‹ Lettres de quelques juifs portugais: avec un petit commentaire, extrait d'un plus grand, à lChapitre 16 sur 39 · Tome L l · texte numérisé non relu

Tome L l

sanglant de nos désastreis. Pourrions - nous ne pas détester les fureurs de la superstition , après en avoir été tant de fois les tristes yictimes ?

Kous sommes donc bien éloignés , monsiem* , de combattre les principes de bienveillance univen^k répandus dans votre traité. Ce sont ^ au contraire ; ces princi|es , cet esprit d'indulgence qui y règne, et ces conseils de douceur que vous y donnez aux gouveruemcDS , qui nous le rendent cber , et qui nous attachent avec plaisir à sa lecture y malgré les traits que vous y, lancez encore contre nos pères «t contre nous.

I^ous ne serons point injustes parce que vos préjugés sont violens et votre baine opiniâtre. Noos avouerons sans peine qu'on reconnaît de temps en temj)s dans cet ouvrage le coloris d'un grand mattre et les vues sages d'un philosophe ami de l'huma-, nité. Qui pourrait y lire sans attendrissement la &taie aventure qui vous en a fait naître l'idée (i) ? ou voir sans frénur les tableaux que vous y tracez dn fanatisme ^ tant d'assassinats ^ de massacres , ii guerres sanglantes que ce monstre* a causés dans votre patrie et dans le reste de l'univers ? Quel dommage qu'un sujet si intéressant ne se présente à l'es- $rit des lecteurs qu'accompagné d'une foule de réeiions étrangères , de faits hasardés y d'idées cou* fines et d'en'eurg gi'ossières , qu'on a de la peme à s'empêcher de regarder comme volontaires.

. iRous laissons. aux gens de lettres et aux chrétieos le soin de relever celle3 qu'on y trouve $ur les

(i) Naître Vidée. La famille innocente et malheareuM dont il est ici question , trouvant un appui dans M. de Voltaire , soutenue par aon crédit , et défendue par lei éloquens écrits , est un trait admirable dans la vie dé cet illustre auteur : c'est \p plus beau de ses triomphes* Vf^ sonné n'applaudit plus sincèrement que nous à la ^oiie qu'il s'est acquise en élevant le premier (a io\x tm frfctr 4e l'innocence. Aut»

DE QUELQUES JUIFS, igS

Egyptiens , les Grecs , les Romains ^ les chrétiens et leurs martyrs , sur l'histoire même de voire pays , etc.

Mais on y voit deux chapitres qui ^ sans être à beaucoup près les meilleurs de l'ouvrage y méritaient^ de notre part une attention particulière : ce sont ceux où vous voulez prouver la tolérance par l'exemple de la nation juive. Nous y avons trouvé tant de méprises y OU plutôt y le mot nous échappe ^ tant de faussetés de toute espèce sur des objets auxquels nous ne pouvions être indiiférens y que nous nous sommes crus dans l'obligation de les réfuter : c'est ce qui va faire le sujet de cette seconde partie de nos lettres.

Nous ne pouvons trop le répéter ^ ennemis de la persécution y non-seulement par intérêt y mais par caractère et par principes y nous n'attaquons point la tolérance : nous nous . bornons à vous montrer que vous la prouvez mal. Voilà notre premier objet.

Mais y pour peu qu'on lise avec attention vos deux chapitres , on ne tarde pas de s'apercevoir qu'outre le dessein que vous annoncez hautement y vous en ayez un autre qui y bien que le moins apparent y n'^ pas le moins réel. C'est d'y ramener comme vous pouvez un tas de petites diulcultés contre nos livres saints y que vous y encadrez tant bien que mal. Gomme ces petites critiques y recueillies de Éo- Ungbroke y de Morgan y de Tindal y etc. , qui tâxmémes les répétaient d'après d'autres, ne ^ont^^âs ce qui vous occupe le moins y nous nous y attacnesons aussi particulièrement. Puisqu'on ne se lasse point de les répéter , il ne faut point se lasser d'y repondre. C'est le second objet que nous nous proposons (i).

(i) Que nous nous proposons f etc. Les deux chapitrci de ]fl[. Voltaire aar la tolérance étant trop longs pour lire rapportés en entier , nous ne pouvons qu^xhorter ■09 lecteurs à les parcourir dans l'ouvrage même. Ils j nenarqneroot que nous ne dissimulons aucune de ses lifficnltés I et ils en saisiront mieux Tensemble de nof

Nous le disoas avec sineërité ^ monsieur ^ il en coûte à notre cœur de combattre un ëcriyaia que nous ne voudrions qu'admirer : mais la superionté même de vos talens est une raison de ne pas nous taire. Nous n'avons que trop éprouvé combien le nom d'un grand homme peut accréditer l'erreur et fortifier les préjuges.

Nous sommes ^ avec les sentimens les plus distingués de respect , d'estime , etc.

LETTRE IL Considérations sur les lois rituelles desJuîfs^

Oous prétexte de procédjer avec plus de méthode dans vos deux chapitres ^ vous entrez en matière , monsieur ^ par quelques réflexions préliminaires sur notre droit divin 5 c'est une occasion que vous' vous ménagez adroitement de le censurer : nous en profit terons pour le défendre. Far ce que nous allons en dire y vous pourrez juger copobien vo^ critiques ^ont justes,

§. L S'il est inconcevable que Dieu ait conP. mandé plus de choses à Moïse qu'à Abraham i et plus à Abraham qu'à ISoé.

