‹ Lettres de quelques juifs portugais: avec un petit commentaire, extrait d'un plus grand, à lChapitre 12 sur 39 · Tome h E · texte numérisé non relu

Tome h E

g8 LETTRES

fcs pour faire des habits ^ et de cini's pour raccom* moder les snndales,

D^ailleurSy si Moïse n'avait plus de graveurs ,gdiiittieut Josuë fit-il pour en trouver ? Croyez-vous *qu*il en ait fait venir des royaumes d'Oh et de Séhoa, ou qu'il ait envoyé les Israélites apprendre a gTHTei dans les villes d^Haï et de Jéricho /

Remai'quons enfin que la loi , ou du moins la pbu grande partie de la loi y fut écrite près du mon Snaï y où Dieu la donnant à Moïse par partie , loi ncommandait k chaque fois d'aller écrire ce qu'il tenait de lui ordonner-. Or , les Israélites arriyèrenl au mont Sinaï quarante-huit jours «près leur soitk de l'Egypte. Est-il possible qu'ils aieût perdu en si peu de temps tous leurs graveurs ? Et par quelle m son faites-vous tomber de préférence la mortalité hd ces artistes ? Quoi ! il n'en sera point resté du moiDi un ou deux qui ^ pendant le séjour du peuple hébreu au pied de cette montagne y auraient pu formel des élèves ? Non 5 maîtres et élèves , il faut que tonl meure. Oh ! monsieur, avouez qu'il est dur d'être obligé de tuer tant de gens pour se tirer d'embarras. Croyez- moi , laissons-les vivre , et convenons que les Israélites , d^ans le désert, n'avaient perdu ni tous les arts , ni tous les artistes } cela est beaucoup plus naturel et plus dans Tordre commun dn choses.

Moïse ne manqua donc pas de graveurs de caractères dans le désert ; il n'y manqua ni de pîo^ res , ni de bois , ni de temps pour graver. DooC; même dans les fausses hypothèses de vos écrivains , le séjour des Hébreux dans le désert n'était point un obstacle qui pût l'empêcher d'écrire le Pentateuque.

Ainsi , monsieur , aucune des raisons alléguées pu vos critiques ne prouve l'impossibilité qu'ils préteft" daicnt démontrer. Cette impossibilité est une chi« mère , leurs principes de fausses suppositions , et lew raisonuemens de purs parologismes.

DE QUELQXJES JUIFS. 99

Qu'on trouve de pareib raisonnemens dans CoUins , dans Tindal (1) ^ on n'en est point surpris : le caractère de ces écrivains est connu. Mais qu'un homme tel ^e vous , monsieur ^ n'ait pas dédaigné de les transcnre ^ que vous vous soyez abaissé k coudre ces vils lanibeaux à votre texte ^ que vous les présentiez de sang-froid à vos lecteurs ^ comme des observations utiles 5 voilà ce que nous aui'ons toujours de la peine à comprendre.

ItoQS prenons k votre gloire ^ monsieur , le plus vif intérêt ; nous ne croyons pas que les raisonnemens que nous venons de réfuter , soit que vous en soyez rauteur, o^ seulement le copiste y puissent jamais en rehausser l'éclat. U nous semble qu'il serait à propos de les retrancher de votre nouvelle édition. Nous sommes avec respect , etc.

Où l'on recherche quels peuvent être les sen^ timens particuliers de V illustre auteur sur les caractères et les matières <fu*on employait pour écrire du temps de Moïse, yariations et contradictions du docte écrivain sur ces deux objets.^

n Tel est rhpmme , en effet ; il va du blanc an ooir » Et condamne aa matin ses sentioiena du soir.

L'art avec lequel votre note est écrite , monsieur , ' et le ton d'intérêt qu'on y remarque , nous avoient

f (1) Dans Coîlins » dans Tindal , etc. Nous ne les at- IK -tiibuona èi ces critiques qae sur l'aatoritë de M. de Vol- 4 ^^iiœ , qui se trompe quelquefois. Il se pourrait bien qu'il i let eût empruntés de quelques autres écrivainj moins ^t^ults encore , et de moins bonne foi. A ut,

loo LETTRES

fait croii*e qu'aucun des sentimens que vous y ex{k)' sez j et que vous attribuez aux plus savans critiques ; ne vous était indiffèrent. Nous nous étions persuadés surtout que vous adoptiez leurs idées sur les caractères et les matières dont on faisait usage pour écrire ; du temps de notre législateur. Mais comme notre lettre finissait , on nous a remis cinq ou six nouyéUes brochures ^ dans lesquelles vous parlez / encore des caractères et des matières qu'on employait pour écrire Ij du temps de Moïse. Nous les ayons lues aussitôt,^ ■' iuous les ayons comparées entre elles et avec yos antres ouyrages, dans l'espérance d'y trouver de non- I' Telles lumières , ou d'y apprendre dujoioins ooeis 1^ peuyent être yos sentimens particuliers sur ces aeux I* objets. ■•

Nous sommes-nous trompés ^ monsieur ? Tout ce IP qui nous a paru résulter de cette comparaison , c'est lP que yous n'ayez là-dessus , comme sur bien d'aatres '|^ choses , ni principes fixes , ni sentiment arrêté , et que , d'accord ayec yos écrivains dans quelques endroits^ yous les contredites (i) dans d'autre^ ^ et vous vous contredites vous-même de la manière 1*

f)lus formelle ; passant sans cesse d'une opinion à I' 'autre , selon que le caprice ou le préjugé du moment l* vous emporte (2). C'est ce que i^ous allons vous ftiie JV voir dans cette lettre. I?

(1) Contredites, On a prétendu qu'il fallait 'dire conirf dhez» On nous a opposé rautorité du Dictionnaire de Trévoux , de rAcadémie , etc. A ces autorités nous opposons celle de M. de Voltaire ; Contredites un homau qui se donne pour savant , dit-il , et soyez alors sûr et vous attirer des volumes dHnjures ; maxime asseï Dv exprimée , mais malheureusement trop vraie , et doflt il a prouvé la vérité plus que personne. On a répondi que ce contredites de M. de Voltaire est nne faute i ^ barbarisme , un français bas-breton : lises donc c<mitf disez. Aut,

(a) Vous emporte. N'est-ce pas plutôt selon le beioûl 1

DE QUELQUES JUIFS. loi

§< I. Ses contradictions au sujet des car acte" res qu*on employait pour écrire du temps de Moïse.

