‹ Lettres de quelques juifs portugais: avec un petit commentaire, extrait d'un plus grand, à lChapitre 26 sur 39 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

§. IIL Adam nomme les animaux i mau^aUes plaisanteries du critique.

Dieu y selon l'écriture , créa d'abord Adam seul: mais son dessein n'était pas de le laisser long-temps

Dieu fit venir devant Adam tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel , afin qu'il vît comment il les nommerait , etc.

Vous trouvez ^ monsieur j dans votre Raison par alphabet y ce récit fort bizarre. Vous dites :

Texte, a On s'attend que' le Seigneur va donner à Adam une femme : point du tout. Le Seigneur lui amène tous les animaux. » \ Art. Genèse. * )

GoMMEUT. On s'attend , etc. Si vous n'avez vu; monsieur ^ entre ces deux faits aucune connexion , c'est un peu votre faute ; il y en a une réelle , qu'il n'était pas difficile d'apercevoir»

En présentant à Adain ces couples des différentes espèces d'animaux , Dieu veut lui faire désirer d'avoir aussi sa compagne. Il veut en même temps lui faire scntii* que parmi trette foule d'êtres d'an rang si inférieur au sien , il n'y a point S! aide qui lui ressemble , point de compagne digne de lui : ce n'est point parmi eux qu'il peut espérer de la trouver, y il faut que le Seigneur lui en. donne une de la même nature et du 'même ordre que lui. Ad«

compagne étant comme lui d un rang supérieur au reste des êtres animés ^ il devait la respecter et la chérir comme lui-même. Et c'est en effet le sentiment qu'il éprouve bientôt après , lorsque , le

* yoy. Dictionn. philosophique , art. Genèse , p. 4Vi orne XL des Œuvres.

Seigneur la lui présentant , il a'écrie avec transport : Pour cette fois , voici Vos de mes os , et la chair de ma chair. Telle est ^ monsieur ^ la liaison qu'opt ces deux faits l'un avec l'autre : il est étonnant qu'elle vous ait échappé. > Vous lisez vite apparemment ^ et ne réfléchissez guère (i).

Avançons. Les animaux passent en revue devant Adam. Il leur donne des noms. C'est le premier acte y et en quelque sorte, la prise de possession de la souveraineté et du domaine que Dieu venait de lui accorder sur eux. C'est en même temps une occasion que le Seigneur lui procure de jeter les fondemens de la langue qu'il devait parler ; et il ne dédaigne pas de présider lui - même à sa formation (2).

Ici j monsieur ^ vous changez de forme : vous nfêtes plus le licencié Zapata y ni l'honnête homme disputant contre le caloyer : vous vous métamorphosez en une troupe d*aumôniers réunis pour expli^ <juer enfin la Bible : on sent, comment Vexpli-^ queront des aumôniers philosophes ayant à leur tête le grand - prêtre die la philosophie. Avant de commenter ce passage ^ vous commencez par le traduire à votre façon.

(1) Et ne réfléchissez guère. Il nous semble qu'outre ia leçon donnée dans ce récit aa premier homme et à tous les époux , Moï^e put encore avoir pour but de préparer les Israélites « par des vaes religieuses , à la défense qu'il allait leur faire d'imiter }es dérégleméns des Chananéens et leurs amonra monstrueux.

Ce n'est pas le seule endroit où l'on peut remarquer cette attention de Moïse à poser d'avance les foodemeus de sa législation : toute la Genèse en est comme i^ préambule. A ut,

(2) A sa formation, M. Rousseau de Genève trouvât tant de dîfiScultié^ à ia £c>rmation d'une première langue » qu'il ne p^neçxj^al.qpe Ji'l|omaie eut pu y. réussir sans un secours surnaturel. Edit, . ' ,

Pa

34o PETIT

TcxTfi. « Donc le Seigneur Dieu diyant tomtt tous les animaux et tous les volatiles du ciel ^ il les amena deyant Adam , pour yoir comment il les nommerait : car le nom qu'Adam donna' à chaque animal est son yrai nom. « ( Bible enfin expliquée ) *.

GoMBicifT, Nous ne nous arrêterons pas à relever toutes les incorrections de votre traduction ^ messieurs : nous ne remarquerons pas qu'au lieu de dire iùus les animaux et tous les volatiles du ciel f il eût été mieux de dire y tous les animaux de la terre , ou toutes les bêtes des champs , comme porte le texte ; que l'opposition entre les animaux terrestres et les oiseaux du ciel eiiX été par-lk mieux marquée ^ que votre traduction louche parait exclure les oiseaux du ciel du nombre des animaux j etc. Mais nous ne devons pas manquer de vous faire observer que pour trouver matière à critiquer , vous attribuez , sans fondement^ au texte ce que le texte ne dit pas.

Car le nom y etc. Ce car , très-rdéplacé ^ n'est pas dans le texte : on y lit seulement et le nom m

Est son^ vrai non^ ^ été. Cet endroit de votre traduction n^est pas de vous ; messieurs -, nous eq convenons , vous le devez à dom Galmet , à qai vous devez tant de choses. Mais y dom Galmet et TOUS j vous -dites ici plus que la Bible. On ne voit pas dans le texte ce vrai nom que vous y supposez ^ le texte porte simplement y et le nom qu^Adam donna à chaque animal est ou fut son nom {i) 'y c'est-à-dire y que ce nom resta dans la langue que parlèrent le premier homme et &es enfans. Ge

^ F'oy. Philosophie , tome iii^ Bible enfin expliquée, page 1 1 , tome xxxiv des (EËilTre«*

(i) Est ou fut son nom» Le verbe dtibstantif élent tous -entendu dans .le texte , ce passage est susceptible des deux temps. Ceux qui croient que Mbïte et aeû Hé^ breùX parlaient Ifei- langue d'Adam , tradoiseot ptr U ftéf senti est son r^om, Chrét, ■ -^ '■■''':

COMMENTAIRE. 34t

vrai nom de votre traduction est doi^c un mot que TOUS ajoutez au texte ^ et , d'après ce mot ajouté , yous faites ce beau raisonnement :

Texte. « Gela suppose qu'Adam y connai^ssant tout d'un coup les propriétés de chaque animal y exprima toutes t les propriétés 4^ chaque espèce par un seul mot } de sorte que chaque mot était ime déûniûon. Ainsi le mot qui répond à cheval > devait annoncer un quadrupède avec ses crins ^ son encolure y sa vîtçsse, sa force ^ le mot qui répond à éléphant ex-' pâmait sa taille , sa trompe y sont intelligence^ etc. n C Jbid' )

Comment. Cela suppose y etc. Nous n'examinons point si votre traduction le suppose nécessairement } il nous suffit de vous dire que votre traduction n'est

Ï>as le texte y et que c'est le texte seul que nous dé* endons.

