‹ Lettres de quelques juifs portugais: avec un petit commentaire, extrait d'un plus grand, à lChapitre 27 sur 39 · Tome I. Q · texte numérisé non relu

Tome I. Q

36a PETIT

été reconnu pour le diable qui cherclie à noos

perdre. » *

GoBMEifT. Enfin j etc. Cette doctrine y monsieur j remonte plus haut que vous ne pensez ou ^ue TOUS ne feignez de le croire. Nous ne yoûs difrons pas que c'était ^ selon Maimonide y la tradition ae nos anciens sages y qui ^ dans leur style oriental ^ représentaient l'ange de la mort à cheval sur le serpent y c'est-à-dire y ou figui'é par ce reptile y OU prenant sa forme y ou le possédant et en remuant les organes y et que nos Thalpiuds s'expliquent de même. Nous vous rappellerons que vos apôtres (i) ^ l'auteur même de votre religion (2) , et avant eux nos targumistes ou paraphrastes voient le grand tentateur y ennemi du genre humain y dans le serpent qui tenta |£ve« L'auteur du hvre de la Sagesse donne assez à entendre qu'il pensait de méme^ lorsqu'il dit que ^ par V envie du dia" hle , la mort entra dans le monde (3),

Vous faut^il encore une plus haute antiquité .' Le livre de Job y e.t que vous aites antérieur à Moïse y et que nous croyons écrit par ce législateur y nous parle de même .d'un esprit méchant qui cherche à séduire les justes y et qui y pour les séduire et les détacher de Dieu y les accable des plus cruels fléaux, D'où seraient venus aux Hébreux y aux Pei*ses y. au:|. Indiens y etc. y de pareilles idées y sinon d'une tra*

* ^oy. Philosophie , tome i.er. Homélie «ur Tioterprétation de l'ancien Testament , page 4^4 > t. xxxiil des (Euvres.

(1) Vos apôtres. S. Jean appelle Tancieii serpent U diable et satan qui séduisit le monde. ( Apec. la» 9i 1 4 » 1 5 I 20 , 2 , 10.) Voyez encore Héb. , 2,4-» * ' » Cor. , II, 3 , etc. Chrét,

(2) De %'otre Religion, Voy. , Jean , 8 , 24 , où le diable est appelé homicide , menteur et père du mensonge dès Je commencement, Chrét.

(3) Dans le monde. Voyez chapitre 2 , 24.

^tiOA commune , dont la source touche aux premiers temps ?

§. IX. Si n'admettre dans ce récit qu'un pur serpent ou une simple allégorie morale , vague et arbitraire f c'est assez pour V expliquer raisonnablement.

Quoique vous pre'tendiez ^ monsieur , que tout e«t physique dans ce récit , et qu'en effet tout y paraisse tel à la première yue , on ne peut raisonnablement douter que le serpent qu'on y voit agir n'était pas un pur serpent. Un pur serpent aufait-il parle , raisonné y convei^sé avec la femme l Quel intérêt un reptile sans raison aurait-il eu de séduire nos premiers parens y et de les rendre à la fois coupables et maliieureux ?

Oublions j)our un moment que Moïse était un Homme inspiré ^ ne le regardons que comme un écnyain judicieux y un philosophe y un sage de l'an* tiquité : tous ne pouvez lui refuser du moins ces qua<lités. Peut-on supposer qu'un homme de ce caractère y dans un ouvrage si intéressant et si comt, se serait amusé à rendre puérilement raison de l'anti" pathie de Vhomme et du serpent ? Quoi ! cet écrivain judicieux y ce sage aura débuté parlons représenter l'Eternel qui , après avoir tiré l'univers du néant y attaché à la voûte des cieux les astreâ qui nous éclairent, couvert les campagnes d'arbres et de plantes , peuplé la terre , l'air et les eaux d'une multitude innombrable d'animaux divers y et préparé la nature à recevoir son roi > crée enûa l'homme à son imace et à sa ressemblance y l'anime de son souffle divin y le revêt de l'innocence y et le rend maître d'assurer à jamais son bonheur par sa soumission et son obéissance aux ordres de son grand créateur , et toute cette magnifique scène y toutes ces nobles et sublimes idées aboutiroient à

ezpliauer pourquoi le serpent cherche à nous morare , et nous à lui écraser la tête , comme on explique dans les Métamorphoses pourquoi le corbeau est noir ? Vous le oites , monsieur , mais sûremeat vous ne le croyez pas } et vous ne vous flattez pas de le persuader à des lecteurs sensés.

Une explication allégoricnie ^ qui nous apprendrait quelque vente morale ^ quels peuvent être les funestes effets de là volupté , du désir présomptueux de savoir , etc. , serait moins déraisonnable sans doute 5 mais est^il croyable qu'une simple aUégorie morale , vague , arbitraire , se fût répandue et conservée depuis tant de siècles parmi tant de peuples ? Quoique dans les allégories on ne doive pas presser la lettre , il doit pourtant se trouver quelque rapport entre l'emblème et l'objet qu'il désigne. Or, quel rapport entre la volupté , etc. , et le serpent condamné à vivre de poussière , qui cherchera à nous mordre au talon , et dont la postérité de la femme écrasera la tête ? A quoi reviendrait ici cette allégorie vague y et par où tiendrait-elle à ce qui précède et à ce qui suit ? -

Avouons-le donc , monsieur \ ce récit de Moïse ^ si ancien , si conforme aux traditions à.es premiers peuples , renferme évidemment des vérités de toute autre importance. La création de l'hopime dans ua état d'innocence et de bonheur ^ sa tentation et sa chute , la dégradation de son être , la mor( enti'aut dans le monde par l'envie du démon ^ ce grand séducteur condamné , et de meilleures espérances données au genre humain (i) ; voilà les grands dogmes que l'écrivain nous y enseigne. Craignons de nous en écarter , et rejetons tout système qui pour-

(0 Donnée au genre humain , etc. Surtout celle d'no répara tear qui devait réconcilier rhomme avec Dicn , ft U rétablir dans l'innocence. Chrét.

tait les obscurcir ou leur porter la plus légère atteinte.

Ces vérités mises en sûreté j^ que vous préfériez au sentiment commun des commentateurs les métaphores de Gajetan y les allégories de Midleton , ou même les hiéroglyphes d'un moderne (i) , vous pourrez TOUS tromper , mais la synagogue ne vous taxera point pour cela d'hérésie (2).

Toutefois ; puisque F opinion commune n'a rien d'absurde , que ces grandes vérités y sont soigneu* sèment conservées ^ et la lettre du texte ^lus exaàtement suivie , pourquoi vous en^ éloignenez-vous ?

