « prince moderne, depuis que le mal luy a ung peu purgé la com- « plexion, plus robuste... » (Archives Farnésiennes, à Naples.)

^ De Barajas.

savoir encore, puisque vous ne m^en touchez mot. Le mal ne paraît point, du reste, à votre écriture, qui est aussi bonne et même meilleure, il me semble, qu'auparavant; au moins il y a plus de choses dans votre lettre. Je crois que tout cela doit provenir du contentement que vous avez de votre rétablissement. Votre sœur sera, Je le suppose, descendue pour se réunir à vous; pendant votre maladie, vous vous serez trouvée bien seule sans elle, et elle sans vous, de même que je le fus les jours où j'allai à Belem sans ma sœur et mon neveu '. Comme vous êtes encore faible et que la lecture pourrait vous fatiguer, je n'en dis pas davantage. Dieu vous garde comme je le désire!

Lisbonne, 3 janvier i.ï.S3.

Votre bon père.

A LAS INFANTAS MIS HUAS.

Lisboa, â 17 de enero i583.

Con VLiestras cartas holgué mucho y con las buenas nucvas que me dais de vuestro hermano y de que

' Philippe II était allé à Belem une quinzaine de jours auparavant. U y avait fait transporter le corps du roi don Sébastien, qui était resté en Afrique , et celui du roi don Henri , qui reposait à Almeirim. On y avait aussi réuni, par ses ordres, le corps de la reine Catherine, sa tante, et ceux d'une vingtaine de princes et princesses de la maison royale qui étaient dispersés en différents endroits du Portugal. Il fit déposer tous ces corps dans les caveaux qui leur étaient destinés, après la célébration de solennelles obsèques auxquelles il assista. Il passa trois jours à Belem. (Herrera, lib. XII, cap. xvi.)

A SES FILLKS. aiS

triuga ya el hdbito y le cstii bien lo blanco; y cspero que ù vos, la menor, os quedardn pocos hoyos, qu'es lo que ha/.e al caso, que las manchas no importan, pues se quitan. Y bien holgaria que las tubicsedcs ya quitadas, y tambien la chiquita, quando yo llegue : mas, si es quando yo espero, no crco que cstarân quitadas del todo, y para esto me doy toda la priesa que puedo. Y el juramento de vucstro hermano creo sera presto, aunqu'es tanto lo que tengo por ha/.cr, que no se que me haga. Sera el juramento en esta casa , en una sala grande que ay en ella, toda llena de ventanas al rcdedor, y algunas délias junto al aposento de mv hermana, de manera que lo podrâ ver bien desde ellas. Mucho hc holgado que os ayais 3'a visto tantas vezes y subido vos, la menor, arriba, y ya creo que estaréis juntas. Y aunque esteis abaxo, avi'ades de subir cada dia a la torre, â lo ménos todos los que hizierc buenos, que allî lo pasaréis mejor que abaxo, y tambien d my aposento quando no huviere obra, que creo que d lo ménos serd las fiestas, aunque ya creo que deve andar al cabo; y sino, hareisles dar priesa porque la halle yo acabada ; y cscriviréisme en que térmyno cstd. Y es muy bien que hagais exercicio siempre que podais. Y yo supe que vos, la mayor, avîades tenido calentura del catarro, aunque no me lo escrivais, aunque holguc mucho de no saverlo hasta saver que estdvades ya muy buena y de manera que pudiéredes oir el sermon de don Juan Manuel, que deviô ser bien largo, segun lo que acd dicen, y otros, que me parece que le he uydo, d lo menos uno. No se

2iG LETTRES DE PHILIPPE II

si haveis va visto el cancel, 6 si le han quitado, porquc no le han puesto sino para provarie; y no creo que ha destar mal despucs que yo baya. Y siemprc m'escrivid conio os fuere v lo que mâs hubiere. Y yo no puedo decir màs, por no ocupar agora el tiempo sino en despacharmc de aqui. Y Dios os guarde como deseo.

De Lisboa, à 17 de eiiero i3S3.

^'uestro buen padre.

(Parafe du Roi.)

AUX INFANTES MES FILLES

Lisbonne, 17 janvier i5S;î.

Vos lettres m^ont fait beaucoup de plaisir, ainsi que les bonnes nouvelles que vous me donnez de votre frère '; je suis charmé qu'il porte maintenant l'habit et que le blanc lui aille bien. J'espère qu'à vous, ma fille puînée, il restera peu

' Granvelle écrivait , le 2 janvier, à la duchesse de Parme : « Mon- « seigneur nostre prince moderne est refaict de la petite vérole, et aussi « mesdames ses deux seurs; et semble que le mal de la petite vérole « dudict seigneur nostre prince ha purgé sa complexion.et se monstre « à présent plus robuste que auparavant, et ha visaige fort aggréable, « ayant receu de bien bonne grâce les bonnes pasques que les con- II saulx luy sont allez donner, à la façon du pays, oires que son eaigc « ne soit que de quatre ans et demy. » (Bibliothèque de Besançon.)