On a vu plus haut que voûsj&rtcs dire à vos écrivains , dans votre note , que du tfijvps de Moïse , on ne connaissait point l'écriture alphabétique y qiCon rCécrivait qu*en hiérogl^'jpfies j que les Chaldéens > les Phéniciens >-' /^<^ Egyptiens n* écrivaient pas autrement é Vousite^jvous mém^ , dsLTLi votre Philosophie de l'histoire * jC que les Chaldéens instruits , selon vous , avant le^vË^éniciens et les Egyptiens , gravèrent long-térçf^s, leurs observations et leurs lois en hiérogWphes , et qu'ils ne connurent les caractères alphabétiques que trèS'Jtard.

Et voici ce qu'on lit dans votre diatribe ^i^e M. Pabbé Bazin sur Sanchoniaton **. ' > ' .

- « Sanchoniaton vivait à peu prè^ dans le teiop^ oo nous plaçons les dernières années de Moïse. Qçt . auteur phénicien avoue , en propres termes , qu'il a '. tiré une partie de son histoire des écrits de Thot^'. qtu florissait huit cents ans avant lui. Cet aveu , auquel on ne fait pas assez d'attention , est un des plus curieux témoignages que l'antiquité nous ait transmis. Il prouve qu'il y avait déjà nuit cents ans qu'on .avait des livres écrits avec le secours de l' alla parait , en effet , que M. de Voltaire , indiflerent au fond aor toutes les opinions y change de principes comme les corsaires changent de pavillon , selon l'ennemi auquel ils veulent échapper ou qu'ils veulent surpren4re. Cette manœuvire peut être utile ; mais est-elle savante ? Est-ce lli citerclier la vérité , et non la dispute l Edit.

* Voyez Introd. à l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations « art. des Chalde'ens , page 45 , tome xvi des Œuvres.

*♦ Voye* Ibîd.

phâbet(i) ', que les nations pouyaient s'entendre les une& les autres par ce secours , et traduire reciproquement leurs ouyi-ages. Les Ghaldëens , les Syriens^ les Phëaiciens^ leer Egyptiens , les Indiens , les Persans , devaient' nécessairement avoir commerce ensemble , et l'écfHure alphabétique devait faciliter ce commerce. >►....'

Quoi l monsien^^ du temps de Moïse on ne connaissait pôiJtt les lettres alphabétiques Ion n'écrivait qù^s/i hiéroglyphes l les Phéniciens y les Egyptiens n'écrivaient pas autrement I et le Phénicien /Sa.Qclioniaton y contemporain de M<^ y s*il ne lia^HÉait pas antérieur^ écrivait en lettres al* phabét^jttss"! Huit cents ans avant lui on avait en . Egypte des livres écrits avec le secours de l'al]^bet V^t dès-lors les nations pouvaient s'entendre et coa^mçrcer entre elles par ce secours ! Y a-t-il contrâxiicfion plus formelle/

. 'Mais en voici qui ne le sont pas moins. Vous dir i^ , dans votre Philosophie de l'histoire ^ ^ ( art. ^ phénicien ) que tout ce qui nous reste de mtmur mens antiques nous avertit que Sanchoniaion vivait à peu près du temps de Moïse 5 et yoas ajoutez , un peu plus bas y que son livre y écrit, s'il faut vous en croire , en lettres alphabétiques , est d'une antiquité prodigieuse. Voilà dx)nc ces caraetôres alphabétiques dont l'invention y selon vous y fiit très-tardive , même chez les peuples les plus an-

(i) Ai'ec le secours de V alphabet. L'aveu de Sanehoaiaton ne prouve pas du tout ce que M* de Voltaire es conclut. Pour que Saochoniaton eût tiré une partie de aoo histoire des livres de Thot ; il n'était pas nécessaire que ces livres fussent écrits en caractères alphabétiques ; Sanchoniaton pouvait entendre l'écriture hiéroglyphique | on se la faire expliquer par les prêtres d'Egypte. Edit*

* Voy, Introd. à l'Essai sur les mœurs , etc. art. Phé* aicien , page 64* tome xvi des CËuvres , et Mélangea historiques , tome i.er ; Défense de mon oncle , a.e diatribe de l'abbé Bazin , p. 256 , tome XVXi.e des (Envresi

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cieanement instruits ; le$ yoilà , dis-je , d'une /7ro« digieuse antiquité : et le législateur assez récent d^ la nation jfiive ^ selon vous très-^récente ^ était , selon vous ; contemporain d'un auteur pro" dig^Msement ancien^ Sont-rce la j monsieur ^ des assertions qu'on puisse aisément concilier entre elles 7

§. U. Qu'il contredit encore sus écrivains , et çu*il se contredit lui-même au sujet des matières dont on faisait usage pour écrire du temps de Moïse,

Vous ne vous accordez pas mieux avec vos écrirains et avec vous-même , en parlant des matières qu'on employait pour écrire du temps du législateur juif. Vous assurez , dans votre Philosophie de l'histoire ** qa*avant les hiéroglyphes on peignait grossièrement ce qu'on voulait /aire entendre. On savait donc faire usajge des couleurs 5 on s'en servait ^ et , selon vos écrivains , du temps de Moïse , c'est-à-dire , selon eux , dans le temps des hiéroglyphes , on ne s'en servait pas : graver ses pensées sur la pierre y sur le plomb y et sur le bois , était la seule manière d'écrire.

Ce n'est pas tout : selon vos critiques y on écrivait sur la pierre y sur la brique y sur les métaux et sur le bois. Vous dites de même ( Philosophie de l'histoire * ) que les Gialdéens gravaient leurs observations sur la brique y et que les Egyptiens gravaient l'écriture sur le marbre et sur le bois. Ainsi ^ à vous en croire^ exk en croire vos critiques ^

^* Voy. Introduction à TEssaî sar les mœurs , ël Teiprit de« nations , ar«. de la Langue des Egyptiens , page 97 , tome XVI des (Euvres.

