‹ Lettres de quelques juifs portugais: avec un petit commentaire, extrait d'un plus grand, à lChapitre 17 sur 39 · Tome L K · texte numérisé non relu

Tome L K

ai8 LETTRES

u'était ni une simple insûtutioa religieuse , ni une administration purement civile, c'était tout k. la fois Tune et l'autre ; et au lieu que dans vos gouverjiemens l'état et la religion sont deux choses séparées y dans le nôtre , comme nous Payons déjà (fit f ils n'en font qu'une. Tout culte étranger, attaquant la religion dans son principe fondamental, attaquait, . par-là mcme la constitution de l'état , . et l'attaquait dans ce qu'elle avait de plus important , de plus précieux et de plus essentiel. Le but , le grand objet du gouvernement hébreu était de préserver la nation de l'idolâtrie et des crimes dont elle était la source , et de perpétuer parmi nous la connaissance et le cnlte du vrai Dieu. C'est sur ce culte que tout portait dans l'état ; c'était le centre où tout aboutissait , le lien

Îtuissant qui unissait entre eux tous les membres de a république , et même aux yeux d'une sainte philosophie , le grand titre de prééminence et de supériorité du peuple hébreu sur tous les peuples de la terre. A la persévérance dans ce culte étaient attachées , par le contrat original passé entre le Seigpeor et son peuple , la possession de la terre qu'il leur avait donnée , la sûreté des particuliers et la prospérité de l'empire (i). Donc embrasser , conseiller des cultes étrangers , c'était troubler l'ordre public , jeter des semences funestes de division (2) , attenter à la majesté de l'état , et lui arracher sa gloire , l'espé-» rance de son bonheur et de sa durée. Stait-^e là un manquement léger ?

Dans ce gouvernement, Jèhovah était non-seule* ment l'objet du culte religieux , comme seul Ttai Dieu , il était encore le premier magistrat civil f et ' le chef politique de l'état. Il avait chobi les Hébreux pour ses sujets comme pour ses adorateois f ^ les Hébreux l'avaient reconnu pour leur' roi , coaaofi

(i) La prospérité de V empire. Voyez sur tous ceapobU Texode chap. xix , et le Deut. v , vu , etc. ^ut. (2) Funestes de dh'fsion, Voj ez pla» haut , Lettre )II*

pour leur Dieu. L'adoration de Jehovali seul , Pattadiement inviolable à son culte ^ avaient été la première condition et la base de son alliance avec son peuple : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu , et tu ne serviras que lui. Adorer des dieux étrangers était donc une violation de son alliance 9 une révolte contre le souverain , en un mot, un crime d'état au premier cbef. Dans quel gouvernement sage les crimes d'état peuvent-ils être tolérés par les lois ?

Ne nous étonnons donc plus de l'intolérance et de la sévérité de nos lois sur le culte. Elles traitaient et devaient traiter les adorateurs des dieux étrangers , comme les lois de tous les peuples d'alors traitaient les traîtres à la patrie (0 et les sujets révoltés contre leur prince, î^otre législation même devait être d'autant plus sévère que nos Hébreux étaient des cours durs et des esprits indociles y leur penchant à ridolâtrie violent , et l'exemple de tous les autres peuples une séduction puissante.

(1) Les traîtres à la patrie* Dans ces anciens temps , 0& des mœurs dures exigeaient des lois sévères , les cri- ■oes d'état étaient punis chez tous les peuples avec la dernière rigueur. Le crime d'un particulier entraînait presque toujours la destruction entière de sa famille. Les villes coupables étaient renversées de fond en comble , et leurs habitans passés , sans distinction , au fîl de l'épée. L'histoire fournit plus d'un exemple de cette sévérité , non-seulement en Orient , mais chez les Grecs et les Romains , même dans les derniers temps de la république.

Les lois des peuples modernes usent aussi de la plus iprande rigueur contre le crimes de haute trahison , de té- Tolte , de conspiration contre l'état , etc. Elles obligent de révéler les amis même et les parens , et punissent du dernier supplice pour ne l'avoir pas fait. Salus popuU suprema /ex^Edit.

aao LETTRES

§• II. Que l'intolérance sur le culte n'était point particulière à la loi juive*

Mâîs I'Id tolérance , quoique plus essentielle au goa« vernement juif , ne lui était point particulière : non, monsieur. Quoi que vous en puissiez dire y c'était un principe de législation y une maxime de politique reçue cnez les peuples anciens , même les plus vantés. En effet y quand on voit Abraham persécute pour sa relL[;ion dans la Gialdée (i) , et le célèbre Zoroastre^ le fer et le feu k la main y persécutant dans le royaume de Touran 5 quand on yoit les Hébreux n'oser offiir des sacrifices et immoler des victimes dans l'Egypte; de peur d'irriter le peuple contre eux 5 les Perses, qui n'admettaient point de statues dans leurs temples y briser celles des dieux de l'Egypte et de la Grèce y et les différens nomes égyptiens s'armer tantôt contre les vainqueurs y tantôt les uns contre les autres (7) y pour défendre ou venger leurs dieux ;

( I ) Dans la Clialdée, C'est une tradition des Arabes. On peut opposer ces traditions arabes à M, de Voltaire qui les cite. Edit,

(2) Les uns contre les autres. On en voit un exemple 4an8 Juvénal , Satire xv , où ce poète décrit le combat sanglant que se livrèrent les Ombea et les Tentyrites paf ce motif. La fureur fut portée au point que lea vainqueur! y dccbirèrcnt et dévorèrent les membres palpitans des Taîncus.