Ci) D^un moderne , etc. Ce moderne suppose que «les mécûoireft d*oii furent extraits le second et le troisième chapitre de la Genèse , avaient ëtë orîgioaîrement écrits en caractère hiéroglyphiques , et que , quand on voulut les rendre en caractères alphabétiques , on ne 8e borna point à en exprimer les vëritës abstraites , mats qu'on en décrivit les hiéroglyphes , les tableaux et les emblèmes. Dans cette écriture hiéroglyphique , Tinnocence de Thomme et de la femme était exprimée parla nudité dont ils ne rougissaient pas ; leur bonheur , par ces jardins délicieux qui leur fournissaient un ombrage frais et des fruits exquis ; la soumission de cœur et d'esprit que Dieu exigeait d'eux , par le fruit dont il était défendu de manger ; la perle de leur innocence , par la honte qu'ils témoignent de leur nudité , qu'ils couvrent de feuillage. L^ serpent et ses ruses étaient l'emblème du tentateur et des artifices qu'il employa poui les perdre : tt sa tête écrasée par hi postérité de la femme, le symbole de l'espérance d'un réparateur, etc. m Edii. ' (*) D'hérésie. Toute» ces opinions , quoique ingénieuses , sont au moins très-hardies , pour ne pas dire téroé « raires : tenons-nous en an sentiment commun | c'est le plus sûr et le plus sage. Chrét.

J. X. S* il ne se trouve dans les anciennes na* tions aucunes traces de Vhistoire des pre* miers parens et restaurateurs du genre hu* main,

Nous passerons un tas de petites difficultés que vous renouvelez de Tindal j et d'autres 5 par exemple ; que Moïse fait Dieu corporel 5 que nos premiers parens ne mangeaient pas du paia parce qu'ils n'avaient point les instrumens nécessaires pour Taire de la farine 3 qu'ils ne purent coudre des feuilles d'arbre pour se couvrir , parce qu'ils n'avaient point d'aiguilles ; que le serpent, ne vit pas de poussière ; etc. Tout cela est ri petit , si use' , si trivial , on y a répondu tant de fois (i) ^ que nous dédaignons n'eu rien dire ici.

!Nous finirons , monsieur y par une de vos assertions favorites y et que vous avez répétée en vingt endroits avec un air de complaisance et de triomphe.

Texte. « Il est surprenant que I^oé , le restau-

• (î) On. y a répondu tant de fois , etc. On a dit qn'il ne faut pas prendre des métaphores' au pied de la lettre ; qae le mot lehliem ; pain , ne aignifie pas seulement da pain I mais en général toute nourriture ; que nos premiers parens , sans coudre ces feuilles avec une aiguille , purent entrelacer ees feuilles et les branches auxquelles elles tenaient , et s'en faire ainsi une espèce de ceinture , et que c'est ce que les mots hébreux aignifient ; que les insectes et autres nourritures du serpent étant souillés sans cesse de poussière , on peut dire fîgarément ^u'ii vit de poussière comme David disait de lui-même , qu*il mangeait la cendre comme du pain 1 parce que la cendre dont il était couvert , tombant sor les nourritures qu'il prenait , c'était eo quelque sorte vivre de cendre , cineretntanquàm panent manducahamf etc. Edit,

hiteur du ^cnre humain , ait ëtë si igaoré de toater la terre : mais il est eacore plus étrange qu'Adam , ie père de tous les bornâmes , ait été aussi ignoré de tous les hommes que Noé ^. On ne trouve aucune trace de nos premiers parens dans les anciennes nations y ni en Egypte y ni k Babylone y etc ». **. CôMMEiiT. Il est surprenant , il est étrange ,

etc^ Mais d'abord , monsieur , serait-il en effet fort étonnant qu^ Adam , que Noé et leurs enfans eussent été ignorés , et qu'il ne se trouvât d'eux aucune trace chez les peuples qui ont passé par l'état de sauvages avant de se policer ? Q^iand on a tout oublié , même les arts les plus nécessaires , ne peut-on pas avoir oublié en même temps les noms et l'hiçtoire des premiers auteurs et restaurateurs à% genre humain I

3.«> Le serait-d beaucoup que des nations même anciennement policées y eussent oublié ces noms et cette histoire i après la confusion des langues ^ la dispersion des peuples > tant de révolutions et tant de siècles ?

Quoi qu'il en soit y si quelques nations anciennes ont perdu le souvenir de l'histoire d'Adam et de Noé y il n'en est pas moins vrai que la plupart des anciens peuples en ont conservé la mémoire y qu'on en trouve chez eux diverses traces , et que ces traditions ont passé d'eux à des nations plus récentes.

Ouvrez le pi'emier livre des admirables mè'tamoiçhoses d'Ovide , vous y verrez « le chaos et les élémens débrouillés par l'intelligence suprême j les ,asti*es suspendus à la voûte des cieux ^ les campa-^ gnes couvertes de verdure 5 les animaux de toute espèce peuplant le ciel y la terre et les eaux 5 et un étix plus respectable doué d'un esprit supérieur y

* Voy, Philosophie , tome m , Bible expliquée , page a5 , tome xxxiv des Œuvres.

** yoj, Dictioantire philosophique , tome x»e(| srt. /Idam , page 76 , tome xxxvii. ihid»

rhomme naissant enfin pour r^er snr eax (i) ; il est l'ouvrage du grand artisan de toutes choses ; et fait à rimage des dieux (2) 5 il conserve quelque temps son innocence , et le bonheur en est le fruit. C'est l'âge d'or si célèbre dans toute l'antiquité. Le printemps est éternel ^ la terre y sans être cultivée ^ se couvre de moissons -y les arbres se chargeùt de fruits 'j des ruisseaux de miel et de lait coulent de toutes parts y etc. (3) ^ mais bientôt les crimes répandus sur la terre irritant la divinité ^ un déluge engloutit les coupables humains 5 deux mortels échappent seuls à l'inondation générale, n Qu'en pensezvous y monsieur l Est -il difficile de reconnaître ici des traces frappantes de l'origine du monde , et de l'histoire de nos predders parens • telle que Moïse la raconte l

Ces idées si conformes à celles de l'écrivain sacré y l'auteur des Métamorphoses les tenait des Grecs ses devanciers et ses modèles ^ où sans doute nous

(i) Régner sur eux , etc. Citons ces vers , qocique* connus :

Sanctias his animal , toentisque capacîu^ alta Deerat adhuc , et qnod dominari in caetera posset ^ Natus homo eat : sive hune divine aemine fecit liie opifexreruoQ , etc. AuT.

(a) ^ rimage des dieux,

Finxit in efïïgiem moderantûm canota deornm. A-UT.

