‹ Lettres de quelques juifs portugais: avec un petit commentaire, extrait d'un plus grand, à lChapitre 13 sur 39 · Tome I. F · texte numérisé non relu

Tome I. F

lîi LETTRES

l'histoire ne nous offre-t-elle pas de faits plus éian* Dans {i), que personne ne révoque en doute ? Les raisonnemens de vos écrivains ne sont donc que de faibles arp;umens , même contre votre Vulgate.

Que s'ils ne prouvent rien contre elle , que pnraveront-ils contre les anciennes versions ^ même latines 9 contre les versions grecque , arabe y syriaqiuSi cbaldaïque, etc. , qui toutes réduisent ces vinet-tn»s mille bomme à trois mille ? Que[frouvent-iIs surtout contre le texte bébreux (a) ? Selon ce texte ,

(i) Faits plus étonnans» Oo y voit des poignëea d'hommes tailler en pièces des milliers d'ennemis rangés en bataille. Ici , au contraire , ce sont plasienra millien d'hommes armés qui fondent sur nne multitude sans ar« mes t et toute occupée de la fête profane qu'elle c/Air brait : circonstance remarquable ; dont la suite du récit de Moïse et un texte précis ne permettent pas de donter. Le Toici tel qu'on le lit dans la traduction d'un de foi plus célèbres hébraïsans (le P. Houbigant ) : «Moût, dit-il , ayant yu que le peuple était livré à la folie Jm de la fête ordonnée par Aaron» et eju*il' était aisé et les tailler en pièces | si on les attaquait , se tint deboit )i la porte du camp , et s'écria : m Si quelqu'un est n Seigneur , qu*il se joigne à moi ; et -tons les enfans deLéii se rassemblèrent autour de lui , et il. leur dit, ttt,f Exode , chap. xxxii , verset 25.

Ce passage sufQt encore pour répondre à ceux qvi i s'imaginant » comme l'auteur de la Philosophie de iliii' toire f que ce massacre fut fait sans distinction , croiest pouvoir en tirer un sujet de reproche contre Moïse. U est évident que cette exécution ne tomba que sur ceux qui étaient actuellement occupés au culte de ridolsitt par conséquent sur les prévaricateurs. Avancer lecoitraire , c'est évidemment entendre mal le texte p on Cllomnier grossièrement le législateur, jiut,

(a) Contre le texte hébreu. Ce texte s'accorde CB oe point avec le texte samaritain. Le savant Philon ne compte de même qtx'environ trois mille hommes tués , ut rfirx^ dit-il. Edii.

DE QUELQUES JUIFS. laS

le seul qui nous intéresse et que nous défendions , • il n'y eut qu'tf/ivirp/i trois mille hommes tues. Est-ce la faute de Tecrivain sacr^ si tos interprètes ont mis vingt au lieu dH environ ?

Or , ce nombre ainsi réduit y que deviennent ^ et cette impossibilité, que vingt^trois mille hommes aient été égorgés par des lévites j et la nécessité d*un miracle pour le comprendre ^ et toutes les vaines déclamations de vos critiques ? Ayant de les répéter y monsieur y ces déclamations fondées sur la Vulgate , n'aurait-ii pas fiallu vous assurer si le texte y est exactement traduit ? Rien n'était plus facile pour un sayant bébraïsant comme yous.

Eestent toujours y dircz-yous peut-être y trois mille hommes tués : n'est-ce rien ?

Voilà enfin y monsieur y une objection qui peut paraître raisonnable. Si nous ne nous trompons pourtant y cette difficulté se réduit à savoir si y quand • les coupables sont au nombre de trois mille y Dieu peut les punir. Si vous le niez y tâchez d'en donner la preuve y nous vous promettons d'y répondre.

5« VI. Si c^est un fait absolument inconcevable que les Hébreux aient demandé le veau d*or pour Vadorer au pied du mont Sinai\

Vos écrivains y monsieur y ne conçoivent pas que les Juifs aient demandé un i^eau d^or pour çadorer au pied de la montagne où Dieu parlait à Moïse y au milieu des foudres et des éclairs que ce peuple voyait , et au son de la trompette céleste qu'il entenUait.

Mais d'abord où ces critiques ont-ils vu que l'appareil éclatant €t terrible dans lequel Dieu jugea à Eropos de se montrer à son peuple ait dui*é pendant ss quarante jours crue le législateur resta sur la montagne ? Il est bien dit que quand il monta y elle était J couverte d'un nuage épais , et que la gloire du Sei^ f gneur , qui paraissait au sommet , était comme

ia4 LETTRES

un feu ardent -, mais que les foudres et les éclairs y que le son de la trompette , que le naage même, et le feu qui en sortait, ait contLaaé îusqa*ao retour de Moïse , c'est ce qu'on ne yoit ni dati) l'Exode, ni dans aucun de nosliyres.

3.0 Tandis que vous aggravez le crime de nos pères y en appuyant sur des circonstances ou fâna^ ses j ou du moins douteuses (i) , pourquoi en taire une que l'auteur sacré rapporte , et qui méritait bien' d'être remarquée f

Oui ^ monsieur , nos pères e'taient au pied de la montagne où Dieu parlait à Moïse, Mais depuis long-cemps ils ignoraient , disaient-ils , ce tjve Moïse était deyenu. Ils Paraient yu auparavant monter plusieurs fois sur cette -montagne , et en redescendre pour leur rapporter les ordres du Seigneur. Cette fois-ci , au contraire , il n'ayait point repara depuis plus d'un mois. Surpris d'une si longue absence y et ne sachant ce qui lui était arrivé , ils perdirent toute espérance de le revoir, et se crurent; au milieu de ces déserts , sans cbef , sans législation et sans culte. Est-il inconcevable qu'en de pareille» conjonctures ces hommes grossiers , livrés k euz-mtr mes , et se regardant comme abandonnés de leur Dieu y qu'ils n'entendaient plus 5 se soient fait un de

(i) Douteuses, Elles sont regardées comme telles ptr plusieurs savans chrétiens , et entre autres par le famens Le Clerc. Selon lui , tout ce grand sjpectacle avait cessé ; le nuage même ne se voyait plus , sinon peut-être nr quelque hauteur : Chm non cerneretur , dit- il , nmpUlu nuhes , nisi fortk in aliquo montis jugo . Mais , qossd toutes ces circonstances seraient vraies , qu'en poorrait" on conclure ? Ne sait-on pas que les hommes s'habituent, se faimiliariseAt avec les objets qui leur avaient paru d'abord les plus extraordinaires et les plasr redoviablés } Le préjugé qui raisonne mal » la grossi%reté qai ne raisonne point , et l'incrédulité qui dispute et ^ cane sur tout , pouvaient produira cet effet. Ediu

ce3 dieax visibles que tant d'autres peuples adoraient ?

