‹ Lettres de Philippe II a ses filles les infantes Isabelle et Catherine, ecrites pendant son voyage en PortugalChapitre 15 sur 17 · A LAS INFANTAS MIS HI.1AS · texte numérisé non relu

A LAS INFANTAS MIS HI.1AS

AlJea Gallega, â 14 Je liebrero i583.

Tampoco puedo responderos agora a las postrcras caftas c]ue tube vuestras, porque las meti en un cscritorio, y séria rebolver mucho sacarlas; y tampoco no tengo tiempo. Y asî bastarâ deciros agora como partimos el viérnes, my hermana y \"o, de Lisboa despucs de corner, y \'enîmos por agua hasta aquî, que son très léguas, las dos en galera hasta atravesar el rio Ta[o, y la una en una varca hasta aquî por otro rio y la mar que entra aqui; y asi hubîmos de venir con la

marca : pcro vcni'mos muy bien y con muy buen tiempo, aunque hubo algunas marcadas. Yotrodia, estando yo oyendo misa con my hcrmana, para partirme lucgo a Sctubal y â cornerai camyno, me tomô una cosa en cl estômago de rcbolvcrseme que me ha tomado otra vez en Elvas, y otra en Setubal, como creo que os escribiria; y asî no pude partir aquel dia. Y aunque oy pudiera, porque ya ayer cstube muy bueno, me he detcnido por despachar este correo, y my hermana se ha detenido tambien por hazerme compaîii'a }' no qucrcr me dexar, aunque se pensaba partir ayer. Y porque posâmes aquî apartados, vino ayer â verme, aunque yo cstaba Icbantado. Y oy he ido yo â su casa y buelto muy bueno. Y asî, placicndo a. Dios, nos partiremos mafiana, ella camyno derccho para ay por Guadalupe, hasta donde creo que tardara desdc aquî ib dias, y yo para Setubal, y despues à Evora. Y asî, por rodear algo y aver de posar en algunos lugares, llegard my hermana algunos dias dntes que yo, y no se yo aun quando llegare. Pero, como sea todo camynar para alla, podràse pasar mejor que hasta aquî, pues ya estamos fuera de Lisboa \' no tenemos mar que pasar como hasta aquî. Otra menina mâs os lleva my hermana, sobrina de doiîa Francisca d'Aragon, aunque creo que la tendra ella en su casa algunos dias : de manera que son très, y no me parecen mu}' meninas, aunque no traen chapines. No se si estaréis vosotras mayores que ellas, aunque diz que dicen que tienen menos ailos. La doiia Juliana diz qu'es gran pieça, como alla verdis. Y por cenar â las

ocho, para macirugar maîiana, no digo màs, sino que os guardc Dios como deseo.

De AlJea Gallega, d 14 de hebrero i-^S;-!.

Vuestro buen padre.

(Piirafe du Uni.,

AUX INFANTES MES FILLES

Aldea Gallega, 14 février ltS"!.

Je ne puis pas non plus aujourd'hui répondre à vos dernières lettres, parce que je les ai mises dans un secrétaire et que, pour les trouver, il faudrait remuer beaucoup de papiers : d'ailleurs je n'en ai pas le temps. Il me suffira donc de vous dire que nous partîmes de Lisbonne, ma sœur et moi, vendredi ', après avoir diné, et que nous vînmes par eau jusqu'ici. La distance est de trois lieues; nous en fîmes deux en une galère pour traverser le Tage, et la troisième en une barque qui nous conduisit jusqu'ici par un autre cours d'eau et par la mer, laquelle entre à Aldea Gallega. Nous eûmes donc à venir avec la marée : mais la traversée se fit très bien et par un beau temps; néanmoins quelques-uns curent le mal de mer-. Le jour suivant, comme j'étais à la messe avec ma sœur, en intention de partir aussitôt après pour Setubal et dîner en route, il me prit un mal d'estomac semblable à celui que j'eus à Elvas,

' 1 1 février.

