PREMIÈRE PARTIE
ISERVATIONS SUR UNE 50TE INSEREE DAK8 LE TRAITE DE LA TOLÉRAUCE , COUTRE l' AUTHENTICITÉ DES LIVRES DE MOÏSE ^.
LETTRE PREMIÈRE Occasion et dessein de ces Lettres.
Français ^ monsieur ^ ne sont pas les seuls qui admirent. Il est parmi les Juifs allemands et ais une société d'amis qui font depuis long*temps tude de vos ouvrages leur plus agréable occu»
s les lisons , ces chefs 'd'œuvre de littératun;
philosophie , assidûment et toujours avec un
u plaisu*. L'immense étendue de vos connais-
te note se trouve dans lé tome li , Politlqac «t , p, ia5 etaaivantes. ( Traité de la Tolérance } , K des QËuTres-
sances,, les ressources inépuisables d'une imagination pleine de saillies et de galté , ce coloris brûlant et ce style enchanteur qui yous élèvent sans contredit au-dessus de tous les écrivains de votre siècle ^ ne sont pas tout ce qui nous y chaime. Nous y voyons avec plus dé' satisfaction encore cette borreur de la ' persécution ^ et ces grands principes de bienveillance universelle qui les caractérisent. î^ous osions même quelquefois nous promettre que ces sentimens , gravés sans doute dans votre cœur autant qu'en vos écrits f vous daigneriez enûn les étendre jusqu'à nous , et que nous ne serions pas , de tousses peuples du monde y le seul pour qui votre philosophie n'aurait jamais d'entrailles.
Toujours flattés de cette espérance y nous avons
Ï>arcouru d'abord votre Traité de la tolérance , avec 'empressement que le titre seul devait inspirer à des hommes d'une religion qui n'est nulle part la dominante y et qu'on ne tolère qu'à peine dans la plupart des états. Q^^^^c ^ ^^^ notre surprise , lorsque dans un écrit qui n'annonce que des vues de douceur et d'humanité y que le dessein de resserrer de plus en plus les liens de bienveillance qui devraient unir tous les hommes ; nous vous avons vu traiter encore notre nation y nos livres sacrés y et tout ce qui nous est cher y d'une manière si opposée au caractère d'équité et de modération dont vous vous parez ! Aurions-nous cru devoir trouver tant de prévention et tant de haine contre un peuple malheureux dans l'ouvrage d'un philosophe conciliateur et ami du genre humain !
Nous avons été frappés surtout d'une longue note insérée à l'aiticle xu y dans laquelle vous rassemblez les principales objections de quelques écrivains modernes contre le Pentateuque y et ou vous livrez y par l'imputation la plus odieusç y la poiémoire de nos pères à l'exécration de tous les peuples.
Les objets nous touchent dé trop près , monsieur^ 6î nous intéressent trop yiyement pour que nous puist
DE QUELQUES JUIFS. n.j
sions nous dispenser de rompre enfin le silence. La défense deyient nécessaire quand les attaques sont si yiyes et si multipliées. Il est temps qu'à 1 exemple des chrétiens y et animés du même zèle j nous éleyions aussi nos. faibles voix pour la défense de nos ancêtres et des livres saints qu'ils nous ont transmis 5 et que nous tâchions , autant que la médiocrité de nos talens pourra nous le permettre , de réfuter des critiques auxquelles votre nom , et les noms illustres nue vous citez y ne seraient que trop capables de donner du poids. C*est dans cette vue que y met* tant à part tout préjugé, nous allons discuter avec vous successivement tout ce que vous avancez dans cette prétendue note utile (1). Nous le ferons d'autant plus volontiers , qu'en y répondant , nous répondrons en même temps à plusieurs autres écrits où les mêmes raisonnemens ont été y depuis quelque temps y si souvent et si fastidieusement répétés.
Vous faites profession y monsieur y d'aimer la vérité. I^ous l'amions aussi -y et nous croyons la défendre. Serions-nous assez heureux pour vous la faire connaître ? Nous tâcherons du moins de ne rien dire qui n'y soit conforme 'y comme nous désavouons d'avance tout ce qui pourrait nous échapper malgré nous d'amer et de trop peu mesuré {7) ISous savons
(i) IVote utile. On verra dans lea lettres suivantes de <|aeUe utilité sont ces notes de M. de Voltaire aur son Traité de la tolérance, et quelle sorte de richesses ellea ajoutent au texte. Edit,
(2) Peu mesuré. Quelquea-unea des lettres suivantes ont paru à Amsterdam en 1766. Noua ignorions alors qnel était le véritable auteur du Traité de la tolérance ,. et des notes qui l'accompagnent. M. de Voltaire a tant de fois désavoué les ouvrages qu'on lui avait le plus généralement attribués ; il emprunte tant de noms , il se montre sous tant de formes ; juif , chrétien ; aumônier , rabbin I bachelier, docteur, oncle-, neveu, etc., qu'on peut aisément s'y tromper. Quo teneam vidtus mutantem Protea nodo ! Aut. D 5
qu'une dès lois de ce code que you9 mëprise^ y
nous ordonne à.* honorer la face du vieillard (i) ^
et qu'on doit respecter la supénorit^ des talens ,
lors même qu'on ne peut s'empêcher d'en condamner
l'abus.
Vous ne trouverez dans nos lettres ni le goftt ni la d^atesse ordinaires aux écrirains de votre nation»
grâces et de l'élëgance françaises ^ nous aurons dn moins la sincérité germanique» Lisez-nous avec autant d'indulgence que nous sommes avec vérité^ monsieur y
Vos très-humbles , etc.