QiCAdam connaissant tout (Tun coup les propriétés , etc. Nous croyons bien qu'Adam ne sortit pas brut des mains du créateur , et que son esprit fut orné de plusieurs connaissances 5 mais qu'à la première vue il ait connu tout d'un coup tou" tes les propriétés de chaque animal y c'est ce que nous n'assurons pas y parce que le texte ne le dit point.

Exprima toutes les propriétés de chaque espèce. Quelques rabbins et commentateurs y tant juus que chrétiens y se sont imaginés que les noms donnes aux animaux par le, premier homme exprimaient quelqu'une de leurs principales propriétés 5 et , comme vous venez de le voir , cette opinion n'est fondée en aucune inanière sur récriture. Mais qu'Adam y par les noms qu'il donna aux animaux^ ait exprimé toutes leurs propriétés y c'est une idée qui n'est venue qu'à vous. Vous ne l'avez certainement pas trouvée dans la Bible.

Pas un seul moi é L'écriture rie dit rien de pareil : elle ne dit ni qu'Adam ait etprimé toutes

34a , PETIT

les propriétés de chaque espèce par on seul moi f m que chaque mot ait été une définition. Toutes CCS belles choses sont les fruits de votre istaginatioû ) et les critiquer totome e'tant de la Bible ^ c'est la calomnier. Vous ajoutez en plaisentant ^

Texte. « Il est triste qu'une si belle langue soit entièrement perdue ; plusieurs sayans s'occupent à la retrouver ; ils* y auront de la peine, d ( îbid. )

Comment. Une si belle langue , etc.C'eàt été en effet une belle langue que celle où d'iin mot on aurait exprimé toutes les propriétés des animaux. Elle est si bell^ , que vous seul avez pu l'imaginer.

// est triste qu^elle soit perdue. Consolezvous I messieurs ^ elle n'est point perdue ^ elle n'a japiais existé. Des savons qui s'occuperaient à la retrouver ^ seraient de bonnes gens..//^ /* auraient de la peine assurémenU

. Que pensez-vous maintenant de vos plaisanteries y messieurs ? les trouvez - vous fort sensées ? et ne retombent-elles pas k plomb sur vous-mêmes f Quoi de plus plaisant en effet et de plus ridicule que des aumôniers qui entreprennent d'expliquer la Bible sans en avoir lu y et peut-être sans en pouvoir lire le texte ?

§. IV. Sur le paradis terrestre. SHl avait dix^ huit cent lieues» Où il était situé.

Vous croyez aussi , messieurs les aumôniers y pouvoir plaisanter sur le paradis terrestre. Vous traduisez le texte à votre façon. Vous dites :

Texte. <c Le fleuve se divisait en quatre : l'mi a nom Fhison et tourne daiis le pays d'Heyilath ; qui produit l'or : le second est Gehon , qm coule autour de. rSthiiq^ie ^ le troisième est le Tigre ^

qui va contre les Assyriens ) le quatrième est VEuphrate. » ( Bible enfin expl. * )

CoMMEiTT. Va contre , etc. Il nous semble que, quand on traduit ^ on doit prendre la manière de son auteur ; n'être point plat quand il est ëlégant \ bas y quand il est noble 5 boafFon , quand il est

fpave. Une fois pour toutes , parodier n est pas irauire. Retenez-le bien , nous ne vous le répéterons plus.

Texte. ^ Les commentateurs conviennent assez que le Phison est le Phase. C'est un fleuve de la Mingrélie ^ qui a sa source dans une des branches les plus, inaccessibles du Caucase. Il y avai) sûrement beaucoup d'or dans ce pays , puisque l'auteur sacré le dit. C'est aujourd'hui un canton sauvage , habité par des barbares qui ne vivent que de ce qu'ils volent. » ( Ibid. )

CoMMEiîT. Conviennent assez , etc. Us n'eu conviennent pas tous j vous le savez. Mais j si vous le voulez y nous en conviendrons pour un moment. D'habiles gens l'ont pensé , et le savant Michaëlis est encore aujourd'hui de cette opinion.

Une des branches les plus inaccessibles du Caucase ^ etc. Oui : mais , quoique le Phase prenne sa source dans l'une de ces montagnes inaccessi^ blés j il n'en est pas moins vrai qu'd arrose un bon et fertile pays.

// jr avait sûrement beaucoup d*or , etc. Il y en avait beaucoup du temps de Moïse y et il y en a eu long -temps après lui ; les auteurs protanes l'attestent , comme l'auteur sacré. La Mingrélie est la Colchide , célèbre par son or dans toute l'antiquité.

Paj'S habité par des barbares, Quoiqu'habilée par des barbares , la Mingrélie est d'une gi*ande feitilité : les voyageurs ancieùs et modernes lui

* Voy, Philosophie, tome m , Bible enfia expliquée » page 9 I tome xxxiv des Œuvres.

rendent ce témoignage. Ainsi la peintore que ycrns en faites ne doit point empêcher d'étendre )usqae-là ]e pays d'£den y si on le croit convenable.

