Tome L C
5o LETTRES
tous côtés f soiiyent persécutés ,. toujoui^ insultés ( i) , la nature ayilie et dégradée en eux parait n'ayoirplus de commerce qu'avec le besoin ? te besoin se taiî^ sant sentii* avec tyrannie , inspire à ceux qui en sont les martyi's tous les moyens de s'y soustraire ou de le diminuer. Le mépris dont on les accable étouffe en eux le germe de la vertu et de Tbonneur. La konte est nulle où le mépris injuste précède le crime : c'est en aplanir la rotite que de couvrir d'opprobre ceux qui ne s^en sont pas rendus coupables. Estce l'être (2) que de rester constamment attachés à une religion regardée autrefois comme sacrée par ceux même qui la condamnent actuellement ? on peut les plaindre , s'ils sont dans l'erreur $ mais il serait injuste de ne pas admirer (3) la constance ^ le courage , la bonne foi ^ le désintéressement avec lesouels ils sacrifient tant d'avantages temporels (4^ Refuserait-on des louanges à un fils ^ui renoncerait k une ricbe succession parce qu'il croirait , peut-être abusivement ^ ne pouvoir en prendre possession sans
(i) Souvent persécutés , toujours insultas, Noui éÊk avons été plus d'une foia témoins , et nous en afoni e'te touche's : Homo sum , humani nihil à me aJieawn puto, Chrët.
(2) Est-ce Vétre , etc. Les chrétiens le croient. Mail en croyant les Juifs danf un avenglement coDpable , ils ne s*e«tioient pas en droit de les outrager , ils les plai* gneot. Tels sont du moins les sentimens de ceux qu'anime le véritable esprit du christianisme. Chrét*
(3) De ne pas admirer , etc. On peut admirer cetts constance , et en condamner l'objet. Chrët,
(4) Tant d'avantages temporels* Il nous semble qo'on Juif qui sacrifie générensemeot tons ces aTantagcsi à no* religion qu'il croit vraie» fut-ce par erreur, vantbMik un philosophe indifférent sur toute religion. Celt« ùidif' férence coûte peu ; elle li'exige aucun sacrifice | cl B^ gène ni l'orgueil de l'esprit , ni les penchant da
DE QUELQUES JUIFS. 5i
contrevenir k la yolonté de son père > ]par Pacte qu'on exige de lui ? Une délicatesse aussi louable , aussi noble , aussi unique j mériterait-elle y de la part de ses cadets qui en jomssent y des mépris ^ a«s insultes , des outrages (i) ? Ce n'est pas tout de ne pas brûler les gens : on brûle ayec la plume ) et ce iSbu est^ d'autant plus cruel , que son effet passe aux générations futures. Que doit-on attendre da yu^aire ayeugle et féroce , quand il s'agit de séyir contre une nation déjà si malheureuse , si ces IbKMnribles préjugés se trouvent autorisés par le plus grand génie du siècle le plus éclairé ? Qu'il coniolte son cœur et sa raison ^ et je suis persuadé
£*il emploiera tout son esprit pour réparer cette ite : il démontrera d'une façon victorieuse que ce n'est pas k cette, ancienne reUgion divine et sacrée qo'on doit attribuer la bassesse des sentimens de certaines tudesques et polonais. C'est la nécessité^ c'est la persécution , ce sont les accidens qui les rendent tels que ceux qui y professant une autre religion y se trouvent dans les mêmes circonstances. Si parmi ces malheureux il en est qui ont rogné la monnaie y ik ne sont pas les seuls ^ ils ne font pas même le {dus grand nombre des coupables en ce genre. S'ils aojxt fripiers y c'est un métier comme un autre ,
(i) Dgs iruuhes , des outrages, Qnand les chl^tîeiM font éprouver cet traitemeiis anx Juifa , préciflêmeftt comme Juifs ^ quels sentimena les animent ? Ce Dt sont pat ceux des premiers pères de leur église , cenx de leurs conciles , de leurs apôtres , et surtout ceux de I. Çt leur chef et leur modèle. O mon père ! s'écriait* il en expirant, pardonnez- leur » car ils ne savent ce fu*ih /oj^. Paroles pleines d*une grandeur d'ame, d'un Héroïsme , que les Juifs même n'ont pu s'empêcher d'adoirer. Aussi n'est - ce pas l'esprit de la religion chré- ^eime que nous avons a craindre : l'envie , l'avarice , la fasse politique , etc. « couvertes dn manteau de la révision , ^oilà nos vrais ennemis. £dit,
utile k la société et autorisé dans toutes les religions : c'était celui du père de Molière. Mais M. de Voltaire 9 oui pèse dans la balance de la raison et de l'équité les crimes des nations , qui met dans un bassin le régicide national et judiciaire des Anglais , dans l'autre les attentats réitérés contre la yie a' un grand roi par des fanatiques particuliers , et ce massacre hornble d'une partie de la nation exécuté par l'autre 5 sous les yeux et par les oirdres de son roi : qu'il pèse donc aussi tous les maux que les pauvres Svàh allemands ont fait depuis dix siècles ; supposant, ce qui n'est pas prouve y qu'ils ai«nt plus rogné la monnaie , et plus friponne dans leur trafic que les gueux des autres religions : qu'à tous leurs petits escamotages , et autres friponneries , il oppose les maux que les illustres ambitieux , et tant d'autres espèces de tyrans font sans cesse à la société , à l'ombre de leurs lambris dorés } les crimes secrets et publics que leurs richesses pallient , cacbent et dérobent à la justice même la plus sévère , parce que les apparences sont sauvées ^ et interceptées |)ar l'éclat qui environne les coupables.^ qu'il considère les forfaits de ceux qui sont punis de aotoriété publique , qu'il pèse , qu'il calcule y [qu'il compare, et qu'il prononce. Se peut^il que ce soit M. de Voltaire qui donne cours aux calomnies ténébreuses dont on a chargé nn peuple qui mérite un autre sort ! Que n'emploie-t-^il ses talens à détruire un pi'^ugé qui déshonore l'humanité.