Note insérée dans le Traité de la tolérance.
Ordre qu*on se propose de suivre en la réfu^ tant,
^h n'est que trop d'écrivains ^ monsieur , qui , pour Attaquer ou pour défendre avec plus d'avantage y citent faux sans scrupule , altèrent les textes ^ ou leur donnent le sens qu'ils n'ont point y et prêtent aux auteurs des raisonnemens qu'us ne firent jamais. Loin de nous ces odieuses pratiques , faible et honteuse ressource des causes désespérées , et capable de décrier les meilleures ! C'est pour en écarter jusqu'au plus léger soupçon y qu'avant d'aller plus loin y
(i) Face du vieillard. Voyez Lévîtique» XIX. Tk ho^
noreras la face du vieillard , et tu te lèveras devant la
tête chauve. Loi fage imitée par les Spartiates , et nos
frères et noi andena alliés j mais trop oubliée dans les.
législations modernes. Edit,
wm €ix>yoiis devoir transcrire ici en entier la noie que ndâs notiA proposons d*abord de rëfuteré La roici telle qu'on la lit dans toutes les éditions de rotre Tttitf ♦ que notts avons pu voir :
I Du passage du Deutéronome y chapitre xu , v. 8 ; dans lequel MoïSé dit aux Israélites : Quand fH>us ierèz dans la terre de Chanaan ^ vous ne ferez pas comme nous faisons aujourdhui y où tkacun fait ce i/ui lui semble bon ^ plusieurs éciiysitts concluent témérairement (1) que le chapî^ tw concernant le veau d'or ( qui n'est autre que le diea Apis ) a été ajouté aux livres de Moïse , ainsi que plusieurs autres chapitres.
» Âbenezra fut le premier qui cnit prouyer que le Pentateu(}tte avait été rédicé du temps dés rois.
« Yolaston j GoUins. Tindal ^ Shaâsbury ^ Bo-linbroke ^ et beaucoup d'autres (2) , ont allégué que l'art de graver ses pensées sur la pierre polie y sur la brique/ sur le plomb ou sur le bçis , était alors la Wemanièred'écrire.IIs disent quedutemp de Mo&e
* Vo^* la note de la page yS.
(1) Concluent témérairement , etc. Il ne nous paratt paa facile d'apercevoir qae ce passage ait un rapport direct h l'adoration du veau d'or , et que la conclusion de ces ëcrivaÎDS «oit fort juste. M. de Voltaire pourrait donc avoir plus de raison peut-être qu'il ne pense de la juger téméraire. C'est pourtant ce qui amène ce tas d'obser- Tàtions qu'il avait ramassées , et qu'il coud comme il peat'à son texte , sans s'embarrasser si elles ont ou non' de rapport k son sujet. Edii,
(i) Beaucoup d* autres , etc. L'auteur aurait bien fiiit de les nommer ; il aurait évité à ses lecteurs l'embarras de tes deviner. Citer d*une manière si vagne , c'est dire au lecteur : Cherche si tu V'eux ; et trouve si tu peux. Nous avions imaginé que ces autres écrivains pouvaient être Spinosa , Hol^bes , La Pereyre ; ( on sait combien ces autôritës sont gfaves ) mais peut-être nous sommesnous trompes.
des choses au'on Toulait transmettre à la posteitté i et non pas aes histoires détaillées ; qu'il n était pas possible de graver de gros livres dans un désert où Ton changeait si sonvent de demeure , où l'on n'ftvait personne qui pût ni fournir des vétemens , ni lel tailler , ni même racommoder les scandales ^ où Dîea fut obUgé de faire un mii'acle de quarante années f pour conserver les vétemens et les chaussures de sofi peuple» Us disent qu'il n'est pas vraisemblable qu'il y eut tant de graveurs de caractères j lorsqu'on man« quait des arts les plus nécessaires y et qu'on ne poa^ yait même faire du pain ; et si on leur dit que les colonnes du tabernacle étaient d'airain ^ et les chapitaux d'argent massif^ ils répondent que l'ordre en a été donné dans le désert , mais qu'il ne fut exécuté que dans des temps plus heureux.
c( Us ne peuvent concevoir ait demande un veau d'
pied de la montagne même où Dieu parlait à MQïse, au milieu des foudres et des éclairs que ce ^uple voyait f et au bruit de la trompette céleste qu'd en-« tendait. Us s'étonnent que la veille du joui* même où Moïse descendit de la montagne ^ tout ce peuj^e se soit adressé au frère de Moïse pour avoir ce yeaa d'or massif. Gomment Aaron la [jeta-t-il en fonte en un seul jour ? comment ensuite Moïse le réduisitil en poudre ? \\& disent qu'il est impossible à tout artiste de faire en moins de trois mois une statue d'or y et que y pour la réduire en poudre qu'on puisse avaler ^ Part de la chimie la plus savante ne suffit pas. Ainsi y la prévarication d' Aaron et l'opération de Moïse auraient été deux miracles.
» L'humanité , la bonté de cœur qui les trompe y les empêchent de croire que Moïse ait fait égorger vingt ••- trois mille personnes pour expier ce péché: ils n'imaginent pas que vingt-trois mille hommes se
Qcevoir que ce peuple pauvre d'or massif y pour 1 adorer au
soient ainsi laissé massacrer par les lëyites y à moins d^un troisième miracle. Enfin , ils trouvent étrange qu'Âaron ^ le plus coupable de tous y ait été récompensé du crime dont les autres étaient si horriblement punis y et au' il ait été fait grand-prêtre , tandis qu^ les cadavres de vingt-trois mule de ses frères san- ■ glans étaient entasses au pied de l'autel où il allait sacrifier.