Texte, a Les sources du Tigre et de l'Euphrate ne sont qu'à soixante lieues l'une de l'autre , mais dans les parties du globe les plus escarpées et les plus impraticables ; tant les choses sont changées ! » ( Ihid. )

Comment. Sont changées ! Ce chaiigement n'aurait rien d'étonnant ^ après la grande catastrophe du déluge y et tant d'autres révolutions. Mais , malgré ces changem'ens ^ les pays arrosés par ces deux fleuves ont toujours été regardés comme excellens. Vous ne pourriez le nier , messieurs ^ sans contredire non -seulement Moïse y mais tous les écrivaus anciens et modernes qui ont eu occasion d'en parler.

Texte. « Pour le Gehon , s'il coule en Ethio-

Sie , ce ne peut être que le Nil , et il y a environ ix-huit cents lieues des sources du Nil à celles du Phase. Adam et E^e auraient eu bien de la peine à cultiver un si grand jardin. » ( Ihid. )

GoMMEiîT. S* il coule en Ethiopie y etc. Hais s'il n'y coule pas y que deviennent vos raisonnemeus et vos plaisanteries ?

Non , messieurs y il n'est question ici ni du Nil ^ ni de V Ethiopie , où coule le Nil. L'écriture ne parle ni de l'un ni de l'autre : elle nomme le Gehon, et non le D/ily la terre de Chus , et non l'Etbiopie. Si quelques commentateurs ont priis le Gelion

Ïiour le Nil ^ et la terre de Chus pour l'Ethiopie ^ es commentateurs ne. sont pas le texte.

Il j- a dix-huit cents lieues des sources du I\Hl y etc. On pourrait vous prouver le contraire: mais y qu'il y ait autant de lieues qu'il vous plaira ; qu'importe a l'écriture y qui ne parle ni du Nil ni de ses sources l

Un si grand jardin. Ua jardin de dix-huit

«eftlà lieues serait effectivement un grand jardin. Mais votre patriarche va bientôt le rétrécir .

Texte. « Le fleuve cjui. borde l'Ethiopie ne peut être que le Nil ou le Niger, qui commence à plus de sept cents lieues du Tigre et de l'Euphraie. C'est fort bien fait de cultiver son jardin : mais il étiait diflSicile qu'Adam cultivât un jardin de sept à huit cents lieues 5 apparemment qu'on lui donna des aides. » ( Dict, phil. , Gen. * )

GoMMEiîT. Ne peut être ^ue le Nil ou la Niger , etc. Pour vous^ messieurs, ce ne pouvait être que le Nil 5 pour votre patriarche , ce pourrait être, aussi le Niger : c'est déjà quelque différence entré vous et lui ; en voici une autre.

Un jardin de sept à huit cents lieues. Vous le voyez , voilà votre jardin de dix-huit cents lieues réduit tout d'un coup , par votre patriarche , à sept ou huit cents.

Si vous ne vous accordez guère avec le patriarche , vous ne vous accordez pas davant&ge avec son )>on ami le licencié Zapata. Ce licencié demande à 5es maîtres : .

Texte, « Que dirai-je du Gehon , qui coule dans l'Ethiopie , et qui par conséquent ne peut être que ^ le Nil , dont la source est distante de mille lieues dé l'Euphrate ?. On me dira que Dieu est un bien mauvais géographe. »** "

CoHMEiïT. Mille lieues , etc. Mille lieues , sept à huit cents lieues , dix -huit cents lieues ! Vous voyez bien qu'ici ,' comme ailleurs , votre géogra^ phie n'est pas trop d'accord avec celle di| patriai^che et celle de Ses amii ', et qu'on, ne peut guère compter sur l'exactitude de vos mesures.

' * Voyez Dic^iotiQaûe^phiio80j>hique , teoie' iv j page

4a 5 et 4^6.

. . *« Voye% 'PhâlMK^phie , ibiiife H » QtfeëtioAs iiè Zapata %

pag« 4o3 et 404 > t^tne xxxiii dea ABùfret.

Diâu est un mauvais géographe. On ne tous dira pas cela , monsieur le bacneli^ ^ on vous dira qu'il y a bien de la mauyaise foi ^ ou de Fi-

roiaince y à faire dire à Dieu ce qu'il ne dit pas , le faire parler du Nil et de V Ethiopie , dont il ne parle pas , ^ et bien de l'audace à blasphémer contre un texte écrit dans une langue qu'on n'entend point.

Que le patriarche vienne encore nous dire :

Texte. « Il est assez étonnant de mettre au même endroit la source d'un fleuve de Scbytie et celle d'un fleuve d'Afriqae, » ( Dictionnaire philosophique. ) * •

GotfVEiïT. Cela est assez étonnant en effet : mais qui les y met ? Vous venez de le voir , messieurs 5 c'est lui , c'est vogas , et non l'écriture.

Mais si le Gehon n'est pas le Nil ou le Niger , qu'est-ce donc , direz-vous ? et qu'est-ce que celte terre de Chus , si ce n'est pas t'Ëûûopie ? En un mot^ où faut'il placer le paradis terrestre?

Nous vous répondrons d'abord | mesâeors ^ que ce sont des questions sur lesquelles nous, ne sommes point obligés de prendre parti. 11 nous suffit d'avoir montré que c'est sans preuves que vous faites du Gehon le Nil ou le Niger , et de la terre de Chus l'Ethiopie j que l'écriture ne le dit point , et que vous donnez mal à propos ce sens au texte.

Si pourtant vous voulez savoir ce qui parait jJus probable sur cette question , nous vous dirons que parmi cette foule d'opinions qui ont partagé et qui partagent encore les savans ^ deux surtout nous semblent assez plausibles.