Dans le dessein de jeter d'abord un doute général sur la divinité de notre législation j vous débutez par une de ces ironies que vous regardez cODune àes preuves victorieuses : « Gardons "nous , ditesvous , de rechercher ici pourquoi Dieu a subs»

réponses. Si Ton a trouvé qu'à propos de tolérance noiu parlons de choses qui n'y ont guère de relation ^ on Tern que ce n'est point a nous qu'il faut imputer ces dispt|f rates. Aut»

De QUELQUES JUIFS. ig^

tiiué une loi nouvelle à celle qu'il avait donnée à Moïse y et pourquoi il avait commandé à Moïse plus de choses qu'au patriarche Abra^ ham et plus à Abraham qu'à Noé, » Il semble qu'il daigne se proportionner au temps et à la population du genre humain : c'est une gradation paternelle. Mais ces abîmes sont trop profonds pour notre débile vue , tenons-nous dans les bornes de notre sujet. »

Vous auriez bien fait de i^ous j" tenir , monsieur 'y il était intéressant , digne de toute l'attention de vos lecteurs : pourquoi le leur faire perdre de vue par des réflexions qui n'y ont aucun rapport ?

Vous n'attendez pas de nous sans doute que nous entreprenions de prouver qu'une loi nouvelle a été substituée à la loi mosaïque -, ce n'est pas un des points de notre croyance. Trop conteus de voir qu'un chrétien , aussi instruit que vous l'êtes , révoque eu doute cette substitution , noua nous bornons à dire an mot de l'étonnement où vous paraissez être que Dieu ait commandé plus de choses à Moïse quà Abraham , et plus à Abraham qu'à JSoé,

Si vous en êtes surpris , monsieur , c'est que vous ne faites point assez attention que les conjonctures où se trouvait Abraham différaient beaucoup de celles où se trouva Noé , et que la situation de Moïse n'était pas celle d'Abraham 5 que Noé et ses enfans , sauvés seuls des eaux du déluge , n'avaient pas besoin d'un rite particulier qui les distinguât des autres hommes qui n'étaient plus 5 et que Moise , qui n'avait pas , comme Abraham , une seule famille , mais un peuple immense à gouverner , avait nécessairement besoin de plus de lois. Est-il donc si difficile de comprendre que de nouvelles circonstances demandaient de nouvelles lois , et que de nouveaux besoins exigeaient de nouveaux secours ? Fallait-il , pour que Dieu vous parût agir raisonnablement , qu'il commandât à Noé un rite , signe de son alliance

igS LETTRES

avec Abrabam ^ et qu'il donnât à Abraham les Im destinées à conduire un peuple qui n'existait pas? Si ce sont là les abîmes où voire débile rue se perd , elle est débile -en effet.

Vous prétendez peut-être que Keu ne peut rieo commander y ou qu'en commandant il ne peut se proportionner aux temps et aux besoins de ses créatures ', que y quand il déclare ses volontés , -il est obligé de les déclarer toutes -, qu'il n'est pas libre de se réserver , pour de nouvelles conjonctures , de nouvelles espérances à donner , et de nouveaux commandemens à faire ^ el qu'il ne peut prescrire on défendre des choses qui ^ indifférent^ en elles-mêmes , seraient devenues utiles ou dangereuses par les circonstances !Ces assertions ^ contraires à la créance commune du genre humain ^ avant d'être crues, auraient besoin d'être prpuvées , . et des dérisions ne sont pas àes preuves.

Essayez y monsieur y d'en donner quelques-unes y BOUS nous engageons à y répondre : mais , nous vous en avertissons , n'allez pas répéter celles de Tindal. Les vains raisonncmcns de ce déiste , étalés d'abord avec tant de confiance , ont été complè* tement réfutés par ses savans compatriotes , Foster , Léland, Conibeare , et6. Il faut désormais qtfe]que chose de plus solide.

§. IL Fausse idée que le savant critique vou" drait donner du droit divin des Juifs,

Mais , direz-TOus , si Dieu , après avoir donné

des lois y peut y en ajouter de nouvelles y du moins

* ne peut -il y en ajouter que de dignes de lui. Or,

ce qu'on nomme le droit divin des Juifs est-il digne

de Dieu l l'est-il d'un législateur sage ?

On pourrait en douter , si l'on en jugeait d'après l'idée que vous vous en feites , ou plutôt que vous voudriez en donner à vos lecteurs. Mais cette idée est-elle juste ?

« On appelle , je crois , dites- vous , droit divin , les préceptes que Dieu a donnés lui-même. Il voulut que les Juifs mangeassent un agneau cmt avec des laitues , et que les convives le mangeassent debout ^ un bâton à la main ^ en commémoration du Phase. Il ordonna que la consécration du grand-prêtre se ferait en mettant du sang à son oreille droite 9. à sa main droite et k son pied droit ^ coutumes extraordinaires pour nous , mais non pas pour l'antiquité. Il défendit que Ton se nourrit de poissons sans écailles , de porcs , de lièvres , de hérissons , de griffons, d'ixions , etc. Il institua les fêtes ^ les cérémonies. Toutes ces choses y qui semblaient arbitraires aux autres nations , et soumises au droit positif , à l'usage ^ étant commandées par Dieu même , devenaient un droit divin pour les Juifs (i)j comme tout ce que Jesus-Christ , vis de Marie , ûls de Dieu , nous a commandé , est de droit divin pour nous. »

