‹ Lettres de quelques juifs portugais: avec un petit commentaire, extrait d'un plus grand, à lChapitre 14 sur 39 · Tome I. G · texte numérisé non relu

Tome I. G

i46 LETTRES

monsieur y pour faire soixante-quinze liyres, £aat-3 beaucoup de bijoux d'or , beaucoup de riches étoîei et de unes toiles ? Pensez-yous que nos Hébreux, dans cette rencontre , aient rien négligé auprès dei Egyptiens pour en obtenir cette es^ce de dédooiinagement de leurs travaux 5 ou que les Egyptieiii les regardant , après taiit de prodiges , comme nn peuple spécialement protégé du ciel , les redoutant , souhaitant leur départ (i), et se flattant peat-étreile leur retour , ne se soient pas empressés de leur oB^ ter ce qu'ils demandaient ; Dieu surtout y ayant ai^ posé leurs cœurs , et donné pour cet effet gracia son peuple (a),

Aimeriez-yous mieux dire que c'est trop de supposer que sur plus de deux miUions d'hommes , il s ea soit trouvé trois cent mille qui aient possédée ^ l'oa portant l'autre y chacun sa valem* de vingt-cinq écns) Mais prenez^ monsieur^ dans tel état que vous voudrez f dans ceux même ou nous sommes le moini favorablement traités , plus de deux millions de Jwb ^ de toute condition , laboureurs , pâtres , artisans , commerçans, etc. ^ qu'ils aient le temps de vendre ce qu'ils ne pourraient emporter y et qu'ils partnt librement y et avec tous leurs effets ^ je mets en ùk que y de quelque état que vous les*^'tiriez ^ dans quelque pays que vous les meniez y il s'en trouvera ei* core au bout de trob mois plus de trois cent nilk possédant la valeur de soixante-quinze livres , l'ai portant l'autre (3). Vous imaginez- vous que nM

( t ) Souhaitant leur départ. Lœtata est AEgyptm U profectione eorum , dît le psalmîste. j4ut.

(a) Grâce à son peuple. Petierunt ah jéEgyntUê ¥§»

durea vestemque plurimam ; DonUnus tutiemàtèà

gratlam , ut commoda durent eis» Exod. Id^

(3) L*un portant Vautre, On en peut jager par et fï eat arrivé plus d'une fois à la nation juive dans les à» BÎers fiècïe^. Bannis , quoiqu'on moindre nombrt » h diters états , le dérangement du commerce et des finaneilt

ticétt'es aient eu moins d'indastrie et d'actiyité cpe tors descendans ^ ou qu'à nos enfans près , qu'on e noie pas j nous soyons beaucoup plus ménage i^eux dans les pays où Ton nous souffre , nous k

■eafionné par leur sortie , obligeait bientôt de les rapder ; preuve non ëqaiyoque qu'ils n'en aTaieot pas enré dM sommes médiocres. Par quelle fatalitë cette na- XI » qui a toujours emporte tant d'argent des pays l'clle a quittés ,, ne serait-eUe sortie pauvre que de Rœrpte >

Citons seulement l'exemple des Juifs d'Espagne. Après Bjrîenrs persécutions cruelles qui se succédèrent les les aux antres en assez peu de temps , ils forent chas- B de ces royaumes par Tédit de Ferdinand et d'Isa- Ue. On ne leur donna que quatre mois pour se prérer k leur départ. On leur retira même , dit M. de Volire ( l'Essai sur les mœurs , tome ii , chap. cii , tom» rii des OEnv. ) t la permission qu'on leur avait d^ahord cordée Remporter leur or et leurs pierreries , et ils furent li|^ de les échanger contre des marchandises. CepeA" ikX tons les écrivains assurent qu'ils enlevèrent àtê tomes prodigieuses. Mariana , panégyriste zélé de Ferumd et d'Isabelle^ et qui n'avait par conséquent aucun 'étèt de grossir ces sommes , convient qu'elles étaient n'entes, 11 n'a pn dissimuler que les politiques repro- ^nt k Ferdinand d'avoir fait ane faute considérable ; port^nn coup funeste kses états par cette expulsion, î enrichit les pays voisins. Magno utique earum pro^ \ciarwn compenâio adjuas copiarum ac pecunias mag" n partent ^ aurum , argentum , gemmais , uestemque 'Hosam seeum detulere» Il ne sortit pourtant d'£spa« i qne cent soixante- dix mille familles , selon quelques ÎTiins espagnols , et cent vingt mille , selon les Juifs, •ssai sur l'histoire générale les réduit encore k un moini' nombre. Si l'on en croit l'auteur , ils ne montaient k trente mille familles : il est apparemment mieux iavaé. Or, qu'est-ce que trente mille familles , compa- I à un peuple de plus dp deux miilions d^ames^

Ga

i48 LETTRES

oui l'oD yend si chèrement , presque partout^ k pea

d*air malsain qu'on nous laisse respirer.

Mais sans parler ni de nous ni de nos pères , mel est le peuple de deux ou trois millions drames , nabitant un pays fertile et police , parmi lequel oh ne

{)0urrait trouver trois cent mille nommes possédant a valeur de soixante-quinze livres chacun , on, ce qui revient au même , en état de fournir ^ dans une occasion intéressante et dans un transport de t&t ^ quinze francs par tête f en pourriez-*vous nommer on seul ? Où est aonc l'impossibilité que nos pères aient fait alors ce que pourrait faire en ae semblables conjectures tout autre peuple aussi nombreux ?

§. VI. Sources des erreurs de ces écrivains sw

cette matière.

Ce qui vous trompe y monsieur , ainsi que yos éoivains ; ce sont d'abord vos volontaires et faux piéjugés sur l'état des Hébreux en Egypte. I^ons Tenons de le peindre d'après l'écriture ^ c'est-à-dire d'avis les seuls monumens qui puissent qous en instnmt. Il vous plaît au contraire de vous le figurer tout entrement y et d'exagérer à Texçès leur misère.

On ne peut nier qu'assujettis aux rois de ce pajS; ils n'y aient vécu quelque temps dans l'oppressîoo , et gémi sous un joug dur et tyrannique. Mais si , pie-

On dira peut être que i'^apagne était alora plos rkbe que l'Egypte ne ie fut du temps de nos pères, et que le* Égyptiens ne connaissaient point les mines du Përoa* Non ; mais ils en avaient chez eux. Diodore de SicOti Agatarchidcs et d'autres anciens noas riMurent ; et il parait que ces mines furent exploitées long-tempt iftst r usage commun du fer , par conséquent dans des tcmfi très-i coulés ; car Strabon rapporte qu'on les rouvrit loisqn'il était en Egypte , et qu'on y trouva lc« oatila è^» rain dont les anciens ouvriers s'étaient servis dans Inr travail. Edit,

DE QUELQUES JUIFS. lig

nant trop k la lettre les termes de servitude , de captiyitë ^ d'esclavage , vous vous représentez nos

fres en Egypte comme les esclaves qui travaillaient la chaîne , comme les rameurs de vos galères , oa les nègres de vos colonies ^ vous vous ti'ompez y monsieur , vous devriez mieux connaître la valeur dés tropes (i).

Secondement , confondant mal à propos les temps , TOUS vous figurez les Israélites arrivant au mont Sinaï tel que , sans une providence particulière , ils aundent été au bout ae quarante ans passés dans ces déserts. I^e serait-il pas plus raisonnable de distinguer ces deux époques y et de metti'e quelque différence entre l'une et l'autre ?

Il est vrai qu'avant même d'arriver au mont Sinaï ^ ce peuj4e se trouva sans pain et sans eau. Mais que prouvent ces disettes passagères ? ]Se concevez-vous pas qu'on peut y surtout dans des déserts horribles y avoir de 1 or , de l'argent , et manquer de pain y des

K'erreries et des étoffes précieuses y et manquer d'eau l s riches caravanes y dans les mêmes heux y ont éprouvé plus d'une fois le même sort' : s'est -on avisé cran conclure qu'elles étaient pauvres y dans l'indigence , et qu'elles manquaient de tout parce qu'elles manquaient d^eau l

Enfin monsieur y vo.us.«ne vous faites aucune idée

(i) Tm valeur des tropes. Ces termes figurés et éoergîqaes de captivité t d'esclavage , etc. sont encore eoiployés par les Juifs pour exprimer leur e'tat actuel dans les différentes contrées de l'Europe , en Italie , en Pologne » etc. ) même en Hollande » où ils sont nombreux et riches ; et en Angleterre .- où ils se sont vus sur le point d'être nMnralisés.

Le savant critique poutait se rappeler encore que , de •on aveu nos pères , quoique captifs et esclaves à Babjlone , j'jr enrichirent, L'idëe de pauvreté et d'indigence n'eat donc pas nécessairement attachée à l'e'tat que noue appelons esclavage , etc. Edit^

i5o LETTRES

)uste de cette grande émigration d'un peuple aHnieiu(0i actif 9 industrieux , sortant d'un pays riche et fb> tile : émigration annoncée long-temps auparayant , à laquelle par conséquent ik ayaiient eu le temps de se préparer. Que de millions de plus yos protestans anraient enleyés y s'ils eussent été de même préyenos de leur sortie y qu'ils eussent tous quihé la rrance, et qu'ils l'eussent quittée librement ^ sous, un mime chef y et ayec toutes leurs familles et tous leurs dr fets ! Quoi , monsieur y yous prétendez que ces reformés y sans comparaison moins nombreux que nos pères y long-temp& persécutés comme eux , et conr traiiAs de fuir à la hâte y emportèrent de leur intolérante patrie tant de millions (i), et yous croyies que les Hébreux étaient si pauyres en quittant l'Egypte 1 Est-ce ayec les yeux de l'impartialité que yous ayez yu tant de richesses d'un coté , et tant d'indigence de l'autre.

Cette indigience extrême y. monsieur^ cette pénurie oh yous supposez le peuple Juif au pied du mon Sî» uaï y n'est donc ni certaine y ni même yraisembtîh ble. C'est une prétention qui n'est appuyée d'au» cune preuye y et que démentent des textes formels de l'écriture. A en juger par ces textes y auxquels yous n'ayez rien de raisonnable à opposer y les Israélites deyaient être en état de fournir , et au-delà y à toutes les dépenses de la construction du tabernacle : cette

(i) Tant de millions , etc. Dans le post-scriptum da Traité de ia tolérance * » M. de Voltaire fait dire an comte d'AvaAx qa'un seul homme avait offert de déconrrir plus de vingt millions qu'ils faisaient sortir de France^ Jugez du reste par cette ofïre , et voyez si le sa rant critique aurait bonne grâce , après cela , de contester sor les quarante -cinq millions que nous donnons aox Israélites , en y comprenant leurs propres biens , et les dépouilles qu'ils enlevèrent aux Egyptiens. Edit,

* yoy. Politiq. et Législ. , page 187, tome XXX des (Kavres.