(3) De toutes parts,

Aarea prima sata est aetas , quse, vindice nnllo ^ Sponte 8oà , sine lege , ûdem rectumqne colebat.«t Ver erat œternum , placidique tepentibua «uria. Mulcebant zephiri natps sine semine flores.

Mox etiam fruges tellus inarata ferebat , Nec renovatus ager gravidis canebat aristis : Fluminœ jam lactis , jam flumina nectaris ibant» Flavtqae de Tiridi stiUabant iiice mella. AvT»

les trouverions toutes y si nous n'avions pas perdu Un si grand nombre de leurs ouvrages. Malgré ces perles, on peut encore vous montrer , dans Pherëcide j l'ancien serpent , ennemi de Dieu et des hommes ; dans Platon , la femme tirée de l'homme ; dans Hésiode , le chaos et l'Ërèbe y le jour ne' de la nuit, c'est-à-dire , la lumière succédant aux ténèbres et destinée à les dissiper , le septième jour consacré, l*homme formé du limon de ta terre, la vie des premiers hommes beaucoup plus longue que la nôtre , un âge d'innocence où 1 homme était heureux , un âge de crime , etc.

Texte. « On n'en trouve pas de traces en Egypte , etc. » ( Ibid. )

Comment. L'Egypte et la Phénicie , monsieur , avaient été l'école de la Grèce ; c'est de là que les Grecs avaient tiré , avec la connaissance des lettres , ces anciennes traditions sur l'origine du monde et du genre humain. Aussi les trouve-t-on , du moios en partie , dans les fragmens qui nous restent de ces deux nations. Malgré l'obscurité de la cosmogonie allégorique de Sanchoniaton , obscurité qu'augmente encore le traducteur grec , on y aperçoit « le

esprit qui 1 agite et 1 echauiie , la matière qui suite de ce mouvement , deux premiers humains nés du vent Colpiah , c'est-à-dire , de la voix de la bouche de Dieu , ou formés à sa voix et animés de son souffle , etc. » Vous dites vous même que :

Texte. « Dans la théogonie phénicienne laho forme l'homme de son souffle , lui fait habiter le jardin d'Aden ou d'Éden , le défend contre le grand serpent Ophionée , etc. » *

^ Voyez Philosophie , tome 11 , Extinen important de iDÎlord Bolingbroke chapitre vi , page a4 % tome xxxiii dea (KuTrea*

GoMMEïT. Et &appé dt cette ressemblance y tous VOttS ocriez :

.. Texte. « Que de conformités avec la Genèse juive ! » ( Ibid. )

CoMMEiiT. Vous les étendez encore ces conformités. Vous ajoutez que tous les peuples voisins avaient une Genèse ^ une cosmogonie pareille long - temps avant les Juîfs ^ et Tœuf que les Égyptiens représentent sortant de la bouche du Cneph ou Dieu su- ^puéme^ l'homme né du limon du I^il , et d'autres semblables traits , paraissent en effet y avoir quelques rapports. Vous en trouvez tant entre toutes ces cosmogonies y que vous en concluez que les Juifs avaient pris leur Genèse de celles des peuples voisins. Ainsi y dans Rome , dans la Grèce ^ et , selon vous-même , dans la Hiénicie , dans l'Egypte et dans tous les pays voisins des Hébreux , on tix)uve des traces de l'histoire de nos premiers parens.

Mais , dites-vous :

Texte. « On n'en trouve aucune dans Babylone. » *

CoMMEiïT. Aucune ? A quoi pensait donc le savant Frère t , qui nous assure au contraire « que les traditions des Ghaldéens supposaient aussi notre monde tiré du chaos par une intelligence suprême qu'elles nomment Bel ou Baal , le Seigneur , et

?ui était regardé comme le principe de l'ordre et de 'arrangement des diverses parties de l'univers ? Ces traditions, dit-il, supposaient encore' que toutes les nations descendaient d'un seul et même homme formé par Bel , et doué d'une intelligence que le Dieu suprême avait unie à la matière dont il avait formé le corps de ce premier homme. » Ces traditions ajoutaient « que les descendans de cet homme qu'elles nommaient Alorus , s' étant corrompus , Éel , le Seigneur , les fit périr , à la dixième génération ^ par

* Voyez Dictionnaire philosophique , tome i*er , art* Adam , page 76 1 tome xxxvii 1 det CËavres»

COMMENTAIRE. 3nt

un déloge , dont il préserva cependant Xisuthrus et sa famille par une protettion pamcnlièi'e : cette famille repeupla k terre , et c'est d'elle que descendent toutes les nations. » Et dans sa défense de là chronologie contre Newton , il remarque « qu'ientre Alorus et Xisuthrus ^ les Babyloniens comptaient dix générations. Ces dix générations donnent y pour le commencement du règne d' Alorus y le même temps que la Genèse. »

Il est vrai , ajoute Freret , « que la formation da premier homme y et les moyens employés pour le douer d'une ame intelligente y tout cela était assez différent du détail que nov^ ei} donne la Genèse . mais il n'y a point de contradiction dans ce qui fait l'essentiel des deux système^ sur l'origine des hommes* D'où l'on pourrait conclure que le fond de ces traditions qui se conservèrent dans la famiUe d'Abraham y originaire de Chaldée y et que Moïse a rapportées dans la Genèse y s'était aussi conservé y mais avec des altérations y parmi les Babyloniens. i>

C'est ainsi que pensait le savant Freret sur la ressemblance des traditions babyloniennes , touchant l'histoire des premiers parens du genre humain^ avec ce que la Genèse rapporte. Et vous y monsieur y plus instruit apparemment et plus difficile à contenter sur les faits que le savant Freret , vous venez nous dire qu'o/i ne trouve à Babj-lone aucune trace des auteurs de la race humaine !

Si des Babyloniens nous passons chez les Perses y nous y trouverons des conformités encore plus frappantes. Vous nous avez tant vanté les Perses^ leur Zoroastre et ses fameux écrits , F authentique ,i&end- Avesta ! Eh bien y monsieur , parcourez - les y ces livres qu'un homme non moins digne de votre reconnaissance y que l'Anglais Howel vous a mis à portée de lire, vous y trouverez « un Etre suprême , l'Eternel , Créateur du monde .. et principe de tous les êtres ^ un seul homme et utie seuiç femme , dernier ouvrage de la création y et premiers pareni

du genre humain , place's dans un jardin (i) ^ leur tentation , leur chute -, le grand serpent^ leur ennemi et l'ennemi de toute leur postérité, w Le Boundscli , l*un de ces livres antiques , vous les représentera « créés d'abord , unis l'un k l'auti'e comme les branches d'un arbre sur un même tronc (2) ^ tous deux destinés à vivre heureux , mais tous deux séduits par jtrimane , le rusé y le menteur , et devenus malheureux par leur désobéissance. » Assurément il serait dîfficde de ne pas reconnaître ici des traces de nos premiers parens ^ et de leur histoire. Voila donc encore un grand peuple très-ancien y et cpii j selon TOUS y n'avait pas été instruit par les Juifs , dont les traditions se trouvent conformes aux nôtres.