. La première est ceUe de M. Michaelis : ce savant croit que le Phison est le Phase ou Araxe , et le Gehon l'Oâ:i^^ ou Amudaria ; que la ten*e du Ghavilah est la contrée qui i'é^aad au nord du Phase

* Fojrez ^DictioaiiaîriGt philpsophiqve ytome iy , art Genèse , page 435« ^ •

jusqu'à l'extrémité septentrionale de la mer Caspienne, contrée autrefois abondante en or /où se trouvaient deux sortes de pierres précieuses , le be* dolacb et l'onyx 5 et que le pays de Chus ou de Chos y selon une autre leçon qu'il adopte , est le canton de Balk , que l'Oxus traverse , et que les Arméniens nomment encore à présent Chos. Dans ce sentiment , le pays d'Ëden s'étendait de l'Ëupbrate au Phase , et du Tigre à l'Oxus , et corn-

Îrenait l'Arménie , le Gbilan , le Chorasan , etc. ^'allez pas dire encore , messieurs , qae c'eût élé là un grand jardin j car M. Michaëhs vous répondrait qu'il ne faut pas confondre y comme vous l'a« vez fait , le pays d Éden et le jardin d'Éden j l'écriture y en disant que le Seigneur avait planté un jardin dans Eden , distingue clairement l'un de l'autre.

L'autre opinion , que vous trouverez peut-être plus simple 5 est celle du célèbre évêgue d'Avrancnes. Le savant prélat pense que le Phison et le Gehou sont les deux bras que forment le Tig^'e et l'Ëupbrate y après avoir coulé quelque temps dans le

«Mrf»M» ^131. iA kJUOAauc; I oiyiJV'*-\i\i \*xM\/\fi,M aujuuiu, UUl XC

Chusistan , c'est-à-dire la province ou le canton de Ghus< M. Huet vous permettra , si vous le voulez , de traduire ces mots au texte , terre de Chus , par l'Ethiopie : mais II vous fera distinguer , avec les anciens (2) , deux Ethiopies 5 une orientale par

(1) V Arabie. Elle était célèbre par son commerct d'or et de gomme animée , qne qaelquefl-una croient être le hedolach ou bidellium, Aut.

( 2) Avec les anciens , etc. Surtout avec Honjère , qui nomme Téthiopien Memnon ^s de V Aurore , c'eat-àdîre , né dans l'Ethiopie orientale , ou Snsiane , au lieu qo'il l'aurait appelé Jils du Soleil ou du Midi , a'il eut été de rEthiopie d'Afrique.

348 t^ETIt

rapjport dux H^ceux , qui est la Susiane et une paf tie de FArabie } et une méridionale ^ qui est cale d'Afrique , peuplëe probablement après l'autre par les Chusites de l'Arabie. Ainsi , le paradis terrestre aura été place sur le canal du Tigre et de lEupbrate réunis , et le pays d'Eden se sera étendu des rives de ces deux fleuves , au golfe Persique , où le Fhisôn et le Gehon vont se jeter.

Vous pouvez cboisir entre ces deux opinions , messiçurs f ou même ne pas lîboisir ; car rien ne vous 7 oblige : mais , quelque système que vous embrassiez, renoncez à votre Ethiopie y renoncez au I^il et au I^iger^ auxquels sûrement l'écrivain sacré ne pensait pas. Renoncez'y } et y quand vous voudrez plaisanter avec succès y instruisez -vous [un peu plus^ et choisissez un peu mieux vos sujets.

§. V. Si la formation de la femme est physique

ou allégorique*

C'est à vous y monsieur le licencia Zapata y que nous allons dire encore un mot dans ce paragraphe. Yous demandez à vos maîtres :

Texte. « Dieu ôta-l-il en effet une côte d'Adam pour en faire une femme y 6\x est-ce une allégorie j » ( Quest. de Zapata. * )

GoMMEKT. Dieu ôta^t'il l etc. Les docteurs de Salamanque y apparemment parce qu'ils vous ont regardé comme un de ces questionneurs qui cherchent plutôt. à s'amuser qu'à s'instruire y ont dédaigné de vous répondre : nous aurons pour vous , monsieur y plus de complaisance.

Ota^t'il en effet une côte , etc, ? C'est le sentiment commun des Juifs et des chrétiens 3 et ^ à dire le vrai y nous ne voyons aucune impossibilité que Dieu y pendant le sommeil profond qu'il avait lait

^ F'oj, Philosophie , tome 11 1 Questions de Zapata | fa^e 4o3 j tome XXXIII des Œuvres.

COMMENTAIRE. 34g

tomhei' sur Adam , ait leyé une de ces côtes ^ ou un de ses côtés ( car le mot bébreu peut se rendre aussi par côté ) , et que de cette cote ^ ou de ce côte' y il ait formé la femme : celui qui ût l'homme du limon de la terre y put bien faire la femme d'une des côtes ou d'un côte de l'homme.

Est - ce une allégorie ? Quelques - uns de nos commentateurs et des vôtres l'ont pensé , et ^ si nous ne Àous trompons ^ il yous est libre de le penser comme eux. La synagogue indulgente ne . yous anathématisera point pour cela(i).

Quoi qu'il en soit , si ce récit était une allégorie ^ il faut conyenir qu'elle serait ingénieuse et instructive. Ce serait , yous le remarquez yous-mén^e après nos maîtres y « une belle et touchante leçon de la concorde inaltérable qui doit régner dans le mariage y et que les âmes des époux doivent être unies comme leurs corps. » Cette allégorie vaudrait bien au moins celle de Platon (7) , qui vous parait si admirable.

Mais si l'allégorie est instructive y si c'est^ une utile leçon donnée à tous les époux y la réalité n'en serait -elle pas une plus énergique ? Vous pouvez^

(i) iVe vous anathématisera point pour cela» Noua &e deyoDs point diflsijnuler que le célèbre cardinal Cajetan , qui floutenait ce sentiment, a été vivement attaqué par de aavans théologiens , quoique son opinion n'ait point été condamnée. Chrét,

(3) Celle de Platon* Ce philosophe peint Thomme nt d'abord aiidrogyne , c'est a-dire mâle et femelle , et se* paré ensuite , par la divinité , en deux parties , qui ten« dent mutuellement k se réunir. Si -Platon ne dut point cette idée aux Juifs avec lesquels il put converser dans son voyage d'Egypte , il la tira sanis doute de quelques anciennes traditions assez confor<q,es aux nôtres. £0 supposant , comme il y a toute apparence , que nos anciens maîtres lui représentèrent Dieu prenant un àtB côtés dé l'homme pour en former la femme | il n'y avait qu'an pat de là à son androgyne* Aut»

35o PETIT

monsieur le licencié , tous en tenir k la réalité f qui ii*a rien d'aussi impossible ni d'aussi absurde que TOUS TOUS l'imaginez*

S* VI. Arbre de vie $ arbre de la science du bien et du mal. Menace de mourir

Parmi les arbres dont le paradis terrestre était planté y il y en aTait deux particulièrement remar^

guables , l'arbre de Tie , et raçbre de la science du ien et du mal. L'arbre de Tie ne tous embarrasse point : TOUS conTCnez que :

Texte. « Il est facile d'imag;iner un friiit qui fortifie et qui donne la santé ; c'est ce qu'oa a dit du COCO y oes dattes ^ etc. » (Dictionnaire pbilosophiqae *, Bible expl.**.) \ .