» Us font les mêmes difficultés sur les vingt-quatre mille Israélites massacrés par l'ordre de Moïse , pour expier la faute d'un seul qu'on avait surpris avec une fille madianite. On voit tant de rois juus 9 et surtout Salomon , épouser impunément des étrangères y que ces criti(}ucs ne peuvent admettre que l'alliance d'une Madianite ait été un si gi'and crime. Kuth était Moabite y quoique sa famille fût originaire de Bethléem^ la sainte écriture l'aj^pelle toujours Ruth la Moabite. Cependant clic alla se mettre dans le lit de Booz par le conseil de sa mère ^ elle en reçut six boisseaux d'orge y l'épousa ensuite -y et fut l'aïeule de David. Kabab était non-seulement une fille étrangère y mais une femme publique -y la Vulgate ne lui donne d'autre titre que celui de mere^ trix : elle épousa Salomon y et c'est encore de ce Salomon que IDavid descend. On regarde même Rabab .comme la figure de l'église chrétienne ^ c'est le sentiment de plusieurs pères y et surtout d'Origène y dans sa septième homélie sur Josué.
» Bethsabée y femme d'Urie y de laquelle David eut Salomon y était Ethéenne. Si vous remontez plus haut; le patriarche Juda. épousa une Chananéenne 5 ses enfans eurent pour femme Thamar y de la race l'Aram : cette femme y avec laquelle Juda commit in inceste sans le savoir y n'était pas d^ la race 'Israël.
^ Ainsi; notre seigneur Jesus-Ghnst daigne s'incarer dans une famille dont cinq étrangères étaient tige y pour faire voir que les nations étrangères auient part à son héi^itage.
» Le rabbin Abenezra fut , comme on l'a dit , le premier ma osa prétendre cme le Pentateuque ayait élii rédigé long-temps après j!f oïse. Il se fonde stur plusieurs passages : Le> Chananéen était alors dans ce pa^s. La montagne d^ Moria était appelée ta montagne de Dieu, Le* lit daOg^ roi de Basan , se voit encor§ en Rabath i et il appela tout ce pajrs de Basan , les villages de Jaïr y jusqu'à aujourd'hui; il ne s' es4 jamais vu de prophète en Israël comme Moïse. Ce sont ici les rois qui ont régné en Edom , ayant qji' aucun roi régnât sur Israël, Il prétend que ces passages , où il est parlé des choses arrivées après** Moïse I ne peuvent être de Moïse. On répond à ces objections ^ que ces passages sont des notes ajoutées lonjg-temps après par les copistes.
» Newton y de qui d'ailleurs on ne doit- prononcer le nom qu'avec respect ^ mais qui a pu se tromper parce qu'il était nomme ^ attribue ^ dans son introduction à ^^ commentaires sur Daniel et ^nt Saint Jean , les livres de Moïse , de Josué et des Juges j à des historiens sacrés très-postérieurs. Il se fonde sur le chapitre 36 de la Genèse, sur quatre chapitres des Juges, 17, 18, 19, 21^ sur Samuel, chapitre 8 \ sur les Qironiques , chapitre a ^ sur le
Uvre de Euth , chapiti*e 4*
£n e£Fet , si dans le chapitre 36 de la Genèse il est parlé des rois , s'il en est iait mention dana les livres ^^^ Juges , si dans le livre de Ruth ii est- parlé de David , il semble que tous ces livres aient été rédigés du temps des rois. C'est aussi le sentiment de quelques théologiens , à la tête desquels est le 6meux le Qerc. Mais cette opinion n'a qu'un petit ~ nombre de sectateurs , dont la curiosité sonde c^ abîmes. Cette curiosité, sans doute , n'est pas au rang des devoirs de l'homme. Lorsque les savans et les ignorans, les princes et les bergers paraîtront , après cettQ courte vie , devant le maître de l'éternité^ chacun de nous voudra alors' avoir été juste , humain ,
DE QUELQUE* JÛIFS. 8i
;ompatissant , généreux y nul ce se yAhiétA d'avoir ;u précisément en queTle année le Pentateuque fut lent y et d'avoir démêlé le texte des notes qui étaient ;n usage chez les scrSbes. Dieu ne nous demanlera pas si nous avons pris parti pour les Massorètes contre le Talmud , si nous n'avons jamais pris un raph pour un Beth y un iod pouf un vau ^ un da^ \eih jrour un resch : certes , il nous jugera sur nos lettons j et non sur l'intelligence de la langue Léliraïque. Nous nous en tenons fermement à la décifon de l'église ^ selon le devoir raisonnable d'un idèle.
<t Finissons cette note par un passage du Lé^iti- [ue y livre composé après l'adoration du veau d'or, ri ordonné aux Juifs de ne plus adorer les velus , ^éfs bûucs avec lesquels même ils ont commis les abominations infâmes. On ne sait si cet ^ânge culte venait d'Egypte , patrie de la supersiti<m et du sortilège 5 mais on croit que la coutume le DOS prétendus sorciers d'aller au sabbat , d'y idorer un bouc y et de s'abandonner avec lui à les turpitudes inconcevables y dont l'idée fait boi^ reuF ^ est venue des anciens Jiûfs : en effet , ce rorent eux qui enseignèrent dans une partie de l'£u<vùfe la sorcellerie. Quel peuple ! une. si étrange in^ ïtEXù» somblait mériter un cnâtiment pareil à celui |ne le veau d'or leur attira 9 et pourtant le législa^ teac se contente de leur Êdre une simple défense* On ne rapporte ce fait que pour faire connaître la nation juive 'y il faut que la bestialité ait été commune chez elle y puisqu'elle est la seule nation connue chez qui les lois aient été forcées de prohiber un crime qui n'a été soupçonné ailleurs par aucun lé^lateur.