DE QUELQUES JUIFS. i5t

constfaction n'ëtait donc point impossible* Or ce fait possible en lui-même , se trouve consigné dans le plus ancien et le plus respecté de leurs liyres y supposé dans tous les autres , lié avec tous les événemens qui suiyent et qui précèdent y soutenu enfin par la tradition la plus constante 5 de yaines conjectures ne suffisent pas pour en elranler la certitude. I^ous sommes ^ etc.

LETTRE VIIL

Sur les yingt-quatre mille Israélites prétendus massacrés à l'occasion des femmes moabites et du culte de Béelphégor,

JNoTTS Tenons de voir , monsieur^ vos doctes et judicieux critiques représenter la punition des adora* teurs du veau d'or , comme aussi excessive dans sa ri^eur qu'impraticable dans son exécution , et j pour mieux prouver l'un et l'autre , ajouter tout i'un coup y contre le cri du texte et le témoignage à.ts meilleures versions j vingt mille hommes aux trois mille qui péiirent dans cette rencontre.

C'est avec, le même esprit de candeur etd'imparûalité qu'ils se récrient encore sur les vingt-quatre mille Israélites massacrés ^ disent-ils y à l'occasion des femmes moabites et du culte de Béelphégor. A les entendre y ces écrivains amis du vrai y ces vingt-quatre mille hommes Jurent si horriblement traités pour expier la faute d'un seul et pour une faute qui y après tout y n'était pas un si grand crime. Deux propositions d'où ils infèrent que ce fait est incroyable y et que le récit qu'on en lit dans le Fentateuque ne peut être de Moïse.

I^ous allons les examiner y monsieur : par ce que nous en dirons ^ on pourra juger du degré de con-

i5a LETTRES

fiance que mëriteat ces crkiqaes et leori sembh-

]>Ics y lors même qu'ils parlent du ton le plus assuié»

§. I. S*il est yrai que ces vingt^H/uaire miUê hommes furent massacrés pour expier la faute d*un seul*

Tindal , dites-vous , Collins , etc. , qui ne peuvent concevoir que Moïse ait fait égorger vingt' trois mille Israélites pour avoir adoré te veau d*or , font les mêmes difficultés sur les yingt^quatre mille autres massacrés par son ordre pour expier la faute d*un seul , surpris avec une file moabite (i).

Aux mêmes difficultés y nous pourrions opposer les mêmes réponses. Voyez-les plus haut , monsieur^ si nous ne nous trompons y elles sont satisfaisantes.

Mais est-il Lien sûr que ces vingt-quatre miUchpni* mes aient é\é innocens y qu^ils aient é\é massacra^ et qu'ils l'aient éxé par l'ordre de M<Hse pour expier la faute d'un seul l Ces assertions sont débinfet ^vec confiance. Pour nous assurer si elles sont vraies j consultons le Uvfe des Nombres , où ce fait ert raconté. Voici ce qu'on y lit , cbap. aS.

En ce temps-là Israël était campé en Sit* tim y et le peuple s'abandonna à la fornication avec les files de Moah ^ qui les invitèrent à leurs sacrifices. Ils en mangèrent et adoré" rent leurs Dieux , et le peuple fut initié à Béelphégor. Et la colère de VÈtemel ^en»

flamma contre Israël y et VEtemel dit à JkToiseï

(i) Une /îUe Moabite. Gosbi (c'est le nom de cette fille ) n'était point Moabite ; elle était Madianitê', et fille d'un des rois du pays. C'est une légère méprise i que M- de Voltaire t eu l'attention de corriger dans une antre édition , où il épargne cette petite erreur ï ces écrivains : il aurait pu leur ea épargner beaucoap d*autre«. Edit*

DE QUELQUES JUIFS, i$3

Prends avec toi les princes du peuple ,* ei [ pends " les { coupables ) à des potences à la face du soleil y afin que ma colère se détourne de dessus Israé'L Et Moïse dit aux juges d'Israël : Que chacun fasse mourir ses proches ( ceux de son district ) qui ont été initiés à Béelphégor, Et voilà qu'un des enfans dls^ raèl entra , en présence de ses frères , chez une prostituée du pays de Madian ^ à la vue de Moïse et de toute rassemblée qui pleuraient devant les portes du tabernacle. Ce que Phi* ^des , fils d'Eléazar , Jîls d*Aaron , ayant vu , '/ se leva du milieu de la multitude y et ayant pris un poignard , il entra après l'Israélite ^tMs le lieu de débauche y et il les perça tous <ieux y r homme et la femme , dans les parties ^e la génération ; et la plaie cessa de des^ ^us 'Israël. Or il y en eut vingt-quatre mille ^ui moururent de cette plaie. Et l'Eternel f^arla a Moïse y et lui dit : Phinées a détourné »»»fl colère de dessus les enfans d'Israël y parce ^u'il a été animé de zèle au milieu d'eux; et fc n'ai point consumé les enfans d'Israël par ^^ion ardeur , etc.

Si Tos critiaues eussent pris la peine de lire ce j^a»-

sage.ayec quelque attention y auraient-ils pu réi)eter

entant d'endroits^ que ces vingt-quatre mille Lon^

mes innoccns furent rnassacrés par l'ordre de leur

liailare conducteur ! On y voit au contraire e'vU

demment que Moïse ne fait qu'exécuter lui-même les

vires du Seigneur. Four obeu: à ces ordres y il donne

iesjoges aux coupables.Quel rapprochement, monsieur,

^l entré les jirocédures de ces tribunaux et l'ordre d'un

Biassacre f Et cette colère de l'Eternel qui s'enflamme

cOQtre son peuple y cette plaie qu'il leur envoie , et

çuc Moïse et rassemblée veulent de'lourner par leui-»

gànissemens et par le châtiment des coupables y la

cessation de cette plaie que le zèle de Phinées arrête ,

tout cela n'am^oncc-t-il pas un fléau cpidémique

i-^r'in don: x

.-;c; .Mace lai.

---■--: .-J.-.-f ,-^^iff ,1» jio-

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- T : -.- .r.^s.- . ;: =;■= l'expûtiiHi de

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-. -. .,-,v-. -.- - : : :,;a justifier c*s coinulilei.

, .T^ ..TV ^-cv.î , ■:.,:?* jMcrpwenteriesiiili Mh.> ij jAv.; *i.t-v . -ïî itèreiit et les dciutnl'OH : k mrK m s^sirï^if . £t tous , moosinir, VM« (^cblK tamt «xupuic ces gro^ères fausseià ! >'^t A Zmmlri tt cts ringt • quatre mill*^ B .... n'gcaifat que làgéremeid

'TOUf . » Z.-iratTi et ces vingl-^idc

DE QUELQUES JUIFS. i55

le Isra^tés n'étaient pas tout-à-fait innocens , du ins ils n'étaient par fort CQupables. On voit tant rois juifs y et surtout Salomon y épouser punément dès femmes étrangères y que ces tiques ne peuvent admettre que ralliance ec une Moabite ait été un si grand crime.

kinsi les dissolutions.de ces Hâireux avec les fems de Moab et de Madian j le culte impur de Béelgor y qui en fut la suite ^ l'insolente débauche Jambri entrant chez la Madianite y au mépris de oi f du légblateur et de tout le peuple assemblé^ *j prosterné et fondant en larmes aux portes du smacle , tâchaient de fléchir le Seigneur et d'a- «r sa colère 'y toutes ces prévarications y l'impiété y ibertinage y la révolte contre l'autorité publique y t réduites par ces écrivains à une alliance avec * Hfoabite. Avouez y monsieur y que la qualifia on est douce y et la dénomination honnête. On innait la bonté du cœur de ces critiques.

Pant de rois juifs épousèrent impunément des tmes étrangères 1 Eh bien ! qu'en peut-on cone en faveur des Israélites fornicat^urs et aduls 7 Est-ce la même chose de prendre une épouse , le s'abandonner à des prostituées ?

**ant de rois ? que ne les nommaient-ils ? f^ou y sieur , le nombre n'en est pas aussi grand ique écrivains paraissent le croire. Il est pen de ces nés étrangères y idolâtres et perséviM*ant dans Pitne y qui soient entrées dans les familles de nos sans y apporter avec elles le désordre et les mals« Et quand vos critiques citent Salomon y ils ptent apparemment pour rien l'aiOfaiblissement de autorité dans ses vieux jours y les révoltes de se» s ^ et le royaume d'Israël enlevé po»r toujours n fiils et à sa postérité.

ais quand même quelques-'uns de nos rois aùit épousa impunément des femmes idolâtres y une n cesserait - elle d^être criminelle parce qit*elle

î58 LETTRES

grec , <{ui rendent au mot latin , n'enqKMrtant m nécessairement cette idée (i). Quoi q[u*il .en soit^ fuhab s'était conTcrtie : elle ayait quitté le culte des idoles, et adorait le Dieu d'Isi'aël (%) ^ ainsi elle n'é* tait plus dans le cas de la défense.