'^ y^oy» Intr. à l'Easai sur les mœnrs , et l'esprit des nations , art. de la Langue des Egyptiens , pages 4^ et 97 , tome XVI des (Etivreft.

io4. LETTRES

la pierre n'e'tait pas la seule matière sur laquelle

on écrivait alors.

Mais , k TOUS en croire , dans Vos Lettres d'an quaker à Véyêqae Georges * , et ailleurs , on nVcrivait alors que sur la pierre. Assurément ces contradictions sont palpables (i).

§. IIL Ré/lexions sur l'opinion du quaker y qu^elle

est ahsurde.

Arrétons«nous y monsieur , un moment sur cette singulière prétention du quaker ^ interprète de vos sentimens.

« Tu ne devrais pas ignorer , dit-il à l'éTéqae (2) f ayec le ton le plus dogmatique , qu'on n'écri" vait alors que sur la pierre (3). »

* Voy. Facéties a Lettre d'un qaaker , page 170 , too. XLYi des (Eurres.

(i) Contradictions sont pa}pables. Qu'importe ? Si les contradictions déplaisent k quelques lecteurs , elles sont trés-tttiles k quelques écrivains. Ils en retirent «a moins cet avantage , qn'ii faut qu'ils aient raison ; soit quand ils nient , soit quand ils affirment. Aut,

(a) A Vévéque > etc. Nous ne connaissons ce prélat que par »tB écrits , mais nous croyons que le quaker, malgré tout le fastueux étalage de son érudition anglaise , pourrait aller èi son école sur plus d'une matière , et prendre de s^M leçons avec quelque profit. Edit*

(5) Que sur la pierre* M. de Voltaire assure de même « dans un autre endroit ( Défense de mon oncle ^ ) , que le Védam , selon lui , l'un des trois plus anciens livres d» monde , était écrit sur la pierre , et en caractères hié^ rogljpkiques* On doit anparemment en dire autant du livre de Job , <fue plusieurs savans , dit-il , ont cru avec raison antérieur à Moïse de sept générations» Mais , outre que des livres écrits sur la pierre seront toujours des choses on peu difficiles à persuader et à croire , n'y a-

* yoj. Mélanges historiques , tome i.er , Défente de mon oncle ; p« aai , tom. xxyii des (Kayres«

DE QUELQUES JUJFS. io5

Tu ne devrais pas ignorer ! On peut l'ignorer assurément j sans manquer à aucun devoir. Une opinion absurde n'est pas une connaissance qu'on soit dans l'obligation d'acquérir.

On n'écrivait que sur la pierre 1 J'aimerais au tant dire qu'on ne taillait que le gi'anit ; et qu'on ne bâtissait que des pyramides. Les arts commencent-ils par ce qu ils ont de plus difficile ? Est-ce là , monsieur y leur marche ordinaire ?

Mais écoutons le Primitif , et voyons quelles sont ses preuves. On n* écrivait , dit- il , que sur la pierre , puisqu'il est dit dans Josué , qu'il écri^ yit sur des pierres le Deutéronome. Fort bien. Si l'on disait : « Le traité fait il y a quelques années , entre les Russes et les Chinois y sur les frontières des deux empires , y fut écrit sur la pierre; donc , il y a quelques années^ les Russes n'écrivaient que sur )a pierre , et les Ghinois n'avaient ni encre ni papier : » trouveriez -vous , monsieur^ ce raisonnement fort juste ? C'est pourtant ainsi que votre quaker raisonne : il conclut brusquement du particulier au général ; conclusion de poète ou de ti'embleur (i).

De ce que récriture remarque que le Décalogue ; et, selon lui , le Deutéronome , turent écrits sur la pierre , il infère qu'on n'écrivait que sur la pierre. Il aurait dû en inférer précisément tout le contraire. En effet , l'écriture aurait-elle observé que le décalogue et le Deutéronome y ou plutôt une partie du Deutéronome y furent écrits sur la pierre ; si l'on n'écrivait pas autrement .f Et pourquoi y étant si souvent question d'écrire dans le Pentateuque , n'est-il parlé d'écrii'e sur la pierre que dans ces deux occasions ?

t^il pas quelque inconséquence à admettre des livres écrits sur la pierre » et à nier que Moïse ait pu , en plus de trente ans, ùire écrire le Pentateuque sur la pierre ? Ant. (i) De poète ou de irembleur» Il.y a des poètes qui raisonnent juste, et des trembleors pleins de sens, matiè* res de ydigioa mises à part £dii.

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Enfin y qpiaiid Josiie fit écrire , selon le quaker , le Deutéronome sur la pierre par ses graveurs y il.&at dire qu'il eut la patience de le leur dicter de yiye voix y ce qui n'est pas croyable y ou qu'il le leur donna écrit sur une autre matière ^ autrement c'eût été un double emploi, (i). Donc on n'écriyait pas seulement sur la pieire.

Si y du temps de Moïse y on rCécrivait que sur la pierre y la yille de Cariât - Sepber ( dont y par parenthèse y il tous plaît de faire un pays ) devait être un beau magasin de pierres ; pour peu que les Chananéens écrivissent ! car c*était y selon y vous , le dépôt de leurs archives y à l'entrée des Ué^ breux dans la Palestine. Et les livres de compte des négocians de Tyr y qui sans, doute écrivaient beaucoup (2) y étaient de gros tas de pierre y et les feuillets du livre de Sancboniaton étaient autant de pierres polies ^ et quand les rois d'Egypte remettant

(i) Double emploi* Il est clair qae les ôiirrî«r8 devaiest avoir soas les yeux des modèles de ce qu'on yoolait qu'ils gravassent , surtout s'il s'agissait de graver des livres os quelque ouvrage^ d'une certaine étendue ; et il n'est pas moins clair que ces modèles n'étaient pas gravés sur la pierre. Aut,

(a) Ecrivaient heaucoup. m En effet , dit très>bien M. de Voltaire ( Défense de mon oncle ) ^ » si l'on cultivait alors les sciences dans la petite ville de Dafcir , combien devaient elles être en honneur dans Sidon et dans Tyr > qui étaient appelés le pays des livres ; le pays ita archives îu Aut»

Nous savions que la ville de Dahir s'appelait la vilU des Livres , la. ville des Archives ; mais nous ignorions qu'on eût donné aux villes de Tyr et de Sidon le nom ds pays des livres , pays des archives. C'est une anecdote que ce savant critique veut bien nous apprendre : nons loi en faisons nos sincères remercîmens , nous sotthaiterions seulement qu'il eut daigné nous dire d'où il l*a tirée. Edit,

* F'oy, Mélanges historiques ^ tom. i.e? , Déleasc de iDon oncle , p. aai 1 tom. xzyit àes CEuvres»

DE QUELQUES JUIFS. lo^

à leui^ courrierç ces lettres d'ëtat , «pii doimèceiit nais^anc^ au caractère épislplaire , c'étaient de pierres ^'ils. les chargeaient ; et c'étaient des piçrres qae les prétses égyptiens portaient y lorsqu'ils promenaient en pir^cesaion Ws tyres noQibreuz 4e- leur Tkot I Votre quaker déyore toutes ces absurdités. E^ vérité, monsieur y y pense-t-il y ou se joue-t-il de la simplicité de sts lecteurs ?