Il me semble qu'il a encore hasardé d'autres assertions moins importantes dans le même chapitre. La prétendue ignorance qu'il attribue aux Juifs p'est rien moins que prouvée (i). Ils ont eu ^ ils ont
(i) Rien moins (jue prouvée, Axistote , cite par Clàa^ que y dit qne dn temps qu'il ëtait en Asi* , il reçut It viitte d'an Jaif si savant » et d'ane érodition si profonde p qu'auprès de lai les Grecs paraissaient des ignorant et des bétes. Voyez la Rëp* des Hëbreuz , par Basnagei page 1 9 de i'é4it« dd Hollande , in-8.* Aut*
encore parmi eux des sayans (i) ^ dans les pays où ils sont tranquilles. Leur tactique ne parait pas avoir été si méj^sable : leur langage a de grandes beautés 3 et SI M. de Voltaire , dans Tinimensilé de ses connaissances ^ avait mis la langue hébraïque (2) ^ 3 aurait été frappé des beautés poétiques dont elle est susceptible. Ce qui en transpire dans des ouvrages imités d'après de faibles traauctions , en fait foi : témoins les Odes sublimes de Rousseau ^ les traits admirables d'Athalie. M. de Voltaiie lui-même n'at-il pas trouvé dans la même mine de quoi jparer des pièces d'un genre différent ? Isaïe est plein de traits de feu y qui prouvent que les arts , les sciences , le goût régnaient à la cour de Juda. Il ne serait pas difficile de prouver qu'après la captivité et la dispersion de la nation juive , il y a eu des savans parmi eux ^ tant chez les Arabes qu'en Espagne , ou m étaient médecins et intendans domestiques des rois. Maimonide était versé daixsf toutÇ9 l^s ^sciences de son siècle.
. (1) Ils ont enéore parmi eux des savans ^ etc. Noua n'en âoatona point ; nons souhaiterions seulement que cea aatans Youlussent bien s'occuper un peu plus de la défense de leurs livres sacrés , contre tant d'écrivains qoi leA attaquent tous les jours , et qu'ils ne laissassent paa toujours aux chrétiena le soin de combattre pour eux. Des ouvrages de ce genre , dégagés de toutes les idées rabbiniques , qui sont passées de mode même parmi eux , ne pourraient que leur faire honneur « et être utiles an public. ChréU
(a) Avait mis la langue hébraïque ^ etc. L'auteur na pouvait reprocher plus poliment à M. de Voltaire l'ignorance de la langue sainte. On verra par la suite si ce reproche est fondé. En attendant , nous nous contenterons d'observer ici que ses partisans l'ont souvent prôné comme un très-grand hébraïsanti et qu'il a luimême parlé cent fois d'hébreu comme s'il en était fort inatroit, Edit*
Ce peuple , continue M. de Voltaire * , ne fut renommé dans aucun art, U est difficile depénraer dans l'obscurité d'une antiquité si reculée : mais ^ en dépit du voile que les Grecs <Hit jeté sur tout ce qui les a précédés ^ pour s'arroger l'invention de -tous les arts et de toutes les sciences , il est clair que les Juifs les ont devancés en plusieurs y ne flk-ce que dajçs l'art de la gravure en pierres fiiics (i). On en poFurrait dire autant de plusieurs arts différens y et le soupçonner de quelques autres 3 l'on ne peat nier du moms qu'on ne trouve dans l'alphabet bébrea l'origine de l' alphabet grec ^ qui a servi de modèle pour la nomenclature à celui des Latins.
Les Juifs ne furent jamais , poursuit M. de Voltaire * , ni physiciens ni géomètres , pu oiw trônâmes. Je laisse la physique , où aucun) peupk ancien n'a fait de progrès. L'histoire naturelle ^ éciûîe par Salomon , a précédé de plusieurs siècles ceÛes d'Àristote et de Pline. Il serait difficile à Salomon comme monarque , il lui serait difficile comme philosophe d'avoir inséré dans sts ouvrages
S lus de frivolités que ces deux savans. Salomon a écrit depuis le cèdre jusqu'à l'hysope , cela suffit. Ne trouve-t-on pas des traces de géométrie dans la description du tanernacle , et plus encore dans celle du temple de Salomon ^ et de celui dont Eséchid ' donneic plan ! Quant à l'astronomie ^ Je suis étonné que M. de Voltaire ignore que les Juifs ont été ^ de tous les peuples anciens ^ ceux qui ont le mieux connu le rapport du cours du soleil et de la lune ^ l'art des intercaladons , et toutes les connaissances astronomiques ; par lesquelles ils ont ^prévenu dans
* Voy, Dictlonn. philos. , t. V , trt. J^iifii , p. iSi > i.re section I tomexu des CËutres.
(x) En pierres fines. L'exode en fournit la preaft t chap. XXII I verset 9. Et accipies duos lapides omy^ki* nos f et scuîpes in eis nominafilioram Israeh Ant*
* Voye% notre dernière note.
leur calendiier l'embarras et la confusion auxquels les Grecs et les Romains ont été sujets. Dejmis qofi Mmse a institue la FÀque , il y a environ trois muk ans ( car lés Juifs datent de loin ) , il ne s'est jamais fait de changement dans leur calendrier : cett« remarie est digne d'attention (i). De là l'opinion de leurs rabbins ^ que cette connaissance supérieure astronomique fut rére'lée à Moïse y et qu'elle a évi de toat temps un secret pour les autres nations : il est certain au moins que Moïse avait apporté d'&
le sont guère en Hébreu , développe les germes des coonaissances que les Grecs ont puisées cbez les Juifs on chex les Phéniciens , dont ils étaient originaires et voisins. Leur berceau a été celui des arts et d£s sciences ^ qu'ils ont ensuite cultivés avec moins de soin.