Il en est de même des Indiens. Nous ne citerons ici ni Strabon y qui assure que l'âge d'or si vanté

Êar les poètes de Rome et de la Grèce j ce temps eureux qui précéda la chute de l'homme y était connu des Indiens 3 ni Maimonide y ni Femand Mendès y qui prétendent que l'histoire de nos jh%miers parens n'était pas ignorée de ces peuples ^ ni Abraham Roger y qui y après avoir passé plus de

auteurs du genre humain y telle à peu près pom* le fond que ce que Moïse en raconte. C'est vous-même que nous vous opposerons ; c'est vous qui dites :

Texte, a N'oublions pas surtout que les Indiens

(i) Dans un jardin. C'est M. de Vohaire lui* -même qui nous apprend m qu'on trouve un paradis terrestre dans rancienne religion des Perses , »• que ce paradis terrestre s'appelait Shang Disnago, Ant.

(a) Sur un même tronc» Noua avons déjà remarqaë qne l'Edda , on théologie des anciens peuples da Nord , représente de même Themme et la femme nnû originst* itment ^ et ne formant qu'on même corps. Amu.

is terrestre abusèrent du bien furent

enrent un paradis terrestre , et que les hommes qui

chasses de ce paradis. » *

Comment. Ne l'oubliez pas vous-même , monsieur. Un paradis terrestre , l'homme ingrat et rç-

premiers parens , teue qu est racontée dans la Genèse ? On trouve donc des traces des premiers auteurs du genre humain chez les Indiens : vous nous en fournirez bientôt de nouvelles preuves.

Il y a plus 5 on peut dire , d'après vous-même , qu'on en trouve chez tous les anciens peuples y puisque , selon vous ,

' Texte. « La chute de l'homme dégénère est le fondement de la théologie de toutes les anciennes nations, n >

' Comment. La chute de V homme dégénéré ^ etc. C'est en deux mots l'abrégé de ce que Moïse raconte. Donc , selon vous-même , toutes les anciennes nations ont conservé le souvenir de nos premiers parens ^ et des traces de leur histoire. Et à ces nations anciennement policées on pourrait joindre plusieurs anciennes nations sauvages chez lesquelles on en a trouvé àes vestiges.

Le fondement de la théologie y etc. Oui^ monsieur , l'observation est vraie et l'aveu très-remarquable. Comment en effet toutes les anciennes nations se sont-elles accordées k prendre pour fondement de leur théologie un fait si singulier ? D'où tiennent-elles toutes une pareille idée j et d'où a pu venir cette conformité entre les traditions de tant de peuples y sinon d'une source commune qui touche à l'origine des choses 7

. Il en est de même jia restaurateur du genre hu- Hiain. Nous retrouvons des traces évidentes de son

i * Voyez Introdoction k TËssai sur les momrs » art. de rinde , page 85 , tome xvi des (Evres.

3^4. l'ETIT

hutoii'e dans Ovide } dans les traditions des Grecs sur les déluges d'Ogygès et de Deucalion ; dans celles des Ghaldéens , rapportées par le Çhaldéen JBerose 'y dans celles de$ Assyriens > qu'on lisait chez Abydène } traditions si conformes , ^ur le fond et même pour quelques circonstances singulières ^ au récit de Moïse , qu'on dirait que ces écrivains avaient ce récit sous les yeux. î^ous en retrouvons des traces, chez les Chinois , les Indiens ^ les Phéniciens , 4pi croyaient Joppé bâtie avant cette horrible catastrophe ^ et même chez les Egyptiens , quoique leurs folles prétentions à une antiquité très-reculée s'accordassent mal avec l'aveu du déluge. On en trouve même chez les peuples barbares } et le &meux Boulanger a prouvé que tous les peuples anciens en avaient conservé la mémoire dans leurs cérémonies religieuses.

Il est donc évidemment faux qu'il ne se trouve chez les anciennes nations aucunes traces de l'auteur et du restaurateur du genre humain. Loin qu'ils aient été ignorés de tous leurs enfans , la plus grande partie de leur postérité en a conservé le souyenir dans des traditions , altérées j il est vrai j comme il devait nécessairement arriver a 'es tant de révolutions , mais très-reconnaissables aux grands traits.

§^. XI. Si les noms des premiers parens et restaurateurs du genre humain ont été igno^ rés de tous les peuples anciens. Grande découverte y et contradiction du critique»

Mais y dites- vous , si l'on découvre quelques tra* ces de leur histoire , n'est-il pas singulier que leurs noms ne se trouvent nulle part ? C'est une idée qui vous paraît neuve , et que vous voulez bien .communiquer au public.

TexTE. « On a tant parlé d'Adam et de sa femme } les rabbins eaont débité tant de i^yeries;

COMMENTAIRE. SjS

et il est si plat de répéter ce que les autres ont dit, qu'on hasarde ici une idée assez neuve. i>(Quest. en* cyclopédique. * )

Comment. On a beaucoup parlé cCAdam , etc.

Cela est vrai. Nos commentateurs et les vôtres en ont débité bien des rêveries y nous l'avouons , et notre dessein n'est pas de les défendre.

H est si plat de répéter , etc. Voilà pourquoi vous ne répétez pas. •

Ce que les autres ont dit , etc. Vous le sentez donc enfin y monsieur : c'est un peu tard ^ mais c'est toujours quelque chose que vous vous en soyez enfiii, aperçu. >

Quon hasarde ici une idée assez neuve j etc.

Les idées neuves nous plaisent beaucoup y quand elles sont justes. La vôtre aura sans doute ce double mérite.

Texte. « Elle ne se trouve , cette idée , dans aucun ancien auteur y dans aucun père de l'Eglise y dans aucun prédicateur y ou théologien y ou critique , ou scholiaste, de ma connaissance. » ( Dict. philos., art. Adam. )

Comment. De ma connaissance. Un hoBune aussi instruit que vous l'êtes y monsieur , connaît beaucoup d'anciens auteurs , de pères de l'Eglise , de prédicateurs , de scholiastes. oi cette idée ne se trouve chez aucun de ceux que vous connaissez , elle ne se trouvera donc nulle part. Ce delut pique notre curiosité et irrite nos désirs. Quelle est «elle donc y cette idée.