U est yrai pourtant qu^on écnyait alors sur la pierre : mais qu'y écriyait-on î c'étaient y dit le savant comte de Caylus y les monumens publics.

Destinés à résister aux injures de Pair et à la durée des temps y ils étaient gi*avés alors y comme aujourd'kui y sur la pierre et sur l'airain. Mais tout le reste , on décrivait alors y comme aujourd'hui , surtout ce qui peut recevoir l'écriture i,

Yous trouverez peut-être que nous nous sommes trop appesantis sur une opinion dont l'absurdité S4ute aux yeux, l^ous aurions supprimés tout ce que nous venons d'en dire y si nous ne l'eussions trouvée que dans la lettre d'un quaker. Mais on en voit des tra-> ces jusque dans un de vos plus sérieux écrits (i) , où TOUS faites dire à d'illustres savans * y que les his» toires et les lois de Moïse et de Josué auraient été gravées sur la pierre , si en effet elles avaient existé (2). On la retrouve encpre dans d'au-.

(1) Plus sérieux écrits. Voyci Pki^tppb. àt l'histoire , »rt. Moïse. Aut.

^ Voyez Istrod. a PEsBU sar ks mœurs , art. Moïae » P* s 77 a ^<>iDe ^^i ^^' CKuvres.

(a) SA 9\les avaient existé. C'est ainsi que M. de Voi* (a|re , daiis la Philosophie de Thistoire ; art. Moise ,. !»it raisonner Abeosra , Nugnez , {Maimonide y[U 4ocèe Le Clere, Midletoo > les savans connus sons le nom de i?iéoiagieMs de RoUst/^ , et même le grand Newton. Mais :e raÎBOimeiBeot ii*est point d'e.ax : le philosophe aurait

pa ae diivenfer de lenr ea faire les honnf ors. Pouoquoi Eik« cUfe K'dejngK^s bommet vm ineptie! Aut.^

lo8 LETTRES

très brochures^ et elle vient de reparaître tout récemment dans un écriyain d'ailleurs instruit :.tant l'erreur la plus invraisemblable ; accréditée par un nma célèbre , est prompte à se répandre ! C'est ce qui nous a décidés à en parler avec plus d'étendue que nous n'avions d'abord dessein de le faire.

§. IV. Sur le reproche d'inconséquence et de contradiction quHlfait à V auteur d* Emile.

Revenons. Vous riez des inconséquences , dés contradictions jlu pauvre Jean-- Jacques $ et il ëluI avouer qu'elles sont un peu fréquentes. Maislef^ou* vre Jean-Jacffues n'aurait-il pas à son tour quelque droit de nre des vôtres 5 et si ce petit bonr nomme s'avisait de les relever ^ ne pourrait-il pas amuser le public à vos dépens (1) ? Prenez-y garoe^

On pcQt encore obseryer ici , comme dans la note t

qo'il diatÎDgae 'aoîgneuaement le docte Le Clerc d'Avec

les savans connus sous le nom de tliéologiens de Hollande»

L'Hlaatre écrivain oùblie-t-ii que Le Clerc , avec on 1 oà

tout an plus deux de ses amis , furent les auteurs da

livre intitulé : Sentimena de quelques théologîena de Hollande l ou bien aurait-il voulu perauader a b^b lecteurs

que cea thëologlena formaient une compi^nie nombreoic

de aavana dont Le Clerc n'était pas , et qu'il faut par coa-

aéquent le compter à part l Ce aérait une manière. aaaez

commode de multiplier lea antoritéa 9 maia que tout le

monde apparemment n'approuverait paa.

Dolus an virtus , quis in hoste requir^t \ C'eat y à ce qui parait I la maxime de quelques écrivaina modernes i maia , ai elle eat quelquefoia utile , elle n'eat jamaia boo« nête ; et lea avantagea qu'elle peut procurer ne. sont pas de durée* Ediu

(\^ A vos dépens* Notre deaaeîn n'eat paa ici de jeter la diviaion dana le camp ennemi . elle v^y est que trop» au grand scandale de la philosophie. Si pourtant le citoyen de Genèye allait par hasard se mettre è faire la re<> Yi^e de qaelques*nne» des brochures du savant critiqaei

monÂeur : Loripedem reclus derideat y jiEthio^ pem albus.

Non j TOUS n'ayez pas droit de reprocher des iaconsëquences et de5]contradictions à personne , après toutes celles qu'on yient de yoîr ^ et tant d'autres , qu'on remarque à tout instant dans yos ouyrages.

Ces contradictions sans nombre ; ces yariations continuelles annoncent-elles un ecriyain instruit des matières qu'il traite ; un homme yrai y qui n'ayance rien au'apres s'en être assure ; un guide ëclairë et de bonne roi y auquel on puisse s'abandonner sans réserye î ou un esprit superficiel y qui y n'ayant rien approfondi , tourne k tous les yents de l'opinion y qui y indiffë* rent sur le yrai comme sur le faux . ne tient à rien qu'au désir de se distinguer du reste des hommes y en combattant des faits qu'ils réyèrent ^ et qui , dans ce dessein y compile sans choix les objections y non* seulement les plus absurdes , mais les plus contradictoires y comme $'il se faisait un jeu d'essayer jusqu'où peut aller la crédulité du public y et la connance ayeugle de ses prosélytes en tout ce qu'il lui plait d'ayancer ? Voilà y monsieur y les jugemens que nous craignons pour yos écrits y et que nous souhaitons que yous préyeniez > en y mettant y sur les objets dont nous yenons de parler y et dont nous parlerons par la suite y plus de yérité et plus d'accord.