n^est à croire que y dans les> fatigues et dans la péniuie que le^ Juifs avaient essuyées dailsles dé- , j sert tle Pharaon y d'Oreb et de Ghaldès « Barné y |
l'espèce féminine y plus faible que l'autre , avait I
succombé. Il faut bien qu'en effet les Juifs man* "
({liassent de filles ^puisqu'il leur est toujours ordonné ,
quand ils s'emparent d'un bourç ou d'un village , soit à gauche , soit à droite du lac Asphaltide ^ de tuer tout y excepté les filles nubiles.
I) Les Arabes , qui Habitent encore nne jtartie de ces déserts ^ stipulent toujours y dans les traites qu'ils font arec les caravanes y qu'on leur donnera des filles nubUes. Il est vraisemblable que les jeunes gens, dans ces pays affreux y poussèrent la dépravation de la nature humaine jusqu'à s'accoupler avec des chèvres , comme on le dit de quelques bergers de la Ga labre.
)) Il reste inaint«naiii èi savoir si ces accouplemens avaient produit des monstres y et s'il y a quel-
?[ue fondement aux anciens contes des satyres , des . aunes , des centaures et des minotaures : l'histoire le dit y la physique ne nous a pas instruits sur cet article monstrueux. »
Vous voyez y monsieur y que nous n'avons pas dessein d'affaiblii* vos difficultés y nous les rapportons en entier^ et dans vos propres termes. Quand on ne cherche que la vérité , on n'a point recours à l'artifice.
Pour mettre quelque ordre dans nos réponse? ,
[tt'fl
à quoi nous ajouterons quelques réflexions sur divers endroits de vos autres ouvrages , où vous nous
(\) Le Pentateuque. M. de Voltaire dit, danc loo texte de la tolérance * » qu*il est très-inutile de réfv^ ter ceux qui pease que le Pentateuque ne fut pat écrit • par Moïse, Maia s'il est inutile de les réfuter, quelle utilité pouvait-il y a?oir à remplir sa note de ieni« ob* jectiona ! Montrer les difHcultéa , ejb cacher les rëponieir est ce agir de boone foi ? Aut,
» yoy» Politiq. et Légielat. , tome ii | page 1 19, tome XXX des CEuvrca,
paraissez contredire vos e'crivains et vous contredire vous-même ; au sujet des caractères et des matières ^'on employait pour écrire du temps du législateur juif.
Nous passerons de là aux faits au'ils attaquent ^ et nous examinerons si l'adoration au ve^u d or , la construction du tabernacle près du mont Sinaï ^ et le massacre des vingt-^quatre mille hommes séduits par les femmes moabites , ne peuvent être regardés que comme des récits absurdes ajoutés aux livres " de Moïse.
Nous verrons , en troisième lieu , ce qu'on doit penser des autorités dont yxms Toua appuyez , et s'il est bien vrai que tous les savans que vous -nommez aient soutenu les opinions et fait les raisonnemens que vous leur attribuez (i).
Yoilà y monsieur , ce que nous nous proposons d'exécuter ^ et le plan que nous avons aessein de suivre dans cette première partie de nos Lettres. Pesez nos raisons ; et si vous les trouvez solides , cofmme nous l'espérons , réformez , dans votre nouvelle édition , ce qui vous est échappé dans les pré- ' cédentes de moins exact sur ces différens objets. Donnez au public cette preuve que vous aimez la vérité y et que y comme vous le protestez ; vous la préférez à touti
Nous sommes ; avec le respect et l'admiration que vois talens méritent ^ etc.
(t) Que vous leur attribuez» Dieu nous préserve de soupçoiuier la sincérité de M. de Voltaire ! Nous croyons seulement qu'en compilant ces objections , il a pu confondre ayec d'autres les noms des écrivains qu'il copiait. Aut.
LETTRE m.
S^il était impossible à Moïse décrire le Pen» tateuque. Examen des raisons alléguées dans la note.{\).
Si f en parlant du Pentateuque , CoUins , Tinidal et les autres ëcnyains que yous citez , monsieur , dans TOtre note ^ se fussent bornés à dire que cet ouvrage , tel que nous l'ayons -, »'••* pas tout entier de Moose^ <}u'<m-j remarque quelques endroits qui paraissent y ayoir été ajoutés par des mains plus récentes ^. ou même que ces liyres ne furent rédigés qu'âpre ce législateur y par d'autres écriyains insj^rés ^ sur des traditions constantes et des mémoires authentiques ^ ils n'auraient avancé que ce qu'ont cfu queloues sa^^ yans tant juifs que cHi*étiens j sans qu'ion ait cessé pour cela de les regarder comme orthodoxes dans no« tre- synagogue , ni dans votre église (2%
(i) Alléguées dans la note. On o'eotreprend pas ici de pTOuver que Moïm e«t Tauteur du Pentateuque ; aasex d'aotrea Tont fait , et de la manière la-plua convaincante. Voyez ce qu'ont dit aur ce «ujet Abbadie , Dupin , etc. On suppoae ce fait démontré , et Ton ae borne « tépyjk'
.^.-4re aux difûcultéa proposées dana la note Aut.