' D'après une lettre de Granvelle à la duchesse de Parme, du 2G février, Philippe II eut lui-même le mal de mer, mais il « n'en fit sem- « blant », et le lendemain « il en sentit quelque commotion ». (Archives Farnésiciincs, à Naples.)

et une autre fois à Setubal, ainsi qLic je crois vous Tavoir ticrit. Je ne pus donc point me mettre en route ce jour-là. Je l'aurais pu aujourd'hui, car déjà hier j'étais très bien : mais je suis resté pour dépêcher ce courrier; ma sœur, pour me faire compagnie et ne voulant pas me laisser, est restée aussi, quoiqu'elle eût eu le projet de partir hier. Comme nous ne logeons pas ensemble, elle vint hier me voir, et j'éfais levé. Aujourd'hui je suis allé chez elle et suis revenu très bien portant. Nous partirons donc demain, s'il plaît à Dieu; ma sœur ira directement à Madrid par Guadalupe, où elle n'arrivera guère avant quinze jours; moi j'irai par Setubal et Evora. Ainsi, comme je ferai quelques tiétours et que je devrai m'arréter en certains endroits, ma sœnir arrivera plusieurs jours avant moi, et je ne sais encore quand j'arriverai. N'ayant par là à parcourir qu'une route de terre, nous pourrons voyager mieux que nous ne l'avons fait pour venir ici, puisque nous sommes maintenant hors de Lisbonne et nous n'avons plus de mer à passer. Ma sœur vous mène une nouvelle menine, nièce de dona Francisca d'Aragon, qu'elle gardera probablement chez elle pendant quelques jours : vous en aurez ainsi trois, qu'on ne prendrait guère pour des menines, quoiqu'elles ne portent pas de sandales'. Je ne sais si vous deux vous êtes plus âgées qu'elles, bien qu'elles disent qu'elles le sont moins. On dit que dona Juliana est une grande pièce; vous le verrez. Comme je soupe à huit heures, afin de me lever tôt demain,

' Dans la relation de la cour d'Espagne faite, en 1572, par un gentilhomme de la suite de l'ambassadeur vénitien Antonio Tiepolo, on lit, il propos de doiïa Juana, sœur de Philippe H : « La cour de la « princesse est composée de plusieurs femmes d'âge, de six démolie selles nobles et de quelques jeunes tîUes appelées »!e»/;(cs, aux- « quelles, quand elles ont seize ans, on donne les sandales [Cliiuppiui), " que nous appelons :;occoli, et elles sont faites dames. » {Relations des aiiibassad^'urs vénitiens sur Cliarles-Qnmt et Pliilippe II, p. 17^1.)

je n'en dis pas davantage. Dieu vous garde comme je le désire !

De Aldea Gallega, 14 février i5S3.

Votre bon père.

.A. LAS INFANTAS .MIS HUAS.

Guadalupe, â i5 de marzo i581i.

No pudc despachar ayer este correo, por despachar otro d Lisboa, v tanipoco no quixe despachar este hasta aquf, adônde llegué oy à corner, por poderos escrivir que quedo ya aquî. Y asî anoche llegô el ordinario de ay que ya no tarda dos dias; y asî tengo dos cartas de cada una de vosotras con estos dos ordinarios. Y pues os vere presto, que creo que sera de oy en xv dias, un dia mâs ô ménos, placiendo à Dios, no quiero responderos agora, ni deciros mds sino que vengo bueno v con mucho deseo de veros à todos, aunque primero pasaré por Sant Lorenço, por las obligaciones que tengo para ello : mas luego pasaré av por veros y â my hermana. Y si no fuera por este, bien creo me quedaria alli hasta después de Pasqua. Y va avcr ven'ades d my hermana, pues m'escrivi's que iba d comer ay. Y bien ruin tiempo nos ha hccho, yaun esta manana frio, mas otros dias ha hecho buenos. A Cabrera hc hallado oy aquî, aunque con ca-

Icntura. Y no hc camynado mâs en litcra de la média légua que os cscrivî : que no gusto mucho d'cllo, sino quando no ay remedio de carro. Y manana â la tarde picnso partir de aqui'. Y, por scr tarde, no digo sino que os guarde Dios como deseo.

De Guadalupc, martes i fi de março i58H.

Vucstro buen padrc.

(Parafe du Roi.)

AUX INFANTES MES FILLES. '

Guadalupu, i.S mars i 583.