Nous sommes ayec les sentimens les plus sincères et les plus respectueux y etc.

ce serait sans doute un adreriaire plas redoutable que de malheureux Juifs , qu'on croit pouroir négliger ou fonhr aus pieds sans crainte. Aut^

1 lo LETTRES

Ou Von répond aux objections rapportées êau la note contre Vhistoire de VadoraîUm dm veau d*or,

iVpBES avoir inutilement oppose au sentiment commun des Juifs et des chrétiens qui croient Moïse auteur du Pentateuaue ^ l'impossibilité oik tous prAendez qu'il ëtait de récrire ; tous passez y monsieur, de cette objection générale et extrinsèaue à des difficultés particulières , que tous tirez au fond même de l'ouvrage. Vous tous attachez à quelques-oms des faits qui y sont rapportés , et tous les représentez , d'après Tos écrivams y comme faux y impossibles et absurdes.

Ici y monsiem* y la question change : elle devient tout autrement intéressante ^ et il eut été bon d'en HTcrtir TOS lecteurs. Que Moïse ait pu écrire le j^entateuque ou qu'il ne l'ait pas pu j qu'il l'ait écrit tel que nous l'aTons | ou que les scribes publics et les prophètes y aient fait quekpes légères additions ^ etc. y ce ne sont là que des pomts de critique sur lesquels chacun peut y au risque de se tromper y embrasser & son choix l'opinion qu'il juge la plus probable. Mail si plusieurs de» principaux faits racontés dans ces liTies sont évidemment incroyables et faux, l'ouvrage n'est digne ni de Moïse , ni d'aucun écrivain dirigé par l'esprit de Dieu. Prouver cette fausseté , ce serait détruire tout à la fois et l'authenticité et l'inspiration de ces livres respectés pendant tant de siècles. Tel est apparemment le but que se proposent vos écrivains y lorsque y tournant les faits à leur manière y et en altérant à leur gré les circonstances y ils cherchent à leur donner un air d'invraisemblance et d'absur^té qui puisse révolter les lecteurs»

DE QUELQUES JUIFS. ni

L'adoration da veau d'or est un de ceux qu'ils ont plus yiyement attaqués. Ce fait leur parait impossi- 2. en lui-même , ïnconceyable dans ses circonstan«s , plein d'injustice et de barbarie dans ses suites 5 où ils concluent que tout ce chapitre a été outé aux livres de Moïse , ainsi çut^ plusieurs ires.

I^ous allons exposer leurs difficultés , et tâcher d'y pondre. Nous nous permettrons d'en changer l'ore. Biais nous n'en dissimulerons aucune.

I. S*il est impossible à la chimie la plus savante de réduire l'or en poudre qiton puisse avaler.

Si l'on en croit ces écrivains , il est impossible f réduire Vor en poudre qu*on puisse avaler , Fart de la plus savante chimie ( i ) n*j' suffit is.

Sont-ils bien suris de ce qu'ds ayancent ? on , s'ils

[t) La plus savante clùmie, Daûi le Dlctiohn. philos. , . Moïse ^ , on dit seulement que cette opératioa était possible à la chimie ordinaire f non encore inventée. mB ne savons pas précisëtirent jusqu'où peut allep ce 5 Tautenr juge à propos d'appeler la chimie ordinaire ; 18 noua savons que dés-lors les Egjptiena exploitaient I nrines d'or et d'argent ; qu'ils connaissaient la ma* (olation très-difHcile de Tëtain ; qu'ils avvent l'act de rifier ces métaux ; qu'iU embaumaient les corps avec I préparations chimiques qui les ont conservé» jnsqu'k i jours t etc. ; et qu*ainai une chimie ou du moina des Srationa chimiques assez savantes étaient déjà inventées, letnarquons encore comme le Dictionnaire a'accorde ic la Tolérance. Dans l'un , ce n'est qu'à la chimie or^ iaire , dans l'autre , c'est â la chimie la plus savante i cette opération était impossible. £dit« f Voyez Dictionnaire philosophique » tome vi| art» ïse page 12a \ tome XLii dea (Eavrea.

lia LETTRES

n'en ont point de certitude ^ commenf Aécidetf*

ayec tant de hardiesse î

Je ne citerai point ici nos cliimistes. Vous n'igna pas que les Hébreux onV depuis long-temps des ci naissances en ce genre ; et que plus d'une foii grands rois n'ont pas dédaigne de se servir des éi cendans d'AbraJiam pour la fonte de leurs mita Non : c'est par yos chrétiens même que nous youk confondre ces baptisés incrédules.

Sthal était chrétien , et un chimiste du premier i dre : il n'a pourtant pas raisonné comme eux. Il i pas dit : Je ne sais comment cette dissolution p s'opérer ^ donc elle est impossible ; dono le légul teur juif nous a fait un conte absurde ; ou ce coi a été ajouté à ses lit^res , ainsi que plûsin autres. Plus habile et moins présomptueux , it jugé qu'un auteur ancien ^ et le plus ancien que nd connaissions , un auteur regardé comme inspin depuis tant de siècles , et par tant de peuples y m ritait bien qu'on ne le condamnât point sans qudq examen 5 et qu'ayant de prononcer , comme yos a tiques , d'un ton décisif et tranchant y cette prête due impossibilité , il conyenait de s'en assurer et la constater par diverses expériences. Qu'est-il a riyé ? Que ses recherches l'ont conduit à un moy très-simple d'exécuter sans peme ce que vous croj impossible sans miracle. Lisez y monsieur , dans 1 opuscules^ sa dissertation sur ce sujet ^ yous y yen « que le sel de tartre mêlé au soufre dissout tt au point de le réduire en une poudre qtfi peut ayaler» 11

I^ous pourrions yous renvoyer encore aux m moires de votre académie des sciences : mais yoi ne les lisez pas y sans doute y yous , monsieur y q prétendez que dans ces quatre"^ vingts volurm il n'jr a que de vains systèmes et pas une choi utile (i). Jetez du moins un coup-d'œil sur l'ouyraj