Hais je passe à démontrer que la figure et k nomenclature de l'alphabet ont été originairement dues aux Hébreux ou aux Phéniciens ^ car c^est la même langue et point un jargon. Le Pœnulus ou le Carthaginois de Plante le prouve assez ^ ainsi que
Éusieurs autres traits de l'antiquité f mais surtout s noms et les figures des lettres ae l'alphabet. Personne n'^nore que les caractères A , B , C , D,
(t) Digne d'attention. Hactenàs compputus anni /mdaici I quo nihil aecuratius , nî/iil petfectius in eo g«nere ; ttt nostns conditonhus cfclorum paschalium et qcfactarum per illot nteliiis hanc artem discere lieeat aut tacere. Joseph Scaliger , livre y m. j^uù,
(a) Qui n* est pas assez estimé. L'apologiste Jaif rend ici plus de justice k M. Pluche que ne fait M. de Voltaire. Celai-ci en parle avec on ton de dédain et de mé* pria qni fait pea d'honnear k sa critique , et qoi paraît annoncer quelque reasentiment. On aait que M* Plnchc n'était poi^t philosoplie* ChréU
ne soient une corruption des lettres grecques ^ idpha , héta y gamma , delta ^ et il est aussi clair que celles-ci ^ic\yç.VL\£ aleph y heih ^ ghimel^ date A ^ des Hébreut. On en voit la preuve et la démonstration en ce que chaque nom de lettre de l'alphabet hébreu annonce la figure que cette lettre pre'sente aux yeux y et tient de la première origine de l'écriture niéroglyphique y qui parlait aux yeux par des affiches ou images y plutôt que par des caractières de fantaisie. Je n'en citerai que quelques-uns des plus sensibles. Le beth y 2 y par exemple y signifie case y maison y et c'est la figure de cette lettre. Le ghimel ou gamel y Si y signifie chameau y et la lettre représente le cou de cet animal. Le daleth y ^y veut dire porte y et le contour du caractère le désigne. Le yau ^ 1 ^ exprime une colonne , et c'est ce que cette lettre présente à la vue. hezaïn, t> annonce un sabré ou cimeterre y tel qu'on le voit^ Le sin ou schin ^ ^ y signifie des dents y et cette lettre représente un peigne ou trident» Le gttaïn, œil y le phé y bouche f resseinblent assez à ces images. En voÛà assez pour indiquer de combien de preuves on peut enrichir le système de M. Plache : peut-êti'e donnerai-je un jour une collection plus ample sur cette matière.
M. de Voltaire y dans le même chapitre y semble encore reprocher aux Juifs la manière dont ib extenninèrent quelques peuplades de Gianaan y et parait attribuer à ce procédé la haine que leur portent les autres nations. M. de Voltaire entend sans doute l'origine de l'ancienne haine des nations. Mais cette haine ne peut avoir lieu que de la part des peuples conquis à regard de leurs conquérans } et )e ne me persuade pas qu'elle ait été plus grande contre les Juifs que contre les autres peuples. Tfdr bord les Juifs ne sont reprochables d'aucun excès ; puisque c'est l'oracle divin qui avait prononcé 1^ destruction de ces peuples ; dont les crmies étaient
au comble , et que là terre y selon l'expression de Pëcriture , devait les vomir et les expulser» Mais ce qui réfute l'accusation , sans ayoir recours à l'autorité y c'est que leur législateur , dans son code sacré ^ ordonne que dans toute autre guerre on ait de grands ménagemens jusqu'à épargner les arbres , qu'il défend d'abattre , ainsi que de commencer les hostilités ayant d'avoir proposé la paix. Les droits de la nature et des gens étaient y en paix comme en guerre , observés chez les Jui& comme chez tous les autres {^uples de ces contrées. Le manifeste ou la déclaration de guerre de Jephté. contre les Ammonites , est motive d'un style qui peut • sec^ de modèle à tous les siècles. L oracle aivhi reproche aux Juifs leur trop grande pitié à l'égard des nations proscrites. A tout prendre , et à contempler l'histoire des Juifs comme l'histoire de tout ^utre peuple y on trouvera que les uns et les autres se sont conduits à peu près de même. Dans ces temps reculés y le célibat était rare y la polygamie presque universelle : la navigation n'était pas assez étendue pour nuire à la propagation , ni pour mener des colonies dans les plages lointaines. Dès qu'Hun peuple se trouvait trop serré dans son pays , u se îetait sur un autre , et tâchait de s'établir : la force et la violence , employées par la nécessité^ étaient les seuls droits que l'on connût. Quel autre droit Virgile prête-t-il à Enée , avec ses dieux fugitifs , quand il détrôna Tumus y ravit Lavinie , et s'établit en Italie ? Dépouillons son histoire des prestiges enchanteurs de la poésie y et voyons ce qu'il en reste ! Komulus ne traita pas autrement les villages qui bordaient le Tibre y que Moïse ceuf d'Amon et de Jacob.
tJn homme peut ne pas ressembler à un auti5e homme -, mais les hommes d'un certain pays res*- i semblent toujours beaucoup aux autres hommes à^ûn 1 «utre pays y et plus encore à ceux du même. C'est \ la fermentftion des paf^ions y qui sont partout les
5B LËtTRÊS
mcmes , qui produit nos actions j et leurs différentes coiabinâisons dépendent des circonstances. Ces circonstances , quoique variées ^ se répètent perpé* tuellement : l'uniformité est dans le fond , la vanété dans la forme* L'intérêt^ l'ambition ^ la yanité , l'amour de la gloire ^ le goût universel des plaisirs , dominent toujours le genre Lumain. La vertu &ît quelques efforts : tantôt victorieuse , souvent vaincue , toujours combattue y rarement peut-elle s'établir un empire stable et solide sur les débris des vices dont le nombre est si prodigieux. La différence des climats peut seule causer quelque altération riiysique y qui soit sensible sur Porgaiiisation universelle d'un peuple pris en bloc , et influer sur la morale. Les animaux y les fruits de la terre nous jntiuvent la force du climat. Ce que M. l'abbé du Bos et M. de Montesquieu ont dit là-dessus , est sans réplique ; si on le restreint dans de justes bornes ^ mais les causes morales peuvent encnaîner pour un temps le pouvoir des causes physiques. De ces causes f l'éducation est la plus puissante 5 mais elle ne changera jamais entièrement le fond essentiel du caractère y la forme seule paraîtra changée. L'éducation développe les qualités qu'elle ne donne paS; les circonstances et le tempérament décident oe la vertu , qui gît dans le fond du cœm' , et forment le système moral d'un peuple. I^e faisons donc pas une exception absurde d'une vérité éternelle , pour jeter du ridicule sur les Juifs , et pour les rendre najissables.