Texte. « C'est le profond secret qui a été gardé sur Adam dans toute la terre habitable , excepté en Palestine y jusqu'au temps oii les Juifs commencèrent à être connus à Alexandrie **, Vous .ne trouverez

* Voyez Dîetic nnaire philosophique y tome i.eri art. Adam, page 74 1 tome xxxvii des (EEiivres.

** Voyez Introdaction k l'Essai snr les morars y tome XVI des (Ea?res.

nulle part le nom d'Adam et d'Eve : la terre en- . tière a gardé sur eux le silence. » ( Phil. de l'hist. y •4* Dict. phil. ♦ )

GoMiiEVT. C'est le profond secret y etc. C'est ' donc là y monsieur y la curieuse découverte que vous nous annonciez avec tant d'emphase ? En vérité ; parturient montes y nascetur ridiculus mus.

Mais est - il bien vrai y monsieur y que le nom d'Adam ai^ été inconnu de toute la terre ? I^ous

Eurrions vous opposer que Mainlonide y qui avait lu livres des anciens Zabiens y assure y avoir vu le nom d'Adam y que Hyde et Prideaux 1 ont vu dans les livres des anciens Perses ^ que les Arabes modernes prétendent qu'il n'était point ignoré de leurs anciens écrivains y etc. Vous - même y monsieur y vous nous assurez que le. nom d'Adam et son histoire étaient très - connus des anciens brachmanes. Vous dite» :

Texte. « Ce qui est singulier , c'est que le Vcdam des anciens brachmanes enseigne que le premier homme fut Adimo y et la première femme Frocriti. Adimo signifiait Seigneur y et Procriti voulait dire la vie y comme Eve signifiait la vie. Cette conformité mérite une grande attention. ^^ »

Comment. Cette conformité y etc. Elle tous praissait si singulière y que vous ne balanciez pas à conclure que les Juifis avaient pris des Indiens ces noms et cette histoire. Vous disiez y avec le ton ironique que vous prenez si volontiers quand vous vous croyez sûr de la victoire :

, Texte, a Quelques esprits creux y très-savans ; sont tout éblouis quand \h lisent y dans le Vedam des anciens brachmanes y que le premier homme fut créé aux Indes y et qu'il s'appelait Adimo y qui signifie

* Voyez Dictionn. philosoph. , tome ler. art. Adam » pai^e 78 , tome xxxvii des CEEuvrea-

4« Voyez Introdoction à l'Essai anr lea mœara ; art de rinde y page 83 , tome Xvi des (Kuyrea.

Vengêndreur j et que sa femme s'appelait Procriti ^ qui signifie la vie. Ils disent que la secte des brach* mânes est incontestablement plus ancienne que celle àes Juifs* Ils disent que les. Indiens furent toujouf^ inventeurs , et les Juifs toujours imitateurs y les Indiens toujours ingénieux ^ et les Juifs toujours grossiers. * »

Gomment. Quelques esprits creux , etc. C'est ainsi que vous les appelez ironiquement y c'est-à» dire y des esprits solides et très-sayans y au rang desquels on sent bien que tous vous mettez.

Sont tous éblouis , etc. De quoi ? de voir l'Adam et l'Eve des Hébreux dans l'Adimo et dans la Procriti des Indiens , et tant de ressemblance dans les noms et dans l'histoire. C'est de là que ces savans concluent que les Juifs 5 toujours uni" tuteurs y n'ont point inventé cette histoire et ces noms y mais qu'ils les tiennent des indiens y tou" fours inventeurs.

Mais y monsieur y si les Juifs ont pris ces noms et cette histoire des Indiens y les Indiens la connaissaient donc 'y ils connaissaient le nom d'Adam y et un nom tout semblable à celui d'Eve. Yoilà donc encore un ancien peuple y et y selon vous^ le plus ancien peuple du monde y de qui ces ûoms et cette histoire n'étaient point ignorés.

Que devient donc ce profojid silence gardé- sur Adam dans toute la terre habitable y jusqu'au temps où les Juifs commencèrent à s'instruire dans Alexandrie !

Il est vrai que vous ne tardez pas à contredire ce que vous venez d'avancer d'une manière si fé* tisive. Vous dites y [avec le même ton d'assurance :

: Texte. On trouve à la vérité chez les Lrach* mânes le nom d'Adimo et «celui de Procriti sa

* F'oyez Dictiomiaire philoaophiqae , tome i.er art* Adam , page 8o.

3^8 PETIt

femme. Si Adimo reasemble ou peu à notre ÀcUm^ les Indiens répondent : ^oos sommes un grand peu- ^e établi vers le Gange y plusieurs siècles avant

Îae la horde lielsraïque se fût portée vers lé Jourain. Nous ne pouvons donc avoir pris notre Aduno de leur Adam ^ notre Procriti ne ressemble point du tout à Eve ^ et d'ailleurs leur histoire est entièrement difféi*ente. * i>

CoMii£9T. Si Adimo ressemble un peu , etc.

Tout k l'heure il lui ressemblait si fort , que la conformité vous paraissait étonnante.

Procriti ne ressemble point , etc. Non par le son y mais par le sens y c'est exactement la même chose 3 vous le disiez tout à l'heure vous-même.

Leur histoire est entièrement différente , etc. Et il n'y a qu'un moment elle était si ressemblante ,

2ue des espiits très-solides et très-savans en étaient blouis.

Ainsi y monsieur y selon vous y cette histoire et ces noms sont si ressemblons y que les Juifs les ont pris des Indiens 5 et y selon vous y ils sont si âifférens y que les Indiens n'ont pu les prendre des Juifs ! ils ne se ressemblent pas ; et la conformité mérite la plus grande attention ! Quelle tOD&ance peut - on donner à un écrivain qui a si peu de tenue ? Heureusement votre autorité ici n'est as seule. Celle de Maimonide y de Fernand Mentes 'y de Roger , de l'Ezourvedam , etc. , prouvent assez sans la votre.

Donc y monsieur , les Zabiens y les Arabes y les Perses , les Indiens , ont connu les noms de nos premiers parens , et c'est bien mal à propos que rous avancez que la terre entière a gardé sur eux le silence.