Bethsabé n'y était pas davantage. Vos écnYains prétendent qu'elle était étrangère. Cela se pourrait, quoique l'écriture ne le dise pas : elle nous appr^na seulement que son manétaitEthéen. Mais les EuiéenSy d'alors n'étaient peut-être que des Hébreux établii dans le pays d'Etn : du moins Urie j quoique Etbéeiiy serrait dans les armées de Dayid, il adorait lé TAen de son prince , et Bethsabé suivait comme lui la loi dlsraëL

Si vous remaniez plus haut , disent encore ces critiques , le patriarche Juda épousa une Cha» nanéenne • • • • Ses enfans eurent pour femme Thamar j de la race d'Aram^ Cette femme f avec laquelle Juda commit un inceste sans le savoir , n'était pas de la race d^JsraéL

(i) IS^ emportent pas nécessairement cette idée* Le mot zonah » dit Kîmchi , signifie hôtesse ou femme pabliqae , selon qu'on le dérive de zonath, pailUrder, ou de sotMf. aoorrir. Jonins a fait voir que le mot grec ««pt 7 est soiceptible de ces deux sens ; et le paraphraste Jonathan ,. qui vivait avant J. C. , a traduit le mot hébreu par le mot chaldaïque foundakitha , qui signifie bôtease , et ne souf&e aucune équivoque. Chrét,

(a) Le Dieu d^ Israël, Un des apôtres du christianisme aesore que Rahab fat justifiée par Les oeuvres : Rahah meretrix nonne ex operihus justificata est ! M. de Vêltaire , dans sa Philosophie de l'histoire * . se contente de dire « qu'apparemment elle mena depuis une conduite pins honnête , puisqu'elle fut aïeule de David , et mênfc da Savvenr du monde. >» Cet apparemment d'un chrétien méritait bien d'être remarqué par des Juifs. Edit^

* Voyiez Intffod. k l^Essai sur les mœurs , art* des JuJCs avant Moïse , page 179^ tome.xvi des (Suvres-

DE QUELQUES JUIFS. i5^

En remaniant si haut y monsieur , on pourrait remonter à un temps «où la loi qui défendait les mariages avec les femmes étrangères n'existait poipt encore. Supposez même qu'elle existât du temps du patriarche Juda , tout ce qu'on en pourrait conclure , ce serait que ce patriarche aurait commis une faute graye en y contrevenant. Mais de ce que Juda , ses enfans , Salomon , etc. ^ se seraient rendus coupables p s*^ensuiyraît-il que ces i4>®<^ hommes étaient innocens ?

An reste ^ quoique ces exemptes ne prouvent rien, il faut pourtant convenir qu^ils ne sont point placés ici en pure perte ^ m peut-être sans dessein. Ils servent à amener deux réflexions ^ Tune ^ que Rahab , femme publique j est la figure de V Eglise chré^ tienne ; l'autre ^ que Jésus daigna naître de cinq étrangères , l'une incestueuse y (t autres prostin tuées y adultères y etc. Réflexions pieuses dont nous laisserons les. chrétiens «.'édifier : ce n'est sans, doute que dans cette vue que vous les avez faites ou rapportées !

Nous sommes^ avec la plus sincère et la plus haute estime^ etc.

Où ton examine ce qu*ont pensé sur le Pènta»

teuque les savons cités dans la note .

i^VAinD on veut attaquer des opinions communément reçues y et qu'on n''a pas de fortes raisons à y opposer f c'est une ressource que de savoir s'étayer adroitement d'autorités imposantes^ A l'omhre de quelques noms illustres , on risque moins de se compromettre y et l'on parait combattre avec plus- d'avantage ^ du moins pendant un temps et aux yeux decertains lecteurs».

i6o LETTRES

Telles ont p sans doute , été yos yues ^ monsieur, ea citant dans votre note cette longue suite d'auteurs célèbres auxquels tous attribuez les raisonnemens que TOUS y faites y et dont vous ne tous donnez que pour le copiste.

Sous n'oserions assurer que vous n'ayez jamais la les ouvrages de ces savans : mais , nous ne cramnons pas de le dire ^ ou vous avez mal connu les sentmiens de la plupart d'entre eux ^ ou vous les déguisez, vous n en parles pas du moins avec toute l'exactitude qu'on aurait droit d'attendre d'un écrivain tel que vous. C'est ce que nous nous proposons de vous prouver , monsieur, et ce qiie vous ne pourrez vous empêcher de conclure vous-même de l'exposé fidèk ' que nous allons en faire.

§. I. Sentimens de TVollasion , nommé mal à propos dans la note F'olaston ou f^holaston.

A la manière seule dont vous estropiez le nom de ce savant , on pouvait juger qu'il vous était peo connu. De tous les écrivains dont vous parlez , c'était celui qui méritait le moins d'entrer dans voire liste, r^ous avidns lu plus d'une fois son ouvrage sur la Religion naturelle , le seul qu'il ait eu le temps de donner au public , et nous ne nous rappelions pas d'y avoir rien vu de tout ce que vous lui faites dire* Dans l'incertitude si c'était oubli de notre part ou erreur de la votre , nous venons de le relire encore d'un bout à l'autre : nous pouvons vous assurer qu'il ne s'y trouve aucun des raisonuemens qu'on lit dans votre note y et qu'il n'y est même pas dit un seul mot des qnestions que vous agitez sur le Pentateuque.

A quoi pensiez-vous donc , monsieur , quand vous mettiez ce docte et vertueux Anglais au rang des ciiûques qui trouvent dans les saints liyi^es des contradictions et des absurdités , et que vous le confondis avec les Bolingbroke , les Tindal et les CoUiçs 7 Serait-ce que le titre seul de l'ouyrage de WoIIastoo

OQS aurait jeté dans l'ervear où donnèrent ({uelauesos de ses compatriotes ? a Lorsque l'Ebauche de la digion naturelle parut , dit l'auteur de la Bibliothène anglaiiie y la cabale libertine crut d'abord que 'était un ouvrage en sa faveur : ou triomphait déjà. lais y ajoute-t-U , la joie fut de courte durée y et la )Cture du livre né tarda pas k désabuser le public. » Bolingbroke et ses partisans connaissaient mieux

ensures les plus amères ; preuves non équivoques a'il n'a tenu à aucune des opinions qui leur étaient hères.

C'est donc déjà un nom célèbre à effacer de votre atalogue (i) : il faut en effacer de même Àbenezra.

§. IL Sentimens d*/ibenezra,

Ahenemra , dites^vous , fut le premier gui rut prouver et qui osa prétendre que le Pen - Qteuque avait été rédigé du temps des rois,

U est vrai que y malgré le préjugé très-répandu de Ml temps parmi nos docteurs y que tout le rentateu* ue ^ jusqu'à la moindi*e syllabe y avait été écrit par tfâse y ce savant critique crut y remarquer quelques adroits qui ne lui paraissaient pas pouvoir être atîbués au saint législateur. Il les jugeait d'une main

O) A effacer de votre catalogue. Nous remarquons de dans les Nouveaux mélanges , art* des écrivairu ^i ont eu le malheur d* écrire contre la religion '^ , on Q>mpte encore parmi eux Wolaston , qu'on y nomme \olaston, L*illu6tre auteur ne prendra- 1- il pas enfin la sine de parcourir le traité de Wollaston ? Un coup- Qsii rapide sur cet ouvrage et sur la préface suffirait pour

détromper. Edit,

* Voy, Mélanges littéraires , tom. i.er , page ^.{i^ »Qie XL vu des CEuvres.

i6% LETTRES

plus récente ^ et probablement du temps des rotf. Mais qu'il en ait conclu que ces livres ne forait écrits ni rédiges qu'alors , c'est ce que tous auriet de la peine à iprouyer. Croire oue quelques passtp du Pentateuque y furent inse'res du temps dJes rois y ou fixera cette époque la rédaction de tout rounage, ce n'est pas assurément la même chose !

Pour attribuera ce savant une opinion si fausse ^ il faudrait , non de vaines conjectures ^ mais des textes clairs et formels tirés de se& ouvrages. Si vous en connaissez de tels ^ monsieur y nous vous invitons à les produire.

En attendant que vous jugiez à propos de le Ëûre , on peut apprendre du savant P, Smion ce qu'on doit penser de cette imputation ^ et de quelle source voos l'avez tirée. « Spinosa y dit-il^en imposée Abeneznii en assurant que ce rabbin n'a point cru que HoîK fût l'auteur du Pentateuque. Ce qu'il rapporte de ce rabbin ( et il en rapporte précisément les mémes^iassages que vous ) prouve seulement qu'on a inséré quelques additions à certains actes qu'on ne peut nier être à Moïse , ou au moins avoir été écrits de sod temps et par son ordre. Le même Spinosa fait encore paraître davantage son ignorance y etc. »

Au reste y si y d'après ce que vous dites d'Abenezra y on s'imaginait qu'il ait pensé et raisonné comme les critiques incrédules que vous citez y on se ferait de bien fausses idées de ses sentimens. Son attachement à la reli^on de ses pères y la considéra' tion dont il a joui dans la synagogue pendant sa vie , et le respect qu'on y conserve encore pour sa mémoii'c y sont de surs garans de son orthodoxie.

Ajoutons que d'habiles critiques ont fait voir que la plupart des passages même que vous citez d'après Abenezra y et qu'il croyait postérieurs à Moise ; peuvent être de la main de ce législateur. Ils en donnent des preuves satisfaisantes ; qu'on peut voir dans

DE QUELQUES JUIFS. i63

lears ouyiiages (i) Nous nous contenterons de rap* porter en peu de mots ce qu'en dit un des écrivains même dont vous réclames rautorité y le docte , le fameux Le Clerc.

Abenezra^ dites-yous^ se fonde sur plusieurs paslages. Le Chananéen était alors dans ce oajrs. La montagne de Maria y appelée la mon* tagne de Dieu (ji). Le lit d'Og y roi de Bazan y w voit encore en Rabath. Et il appela tout ce tpars de Bazan y les villes de Ja'ir jusqu*aujour'' foui. Il ne s'est jamais vu de prophète en Jsraêl comme Moïse, Il prétend qne ces passages y 9& il est parlé de choses arrivées après Moïse y ne peuvent être de Moïse.