Summus.ntrinqnè Inde furor vulgo , quôd numina vicinornm , Odit uterque locus , quùm soios credat habendos .Esse deos , quos ipse colit.

«( Ce trait , qui n'est pas le seul de ce genre dans l'histoire ancienne, prouve bien; dit le traducteur des Re* marques de Bentley sur le Discours de la liberté de penser f que ce n^est pas seulement entre les sectes chré*

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il nous semble qu'on peut bien ne pas les regarder comme particulières k notre nation.

Quoi qu'il en soit de ces peuples j dont Tbistoirc et la législation nOus sont moins connues y on ne peut nier que les' lois des Grecs et des Romains n'aient été décidément intolérantes sur le eulte.

Ne citons point ici les villes du Péloponese et leur s^yérité contre l'athéisme (i) 5 les Ephésiens poursuivant Heraclite comme impie (2) -, les Grecs armés les uns contre les autres par le zèle de la religion , dans la guerre des Ampbyctions. l^t parlons ni des affreuses cruautés que trois successeurs d'Alexandre (3) exercèrent contre les Juifs , pour les forcer d'abandonner leur culte, ni d'Antiocbus chassant les philosophes de ses états (4) y ni des Epicuriens ban-

tiennei que la religion a causé des haioes violentes et des lierres cruelles. >»

Le nouveau traducteur de Juvénal a fajt la même re-* marque. ««Ce passage ; dit-il , peut servir à prouver que l'intolérance religieuse est plus ancienne que l'ont cru des ■Qtenrs fameux. » Faut-il que M. de Voltaire soit du nombre ! Ce grand homme [prétend que les guerres religieuses n'ont été connues que parmi les chrétiens. Il l'a dît et redit legentis ad fastidium. Quel plaisir peut-il trouver à répéter sans cesse à stè lecteurs des faussetés répétées tant de fois avant lui ; et tant de fois réfutées ? Edii.

- (1) Contre VatJtéisme. A l'exemple et à l'invitation des Athéniens , ces villes proscrivirent l'athée Diagoras. Edit, (a) Comme impie, Heraclite leur reprochait leurs dieux de pierre, etc. Id»

(3) D* Alexandre- Antiochus Epiphane , Eupator et Démétrius. Vojez le livre des Macchabées et l'historien foaephe. Ptolomée-Philopator forma de même le projet le faire mettre à mort tous ceux d'entre les Juifs qui remiseraient d'embrasser la religion et les pratiques des Grecs. Id,

(4) De ses états. Voyez sur tous ces faits Bentley et * ef aatenra cités ci-dessous. Id. K 3 :*.

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uis de plusieurs villes grecques ^ parce qu'ils comiB'paient les mœurs des citoyens par leurs tna^îm en et par leurs exemples.

5e cLerchons point des preuves d'intolérance si loin : Athènes y la polie et savante Athènes nous en fournira assez de preuves. Tout citoyen y Élisait un serment public et solennel de se conformer k la religion du pays , de la défendre et de la faire respecter. Une loi expresse y punissait sévèrement tout discours contre les dieux ; et un décret rigoureux ordonnait de dénoncer quiconque oserait nier leur existence.

La pratique y répondait à la sévérité de la législation. Les procédures commencées conti'e Protagore ; la tête de Diagorasmise à.prix^ le danger d'Alcibiade^ Aristote obligé de fuir ^ Stilpon banni y Anaxagore écliappant avec peine à la mort ^ Phryné accusée ^ Aspasieue devant son salut qu'à l'éloquence et aux larmes de Périclès -, Périclès lui-même , après tant de services rendus à la patrie, et tant de gloire acquise, contraint de paraître devant les tribunaux ^ et ae s'y défendre (i) ^ des poètes même de théâtre, malgré

au supplice , et près d'être lapidé , lorsqu'il futbeureusement délivré par son frère (2) : tous ce» philosophes , ces femmes célèbres par leur esprit et par leurs charnies , ces poètes y ces nommes d'état , poursuivis juiidiquement pour avoir écrit ou parlé contre

(1) Et de sy défendre, Périclès , disciple et ami d'Anaxagore , devint suspect d'athéisme pour aToir pris la défense de ce philosophe» Id.

(a) Par son frère. C'est Eschyle. Son frère le Bauva «r ae dëpouillant le bras , et montrant avec larmea aux Atbé« niens qu'il avait perdu la main en combattant poar eux. L'autre poète est Euripide : tous deux étaient accvaés d'aToir parlé des dieux arec irrérérence. 14*

les dieux ; une prétresse exécutée pour en avoir introduit d'étrangers ; Socrate condamné et burant la ciguë' f parce qu'on lui imputait de ne point reconnaître ceux du pays y etc. -y ce sont des faits qui annoncent assez que la faveur y la dignité y le mérite y les talens même les plus applaudis n'y furent pas pour l'in'éligion un abri sur et tranquille. Ib attestent trop hautement l'intolérance sur le culte , même chez le peuple le plus humain et le plus éclairé de la Grèce , pour qu'on puisse la révoquer en doute (i).

Lés lois (te Rome n'étaient ni moins expresses y ni moins sévères. Il suffit de lire les textes que vous ci-» tez vous-même , pour en être convaincu. On n'adorera point de dieux étrangers ( deos peregrinos ne colunto ) y disent-elles formellement. Est-ce ainsi que s'exprimerait une législation tolérante ?