(1) Pas une chose utile» Voyez seconde suite d

DE QUELQUES JUIFS. n3

lifnlë : Origine des lois , des sciences et des arts , i.sur le. nouveau Cours de Gbimie d'un de vos plus lYHiis médecins ^ tous y trouverez que , < le naon y matière connue dans l'Orient , et surtout près 1 va y produit le même effet \ que Moïse connaisit parfaitement bien toute la force de son opëraya {i)'y et qu'il ne pouvait mieux punir l'infidélité ;s Israélites qu'en leur faisant boire cette poudre > ircç que l'or rendu potable par ce procédé est d'un ïbx, détestable »

Cette possibilité de rendre l'or potable a été répé-* e cent fois y depuis Stbal et Senac y dans les ou- "ages et dans les leçons de vos plus célèbres cbimis*- I y d'un Baron y d'un Macquer y etc. Tous sont accord sur ce point, l^oxks n'avons actuellement 08 les yeux que la nouvelle édition de la chimie de î Fèvre* Il renseigne comme tous les autres ^ et il otUe ce que rien n'est plus certain , et qa'ûïi ne ut plus avoir Ik-dessus le moindre doute (2). n

élances y édit de Génère , page 3o4 ^ ; et remarques « rien n'est plus oppose à l'esprit de systèmes que l'es-* U dp cette académie. Une de ses premières maiiimes I; de n'en adopter aucun. Aut,

* Koy. Romans y Candide , p. 32i , t. XLiv des (Eavr. \i) De son opération. Moïse avait été instruit dans tou- I les sciences des Egyptiens : et , l'art de fondre les kanz et de les purifier fut connu de ce peuple dès ie nps de ses premiers rois ; c'est ce qu'assurent plu» iors historiens anciens ; Diodore de Sicile , Agatarchi- 8 , etc. Il parait que ce fat des Egyptiens que les Grecs prirent à travailler lés métaux, ^ut, (9) La- moindre doute, Abeneïra avait déjà soupçonné e c'était par un procédé chimique que Moïse avait ida l'or potable. Quelque temps après Abenezra , un tre rabbin , écrivit qu'il avait été lui-même témoin me semblable opération ; mais on en avait douté jus« % Stahi. Voyez à qtioi il sert qu'on £isse des décourtes , puisque I tant d'années après ; on nous répète :ore les vieilles erreurs I Aut,

ii4 LETTRES

Qu'en pensez-vous , monsieur ? Le témoignage de ces habiles gens ne yautril pas bien celui, de toi critiques 7 Et de quoi s'ayisent aussi ces incirconcis : Ils ne savent pas de chimie , ei ils. êe méUmt d'en parler , ils auraient pu ^épargner ce rîdicule.

Mais Yous f monsieur , quand youa transcrim cette futile objection , ignoriez-yous que le denuer chimiste serait en état de la réfuter ? La chimie n'est nas votre fort : on le voit bien. « Aussi- la bile de Rouelle (i) s'échauffe, ses yeux s'alium^nt^ et son dépit éclate , lorsqu'il lit par hasard ce que vous en dites en qudques endroits de vos ouvrages (a). • FaU tes des vers , monsieur , embouchez la trompette épique , disputez le prix aux ËuripiiSle et aux Sophocie; mais laissez-là l'art des Pott et des ])£ara:aff.

Voilà donc la principale objection de vos écrivainA^ celle qu'ils avançaient avec lie plus de confiance f pleinement détruite : passqfns à une antre.

§. II. S*il fallait un miracle ou tr\>is mois is travail pour jeter en fonte le reau ^or*

Ces doctes critiques soutiennent encore qu^il était impossible , sans miracle, de jeter en fonte U

(i) De Rouelle» Cet homme célèbre , mort depuis 11 seconde édition de ces Lettres , jouissait de la repoli* tion très-méritëe de premier chimiste de France.^Oa nous assure qofi les endroits où il est question de chimie ne sont pas ceux qu'il admirait dans les écrits de M. de Voltaire. Chrét,

(a) f^os ouvrages. Quoi ^u'en ait dit M. de Voltaire ; il est certain que le passage marqué par des guillemets ae se trouvait point dans Tédition publiée à Paris chef Laurent Prault , avec approbation et privilège^ Mail puisque l'illustre écrivain l'a cité ', et qu'il n'en parait fê» mécontent , nous avons cru pouvoir le remettre dtai celle-ci* A ut.

^eau £or. en moins de trois mois. Ils se trompent eiij!:oi^ , ou ils yeuleot tromper.

Us s'imagiiient apparemment que ce yeau d'or était im ço)o$$e« Mais 9 monsieur, vous n'ayez point oublia que , dans l'idée de nos pères , il était destiné à être porté à la tête de leur armée. Faites^nous ^ dîfiaient*iis ; des dieuoç qui nous précèdent. Vous pouyeï bien penser que ; dans ce dessein y il n'^était ms nécessaire que cette statue fût aussi pesante que le cb^yal de Henri IV ^ ou que le Laocoon de Marly. Ce» critiques auront yu sans doute le yeau d'or repr^^enté dans quelque tableau d'après le caprice du peintre , et ils auront conclu de la peinture k l'original. Mais la conclusion n'est pas juste. Vous le sayez y monsieur y les peintres ne sont pas toujours deS' autorités siires y non plus que les poètes.

. Quelques - uns de yos chrétiens ont écrit que ce yeau d'or était un corps humain surmonté d'une tête de yeau y dans le goût de ces Ânubis k tète de cbkn y qu'on montre dans les cabmets des curieux y go de ces chérubins ^ tête de veau y dont yous parlez quelque part. Yous youlez y monsieur y que cet idde ait été un Apis : à la bonne heure. Mais croyezyous que y pour jeter en fonte un Anubis ou Apis portatif et grossièrement trayaillé ^ comme tous les puyrages-des Egyptiens , les maîtres de nos pères dans les arts (i) , il eût &llu nécessairement un miracle?