Ne pourraient-ils pas dire à toute la chrétienté, à peu près ce que M. de Montesquieu * met dai^s la bouche d'une jeune Juive répondant au tribunal de l'inquisition ? il n'y a qu'un mot à changer : a VoQS nous m^risez ^ vous nous haïssez (i)^ nous qui
* y oyez Mootesqaîeo , Esprit des Lois , Uy. xxnr» chap. xiix.
(1) Vqu4 nous /laissez , ctc* Encore une fois , U relî'
DE QUELQUES JUIFS Sg
crayons les choses que vous croyez ^ parce que nous ne croyons pas tout ce que vous croyez. I^ous sui-
M, auae encore ^ ei parce que yuus pensez qu u ne raime plus y vous méprisez ceux qui sont dans cette erreur si pai'donnable y de croire que Dieu aime encore ce qu'il a aimé autrefois. Si te ciel vous a assez aimes pour vous faire voir la vérité , il vous a fait une grande grâce : mais est-ce aux enfans qui ont eu l'héritage de leur père , de haïr ceux qui ne l'ont pas eu ? .... la religion juiye , dit le même auteur , est un vieux tronc qui a produit deux branches qui couvrent toute la terre. Qu'on respecte donc celte source sacrée , et qu'on plaigne si Pon veut y mais qu'on admire la constance de ceux qui font des sacrifices aussi erands à cette ancienne loi. Les patriarches y les prêtres , les anciens Juifs sacrifiaient àzs agneaux , des brebis , des taureaux : les Juifs modernes sacrifient sur l'autel de la foi des victimes bien plus estimables : l'amouFpropre , encens précieux et qui coûte si cher à la yamté > les chaires y les emplois , moyens les plus courts et les plus efficaces pour amasser des richesses , et pour acquérir de la considération dans le monde, les philosophes ( car il y en a parmi eux û'en déplaise à M. de Voltaire J ne veulent p^s \ pair délicatesse de sentimens , faure trafic de la re- Bgion(i) : ils respectent assez la Divinité pour ado- Jfçr en secret ses décrets j ils ne sont pas moins dignes de louanges (a) , d'avoir la fermeté de rester,
SiOQ des chrétiens n'apprend à mépriser ni à haïr que 1m erreurs. Chrét*
(i) Trafic de la religion* Les chrétiens n'invitent ^oîat les Juifs k/airfi trafic de la religioa, maÎB à ou- ^ les yeux à la lamière. Chrét,
(s) Digaes de louaf%ges. Cens qui regardent la fermeté ^ Joifii comme obstination, nepcuYent que les plaîn^ 4re st les excuser. C/wét, C 6
6d lettres
par une gi'andeur d'ame ^ dans ane reli^on qu'on
proscrit , au' on méprise.
M. de Voltaire a dë]à commence Fapologîe (i) de cette nation ^ mais d'un ton peu convenable à la ma« tiire (2). Pespère qu'il voudra bien la faire plus sérieusement. C'est k lui qu'il appartient (3) d'achever , de déraciner le préjugé qu'd a déjà combattu f et qui entretient si injustement la haine des chrétiens contre les Juifs ^ ou on accuse du supplice de X C. Il ne fut condamne à mort juridiquement que par les Romains^ qui seuls avaient alors sur les 3ui& le droit de vie et de mort ^ selon les chrétiens. Hérode même était gentil ; c'est Filate qui y eut la plus
■ -' (i) Commencé V apologie , etc. C'est une singola* rite assez remarquable , que M. de Voltaire 1 eanemi déclaré de« Jaifs en toute rencontre , cherche si mal à propos à les justifier dans celle-ci. Qhrétn
(2) D'un ton peu convenable à la matière* Voyez dans les oonveaux mëlangea, tome m , le sermon da prë^ tendu rabbin Akib , oà cet auteur Chrétien tombe également sur les Chrétiens et sur les Juifii. Edit^ *
Si le ton confient pea , les raîsonnemens qu'il emploie sont encore pires ; tout ce qu'il dit a ce sujet ne peut que faire pitié aux lecteurs instruits , et indigner les Chrétiens* Chrét,
(3) C'est à lui <ju*il appartient, etc. C'est de tous lei Chrétiens le seul à qui nous puissions SYoir cette obUgafioOi Edit.
Les éditeurs se trompent. Une autre encore a entre* pris de justifier leurs pères , et n'a pas craint de prononcer avec eux le reus est msrtis» Il ose dire fue tout homme qui s'élève contre la religion de son pays mérite la mort ; et il ne cesse de déclamer contre la religion de son i^ays. L'imprudent ! qu'est-ce donc qui le rs^ êpie t Chrét» »
^* Fhy, Philos. , tom. ler. , Sermon dn rabbin Alûb , pag. 406 et suiTantes, tome aocxii des (Kurres.
DE QUELQUES JUIFS. 6i
grande part (i). Le supplice de la croix était inconnu aux Juifs ; selon M. de Voltaire *. Et (juand les TÎolences et les cruautés dont on accuse leurs ancêtres seraient avérées (2) , et en accordant que les anciens Juifs aient non-seulement approuvé , mais ménie demandé ^ pressé et sollicité cette condamnation , M. de .Voltaire prouve (3) qu'il est aussi injuste d'en rendre responsables les descendans , qu'il serait absurde de s'en prendre aux Romains d'aujourd'hui, parce que les premiers Romains enlevèrent les Sabines > et dépouillèrent les Samnites. An surplus , suivant les principes de la religion chrétienne , la passion était nécessaire (4) pour le salut du genre humain ^ et , selon les chrétiens y le décret
(i) La plus grande part. G'eat assarémeiit se diflaimn- 1er les faits ; ou les dégtiiaer» Clirét,
^ Voyez Phil. , tom. i.«r , Sermon da rabbin Akib, pag. 4^3 ) t<>°3* XXXII des (Kuvres.