3.0 Qui sait même si ^ dans leur intention j les hoimeurs qu'ils rendirent à ce simulacre n'étaient pas relatifs au Dieu leur libérateur ^ et si tout leur crime ne fut pas de l'adorer , contre sqs défenses, sous une image corporelle ? C'est à quoi il y a toute apparence : de sayans bommes l'ont pensé , et le .texte porte assez clairement à le croire. O Israël I s'écrie ce peuple insensé à la yue de l'idole , voilà ton Dieu qui t'a tir^ de l'Egj-pte. Et Aaron > leur annonçant la fête qu'ils devaient célébrer , leur dit : Ce sera demain la solennité de Jéhovah»

4-*' Quoi qu'il en soit , monsieur , rappelez-vous ce qu'étaient alors les Hébreux , d'où ils sortaient y et quelles idées on avait de l'idolâtrie. Ils quit* talent l'Egypte , où ce culte était dominant \ ils le rayaient répandu de toutes parts 5 c'était la religion desr états les plus florissans , des nations réputées les

Tou8> dites vous-même , et vous le répétez en tant d'endroits , que les Hébreux étaient un peuple bar^» bâte y stupide , superstitieux. Faut-il tant d^efforts pour oo^cevoir que des bommes de ce caractère j entraînés par l'exemple de tous les peuples voisins y aieuLt cède, dans cette rencontre, à leur penchant pour un culte accrédité , qui flattait leur goût par la pompe des [cérémonies et par la joie des fêtes , et qu'ils rapportaient 'probablement à Jéhovah leur Ûieu ? Ignorez-vous quels sont , particulièrement sur des âmes grossières , l'ascendant des préjugés , la force de la coutume , et l'empire des sens (i)?

(t) L'empire des sens» Nous ne concevons pat la stupidité des Israëlites adorant le simulacre qu'ils venaient de jeter en fonte. Mais concevons - nous mieux les Egyptiens , ce peuple ai sage , ces Romains si magnanimes , ces Grecs si polis et si éclairés sur tout autre

Accordez-yous donc ayec yous-méme ; monsienr^ ayouez que nos pères n'ëuient pas tels que' yoiis le» représentez, ou conyenez qu'ils étaient très-capaUes d'idolâtrer , dans de pareiues cireonstances ; même tu pied du mont Sînaï.

$• VII. De la prévarication étAaron , et de son élévation au sacerdocem

Enfin ces critiques trouvent étrange qu* Aaron, le plus coupable de tous , ait été récompensé du crime dont les autres étaient si horrible^ ment punis y et qu^il ait été fait grand*pri' tre y tandis que les cadavres de vingt-^rois mille de ses frères sanglans étaient entassés au pied de l'ai: tel où il allait sacrifier.

La préyaiication d'Aaron fut graye ^ odieuse sans doute 5 mais ^ de ^ce y critiques fameux , Bolingbroke, Tindal, Gollins , etc. ^ considérez en quel- ' les circonstances il se trouye. D'un côté , il ignore y comme les autres Israélites , si son frère n'a pas dis» paru pour toujours ; et si Dieu , qui se tait , daignera encore parler à son peuple. De l'autre côté , on k 1 presse y on exige impérieusement. Lève^toi , lui diton , fais^nous des dieux. En yaiu il a tâché i» calmer les esprits , et de les retenir dans le.deyoir : il connaît leur caractère emporté et yiolent. Philosophes sublimes , yos âmes intrépides et supérieures à la crainte des dangers n'en auraient point écé ébranlées peut-être } mais une ame faible pouyait

objet , se soient livrés à nn culte aossî insensé { Entnl* nés par la force de l'excinple et de l'habitude , nos pèrci ont adoré quelquefois les idoles des nations. Mais si Ti" dolâtrie est bannie de presque ton^ l'univers , si elle œ peut plus être regardée que comme une extravagance îaconcevable , k qui le doit-on ! Ne sont-ce pas nos pèret qui ont rétabli et conservé le vrai culte que tons les ao* très peuples avaient abandonné l Edit*

DE QUELQUES JUIFS. la^

en être abattue sans miracle. Tous les cœurs ne sont pas revêtus du courage inébranlable que donne la pbilosopbie.

// devait mourir plutôt ^ dites-vous ailleurs (i). Il le devait ^ qui en doute ? Mais fait-on-^oi^ours ce qu'on devrait faire ? et prétendons-nous qu'il fût innocent ?

Aaron y le plus coupable de tous. Qui vous l'a dit ? Avez-vous lu dans son cœur ? Savez-vous si la crainte de la violence y le déplaisir d'y céder , l'amertume de ses regrets , ne l'ont pas rendu plus dinie d'être épargné ?

Il prévarique ; mais le repentir suit de près le crime. La sincérité de sa douleur et les prières de son frère désarment le Seigneur y prêt a l'exterminer avec . les coupables : il obtient son pardon y et y quelque temps après y il est élevé au sacerdoce. Voilà ce que nos écrivains appellent être récompensé du crime* Ayouez y monsieur , que si cette expression a le mérite de l'énergie y elle n'a pas tout-à-fait celui de ia justesse.

Tandis que les cadavres de vingt-trois mille de ses /rares sanglons , etc. Quelle description , monsieur ! On reconnaît yotre pinceau tragique : le tableau est touchant 3 mais est-il vrai? Au fond y vous sayiez aussi bien que nous qu'il n'y eut pas vingts trois mille hommes tués. Quel plaisir trouycz-yous à donner pour vrai ce que yous saycz intérieurement être taux y ou du moins douteux ?