Ainsi raisonnait Âbenezra. Mais le fameux Le Qerc QÎe que dans la plupart de ces passages il s'agisse le choses arrivées après Moïse. Il soutient « que le premier^ qu'on a traduit mal à pn^s par le Cha^ nanéen était alors dans le pays , peut et doit se traduire par le Chananéen était dès^lors dans le pays \ ce qui était vrai y même du temps d'Amkksmy et lève par conséquent toute la difficulté (3)^

(i) Dans Uurs ous^rages» Voyez Abbadie, du Pin i dans le discoun qoe Tévéque Kidder a mis a la tête de ses sotea sar le Pentateuqne , et daqs lequel il traite solilement ce sujet , etc. Aut*

{%) Appelée montagne de Dieu, ici ,' M. de Voltaire rend assez mal la pensée d* Abenezra. Cette montagne ne vk point nommëe , a cause du sacrifice d'Abraham , mon' tagne de Dieu , nom commun à toutes les hantes montapies dans la langue sainte. Elle fut appelée | non , :oAime dit M. de Voltaire , Moria , mai» , comme porte le texte i Moriah , c'est-à-dire , rEternel y pourvoira : lénomination tirée de la parole remarquable d'Abraham I son fils. Toujours occupé d'une foule d'objets , l'illustre écrivain n'a pas le temps de donner son attention k ;es menus détails. Edit,

(3) Toute la difficulté, M. Frère t Fentendde mémew

i64 LETTRES

aue le nom de Moriah , V Eternel jr pourvoira i oanné à la montagne où ce patriardie mena son fili pour l'immoler ^ a pu être en usage peu après ce sacrifice , et long-temps ayant Moïse } que ce léffsk' teur , écrivant probâJ)lement plusieurs mois apèsia défaite d'Og , a pu dire que l'on conservait encore son lit de ter en Rabath ^ et que les expressions qui répondent aux mots encore et jusqu^ aujourd'hui^ s'emploient quelquefob par les anciens écrivains sacrés et profanes ^ lors même qu'il n'est question que d'un temps peu éloigné ) qu'ainsi il n'y a rien dans ces passages que Moïse n'ait pu écrire. »

Quant à celui où il est parlé des rois d'Edom et d'Israël , et k un petit nombre d'autres , il convient qu'ils paraissent ajoutés au texte (i). Mais il prétend « que ces légères additions faites par les prophètes postérieurs à Moïse ^ ne doivent pas empecner qu'on ne le regarde comme l'auteur de ces livres , puis^'il y a d'ailleurs tant de preuves qu'ils sont de lui , de mime qu'on, ne nie pas que les Antiquités judaïques

Il dît i w que dès-lors , de» le temps d'Abraham , les Cbnanéens avaient chassé les anciens habitans da pays , et 8*y étaient établis à leur place, n Voyez les mémoires de l'académie des inscriptions *, Quand , après des solutions si claires , on en revient encore à proposer ces objections surannées ; ne donne ^t-on pas lieu de croire , on qo'OD est peu instruit ,*ou qu'on n'agit pas tout- à-fait de bonne foi } Chrét.

* Année 1723 , tome, v , le Mémoire , Essais sur l'bistoire des Assyriens de Ninive , par Fréret.

(i) /ajoutés au texte. D'autres savans ont prouvé qne ie mot hébreu qu'on a traduit par roi peut l'être par cheff commandant : etc. , et qu'il a même été appliqué à quelques-uns de nos juges. Voyez Abbadie. Cet excellent éciivain a discuté et résolu cette objection de manière à ne laisffer aucun lieu à la réplique ; il est étonnant que M. de Voltaire ait pu prendre sur lui de l{i reproduire» JSdit.

DE QUELQtlES JUIFS. i65

ne soient de Josephe , qaotquHl s'y troure qnolqaes passages insérés par des mains pins récentes (i;. n L'opinion d'Âbenezra y qui se bornait à regarder les textes en question comme postérieurs k Moïse y cette

(i) par des nutins plus récentes. Il parait qne Le Ckrc avait en vue les trois fameux passages concernant saint Jean-Baptiste , Jesus-Chrîst et saint Jacques. Mais sans parler de ces trois textes , dont plusieurs savans chrétiens ont soutenu Tauthenticité , il s*entrouye quelques antres qui ont^été indubitablement ajoutés à Josephe • tel est entre autres celui que M. Tabbé Mignot fait remarquer dans nn de aeê sa vans Mémoires. C'est une Parenthèse où le faussaire fait dire à Josephe , pharisien , précisément tout le contraire de ce que pensaient les pharisiens. Voyez les mémoires de l'académie des inscriptions *.

* Année 172^ , tome xxxi , le Mémoire sur les anciens philosophes de l'Inde , page agS.

On trouve de ces légères additions dans presque tous les écrivains de l'antiquité , sans qu'on se croie pour cela en droit de nier qu'ils soient les auteurs des ouvrages qn'on leur attribue communément.

Puisque nous avons l'avantage dé parler à un homme de lettres , qui peut prendre quelque plaisir k ces sortes de remarques , nous citerons ici deux exemples de ces additions auxquelles les critiques paraissent avoir fait peu d'attention.

Le premier est de Tile-Live. Dans le livre vi , n.* 4o » au milieu du discours d'Appius contre les tribuns , on lit : De indignitate satis dictum est ( etenim dignitas ad homiaes pertinet) : quid de religionibus^,, loçuar l 11 nons semble que cette parenthèse , peu digne de Tite- Live , ne peut être qu'une glose ridicule et plate , qui a passé de la marge dans le texte. Supprimons-la donc , et lisons I De indignitate satis dictum est ; quid de religionibus,,, loquar î

Le second est de Virgile, livre ix de l'Enéide , où^le poète, après avoir raconté la mort de Nfsus et d'Euriale,

i66 LETTRES

opinion , dis-je , très-di£E(érente de celle que tous loi attribuez , ^tait donc mal toniie et fausse , mtme au jugement du docte Le Clerc.

décrit l'asMat donné au camp troyea par les Ratnles. 0> lit dana la plapart des éditions :

Quin ipaa arrectis , irisa mîserabile ! in hastis Prsefigunt caplta , et mnlto clsmore seqanntnr , Euryali et Niai.

At tuba terribili aonitu , etc.

Dana d'antrea éditions , on lit :

Qoin ipsa arrectis, viaa miaerabile 1 in haatis Prsefigant capita , et mnlto damore aeqaunt-ar , Enrjaiî et Niai , quanti mox cède pîandâ !

At tuba terribili aonito , etc.

Cea demiera mota , ^ua/Ud mox cœde pimndà , aonti dit-on , une addition du P. Vanièrea : pour achever le vera. On vient de lea faire reparaître dana une édition de Virgile , donnée à Rome , avec une traduction nouvelle en vera italiena , par un habile jéauite. Maia i'ingénienz traducteur et son aavant confrère n'auraient-ils pas montré plua de goût, ai , au lieu de faire cette ridicule addition au texte , ila en avaient retranché même lea mots Euryaii et Nisi l Car , quoique cea mota ae trouvent dana lea meilleurea éditiona ; il noua parait clair qn'ib ne aont point de Virgile , maia de quelque gloaaatenr qui lea avait mis à la marge. Liaez donc :

Quin ipaa arrectia , viau miaerabile ! in haatis Prœfigunt capita et multo ciamore aequuntur.

At tuba terribili aonitu procul ^ere canoro Increpuit , etc.

Noua crojons cette marche tout autrement digne de se grand poète Revenona.

La plupart dea additiona faitea au Pentateuque aont de même dea parenthèsea on nojtea explicatives ; avec cette différence , que ceux qui firent cea additiona utilea pour rintelligence du texte , avaient caractère et autorité pour lea fairC; Aut,

DE QUELQUES JUIFS. ïftj

§. m. Sentimêns de Le Clerc.

Après ce que nous yenons de rapporter de ce critique célèbre y s' attendait-on k tous voir le placer , non-seulement au rang , mais à la tête des sayany qui prétendent que le Pentateuque ne fut rédigé que du temps des rois ? C'est pourtant ce que yous faites dans yotre note et dans quelques autres endroits de yos ouyrages.

Nous ne dissimulerons pas que Le Clerc soutint d'à-

brassa hautement y dans un âge plus mûr, le sentiment qu'il ayait d'abord combattu dans sa jeunesse? Voyez I monsieur, la dissertation qu'il a mise à la tête de son Commentaire sur la Genèse. I^on-seulement il y répond aux difficultés d'Abenezra, comme nous yenons de le rapporter ^ il y résout encore celles

S'il ayait proposées lui-même dans se^ sentimens ^ quelques théologiens de Hollande. Et en rendant compte de ce Commentaire dans sa Bibliothèque choisie , il répète « qu'on ne peut raisonnablement se refuser k regarder Moïse comme le yéritable auteur du PeAtajteuque } que les endroits qui y ont été ajoutés après lui sont en petit nombre ^ \qu'il y en a même de douteux , que quelques sayans ont crus {^us récens que Moïse , sans en ayoir de solides preuves. Jugez y monsieur , si c'était là un écriyain à mettre , sans restriction , k la tête de ceux qui prétendent que le Pentateuque a été écrit long^temps après Moïse,

Mais dans le temps même qu'il tenait encore pour son premier sentiment , il n'en croyait pas moins c qu il n'y a dans nos liyres sacrés aucun fait de quelque importance qui ne soit yrai ^ que l'histoire qu'on y lit est la plus yéritable et la plus sainte qpx ait jamais été publiée , et que toutes les doctrines

iGd LETTRES

qui y sont proposées sont yéritablement des doctrines

célestes. »

Ce n'est donc pas sans raison qiM tous craindries d* accuser dHmpiété ce savant cntiqae. a Rien , dit Cbauffepied , ne l'irritait tant que les reproches de déisme y que ses ennemis lui m^nt quelquefois , et qu'assurément il ne méritait pas. On en peut juger par la conversation qu'il eut avec le célèbre GouinSi dans une visite que cet anglais lui fit en Hollande , accompagné de quelques Français libres penseurs eomme lui; Ils s imaginaient qu'il leur serait, fiicik de gagner an théologien aussi hardi : mais il tint ferme pour la révélation 5 il pressa vivement ces déis-

vertu , et qu'ils enlèvent aux hommes toutes leurs consolations. Que substituez-vous à la place l aiooUt-iU Vous vous figurez sans doute qu'on vous erigen des statues (0 pour les grands services que vous rendez aux hommes : mais )e dois vous déclarer que le rôle que vous jouez vous rend méprisable et odieux à tous les hommes. » Quelles leçons y monsieur ! Puissent tons les GoUins de nos jours en faire leur profit !

§. IV. Sentimens de Newton.