C'est ainsi ^ monsieur , que vous représentez notre droit divin. Toute cette législation , respectée pendant tant de siècles , n'est ^ selon vous y qu'un ramas

(i) Droit divin pour les Juifs, M. de Voltaire paraît opposer le droit divia au droit positif; ce serait une méprise. Le droit divin des Juifs se distingue en droit divin naturel, qui comprend les lois morales fonde'es^dans la nature des choses , et en droit divin jpositif , qui renferme les lois cérémoDieiies , les lois de police , etc. » fondées ■ur la volonté seule et le bon plaisir de Dieu. Il parait encore confondre , comme Tindal , les lois positives avec les lois arbitraires, et entendre comme lui par lois arbitraires des lois de pur caprice , et qui n'ont aucun motif, aucun objet raisonnable. En ce cas , il se trompe comme TindaU Les lois positives sont celles qui ordonnent ou défendent des choses indifférentes de leur nature. Mais des choses indifférentes en elles-mêmes peuvent être ordonnées ou défendues dans certaines circonstances , par des vues sages et des motifs raisonnables. Edit.

d'observances yaines ^ et de pratiques saperstittta« ses. Tel est le portrait que vous éb faites : semblable eu ce point à ces peintres malins ^ qui n'emploient Part du profil que pour présenter au côté le içoins favorable l'objet qui leur déplait.

Mais ces lois rituelles y que vous citez seules^ sont-elles donc le droit divin des Juifs l en sontelles la principale et la plus essentielle partie î Nos prophètes disent partout te contraire. Le Décalc^e, cet abrégé le plus parfait de la morale , et tant d'autres préceptes admirables sur les devoirs de l'homme envers Dieu ^ envers soi-même y et envers ses semblables , voilà le fondement et la première partie de ce droit } et tous les sages réglemens qu'on y voit sur le culte extérieur , et sur tout ce qui le concerne y sur l'autorité des magistrats y sur les héritages y les contestations y les jugemens y ^ur la manière de faire la paix et la gueire ^ etc. ^ en un mot y sur toute l'administration ecclésiastique^ civile et politique , c'en est la seconde. Le borner , comme vous faites y à des cérémonies et à des rites , c'est en donner .iine idée incomplète , et par conséquent fausse 5 c*est dire que se baigner , on faire répandre de l'eau sur sa tête est le droit divin des chrétiens , ou , pour désigner M. de Voltaire, nommer l'auteur , non de la Henriade et de Zaïre , mais de Zulime ou d'Olimpie. Si nous en agissions de cette manière y monsieur y notre procédé vous paraitraît-il impartial ? et n'y trouveriez -vous pas plus de malignité que de candeur î

§. III. Vains efforts du critique pour rendre ri" dicules les lois rituelles des Juifs, Manduca" tion de Vagneau pascal i consécration du gtand^prêtre.

U ne TOUS sufflt-pas de donner de notre droit diyîn une idée fausse , vous essayez d'y jeter du ridicule.

Nos rites sont des coutumes extraordinaires pour vous. £tes-yous donc de ces hommes simples qui , n'étant jamais sortis de leur pays , trouvent bizarres tous les usages étrangers 5 ou oui, concentrés dans leur siècle, ne jugent raisonnable que ce qui ressemble a ce qu'ils voient ? L'usage de manger tous les ans l'agneau pascal debout y un bâton à la main y est étrange à vos yeux : mais en était-il un plus propre à rappelé» aux Hébreux leur départ de PEgypte , et les merveilles qui l'accompagaèrent (1) ?

Qu'importe , s'il vous plaît que l'on consacre un grand-pretre en mettant du sang à son oreille droite y ou en versant de l'huile sur se$ mains ! Tous les rites au fond sont égaux : ils n'ont d'auguste que la sainteté que la religion y attache. Se choquer de ces usages d'un peuple ancien , trouver CCS coutumes bizarres , c'est imiter l'enfant qui a peur, ou le petit-maître qui sourit avec dédain à la vue d'un habit étranger.

(i ) Qui raccompagnèrcTtt, Ce rite , particulier h. la nation juive et dont l'institutioii remonte au temps même de ce départ , est une preuve incontestable des faks dont il rappelait le souvenir. L'institution de cet usage fut donc un trait de sagesse de la part du législateur. Aut,

aoî» • LETTRES

§. IV. Animaux interdits aux Juifs : motifs de

ces défenses.

n Dieu , dites-vous d'un ton railleur , défendit

Su' on se nourrît de poissons sans écailles , de porcs/ e lièvres , de hérissons , de hiboux , etc. » Eh bien !^ou sieur ^ où est le ridicule cpe des nourritures malsaines aient été interdites par des lois sages 5 et que d'autres, qui pelivent paraître agréables à quelques peuples , aient âé prohibées pour des raisons particulières ^ qu'on ne peut condamner quand on les ignore ?