Et quand vous peigniez ces cadavres sanglans y entassés au pied de V autel y ignoriez -vous qu'il y avait plusieurs mois que cette sanglante exécution s*était faite l II est vrai qu'en rapprochant ces objets éloignés y la scène en devient plus touchante :

(1) Dites-vous ailleurs. Voyez Philosophie de l'hifltoîre. Aut, ^

* Voyez Introdaction à l'Essai sur les mœurs , etc. art. Moïse, page 176 , tome xyi des (Kuvres^

maismoifu de pathétique y monsieur j et plus d'exactitude } la cntique n'a pas tous les oroits de li poésie.

L'aération d'Âaron au sacerdoce après sa prévarication n'a donc rien d'étrange, l'our la condamner y comme font vos écrivains , il faudrait prouver que Dieu n'est pas le maître de punir ceux qni pèchent ^ et de jpardonner ceux qui se repentent. Fiétendez-vous lui enlever ce droit?

§• VIII. Que le récit de V adoration du veaudlof et de la prévarication d*Aaron n*a pu être ajouté aux livres de Moïse,

Finissons par une réflexion qui doit frapper tout lecteur impartial : c'est qu'il est moralement impos-* sible que ces deux faits aient été ajoutés aux livres de Moïse, Qui , par exemple , y aurait inséré la prévarication d'Araon / Un écrivain qui n'aurait pas été de Tordre sacerdotal i Mais les prétrei ^ dépositaires de ces livres sacrés , l'auraient-ili . souffert \ Un prêtre l Quoi ! les prêtres auraient falsifié les ar- i chives de la religion pour se déshonorer gratuitement i eux-mêmes , en déshonorant lem* chef et leur père ?

Il eu est de même de l'adoration du veau d'or. Si c'est un fait apocryphe , ajouté aux livres de Moïse f quand , par qui , comment l'a-t-il été ? Quel étrange intérêt a pu exciter le faussaire à flétrir ainsi ses ancêtres et sa nation ? Gomment n'at-il pas été découvert î ou , s'il l'a été y comment n'a-t-on pas cné de toutes paris à l'imposture ? Par quelle incompréhensible insensibilité ce peuple , si attaché à ses écritures , a-t-il souffert qu'on en altérât la vérité pour y insérer , non plus de merveilles opérées en sa faveur y mais des faits calomnieux , si honteux pour les pères y et si humilians pour les enfans ? Gomment ces faits ont-ils été transmis sans contradiction: de bouche en bouche 7 Gomment ont-

DE QUELQUES JOIFS- ; 119 é du Pentateuque dans les autres liym sa* y et jusque dans les cantiques religieux de la 2) Gonceyez-Yous cela , monsieur l Vos écri- L conçoiyentrils l

nire ces critiques. L'authenticité des livres de leur paraît suspecte , parce qu'on y trouve don au veau d'or et k prévarication d'Aaron.

i^est précisément parce que ces faits y sont es que tout homme impartial en conclura qu« res n'ont jamais souffert d'altération essen- Loin de les altérer pour y insérer des fisiits e nature ; c'aurait été infailliblement les prej[u'on en aurait effacés (3). Plus cette double

éi¥res sacrés , etc. <« C'est ce culte égyptien , dît ret , que Moïse désigne dans le cantique qu'il com-^ eu de teoips avant sa mort. Ils ont irrité le Sei- I disait "il } en sacriJUtfU à des Di^tui que leurs ^.avaient point adorés. C'est ce méciie cuite que le te Ezéchiel leur reproche comme le plus ancien le la nation juive et /a corruption de sa jeunesse, » lémç expressément , chapit.xx , que les Hébreux ,

• désert , adorèrent les dieux de fiente de V Egypte»

Cantiques religieux de la rCation* Nous lisons dans M psaumes le détail des prévarications du peuple . L'adoration du veau d'^ n'y est point oubliée» sont fait , dit le psalmîtte , un veau en Horeh , ynt adoré le métal qu*ils avaient sculpté* lit ont

* leur gloire en la ressemblance d*un veau quiptiH

f« L'auteur de la Philosophie de L'histoire affirme

int t\\x*aucun prophète ri a parlé de Vhistoire du

VoT, Est-ce qu'il ne met pas le psalmiste au rang

ophëtes \ Voila un chrétien bien instruit de sa reli- Aut,

Qu*on en aurait effacét. On en peut juger par ie

qu'a pris l'historien Josephe. Il ne nie pas le fait \

, dans la crainte de déshonorer par ce récit , aux

des incirconcis 1 le premier des pontifes et toute le

I y il n'a pas balancé à le supprimer de son histoire»

i3o LETTRES

prévaricâtioii e$t odieuse , plus il est înconceyable qu'un faussaire ait pu la supposer ^ les prêtres k souffrir , et le peuple la croire.

Ainsi , pour reprendre en peu de mots tout ce que nous ayons dit sur cette matière ^ qu'on suppose à nos pères quelque connaissance de cnimie , qu on ne se fasse point de fausses idëes des proportions du yeau d'or ^ ou de la perfection du trayau ; qu'on le rappelle le caractère des Israélites et les circonstances où ils se trouyaient , surtout qu'on s'en tienne m texte de l'écriture^ , qu'on n'y ajjjDUte et qu'on n'j chance rien , et toutes ces objectbns prétendues redoutables tomberont d'elles-mêmes.

Voyez , monsieur , s'il était difficile d'y répondre ; et conyenez que yous mépriseriez bien yo& lecteurs4^ si yous les jugiez capables de s'en laisser éblouir. Ayez-yous cru que les noms fameux que yous citez leur en imposeraient l J'ignore: sur ce point les dispositions de yos chrétiens 5 mais les Elébreax , ayant de croire ^ pèsent les autorités , et Usent les textes.

5ous sommes , etc.

On répond à une autre objection sur Vadoratioti du veau d'or et la prévarication d'daron.