Kous ne disons rien des sentimens de Newton sur

( 1) Qu'on vous érigera ^s statues. C'est asauréflicat bien • tort qu'on nous a soupçonnes d'an pen de mëcbtB* ceté dans la citation de ce passage. Quand nous ëcrivioat cette lettre > il n'avait point encore été question de 11 statue de l'illustre écrivain ; ni même de celle dont il n* proche si rudement au citoyen de Genèfe de a'étre eiu digne. L'antérioiitë de notre citation est une b'oime preuve que nous n'avions pas dessein de faire des allusions un* lignes. Pouvions nous prëvoir ce goût de nos philosophes pour les statues } Aut.

lei

lOteurs^des lîyres de Josué > des Juges , de Rutli , ; c'est 'une tâche que nous n'ayons point embrasi et nous convenons qu'il est difficile de fixer an I dans quel temps et par qui ses ouvrages furent

laant au Pentateuque , ce grand homme pensait divers faits , tels que l'exemplaire trouyé dans le ^e sous Josias y les lévites envoyés par Josaphat i IsL loi ^ pour l'enseigner dans toutes les viUes de i., l'attachement des dix tiibus , et leur respect : ces livres sacrés ^ même depuis leur séparation ^ D le culte public établi y dés le temps de Salot et de David y d'une manière si solennelle et si ïorme aux rites prescrits dans le Pentateuque , ne aettent pas d'en reculer la rédaction plus loin que snlps de Saiil. Il supposoit donc que le Livre de la ivait été perdu lorsque les Philistins y vainqueurs Israéhtes y s'emparèrent de l'arche 5 que y pom* trer cette perte y Samuel avût ramassé ce qui resdes écrits de Moïse et des pTtriarches y et que ce sm: ces mémoires qu'il rédigea le Pentateuque de nanière que nous. l'avons aujourd'hui, iur quoi nous observerons i .« que tout ce système te sur une supposition gratuite et des conjectures aes. On ne doit prononcer qu'athée respect le n du grand Newton y sans doute 5 mais ce nom y t respectable qu'il est y ne peut changer des supitions en faits y des conjectures en preuves, i.» Que ce système , supposant le livre de la loi it 9 et des mémoires laissés par Moïse et par les îarches y contredit toutes les vaines idées et les K raisonnemens dont la première partie de votre B est remplie. .

L» Qu'encore que Newton ait cru le Pentateuque igé par Samuel y il était bien éloigné d'accuser bsurdité les récits qu'il contient y comme l'ont osé e vos critiques incrédules. On sait quel respect ce int' conserva toute sa vie pour ces divines écritures. 3 grand homme; dit M. de Fontenelle , ne s'en Tome L H

i^o LETTRES

tcuait pas à la religion naturelle y il ^tait persuadé de la révélation y et parmi les livres de toute espèce qu'il ayait sans cesse entre les mains j celui qu'u lisait le plus assidûment était la Bible. » Il Fétodiait, la commentait mcme y et travaillait à en édaiidr' les difficultés , loin de chercher à l'exposer à la déiision des profanes.

Que Toulez-Yous donc qu'on pense y monsieur y de la manière dont vous pariez de cet illustre éciiraiD^

etc. ! Nous sommes convaincus que si les livres de Moïse j de Josué y etc. , ne leur .paraissaient pu de la main de ces héros israélites ^ ils n'en ont pt ' moins été persuadés que ces livres sont inspirés* ib reconnaissent le doigt de Dieu à chaque ligne dans la Genèse y dans Josué y etc. L'écrivain îuu n'a âé que le secrétaire de Dieu ^ c'est Dieu qui a tout dicte' ! Kewton sans doutée' a pu penser autrement ; oa k sent assez. » On sent ee que veut dire ce ton ironie que. A Dieu ne plaise que nous osions vous accuser de calomnier ces grands hommes ! niais , nous vous l'avouerons y monsieur y si quelque chose poovait jamais affaiblir l'idée que nous nous sonûnes faites de votre droiture y ce seraient les soupçons odieux que vous essayez de jeter sur la leur.

^. V. Sentimens de Shaftesburi et àf

Bolingbroke,

Tou& les savans dont nous avons parlé dans lo^ articles précédens y quelles qu'aient été leurs opiaîoBS sur l'auteur du Pentateuque , et sur le temps oi ce* livres furent écrits , n'en croyaient pas moins k* faits indubitablement vrais , les dogmes célestes i b

^ Voj» Introduction à l'Essai sur les mœurs , sft Moïse , pag. 177 , tom. xvx des (Euvres.

morale pure , les rois sages , etrécriyaiu instruit et dirigé par l'esprit de Dieu. Disons maiatenant quelque chose oe ceux qui ne contestent cet ouvrage à Moïse ^ et n'y relèvent des prétendues absurdités que pour a£Faibiir les preuves de la révélation et pour la combattre ^ il ne faut pas confondre ni mettre au même ohreau des ciitiques dont les idées ont été si dififérentes et les vues si opposées.

Shaftcsburi y si .nous en croirons quelques savans y ses compati:iotes , était ennemi de la révélation , et

un ennemi d'autant plus dangereux y que tous les . 1m. »:i 1 ». M. j> ^«;-, ^.rc^:^* a^à*^^

raillenes et des réflexions ironiques y échappées comme an hasard : potestant sans cesse qu'il croit ferme» ment tous les faits ei tous les dogmes qu'elle propose } qu'il est persuadé que notre religion est divine « et nos écritures inspirées : qu'elles méritent la soumission et le respect de tout

i) Qui feint d'être respectueuse. L'illustre écrivain que nous combattons dît , dans ses nouveaux mélanges , ( Mélanges littéraires , tome i.er , page 346 , tome xlvii dea (Kùrres. }que Sha/tesburi surpassa de bien loin Herhert et Hobbes pour Vaudaee et pour le^ style» Pour le r^le y cela est vrai , mais pour l'audace , Tautenr des Mélangea est le seul qui le dise. Gomment connait-il si mal uo écrivain a qui il a plus d*nne obligation fShaftesbi:(ri , en combattant la révélation , use de tant de circonspection , et 8*enveloppe , se cache avec tant d'adresse , que qaelques savatfa ont reproché au docteur Léland. , oomme une injustice, deTavoir mis an nombre des écrirsinà .4éisite8. Voy étales' Deistical JVriters de ce docteur , onviage excellent , où il fait connaître les déistes anglais beaucoup mieux que i*a<iteur des MéUiigefl. Il y fait l'entrait de leurs ouvragea ,. répond en peu de mots k leurs diflicoltés y et cite les écrivains qui les out réfutés plus au long. Editm

entendement humain , et q^il n'y a que des libertins et des profanes 4fu£ puissent nier alh solument ou contester l* autorité de la moindre ligne ou sjrllabe de ces livres sacrés. Ce genre d'attaque , où il eutre plus de finesse que de -candeur , plus de ruse que de vrai savoir , il le tenait des incrédules qui l'ont précédé j et de quelques libres penseurs modernes qui l'ont tellement goûté, comme vous le savez , monsieur y qu'on le retroaye à chaque page de leurs écrits (i). Mais ces stratagèmes usés , ces tours de vieille guerre n'en imposent plus k personne. On est las de voir toujours combattre sous le masque , et. l'on trouverait une. attaque ooverte désormais plus bonnéte. '

On peut donc penser que Sbaftesburi , malgré tontes SCS protestations y ne croyait pas que le Pentateuque tût l'ouvrage de Moïse ni d'aucun écrivain inspiré. Mais , ce qui est certain y ce que nous pouvons assurer y après avoir relu plus d'une fois et avec attention tous ses traités y c'est qu'encore qu'on y reconnaisse divers traits qui vous ont pu servir aa moins de modèles sur d'autres matières y à peine en remarque -»t-k)n un seul qui ait (Jiielque rapport aux raisonnemens qu'on lit dans votre note y sur l'impossibilité où vos écrivains s'imaginent que Moïse était d'écrii*e cet ouvrage y et sur la prétendue ab* surdité des faits qu'il raconte. Gomment avez-vous donc pu les lui attribuer ? Pourquoi citer quand on n'est pas sûr ? On peut en imposer k quelques lecteurs indiffère D s ou distraits ) mais on ne fait point illusion k ceux qui prennent la peine de remonter aux sources. -

Passons k Bolinsbroke. Ce n'était point y comme Sbaftesburi^ un railleur agréable ^ et un ennemi ca-

il) A chaque page de leur* écrits i De ceux , par eseOple , de M. de Voltaire. Ce grand homme, en 8*appcopriant les objections et les railleries de Shaftesbnri , ne 4^daigne pas d'imiter aussi ses petites ruses» Chréê.

ché de la révélation faite k nos pères. Plus sérieux et plus franc , il l'attaque k force ouverte , et sans retenue comme sans déguisement. Il parle quelquefois de la révélation chrétienne avec une apparence de respect ; mais dès qu'il est question de la judaïque , et [surtout des livres de Moïse , il ne ménage rien (i) , les invectives les plus indécentes coulent de sa plume avec les raisonnemens les plus faux.

En lisant ses ouvrages , on s'aperçoit bien que celte source ne vous était point inconnue y et que vous n'avez pas craint d'y puiser quelquefois. Mais peuton s' empêcher d'être surpris , quand on voit qu'à ime courte réflexion près, il ne s'y trouve rien de ce que vous lui faites dire dans votre note / et n'est-on pas en droit d'en conclure que c'est mal k propos que vous mettez sous son nom , comme sous celui de Shaftesburi^ ce tas d'assertions fausses dont Yous l'avez remplie ?

§. VI. Sentimens de Collins et de TindaL

Gollins et Tindal sont donc j au vrai ^ de tous les écrivains que vq,us citez j les seuls garans qui vous lestent } encore ne savons -nous pas si on ne pourrait point vous les disputer.

Nous avons parcouru autrefois les ouvrages de Collins f et nous ne nous souvenons pas d'y avoir vu les laisonnemens que vous lui attribuez 5 nous ne voyons

(i) // nemangerien , etc. M. de Voltaire dit lui même , dans ses nouveaux mélanges * , que Bolingbroke est un écrivain audacieux ; que ses ouvrages sont violens ; qu*il avait la religion chrétienne en horreur* Mettez ces expressions et ces aveux à côté de la Défense de milord Bo' liagbroke »*, par M. de Voltaire. Chrét.

* Voj. Mélanges littéraires , toro, i.er , page 354 » tom. XL VII des Œuvres.

** Vojci Philosophie , tome 11 , tome xxxm. des CEnvres.

174 LETTOES

j>as même qael rapport ils pourraient a^cnr ma ipth tioDS qu'il traite, liais notre mémoire peut nous tromper , ainsi cpie nos conjecthres.

Quoiqu'il en soit , cet ëcriVain n'est point une autorité que nous ne puissions tous abandonner sans regret, ^ous savons combien de fois ses (Munqpatiiotes lui ont reproché , preures en main(i)^ c d'altérer les textes ,. d'y ajouter , et d'en retrancher œ qu'il lui platt ^ d'en .rapprocher les parties ainsi défisurées pour y trouver qcs sens tout contraires à ceox des auteurs qu'il cite , de ne parler jamais plus affirmativement que quand il sent qu'il a tort ^ de oe répondre aux plus fortes raisons que par des chicanes et de mauvaises plaisanteries , etc. » Ces traits ; par lesqueb il ne ressemble que trop k plus d'unéccivain du même parti , sont-ils ceux d'un critique honnête , qui cherche sincèrement à connaître loimême la vérité , et à la faire connahre aux autres ?