' (9} Seraient avérées, Peut-On douter qu'elles ne le «oient \ L'auteur des Reflexions et M. de Voltaire ont-ils oohlié ce A horribles cris s ToUe y crucifiçe»»** sanguis ejut super nos et super filios nostros , Ghrët.
(3) M* de Voltaire prouve » etc. M. de Voltaire l'a TOula prouver* / mais il s'en faut bien que ses preuves scnent solides « et que tout le monde les ait jugées telles.
On sent d'abord la différence qu'il y a entre les Romains modernes et les Juifs. Ceux-ci > aveuglés par les préjugés héréditaires de leur nation ^ loin de détester le crime de leurs pères , l'approuvent , le défendent , et j consentent autant qu'il est en eux. Leur seule excuse est celle que J. C. mourant apportait en leur faveur , et que l'apôtre a répétée , l'ignorance .* Si cognoviscent enitn 1 mimquàm Dominum gloriœ crucifixissent» Ce mot dit plos pour les Juifs , que tous les raisonnemens de M« de Voltaire. Chrét*
(4) La passion était nécessaire , etc. La nécessité de la mort de J. C. ne )ti8tj£e point cenz qui en ont été les «Qtenra. Chrét,
6a LETTRES
âe la proyidence derait être rempli. Un prédicateiir'a dit que j si Pilate n'aTail pas keiireasenieiit dit çuod scripsi , scripsi , le monde ne serait pas encore sairvé. Que les chrétiens cessent donc de persëcnter et de mépriser ceux qui , comme hommes , sont leurs frères , et qui y comme Juifs j sont leurs pères : ce sont les propres paroles de M. de Voltaire (i) ; c'est à loi de mettre ces Terités dans toat leur joor.
fiien ne serait plus digne de sa plume que de chercher à étouffer les haines nationales quelconques : en venir à bout , serait le plus grand service qu'on pût Tendre au genre humain. Je me suis dit souvent que les hommes seraient heureux, s'il n'y avait parmi eux qu'une religion : mais faisant ensuite attention aux intérêts particuliers , même parmi ceux dont le culte est uniforme y j'ai reconnu que les malheurs de l'humanité prenaient leur source dans l'humanité même. Carthage et Rome ne se haïssaient pas parce que leur cuhe était différent , mais parce^ que leurs intérêts étaient divers. Je ne citerai pas Fantipathie des nations modernes ; mais je crois qae , à. tous les grands hommes de l'Europe travaillaient de concert à chercher les moyens de concilier les intérêts divers des nations | on trouverait qu'ils sont mroins opposés qu'on ne pense y et que le système de l'ahhé de Saint-Pierre pourrait devenir quelque chose de plus que le rêve d'un homme de bien. J'ai dans l'esprit le germe confus de ce système , qui demande du temps et de la contemplation pour le développer
(t) Les propres paroles de M, de Voltaire *. Si M. de Voltaire sait ees prûicipes , t'il tient les Juifa ponr ses frères , comme hommes , et pour ses pères , eommte Juifs, il faut aTOoer qae ce grand homme traite daBe> meDt oa famille. C/irét,
^ Voyez Philosophie i tome, i.er , le Sermon da rabbin Akib , page^4i^ du tome xxxii des (EuTres.
Un éerirain célèbre (i) en a depuis peu fait une ébauche : les premières esquisses sont toujours informes 'y mais on peut les perfectionner avec le temjps 3 il n'en serait pas de mieux employé ni plus utuement pour l'humanité. J'exhorte ceux dont les lumières sont plus étendues que les miennes , d'y songer sérieusement , et surtout de ne pas oublier les Juifs.
LETTRE IIL
De routeur des Réflexions y à M. de Voltaire en les lui envoyant en manuscrit,
Oi j'ayais k m' adresser à un autre qu'à vous ^ monsieur y je serais très-embarrassé. Il s'agit de vous faire parvenir une critique d'un endroit de vos immortels oavrages 5 moi qui les admire le plus ^ moi qui ne sois fait que pour les lire en silence j pour les étudier et pour me taii*e. Mais comme je respecte encore plus l'auteur que je n'admire zt& ouvrages ^ je le crois assez grand pour me pardonner cette criti- ^e en faveur de la vérité qui lui est si chère , et qui "" 'ui est peut-être échappée que dans cette seule ion (2). J'espère au moins qu'il me trouvera
ne h occasion
(1) Un écrivain célèbre , etc. Jean* Jacquet Ronaeeaa. Voyez eon projet de paix perpétaelle ^ ; et dans les NoQfeaiUL Mélanges , troisième partie , lea plaisanteries de de H. Voltaire snr cet écrit , dont l'intention du moine est loqable^ Edit. *♦
^ Voyez J.-J. Rooaseaa , édition de Poinçot , 38 ?oI. ift^/ « i.er Tolnme , Politiq. , t VU des CEavrea.
** Voyez Politique et Législation , tome i.er , pages 95 et suivantes , tom. xxix des (Euvrea.
. (a) Que dans cette seule occasion» Compliment 1 M* de Voltaire ne disconvient paa qu'elle loi est échappés tn ptos d'une rencontre. Edit»
d'autant plus excusable ^ que j'agis en fayear^ d'une nation entière , à qui j'appartiens , et à qui )e dois cette apologie.
Tal eu l'honneur^ monsieur^ de tous voir en Hollande , lorsque j'étais bien jeune. Depuis ce tempslà ^ je me suis instruit dans vos ouvrages ^ qui ont de tout temps fait mes délices. Ils m'ont, enseigné à tous combattre -, ils ont fait plus , ils m'ont inspire le courage de vous en faire l'aveu.
Je suis au-delà de toute expression , avec des sentimens remplis d'estime et de vénération , etc.
Réponse de M. de Voltaire à Fauteur des Réflexions critiques *.
JLes lignes dont vous vous plaignez ^ monsieur , sont violentes et injustes. Il y a parmi vous des hommes très-instruits et très-respectables j votre lettre m'en convainc assez. J'aurai soin de faire un carton dans la nouvelle édition (i). Quand on. a eu tort, il faut le . réparer 5 et j'ai eu tort d'attribuer à toute une nation les vices de plusieurs particuliers.