JN 'est-il pas singulier ^ monsieur y que des écriyaios qui calomnient si souyent nos pères y et leur imputent y sans scrupule comme sans fondement , aes korreurs dont la pensée fait frémir ^ se refusent opiniâtrement à la croyance d'un cnme trop réel , que le plus ancien de nos liyres rapporte ^ et que tous nos monumens attestent ?

En parcourant quelques nouyelles brochures , nous . yenons d'y rencontrer encore une objection contre

DE QUELQUES JUIE5. i3i

Padoration du yeau d'or et la prévarication d'Âaron. Elle est tirée des miracles ëclatans dont les Hébreux avaient été tant de fois les témoins , et Aaron le coopérateur avec sou frère.

Cette objection , la seule . peut-être qu'on puisse opposer avec quelque vraisemblance à ces deux faits , et qui s'étendrait à toutes les préyaricàtious rapportées dans le Fentateuque , nous a paru méiiter qu'on y répondit avec quelque détail : et c'est ce que nous entreprenons dans cette lettre. Il est humiliant p0£r des enfans de revenir encore à prouver le crime de leurs pères : mais tout cédera dans nos cœurs à l'a^ mour de la vérité } quoi qu'il puisse nous en coûter, nous continuerons de lui rendre ce triste hommage.

JSst - il possible , dit-on , est- il concevable ^u' Aaron et les Hébreux , après tous les mira" des signalés dont ils imnaient d'être , les uns les témoins , Vautre même le coopérateur , aient prostitué leur encens à une vaine idole»

Il faut avouer que cette infidélité y comme taut d'autres , dont nos pères se sont rendus coupables y a de. quoi surpretadre , et qu'elle suppose dans ce peuple une indocilité d'esprit et une dureté de cœur peu communes ! Aussi les livres de Moïse sont>ils pleins des viis et amers reproches qu'il ne cessait de leur en faii*e. Mais sur quoi ces brochuraires la regardent-ils comme impossible ?

Ils jugent sans doute de nos pères par eux-mêmes. Mais d'abord ils se font tort : ce sont des hommes

Solis , des esprits éclaués j et les Hébreux étaient es ignorans et des barbares.

D'aiUeurs peuvent-ils bien répondre de leur mo^

cies la ira'^uiic uiiiurcij.c a * tAwiii*j»v , & emportement des passions, l'aveuglement des préjugés, les égal'Ëmens d'une orgueilleuse philosophie , qui dispute sur tout , et veut tout soumettre à ses faibles lu*

mières !

i33 LETTRES

Pourquoi la Tue de quelcpies miracles opëreraitclle sur eux ce que n'opèrent point teutes les meryeiiles dont ils* sont chaque jour les témoins ; le grand spectacle de la nature ^ plus frappant aux yeux des sages y et plus imposant pour eux que la mer entr'oayerte ) l'eau coulant du sein des rochera , et le Sinai retentbsant du son de la trompette et du bruit des tonnerres î Qu'ib rentrent en eux-méme , et qu'ib se demandent si leurs désirs furent toujours purs , et leurs actions innocentes. Quoi ! pleins des idëes sablimes de la sainteté de la loi natufelle ^ et de l'obéissance due au législateur suprême ^ qui la leur intime au fond du cœur , témoins de ses œuvres, et ne respirant que par ses bienfaits ^ ils osent enfreindre ses ordres , et ils ne comprennent pas que les Hébreux aient pu les yioler après tant de miracles ! L'un n'est pas plus inconcevable que l'autre : c'est des deux parts un aveuglement égal.

I^on y monsieur, ni les miracles les plusfrappanS; ni les plus éclatantes merveilles de la nature ne fixent l'homme invariablement dans le bien. Tout dépend des dispositions de ceux qui en sont spectateurs. Tandis que les âmes droites reconnaissent dans les uns et dans les autres le doigt du Tout-Puissant , et les traits é vide as de sa sagesse et de sa bonté , combien d'esprits faux et présomptueux n'y veulent voir que charlatanisme et supercherie , hasard aveugle ; ou combinaisons nécessaires ! Combien d'autres, grossiers et distraits y esclaves de l'habitude et des passions ^ ne les regardent qu'avec une stupide inoifierence y sans en rien conclure pour le règlement de leur vie , ou contredisent tous les jours par leur conduite les conséquences qu'ils en avaient tirées !

Enfin des écrivains qui regardent les miracles comme autant d'absurdités y et qui en nient non-seulement l'existence y mais la possibilité y ne nous paraissent pas fort capables de décider de leur pouvoir sur le cœur des hommes. Aussi ces grands oppO" sans à la révélation sont-ils peu d'accord entre

DE QUELQUES JUIFS. i33

eax sur ce sujet. Si quelques-uns se persuadent que les miracles auraient une force irrésistible , d'autres en jugent tout différemment. « Redresse les boU teux , dit l'un de ces critiques , fais parler les muets y ressuscite les morts ; je n'en serai point ébranlé (i). » Voilà certainement un homme bien » persuadé qu'on peut tenir contre les miracles , et qui probablement n'y céderait pas. Quelle preuve a-t-on que^ parmi les Hébreux y il n'y avait point de têtes organisées comme celle de ce philosophe y ffÀ , tout en raisonnant mal , se seraient crues , coHune lui , plus sûres de leurs raisonnem^ns que de leurs jreux !

Les prodiges opérés pour nos pères et sous leurs yeux y en rendant leurs prévarications plus criminelles y ne les rendaient donc ni impossibles , ni inconcevables* Les miracles y non plus que les merveilles de la nature , ne subjuguent point la volonté ! et pour en avoir vu y ou même en avoir fait y on ne cesse pas d'être homme y c'est-à-dire y faible et péchear. Faut-il que des Juifs soient obligés de rappeler ces principes à des chrétiens ? Serait - ce à nous à leur apprendre que Dieu peut communiquer sa puissance aux hommes sans leur ôter leur

fragilité /

^ous sommes monsieur^ etc.