L'intolérance des cultes étrangers n'était donc pas nouvelle chez les Romains y puisqu'elle remontait aux loisjdes douze tables y et même à celles des rois. Mais ce n'est pas tout : suivez l'histoire de ce peuple fameux y vous y verrez les mêmes défenses portées par le sénat y l'an de Rome 32$ (2) y et les édiles

(1) Révoquer en doute. Ce» faits «ont rapportes par Cicéron, Diogène de Laërce , Alhénagorc , Clément d'Aiextndrie , etc. lis sont cités par Josephe au sophiste Apollonins , qui reprochait alors aux Juifs , comme M, de Voltaire le fait aujourd'hui , leur intole'rance sur le culte. Si ce savant critique avait lu Josephe , il est a croire qu'il n'aurait pas renouvelé ce reproche , ou qu'il aurait prît la peine de prouver la fausseté des faits que Thiatorien jaif oppose à son adversaire. Mais probablement l'illustre aoteur n*a pas été puiser dans une source si ancienne; il a pour garans des écrivains récens , Tindai , Woollaston , Collins > durement , mais solidement et complètement réfutés sur cet objet même par lé savant Bentley. M, de Voltaire apparemment n'a pas lu non plus cette réfutation. Edit,

(a) L'an de Rome 325. Voyez Tit. Liv. lib. ix. n. 3o.

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chargés de veiller à leur exécution ; ces défenses re« nouvelées l'an 629 (1) 5 les édiles vivement réprimandés pour avoir négligé d'y tenii* la main , et des magistrats supérieurs nommés pour les faire observer plus sûrement. Vous y verrez le culte de .Séraj^s et d'Isis , qui s'était introduit sourdement dans cette capitale , interdit, et les oratoires de ces nouvelles divinités démolis par les consuls , l'an 536 (2) ; des décrets des pontifes , et des sénatus- consultes sans nombre , comme les religions étrangères , cités au 'sénat l'an 566 (3), et un nouveau culte prtjscrit l'an 623 (4)« Cette intolérance ne discontinua point sous

kec corpora modà , dit-il , affecta tabe , sed animos quoque multiplex religio et pleraque externa invctsit ; donee puhlicus jam pudor ad primores civitatis pers^enit,,;, Datum indè negotium œdilibus , ut animadvertertnt ne tfui f nisi romani, dii ^ neque alio more f quàm patrio f ùolerentur, A ut.

(i) Van 529. Voyez Tit. Lîv. lib. XXV , n. 1. Tncusati graviter ab senatu œdiles trium-viriejue capitales , quàd non prohibèrent,,* XJbi potentius jam esse id malunt ap' parut t f qiiàm ut minores per magistratus sedaretur^ Marco Attilio prœtori urbi negotium ab senatu datum est* Id.

(2) Van 536. Voyez Max. , lib. iv. Id.

(3) Van 566. Voyez Tit. Liv. , lib. xxxix ; n.* 16, Après avoir cité ces décrets des pontifes et des sénatasconsultes sans nombre , innumerabilia décréta ponti^' c^m , senatus consulta , l'historien ajoute ; Quoties pa' trfim avorunujue œtate negotium. hoc nuigistratibus [datum f ut sacra externa fieri vetarent , omnemque disciplinam sacrificandi praeterquam more romano aboleretU^

Edît.

(4) Van 623 Le culte de Jupiter Sabatius. C'est an sujet de ce culte que le sage Rollin remarque « qu'on voit dans tous les temps des preuves de cette attention des Romains à éloigner les nouvelles superstitions » ; et M. de Voltaire assure froidement et aaqs Teaerve , e^ 'vingt c«-

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€8 empereurs : témoins les conseils de Mécène à ittgaste^i) f non-^seulement contre les atliëes et les mpies f mais contre ceux qui introduisaient ou honoraient^ dans Rome , d'autres dieux que ceux de l'empire 5 témoins les superstitions égyptiennes proscrites S008 cet empereur (2)5 les dieux étrangers que le relâchement de la discipline ayait introduits , chkaÊb sous Gaude 5 les Juifs bannis , s'ils ne youloient pas renoncer k leur religion (3) , sous Tibère : mais . témoins- surtout les chrétiens exilés ^ dépouillés de leurs biens , et livrés , si long-temps et en si grand nombre , aux plus cruels supplices , non pour leurs

droita 1 que les Romains tolérèrent et permirent tous les cultes î Aat.

(i) Les conseils de Mécène à Auguste* Voyez Dion CaBsins , lib. XLii. Nous .croyons deroîr rapporter ici en entier le passage de cet historien ; nous le traduirons nttéralement d'après le texte grec. ««Honorez vous-même ; dit Mécène k Auguste , honorez soigneusement les dieux , telon les usages de nos pères , et forcez les aui-res de les honorer. Haïssez ceux qui innovent dans la religion , et punissez-les , non-seulement à cause des dieux ( qui les méprise ne respecte rien ) , mais parce que ceux qui introduisent des dieux nouveaux engagent plusieurs personnes à suivre des. lois étrangères , et que de là naissent des unions par serment » des ligues , des associations , toutes choses dangereuses dans la monarchie. Ne soufTrez point les athe'es ni les magiciens 1 etc. >« Nous invitons M« de Voltaire à consulter l'original , et à juger , si cett« traduction n'est pas exacte , au moins dans l'essentiel. Ed.

(a) Sous cet empereur. Ce fut Agrippa qui les proscrivit. Voy. Dion Cassîus , lib. Liv. Les consuls Gabinius et Pison avaient déjà abattu , quelques années auparavant , îka autels élevés dans le Capitole aux dieux de l'Egypte.

(3) Renoncer à leur religion. C'est Tacite qui nous rapprend. Cédèrent Italia , nisi | certam antc diem profanes ritus exuissent» Voyez Ann ib. 11 ,n.*85 Âut,

crimes niais pour leur reli^on (i) , sons les Néron, les Domitien , les Maximien , les Diocl^tien , elc« et même sous les empereurs les plus humains , s^ Trajan y sous Marc-Aurèle ^ etc.