Je vous dirai avec la même franchise que bien des gens ne peuvent souiOfrir ni vos lois , ni vos livres (2) y ni vos superstitions. Us disent que votre
^ Voy* Correspondance générale • tom. vi ^ p. 443 > tome LVii des CEEayrea.
(1) XJn carton dans la nouvelle édition» Il imÎqs par^t qa'il serait mieux de mettre no carton dans l'édition précédente , et de faire one correction 4an8 la nooTeile. Edit»
(a) Ni vos lois f ni vos livres. Ces lois et ces Uvres ( an moins ceux qai font la base de la religion ) sont respectés par toute la chrétienté* Aut,
nation s'est fait de tout temps beaucoup de mal à elle-même ^ et en a fait au genre humain (i). Si tous êtes philosophe , comme vous paraissez l'être ) vous
Senserez comme ces messieurs (2) , mais vous ne le irez pas. La sujperstition est le plus abominable fléau de la terre. C'est elle qui de tout temps y a fait forger tant de Juifs et de chrétiens. C'est elle cjui vous en^ie encore au bûcher chez des peuples d'ailieiirs estimables (3). Il y a des aspects sous lesquels la natui'e humaine est la nature infernale ^ mais les honnêtes gens , en passant par la Grève ^ où l'on roue , ordonnent à leur cocher d'aller vite , et vont se distraire à l'Opéra , du spectacle affreux qu'ils ont vu sur le chemin.
Je pourrais disputer avec vous ^4) sur les sciences que vous attribuez aux anciens Juifs ^ et vous montrer qu'ils n'en savaient pas plus qae les Français
(i) Beaucoup de mal au genre humain, La ^.tjr.on juive peut atoir quelquefois fait , comme les autres Dations , beancoQp de mal ë elle-même ; mais je ne sache pas qu'elle en ait (ait beaucoup au genre humain. J'en excepte lea nations que l'oracle divin avait proscrites*
Oà est le peuple ; quelle est la nation , quelle est Thistoire » auxquels on ne puisse souvent appliquer ces beaux vers d'un poèt« médiocre ( Stace ) î
Excidat illa dies aevo ; nec postera credant. &ecula : nos certè taceamus , et obruta multâ. Noçte tegî nostrae patiamur crimina gentis. AuT.
(a) yous penserez comme ces messieurs. Je n'ai pas l'honneur de penser comme ces messieurs, Aut,
(3) D'ailleurs estimables. J'avoue que la superstition a , de tout temps , été la cause de grands maux, jiut*
(4) Disputer avec vous. Je ne suis pas fait pour disputer avec M. de Voltaire. Ce serait un nain qui attaquerait un géant ; mais , quand le géant joindrait encore l'adresse à la force , le nain pourrait peut-être n'avoir pas tort. Aut.
dix temps de Chilperic. Je poarrais tous ùiie conye» nir aue le jargon d'une petite province , mile de dbalaëen , de phénicien et d'arabe , était une langue aussi indigente et aussi rade que notre aacien gaulcMs. Mais je tous fâcherais peut-être (i) ^ et vous me paraissez trop galant homme pour que je yeudle tous déplaire. Restez Juif (2) puisque vous l'êtes. Vous n'égorgerez point quarante-«deux mille hoojnes pour n'avoir pas bien prononcé schibboleth , ni yii^l-
Siatre loille hommes pour avoir couché avec des adianites (3). Mab soyez philosophe , c'est tout oe que je peux vous souhaiter de mieux dans cette courte vie.
J'ai l'honneur d'être | monsieur , avec tous les sentimens qui vous sont duS; etc.
f^*** P chrétien p Gentilhomme ordinaire de la chambre du roi très-chrétien»
(i) Je vous fâcherais peut-éire» Je ne me fkcht ]amaif avec mes maitrea ; mais leur autorité ne m'en Impoae jamais .' leurs raisons seules peuvent m» cooyaîncre« J'an* rais d'ailleurs mauvaise grâce de me fîicLer après toutca les politesses dont m'honore M. de Voltaire , et après le généreux début de sa lettre. Aut»
(2) Restez Juifs , etc. C'est un conseil que je n'ai pas de peine à suivre. Aut,
(3) Madiaaites* M. de Vokaîre parait vouloir aeftlement s'e'gayer à la fin de cette lettre. Il n'ignore pas que le massacre des Ephraîmites n'a point été fait à cause de la prononciation du mot schibboleth , mais parce que cette prononciation décelait le parti combattu par l'antre. Les horreurs des guerres civiles sont toujours plus affrentea que celles des autres guerres , et quant au massacre , au sujet des Madianites; il n'a pas été seulement pour avoir contché avec elles , mais pour l'idolâtrie à^quelie les Israéiites s'étaient abandonnés par la séduction de ces femmes. Aut,
De Joseph d*Acosia , Juif de Londres , au révérend docteur Jonhson , pasteur de Cheps^ tO'w en Montmouth'Shire , contenant quel'' ques jugemens sur les réflexions critiques et sur M. de Voltaire.
L'«pologi8te répond k Taccusatioii de partialité. — JagemeDt de l'aateur de la Bibliothèque des scieDcea et dea «ta anr l'apologie , et sur ce que M. de Voltaire a dit dea Joifa.
V ous me demandez ^ monsieur ^ ce qa'on pense ici des réflexions que je vous ai fait tenir il y a quelque temp. U parait qu'elles ont bien pris^ comme yoos Payiez prëyu j même pa^ les chrétiens. Deux écri> yains périodiques en ont déjà rendu compte ^ et ils en portent Tun et l'autre un jugement ayantagenx.
]j antenr du Monthlynreyiew parle de notre apologiste comme d'un fiivocat habile , d'un écrivain ingénieux et 'poli. 11 lui reproche seulement et ayec quelque yiyacité > d'ayoir mis une distinction
n grande entre les Juifs portugais et allemands, 'ayoir youlu faire retomber sur ceux-ci les reproches que M. de Voltaire fait à toute la nation.