(i) Les maitres de nos pères dans les arts , etc. Maître» ignorons et sans goût , aelon cet écrivain. Car c'est maintenant aa manie de vouloir que les Egyptiens aient été le peuple le plus méprisable ;|après nous pourtant, qu'il y ait jamais eu sur la terre. Les Egyptiens , dit-il , peuple en tout méprisable , (fuoi qu'en disent les admira^ teurs des pyramides , comme si les pyramides étaient les aeuls monumens qui aient valu aux Egyptiens Tadmiration de la postérité , et qu'on eût jamais rien dit de leurs autres édifices % de leurs temples > de leurs palais , de tant d'autres ouvrages aussi utiles que superbes. L'il-

Nous ne dirons pas que nos ancêtres ont peot^ être eu ({uelque procédé que nous ne connaissons pa5; qui pouvait accélérer roperalion : cette conjecture pourtant , après ce que nous venons de aire , ne paraîtrait pas sans fondement. Entrez seulement', monsieur ; chez le premier fondeur : je yeos réponds que ^ si vous lui fournissez les matières dont il pooin avoir besoin , que vous le pressiez , et que vous le

Sayiez bien | il vous fera un pareil ouvrage en Éioms 'une semaine , I^ous n'avons pas cherché longtemps 'y et nous en avons trouvé deux qui ne demandaient que trois jours. Il y a déjà loin de trpis jom» à trois mois 5 et nous ne doutons pas que si vous cherchez bien ^ vous pourrez en trouver qui le feront encore plus promptement.

§• III. Si Aaron jeta le veau dor enfante en,

un seul jour^

Dans le dessein de rendre le miracle plus nécea* saire ^ ou l'absurdité du prétendu conte plus palpable f ces critiques avancent que le peuple s'adressa au frère de Moïse pour avoir le veau d^or la veille du four même ou celui-ci descendit de la montagne y et qu* Aaron le jeta enfante en un seul jour.

Mais où ces écrivains ont-ils pris cesparticukiîtés?

lustre écrirain a-t-il oablié ces belles et larges chaussëeç, cas levées nombreuses , d*où les villes , dominant sur les flots , ne voyaient dans les inondations du fleuve que la fertilité du pays ; ces vastes lacs , réservoirs immeniet des eauX| sans lesquels les terres eussent été stériles; ces canaux qui , distribuant les mêmes eaux de toutes parts , facilitaient le commerce et entretenaient raboodance » etc. ? Ne connait-il des Egyptiens que lea pynmidcs \ Mais le déclamateur Bossuet avait vanté l'Egypte , et n'avaît rien dit de la Chine , il fallait bien raoter la Chine et. rabaisser l'Egypte. fc^iV.

Dans leur imaginaûon , sans doute } car ce n'est certainement pas dans Péciiture. Le jour où le peuple demanda cette idole n'y est fixé en aucun endroit , àoti dius que le temps qu' Aaron mit à la faire.

S'u est donc naturellement impossible , comme ils le prétendent , que le yeau d'or ait été jeté en fonte en un seul four ^ si c'est un fait absurde ou inexplicable sans miracle , ce qui revient au même selon eux 5 ce fait ^ ce n'est pas Moïse y ce sont euxmêmes qui l'avancent. De quel front l'attribuent-ils à l'écrivain sacré , qui n'en dit rien î II est aisé de trouver des absurdités dans un auteur , quand on lui fait dire tout ce qu'on veut ; et qu'on lui impute sans scrupule les idées bizarres qu'on enfante soimême.

Ainsi , monsieur , trois jours , et peut<4tre moins , suffisaient pour jeter en fonte le veau d'or ^ et il n'est dit nulle part qu'Aaron n'y en mit qu'un* Jugez si Tobjection de vos critiques est solide.

§. IV. S'il était impossible aux Juifs de fournir assez d'or pour faire cette statue.

Collins f Tindal , Bolinbroke y etc. f ne con^ çoivent pas{^i) tjue les Juifs y gui n'avaient pas de quoi raccommoder leurs sandales y aient de^ ntandé un veau d*or massif.

(1) Ne conçoivent pat , etc. £h ! qu'importe qa*îU conçoivent on qa'ils ne conçoivent pas \ Us ne concevaient pas non plas^ qne Vart de la chimie la plus sa* tfante peut dissoudre l'or au point de le rendre potable. Cependant on vient (jle voir que rien n'est plus certain. Us n'imaginent pçs , ils ne conçoivent pas , etc. Quels principes de raisonnement ! il n'est point de source plus féconde en paralogisme et en fausses conséquences. C'est de tels antécédens qne le peuple ignorant conclut que les tonrs de passe-passe sont des opérations de magie , et que tons les joueurs de gobelets sont des sorciers. Toys

ii8 LETTRES

Ce dernier mot , sur lequel ils appcdeiit ayec eoai* plaisance , et que vous répétez ayec affectâtioti, ne peut plus nous en imposer. Tout massif mi'a fg être le Tcau d'or , nous venons de voir qu'S éuk

Sortatif I et que par conséquent il ne pourah être 'un poids fort considérable.

Mais enfin y direz-yous , comment les Juif$ ont'-ils pu fournir assez d*or pour faire même un i^eau portatif!

Comment? L'Exode va tous l'apprendre : Ce fui , dit l'écrivain sacré , en remettant entre les mains tfAaron les boucles et les pendans d'oreilles d*or de leurs femmes , de leurs fis et de leurs filles.

Supposons f monsieur , que sur les deux miUioDS d'ames à quoi montait le peuple hébreu , selon vos propres calculs ^ il n'y ait eu que cent cinquaate mille f tant femmes , que filles et garçons y qui aient porté des pendans d'oreilles d'or , et n'estimons chaque paire de boucles et de pendans qu'à un gros ^ vous voyez que je suis bien éuïigné de porter les ohor ses trop haut : croyez- vous , monsieur , que centcinquante mille gros d'or ne suffiraient pas pour faire un veau d'or portatif ?