Que dis-je ? les lois même que lés philosophes d'Athènes et de Rome écrivirent pour les repnblicpies imaginaires , sont intolérantes. Platon ne laisse pas aoi citoyens la liberté du culte , et Cicëron leur oéfend expressément d'avoir d'autres dieux que ceux de Fëtat. « Que personne , dit - il , n*ait des dieux à part , qu'on n en adore point de nouveaux ni d'étrangers f même en particuUer , à moins qu'As n'aient reçu la sanction publique. Separatïm nemo habes* sit dèos ) neve novos , sed nec adyenas , nisi publiée adscitos , coîunto.

Enfin y monsieur ^ rappelez-vous ce que vous avez dit tant de fois (2) du secret des mystères y dont le }gme y h vous entendre , était l'unité de Dieu,

qu à leurs plus cners aisci|)ies y sur les matières qui pouvaient intéresser la religion du pays. « C'étaient, selon vous y une nécessité de cacher le dogme de l'unité de Dieu à des peuples entêtés du polythâsme. n (allait la plus grande discrétion pour ne pas choquer les prciugés de la multitude. Il aurait été tn^ oangereux de la vouloir détromper tout d'un coup*

(i) Pour leur religion. Voyez la fameofle lettn de Pline a Trajan citée par an de nos frères , et le portrait des premiers chrétiens tracé par la main de ce Juif. Comparez ce portrait avec ceox qa'en ont tracé quelques célèbres aateurs soi-disant chrétiens , et jugez oà sont rëquité et la modération. Aut,

(a) Vous avez dit tant de fois. Voyez surtont Piiilosophie de Thistoire , art. Mystères^ etc. Aut,'^

* Voyez Introduction à l'Essai sur les mœurs , artt mystères, pag. io5 et 106, tome xvi des (Eatres.

Ott aurait bientôt vu cette multitude eu fureur deitiander la condamnation de quiconque l'aurait ose. » Cette nécessité de cacher un dogme contraire k la religion dominante ^ ce danger eitréme , ces craintes si bien fondées , tjue la multitude en fureur ne demandât la condamnation de quiconque aurait osé l'instruire y ne prouvent-elles pas évidemment l'intolérance des lois partout où u faDait prendre tant de[précaution$ y et user de tant de secret l

Nous croyons y monsieur , que quiconque n*a point oublié tout ces traits de l'histoire ancienne y a quelque lieu d'être surpris en vous voyant avancer , sans restriction y que , de tous les anciens peuples y aucun n'a gêné la liberté de penser , que chez les Grecs il n'y eut que le seul Socrate persécuté pour ses opinions ; que les Romains permirent tous les cultes , et qu'ils regardèrent la tolérance comme la loi la plus sacrée du droit des gens (i).

La surprise augmente y quand on vous entend assurer « que les Romains , plus sages que les Grecs , n*ont jamais persécuté aucun philosophe pour s^s sentimens (a). Car vous dites ailleurs , que chez les Romains il /ly a pas un seul exemple , depuis Romulus jusqu'à Domitien , qu'on ait persécuté personne pour sa manière de penser (3). Domitien au moins persécuta donc pour la manière de

(1) Du droit des gens. Voyez Traité de la tolérance , art* Si les Romains ont été tolérons, Aut. *

(«) Pour ses sentimens» Voyez Lettres anr Vanînr, dans les Non?eaux Mélanges, ^ut, **

(3) Pour sa manière de penser. Voyez Philosophie de rhistoire. *»*

* F'ojez Politique et Législation , tome ir , Traité dt latclérance , pages 89 et 91 , t^m. xxx des (Eiivres.

** yojr» Mélanges littéraires , tome i.er , Lettres sor Vanini , pages 343 et suivantes , tona. xlvii des (Euvres.

*♦♦ Ployez fntrod. à l'Essai sur les mœurs, art. des Rocnains , etc. , page 228 , tom» xvi des (Envres.

penser : et ({ui ? les chrétiens ouïes pliîlosophès. Biais vous ayez nié cent fois que les Romaias aient jamais persécuté les chrétiens pour leurs seniimens. Il per* •écuta donc les philosophes.

Que si les philosophes ne furent point persécutés sous Domitien pour leur manière de penser , pourquoi le furent-ib donc (i)? Pourquoi les voiton cnassés de Rome par cet empereur , comme ils Paraient été par Néron ? Encore s'ib ne l'eussent été que par ces deux tyrans ^ ennemis de toutes vertus ^ ce serait peut-être une gloire pour la philosophie : mais ils le furent même sous le gouyernement doux et modéré de Vespasien. « Us furent les. seuls ^ dit un écriyam moderne {t) , qui le contraignirent d'oser à leur égard d'une séyérité opposée k son inclination. Les maximes orgueilleuses du stoïcisme leur inspirant un amour de la liberté , foit yoisin de la réyolte , ces docteurs de sédition faisaient des leçons publiques d'indépendance. Us abusèrent lon^-temps de la bonté du prînce , pour saper les fondemens

(i) Pourquoi le furent»ils donc i Serait-ce , pour osa des termes d'un éloquent magistrat , que « cette philo- » Sophie audacieuse faisait cabale , et que ses sectateurs )» ne cherchaient qu'à soule?er les peuples , sous prétexte H de les éclairer l n Aut,

(a) Un écrivain moderne. Voyez l'Histoire romaine de M. Crëvier , savant estimable , quoique maltraité par M. de Voltaire. (}ue penser , après cela » quand on Toit on écrivain aussi instruit avancer froidement que «c l'his- M toire n'offre pas un seul exemple de philosophe qui le M soir opposé aux volontés du prince et du (gouvernement ? n On ne peut que rire de cette confiance | Croit de l'enthousiasake philosophique.