La loi nous défendait de manger les hérissons, les hiboux , les oiseaux de proie : ajoutez-y di» verses espèces de sauterelles , les rats , les lé* zards y les serpens , etc. Vous êtes surpris , monsieur y de ces défenses : vous le seriez moins , sans doute y si vous vouliez bien vous rappeler qu'alors on mangeait dans ce pays , comme on y mange encore , certaines espèces de sauterelles (i) ; mais que y du temps de nos pères , quelques peuples demi-

(i) Certaines espèces de sauterelles. Les «anterellef se pourraient guère «ervir d'aliment en Europe : elles J aont trop petites et trop maigres. Celles d'Orient , ploi grosses , peuvent fournir une meilleure nourriture. Dsni la Palestine , l'Arabie et les pays voisins, on en mange encore différentes espèces , qu'on sale et que l'on copserve. On lus sert frites ou en ragoûts. Le docteur Sfaiw rapporte , dans ses Voyages , qu'il en mangea de frites en Barbarie « et qu'elles avaient à-peu près le goât dei écrevisses. En 1693 , il en parut des nuëes en Allemigne» 'qui ravagèrent divers cantons. Un Juif ayant assoré le célèbre Ludolph qu'elles ressemblaient à celles de Judée I ce savant se hasarda d'en manger avec toute sa br mille ; il leur trouva le même goût que Shaw.

Les sauterelles étaient une nourriture connue ancien* nement 1 et d'un usage commun chez les Ethiopiens » les

DE QtJELQtJES JUIFS. ^ ao3 barbares les maDgeaient toutes sans distinction j que les animaux même qui vivent de charogne ^ les lézards f certains rats de campagne (i) ^ etc. , leurs servoient quelquefois d'alimens , que non-seulement les Fsyllcs , mais d'autres Arabes y mangeaient et mangent encore les serpens et les vipères (2) 5 . et

r'en quelques pays même de l'Europe tiès-policés , corbeau, la couleuvre , etc. , ne sont pas des nourritures tout-à-fait hors d'usage (3). Quoi ! monsieur, vous faites un reproche k notre législateur d'avoir défendu à son peuple ces dangereux et vils alimens , et de lui en avoir prescrit de plus convenables et de plus sains?

§. V. Des ixions et des griffons.

Parmi les oiseaux de proie qui nous sont interdits , voos nommez Ze; ixions et les griffons j dont Moïse ne parle point. Serait-ce pour faire confondre des oiseaux réels (4) 9 etc. ^ avec des animaux fantasti-

Lybieos , les Parthes et les aatriw nations de TOrient , dont lefl Jaifs étaient environnés. Les témoignages de Oiodore de Sicile , d'Aristote , de Plîne , etc. 1 ne permettent pas d*en douter. S. Jean -Baptiste en vivait dans le désert. Voyez Chais , etc. Ediu

(t) £«# lézards , certains raté de campagne , etc. Ces alimens sont encore d'usage en Arabie. Voyez les VojagiBS d'Hasselqaîst , de Shaw , etc. jiut,

(ft) Les serpens et, les vipères. Voyez les Voyages d*Has- •elqulst. Aut»

(3) Tout 'à' fait hors d*usage* On dit qu'on en mange en quelques provinces de France. Aut,

(4) Oiseauz réels. Il est très* clair que Moïse ne parle point ici d'êtres imaginaires , mais d'oiseaux ne proie très-connus de son temps. Néanmoins il ne serait paa aisé de dire précisément quelles espèces d'oiseau de proie il £int entendre par les mots hébreux raajetperés qn'odlil dans le Lévitlque. Il en e,U de même d'une grande partie

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ques f qui n'existent que dans l'imagination des pein«' très et des poètes ? L heureux moyen de rendre notre droit diyiu ridicule ! !Nous doutons pourtant qu'ii vous réussisse , du moins auprès des lecteurs éclairés $ ûs savent trop ce qu'on doit penser de ces railleries fondées uniquement sur l'obscurité des termes et l'ignorance des anciens usages.

Vous aurez beau dire que les griffons et les ixions des Juifs doivent être mis au rang des monstres ^ que c*étaient des serpens aîlés avec des ailes d*aigles ^ on tous demandera dans quel endroit de l'écriture vous avez trouvé cette belle description 'y on vous priera de citer le passage ) et quand vous le produirez , monsieur y il étonnera bien des sa van s.

§• VI. Autres animaux défendus.

Si les poissons sans écailles étaient interdits à nos pères , il nous Semble qu'ils ne devaient pas les regretter beaucoup. On sait qu'en Orient surtoot ils ne sont ni les plus propres ni les plus sains , qu'ils vivent presque toujoiirs dans une vase échauffée ; et que leur chair mollasse et visqueuse n'y est rien moins que facile à digérer (i).

Vous n'approuvez pas non plus que le lièvre nous ait été défendu : vous l'aimez apparemment j d'autres ne l'aiment point : il 'ne faut pas disputer des goAts*

des quadrupèdes et des reptiles dont il est qoestion dmi le même chapitre. Noas croyons qae le raa et le perés sont le milan et l'orfraie ; d'antres prétendent que c'ea^ l'épervier et nne espèce d'aigle à bec recourbé qa'o^ nomme griffon* Edit.

(i) Facile à digérer. Quelques anciens assurent qu^ les Egyptiens ne mangeaient point de poissons san^ écailles ; et Grotîas observe que Nnma avait deTendo d'e^ servir dans les repas qa*on donnait en l'honneor de^ dieux. Voyez les notes de ce savant sur le Lévidqnt'^ ^dU.