« Il y a dit-il y quelque chose de trop partial et de trop odieux dans ces distinctions , quelque juste qo^elles puissent être y pour qu'on puisse honorer rauteur du titre de défenseur du peu{)le juif en général. Si M. de Voltaire reconnaît lui-même ayoir
Voyez sur ce sujet lea Lettrea de qnelquea Juifs allemmda Si M* de Voltaire n'a plus , pour s'égayer que la triste ressource de ces mauTsiaes et froides plaisanterie; i il est k plaindre. Ediu
eu tort d'imputer à toute une naûoii les vices de
Slusieurs particuliers , l'apologiste est ^ à beaucoup 'égards , tout aussi coupable d'avoir voulu secouer le fardeau des épaules de son propre parti ( les portugais et les espagnols ) , pour en charger les germains et les polonais. Que les premiers , ajoute-t-il; aient été jusc[u'à présent plus ncbes ) qu'ils aient eu une meilleure éducation 3 qu'ils aient été admis sur un pied plus distingué paimi le beau monde } c'est ce qui est très-certain : mais jusqu'à quel point cet avantage doit-il être attribué aux causes que notre auteur établit ? C'est ce que je n'entreprendrai point de décider. ... La persuasion où ils sont assez généralement , et de temps immémorial^ qu'ils descendent des principales familles emmenées de Babylone , et qu'ils tiennent que Nabucbodonosor relégua en Espagne ^ contribue sans doute à leur inspirer cette attention scrupuleuse à se distinguer de kors antres firères. Mais il est plus probable que la diffé* rence qu'il y a entre eux ^ vient de ce que les Juifs d'Espagne et de Portugal y ont été de tout temps , soit sous les califes , soit sous les princes cbrétiens^ fort à leur aise ^ et fort considérés , tant'ps^ leur savoir dans les arts et les sciences (i) , que par leur intelligence dans le commerce et dans les maires , tandis que les autres Juifs ^ dispersés dans toute l'étendue des deux empires d'Orient et d'Occident ^ ont toujours vécu ^ depuis Gonstantin-le-Grand en Asie et en Grèce , et depuis Charlemagne en Occident , dans l'oppression et dans la misère ^ réputés esclaves f traités inhumainement comme tels. Et quel autre sort éprouvent-ils encore aujourd'hui ^ même en Europe ^ dans la Pologne , et presque toute l'Allemagne f à Venise ^ et jusque dans tous les états du pape ? » (a)
(i) Dan» les arts elles sciences ^ etc. On ne peut conteflter aux Juifs l'avantage d'avoir eu alors parmi eux des hommes très- éclairés* Chrét,
(1) Dans tous les états du pape. Nous derons cette
cni on a renaue puDuc[ue , a paru tres-satisiaisante, n fait remarquer que si cette distinction , ou plutôt cette séparation des Juifs portugais d'avec les autres Juifs ^ est odieuse , il n'en est point responsable ; qvL*il n'est ^ en cette partie ^ qu'historien y et historien fidèle 5 et qu'après tout 9 cette législation , dont il n'est pas l'auteur ^ a produit jusqu'à présent les plus heureux effets.
Il justifie ses intentions y et prouve ^ par le fond y la marche et le texte même de ses réflexions^ que s'il rend aux portugais la justice qu'il leur devait y de les distinguer de tous leurs fi*ères y il embrasse néanmoins dans son apologie tous les Juifs anciens et modernes y et que y loin d'être coupable d'avoir accablé les allemands et les polonais des calomnies dont on chargeait la nation y il a plaidé leur cause y non-seulement avec impartialité y mais avec chaleur et avec zèle«
a Voilà , dit-il , après une courte analyse des réflexions y voilà comme j'ai défendu les Juifs en général y et réfuté les jugemens téméraires qu'on a sou*yent faits contre eux. Si j'étais auteur de profession y l'aurais cité cent preuves en faveur de ma cause ^ j'aurais fait sentir que de tout temps les plus grands hommes se sont grossièrement trompés sur le compte de ceux qui professaient une religioi» tolérée y trèsdifférente de la dominante. Les premiers chrétiens
jastioe am chefs de la religion chrétienne catholique , qa'il n'y a point de pays an monde ou le sang juif aif moins coulé , où les lois de Thamanité aient été pins nsspectées à l'égard de notre nation , que dans les états des pontifes romains. Si nous n'y jouissons point partout de la liberté et des privilèges qae nous avons en d'antrea pays , da moins noos n'y souffrons pas , nous n'y ayons jamais souffert les persécutions et les barbaries que nous avons tant 4® ^oin éprouTées ailleurs. JÇdîe,
ayaient assurément des mœurs austères ; les Terlos morales étaient praticjuées par eux au suprême d^ cré(i) ^ ils ne pouvaient certainement être ni intoj^rans , ni persécuteurs. Cependant Tacite (a) parie d'eux en termes aussi indécens qu'ils sont faux et calomnieux. Pline f ami et contemporain de Tacile; les traite avec plus de modération , en reconnaissant la pureté de leurs mœurs. Le télescope de ces deu anciens observateurs était dififérent : chaque esprits le sien 5 mais il parait qu'on ne considère les objeli que de profil , et qu'on se contente d'en apercevoir la surface , sans se soucier d'en approfondir Fint^ rieur , dès qu'ils regardent les gens qui pri^essent une religion difiEérente de cçUe qu'on a adoptés» Gmibien de Plines et de Tacites modernes qu^oat envisagé la nation juive de profil ou en perspective, et en ont fait un portrait ae pure fantaisie !
L'auteur de la Bibliothèque des sciences et des arts traite encore plus favorablement l'apologie : h critique en est moins sévère ^ et les éloges en sont plus grands.