Si le nom de Noé ne se trouve pas dans les monumens qui nous restent des anciens peuples ;

* Voyez Dictionnaire philosophique 1 tome 1 .er ; art. Adam , pa|^e 77.

ceux de ses enfans et de ses premiers descendanB «sont connus. Japhet y Cbam , Cbanaan , Mers où Mesraïm y sont célèbres dans notre Occident comme dans l'Orient. On pourrait en citer beaucoup d'aittrès y et nommer une longue suite de peuples et de TÎUes qui en ont porté les noms. Vous avefc donc trop dit ^ monsieur y en avançant y comme vous Pavez fait , que les noms des auteurs et restaurateurs du genre bumain ont été ignorés de ioutB leur pastérité,

§. XII. Est'il aussi étonnant que le critique le pense , que divers peuples paraissent avoir ignoré ces noms l

Mais quand la plupart des peuples paraîtraient avoir ignoré les noms bébreux y et quelques-uns même l'bistoire de nos premiers parens y serait -> ce uiie cbose fort étrange 7 Vous le dites : vous prétendez que :

Texte, a Les noms des auteurs du genre bumain y ' ignorés du genre bumain y sont an nombre des plus grands mystères. On ne peut coiïiprendre comment le père de toutes les nations a été ignoré si long - temps. Son nom devait avoir volé de boucbe en boucbe d'un bout du monde à l'au« tre y selon le cours naturel des cboses bumainés. * »

Comment. Le cours naturel des choses humaim nés y etc. Vous vous trompez très-probablement , monsieur^ dans l'idée que vous vous en faites. Vous TOUS figurez que ces anciens temps ressemblaient aux vôtres y et qu'on avait les mêmes moyens de conserver et de répandre le souvenir des événemens antérieurs y et les noms de ceux qui y

* y<yyez Dictionnaire philosophique, tome i.er , ftrt. Adam » page 78.

aa^ PETIT

avaient eu part» Malgré ces moyens , vous voyez tous les jours taut de familles qui ignorent les noms de leurs aïeux y tant de peuples qui ne connaissent ni leur origine ni leurs fondateurs ; et vous trouveriez étonnant qu'après plusieurs siècles, et mille ëvénemens malheureux , quelques anciens peuples eussent oublié les noms des premiers auteurs et restaurateurs du genre humain ! Si vous comptez pour rien les révolutions physiques et politiques y les inondations locales , les tremblemens de terre y les guerres , les pestes y cent fléaux oui y en désolant les anciens peuples y ont pu leur faire oublier y avec les aits les plus nécessaires y l'histoire et les noms de nos premiers parens ; au moms faudrait - il vous souvenir de la dispersion des peuples y de la confusion des lances y des altérations survenues dans les premiers idiomes , etc.

Sont au nombre des plus grands mystères^ etc. Ce peut être un grand mystère pour vous, mon-* sieur y et pour tous ceux qui iy au lieu de réfléchir , ne voudraient penser que d'après vous. Mais ce grand mystère peut aisément s'eclaircir.

i.o Vous supposez y monsieur, qu'Adam et Eve que Noé et ses enfans n'avaient qu'un nom chacun : mais que savez -vous s'ils n'en avaient pas plusieurs ? C était l'usage des anciens temps , et on en voit beaucoup d'exemples , non - seulement dans nos patriarches y mais dans les rois de Babylone y d Assyrie y et même dans un grand nombre de particuliers. Pourquoi Adam y par exemple ^ n'aurait-il pas été appelé, par les uns , le premier homme , l'homme tiré de la terre ; par les autres, le père , le premier père , l'auteur du genre hu« main, etc. /Toutes ces dénominations, rendues dans les difierens idiomes , devaient donner des noms différens.

2.<* Vous n'ignorez pas que les noms d'Adam, d'Eve , de I^oé , etc. sont des tfoms hébreux.

COMMENTAIRE. 3Si

Vous supposez donc que cette langue f&t la première langue du monde. Nous sommes fort touches de l'honneur que tous lui faites. Mais pouitant il faut avouer que quelques sayans le lui refusent ^ et vous-même vous le lui contestez ailleurs } vous

retendez que ce n'est qu'un jargon grossier.

l'h^reu n'est pas la langue primitive , potirquoi ces noms hébreux auraient - ils été ceux des premiers parens du genre humain ? Si c'est la langue du premier homme et de ses premiers enfans y pourquoi la traitez-vous si souvent d'idiome non» yeau l

• '3.<* Dans cette langue , quelle qu'elle soit , les noms d'Adam ^ d'Eve ^ etc. , ne sont pas comme la plupart de vos noms propres y des mots vides de sens ^, et qui n'aient aucune signification. Ils en ont une ; ils veulent dire V homme tiré de la terris , la mère des vivans , etc. Gomment pouve2-vous exiger que ces noms hébreux se trouvent dans les langues égyptienne ^ mède y persanne y etc. qui , selon vous , n ont aucun rapport avec l'hébreu l Pourquoi tous ces peuples n'auraient -ils pas rendu qes idées par des expressions propres à leurs langues y selon vous si différentes de l'hébreu?

4.* C'était en effet l'usage de l'antiquité , de tra* duire même les noms propres 5 la traduction seule de l'ouvrage de Sanchoniaton en est une preuve 9 et il y en a mille autres. Ce n'est pas tout : lorsqu'on a cessé de traduire les noms propres y on tes a défigurés en les abrégeant y les alongeant y et en chaQgeant les élémens pour les accommoder au génie des langues dai^s lesquelles on traduisait* Yous convenez de tout cela y monsieur y et. vous prétendez que les noms hébreux de nos premiers parens devraient se trouver formellement y avec toutes leurs Toyelles et leurs consonnes y dans toutes les langues de leurs descendans ?

U nous semhle que y si vous voulez bien faûrt

38i PETIT

quelque râiexioa sur ce que nous yenonsi de dire , votre grand mystère pourra bien tous paraitre moins incompre'hensible.

Après ces observations , il ne sera pas difficile de v^pondre à ce que vous ajoutez.

Texte. « Ces noms furent toujours ignorés des autres nations. Le Phénicien Sancboniaton y qui yiyait certainement ayant le temps où l'on place Moïse y donne , comme lui , dix générations à la race humaine ^ jusqu'au temps de Noé 3 et il ne

Sarle y dans ces dix générations y ni d'Adam y ni '£ye y ni de ^^oé même. Voici les noms des premiers hommes y selon la traduction grecque faite par Philon z Protogone , j4Eon , Genos , etc. Vous ne yoyez le nom d'Adam dans aucune des dynasties 4'£^ypl6 : il ne se trouye point chez les Ghaldéens. m Orphée, ni Linus, ni Thamyris n*en parlent ^ car s'ils en avaient .dit un mot y ce mot aurait été relevé sans doute par Hésiode : et surtout par Homère y qui parle de tout y excepté des auteurs de la race humaiue .... Ëusèbe y dans son Histoire universelle , et Clémeot d'Alexandrie , qui rapportent tant de témoignages de l'antiquité , n'auraient pas manqué de citer un passage dans lequel a aurait été fait mention d'Adam et d'Eve. H est donc ayéré qu'ils furent toujours ignorés dès autres nations. * »

CoMMEiïT. Voilà un long texte y monsieur 5 examinons-le par parties.