(i) Ebranlé, Remarquez la belle harmonie qui règne entre ceBmessieurs : On ne résisterait point aux miracles , dit l'un ; je n'en serais point ébranlé , dit l'autre : c'est ainsi que s'accordent ces sages» Edit.

i34 LETTRES

LETTRE VIL

S'il est incroyable que les Israélites ^ auprès, du mont Sina'ij aient pu fournir aux dépens ses de la construction du tabernacle et des autres ouvrages décrits dans V Exode,

V^ouMENT croire , monsieur , que la gravure de caractères y et tous les arts I même ceux de première nécessité , aient manqué à nos pères dès leur arrivée au mont Sinaï , si y comme il est rapporté dans l'Exode y le tabernacle et les autres ouvrages destinés au culte furent alors exécutés ? Cette difficolté se présente si naturellement à l'esprit j que vos écrivains n'ont pu s'empêcher de se la faire , et d'essayer de la résoudre. I(ous allons voir d'abord de quelle manière ils se la proposent : nous exammerons ensuite ce qu'ils y répondent ^ et s'il est aussi incroyable , qu'ils le prétendent , que les Israélites aient été alors en état de fournir aux dépenses de tous ces ouvi'ages.

§. I. Que V objection que se J ont ces critiques porte à faux de la manière qu*ils se la pro»

posent. Leur méprise au sujet des colonnes du tabernacle.

Vous dites , monsieur , que si ton objecte à ces écrivains que les colonnes du tabernacle étaient d'airain , et les chapitaux d'argent massifs ils répondent , etc^

Qu'ils se rassurent ^ monsieur : personne ne leur objectera que les colonnes du tabernacle étaient d airain^ Pourquoi ? par une raison toute simple f c'est qu'elles n'en étaient pas. Non , monsieur , les colonnes du tabernacle n*étaient pas d'airain. Si

DE QUELQUES JUIFS. . i35

os critiques lè croient y ils se trompeot : elles talent de boÎA de Setim (i). Lisez le texte ou telle ersion qu'il yous plaira , tous poun:ez-yous en convaincre. Il en est ae même de lews ckapiteaux : ils l'étaient pas , comme le disent vos ëcriyains ^ d'ar» :ent massif 'j ils étaient de bois de Setim, rçyétu

L or.

Il est yrai qu'il y ayait encore ^ non dans le tabernacle y monsieur , mais , ce qui n'est pas la même hose y dans le paryis ^ soixante colonnes (2) desînées à porter les rideaux qui en fermaient l'enceinte. i c'est de celles-ci que yous youliez parler y d'abord . fallait yous expliquer plus clairement ^ et , en seond lieu y ces soixante colonnes même n'étaient pas lus d'airain que les précédentes.

fayoue que yotre Y ulgate semble donner à en-

mdre qu'elles en étaient : mais si elle le dit y elle

tort (3) 'y ce serait une de ces fautes dont yous sa-

ez que cette yersion n'est pas exempte, de l'ayeu

lâme des docteurs^

(1) Bois de S«tim, Ce bois de Setim 00 Sittim était robablement une espèce d*acacia qui croit commu* émeut en Egypte et dans les déserts de l'Arabie. Il est 'an beau noir , et ressemble assez à Tébène. Voyez. *héTenot. Aut,

Ces arbres , selon saint Jérôme , resseo^blaîent à l'éîne blanche par la couleur et par les feuilles : ils deveaient si gros , qu'on en faisait des arbres de pressoir.

(a) Soixante colonnes , etc. On en comptait cinquante- Ix dans le pourtour du parvis , et quatre k l'entrée. Aut,

(3) Elle a tort. On a pu remarquer , par ee que nous f ons dëja dit ( et Ton aura plus d'une fois l'occasion .e faire la même remarque) , qu'une des adresses de I. de Voltaire est d'attribuer au texte les fautes de verion , et an texte et aux versions les bévues des eomtentateurs. Mais , quand on est de bonne foi 1 t-t-oa ecouTs a ces petits moyens ! Editi

i36 LETTRES

En effet , outre qu'il n'est nullement probable que Moïse eût voulu charger les Isra^htes y dan$ leon marches y du poids de tant de colonnes d'airain , oa peut remarquer qu'il n'en est fait aucune mention oans le dénombrement ge'néral des ouvrages de oe meta) (i). Les aurait - il oubliées , si elles en avaient été?

Aussi le texte helireu ne dit-il pas qu'elles en fussent : vos plus habiles interprètes sont sur ce point d'accord ^vec les nôtres. Ils pensent que ces colon-» nés 9 que vous dites d*airain y n'étaient que de bois. Consultez les versions du docte Le Clerc et du savant père Houbigant y etc. y vous verrez que c'est ainsi que le texte y est rendu.

Quant aux chapiteaux y que vous faites itargeni massif y ce n'étaient pas y monsieur , des chapir teaux d'ordre dorique , ionique ou corinthien. Moïse construisit probablement son tabernacle (2) et ses colonnes dans le goût égyptien y auquel lui et ses Hébreux étaient accoutumés, ^i les Egyptiens n'étaient point alors y du moins selon vous y de si savans architectes : ils ne connurent les beautés et la richesse de Varchitecture que du temps des Ptolémée{Z)y et il y a un peu loin des Ptolémée

(i) Ouvrages de ce métal Voyez Exode , chapitre 38i verset a4 » etc. Aut,

(a) Son tabernacle. Voyez iea commentairea de Le Clerc aor i'Ëxode ; Spencer , etc. Aut.

(3) Du temps des Ptolémée. Avant cette époqae 9 les Egyptiena , aelon M. de Voltaire , n'étaient ^ malgré cet 9 palais et ces temples dont on a parlé avec tant d'enthousiasme f que de méprisables maçona- Ijorsqu*on a voulu foiré admirer a ce grand homme ces monumens si van* tés I il a levé les épaules de pitié.

Cependant la plupart dea écrîvaina anciens et modernea Iea ploa inatmita , et Iea voyageura leaplaa éclaira , en conaidérant cea monomena , an lien de lever les épaB- Us de pitié , ont été frappés d'admiration ; et aoni

Moïse. Ajoutez que ces chapiteaux n'étaient point itînés k soutenir de Ta$tes édifices , de superbes rtîqnes , des entablemens^ des frontons , etc. ; ils devaient porter que des crochets et des rideaux : n'était donc pas nécessaire qu'ils fussent si solides. Dsî on poun*ait absolument concevoir que ces cbapi- Lux n'auraient pas coûté de grosses sommes , même les^supposant avec vous (V argent massif.