CoMMEiïT. Cela est Trai , monsieur ; mais il est Trai aussi que le fruit de l'arbre de Tie aTait une propriété plus merreilleuse et une Tertu plus effi* cace : il n'aurait pas seulement donné la santé , il l'aurait rendue inaltérable. Tout cela peut aisément s'imaginer. .

Quant à l'arbre de la science du bien et du mal , il TOUS parait plus embarrassant. Vous pensez que :

Texte. « Il n'est pas aisé de s'en raire une idée nette. » ( Ibid. )

Gommeiît. Vous n'en aTez pas du moins une fort juste. Vous TOUS figurez que tet arbre était destiué à rendre l'homme saTant sur toutes sortes de matières -^ et c'est apparemment par cette même raison que TOUS l'appelez tant de fois simplement l'arbre de la science. Mais aTez-TOUs , monsieur , quel-

?ue bonne preuTe que cette arbre dût donner à homme une science uniTcrselle ? nous en doutons.

* Voyez Dictioonaîre philosophique , tome it j art. Genèse.

^^ Voyez Philosophie , tome m , Bible eipUqaée i Pa^e 9.

COMMENTAIRE. 35i

Mais f dites-vous encore :

a II est difficile de conceyoir qu'il y ait eu un ar- Ire qui enseignât le bien et le mal^ comme il y a des pommiers et des abricotiers. » ( Ibid, )

GoMMEKT. Un arbre qui aurait enseigné directement et par lui-même le bien et le mal ^ serait en effet dimcile à concevoir. Mais est-il absolument inconcevable que l'homme y mangeant du fruit de cet arbre contre la défense expresse que Dieu lui en avait faite y ait éprouvé aussitôt la révolte de ses sens et la dégradation de son être y et qu'il ait connu sur le cbamp j par une funeste expérience ^ quel bien c'était pour lui d'obéir , et quels maux sa désobéissance allait lui attirer ? Tnste connaissance ^ qu'il eût été heureux pour lui de ne jamais acquérir f Cest donc un souhait bien imprudent que celui que vous faites ^ quand vous dites :

Texte, a Je voudrais de tout mon cœur manger du fruit qui pendait à l'arbre de la science : il me semble que la défense d'en manger est étrange* Dieu ayant donné la raison à l'homme y il devait l'engager à s'instruire. Voulait-il être servi par un sot ? » ( Quest. de Zapata.* )

Comment. Je voudrais de tout mon cœur y etc.

Enfant d'Adam , vous tenez bien de votre père !

A V arbre de science , etc. Vous venez de voir

f^oulait-il être servi par un sot l Non , monsieur 3 Dieii y qui avait orné l'esprit d'Adam de tant de connaissances y ne voulait pas être servi par un sot : il voulait l'être par un esprit docile et soumis y qui respectât ses ordres et sût répiimer un désif orgueilleux de savoir. Vous le dites si bien ailleurs.

Texte, a Les interprètes avouent qu'on n'a jamais

^ yoy. Philosophie-» tome II , Queitiona de Zapata g page 404.

35i PETIt

connu aucun arbre qui donn&t la science. Ceile tSié^orie ne nous dit-elle pas que la science mal en-, tendue est capable de nous perdre ? « ( Homel. * )

CoMMEifT. Capable de nous perdre , etc. Excellente leçon y monsieur ! tâchons tous d'en profiter.

Cette allégorie y etc. Si c'en était une y conyenez qu'elle renfermerait une instruction bien utile.

Vous remarquez que Dieu avait dit :

Texte, o Dès que vous en mangerez ( de ce fruit), Tous mourrez 5 cependant Adam en mangea^ et n'en mourut pomt. **.

GoMMEKT. Et n'en mourut point. Qu'en f^ut-ii conclure y monsieur ? Que Dieu y touché du repen^ tir de l'homme y voulut bien suspendre l'effet de ses menaces y et lui conserver la vie pour lui donner le temps de réparer sa faute : ou que les mots^ vous mourrez de mort y ne signifiaient point vous mourrez sur le champ y mais vous deviendrez sujets à la mort.

Ces deux réponses ont été données long-temps avant nous : la première même suffirait pour tout lecteur sans prévention. Convenez y monsieur y que c'est là une bien petite difficulté.

§• VII. Serpent qui parle et qui séduit Eve.

Mais ce qui vous parait de la dernière absurdité , c'est le serpent qui parle à Eve et qui la séduit.

Nous ne dissimulerons pas que quelques-uns de nos commentateurs et des vôtres ont eu sur ce sujet des idées fort étranges. Vous pouvez en faire tant qu'il vous plaira l'objet de vos plaisanteries -y nous ne prétendons pas les défendre. Mais les commentateurs y

* Voyez Philosophie , tome i.er , Homëlies lur l'interprétation de l'ancien Testament , pages 4^6 et 457 » tome XXXII des (Euyres.

N^*r f^oj. Dictibnn. philoaoph. y tome IV 1 ait. Genise, pêge 4^6 1 ^^™* ^^ ^^' (Kavres,

'monsieur ^ ne sont pas le texte : il ne serait pas juste de les confondre»

Nous vous épargnerons l'ennuyeux et inutile détail des opinions qui ont partagé les esprits sur cette question ^ nous nous bornerons aux pnncipales.