DE QUELQUES JUIFS. 2o5

Maiâ igDorez<*vous que les viandes les plus exquises et les plus recherchées dans quelques pays ne le sont pas également partout ? Qui vous a dit que , dans les pays chauds y le lièyre a ce fumet qui vous flatte ? Sa chair , qui doit y être plus ïioire et plus pesante , pouvait foit bien n'être pas du goût des habitans de la t^alestine et des pays voisins. On a d'autant plus lieu de le croire , qu'encore aujourd'hui les Egyptiens et les Arabes en font peu de cas y au rapport dHasselquîst (i) : Ils laissent en paix 9 dit ce savant voyageur , ces animaux si ^persécutés en' tant d'au* très paj's. Ce n'était donc qu'un aliment dédaigné que notre législateur nous interdisait : y a-t-il là de quoi vous surprendre ?

Il se peu.t encore aue vous trouviez le porc excellent et sain ) mais nien des gens y même p{u*mi les chrétiens , en jugent autrement , et le regardent comme une nourriture indigeste. Ce n'est pas tout : cet animal est sujet à une maladie contagieuse y autrefois très-commune dans la Palestine et dans les environs : ce fut même par cette considération que vos pères y ayant rapporte la lèpre de leurs expéditions de la Terre-Sainte y déEendirent d* exposer en vente la chair de porc y à moins que l'animal n'eût été visité par les experts établis à cet effet (2). Enfin

(i) Au rapport éHKasselquist* Voyez ses Voyages. On 9 remarqué de même que les anciens Bretons ne mangaient point de lièvre : Leporem gustarefas non putant, dit César ( de Bello gallico , iib. 5. ) C'est une observation du savant Spencer , dans son Traité des lois rituelles des Hébreux.

(a) Experts établis à cet effet. On dit que ces experts , dont les ofHces existent encore , furent créés sous le titre 4e conseillers du roi langueyeurs de porcs. En effet ^ c'est k la langue qu'on visite ces animaux. Lorsqu'on j remarque des ulcères ou des pustules blanches , on les )fige ladres , et on n'en permet pas ,1a vente. Voyea le Traité de la police par le commissaire Lamare. Aut^

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la saleté seule de ' ce quadrapède suffisait pour en d^oûter. Aussi les Egyptiens , les Arabes , presqae toutes les nations ^ depuis l'Ethiopie jusqu'à l'inclf Payaient en horreur (i). Combien plus devait-il être détesté par un peuple auquel sa loi recommande^ avec tant de soin ^ la propreté et la pureté même extérieure ! En un mot ^ le porc est indigeste y il est sujet à la lèpre ^ c'est de tous les animaux le plus sale: il nous semble que c'étaient trois raisons assez fortes de le bannir de nos tables, (a).

Il en est k peu près de même de tous les autres ani**

(i) L'avaient en horreur, L'averfion des £g3rptienipOBr le porc allait ai loin » au rapport d'Hérodote , qae li qaelqa*an avait touché , même par hasard , nn de ces animaux , il allait aussitôt se plonger dans le Nil tout ha« bille. La plupart de ces peuples , égyptiens , arabes , indiens, conservent encore la même répugnance. Mahomet n'a défendu qu'assez faiblement la chair du pour* cean , cependant les mahométans en ont partoat la piui grande horreur, yoy» Chais. Aut,

(a) Le bannir de nos tablesm «• Dans l'Arabie , etc> i dit M. de Boulainvilliect | la salure des eaux et des alimens rend le peuple très-susceptible des maladies de ii peau.G'était donc une loi très -bonne pour ces pays , que de défendre de manger du porc. Sanctorius a observé que £1 chair de cochon que l'on mange se transpire peu , et que même cette nourriture empêche beaucoup la transpiration des autres alimens ; il a trouvé que la diminution allait è un tiers : on sait d'ailleurs que le défaut de transpiration forme ou aigrit les maladies de la peau. La noa^ ritnre de cochon doit donc être défendue dans les climats on l'on est sujet à ces maladies , comme celui de la Palestine , de P Arabie , de l'Egypte , de la Lybie , etc. » Cette remarque est de M. de Montesquieu, f^oyez l'Esprit des lois , tome il. Aut, ^

M. de Voltaire , dit lui-même que la Palestine est nn pays de lépreux , où le cochon est presque un aliment

^ f^oye* Esprit des Lois, livre xxiv 1 chap.xxv.

maux qui nous sont interdits ^ik étaient recardés alors ^ et le sont même encore aujourd'hui dans presque tout l'Orient ^ comme des alunens malsains ou gros- ^ers y indiG;nes de paraître sur les tables de gens qui se piquent d'honnêteté.

$• VII. Deux autres motifs de Vinterdiction de

tous ces animaux.

' La grossièreté ou la délicatesse y le danger ou la salubrité de certaines nourritures j étaient sans doute , pour un législateur sace des motifs suffisans de les ordonner ou de les défendre ^ mais Moïse en eût d'autres plus importa ns et plus relatifs au but qu'il se proposait dans l'établissement de sa législation.

La plupart des peuples s'abstenaient alors ou se pennettaient de manger divers alimens , encore moins» par barbarie et par rudesse de mœurs que par préju-

S^s* religieux et par yaines superstitions. Ainsi les lyriens , ou du moins leurs prêtres y ne mangeaient point de poissons (i) 5 ceux d'Egypte y ni poissons^ ni oiseaux de proie y ni aucuns quadrupèdes qui n'a- Taient point la corne du pied fendue ) et les Phéniciens y ni pigeons y ni colomBes (2). Les anciens Zabiens s'aostenaient de même de divers animaux y parce qu'ils les croyaient spécialement consacrés aux . dîfférens astres y objets de leur culte y et qu'ils s'en servaient dans leurs divinations (3). Ce sont ces abus

mortel. » Et il est surpris qu'il nous soit interdit ? Voy* Dictionnaire philosophique , ait* Montesquieu **, Edit.