Ces noms furent toujours ignorés des autres nations, Kous venons de prouver le contraire } nous venons aussi de prouver que s'ils le furent de divers peuples , on n'en doit pas être fort étonné.

Le Phénicien Sanchoniaton^ etc. Comment un critique y qui rejette avec tant de dédain les écH-

* Voyez PIctionnaîre philosophique ; tome ler. art. Adam , pages 76 et suivantes.

Tains Juifs , peut-il faire tant, de cas dés lambeaux de Sanchoniàton ?

Qui vivait certainement avant le tefhps où Von place Moïse Vous l'assurez , monsieur -, souvenez - vous - en , s* il vous plaît , et ne venez plus nous dire , comme vous Tavez fait , qu'il est étonnant que Sanchoniaton n'ait point parlé des miracles de Moïse ; car s'il vivait avant Moïse } comment pouvait-il parler des miracles de Moïse ? Au vrai , rien n*est moins certain que le temps où vivait Sanchoniaton.

Donne comme lui dix générations , etc. Cela est vrai ^ monsieur y et le Chaldéen Berose en compte autant. L'accord de ces deux écrivains avec Moïse est remarquable 5 il prouve , ce que nous disions plus haut f que les traditions des Phéniciens et des Chaldéens sur les premiers parens du genre humain étaient assez conformes à celles des Hébreux. Et puisque Sanchoniaton a écrit d'après les livres de Thoth l'égyptien , on peut bien en con- ^ dure que les traditions des Égyptiens ne s'éloiguaient pas de celles des Phéniciens et des Hébreux.

// ne jfarle ni d'Adam ni d'Eve , etc. Vous oubliez y monsieur ^ que nous n'avons plus le texte des fragmens de Sanchoniation : U ne nous en reste que la tradition de Philon de Biblos. Or, Philon a traduit en grec jusqu'aux noms propres ^ on n'y trouve donc pas , on ne peut pas j: trouver les noms phéniciens que Sanchoniaton donnait aux premiers hommes. Il est étonnant que vous n'ayez pas fait cette réflexion.

f^oici les noms des premiers hommes selon la traduction grecque de Philon. Protogone , ^on y Génos , etc. Cela est vrai , monsieur : mais ces noms ne sont pas les noms phéniciens que Sanchoniaton donnait aux premiers hommes y c en £st la traduction en grec. Cependant on aperçoit /ians la traduction même ^ un rapport visible entre

ces noms et les noms et l'histoire de nos premiers

parens.

Proêo^one signifie en grec y le premier né } et Adam signifie l'homme tiré de la terre , fonské par conséquent ayant tous les autres qui ne naquirent pas delà tecre ^ mais d'honunes comme eux. jŒon a un rapport même de son nom avec le mot JEve j et un plus grand encore de signification : jlEon en grec signifie âge , vie , et Eye en hébreu signifie aussi vie. jlEon ^ dans Sanchoniaton , conseille de manger du fruit des arbres : Eve., dans Moïse, donne le même conseil. Genos y prononcé durement Ghénos , a également un double rapport de son et de signification avec Cain j que les Hébreux écrivent Quaïn, Genos ^ en grec , signifie race ; et Eve y en donnant à son fib le nom de Quaïn , se félicitait d'avoir acquis un homme , c'est-à-dire d'avoir eu race et postérité»' Vous voyez , monsieur y qu'il ne serait pas si difficile de retrouver ici y même à travers le voile ,de la traduction i de grands rapports entre ces noms et ceux que nos livres donnent aux premiers parens du genre humain. I^ous ne prétendons pas tirer gi'and avantage de ces rapports : avouez pourtant qu'ils sont singuliers.

Que si des noms équivalens à ceux d'Adam et d'Eve se trouvent dans Sanchoniaton y qui écrivait sur les mémoires de Thoth , n'est-il pas probable qu'on en trouverait de même dans ces mémoires ; rils existaient ?

J^ous ne voyez le nom dAdam dans aucune des anciennes dynasties d*EgYpte. Chose fort étonnante ! Quelle place y monsieur y pouvait y occuper Adam ? Les premières sont celles des dieux, toutes allégoriques ou fabuleuses 'y les autres sont celles des rois qui ont régné en Egypte ; or ^ Adam n'a pas régné en Egypte.

// ne se trouve point chez les Chaldéens y etc. Son s mais son histoire et celle de Noé s'y trouvent;

et

et le nom d'Âloras , que les Gbaldëens donnaient au premier homme ^ a pu être un de ces noms relatifs à quelques-unes de ses qualités y que pfbbable«* ment les anciens peuples lui ont donnés.

Ni Orphée ; ni Linus , ni Thamyris , n*en parlent. Si nous avions tous les ouvrages de ces andens sages , votre raisonnement pourrait avoir quaqoe justesse ; mais vous savez que nous n'avons a'eux que quelques fragmens dont on conteste l'andiefticité. D'ailleurs ces fragmens sont écrits en grec^ et vous dites vous-même que les Grecs ont défigure' tous les noms. Enfin quelle preuve avez'^vous qu'il entrât dans le plan de leurs ouvrages de parler d'Odessa j puisque nous n'avons plus ces ouvrages ?

S'ils en avaient dit un mot y ce mot aurait sans doute été relevé par Hésiode , et surtout par Homère , qui parle de tout. Sans doute !

nous en doutons fort j monsieur , et nous ne voyons ni qu'il fût nécessaire que Thamyris , Oi'phée , Linus y pour remplir leurs plans , nommassent les premiers parens du genre bumaiq , ni qu'il soit certain que y s'ils l'eussent nommé y ce mot eût été révélé par Hésiode et par Homère , ni qu'il soit raisonnable de dire c^* Homère a paHé de tout.

Eusèbe , dans son Histoire universelle , et Clément d* Alexandrie y qui ont cité tant de té-^ moignages , etc. L'histoire universelle d'Eusèbe ! Eusèbe y monsieur y n'a point fait d^ Histoire

citer les anciens autem's sur Adam et sur Eve. C'est une distraction de votre part y ou une méprise qui

{>ourrait faire soupçonner que vous connaissez peu. * Histoire d'Eusèbe.

Eusèbe et Clément d'Alexandrie ont en efiPet cité beaucoup de passages des auteurs profanes y qu'on ne trouve que cbez eux ) et c'est par cett« Tome J. R

raison que nonrseulement les théologiens , mais tous les savans font tant de cas de leurs ouvrages. Il faut avouer entre nous , monsieur , que ce n'étaient j)as des ignorans que les Ëusèbe y les Gément , les Ârnobes , les Lactances > les Augustin , etc.