1 .<> Les uns , prenant les choses à la rigueur de la lettre , n'y ont vu , avec Josephe ^ qu'un pur ser-

Sent qui parlait et raisonnait comme faisaient alors , it-il f tous les animaux ^ ou qui ne parlait pas , se-* Ion Abravanel y mais qui y en mangeant à la vue d'Eve du fruit défendu , l'excita à en manger , et sembla lui tenir le discours que Moïse lui prête.

Ce sentiment n'était pas de nature à être fort suivi : aussi ne le fut-il guère ; et nous ne doutons pas que Josephe, dans l'ouvrage qu'il promettait sur l'intelr ligence de nos écritures , n'eût donné à ce passage un sens plus raisonnable (i).

2.(» D'autres , qu'une explication si peu satisfaisante ne contentait pas , considérant que ce fut longt^ps.la coutume dès sages de l'Orient d'enseigner la vérité sous des allégories , des emblèmes et des énigmes y allégorisèrent ce récit , les uns plus , les autres moins. Tels furent les Esséniens , rhilon, etc. , parmi les Juifs ^ Origène , Ambroise , etc. panniles chrétiens. "^

Pour Philon , « le paradis d'Eden est un paradis spirituel : Adam est l'esprit , Eve la chair , le serpent la volupté. Dès que , par la chair , le plaisir des sens a trompé l'esprit ^^l'hommo^, devenu criminel ^ perd son innocence et son bonheur (2). 9

(i) Plus raisonnable. C'est dans aea Antiquités, et, si noufl ne noaa trompons , à l'occasion même de ce récit , que Josephe promettait cet ouvrage , qu'il n'a pas eu le temps de donner. Aut,

(2) El son bon/ieur. Voyez Philon , de Opi/icio mundU Philon pourtant n'entendait pas détruire le sens littéral : il s'en explique expressément ailleurs. Aut*

« Quel est ^ dit Origèae y rbomme assez grossier

' les dents ^ qu'on ac(pierrait la connaissance du bien cft du mal en mangeant du fruit d'un autre arbre ^ oue Dieu se soit promené dans ce jardin ^ et qu'A* oam se soit cacbé de lui entre des arbres ? On ne peut douter , ajoute->t-il ^ que toutes ces choses doi* vent être prises figurément ^ et non à la lettre (i). » Et en réfutant. Celse y qui proposait si long -temps avant tous les objections que vous répétez , il lui répond : « Que c'est mal à propos ^'d faisait ces reproches aux chrétiens 5 qu'il n'aurait pas dû dissimuler que cette histoire s'entend allégoriquement , ni soustraire à ses lecteurs les paroles <pii leur auraient rappelé qu'elle a un sens allégorique» n

Cette manière d'expliquer l'écriture et d'en tourner les faits en aUegoiies souvent arbitraires ^ fut Srtée à l'excès. On eu sentit l'abus y et on l'aban* nna. Sixte de Sienne alla même jusqu'à la traiter d'en'eur (2) ', et le savant , mais trop hardi Midleton j qui de notre temps , voulut la justifier , fat vivement combattu par quelques théologiens ses compatriotes.

3.<> Plus réservé que* tous ceis commentateurs y le célèbre .Cajetan se restreignit à prendre ce récit dans un sens métaphorique. A l'en croire y « le serpent y ses ruses et ses £scours sont des métaphores qui

(t) £t non â la lettre. Ce passage eat tiré du Traite d'Orîgène , vif r «px^. 11 était nouvellement converti à la foi chrétienne quand il le composa , et sortait de l'école des platoniciens I ou Ton ailégorisait tout. Il porta ce goût de l'allégorie dans l'étude de l'écriture avec trop

peu de réserve. Chrét,

(a) D'erreur , Philonem , dit-il 1 Origines et ^mhrotiuê in eodem errore sccuti sunt, Chrét*

désignent le grand tentateur et ses suggestions perfides. C'est cet ennemi du genre humain ^ appelé dans vos écritures , l'ancien' serpent , le grand dragon y V homicide dès le commencement y etc. , qui y dans la sentence métaphorique prononcée contre lui • est condamné à être à jamais^ 1 objet de l'horreur des hommes et à. ayoir la tête écrasée par la postérité de la femme. »

Cajetan eut Leau dire que a quand on voit le ser-^ pent parler à la femme ^ et la femme y sans témoigner la moindre surprise y l'écouter et lui répondre 'y quand on réflécnit sur sa condamnation et sur les termes dans lesquels elle est conçue y on ne peut douter que ce récit ne doive être pris métaphoriquement 'y qu'il n'est pas à craindre qu'on abuse de cet exemple sur d'autres, passages des livres saints^ qu'ici le texte même invite , ou plutôt force à l'entendre métaphoriquement (i) ; que ces sens métaphoriques sont non-seulement sobres y comme parle l'écriture (2)^ mais utiles à la profession de la foi chrétienne y surtout auprès des sages du siècle > qui , voyant que nous ne prenons pas ces choses à la let-

(i) Métapnoriqaement » Tiim hic , tàm superius tex' tus ipse ad metaphoricum sensum , non soliim invitât , sed cogita lYec hinc datur ansa interpretandi uhicjue metaphoricb , quoniam non aîia , sed hcec habent eat ipso textu testimonia , ut metaphoricè intelligantur,

(2) Comme parle l'écritare* Sunt autem sensus i*ti metaphorici , non soUun sohrii secundàm scripturam f sed non pariun utiles cïwisHanœ Jidei professiohi ^ prœcipuè coràm sapientibus hujus svsculi, Perspicientes enim (fuod hœc , non ut littera sonat % sed meta'» p/iorieè dicta ùUelligamus et credamus , non horrent luec de costà Adami et serpente tanefuàm fabulas , sed venerantur ut m^steria » et faciliàs ea <jua sunt Dei compleetentur» Oo. ?oit par Ik qu'au moins les intentions du bon cardinal étaient pures. Aut* ( Vid. Cont" ment» ad Gene^m, )

tre ^ ne les rejetteront pas avec dédain comme des contes puérils ^ mais les respecteront avec nous comme des sens mystmeux y etc. Toutes ces raisons n'empêchèrent pas que plusieurs théologiens , prenant •peut-être mal à propos l'alarme^ n'écrivissent ajte chaleur contre cette explication y qu'ils jugeaient téméraii'e , mais qui pourtant , quoi qu'ils, fissent; échappa à la censure.