De tous les ouvraces de Tindal , nous n'avons pu lire que son Christianisme aussi ancien que le mondiez cet écrivain y combat également la révélation chrétienne et la Judaïque : il y attaque divers endroits de nos livres saints ^ mab , nous pouvons vous en répoudre ^ il n'y fait aucune des. difhcuUés pnmosées dans votre note. Nous avons encore remarqué qu'il conserve dans tout cet ouvrage un ton de modération dont nous devons lui savoir quelque gré. Il ne s'y permet en aucun endroit ces termes injurieux , ces sorties outrageantes auxquelles d'autres écrivains se livrent , et qui décèlent toujours des âmes passionnées et des caractères violens.

Nous ne connaissons les auU'es écrits de ce libre

(0 Preuves en maùi. Voyez surtout ce qa*a écrit ooa* tre Collins , l'ëvéque de Winchester , et les savantes remarques da docteur Bentley sur le Discours de la liberté de penser : elles ont été traduites en français > par M. de La Chappelle , sous- le titre de Friponnerie laïque des prétendus esprits forts d'Angleterre. Edit,

DE QUELQUES JUIFS. i^S

penseur oue par l'extrait et la réfutatioQ qu'en a donné le aoctear Lëland. Puisque ce savant ne réfute aucune des objections que vous attribuez à Tindâl dans yotre note ^ on pourrait croire , avec quel-

£ie fondement , que ce philosophe ne les a jamais ites. Si vous étiez sûr qu'elles sont de lui y vous auriez bien dû \ pour l'instruction de ceux qui vous lisent y nommer le livre et la page. Vous déclarez quelque part que vous n'aimez pas ces citor iions si précises : vous ayez vos raisons sans doute , Ces citations pourtant ne sont pas sans utilité : elles épargnent aux lecteurs des recnercbes pénibles ^ et f&cent les écrivains à être exacts. Il nous semble , monsieur , que vous en faites trop peu d'usage. Il est vrai que pour être justes elles demanderaient de l'attention et des soins ^ et vous avez autre chose à faire ^'à confronter des passages : nous le voyons«bien.

Tels ont été y monsieur^ les sentimens des écrivains cités dans votre note. Jugez si vous les aviez exposés avec l'exactitude d'un critique instruit^ et li'il était de votre impartialité d'imputer aux uns des opinions qu^ils n'ont point eues , de taire le change* ment des autres 5 de |eter des soupçons sur la sincérité de ceux-ci y de mettre 'sur le compte de ceux-là des raisonnemens qu'ils ne firent jamais , etc. Ces raisonnemens ^ faux en eux-méines y ne sont donc appuyés d'aucune autorité satisfaisante ^ et l'authenticité des livres de Moïse , ainsi que la vérité des faits que vous avez voulu combattre , n'en restent pas moins solidement établies.

Lorsque les sayans et les • ignorons , les prin^ ces et les beigers paraîtront , après cette courte vie , devant le maître de l éternité , cha^ cun de nous voudra alors avoir été juste y compatissant , généreux. Vous avez raison , monsieur^ les lumières ne seront rien sans la pratique des Tcrtus , ni la croyance des dogmes sans 1 observation des devoirs. Nul ne se vantera d* avoir su précisément en quelle année le Pentateuque Jui

écrit. Aussi ne mit-on jamais an rang de nos oUigâtions de les avoir. Dieu ne nous demandera pas si nous avons pris parti pour les Massorèîes on pour le Talmud , si nous n'avons jamais pris un caph pour un beth , un iod pour un yau , etc» Kon } et ce n'est pas tout-à-fait de quoi il s'agit dans votre note * : vous vous ëcartez de la question , OQ vous voulez la faire perdre de vue à vos lecteurs. Il nous jugera sur nos actions , et non sur rintel^ îigence de la langue hébra'lque. Qui en demie? Mais si un écrivain , avec une connaissance superficielle de cette langue et de l'hbtoire du peuple de Dieu f avait la témérité de s'élever contre ses oracles j et de calomnier sa parole ^ s'il représentait les livres où elle est écrite comme une compilation informe de faits faux , de récits absurdes , d'actions bai'bares^ etc. 5 s'il abusait des plus rares talens pour an'&cher du cœur des hommes l'obéissance qu'ils doivent k se& lois ^ serait-il innocent à sti yeux ? C'est une question que nous craignons d'autant moins de yous proposer , que nous n'imaginons pas qu'elle vous regarde. Tous vos écrits sont pleins de. protestations de votre soumission et de votre respect pour la révélation : nous ne devons pas douter qu'elles ne soient aussi sincères qu'elles nous paraissent édifiantes.

î^ous sommes avec respect y ete.

Sur le reproche que fait Vauteur aux anciens Juifs , que la bestialité était commune parmi eux.

Ce n'est plus d'après les opinions réelles ou supposées de quelques écrivains célèbres j mab d'après

« Il s'agit de la note rapportée à la page 79 et saiyantes*

ODS propres idëes (i), que vous parlez dans la derfière partie de yotre prétendue note utile. Sans aure ¥ue que de décrier à tout propos un peuple que ^tts haïssez , vous passez brusqueâient à un texte la liévitique y qui n'a nul rapport aut questions [ne TOUS Teniez de traiter. Vous en prenez . ocasion de reprocher à nos pères des turpitudes lont la pensée seule fait horreur; et tous assurez |iie ces infamies étaient non - seulement connues , (oaîs communes parmi eux ^ accusation qui ^ si elle était fondée , dcTrait les faire regarder comme ime des plus abominables nations qui aient jamais sxisté sur ta terre.

Plus une imputation est atroce , plus on est en droit d'en exiger des preuTes conTaincantes. Si les vôtres sont teues , monsieur , nous consentons pour nous et pour nos pères , que leur mémoire soit flétrie aux yeux de tout Puniyers f et que la honte des anc^ très retombe sur leurs descendans. Mais si tout lecteur impartial ne peut que les trouTcr insuffisantes ou fausses y c'est à yotre équité que nous en appelons ; jugez TOUS -même de ce que toiîs deyez à toute une nation si cruellement et si injustement outragée.

§. I. Si V auteur a pu prouver , par le chapi* ire XTii du Lévitique , que le crime en queiion était commun parmi nos pères.

Le Lévitique y dites-Tous y monsieur y ordonne aux Juifs y chap* xtii , de ne plus adorer les velus 9 les boucs y avec lesquels même ils ont

(i) D*aprhs vos propres idées , etc. M. de Voltaire ne cite point ici Bollngbroke : il y a pourtant qnelqne apparimce qu'il doit k cet écrivain l'idée de l'iropatation qu'il lait k 00s pères. Quoi qu'il en soit , Bolingbroke était plus modéré , il n'osait reprocher aux anciens Hébreux qu'un penchant 1 à proneness , k ce viee. L'écrivain français n'a pas cette retenue. Edit».

commis des abominations infimes. C'est sdr ce passage ^ue vous vous appuyez, d'abord* Mais de hoDoe foi y TOUS parait-il assez clair ,jisses formel, pour fonder une accusation si graye ? Estril bien certain qu'il faut l'entendre dans le sens que tous In donnez y et ou'il ne peut en avoir d'autre ? C'était ^ ce me semble , ae quoi vous deviez vous assurer avanttoot.

Or , je vois que le mot bébreu , que vous tradoi* sez par les velus y n'a pas dans la langue sainte une signification bien déterminée ^ que plusieurs anciennes versions y la grecque ^ la vulgate ^la cbaldéenoe; etc. y et plusieurs savans interprètes et commenta^ teurs lui donnent des acceptions différentes y que les uns le traduisent par Us malfaisans et les démonSy les autres par les vanités et les idoles , etc. U n'est donc point incontestable qu'il signifie uniquement les velus.

Mais quand cette signification serait la pbis vraip semblable • ou même la seule vraie y serait-ce une preuve suffisante qu'il s'agit dans ce texte du culte def boucs (i) 7 et ne pourrait-on pas dire avec autant de probai)ilité«que c'est le culte des singes y des chiens , des chats ^ etc. -y en un mot y des animaux k poil en général y et peut-eti*e en particuber celui du beeuf Apis y que les Hébreux venaient adorer 7

C'est déjà quelques raisons de douter y mais ce n'est pas tout : l'expression hébraïque y qui signifie simplement avec lesquels ils ont forniqué ; et

■ (i) Culte des boucs. Par les velus , dit M» de Voltaifei dans sa Défense de mon oncle * , Ufaut absolumenS #•tendre les boucs, Absolument ! nous ne voyons pas que cela soit nécessaire ; et , comme on vient de le voir , plasif urs savana en ont doaté , il nous parait aeuUmenl qat cela est asrez vraisemblable. Mais ce sens même n'aatorîse point le reproche que l'iliostre écri?ain fait ans anciens Juifs. Edit,

* Voy, Mélanges historiques., tome i er , Défense de mon oncle , p. aoy , tom. xxviii des Œuvres.

ode vous traduisez par cette pbrase y avec lesquels même ils ont commis des abominations infâ^ mes : cette expression y dis-)e y est prise par une grande partie des plus sayans interprètes dans un

ames inconstantes y qui abandonnaient le culte du

Seigneur pour celui des faux dieux y ou qui faisaient de l'un et de l'autre une union sacrilése (i). Vi

icnlége (1). L' autorité de ces habiles gens ne pourrait-elle pas contrebalancer un peu la vôtre î

Ajoutons que ce sens métaphorique parait mieux lié «que le sens littéral avec ce qui précède. Dieu , dans ce passage y défend aux Israélites d'immoler leurs victimes aillem^s que devant le tabernacle , afin y dit le texte , qu^ils offrent à Jehoyah les sacrifices qu* ils faisaient sur la face de la cam* pagne. Ils amèneront leurs victimes au prêtre , à la porte du tabernacle , et le prêtre en répandra le sang sur l'autel de Jehovah y et les ehfans d'Israël n'offriront plus leurs sacrifices aux démons y aux idoles y ou même y si vous voulez , aux velus , que ce peuple infidèle adorait. Ce passage ainsi rendu présente un sens naturel et complet j les sacrifices que les Hébreux offriraient désormais à Jehovah devant le tabernacle sont opposes à ceux qu'ils avaient offerts aux démons ou aux velus sur la face de la campagne y au lieu que rien n'exige ni amène le sens que vous jugez à propos d'y substituer y et que les anciens interprètes n'ont 'point connu.