** yoy, Dictionn. philos. | tome V 1 Esprit des Lois , tome XLi des Œuvres.

(i) De poissons. Quelques-uns de ces peuples adoraient leurs dieux sous cette forme. Aut.

(a) iy» colombes. Ils croyaient que leur déesse avait para sous la forme d*une colombe. Ant^

(3) Dans leurs divinations. C'est à cause de ces mes •nperstitienses'des payens dans la distinction dcsriandes}

2o8 LETTRES

que Moïse youlat prévenir panni nous ^ en établissant

sur d'autres principes la distinction des alimens.

L'abstinence de certains animaux étant , chez la plupart de ces peuples j un signe qu'on s'était consacré k telle ou telle divinité y ce sage lédslateur voulait encore y par cette distinction y rappeler sans cesse aux Hébreux leur consécration particulière au Seigneur , et ( permettez-nous cette vanité , elle est fondée ) leur supériorité y du moins quant au culte , sur tous les peuples d'alors. Ce dessein n'est pas douteux y il est expressément marqué, dans la loi : Je vous ai séparés de toutes les nations de la terre , pour être spécialement mon peuple.

dit*le Seignem' j séparez donc aussi le pur d'avec l'impur^ . ne vous souillez point en mangeant les animaux que fai déclarés immondes (i)-:

abstenez - vous de la chair de ceux qui seront morts d'eux-mêmes ou qui auront été déchirés par les bêtes y laissez'les aux étrangers ou aux chiens : mais pour vous f soyez saints parce que je suis saint {t.) j comme s'il leur disait , selon la remarque d'un habile commentateur (3) : a Vous êtes un peuple choisi, y une nation toute consacrée à ma gloire y n'usez que de nourritures assorties à votre dignité. Sentez vous-mêmes , et faites sentir à tous les peuples , par la pureté et l'honnêteté de vos alimens y que vous appartenez au Dieu saint et pur. «

Il nous semble y monsieur y que ces motifs n'ont rien, qu> dégrade la nation y ou qui démente la prudence divine de son législatem*.

qu'un des apôtres du christianisme appelle cette dittînc* tien doctrine diabolique, Edit.

(i) Que y ai déclarés immondes* Voyez Lévîtique , XXt (à) Parce que je suis saint» Vojez Exod xxil. (3) lyun habile commentateur. C*eat de M. Gbaû que nous parlonSt Ce savant ministre a rëuoi dans son Commentaire tout ce que les écrivains anglais ont dit dt mi(fax sur le Pentateuque. Nous en avons souvent profité dans cette lettre. Aut.

DE QUELQUES JUIFS. aog

§. VIII. De quelques autres lois rituelles , et

de leurs motifs.

Quand après tant de siècles ou ignorerait les motifs de toutes nos lois rituelles y la sagesse admirable de notre législateur y prouyee par tant de traits y suffirait pour persuader qu'il ne les a données que par des raisons très-fortes , dignes de lui et de l'esprit de Dieu qui les dirigeait.

Mais nous n'en sommes pas réduits à ce point sur la plupart de ces lois. Divers sayans y tant Juifs cpie Chrétiens , en ont fait connaître le but et l'u-r. tïlité y par rapport au temps et aux lieux où se trouvaient nos pères. Les unes étaient des condescen<^ dances que le Seigneur daignait ayoir pour un peuple long-temps habitué aux usages de l'Egypte : de là cet appareil majestueux du tabernacle y ces sacrifices multipliés y ces cérémonies pompeuses y inconnues à nos pati'iarches y et qui firent partie de notre culte. Les autres ayaieut pour objet d'inspirer aux Hébreux une horreur invincible pour les pratiques barbares .les superstitions abominables de leurs voisins ^ et de là ces défenses de passer leurs enfans par le feu (i), de se stigmatiser (2). de se taillarder

(1) Enfans par le feu* C'était Tusage des adorateurs ^ Molock. On passait aussi par le feu en Thonneur d'Apotion. Apollo f dit Aruos dans l'Enéide :

Qoem primi colimus , cni pineuB ardor acervo Pascitur, et médium , freti pietate, per ignem Cultores multà premîmus vestigia pruoâ. ëdit.

(i) De se stigmatiser. C'était la coutume de quelques ^oUtres , de s'imprimer sur la peau diverses figures ou ^mctères en l'honneur de leurs Dieux* F^oy, , sur toutes «a défenses. Lévit. xix , 26 , etc. Aut,

venir à l'esprit d'aucun l^islateur. Cette loi né pu être fondée que sur la certitude que dut ayoir le notre y que chaque siuème annëe produirait abondam* ment pour trois ; sans cela Moïse courrait mque de faire périr ses concitoyens de famine ^ et d'attirer sa' sa mémoire la malédiction publique. Or , cette certitude

s'il n'eût été qu'un législat

qui aurait été le comble de la folie ^ dans un politique oui n'aurait eu que des ressources humaines ^ est une démonstration qu'il en avait d'autres ^ et que le Dieu dont il se disait le ministre y l'assistait effectifement y et veillait sans cesse sur Israël (2),

]^os lois rituelles y ces lois que vous jugez si bizarres 'y ne devaient donc point leur naissance au caprice. Quoique positwes (3) , elles étaient fondées en raison , et elles avaient chacune leurs motifs particuliers y bien que tant de siècles écoulés ne nous permettent pas de les connaître tous. -