Mais le vrai y monsieur y c'est qu'ils n'en étaient u En effet ^ il est marqué dans l'Exode (1) qu'on i^ya aux chapiteaux et autres oruemens de ces [<Mines dix -sept cent soixante-quinze sicles d'arit f c'est-à-dire y moins de deux mille écus. Vous j^ez bien que cette somme n'aurait pas suffi pour re ^ en argent massif y soixante beaux chapiteaux !C8 y avec leurs abaques y leurs volutes ou leurs illes d'acanthe. Mais ce pouvait être assez pour rvrir le haut de ces colonnes de lames d'argent y les décorer de quelques cercles ou filets du même tal 'y et c'est à quoi vos écrivains auraient dû réire ces chapiteaux d'argent massif y qu'ils ima-

maissons encore d'habllea archîtectea qui parlent avec ge de rarchîtectore ëgyjptieone , que M. de Voltaire prise. Tant les goûts varient ! tant les jugemens sont losés !

apparemment , sans parler d'Hérodote , les Diodore Sicile f les Strabon , les Tacite , etc. parmi les an as ; les Rollin et les Bossuet , parmi les modernes ; Belon , les Thévenot , les Charles Lebrun , etc. ; et t récemment le consul Maillet , le docteur Pocock , capitaine Norden , etc. , tous ces écrivains , ces voyairs t ces artistes , et tant d'autres , étaient des enthouT Hes* M. de Voltaire seul a vu les choses dans le vrai /

i) Marqué dans TExod, Voyez chapitre XXXVXII. Il ait que ces 1775 sicles furent , sinon la seule , du ma la principale somme employée k ces ornemens. it.

i38 LETTRES

ginent et qui les embarrassent. Ils se seraient conformes en cela ^ non-seulement aux plus sayans commentateurs et aux meilleures yersions ^ mais au texte oiiginal , qui marque expressément , et plus d'one foiS| que les chapiteaux de ces colonnes /ur^nf cokt^erts d'argent j et qui ne dit nulle part qu'il aient i\é d'argent massif.

L'objection de ces critiques porte donc à faux , de la manière dont ils se la proposent , et elle donne lieu de croire qu'ayant d'écrire sur cette matière , ils ne s'en étaient pas fort sérieusement occupés. Ce n'étaient point ces colonnes qu'ik deyaient s'objecter ; c'était le tabernacle et tout ce qui en dépendait f l'arcbe et la table des parfums reyétues d'or , k chandelier k sept branches , le propitiatoire et les chérubins d'or très-pur; c'étaient les pierres précieuses y les laines teintes des plus belles couleurs^ etc.; en un mot ^ tous les magnifiques ouyrages que Moïse déciit , et qui nous donueul une' si haute idée du progrès des arts dans un siècle ou la Grèce était encore barbare. Voilà , monsieur ^ de quoi ils auraient dû parler , s'ils eurent été de meilleure foi on phs instruits 3 et ce qui prouye beaucoup mieux que leon prétendues colonnes d'airain et leurs chapiteaux d'argent massif ^ que nos pères , aux pieds du mont Sinaï f n'ayaient pas perdu tous les arts et tous leurs artistes , et qu'il s'en fallait bien qu'ils fussent xéduits à rinoigence o^ yous les supposez.

§. IL Fausse réponse de ces écrivains : que les ouvrages dont parle Moïse Jurent /aits dans le désert , et non renvoyés à d'autres temps.

Vos ciitiques j dites-yous , répondent que ces ouvrages ont pu être ordonnés dans l& désert, mais qu'ils ne furent exécutés que dans des temps plus heureux.

Que yeulent-4ls dire , monsieur î Prétendent-ib seulement qu'une partie de ces ouyrages ne fut pas

exécutée dans le désert l Soit : l'autre du moiDS j aurait été faite. Mais ne yoient-ils pas que cet ayeu ieal détruirait tout, ce qu'ils avancent ? Comment les Israélites auraient-ils pu faire même une partie de ces ouvrages y s'ils avaient manqué de tout , et tju'Us eussent perdu tous les arts l

Diront-ils qu'aucun de ces ouvrages ne &t fait dans le désert y et qu'on les remit tous à des temps plus heureux \ Mais , i •• non-seulement le Pentateiique y mais toutes les écritures y toute l'histoire des juifs ,

bug de ces ouvrages sous une époque oi reot pas lieu y et n'en aurait-elle rien dit au temps ou ils furent faits \ S.» S'ils ne le furent point alors y où placez^vous ces temps heureux dont vous par" lez ? Sous Moïse y sous les juges y sous les rois ? Ce Mmt là des questions où vous seriez plus embarraMé nie personne , vous y monsieur y qui croyez que les mb y ' malheureux dans le désert y furent encore plus malheureux sous leurs juges : que nos plus zrands rois^ David avec toutes ses richesses y et Salomon dans toute sa gloire , voulant ériger un temple inperbe au Dieu de leurs pères y ne purent bâtir ju une grange de village > et que le temps le plus ieureux de la nation fut lorsqu'un Juif devint fer- (uier général de Ftolomée Epiphane^ Faudrait-il reculer jusques-là la construction du tabernacle y de l'arche et de tous les ouvrages magnifiques qui en lépendaient ? Voyez y monsieur y à quoi vou^ nous ."éduisez.

Mais ne nous en tenons point à de simples conectures. Ouvrons l'Exode (1) , et nous y verrons aon - seulement Moïse recevoir dans le plus g^and létail l'ordre de faire tous ces ouvrages y mais l'exécution de cet ordre rapportée dans un pareil détail (3).

(i) Ouvrons l'Exode. Voy. ch. xxvi , xxvii et XXVlir. (a) Dans un pareil détail, Voy, cbap. XXXVi | XXXVII

OGCviii et XXXIX.