.^. (a) Hfi dans votre église. Que Moïse ait écrit le Penta- Icoqae , c'est un fait établi. sur tant et de si aoiidea . prenvea , qu'on n'en peut raisonnablement douter. Ce n'ett pourtant pas uo article de Joi, Ainsi l'auteur céJè«bre du fameux Dictionnaire philosophique * se trompe , quand il dit ( article de Moïse ) que l'église a décidé </ue ce livre est de ce législateur. Ce savant chrétien est mal instruit sur cet article de sa rehgion. Serait-ce à des Jui£i à le lui apprendre l
* ployez Dictionnaire philosophique , tom. vi , art. Moïse I pag. 1:9 , tome xrji. des Œ^uvrea.
rife, QUELQUES JUIFS. 87
Hais vos écrivains (1) , monsieur , ne s'en tiennent pas là. Ces hardis critiques prétendent jvottver^ non-seulement que Moïse n est pas l'auteur du Pentateuque , mais (juHl lui était impossible de Vé» crire dans les circonstances où il se trouvait. La nature des matières sur lesquelles on gravait alors l'écriture y les caractères qu'on einployait pour écrire , eniin la pénurie où étaient les Hébreux oauDS le désert } voilà y monsieur ^ les trois raisons qu'ils allèguent ^ voyons si elles ont en effet quelque solidité.
§. I. Si la nature des mati&rcs-sur lesjguelles on grattait Récriture du temps de Moisê y pouvait Vempêcher d*écrire le Pentateuque.
Uart de graver ses pensées sur la pierre polie y sur la brique , sur le plomb ou sur le bois y était alors y disent ces critiques 9 la seule manière décrire j et du temps de Moïse , les Égyptiens et les Chaldéens n'écrivaient pas autrement. Donc Moïse n'a pu écrire les cinq livres qu'on lui attribue. ^ ,
Appelez-vous cela y n^onsieur y un raisonnement solide ? I^ous n'y voyons y pour nous y qu'une con- > séquence mal déduite d'un principe très-incertain.
Que le Pentateuque ait été écrit par Moïse tel que aoûê TaTODS ou que les prophètes poatérîeura y aient iaaéré de courtes note a , etc. , ce sont dea queationa de pure critique, qui n'intéreaaent point le fond de la religion* Les faita aur ieaqueia porte la yéritë de \i rêvélation , tirés de méraoirea authentiqaea , appuyéa d'une tradition qui remonte k l'origine du peuple juif , gravéa en caraetèrea ineffaçabiea dans leura usages civila et dana leur pratiques relîgieuaea , n'en aéraient paa moins incoi^atables Aut,
(1} yos écrivains. On verra par la suite quels sont lea écrifaias dont M« de Voltaire peut réclamer l'autorité. Edit.
Principe très-incertain : en e£Eet^ quelle preaje ces critiques en poui raient-ils prodoire ! Ont -ils de ces anciens temps des mémoires secrets cni'ils aient lus , et que tous les sayan^ aient ignorés ?
L'art de graver ses pensées sur la pierre , sur le bois y etc. , était alors la seule mamère d'écrire .... Est-ce donc qu'on ignorait ou qu'on négligeait l'art de les peindre ? Quoi / on ayait in^ venté y pour graver ses pensées ^ des instnimens de cuivre ou d'acier , quoique pour forger le fer au pour y suppléer y il f allât , selon vous, (i) tant, de hasards heureux ^ tant d'industrie , tant de siècles y qu'on a p^inc à concevoir comment les hummes ont pu en venir à bout -y et on n'avait pas trouvé y pour les peindre y les couleurs que la nature nous met partout sous les mains ! // reste, dites-vous , des momies égyptiennes de quatre mille ans (2). Vos écrivains sont-ils sûrs qu'aucune de celles qu'on trouve ceintes de bandes de toile chargées d'hieroglyplies peints y n'est de ces temps-là ? J^ous dites qu'un enfant y et l'enfant le moins industrieux y ne pouvant se faire entendre y ima^ ginera de dessiner avec un charbon l'objet qu'il désire } que de là à trouver les couleurs les plus stables , il n'y a qu'un pas (3). Et ce pas ,
(1) Selon vous. Voyez P|}ilo80phie de Thistoire , art. Cluddéens, * Et le savant aateur croit qu'on a grave l'ë* '^ ■;' critnre sur la pierre et sar les métaux , avant de la crayonner et de la peindre ! et c'est sur ce principe qu'il ëtaUit qu^il était impossible djécrire le Pentateuque } Edit.
* Voyez Introd. èi l'Essai sur les mœurs , et de Fesprit des nations , p. /|5 , tome xvi des Œuvres.
(%) Quatre mille ans. Voyez ibid , art. des JHonumens égyptiens, Edit. **
** Voy. le même volume 1 Monumens des égyptiens , page lou
(3) Il n'y a qu*un pas. Voy. Philosop. de l'histoire ^
DE QUELQUES JUIFS. 8g
les Chald^ens ne l'auront pas fait ! Ce peuple : selon vous, si ancien et si éclairé (i) , qui calculait les éclipses dès le temps an déluge , n'ayait pu imaginer , depuis ce temps-là jusqu'à Moïse , ce que les Chinois , les Mexicains , ont trouvé dès le premiers temps de leur empire , ce que les sauvages de l'Amérique ont connu , et ce qui viendrait à l'esprit de Venfani le moins industrieux.