§. IX. Motif général de toutes les lois rituelles»

Mais a ces motifs particulier^ s'en joint un géa&ral y qui suffirait seul pour justifier la sagesse de ces institutions extraordinaires 1 c'est qu'elles tendaient toutes à un but commun y digne d'un grand l^lateur. Ce but de Moïse était d'assurer y contre toates

(i) Que de Dieu» Elle était fondée sur une promesse ex- » presse. Faites ce que je vous commande, dit le Seigoeur^ n Que si vous dites : Que mangerons-D(Ais la s^tièoe n année , si nous ne semons pas et si nous ne recueiilooi^ >i pas / Je vous donnerai .ma bénédiction la sixième année , et cette année produira pour trois, >» Léviuqoe XXV , 18, ai.

(a) Veillait sans cesse sur Israël, C'est une remarque du docteur Léland contre Tindal.

(3) Quoi(juc positives» Voyez plus haut, J. u Idem,

DE QUELQUES JUIFS. 2i3

les rëyolutioDS des temps y la durëe de sa nation , . et la {>ureté du culte au'il yenait de lui donner^

Dans cette vue , n fallait -attacher fortement les ,Bâ)reux à leur religion : et c'est ce qu'il opère de la manière la plus^efficace , par cette multitude d'obseryances qu'il leur impose. Gar y comme le remarque judicieusement l'auteur de l'Esprit des lois * : « une religion chargée de beaucoup de pratiques attache plus k elle qu'une autre qui l'est moins. On tient beaucoup aux choses dont on est continuellejnent occupé ; de là ^ dit-il ^ Vobstination tenace des Juifs. » Vue très-philosophique que Moïse avait eue ayant lui ^ et que nous sommes surpris qu'un bomme tel que youS; monsieur , n'ait point apevçue. • Pour parvenir plus sûrement à ce but , il fallait encore tenir tous les individus de la nation étroitement unis entr'eux y et séparés de tous les autres peuples. Or , quoi de plus capable de produire cet eflfet que ces observances singulières y et toutes ces pratiques différentes de celles des autres nations y ou diamétralement opposées à leurs usages? Ce fut y au jugement même des païens y le signe qui nous distingua d'eux, et la barrière qui nous en sépara dans tous le^ temps (i),

* Voyez Esprit des Lois, liyre xxv, chapitre ii.

(i) Sépara daàs tous les temps. Les législatears an* eiens , sartoat ceux d'Egypte ; regardaient la communication trop libre de leurs peuples avec les étrangers comme une des principales causes de la corruption des mcenrs , et du peu d'attachement aux usages et aux lois du pays. Des rites particuliers , Tabstinence de divers animaux , etc. , pouvaient empêcher cette commùnicatien, et l'empêchaient en effet. « Gomment pourrai -je )» vivre avec toi , dit un militaire à un Egyptien « dans M an comique grec , tu adores le bœuf , et je le mange ; n l'anguille est ta divinité , et c'est mon mets favori ; M tu ne manges pas de cochon,, ,et il n'y a rien que j 9» |:ant I %t Peut-être Moïse emprunta- t-il d'eux cftte

aime M e po- 1

ai4 LETTRES

Oui y monsieur , si la perséyërance du peuple juif dans le même culte y si son existence , après tant de révolutions et de catastrophes y jpeut s'expliquer lut* mainement , c'est k ces institutions qu'elle est due» C'est par les obseryations que les Hébreux ont faites/ qu'ils font encore ^ et qu'ib feront jusqu'à l'accom^ plissement des oracles , une nation à part 5 et que, malgré leurs captivités , leurs dispersions et leurs malheurs , ils triomphent de la durée des siècles , tandis que les peuples les plus puissans , et regarda comme les plus sages , ont disparu de la surface de la terre.

Voilà le but et l'utilité générale de ces observances que vous condamnez si légèrement. Sont-ce là des vues ridicules , une politique absurde ^ et des projets mal conçus ? Le législateur juif connaissait mieux que vous , monsieur , le cœur humain ^ et le besoin qu'ont toutes les sociétés religieuses et civiles de liens extérieurs qui les unissent. A ne parler de lui qu'hor mainement ^ et à juger de vous par vos critiques , tout grand philosophe , tout beau génie que vous ' êtes y vous n'eussiez été ^ à la place de ce grand homme , qu'un faible politique et un très-^tit législateur. Depuis long-temps votre peuple , votre religion et vos lois auraient cessé d'être (i).

litîqae dont il fit un meilleur usage , et qu'il tourna vert un meilleur but : elle lui a réa ssl ; on le voit encore tout les jours»

La séparation d'avec les étrangers , dit Tauteur de l'Efprît des lois , est la conservation des mœurs. Il parait que ce magistrat célèbre avait plus réfléchi sur les lëgislatioiif que M. de Voltaire Edit.

(1) Auraient cessé d*étre. Nous croyons que les auteurs de ces Lettres ont solidement prouvé la sagesse des lois rituelles de Moïse t mais l'immutabilité , ou ; comme parlent quelques rabbins, rétemité de ces lois n*est pat une suite nécessaire de leur sagesse. On traitera dans la suite cette matière plus an long. ChréU

DE QUELQUES JUIFS. atS

Nous sommes ^ ayec les sentimens les plus respectueux , etc.

LETTRE m.