Nous avons omis beaucoup d'autres faits , qui prouveraient bien le contraire de ce cpie M. de Voltaire avance ici avec tant d'assurance , entre autres les livres du phi* losophe Cremutius-Cordus t>rùlés par l'ordrt du Mgt sénat romain f etc. Aut,

DE QUELQUES JUIFS. ^g

d'une autorité qu'ils auraient dû chérir el respecter : et leurs déclamations ne cessèrent que quand ils eurent été y les uns exilés ^ les autres renfermés dans des îles , quelques-uns même battus de yerges et mis à mort. »

Il y a plus : ces empereurs ^ en chassant les philosophes ^ ne faisaient , dit Suétone , que se çon^

former à d*anciennes lois portées contre eux» ty, a raison ; car dès l'an i6o ayant Fère vulgaire y ils avaient été bannis de Rome par un décret du sénat (i) , et le préteur M. Pomponius chargé de yeiller à ce qu'il n'en restât aucun dans la ville. Pourquoi ? parce qu'on les regardait y disent les his-

' toriens y comme d!es discoureurs dangereux y qui y en raisonnant sur la vertu y en renversaient les fondemens y et comme capables y par leurs sophismes , d'altérer la simplicité des mœurs anciennes ; et de répandre y parmi la jeunesse y des opinions funestes à la patrie. Ce fut sur les mêmes principes ; et par les mêmes raisons que le vieux Caton ût congédier promptement trois ambassadeurs philosophes. Les sa^ ges Romains ne' croyaient pas que les philosophes ne peuvent jamais nuire. Que n'étiez - vous là y monsieur , pour le leur apprendre ?

. Par ces réflexions , nous ne prétendons ni aigrir ks esprits contre la philosophie , nous savons qu'elle peut être utile aux particuliers et aux états y ni jitôtiner l'intolérance des anciens peuples y nous croyons

(i) Par un décret du sénat. C'est Suétone lai même qui nons l'apprend dana son livre des célèbres Rhéteurs , 9à il rapporte ce décret. Quàd verha fada suni de phi" losophis f de eà re censuerunt ( patres conscripti ) ut j9£. Pomponius prator animadverteret curaretquê ut wulH Romce essent. Puisqu'on abuse de tout , même fie la philosophie comme de la religion , il n'est pas moins é'nn gouvernement sage de réprimer le fiinatîsme philoaophiqne que le fanatisme religieux ; Tua a êeê dangers aussi bien que l'autre. \£(^i<»

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inintelligibles 5 pour des distinctions , des tem* mes et des antilemmes théologiques , etc. : ex« ces que des chrétiens ont reprochés au christianisme (i).

plus de sagesse ^ue les législa* tions des anciens peuples 5 ces considérations doivent suffire pour yous calmer sur cette intolérance qui vous choque. Gomment a«-t-elle pu donner tant d'hu* meur à un philosophe qui fait profession de croire un Dieu , et qui pose pour piincipe , que , quand la religion est devenue loi de l'état y il faut se sou» mettre à cette loi ? Si cette soumission est nécessaire y sans doute c'est surtout lorsque la loi est fondamentale, les dogmes yrais et le cœur pur.

Fous sommes ayec respect , etc.

Vains efforts de l'illustre écrivain pour prouver la pratique d'une tolérance universelle sous l& gouvernement de Moïse, Assertions singU' lïéres qu'il avance. Méprise dans lesquelles il donne,

o'iL n'est pas douteux que les lois des anciens peuples , et particulièrement celles des Grecs et des Ro-

(i) Au cliristianisme. Ces chrétiens ne sont pas de bonne foi , ou connaissent mal leur religion. Nous poa« vons les assurer , nous Juifs » que la religion chrëtienne n'oblige point à tk exterminer pour des paradoxes , pas même pour ses dogmes les plus importans. Le véritable esprit de cette religion ne respire que douceur , et c'est la calomnier que de lui imputer les fureurs d'un fanatisme aveugle , et les forfaits d'une noire politique : elle cob-

inains j^ ont été intolérantes sur le culte y il est certain aussi qu'on n'en pressait pas toujours l'exécution à la rigueur. Le polythéisme , que la plupart de ces peuples professaient ^ n'excluant de sa nature aucune divinité' ni aucun culte , c'était un principe de politique , surtout chez les Romains , d'adopter les dieux nies nations amies ou yaincues.

Lors même qu'on ne leur donnait point la sanction publique , on fermait souvent les yeux sur leurs cultes 'j et l'attention des magistrats ne se réveillait guère sur cet objet que quand des désordres réels ou imaginaires ^ des préventions bien ou mal fondées , des imputations vraies ou fausses , paraissaient exiger la suppression de ces religions nouvelles et l'observation rigoureuse des lois toujours subsistantes contre les cultes étrangers. C'est-à-dire, qu'on faisait alors k peu près ce qu'on fait encore dans plusieurs états , oii l'on associe quelques sectes aux privilèges de la religion dominante , et où l'on tolère les autres , tant qu'elles ne donnent point d'ombrage au gouvernement : politique peut-être nécessaire dans les grands empires , dans les républiques commerçantes et chez les peuples conquérans : politique du moins douce et Diodérée que les Juifs , toujours })lus persécutés que persécuteurs , ne sont point dans le cas de condamner, (i).