Supposé même qu'on ne sût point encore employer les couleurs pour écrire y ou qu'on n'en fit point usage , sur quelle autorité se fondent ces critiques , pour restreindre à la pierre ^ aux bois et aux métaux les matières sur lesquelles on gravait l'écriture ? D'où
art. de la Langue des Egyptiens , et de leur^ ^y^oles» .Edit.***
*** Voy, le même volame , Langae des Egyptiens ,
P«ge 97-
' {X)Si ancien et si éclairé. Dans la Philoiopliie de rhîitoire , art. Chaldéens , M. de Voltaire l'attache à prouver qae ce peuple était d*uiie antiquité qui remonte audelà do déluge : peu t'en faut qu'il n'adopte le calcul des 470,000 ans qu'ils se donnaient. Mais n'est il pas clair que plus il recule l'origine des Chaldëens et l'antiquité dea peuples voisins , moins îl est probable que ces anciens peuples n'eussent pas encore inventé dépeindre l'écriture du temps de Moïse.
L'illustre auteur , pour donner une haute idée des connaissances et de l'anciennetë des Chinois , dit , dans le même ouvrage , que les Chinois écrivaient sur des tablet^ tes de bambou , quand les Chaldéens n* écrivaient encore que sur la brique» S'imagin^t-il donc que les Chaldéens, sachant écrire sur la brique , n'écrivaient jamais sur antre chose I on qu'il soit plus facile d'écrire sur la brique que sur des tablettes de bambou avec la pointe d'un os ou de quelque bois dur * ! Edit*
* Voy. Introd. à l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations , art. Chaldéens , p* 4^ « ^^ &' t* Chine , p* 65 1 tom. Xf I des Œuvres.
savent-ils que dans l'Egypte , on ne la gravait' pas sur l'e'corce de certains arbres , sur les feuilles de palmier ^ etc. ^ comme on Ta pratiqué long-temps aux Indes et à la Chine ?
Hais c'est trop peu de dire que leur principe est incertain , j'ajoute que le contraire n'est pas douteux^ et ce n'est pas moi ^ c'est le savant comte de Gaylns qui va vous l'apprendi'e.
« Il n'est pas douteux , dit-il (i), que l'écritarei une fois trouvée , n'ait été emplovée sur tout ce qui pouvait la recevoir. » Ce n'était donc pas seulement sur la pierre , sur les métaux et sur le buis f qu'on écrivait dès les premiers temps , c'était sur tout ce qui pouvait raccvoir récriture. Voilà ce que dicte la raison ^ éclairée parla connaissance des arts, et ce qu'aucun homme de bon sens ne niera , si quel- ' que intérêt secret ne le porte à soutenir le contraire.
« Les matières ^ ajoute l'illustre académicien , ont varié selon les temps et selon les pays. On peut dire cependant qu'on aura préféré pour une chose si nécessaire ce qu'il y avait de plus commun et de plus facile à transporter. » Tous les peuples l'auront préféré sans doute. Mais par un travers d'esprit inconcevable dans toute autre nation , les Egyptiens et les Chaldéens ^ précisément dn' temps d^ Moïse , auront fait tout le contraire. Ces peuples sages auront chobi de préférence des matières si rares , si dures ^ et de si difficile transport , que l'on ne conçoit pas qu'on ait pu y écrire un ouvrage d'une médiocre étendue.
Que dis-je y quand votre^principe serait aussi vrai qu'il est faux 5 quand il serait incontestable que , du temps de Moïse , graver ses pensées sur la pierre polie , sur la brique , sur le plomb , ou sur le bois , était la seule manière d'écrire , s*ensui-
(1) Dit'U f etc. Voyez les mëmoires de l'académie des belles lettres, jlut, *
* F'ojrez tome xxvi, année 175a, page 269.
vraft-il qu'il n*ait pu écrire le Pentateuque V i^^ns conTenons qu'il eût été difficile de le pravcr surk pierre^ polie ou «ur la brique cuite. Mais quelle impossibilité métaphysique , physique ou morale . y ayait-il qu'il le grayât sur la brique molle , ou , si la brique lui paraissait peu commode , sur le plomb , et f an défaut de plomb , sur le bois î
Ainsi y conséquence mal déduite ^ principe, nonseulement douteux^ mais faux : est-ce là , monsieur^ une manière de raisonner fort concluante ? est-ce bien 'ainsi que raisonnaient les Abenezra , les Le Clerc et les rîewton ?
§. Il: Si les caractères ^u'on. enwloj'ait du temps de Moïse purent l'empêcher d'écrire \le Pentateuque.
~ Du temps de Moïse , disent encore ces savans ertàqaes f on n'écrivait qu* en hiéroglyphes. Or y en employant ces caractères , on ne pouvait écrire que la substance des choses que l'on voulait transmettre à la postérité y et non pas des histoires suivies et détaillées.
Mais d'abord est-il bien certain que du temps de Moïse on n'écrivait qu'en hiéroglyphes ? La singularité d'une opinion n'est pas un titre qui dispense d'en apporter des preuves : où sont celles de vos écrivains ?
Nous en avons > au conti:^ire ^ et ^ ce semble ^ d'assez bonnes , que dès-lors les caractères alphabétiques étaient connus. Telles sont entr'autres la nouveauté de votre sentiment^ et l'ancienneté du notre ^ sorte de possession qui ne doit pas céder à des conjectures vagues ^ et à des assertions dénuées de preuves : l'improbabilité y surtout dans votre système y que Moïse qui y Ae votre aveu y écrivit du moins ses principales lais et les événemens les plus intéressans de l'histoire de son peuple ; l'ait fait en caractères hiéroglyphiques; composés pour la plupart de
a LETTRES
g~cs d'hommes et d'animaux ^ lui qui , selon yous ^ defeadaît d*en sculpter aucune (i) , et qui, sdon d'autres sayans , ne pouralt ignorer que l'aËns de ces caractères ayait été une des sources de l'idolâtrie
d'autres si diuércns ^ sans qu'il fût resté dans nos écritures ^ ni dans notre tradition , la plus légère trace d'un cLangement si remarquable.