Que répondront à cela vos savans ? Nieront-ils que les femmes et les enfans des Hébreux aient été dans

iej raisonnemeas de ce genre peuvent se réduire au syllogisme suivant : «< Moi , ignorant ou bel-esprit ( car il n'importe ) , qui ne connais ni les forces de la nature ^ ni les ressources de l'industrie : qui n'ai qu'une teinture légère des arts et de leurs procèdes ; qui n'ai étudié que superficiellement l'histoire des anciens peuples , leurs langues et leurs usages , je renferme dans mon étroite et faible conception toutes les idëes de l'être et du poisible. Or f je ne conçois pas que telle chose soit on puisse être. DonCi etc. » La réponse est, que cette proposition /'ff ' renferme , etc. , qui rarement exprimée est toujours sonsentendue ; n'est ni modeste ni vraie. Aut,

Pusage de porter des boucles et pendans d'oreilles d'or / Mais outre que l'écrîyaia sacre nous l'assure , dès le temps d'Âbrabam on connaissait cette sorte d'ornement dans la Palestine et les pays yoisins -, «'était la coutume des Ismaélites d'en porter , même en allant au combat (i) ; encore k présent les Arabes , lenrs descendans , et habitans des mêmes déserts , 6n font une de lem's plus ordinaires parures : enfin l'usage en était commun parmi les Egyptiens. Pour

s'était usé dans l'espace de trois mois ^ conjne les semelles de leurs sandales !

Mais , dites-yous , les Juifs étaient un peuple pauvre. Nous ne tarderons pas k vous faire voir qu'il s'en allait bien qu'ils le fussent ^ du moins au point one TOUS le supposez. Mais je veux qu'ils l'aient été : ÊiUait-il qu'ils nissent fort riches pour qu'il se trouvât j sur plus de deux millions a'ames , cent cinquante mule- personnes qui eussent un bijou d'un gros d'or î Que savez- vous même si la plupart de ces pendans d'oreilles ne faisaient pas partie dçs effets précieux qu'ils avaient empruntés de leurs anciens maîtres î

Concluons ; monsieur , que cette difficulté ne vaut pas mieux que les précédentes {1).

(t) En allant au combat. Il est rapporté , aa chapitre Yiix da livre des Juges , que les Israélites ayant fait présent k Gédéon de tous les bijoux de cette sorte , qu'ils avaient enlevés aux Madianites vaincus , les boucles et pendans d'oreilles seuls se trouvèrent monter k dix-sept cents siles d'or , c'est-a-dire, selon quelques écrivains , k pins de deux mille cinq cents louis. Aut.

(«) Précédentes, Comment tirer une difEculté solide de la quantité d'orqu* devait entrer dans une statue dont on ignore les projportions ? Edit,

lao LETTRES

§. V. Sur les vingt-trois mille hommes que eês critiques prétendent aVoir été égorgés pow avoir adoré le veau d*or,

Vhumanité , dites-yous , la bonlé de cœur, qui trompent ces écrivains , les empêchent do croire que Moïse ait fait égorger ving^trws mille hommes pour expier ce péché» Ils n'im^ginent pas que vingt - trois mille hommes se soient ainsi laissé égorger par des lévites i à moins d'un autre miracle.

Vos savons ne croient donc pas qa*il y ait ea vingt-trois mille hommes tués dans cette rencontre ? ni nous non plus , monsieur. Mais les raisonnemens^de ces cntiques ne nous en paraissent pas meilleurs. Examinons-les un peu , s'il vous pkit.

Vhumanité y la bonté de cœur, les empêchent de croire , etc. Vous dites , que cette bonté de cœur les trompe 3 vous pourriez biçn avoir raison : car enfin ce n'est pas sur les faibles pensées des liommes que Dieu règle ses jugemens et sts yf^ngeances. A ne raisonner même que politiquement , savent-ils jusqu'à quel pomt il était nécessaire que la sévérité mt portée pour maintenir cette multitude iadocile dans La soumission au législateur ^ et dans l'attachement au culte y partie principale et base de tonte la législation ? L'humanité j la bonté de cœur ne sont pas les seules vertus que doit avoir le chef d'an grana peuple 5 il faut encore de la fermeté ^ de la sévérité y sur tout lorsque les prévaricateurs sont nombreux y et la prévarication énorme ; or , celle de ces Hébreux était telle y que tout à l'heure vos écrivains ne pouvaient la concevoir.

Vingt-trois mille hommes égorgés par des lévites ! A les entendre y ces grands critiques y QP dirait que ces lévites n'étaient qu'une poignée de prêtres timides. Mais dans le texte c'est toute antre chose : ces lévites ne sont rien moins que tous les

enfant

DE QUELQUES JUIFS. m

fifans de Lévi , c'est-k-dire , la tribu de Lévi tout DLtière ^ tribu qui n'était y comme tous le savez , ni L moins guerrière (i) des douze , ni apparemment 1 moins attachée à Moïse (2). Supposons même u'une partie de cette tribu se soit rendue coupable je la j^varication géne'rale , et ne mettons qu'à ouze ou même qu'à dix mille combattans ceux des iyîtes qui s'armèrent contre les prévaricateurs. Est- . possible que dix à douze mille hommes en tuent ingt^trois mille ? et fallait-il un miracle pour que «8 dix à douze mille hommes en armes , anime's lar les ordres du législateur , et par le zèle de la «ligion 9 fissent ce massacre pai^mi un peuple surris et désarmé , que devaient décourager le remords ùe son crime et la crainte du châtiment ? Combien

(i) La moins guerrière des douze» Accontamés k font onfondre , et à juger de tout par le petit cercle d'objets ai les environne , ces savans écrivains se représentent lOt lévites d'alors comme les prêtres de lear religion ; *eit' encore une méprise, i.** Dans le temps dont il est n question , les lévites n'avaient point encore été con- •Grés aa ministère de l'antel ; ils portaient les armes omme tons les autres Israélites. Cette observation n'auait pas du échapper du moins a M. de Voltaire.

s«* Depuis même la consécration des lévites an saint ainistère on les vit souvent, quoique exempts du service lûlitaire 1 combattre dans nos armées. Phinées , petit- fils l*Aaron , ne se distingua pas moins par son courage jue par son zèle ; il se trouva à la bataille , et qnelquesins croient qu'il commandait les Hébreux lorsqu'ils déirent les Madianites. Le prêtre Bananias était un des •rares de David , et général des armées de Salomon. On lOnnait les exploits des Macchabées ; et , dans les derniers cmps , l'historien Josephe était tout à-la-fois prêtre » et 'on des plus habiles capitaines de la nation. Eàtt,

(ft) Ltk moins attachée â JHoise, Moïse était de la tribu le Lévit ; c'était donc pour cette tribu aoe raison psrticuî^ie d'attachement à Ce chef. Edit.

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