4*° D'autres enfin y craignant de s'écarter trop de la lettre, prétendent que ce fut le tentateur qui paria lui-même à ËVe sous la forme' d'un serpent, et qu'an serpent réel fut l'instrument dont il se servit pour la tromper 9 qu*il n'est poiat inconcevable qu entre Dieu et les nommes il y ait des êtres interm^iaî* res revêtus d'un pouvoir supérieur au nôtre 5 que toute l'antiquité a reconnu de tels êtres ; qu'en plusieurs endroits de nos écritures , des anges, bons ou mauvais ; se montrent sous différentes formes de nuées, de feu , d'hommes , etc. ; que sous cesfo^ mes ils ont parlé à ceux k qui ils étaient envoyés ^ et que le tentateur put parler de même k la femme sous la forme ou par la bouche du serpenta Ge dernier sentiment parait être aujourd'hui le sentiment commun de vos théologiens.

Telles sont , monsieur , les principales opinions de vos commentateurs et des nôtres sur cette matière. Nous avons cru que les exposer , c'était prévenir vos objections et préparer nos réponses.

/§. VIII. Objections du critique : réponses :

Il parait que vous ne savez pas trop comment former ici votre attaque : tantôt vous voulez que ce récit soit allégorique ; tantôt vous prétendez qu'on doit l'entendre k la rigueur de la lettre. Vous dites :

T]^3LTjâ. n la raison n'est-elle pas impuissante à

COMMENTAIRE. 35t

expliquer comment le serpent parlait autrefois ^ et comment il séduisit Eve f ».

( Défense de Bolingh. * )

Gomment. Vous sentez y monsieur ^ que cette difficulté tombe d'elle-même dans le sentiment de ceux qui ne reconnaissent point ici de ayerpent réel.

Quant aux commentateurs qui en admettent un ^ ils TOUS diront qu'il serait en effet difficile d'expliquer comment ce serpent parlait y si ce n'était qu un pur serpent ; mais que s'il était l'instrument du tentateur y. $1 c'était cet ennemi du genre humain qui le faisait agir et parler y ce récit n'est plus aussi inexplicable que vous le dites^ Car enfin y prouveriez-TOus bien que le démon y revêtu comme ^il l'est d'un pouvoir surnaturel y ne pouvait faire mouvoir les organes* du serpent y de manière à en tirer des «ons articulés ?

Texte. « Je voudrais parler au serpent ; puisqu'il a tant d'esprit ^ mais je voudrais savoir quelle langue il parlait. L'empereur Julien le demanda au ^and «aint Cyrille , qui ne put satisfaire à cette question. )> ( Quest, de Zapata. ** )

Comment. Froide plaisanterie y vous diront ceux tpà. ne reconnaissent point ici de serpent réel. Plaisanterie assez mauvaise y même contre ceux qui y admettant un sei^pent réel y le croient mû par le tentateur.

Quelle langue il parlait. Puisque le tentateur voulait que nos premiers parens l'entendissent, il lui fit sans- doute parler leur langue.

I^e put satisfaire , etc. La réponse pourtant n'était pas difficile. Si le grand saint Cyrille ne k fit point à l'empereur apostat y ne serait-ce pas parce qu'd crui la question impertinente ?

'^ f^i»jr. Philos. , tome ii. Défense dt Boliogbrokt , page i6a , tome xxxiii des GËuvrei.

' *^* Voy. Philosophie , tome il , Questions de Zapata i page 404 , tome xxxiik dès QEnncs»

Texte. « On ne peut s'empécher de rire cpiand on Toit un serpent parler familièrement à £ye y et Dieu parlant au serpent. » ( Examen import. ** )

CotfMENT. On ne peut s* empêcher de rire.

etc. Ceux qui ne reconnaissent point ici de serpent réel riraient de vous yoir faire une objection qui n'effleure pas seulement leur système : les autres vous diront qu'en admettant que le serpent était l'organe du démon y il y a ici plus à trembler qu'à rire.

Texte. « Plusieurs Juifs eux-mêmes en rougirent ) ils traitèrent dans la suite ces imaginations de fables allégoriques. Comment pourrions-nous appràidre an pied de la lettre , ce que les Juifs ont regarde comme -des contes ? » ( Ibid. )

CoMMEVT. Il y a eu des Juifs qui ont expliqué allégoriqucment cette bistoire y nous en conyenons ) mais nous n'en connaissons point qui en aient rougi y ni qui l'aient regardée comme des fables et des cOTf tes. Fbilon lui-même y quoiqu'il la tourne en allé* gorie morale dans un endroit de ses ouvrages y dit expressément qu'on ne doit pas la comparer aux fables des poètes.

PourrionS'nous prendre au pied dé la lettre^ etc. Qu'appelez-vous , monsieur , prendre au pied de la lettre ? Est-ce ne reconnaiti*e dans ce récit qu'un pur serpent ? n'y admettre ni pouvoir sumatu^ rel y ni allégorie y ni métapbore l Kien n'oblige de l'entendi'e de la sorte.

Vous ne voulez pas prendre ce récit nu pied de la lettre -y vous préférez l'allégorie. Vous dites :

Texte, a Si nous en croyons Pbilon y et plusieurs pères y le serpent est une expression figorée qui

Ï)cint sensiblement nos désirs corrompus. L'usage de a parole que l'écriture lui donne est la voix de oos passions qui parle à nos cœurs. Dieu emploie l'ai*

* Vojet Exapuen importaiil: de mUord BoUogbroke, art. Genèse , page 25».|ome xxx^ii 4«8 (ÊvTrea.