L'intolérance ne fut donc pas toujours mise en pratique chez les anciens peuples : le fut-elle chez tes juifs ? C'est votre seconde question , sur laquelle vous vous décidez pour la négative. » Si les lofe des Juifs , dites-vous , étaient sévères sur le culte , par une heureuse contradiction la pratique en était douce!

damne également l'an et l'autre. Ces chrétiens confondent le christianisme ^avec les abus qu'on en a faits. Quand plaira-t-il k ces génies de raisonner enfin avec justesse {

(i) De condamner. Encore moina des Juifs de Hollande , tels que nos auteurs, Edit,

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Du nuage de cette barbarie si affirease et si longue | il échappe toujours des rayoos d'une tolérance uni-' yerselle : on en voit des exemples sons Moïse , sous les Juges ) et les écrits des prophètes , Fopposîtion des sentimens , la diversité des sectes y en fournissent des exemples incontestables. »

Nous ne prétendons point, monsieur, que nos lois sur le culte aient toujours été exactement obsenrees^ nous savons le contraire , et nous en faisons l'aveu. Mais nous croyons qu'en voulant prouver la tolérance par l'exemple de nos pères y sous ces différentes époques y vous donnez y presque sur chaque article y dans des erreurs que vous nous saurez peutêtre gré de vous faire remarquer. Nous commencerons par ce que vous dites de la tolérance sous Moïse. Ce sont des assertions toutes neuves. Vous jugerez vous-même si elles sont vraies.

§. I. Qiiil n*est pas vrai que y sous le gouver* nement de Moïse , les Israélites eurent uns liberté entière sur le culte.

Si l'on vous ^ en croit ^ jHonsieur y ce législateur ^ qu'on a peint si cruel , et à qui l'on a tant de fois reproché une sévérité barbare , porta ta tolé* rance au point do laisser à son peuple une liberté entière sur le culte.

Mais comment concilier cette liberté avec les récits (Li Pentateuque l Gomment la concilier surtout avec le châtiment sévère que le culte du veau d'or attira aux Hébreux prévaricateurs ?

Vous dites « que ce massacre même fit comprendre à Moïse qu'on ne gagnait rien par la rigueur. » Il le comprit mal apparemment , puisqu'on le voit, quelques années après , user de la même sévérité contre les adorateurs de Béelphégor. Ces deux faits arrivés l'un à l'entrée des Israélites dans le désert, l'autre à leur sortie , ne s'accordent guère avec une liberté entière sur le culte.

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Vous Payez senti ; et c'est sans doute par ce motif que vous ayez fait tant d*e£forts pour en rendre la yërite suspecte. On a yu plus haut (i) ayec quel succès yous l'ayez combattue ^ et combien yos objections étaient solides.

§. II. Que c'est à tort que M, de Voltaire prë^ tend que les Hébreux ne reconnurent que des dieux étrangers dans le désert , et qu'ils n'adorèrent Adonaï qu'après qu'ils en furent sortis. Passages d'Amos et de JérénUe, Qu'ils ne contredisent point ceux de Moïse»

G>mme une erreur mène k une autre y yous ne yous en tenez point à l'assertion précédente ^ yous y en ajoutez de plus singulières encore,

tt Plusieurs commentateurs y dites-yous ^ ont de la

Seine à concilier les récils de Moïse ayec les passages 'Amos et.de Jérémie , et ayec le célèbre discours de Saint Etienne y rapporté dans les Actes. » Et yous nous apprenez ce qui cause l'embarras de ces commentateurs et le yôtre. C'est qu'Amos dit que les Juifs adorèrent toujowr» dans le désert Molock y Rempham et Kiunt y *ét que Jérémie dit expressément que Dieu ne demanda aucun sacrifice à leurs pères quand ils sortirent d' Egypte,

On aurait peut-être en effet quelque peine à concilier Amos ayec Moïse y si Amos ayoït dit que les Juifs dans le désert adorèrent toujours ces dieux étrangers. Mais ce toujours , monsieur, n'est pas du prophète y il est de yous ; et ce mot de plus dans une phrase en change un peu le sens.

r^ous ne comprenions pas d'abord ce que youlait 4ire cette addition 5 mais yous yous en expliquez plus clairement dans yotre Philosophie de l'histoire ^ y

(\) Plus haut. Lettres v et y m , partie i.re Aut,

* Voyez lotrod. à l'Essai snr les mœurs; tome xyi des (Kavres.

où f revenant sur ces passages ; tous déciaitéz que Jérëmie , Amos etc. , assurent « que dans le disert les Juifs ne reconnurent que Moloch , Rempham et Rium 5 qu'ils ne firent aucun sacrifice au seigneur Adonaï (i) , qu'ils adorèrent depuis. » Mais de bonne foi , monsieur , à qui croyez-vous pouvoir prouver ces étranges assertions par Amos et par Jéremie 7

Vdici le passage d'Amos : Je hais vos solenni' tés , dit le Seigneur , je les abhorre et je ne puis souffrir Vodçur de vo^ fêtes. En vain vous m'offrirez vos holocaustes et vos pré sens y je ne les recevrai point j et quand vous me sacri" fierez les victimes les plus grasses pour acquit" ter vos vœux , je ne les regarderai pas. Mes jugemens fondront sur vous comme une eau qui se déborde , et ma justice comme un torrent impétueux. M* ayez-vous offert des hosties et des sacrifices pendant quarante ans dans le désert^ à maison d Israël ? f^ous avez porté le ta berna" çle de votre Moloch , et l* image de vos idoles ^ V, astre de vos dieux ; de ces dieux que vous vous êtes faits i etjevauf transporterai au delà de Damas (2). A. >

I^ous avouons qu'il y aréique difficulté à déterminer la vraie signification des termes qu'An&bs em- Ï>loie dans ce passage -, que les critiques se partagent à-dessus en divers sentimcns (3) y et qu'on ne sait

(1) Au seigneur Adonai, Expression in génîense. C'était comme si l'on disait , au seigneur Seigneur. Il n'y a pas tant d'esprit que cela dans le texte hébreu. Aut.