JN* auraient pas manqué , etc. Nous le croyons comme vous. S'ils n'ont point cité de pareils passages , c'est vraisemblablement qu'ils n'en ont point trouvé. Mais Eusèbe et Clément d'Alexandrie ontils tout su l ont-ils tout vu ! tous les monumen s anriens sont-ils parvenus jusqu'à leur temps ? Savàbs dans les antiquités et la littérature des Grecs , connaissaient-ils les» antiquités indiennes y persannes , chaldécnnes , etc. l entendaient-ils les anciens monumens de l'Egypte -, etc. ?

Disons plus , monsieur ^ quand toutes les nations qui ne parlaient pas hébreu n'auraient pas su les noms que les Hébreux donnaient aux premiers pareqs du genre humain , qu'y aurait-il là d'étonnant ? N'avez-vous pas dit en cent endroits « que les livres des Juifs fui'ent toujours ignorés y que la traduction qui en avait été faite sous les Ptolémée fut tenue très-secrète j qu'ils ne communiquaient leurs livres et leurs titres à aucun étranger , que leur langue était barbare , etc. l Est-il étonnant que des noms cachés dans des livres si secrets y qu'on ne communiquait à personne y écrits dans un jargon barbare y aient été ignorés des autres peuples ? Ne voyez- vous pas que vous nous donnez une clef de ce grand mystère , qui vous paraissait si difficile à comprendre \

Donc , monsieur , il n'est point avéré que les noms d'Adam et d'Eve , de Noé et de ses enfans , aient été inconnus à toutes les anciennes nations ; et il n'est ni incompréhensible ni étonnant que divers peuples les aient ignorés (i).

{\)Les aient ignortés. Le Clerc avait prévu Tobjection de M. de Voltaire , qui par coQséqueot n'eal pas aniii' »«uve qu*il rimagine. « Les noms 4e8 patriarches , dit.

CONCLUSIOU.

Voilà , monsieur , quelques-unes des réflexiotis t|ue nous avons faites en lisant votre Traité de la tolérance., et divers autres ouvrages qu'on vous attribue . Nous pouvons nous être trompés : qui ne se trompe pas (i) ? mais nous cherchons sincèrement la vérité.

Le Clerc , n'étaient paa dea noma qui leur eussent été donnéa , comme parmi noua , à leur naiaaance ; c'étaient plutôt dea aurnoma tiréa de ieura actiona , de leurs talena , de quelquea circonstancea de leur vie. Ainsi , un dea iila d'Adam est appelé Ahel , c*est-à- dire vanité , deuil , parce qu*en mourant à la fleur de aon âge , il trompa l'eapérance de sea parena , qu'il laissa dans la douleur «t danale deuil : le premier roi de Babylone , que aea partisans et ses sujets nommaient Bel 1 le Seigneur , fut appelé par les Hébreux Nemhroà , le rebelle à Dieu , parce qu'ils le croient l'auteur de l'idolâtrie : Esaii est surnommé Edom , le roux , la couleur de sea lentilles » etCi : Ainsi Methusala signilie , après sa mort le déluge « Agar , It fugitive ; Balaam , l'avare , Jeplité , le victorieux , etc. Tel a été de tout temps l'usage des Orientamx de désigner les hommes célèbres par de semblables surnoms ; cet usage aubsiste encore aujourd'hui* Les auteurs persans ne nomment ordinairement Alexandre que Dulcarnaïm* , l'homme aux deux cornes. Henoch est appelé par les Arabes Idris , le savant , parce cpi'ils le croient l'inventeur des lettres , de l'astronomie , etc* Héber est nommé Hud , parce qu'ils le regardent comme le père des Juifs, etc. «< Faut- il s'étonner que ces surnoms dennés par un peuple d'après ses idées et ses préjugés $ aient été ignorés par d'autres l >• Edit,

(i) Qui ne se trompe pas l Si M. de Voltaire , dont les connaissances n'out de bornes que celles de l'esprit humain , s'est trompé sur plus d'un objet , oserions-nous nous flatter de n'avoir pas donné dans quelques méprises , nous qui , presque toujours confinés dans un village ,

Si vous nous croyez dans l'erreur , daignez nous eclal- - rer. Nous nous engageons à réformer par des cartons . tout ce qui* pourra vous déplaire dans cet écrit , et nous tiendrons parole.

Nous ne devons poini le dissimuler , nous le publions avec reconnaissance 5 le peuple juif vous a quelques obligations. Vous nous avez }ustinés , autant qu'il était en vous j du crime qui nous rend odieux aux nations chrétiennes. Si les auto-dafé de' Madrid et de Lisbonne sont moins sanglans ^ si la rigueur du tribunal redoutable qui nous )uge est enfin adoucie y c'est peut-être à vos écrits plus au'à toute autre cause que nous en sommes redevables. Vous avez du moins plus d'une fois exhorté les chrétiens à nous regarder comme leurs frères (i). Prenez enfin pour nous ; monsieur ^ les sentimens que vous voulez inspirer aux autres , et soutenez partout , dans la nouvelle édition de vos œuvres ) le caractère de modération et de bien&isance qui éclate en tant d'endroits de vos écrits.

mtoquant de secoars el souTent de li?rea , ne pontons conaacrer k Tétade qae les momena de loialr .que nous laiaae la triate néceaaité d'acqaérîr 7 Aut,

(1) Comme leurs frhres. m Quoi, dit-il , mon frère le Turc , mon frère le Chinois , le Jui/ ! Oui 9 aana doate ; oe aommea-noaa paa tona enfana da même père et créatorea da. même Diea l Et c'est arec «de tels principea qu» rillostre écrifain a ai indignement traité tona iea Jnilà anciena et modemea.

riir DU TOMK PREMIER.

mtÊmmmm'

Lettre première i de M* Guasco ^ Juif portugais de Londres , à M» Sweet-Mind , chanoine de Jf^in» chester, page 35

Occasion et aujet dea Lettrea , etc. , de quelqaea Jaifa portngaia. ibid.

Lettre II , de Fauteur des Rëflexiona critique a , à M* Per y agent de la nation portugaise de Bordeaux , en les lui envoyant, 38

RÉFLEXIONS CRITIQUES sur le premier chapitre du 'j.e tome des œuvres de 31, de Voltaire, 4<

Lettres III » de V auteur des Réflexions à M, de VoU taire % en les lui envoyant en manuscrit, ^

Lettre IV. Réponse de^M, de Voltaire à Vauteur des Rëflexiona critiques. 64

Lettres V. De Joseph d^Acosta , Juif de Londres a» révérend docteur JonJison , pasteur de Chestow en Montmouth'Shire » contenant quelques jugemens sur les Rëflexiona critiquea et sur M, ae Foltaire, 67

De qaelques Juifs allemands et polonais à M. de

Voltaire.

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