^ (1) Union sacrilège. M. de Voltaire lui même , en parlant des apostasies de Jérusalem et de Samàrie * , dit que eei apostasies étaient souvent représentées comme une fornication , comme un adultère, Aut.

' * fojr Introdact. h TEssaî sur les mœurs , art. Juifs , page 1^. tome xri des Œuvres

i8o "^ LETTRES

Nous convenons que quelques savans' commenta-' teurs ont entendu ce passage comme vous (x) : maïs puisque d'autres y non moins sayans ^ plus anciens et en plus grand nombre , l'entendent autrement ^ il aurait été juste , ce me semble , de laisser du moins apercevoir cette différence de sentimens. Si votre preuve en eût paru moins forte , votre critique en aurait été jugée plus impartiale.

Du reste y aucun de ces savans n'a inféré de ce texte que ces abominations fussent communes (a) parmi les Hébreux i il vous était réservé d'en tirer cette conclusion , qui n'est assurément pas renfermée dans les prémisses.

§. II. Si la coutume des sorciers d* adorer un bouc y eic, j vient des anciens Juifs,

Nous venons de voir , monsieur , que votre première preuve j appuyée sur un texte obscur , et sur des termes susceptibles de plus d'un sens y n'est rien moins que certaine. Cependant , comme si elle était incontestable ^ vous recherchez déjà l'origine de ce culte infaïne que vous attribuez à nos pères > et il ne tient pas à vous qu'on ne les en regarde comme les auteurs.

(i ) Comme Vous, Quelques commentatenrs ontea des idées bizarres : ces opinions particalières sont toujoars celles qae le critique embrasse , et qu'il présente comine le sentiment général. C'est un moyen de -jeter du ridicule sur le texte , qu'il ne manque guère de saisir avidement.' Petite adresse ! Edit*

(a) Fussent communes. Selon M. de Voltaire ( Défense de mon oncle ) , son oncle prétendait que ce cas avait été très-rare dans le désert *, Selon lui , dans sa note > iL était commun. Comment accorder l'oncle avec le neveu l Edit, '

* Voyez Mélanges historique , tome i.er , Défense de mon oncle ; page m6 ; tome xxwi des (Knvres.

DE QUELQUES JUIFS. * i8i On ne sait {i) , dites-vous, si cet étrange Culte venait de V Egypte , patrie de la supers^ tition et du sortilège ; mais , etc.

On sait y monsieur y que le canton de l'Egypte y nabité par les Juifs y n'était pas éloigne du nome ou canton de Mendès y et que les peuples de ce nome adoraient les boucs. Flutarque, Strabon y Pindare, etc. y qui nous l'apprennent y ne nous ont- pas laissé ignorer les infamies dont ce culte était quelquefois accompagné. On sait donc , ou du moins on pour-

(i) On ne sait, dites- vous, M. de Voltaire oona dit ici qiCon ne sait si cet étrange culte venait d* Egypte ; et , dans sa Défense de mon oncle * , il assure , comme un/ait certain , que cette coutume d'adorer un bouc , etc. » vient des SéhreuXi <fui l'a tenaient des Egyptiens» Ainsi on ne sait pas , et pourtant on est certain ! Le savant critique a l'art de réunir sus le même objet la certitude et le déate !

La raison qu'il apporte pour prouver que les Jni£i tenaient cette coutume des Egyptiens est curieuse ; c'est , dit-il , <fue les Juifs n*ant jamais rien inventé* Nons ne disputons point à l'Egypte la gloire de pareilles inventions ; mais nous souhaiterions sincèrement que M. de Voltaire fut un peu plus d'accord avec lui-même » on , comme disent les anglais , un peu moins inconsistent*

A propos de ce mot anglais , M. de Voltaire le tradoit ( Défense de milord Bolingbroke ) '^^ par impossible ; c'est une petite méprise , inconsistent ne signifie point impossible ; il signifie un homme qui se contredit , ou des pro-» positions contradictoires» Edit.

«^ jP^o/. Mélanges historiques , Défense de mon oncle « page aoy , tome xxvii des CËuvres.

^ Voyez Phil. , tom. ii • Défense de milord BoBng- j broke , tome XXXIII des (Eatres. 1

<8a LETTRES

que ce pouvait être d'eux que leur était venu cet

éirange culte.

Mais on croit que la coutume de nos prétendus sorciers d* aller au sabbat , dy adorer loi bouc y et de s'abandonner avec lui à des turpi»tudes inconcevables dont Vidée fait horreur ^ est venue des anciens Juifs*

On croit I Voilà de vos preuves , monsieur : Ou croit ! Libre à vous de le croire tant qu'il vous plaira, mais aussi libre à d'autres d'en douter,

La coutume de nos prétendus sorciers» Si ce sont de prétendus sorciers ^ ce doit être aussi un prétendu sabbat , une prétendue adoration du bouc ; tout est prétendu ; et nen n'est réel. Le beau fondement pour une accusation si grave !

D'auleurs les anciens Juifs , à ce que vous assurez en plus d'un endroit ^ ne connaissaient ni bons ni mauvais anges y par conséquent point de Satan , point de diable. Comment donc la coutume d'adorer le diable sous la figure d'un bouc y seraitelle venue d'eux 7 Certainement des hommes qui ne connaissent point le diable ne peuvent adorer le diable. Ces reproches absurdes sont intoié râbles (i).

* Vojez aussi le Poëme sur Lisbonne ^'^ , où l'anteiir dte dans les notes un passage des Caractéristiqnes de Shaftesburi , et fait la mèine méprise. Chrét»

ikte Voy. Poëme du Désastre de Lisbonne , tome xif des (Euvres*

(i) Sont intolérables» C'est en ces termes , on peu don , qae M. de Voltaire justifie les brachmanes contrer le grand Rousseau. Voyez addition à Tbistoire générale. *

* Les additions a l'Histoire générale sont iH remarqaea de l'Essai sur les mœurs , tome xix des CKuvres.

n ajoute qu'on n'a jamais adoré le diable en aucum poff du, monde **» Comment concilie-t-il cette asaer-

^ Voyez Essai sur les moeurs , tome i .er , chap. i y ^ page 290 I tome xvi des Œuvres.

DE QUELQUES JUIFS. i83

Mais ^ dites-yous; ce furent eux qui enseigné" rent dans une partie de V Europe la sorcellerie.

Quoi ! les anciens Juifs ^ ces Juifs qui ne con^ naissaient pas le diable y ont enseigne la sorcellerie ?

Ce ne pouvait être tout au plus que les Juifs hellénistes y instruits des opinions des Grecs 5 et gui adorèrent le diable un peu avant le règne d* Hérodote, (i). Mais que prouvent contre les anciens Juifs les superstitions ae ces Juifs hellénistes ^ beaucoup plus récens l

Au reste , s'il est vrai que quelques-uns de ces JuiÊ modernes se soient donnés pour sorciers y et qu'ils aient enseigné dans V Europe ces arts absurdes , ils ont eu cela de commun avec beaucoup d'autres peuples , avec les Babyloniens , les C^j^tiens^ les Perses^ etc. , et même avec quelques philosophes 5 car la philosophie a eu aussi ces docteurs en magie , ses Maximin et ses Jamblique ; qui crevaient aux enchantemens ^ et donnaient des formules pour évoquer les démons.

liop ayec.ce qu'il dit des anciens Juifs , qui , [selon lui , ne cramaient point de diable » et qui pourtant adoraient le diable \ Il nous semble que quelques lecteurs pourront croire qu'il donne ici dans l'absurdité qu'il reproche à MMT rival , et qu'il n'a sur lui que l'avantage de se contredire un peu plus formellement. J?Ji^.

(i) Avant le règne d'Hérode» Voyez Dictionnaire philosophique , tome i.er, article Anges; tome xxxvii des (BËoTres. Il dit ailleurs ( Philosophie de Thistoire , Angeê ) * s « h^é Juifs ne connurent poidt le diable /ui^ue vers leur captivité de Bahylone » ils puisèrent cette doctrine chez les Perses. Il n'y a que Vignorance et le fanatisme qui puissent nier tous ces faits. )» Quand cet écri- Tain se serait proposé d'a?anc«r exprès les propositions letf plus contradictoires ; pdurrait-il mieux y réussir \ Edii.

* Voyest latrod. k l'Essai sur les moNurs , art. Anges , page ai5| idcm^

i86 LETTRES

tioDS y il n'aurait pu s'expliquer plus clairement pour

les prévenir?

Vous ajoutez que les Juifs sont là seule nation connue chez qui les lois aient été forcées de prohiber ce crime.

Mais y i.o ayez-vous^ monsieur ^ des connaissances fort ëtendues de la législation des anciens peuples ? En est-il beaucoup dont toutes les lois soient parvenues jusqu'à nous î A peine nous reste-t-il quelques débris épars même de celles de la Grèce» Quelle iaduction pouvez^Yous donc tirer de tous ces codes qui n'existent plus 7 Combien même de nations modernes* dont les lois vous sont peu connues !

2.0 On ne peut ignorer que ce crime était répanda dans la Palestine : on sait de plusieurs anciens his-

lois de ces peuples le prohibaient , la nation joive n'était pas la seule cbez qui le législateur l'eàt défendu 5 si elles ne le prohibaient pas , je le demandei quelles lois étaient les plus sages y celles qui se taisaient sur un désordre qui outrage la nature ; et qu'elles n'ignoraient pas , ou celles qui voulaient le prévenir y en le défendant sous les peines les plus rigoureuses ?

3.« Le vedam des Indiens le met au rang des jpios grands crimes ^ et il était expressément prohibe par les lois romaines du temps des empereurs (t)»

(i) Du temps des empereurs» On y lit en e£fet «■ 8age que nous ne pouvons cher que de mémoire , fttte d'aroir actuellement ces lois sons les yeax. J/i ^os , <f» Kenerem vertunt in alteram formxan% jubemus iasurgert ieges et armari gladio ultore , ut dehitis pctnis suhdantuf ia/ames. C'est apparemment ce passage que nos aatenil ont eu en vue» Voyez Lois civiles de Domat. Edis*

Par les anciennes lois d'Angleterre , il eat ordonné ({ue pecorantes , sodomitae f vivi confodiantur» Fletâ , lib. 3| c. 35. Edit.