A ces preuycs le témoignage
apprend que presque ..^«^ ...w ^,^^f.^^^ ^ ^^^ — ^ —
yention des lettres comme J^» la plus haute antiquité^
Warburton (2) ^ qui n'attribuaient à leurs dieux
(i) Défendait £en sculpter aucune* Voyez Philosophie de rhistoîre. ^
M. de Voltaire ra encore plus loin dans nn antre ea* droit : il aasnre en termea exprès^ qu^ii était défimin par le second article de la loi des Hébreux éT écrire ea. hiéroglyphes. Il faut donc , oa qne Moïse n'ait point écrit même aes principalea loia , ce qni eat contraire , non-, «eulement k toua lea témoignagea de l'aotiquité tant sacrée que profane , maia anx aveux même de M. de Voltaire ; ou qu'il lea ait écrîtea en lettrea alphabétiques ; ce qui contredit formellement Topinion dea aayana dtéi dans la note. Edit,
* Voy, Introduct. à l'Eaaai aur lea mœurs » et l'esprit dea Dations , art. Langue dea Egyptiena ,'tome xyi dei (Kuvrea , p. qB.
(a) Warburton , etc. Ce aavant prétend que lea hiéro* glyphes égyptiens ne devinrent aacréa qu'après l'invention dea lettres , et qu'ila étaient sacrés dès le temps de Joseph. Edit.
DE QUELQUES JUIFS. g3
P invention éC aucune chose dont V origine leur fût connue ; qub o« peuple y dans toutes les sciences dnqael Moïse fut instruit^ avait un alphabet politique
rënt dès-lors la connaissance des caractères alpbabé*tiques dans la Grèce ^ etc.
Toutes ces traditions sur l'ancienneté des Jettres ^ traditions si anciennes elles-mêmes , si répandues ^ ^ s'accordent si bien avec nos saints livres , avaient ians doute quelque fondement , et méritent quelque créance , sinon dans les- détails , au moins pour le fond , l'incertitude même et la variété des m^ion^ sur' cette découverte y et la difficulté^ ou plutôt TiméossibiUté y malgré toutes les recherches des savans, d'en assigner l'époque ^ annoncent qu'elle remonte iàcontestablement à des temps très-reculés. Ces raisons , monsieur y ne sont-elles point assez plausibles , Airtoat contre une assertion dénuée de preuves î
Il n'est donc pas certain que du temps de Moïse on n'écrivait qu'en hiéroglyphes. Nous allons voir ^'il' ne l'est pas davantage qu'en employant ces iStfactères y il n'aurait pu écrire le Pentateuque.
Commençons par observer que les caractères de l'écriture représentative et hiéroglyphique éprouvèrent successivement divers changemens. D'abord on peignit grossièrement les objets tels qu'on les voyait dans la nature y et ce * fut là probablement la prelàière écriture des anciens peuples égyptiens y chaidéens y chinois ,-etc. } c'est même encore aujourd'hui celle de quelques nations de l'Amérique. Dans la suite on ne peignit plus ces objets en entier , on se contenta de tracer le contour de quelques-unes de leurs principales parties. Enfin on se borna aux lignes les plus nécessaires pour les désigner. Telle est encore l'écriture des Chinois y selon quelques savans 'y et telle parait avoir été celle de la plupart des peuples anciens y jusqu'à ce que y par un heiireox
q4 lettres
effort de cénie^ on eût imaginé de destiner, non
£lu5 les objets y nuU U& «igaes des pensées^ c*esl- •dire les mots qui nous les rappellent.
Supposons maintenant y ce que tos ciitiques n'ont point prouyé y que Moïse n'ait effectivement coniia
bîstcMre abrégée et bornée au nécessaire ? Les Mei^ cains ne connaissaient que la première écriture Mf^ présentatÎTe : ils avaient pourtant leur histoire (i) , depuis leur entrée dans le iMiys , jusqu'au temps ik les Européens vinrent en fAÎro la conquête et cette bii^em a «■fmTnalt leurs lois y les règlemens de lenr police f les détails de leur gouvernement , etc. Pou^
3uoi le législateur des Hébreux n'aurait -il pu en crire une semblable avec les mêmes caractères ?
Que s'il n'était pas impossible d'avoir des Usti»res suivies et d'un certain détail avec la première écriture représentative , à plus forte raison ne l'âailil pas dans la seconde ^ et moins encore dana k troisième, c'est-à-dire dans Fhiéroglypbique courant. Les Chinois n'ont-ils pas des histoires suivies etd^ taillées 7*Lear écriture n'est pourtant j comme nous venons de le dire y que cette troisième manièce hi^ roglyphiqae y ou du moins elle en approche beaucoup (a). 4dr qoettes preuve» ont vos mtiqnes , qat
(i) th avaient pourtant leur histoire, etc. On coneerre encore des fragooens de ces histoires ^ mais la piopart Bc ces précieux monnmens forent détruits par les conqoéraoe espagnols , qui fes prenaient pour des livres de ma* gie. Voyez les Mémoires de l'académie des belles- lettres. Aut, *
(a) En approche beaucoup. Voyez ibid. an sarant mémoire de M. de Gaines sur l'écriture chinoise. Aut, *^ » Voyez tome xxiii , année 1749.
♦♦ Koye% tome XXXIV , année "1766.
iS^se n'a pas connu la seconde , ou même la troisième n^anière d'écrire en hiéroglyplMa ?