(a) Au-dcla de Damas, Voyez Amos , ch. v, 26. Aut.

(3) Divers sentimens. Quelques-uns « par exemple 1 croient que Kium signiâe image ; quelques autres le traduisent par gâteaux sacrés : d'autres en font le nom d'un dieu , qu'ils croient être le Chronos des Grecs et le Saturne des Latins. Edit,

Quand M. de Voltaire fait dire a Amos que les Joifs dans le désert adorèrent Rempham et Kium ( il eût ét^

pas certainement si le prophète yeut parler ici d'upe y de deux ou même de trois fausses diyinites.

Mais quelque sens qu'on veuille donner à ces mots , de quelques divinités qu'on doive les entendre y il est clair qu Amos ne dit ici y ni que les. Israélites dans le désert adorèrent toujours des dieux étrangers y ni qu'ils n*j- reconnurent qu*eux , ni qu'ils n'fl* dorèrent Adonài que depuis. Par cette interrogation y niayez^yous offert ? etc. , le prophète ne veut pas leur reprocher de n'avoir jamais offert de sacrifice au Seigneur pendant les quarante ans qu'ils passèrent dans le désert y mais de n'avoir pas été udèles à n'en oflFrir qu'à lui , et de l'avoir au contraire abandonné pour adorer les dieux qu'ils s'étaient faits : ce qui ne contredit point Moïse. Ce n'est donc pas ce qu'Amos dit y mais ce que vous lui failles dire , qu'on aurait de la peine à concilier avec les récits du Pentateuque.

Quant à Jérémie , si au lieu de citer y comme vous faites un passage isolé y vous y eussiez joint ce qui précède et ce qui suit y la fjlfeendue contradiction entre le Pentateuque et ce ttvphète y aurait bientôt di^ru«^

Dans 'ce beau chapitre que nous vous invitons à relire y monisiei^r y le prophète se propose de faire voir aux Juifs que les cérémonies et les sacrifices dans lesquels ils mettaient leur confiance n'étaient d'aucune valeur aux yeux de Dieu y sans l'observation de

mieux d'écrire Kiun ), c*eat ane de ces petites méprises qui lui sont assez ordinaires. Amos ne parie point île Rempham , mais seulement de Kium y que les septante ont traduit par Rempham. Ainsi Rempham et Kium ne sont pas y comme il parait le croire , deux fausses divinités. Ce sont deux noms d*un même dieu , Tan hébreu tt l'autre égyptien. On sent que l'illustre écrivain , en parlant de ce passage d'Amos , n'avait pas sous les yeux le texte original , et que vrauemblablement ce texte qe lai est pas aussi familier qu'il devrait l'être. Edif^

a38 LETTRES

la loi morale. Vos mains y leur dit-il ^ s^nt plei» nés de rapines ^ vous commettez des adultères , vous faites de Jaux sermens , et vous venez dans mon temple 7 Retirez - vous ^ gardez vos vieiimes et mangez vos holocaustes ; car y ajoute* t-il pour leur prouver qu'il préfère la pratique de set commandemcDS à tous les sacrifices ^ au jour que f'ai tiré vos pères de VEgjrpte , je ne leur ai point demandé d'holocaustes ni de victimes, mais voici ce que je leur ai commandé : Écou* iez ma voix , leur ai^je dit, et je serai votre Dieu y et vous serez mon peuple. Marchez dans toutes les voies que je vous ai prescrites , afin que vous soyez heureux (ij.

Tindal citait y comme vous j ce passage ; et j ayee sa bonne foi ordinaire , il en supprimait ausâ la fin y parce qu'il sentait qu'elle en donne l'explication , et qu elle en détermine le yéritable sens. Qui ne yoit en effet que l'intention de Jéréinie n'est pas de nier que Dieu avait demandé de nos pères des sa* crifi^esdans le désert , et Wils lui en avaient ofierts ; mais qu'il ne veut pas faire comprendre que c'est l'obéissance à sa loi qu'il leur avait demandée ayant tout y et par préférence à tous les holocaustes l

Avant Jérémic y Isaïe avait déjà introduit le Seigneur parlant à peu près de même à son peuple : Qu*aî^je besoin y leur dit-il , de cette multitude de victimes dont vous chargez mon autel If en suis rassasié. Je ne veux ni de vos holocauS" tes y ni du sang de vos béliers. Ne m'offrez pas vos vains sacrifices , je les ai en horreur* Mais y ajoute-t-il ( remarquons ceci , monsieoT; cette philosophie juive vaut bien sans doute la ph3osophie moderne ) , purifiez vos cœurs , réformez vos pensées injustes , secourez le malheureux qu*on opprime , rendez justice à ^orphelin , dé'

(r) Que vouM io^e^ heureux. Voyez Jérémie , clup' VII . a8. Aut,

fendez la veuve y etc. y et venez vous plaindre de moi (i) ! Isaïe youlait-il dire à nos pères que IHeu ne demandait plus de sacrilices \ Non y sans doute 'y le prophète en offrait lui-même ^ et la loi les ordonnait. Mais il voulait leur apprendre que la îastice et la bienfaisance sont plus agréables au Sei-> gDCur que les plus somptueux bolocaustes.