2ue Vintolérance des cultes étrangers était de droit divin dans le judaïsme. Que la loi Juive était intolérante y qu'elle ne l'était pas seule ^ et qu'elle l'était plus sagement que les lois des anciens peuples.

Il est temps ^ monsieur , de passer à ce qui fait • ou plutôt à ce qui devrait faite votre principal objet dans iros deux chapitres. Vous vous proposez ^ dites-vous, le traiter deux questions 5 la première ^ si l'intolé- "ance ëtait de droit divin dans le judaïsme : la seconde I si elle y fut toujours mise en pratique. Nous luîyrons ici le même ordre , et nous examinerons (uccessivement ce que vous dites de l'une et de l*au«r re de ces questions.

G)mmençons par la première y et voyons noneulement si la loi juive était intolérante ; mais pour"» [Qoi elle l'était y si elle l'était seule ^ et comment ;Qe l'était. Ces objets , qui nous ont paru intéres* ans y feront la matière et le sujet de cette lettre. ?uisse-t-elle vous faire passer quelques momeus igréables !

|. I. Que la loi juive était intolérante sur le

culte,

A votre début y monsieur^ nous avions cru que 'DUS alliez essayer d'autoriser la tolérance par quel-* [ue texte du code juif expliqué à votre manière. Mais lOQ £vou9 convenez franchement qu'on y trouve des ois sévères sur le culte y et des châtimens plus sç«* ères encore^ Bien de plus vrai,

ai6 LETTRES

Non-seulement il y est prescrit de n'adorer que le Seigneur y il y est encore expressément ordonEié

?ue quiconque sacrifiera à drautres dieux quà ' Eternel t soit mis à mort sans rémission {i)t A quoi le Deutéronome ajoute : S'il se trouve 4»' milieu de toi , dans quelques- unes des villes que l'Eternel va te donner , homme ou femme qui fasse ce qui déplaît à l'Eternel , en transgressant son alliance , et qui serve d'autres dieux , et se prosterne devant eux , soit de» yant le soleil ou devant la lune , ou devant Vannée du ciel , et que cela t*ait été rapporté, tu t'en enquerras soigneusement 3 et , si tu dé' couvres que ce qu'on t'a dit soit véritable , et qu'il soit certain qu'une telle abomination ait été faite en Israël , tu conduiras vers tes por* tes r homme et la femme coupables^ tu les la* pideras et ils mourront (%),

La loi traite ayec la même r^ueur ceux qui ié" tourneraient leurs frères du vrai culte. Prétendos prophètes ^ amis^ parens^ elle yeut ^u'on les dé' nonce ^ qu'on les lapide et qu'ils meurent , parce qu'ils ont parlé de révolte contre Jéhovah. Que si l'on apprend qu'une des villes israélites ^ à la sollicitation de quelques-uns de ses habitans , a quitté le Seigneur pour servir d'autres dieux , elle ordonne 4( ^'il soit fait des informations exactes y et

(t) Sans rémission. Exode XXtx » so. Les chrétieM, dit Spencer , ont tort de conclure de cette loi qa'ilf aient droit on qu'ils soient obligés de mettre à mort lei idoUtres , ou ceux qui pensent autrement qu'eux tar la religion. Dieu donna cette loi aux Hébreux , non comme Dieu maître souverain de rooirers , mais comme chef politique dn gouTerûement établi dans le pays qu'il leur avait donné : Non quatenùs Jehovah , dit le sayant Ani glais I sed quatenùs Jehovàh stator. Elle n'oblJAe pU même les Juifs dans leur dispersion. C/wét.

(2) Ils mourront. Voyez Dent, xillt Aut,

une

une enquête juridique y et que , si le crime est trouvé certain , et le peuple endurci dans son

gostasie y cette ville soit détruite avec tout qui s*x trouvera , en sorte qu'elle demeure ensevelie sous ses ruines , sans qu'on la relève f ornais, (^i).

Des exemples d'une séveritë rigoureuse confirment ces ordonnances. Les adorateurs du veau d'or sont égorgés sans miséricorde : le. culte du dieu de Madian est puni par la mort des coupables 3 et dès que les tribus d'au-delà du Jourdain sont soupçonnées d'élever des autels aux dieux étrangers , tout Israël $'arme pour les combattre , etc. (2).

U n'est donc pas douteux que le droit divin des Juifs ne fût intolérant et sévère sur le culte. Il l'était même nécessairement y et ne pouvait pas ne pas l'être. Pourquoi ? C'est ce que vous n avez pas assez compris , monsieur, ou n'avez pas voulu apprendre à vos lecteurs. Tâchons de l'éclaircii'.

§, II, Pourquoi la loi juive était si sévère et si intolérante sur le culte.

L'intolérance et la sévérité de nos lois sur le culte vous, surprennent et vous révoltent. Vous vous figurez sans doute que l'adoration des dieux étrangers était pour les Hébreux une faute légère. Erreur , joionsieur ce n'était pas seulement un pécbé grave contre la conscience , une coupable infraction d'une des premières lois naturelles , c'était encore un délit public , et le délit public le plus digne de châtimeht.

Sottez enfin du cercle étroit des objets qui vous entourent , et ne jugez pas toujours de notre gouvernement par les vôtres. La république des Hébreux

(1) Qu'on la relhve jamais. Voyez Deut« xrx« ^u/.

{a) Les combattre , etc. Voyei Exode xxii ; Nombre XXV.

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