Donc , même en supposant que du temps de Moïse on ne connaissait point encore les caractères alphabétiques y il ne lui aurait pas été imposs3)le d'écrire le Pentateuque.
En un. mot , monsieur , de quelque caractère et de quelque matière qu'on se serylt alors pour écrire, de TOtre ayeu (i) , chacun des peuples de la Pa» lestine avait déjà son histoire , torsque les Juifs entrèrent dans le jfays. Pourquoi donc Moïse n'aurait - il pu écrire la sienne en quarante ans !
§• ni. Si Vétat oà les Israélites se trouvèrent dans le désert pouvait empêcher Moïse dé- . crire le Pentateuque,
Le Toici , disent vos grands critiques , c'est qu'il était impossible de graver de gros livres dans un désert où tout manquait , etc.
^ Qui f de gros livres , de ces liyres de douze ou quinze volumes in-folio , qu'on voit dans vos bibliodièques y l'Encyclopédie > par exemple , ou tel autre ouvrage de cette étendue. Mais en comparaison y monsieur, le Pentateuqné est un petit livre.
C{ue dis-je , le Pentateuque ! Il en faut peut-être retrancher d'abord toute la Genèse } car vous n'êtes pas sûr que Moïse ne l'avait pas écrite avant de sortir de l'Egypte. Au moins > n'y faut-il pas compendre le Deutéronome y qui ne fut point écrit dans té disert.
V^s dites quelque part (a) j que Josué le fit graver
(t) De votre aveu. Voyez Dëfenae de mon OQcb. Au$» * ^ La défense de mon oncle se troufe dans les Mélanges , tome i.er > xxvii.e des (Envres , et le passage cité, Hge a58.
(a) f^ous dite* quelque part , etc. On ne raisonne ici
sur 'la piftrre. Or . le Deutéronomc est bien la cinquième partie du Pentaicutjuo* Pourquoi Moïse ii*aarait-il pu faire graver le reste de même ? U ne s'agissait que d'y mettre quatre fois plus de temps.
Mais , diront vos e'crivaias , c'est précisément rembarras. Comment tromper ce temps dans un désert où Von changeait si souvent de demeulre 7 Pas si souvent y monsieur : on connaît à peu près cei changcmcns ; il s'en faut bien qu'ils aient été aussi fréquens que vous paraissez le croire. La route des kraélites est marquée dans les livres de Moïse : donnons-leur , si vous voulez , dix ans pour la faire , c'est beaucoup trop assvur^ïnpnt (i) j il reste.rA pouiv tant pnoo»« trente ans de séjour. Croyez-vous qu'en trente ans ils n'aui*aient pu graver y même sur h pierre , trois ou quatre livres aussi courts que ceux de la loi /
Mais comment trouver tant de graveurs dans un désert où Von n* avait personne qui pûtfour^ nir des vêtemens , ni les tailler , ni même raccommoder les sandales y où Von mamiuait des arts les plus nécessaires , où Von n'avait pas même de quoi faire du painl
Tant de graveurs ! monsieur. En fallait-il donc tant \ et n'était-ce pas assez d'une douzaine , pour graver en trente ans ; même sur la pierre ^ et en
que d'après les aveux de M. de Voltaire ; car an fond f il est probable que par les paroles de la loi , que Zomi fit graver sur la pierre , il faut entendre , non le Deotéronome en entier , mais seulement les deux chapitres dti bénédictions et des malédictions , ou même les dix conmandemens. Quelque part. Voyez lettre d*an quaker
(i) Trop assurément. Les différentes roarcbes des Israélites dans le désert ne donnent guère qu'un total de quatre cent cinquante lieues , qu'ils purent fiiire saai doute en moins de dix ans sans aller fort vite, ^ui,
* Voytt Facéties, page 170 , tome xlvi desCEuvres.
et en caractères alphabétiques y comme il y a toute apparence , jugez combien il aura fallu moins de temps et de graveurs.
Dans un désert où ton manquait des arts les plus nécessaires y oà Von n* avait pas même de
boulangers ? Point du tout : c'est qu'on n'avait point de £sirine. Il en est de même des autres arts dont vous parlez. Ce n'ëtait ni de cordonniers ni de tailleurs y mais de cuirs et d'étoffes qu'on manquait y suppose pourtant qu'on en manquât. Les matières avaient &é employées ; mais les arts et les ouvriers restaient. Pourquoi ne serait-il donc plus resté de
graveurs , artistes si nécessaires , sur tout dans votre ypothèse ? Il y a d'autant moins lieu de le croire , qu on ne manquait apparemment ni de bois , ni de pierres pour graver y quoiqu'on pût manquer d'étof-
(i) Faire du pain. Admirez la justesse de ce raisonnement. « Les Israélites dans le désert , faute de paio , vivaient de manne ; donc ils avaient perdu Tart de la boulangerie. Ils manquaient de cuirs et d'étoffes ; donc ils n'avaient ni cordonniers ni tailleurs ; donc ils avaient perdu lenri gravures et Tart de la gravure ; donc Moïse n'ert paa l'auteur du Pentateuque. n N'est-ce pas la raîsomier très-philosophiquement ! Si je disais : he^ Hébreux , qui n'avaient probablement paa de boulangers dans le désert , n'avaient probablement pas non plus de cuisiniers , donc , quand il tomba des cailles dans leur camp , elles y tombèrent toutes rôties . ou ils les manfèrent toutei crues ; donc ils ont fait cuire Agag , et mangé de la chair humaine : ce serait une faible imitatipa df cette rare dialectique, Aut»