Le I 5 janvier il lui mandait :« Se m onstremonseigneur nostre prince « don Philippe plus fort de complexion depuis qu'il est eschappé de c< la petite vérole, que nous espérons luy aura purgé les humeurs qui « le rendoient foible et maladif, et ha visaige fort aggréable, resscm- « blant beaucoup le Roy. » (Archives Farnésiennes, à Naples.)

de marques Je la petite vérole, ce qui est l'essentiel; les taches n'importent pas, parce qu'elles disparaissent. Je souhaiterais qu'elles eussent disparu déjà, et aussi chez la petite', quand j'arriverai : mais je doute qu'elles aient disparu entièrement, si j'arrive au temps que je l'espère, et pour cela je me donne toute la presse possible. La prestation de serment à votre frère aura probablement lieu bientôt, quoique j'aie encore tant à faire que je ne sais où donner de la tèic. La cérémonie s'accomplira dans ce palais, en une grande salle, garnie tout autour de fenêtres dont quelquesunes sont auprès de l'appartement de ma sœur, de manière que de là elle pourra bien la voir. Je me suis réjoui d'apprendre que vous vous êtes déjà vues si souvent, et que vous, ma fille puinée, vous avez été en haut; je pense qu'à présent vous êtes réunies. Si vous êtes en bas, il n'en faudrait pas moins monter tous les jours à la tour, du moins lorsqu'il fera beau, car vous serez mieux là; il faut aussi aller à mon appartement, quand on n'y travaille pas, les jours de fête par exemple : je suppose que les travaux qu'on y exécute tirent à leur fin; s'il n'en était pas ainsi, faites-les presser pour que je les trouve achevés, et écrivez-moi en quel état ils sont. Il est fort à propos que vous fassiez de l'exercice chaque fois que vous le pouvez. J'ai su que vous, ma fille aînée, vous avez eu la fièvre, par suite de votre rhume, quoique vous ne me l'ayez pas écrit; j'ai été charmé de ne le savoir qu'en apprenant que vous en étiez délivrée, de manière que vous avez pu entendre le sermon de don Juan Manuel, qui dut être bien long, selon ce qu'on dit ici et ce que disent d'autres encore ; il me semble que j'ai entendu ce prédicateur, au moins une fois. Je ne sais si vous avez

' La princesse Marie.

2i8 LETTRES DE PHILIPPE II

vu le vitrage ', ou si on l'a ôté, parce qu'on ne l'avait placé qu'à titre d'essai; je crois qu'il ne fera pas mal aprcs mon retour. Ecrivez-moi toujours comment vous êtes et ce que vous auriez de plus à me faire savoir. Je ne puis vous en dire davantage, afin de ne m'occuper d'autre chose que de hâter mon départ d'ici. Dieu vous garde comme je le désire !

De Lisbonne, 17 janvier i38.i.

Votre bon père.

A LAS INFANTAS MIS HUAS.

Lisboa, à l'iliimo de enero ibH'i.

Con vucstras cartas holgué mucho, y con saver que todos csteis bucnos. Y bien creo que alcançaré aun â ver las manchas de vos, la menor, y de la chiquita : mas, como no aya hoyos, las manchas presto se quitarân, y aun creo que lo estarân va; y aunque / X luese con ellas, holgaria harto de veros à todos, digo

con manchas â los que agora las tienen. El juramento de vuestro hermano fué ayer, }' asf le podrcis dar la norabuena d'él; y otros escrivirdn mâs d'ël, yvono puedo ni quiero agora perdcr tiempo en escrivir ni en otra cosa, sino darme mucha priesa â la partida;

' Le Roi veut parler du vitrage destiné à la chapelle de son palais et derrière lequel il devait se placer pour entendre les offices. C'est du moins ainsi que le Dictionnaire de l'Académie espagnole traduit le mot cancel.

A SES Fir.I.KS. 2if)

y asi cspero que sera presto, y que manana 6 esotro scnalaré el dia de la partida y os lo escrivire el lunes. Y por no ocuparme mds, no respondo en particular d vuestras cartas. Por mucho que ay aya llovido, ha sido aqui mucho mâs : mas no ha nevado nada ni ha/.e frio, que my hermana se espanta dello. YcUa viô muy bien ayer el juramento. Y por lo que he dicho no digo mâs sino que os guardc Dios como deseo.

De Lisboa, ùltimo ilecnero i5.S3.

Vuestro buen padrc.

(Parafe du Roi.)

AUX INFANTES MES FILLES

Lisbonne, 'il janvier i583.

J'ai été charmé de recevoir vos lettres et de savoir que vous vous portez tous bien. Je pense que j'arriverai à temps pour voir les taches de vous, ma fille puînée, et de la petite : mais s'il n'y a pas de creux, les taches disparaîtront vite; je suppose même qu'elles auront disparu déjà : encore que ce fût avec des taches, je dis ceux qui en ont, je me réjouirais de vous voir tous. La prestation de serment à votre frère a eu lieu hier; vous pourrez donc lui en faire votre compliment : d'autres donneront des détails sur cette cérémonie'; je ne puis ni ne veux, en ce moment, perdre du

' Philippe II lit, en cette occurrence, une chose qui donna beaucoup de satisfaction aux Portugais : il fit asseoir le duc de Bragance, en chargeant son fils, le duc de Barcclos, de porter l'épée à sa place. (B. N. P.;

temps à écrire ni à autre chose, mais Je dois accélérer autant que possible mon départ. J'espère qu'il aura lieu bientôt, et que demain ou après-demain je serai en état d'en fixer le jour; je vous le ferai savoir lundi. Pour ne pas m'occuper davantage, je ne réponds point en particulier à vos lettres. S'il est tombé beaucoup d'eau à Madrid, il en est tombé plus encore ici, mais il n'a pas neigé et il ne fait pas froid : ce dont ma sœur s'émerveille. Elle a très bien vu hier la prestation de serment. Pour le motif exprimé cidessus, je n'ajouterai rien, sinon que Dieu vous garde comme je le désire !

De Lisbonne, 3i janvier i583.

\'otre bon père.

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