DE QUELQUES JUIFS. iSt

4.*' Mais ne sortons ni de yotFe religion y ni de voire pays. Si je jette les yeux sur vos traités de droit criminel , j'y trouve des décisions et des règles , des formes de procédure et des arrêts sur cette matière , et la maxune généralement établie que ce crime doit être puni par le plus cruel des supplices usités parmi vous : tout cela ne yaut-il pas bien la loi que vous nous reprochez ?

Que si de vos traités de jurisprudence civile , je passe à vos livres de jurisprudence ecclésiastique y |e vois qu'il en est question partout y et dans vos Canons pénitentiaux y et dans ces listes de péchés que vous appelez Examen de conscience , et dans vos junsconsultes y vos casuistes y vos théologiens moranz y etc. y depuis la lettre de Basile à Amphilochius jusqu'aux lois ecclésiastiques de d'Héricourt , et depuis la taxe de la chancellerie romaine jusqu'aux Casus reservati y imprimés dans vos plus nouveaux Formulaires abrégés de prières. Et vous venez nous &e y vous fraàçais y vous chrétien y que la nation juive est la seule chez qui ce crime ait été prohibé ! En vérité y vous connaissez bien la double jurisprudence de votre pays !

De ce que nous venons de rapporter -y nous n'a- Tous garde de conclure y comme vous le faites par rapport k nos pères y que ce crime est donc commun paimi vous. I^on^ nous sentons que cette conséquence serait peu juste y et qu'une loi qui prohibe un crime abominable n'est point du tout une prouve que ce cnmie soit commun parmi le peuple à qui cette prohibition est faite. Tirer cette conclusion de la défense faite aux Juifs y c'est montrer une partialité d'autant plus odieuse y que dans cette défense même y le législateur parait assez clairement justifier sa nation et n'accuser que les peuples voisins.

i88 LETTRES

§. IV. Si le séjour des Hébreux dans le déseri a pu occasionner le penchant que V auteur lefur attribue pour ces désordres. Que la loi qui excepte des massacres les filles nubiles ^s prouve point qu'ils aient manqué de fille dans le désert.

Il est à croire , dite&-yous i que dans les fof tigues et dans la pénurie que tes Juifs avaient essuyées dans les déserts de Pharan y d'Oreb et de.CadéS'Barné 9 l'espèce fiéminine avait suC' combé. Il faut bien qu'en effet les Juifs mon* quassent de filles » puisqu'il leur est toujours ordonné de tout tuer y excepté les filles nuU' les. Les Arabes y qui habitent encore une par* tie de ces déserts , stipulent toujours , dans Us traités qu'ils font avec les cara\mnes , qu'on leur donnera des filles nubiles.

Il est à croire I Ainsi > sur un £ait qui {demanderait les plus fortes preuves ^ vous voilà réouit aux probabilite's et aux vraisemblances ^ et quelles vraFsemblances encore !

I^ous ne nierons pas que nos pères n'aient essuyé dans le disert des fatigues et des besoins donc ils murmurèrent plus d'une fois. Mais , nous l'avons d^à remarqué , ces fatigues qu'il vous plaît tant d'exag^ rer j se réduisirent pourtant à faire quatre à cinq cents lieues en quarante ans. Etait-ce là de quoi faire succomber l'espèce féminine ?

Quant à la pénurie et aux besoins qu'ils éprouvèrent y l'écriture nous apprend qu'aussitôt que ces besoins devenaient pressans j Dieu y subvenait avec une bonté naternelle \ que sa providence pourvut à tout ce qui leur était nécessaire 5 qu'ils ne manqua rent ni de vétemens ni de nourriture : en un mot de rien j nihil illis defuit y dit votre YuJbate. Où est donc cette pénurie meurtrière et destructiye dont TOUS faites tant de bruit ?

// faut bien qu'en effet les Juifs manquassent dû filles ^puisqu'il leur était toujours ordonné d^ réserver , etc. Il ne nous est pas donné de Toir la justesse de cette consëquencé. S'il était toujours ordonné aux Juifs de réserwr les filles nU" mies j ce n*est pas qu'ils manquassent de filles j c'est qu'on n'en a jamais trop où la polygamie est permise j comme elle l'était à nos pères.

L'exemple des Arabes , que vous produisez en votre faveur , prouve , ce me semble , directement contre vous. Est-ce que les Arabes ^ monsieur , n'ont point de filles , ou que les fatigues et la pénurie du désert ont fait succomber parmi eux l'espèce féminine y toutes les foisqu'^Y^ stipulent qu'on leur donnera des filles nubiles l Non , sans doute ^ mais la pluralité des femmes , que leur loi autorise , rend parmi eux en tout temps 1 espèce féminine précieuse.

C'est par l^iméme raison que la permission accordée aux Israélites de réserver tes filles nubiles , ne se bornait pas à leur séjour dans le désert , mais s'étendait à tous les temps , quoiqu'ils ne dussent pas apparemment manquer de filles en tous temps , à cause des fatigues et de la pénurie du désert.

Et quand vous dites qu'il était toujours ordonné mix Israélites de tuer tout , excepté lei filles nubiles , vous vous trompez encore , ou vous donnez sciemment à vos lecteurs une fausse idée de nos lois. Non y monsieur , ces sanglantes exécutions lîe nous étaient pas toujours ordonnées. Nqus aurons bientôt occasion de vous le prouver (i) 3 et lors

(1) D€ vous le prouver. Vojez plua bas nos Lettres sur le droit divin des Juifs. Toujours ordonné de tuer tout , excepté les filles nubiles ! Nous ne comprenons point M» de Voltaire. Comment on homme qui aime la vérité peutil arancer froidement et répéter tant de fois de^ assertions si fausses ! Edit,

igo LETTRES

même qu'il nous fut comnkfhidj^ eu quelques itencontres 9 de tout tuer , hors les filles ^ les filles nubi» les n'étaient pas les seules exceptées de ces massacres : l'exception renfermait y à compter dès -le plu* bas âge j toutes l^s filles vierges (i). Ces termes ne sont point synonymes , l'un a plus d'étendue qoe l'autre j etil eût été mieux de ne pas les confondre(a).

Ainsi des faits au moins douteux ^ un texte obscur , et qui j loin de prouver que ces déréglemeos fussent communs parmi les Hébreux j en annonce à peine l'existence } enfin une prohibition dont le motif y clairement exprimé dans la loi ^ contredit ce que vous voudriez en conclure : yoilà sur quoi vous établissez une accusation atroce.

Vous n'avez pu sans doute vous dissimuler le fanx de ces imputations : vous l'auriez senti mieux que personne. Mais n'importe ) les Juifs sont odieux^ il faut les décrier sous les plus légers prétextes : les calomnier y c'est un jeu et l'amusement de votre doace philosophie. £h ! monsieur y quel plaisir peut trouyer une ame sensible à outrager un peuple màlhem*eux ! apôtre de la tolérance et de l'humanité, est-ce

(i) Filles Vierges, M. de Voltaire dit lui-ménie, dam un autre endroit , que Vusage des Israélites était de ri' server toutes les filles pucelles» Ant.

(a) H eût été mieux de ne pas les confondre. Oui i mais l'illustre écrivain avait quelque intérêt de le faire. Il roulait donner à entendre que noa pères étaient des harba' res f et la preuve est bien plut forte en restreignant avct filles nubiles les personnes qu'ils épargnaient danslca villes prisas d'assaut. La restriction est fausse , démentie par nos écritures et par ses propres aveux ; maia j vrai ou faux ^ tout est bon quand il s'agit de déclamer oo&tre les Juifs. Edit,

11 est plaisant de voir après cela M. de Voltaire ( Dfetionn. philosophique ) , reprocher a M. .. d'avoir conlbnda les filles nubiles uwec les filles vierges. Que ne se fait-il ce reproche à lui-même l Chrét,

DE QUELQUES JUIFS. igi

ainsi qt»e yous mettez dj»- pratique la biçoveillance uniTerselIe qae tous précbeK !

// est temps y dites-vous ^ectueusement à vos compatriotes (i) il est temps que nous quittions tindigne usage de calomnier toutes les sectes 0i dUnsulter à toutes les nations. I^ous espérons y inonsîeur^ que yous youdrez bien leur en donner Pexemple dans yotre nouvelle édition , et que , plus instruit ou moins prévenu , yous rendrez gloire à la vérité que vous aimez.

Nous sommes ^ avec les sentimens les plus respectueux y etc.

P. S. Pour ne point laisser en blanc cette deniipage et le verso , nous l'emploierons à dire un mot d'une i-éflexion qu'on lit à la fin de yotre note , et que nous ayons négligée.

// reste maintenant à savoir , dites -vous , si ces accouplemens avaient produit des monstrès j et s* il y a quelque fondement aux anciens contes des satjrres , des faunes , des centaures , déS minotaures. L'histoire le dit : la physique ne nous a point encore éclairés sur cet article monstrueux,

N'est-ce pas la fable y monsieur y plutôt que l'histoire y qui parle de centaures l Ces prétendus monstres y moitié homme et moitié cheval , n'étaient pas une histoire : c'était un allégorie y par LupwUie on dés^ait le peuple de la Grèce qui sut le premier monter les chevaux y et les employer k la course et aux combats. La phjrsique dit que les monstres ne se reproduisent pas : ainsi ce n'est que dans la fable qu'on en peut voir des armées combattre contre des héros.

(i) A vos compatriotes, Vojez les additions à rhifftoire générale , page i a. Aut. *

* Les additions à i'Hist. générale ont été refondues daas le texte. Voy<i% Essai sur les mœurs. Tome xvi k XIX des (Euvres.

iga LETTBES

Il en eA de même do ntûioiaure.'lA Physique n'admet point ici de réalités. Ce monstre , demihomme et demi-taure&u ^ n'est aa'ane fiction all^orique de quelque officier du roi Minos.

Quant aux satjrres , aux faunes , aux égipansj^ il y a toute apparence que s'il y eut quelque réaké dans tes contes j .ces animaux réputls monstres / n'ëtaient que des singes de la grande espèce y des oràng'Outans y etc. : les vrais monstres ne se voient pas en troupes»

^ous croyons , monsieur y qu'après avoir mis souvent la fable dans l'histoire y vous avez un peu confondu rhbtoire avec la fable.

LETTMS

DE

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