COMMENTAIRE. SSg

l^gorie du serpent y qui était très-commune dans tout rOrient. » ( Homélie sur l'interprétation de l'ancien testament. * )

Comment. Vous yoilk donc allégoriste : à la bonne heure ^ si votre allégorie n'était pas si arbitraire et si yague. Rapprochez-vous davantage de nos premiers parens -, conservez les grandes vérités qui les concernent y et qui intéressent toute leur postérité } et la synagogue alors pourra tolérer votre explication*

Mais vous n'y tenez guère , à cette explication : vous l'abandonnez bientôt. Vous dites* ici :

Texte. « Tout est physique. Toute cette aventure est si physique ^ et si dépouillée de toute allégoiîe , <pi'on y rend raison pourquoi le serpent rampe depuis ce temps-là , pourquoi nous cherchons toujours à l'écraser , et lui à nous mordre ^ comme on explique , dans les Métamorphoses , pourquoi le corbeau est noir. » *♦

Comment. Ainsi , cette histoire est allégorique , et elle n'est pas allégorique. Il ne faut pas la prendre au pied de la lettre ^ et elle est toute phy» sique j et dépouillée de toute allégorie. On vous reconnaît bien là.

Laissons vos contradictions ) voyons votre raisonnement. Dans ce récit ^ dites-vous ^ tout est physique : donc on ne. peut y admettre d'allégorie , et il faut y prendre tout au pied de la lettre, Croyes^ vous y monsieur , cette façon de raisonner fort concluante î Quoi de plus physique que le r^cit que fait & David le prophète Nathan , de ce riche inhumain

* f^oy. Philosophie ; tome i.«r, Homélies sui l'interprétation de l'ancien Testament , p. 454 $ tom. xxxii , des (Eayrca.

^ Voyex Dictionnaire philosophique , tome iv , art. Geaèse ; p. 429*

ment aa r^cit de cette reure qui lui demande la grâce de son fils^ qu'elle disait avoir tué son frère^ et que ses parens voulaient Êiire mourir pour avoir son bien. Quoique tout paraisse physique dans une aventure , elle peut donc être allégorique , et ca* cher des vérités que la lettre ne parait pas d'abord annoncer.

En voulez-vous un exemple tiré d'un auteur profane ? Rappelez -vous la belle ode où Horace s'a* dresse à un yaisseau qui y de]k battu par la tempête , va s'exposer à ae nouveaux- périls. Le poète y parle de vents , de bancs dégarnis de rameurs ; des forêts du Pont d'o& ce vaisseau tire son x>rigihe , des Cyclades y etc. Tout y est si physique que des commentateurs , n'y ont vu qu'un pur navire. Cependant Quintifien nous assure que c'est une allégorie de la république romaine y menacée de nouveaux troubles civils 5 et cette idée jette de l'intérêt dans cette ode y qui sans cela serait froide. Appliquez cet exemple aii sujet qui nous occupe; et aj^renez d'un écrivain que vous admirez y que le physique n'exclut pas toujours l'allégorie , et que dans une allégorie il serait ridicule de trop presser la lettre. Ne dites donc plus y comme Vous avei fait:

Texte. « II n'est fait dans tout cet article y aucunie mention du diable. Tout y est physique. »*

GoMztciïT. Aucune mention du 'diable y etc.

Kon y il n'en est fait aucune mention expresse dans le texte y comme il n'est fait .aucune mention de la répnbhque dans l'ode d'Horace. Mais le texte était suffisamment expliqué par la tradition générale , et des Hébreux y et de la plupart des anciens peuples : tradition que vous attestez vous-même.

TsxTB. c Les Phéniciens p voisins des déserti

^ Koj» DictioDn'. philosophiqQe , tome IV , art. Gen. » page 4^^ I toioe xxxix des (EEuvres.

qu'habitaient

COMMENTAIRE. 36i

«u^habitaient les Juifs ^ avaient depuis long-temps la &ble allégorique d*un serpent qui avait fait la guerre à l'homme et à Dieu. » ( Homélie *,)

Les Juifs qui écrivirent la Genèse ne sonf que des imitateurs : ils mêlèrent leurs propres absurdi* ié$ à ces fables ( aux fables des Pnéniciens j des Indiens ^ des Chaldéens ^ etc. ) ( Dictionnaire phil, , eue. ♦* )

GoMMEiTT. Il y a donc depuis long-temps y chez les plus anciens peuples y une allégorie d'un ser^ pent qui a fait la guerre à Vhomme et à Dieu» Cette allégorie est commune en Orient ; vous le disiez plus haut : elle était répandue chez les Phéniciens j les Chaldéens , les Indiens : vous le dites expressément. Or ^ ce serpent , ennemi de Dieu et de l'homme y connu de tous les anciens peuples y ne serait-ce pas le serpent de la Genèse ? Vous n'en douterez pas du moins pour le grand ser-^ pent des anciens Perses > L'Arimane , c'est-à-dire, le rusé y le menteur y ennemis des premiers parens du genre humain , qui les séduit y leur ravit en même temps l'innocence et le bonheur y et qui y en les jetant dans la disgrâce d'Ormusd y de l'Eternel, les plonge dans l'abîme du péché et de la misère (i). Cette allégorie , et la tradition qui l'explique, étaient donc réellement très-répandues chez les anciens peuples de l'Orient.

Quoi qu'il en soit ,elle est au moins ti'ès- ancienne parmi nous , quoique vous prétendiez la faire passer pour nouvelle. Enfin, dites-vous.

Texte. « Euûn , le serpent qui tenta Eve a

4 Voyez Philosophie , tome i .er , Homélie sur l'intcrprétation de i'anciea Testament , page 4^ » tome XXXII des Œuvres.

•* Voyez fbid, tome ii , DeTense de milord Bolingbroke , page ^4 et 25 , tom, xxxiii des CCuvres. (i) De la misère. Voyez le Zend-Aveata. j4ut»

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