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Noos 7 yerrons ce sage législateur exhorter nos pires à consacrer au Seigneur dans cette occasion ce oa'ib ayaient de plus précieux y choisir les plus haniles artistes • donner les dessins y présider au trayail y recevoir les riches dons qu'on lui offre à l'enyi y et avec tant d'empressement y qu'il est obligé de d^

d'or, etc. , et que ces ordres s'exécutent le premier mois de la seconde année depuis la sortie de FEgypte* Nous trouverons enfin que toute la suite di Pentateuque et toutes nos écritures annoncent m dès-lors 1 arche était faite y ainsi que le tabernacle 9 et tous les ustensiles nécessaires au culte. Et vos cri* tiques viennent nous dire froidement que ces ouvrages ne furent exécutés que dans des temps prétendiu plus heureux y qu'ils imaginent sans pouvoir les désigner. A qui doit- on croire de préférence , à un rfr cit aussi détaillé y aussi positif y ou k des assertioDS vagues y et dont vous ne produisez aucune preuve?

§. m. Si les Hébreux y en arrivant au moiU Sina'i y étaient un peuple pauvre y à <iui tout manquait.

Mais disent vos critiques y les Hébreux dans U désert étaient un peuple pauvre y à qui tout manquait. Est - il croyable qu'ils jr aient fW faire tous ces magnifiques ouvrages ?

I^e prenons point le change que ces éerivtiiis voudraient adroitement nous donner. Que nos pères , après avoir erré trente ou quarante ans dans le désert y eussent été hors d'état de fournir aux fiais de tant de magnificence y c'est ce qui serait arriré dans le cours ordinaire des choses : mais ce n'est pas de quoi il s'agit. La question est de savoir s'ils le furent en arrivant au mont Sinaï y c'està-dire trois ou quatre mois après leur sortie d'Egypte.

DE QUELQUES JUIFS i4i

Or , ce peuple yeaait d'habiter , pendant deux (ts ans le canton le plus fertile de ce richejdt fio" sant pays : agriculteurs intelligens , artisans laieax f négocians actifs ^ ils y avaient joui longips de la rayeur des souverains et de la protection gouvernement. L'oppression même que leur mullicalion prodigieuse et leur prospérité leur avaient rée , ne les avait point empêchés d'exercer , dans momens de relâche , le commerce et les arts (i)^ de vivre dans une sorte d'abondance qu'ils re* ttèrent trop souvent (a). Ils avaient enliii quitté çypte ; mais comment / Après avoir eu le temps Tendre ce qu'ils ne pouvaient transporter , en menant leurs troupeaux et leurs bêtes de charge ; en emportant librement tout ce qu'ils avaient de cieax. A leurs propres effets y ils avaient joint LX de leurs oppresseurs ^ dont ils avaient emporté mtité de vases d'or, de bijoux , d'étoffes de prix, •'; qu'ils enlevèrent. En un mot , ils étaient par- ■p 9elon la promesse faite par le Seigneur à Abrar n , et réitérée depuis à Moïse , avec de grands fns (3)f ou comme le psalmiste , avec or et ar^ itl(4). Etait-ce là y monsieur y un peuple pauvre?

]i) D* exercer le commerce et les arts , etc. lia les ezerent «ans dente , puisque Moïse trouva parmi les Heinz des ouTriers en bois , des fondeurs , des orfèvres, I graveurs en pierres fines , etc. Edit»

[a) Trop souvent, m Nous étions assis , disaient- ils en ;rettant r£gypte , auprès des marmites pleines de vian- I ; BOUS mangions du pain tant que nous voulions... «M nous rappelons les poissons que nous mangions pour n en Egypte : les concombres , les melons , etc. » nous ieonent à. l'esprit » Exode , xvi » verset 3 « Nomb. p verset 5.

[3) Avec de grands liens. Voyez Gen. > chapitre XXY . r«et 14 ; Exode , chap. m , verset 21. Ji.

C4) A^ee or et argent. Voyez Psal. i«4* Et eduxit eos m argento et aura , etc» , Id, Remarquez que dans le

i4i LETTRES

§. IV. S*il est incroyable ^ue les Hébreux^ en arrivant au mont Sinaï y - aient pu faire les frais de divers ouvrages mentionnés dans VExode,

Lorsque l'écriture fait le détail des différentes sommes employées à la coDStruction du tabernacle / rt des ouyr&ges qui en dépendaient , elle ne compte

et de dix-sept cent soixante et quinze sicles ; et Fairain de soixante et dix talens et de deux nulle qoitre cents siclës. »

Pour prouver que le peuple bébreu n'était pas ai état de fournir ces sommes , il faudrait donc , ayant tout j savoir ayec quelque certitude^ à pca près k quoi elles peuvent monter ^ car quelle difficulté raisonnable peut-on faire sur ces talens et ces sicles i si Ton en ignore la valeur ? Or , vous le sava , monsieur y c'est sur quoi les plus babiles critîqaes ne sont point du tout d'accord. Les incertitudes et les variations des savans sur ces évaluations suffiraient donc déjà pour vous répondre.

Mais nous allons plus loin y monsieur y nous prétendons qu'en évaluant même ces talens et ces sicks au plus haut y il n'est point incroyable que les Hébreux aient pu faire cette dépense. Quelques critîqnes y tant juifs que chrétiens ^ pensent y et cela fUt des raisons qui ne sont nullement à mépriser^ qu'il s'agit ici de petits talens y de talens de compte

récit de Moïse tons les faits sont liés Les nus mx taUts; la promesse faite ï Abraham , et renouvelée à Moïse » le long séjour des Israélites dans «a pays si riche , la bénëdictioo du ciel répandue sur leurs traTauz, letBésax qui frappent l'Egypte et lui font désirer le départ dei Hébreux , etc. « tout se tient. EtUt,

(i) ^ et non de talens de poids et de grands talens : en conséquence ^ ils les estiment à deux ou trois millions en tout* D'autres y ayec un de yos plus habiles commentateurs y et ayec un de yos ecriyaini les plus yersës dans cette matière (2) y les font mon* ter à cinq. Les sayans Gumberland et Bernard les mettent plus haut : mais dans leurs calculs même , elle^ ne passeraient pas sept. Trouyerez-yous que ce soit encore trop peu ? portons-les k huit y à neuf même , si TOUS youlez. Assurément y estimer le tabernacle et tout ce qui en dépendait à neuf millions y ce n'est pas mettre les choses au-dessous de leur yaleur !