Je ne pus hier dépécher ce courrier, ayant eu à en dépêcher un autre à Lisbonne; je ne voulus pas non plus le laisser partir jusqu'à ce que je pusse vous écrire que j'étais ici, oîi je suis arrivé aujourd'hui pour dîner. Hier soir vint l'ordinaire de Madrid, qui maintenant ne tarde pas plus de deux jours; et ainsi ces deux ordinaires m'ont apporté deux lettres de chacune de vous. Comme, s'il plaît à Dieu, je vous verrai bientôt, probablement aujourd'hui en quinze, à un jour près en plus ou en moins, je ne veux pas vous répondre maintenant ni vous dire plus, sinon que je me porte bien et que j'ai un grand désir de vous voir tous. Cependant je serai obligé de m'arréter à Saint-Laurent ': mais je ne tarderai pas à passer à Madrid pour vous voir, ainsi que ma sœur; si ce n'était pas cela, je resterais, je crois, à Saint-Laurent jusqu'après Pâques^. Vous aurez

' L'EscuriaL

' Pâques tomba, en i583, le lo avr'iL

vu hier ma sœur, puisque vous m'écrivez que vous Fattendiez à diner. Nous avons eu un bien mauvais temps, et même, ce matin, le froid était vif; mais, les autres jours, la température a été bonne. J'ai trouvé ici Cabrera avec la fièvre. Je n'ai fait en litière que la demi-lieue dont je vous ai parlé'; ce mode de voyage ne me plaît guère, et je n'y recours qu'à défaut de chariot. Je compte partir d'ici demain dans Taprès-midi. Comme il est tard, je n'en dis pas davantage. Que Dieu vous garde comme je le désire !

De Guadalupe, mardi lô mars iSSl'i.

"Votre bon père.

,A LAS INFANTAS MIS HUAS.

Sant Lorenço, martes noche.

Con vuestras cartas holgué mucho ayer }■ tambien con la de my hermana. Y bien quixera responder à todo agora : mas truxo tanto el correo de ayer, y han sido tan largos los oficios de ayer à la tarde y esta manana que hubo sermon, y los desta tarde, que me ha quedado poco tiempo para los papeles ; y tambien vengo d'esté cam3'no un poco mas reformado en lo del cenar tarde, y no querria perder agora la buena costumbre, y son ya las nueve. Y asî dexaré el responder para quando pueda, y quizâ sera para respon-

' Dans une lettre qui nuus manque.

dcros de palabra, por lo que deseo veros. El domyngo truxe buen camyno por Sant Juan de Malagon, y vine en carro ; y no avi'a ya nieve, aunque ayre muy frio. Y esta mafiana avia alguna nieve aqui', que luego se derritiô. Ay no se que tiempo havrâ hccho, y querria 3^0 que fuese muy bueno por lo que alla entcndcreis. Asi plega â Dios, y os guarde como deseo.

De Sant Lorenço, martes noche.

Y con el de manana m'escrivid el tiempo que ay hazey lo que mas hubiere.

Vuestro buen padre.

(Parafe du Roi.l

AUX INFANTES MES FILLES

Saint-Laurent, mardi soir (. . mars i.t83)'.

Vos lettres et celle de ma sœur, que je reçus hier, m'ont fait beaucoup de plaisir. Je voudrais maintenant répondre à tout : mais le courrier d'hier m'a apporté tant de dépêches, et les offices d'hier après midi, ceux de ce matin, pendant lesquels il y a eu sermon, et ceux de cette après-midi, ont été si longs qu'il m'est resté peu de temps pour la lecture

' Pliilippe II doit s'ijtra trompé en datant sa lettre de mardi suir. Ce monarque arriva au monastère de l'Escurial le jeudi 24 mars, ainsi que Vane&tent les Afemorias de fray Juan de San Gerônimo, d'accord en cela avec les lettres du cardinal de Granvellc que nous avons sous les yeux ; il en partit, le dimanche 27, pour Madrid , où il fit son entrée le jour suivant. On peut supposer que ce fut le jeudi soir qu'il écrivit à ses filles.

de tous ces papiers; en outre je reviens de ce voyage un peu corrigé de la manie de souper tard, et je ne voudrais pas perdre à présent la bonne habitude que j'ai prise : or, il est déjà neuf heures. Je remettrai donc à vous répondre pour quand je le pourrai, et peut-être sera-ce de bouche que je le ferai, car je désire extrêmement vous voir. Dimanche j'eus un bon chemin par San Juan de Malagon ; je fis la route en chariot : il n'y avait plus de neige, mais l'air était très froid. Ce matin un peu de neige se voyait ici, mais elle se fondit bientôt. Je ne sais quel temps il aura fait à Madrid; je souhaiterais qu'il fût très bon, pour ce que l'on vous dira. Plaise à Dieu que ce soit ainsi, et qu'il vous garde comme je le désire !

De Saint-Laurent, mardi soir.

Ecrivez-moi, par le courrier de demain, le temps qu'il fait à Madrid, et ce que vous auriez de plus à me dire.

Votre bon père.

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