C'est dans le même sens encore qu'un autre pro^ pbète disait : Je veux la miséricorde y et non le sacrifice : c'est-à-dire , je préfère l'une à l'autre. Rien n'est plus commun dans nos écritures que cette manière d'exprimer la préférence qu'on donne à une chose sur une autre : s'en préyaioir y comme veut faire Tindal -y c'est montrer qu'on est ou peu versé danis notre langue y ou peu sincère. A quel guide vous TOUS abandonnez y monsieur ! Ëtiez-vous fait pour marcher si aveuglément sur ses traces \ et pour répé* ter sans examen ses plus frivoles objections!

Mais quand les deux textes que vous citez seraient obscurs ; pourrait-on raisonnablement les opposer à cette foule de passages si précis et si formels y qui attestent que les Israélites adorèrent Jehovab dans le désert y et que dès lors ils lui offrirent des sacri" fices ? Faire dire le contraire à ces deux prophètes , c'est aller visiblement contre leur intention y et les mettre en contradiction y non-seulemeut avec Moïse y mais avec eux-mêmes ', car dans Amos^ l'Etemel rap» pelle aux Juifs qu't/ les a retirés de l*Egjrpte et conduits dans le désert pendant quarante ans (a) 5 et dans Jérémie , il leur reproche qu' tZ les a dé-" livrés de la servitude de VEgjrpte qu'il leur a donné ses commandemens et fait alliance avec eux y et que ce peuple infidèle Va abandonné pour adorer des dieux étrangers (3). L'Eternel

(i) Venez vous plaindre de moi. Voyez laaie , chapit, 1 1 a. Aut,

|s) Pendant quarante ans, Voy. Am08| Il , ▼. 10. y/n/» (3) Des dieux étrangers, V. Zéiémi^ ^Zo , 32 ^ etc« Aut,

24o LETTRES

les a-t-îl conduits dans le dësert et fait alliance ayec eux sans qu'ils Y aient reconnu ? Ils le quittent pour d'autres dieux ^ ils l'avaient doAC adoré ayec.ces nouy elles divinités.

5. III. Qui! est faux qu'il ne soit parlé ni da prière publique , ni de fêtes , ni d'aucun acte religieux du peuple juif dans le désert.

prctendeat daas ic ttcsen , poini ae paaue ceienree , poini ae pentecôte y nulle mention qu on ait céle'bre la fête des tabernacles ^ nulle prière publique établie y enfin la cii'concision , ce sceau de Talliancç de Dieu ayçc Abrabam , ne fut point pratiquée.

Il serait difficile de rassembler plus de méprises en moins de mots. Reprenons.

La circoncision ne fut point pratiquée dans le désert. Cela est vrai , et vous auriez dil vous en souvenir , monsieur , vous n'auriez pas avancé tout le contraire dans un autre endroit (i).

Point de prière publique établie. Les heures n'en étaient peut-être point fixées , ni les formules déterminées , comme elles le furent depuis (2) j mais assurément les Israélites ne restèrent pas quarante ans dans le désert sans prières publiques. Et que voit»6n plus fréquemment dans le Pentateuque que le peuple assemble devant le Seignenr pour l'adorer , invoquer son secours , ou fléchir sa colère l K'était-ce pas là des prières publiques ? Ces critiques se croient cp

(1) Dans un autre endroit, Voy. Dictionn. philoaophiqne 1 a^t* Circoncision* Ant. ^

(2) Elles le furent depuis* Elle ne furent point fixées par la loi , qai n'a rien déterminé a cet égard , màîa aea* iement par l'usage. Edit,

* Voyez Dictionnaire philoaophiq. tome m , art. Circoncision , pages 17 et 18 I tome xxxix des (Earres.

droit

droit I d'en nier 'rétablissement , parce qu'il ne se Iroaye point en termes formels dans les liypes de Moïse 5 mais il ne se trouve pas non plus dans celui de Josué, ni dans celui des Juges. Pensent-ils que dorant tout cet espace de temps les Juifs n'eurent point de prière publique ? Il ne se trouye pas même dans les Uyres d'Esdras y que vous dites ayour établi la prière publique*

Point de Pentecôte : nulle mention de la fête du tabernacle* Non ^ mais ces critiques deyaient-ils ^n être sui-pns l Est-ce qu'ils n'ont point lu que ces fStes ne devaient se célébrer par les Israe'lites y cellelà qu'^i/rês la moisson des grains qu'ils auraient semés aux champs 3 celle-ci c^ après la récolte des autres fruits de leur travail (1) j ou qu'ils n*ont pas réfléchi que nos pères ne semaient ni ne recueillaient dans le désert ? Une des cérémonies prescrites pour la fête des tabernacles ^ était de dresser des tentes ou berceaux de feuillages , pour se rappeler qu'ils avaient passé quarante ans sous des tentes dans le désert : n'était-il pas naturel d'attendre ^'ib n'y fussent plus pour observer ces cérémonies ? Aussi par la loi même de leur institution y ces deux fêtes ne devaient avoir lieu qu'après l'entrée des Israélites dans la terre promise. Cùm ingressi fuéritis terram quam ego dabo vobis, Levit.

xxm (a). Rien ne duii donc nous surprendi*e ici que PtStonnement de ces écrivains si conuans et si mal inatmits.

Point de Pdque célébrée. Voilà ce qu'ils assurent , et voici ce que l'écriture rapporte. Le premier mois de la seconde année ( depuis la sor^

{\) De leur travail. Voyez Exode XX , Y. i , 16.

(a) Lévitique, XXiii. Un dei motifi de l'institutioD et dt la célébration de ces fétei était de rendre grâces à Diea de bqb dons » en lui ojFTrant les prémices des blés , du vin et de Thuile gu'oa avait recueillis, ^iut*

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