Or ^ on compte ordinairement y et yous le répétez sdayent yous-méme y que nos pères sortirent de l'Egypte au nombre de plus de deux millions (3) y sans L comprendre les étrangers qui les accompagnèrent ns leur retraite. De ce nombre laissons tous les étrangers et plus de dix-sept cent mille âmes 5 supposons seulement que trois cent mille Israélites aient consacré à Dieu y dans cette rencontre y le cinquième de leurs biens ( il n'y a rien là que la feryeur de leur sèle et la joie de leur déUyrance ne purent leur inspirer ) y et ne leur donnons à chacun y l'un portant rautre ^ que cent cinquante liyres ^ dont soixantequinze pour ce qui leur appartenait^ et soixante-

(i) Petits talens , talens de compte , etc. Voj* le» Réponses critiqaea du savant M. Bnllet. Aut,

(»} Dans cette matière , etc. M. le Pelletier , de Rouen , et dom Calmet. Id»

(3) Plus de deux millions , etc. Il parait qne M. de Voltaire et ses écrirains n'ont pat de calcul bien fixe snr le nombre des Israélites qui sortirent d'Egypte. Ils en comptent tantôt environ deux millions , tantôt deux millions et plus ; quelquefois même ils vont jusqu'à près de trois imUiona , augmentant ou diminuant selon le besoin pré* eent. Ces variations peuvent avoir leur commodité •* mais ttn million de plus ou de moins , snr deux on trois , n'est pourtant pas une bagatelle ! JSdit»

l^ LETTRES

quinze pour ce ^*ils ayaient enler^ aux Egyptîeiu (i) : ces suppositions n'ont certainement rien d'exMv bitant. Or y si vous multiplies Soo^ooo par i5o y TOUS aurez un total de 459000^000. Prenez le cinquième y monsieur , et vous aurez justement neuf. miUions , c'est-à-dire autant et plus qu'il ne Êdlait pour faire le taberuade et tous les ouvrages déciits par Moïse*

§. V. Réfutation de ce qu'on pourrait objecter contre les calculs précédens.

Que trouyerez-Tous k redire , monsieur , dans les calculs prdcédens ? Rejetez-yous ces éyaluationsdeCat met et de Pelletier ^ parce q^u'ils étaient ^ l'un moine, et tous deux français l Mais yoilà des écriyains qu ne sont ni français ni moines : ce sont deux anglais qu'on yous oppose.

C'étaient de bonnes gens , dites-yous (a) ^ que

(1) Enlevés aux Égyptiens, On aurait pa y ajoater Ici dëpociilles de cea oppreaaeura , rejetéea par les flots sur \% rivage de la mer Rouge , où se trouvaient les lané' lites I et cellea qu'ils purent enleyer aux Amalëcitci après la victoire qu'ils remportèrent sur eux. L'hiato* rien Josephe fait monter fort haut les unes et Lea att* très. Edit,

(a) Dite V- vous , etc. Voyez Dictionnaire philosophique, Bernard f anglais , né dans la province de 'Woreeiter , fut un des hommes les plus instruits dans tontes Ici parties des belles- lettres. Il savait le grec , l'hëbrcHi presque toutes les langues orientales , les mathânaliques , l'astronomie ; il ëtait verse dans la connaisiaocr de l'antiquité , de la critique » etc. On a de loi difeis ouvrages , et entre autres un excellent Traite anr Ut poids et mesures des Orientaux : il se trouve dans It commentaire du docteur Pocock sur le prophète Oséfc Mais l'auteur y a fait depuîa de grandes ai^gmentatioai } et l'a publie sëpare'ment. Edit^

ce

DE QUELQUES JUIFS. lip

ce Bernard et ce Cumherland{^i), D*accord ^monnear y mais ces bonnes gens étaient d*iiabiles gens ; des sayans d*an mérite distingaé : ils connaissaient l'antiquité 5 ils avaient approfondi la question qnMIs traitent y sur laquelle yos écrivains n'ont probablement que très-superficiellement réfléchi.

Quoi qu'il en soit des évaluations de ces sayans , BOUS ne nous y sommes pas bornés , nous y ayons ajtt|té deux mimons au moins y et nous sommes sûrs qiron ne manquerait pas d' ouvriers qui se chargeraient volontiers y pour neuf millions y de faire tous leâ ouvrages mentionnés dans l'Exode y pourvu qu'on s*en tint à la description qu'en fait Moïse y et qu'on ne changeât jpoint y comme font vos critiques y le bois en airain y et les omemens légers d'argent y en argent massif.

" Vous, croirez peut-être que c'est mettre trop haut ce que nos pères enlevèrent aux Egyptiens y de l'estiner à soixante-quinze livres pour chacun de nos trois cent mille Israélites y pris sur plus de deux mQltons d*ames dont ce peuple était composé. Mais y

(t) Cumberland. Richard Camberland , docteur de i*u-

alferltté de Cambridge , ëvêqne de Péterboroag , se

dîftîiigQ'a de même par une vaste énidition. Il poase'dtît tuas les anteurs grecs et latins , la philosophie , les

laathémttiqaes et toutes leurs parties , etc. La recherche des origines des anciens peuples , et l'étude du texte tt des anciennes versions de l'écriture sainte dans les lapgiftes originales , furent long temps ses principales tedts. On dit qn'il apprit le cophte k l'âge de quatrefingt trois ans. Il a laissé deux savans traite's , l'un sur ks lois naturelles , l'autre sur les poids et mesures des Béhrgux, Quand on voit certains beaux esprits ^ avec leur érudition légère , traiter si cavalièrement des hommlb de ce mérite , on a quelque raison d'en être choqivë. An reste , les Anglais ne doivent point s'étonner dé voir leurs savans compatriotes traités de la sorte : tous les savans français l'ont été de même. Edit,

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