<c Cette pièce , dit-il , est composée avec beao" coup d'art et d'esprit ^ et elle est écrite avec pol^ tesse ; et malgré le peu d'espace que l'auteur y a pris pour défendre sa nation ^ en bien des lieux très-moignement opprimée , l'ingénieux apologiste a sa J renfermer une multitude d'objets intéressans. »
Mais 9 soit que ce savant l'ait lue avec quelque distraction f soit qu'il en ait jugé par quelques. expBS»* sions bolées , il lui fait ^ avec moins d'amerCtone pourtant f le même reproche que le critique an^Uis*
a Le spirituel Israélite ^ dit-il ^ fait les plus beaux éloges de ses frères les portugais , et livre un pea les Juifs polonais et allemands f à l'exception d un
(1) An êupréme degré» Cet aTen d'an aotcnr jnif Mt i'éioge de aa droitore. II est des écrivains chrétiena qui ont montré moma d*iiDpartialité« Chrét,
[p)Cepeitdant Tacite ^ etc. Voy. Annal. XV, 44. Aul*
DE QtJELQtJES JUIFS. ^i
petit nombre ^ pour gens en qui la nature avilie Bi dégradée parait n*ayoir plus de commerce ju'avee le besoin ; erpression fine , et d'une énergie tranchante sous la plume d'un Juif ^ le plus poli ^i ait jamais entrepris Fapologie de là nation.
> Il faut pourtant ayouer , ajoute-t-il en parlant de H. de Voltaire ^ que le célèbre auteur de l'Histoire générale des mœurs et de l'esprit des nations avait oublié ce ton d'humanité et de support , qui bit si souvent un des plus riches ornemens dé ses ouvrages ; dans ce qu'u avait dit y sans modification , que c*est un peuple ignorant et barbare , qui joint depuis long - temps la plus indigne avarice à la plus détestable superstition , et à la plus horrible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent ; miais qu'il ne faut pourtant pas les brûler. ^
En général y continue le critique , M. de Voltaire s^est montré peu instruit de ce qui concerne la nation juive ancienne et moderne 5 mais, quoiqn^il en soit , il ne pouvait être mécontent d'une réponse 9 ou à peine se permet-on une seule fois de le relever ^ sans lui témo^ner des égards et une admiration qui l'élèvent au-dessus de tous les écrivains , comme le premier génie de notre siècle. Aussi l'au- .teur en a-t-il reçu , entre autres , cette déclaration pleine de candeur : Les lignes dont vous vous plaignez f monsieur , sont violentes et injustes , etc. C'est là parler en galant homjne, »
Il finit par un trait que je ne dois poiat omettre ^ et que vous lirez sans doute avec plaisir, a Nous ne doutons pas y dit-il, que M. de Voltaire , en donnant satisfaction aux Juifs y ne pense k édifier les chrétiens , sur d'autres traits qui lui sont échappés concernant cette nation malheureuse. Toupie monde ne pense pas , comme l'apologiste ^ que cet homme
* P^cy€9 Dîctionnaîri philosophlq. tomt ? , art. Jnlh , p. i59 I toou xu des (Entres.
•ja LETTRES
célèbre ait bien prouvé qu'il est aussi injuste de rendre les Juifs modernes responsables du supplice du, Sauveur ^ qu'il serait absurde de s'en prendre aus Romains d aujourd'hui y parce que les premiers Komains enlevèrent lc« Sabincs et dépouillèrent les Sftmnites. »
Voilà y monsieur ^ les jugcmcns qu'on a portés sur l'ouvrage de votre apologiste. Vous voyez qu'ils sont
tont iionnenr. JNous espérons que son écrit sera de quelque utilité auprès des gouvernemens , non-seulement aux Juifs portugais et espagnols ^ mais à tous les Juifs eu général } et qu'il contribuera à déraciner ,, ou du moins à affaiblii* l' antipathie et la haine qu'entretiennent contre nous ^ dans le cœur des peu* pies f l'intérêt particulier et la fausse politise , plutôt que les vues droites et pures d'un christiaiusme éclairé. C'est parce que le vôtre l'est , monsieur, qu'en condamnant les crimes des particuliers , et ce que vous appelez les erreurs religieuses de la nation | FOUS en plaignez les malheurs. Ce n'est pas d'anp jourd'hui que nous sommes persuadés que nous troili> yerons toujours plus de support et d'humanité dans les vrais chrétiens «que dans la plupart des déistes , malgré toute leur prétendue tolérance universelle* Vous vous attendez ^ sans doute f avec l'amem de la Bibliothèque et tout le public , que M. de Voltaire ne tardera pas de rétracter , ou do moins d'adoucir ce qu'il a avancé contre nous» Vous ne soupçonnez pas qu'après l'aveu généreux qu'il a fiût de ses torts , et de la parole qu'il a donnée si positw vement de les réparer , il ne soit dans la résolotÎDn de faire mettre le carton qu'il annonce. Les nouvel les brochures que je vous envoie vous feront juger s'il s'y dispose (i)'
( i) S*il s*j dispose* Ces brochures était le Traité et
TaLPhonneur d'être y monsieur et réye're&d docteur ,
Votre trèsrliamble , etc.
P, S. Vous ayez dû recevoir le Précis des argnmens contre les matérialités , par l'auteur des lettres précédentes ^ M. Pinto ^ Juif portugais d'Amsterdam ^ et les ouvrages de Jacob Hirscnel y l'un de nos plus savant rabbins modernes. J'y jomdrai incessamment les Kalognes philosophiques y le Phédon , la Dissertation sur l'évidence en fait des sciences métapliysiqaes y etc. y de M. Mosès Mindelson y Juif de Berlin y avec une lettre curieuse de ce Juif , vrai philosophe y au célèbre M. Lavater. Vous y verrez un nomme fortement persuadé de sa religion y mais sagement tolérant y également éloigné du fanatisme et de la licence ^ de la persécution et de l'impiété. Vous l'y verrez déclarer que « quoique Juif y il ne croirait pas pou* voir y sans une témérité condamnable y combattre directement le christianisme y chez des peuples où il est devenu la base du système de leur morale et de leur vie sociale y et ou ^ loin de détruire la religion naturelle et ses lois y il contribue au bien y et inspire la sagesse 9 la vertu , l'humanité, etc. » Celte retenue d'un Juif contrastera singulièrement k vos yeux
la tolérance * , le Sermon du rabbin Akib ** , les Questions de Zapata ^^'^ > le Dictionnaire philosophique , etc. ^*^^ On sait de quelle manière les Juifa y sont traités. Depuis l'engagement qu'avait pris M. de Voltaire f il n'est presque rien sorti de sa plume où il n'ait parlé d'eux sur le même ton. C'est ainsi que l'illustre anteor a réparé ses torts et tenn-sa parole. JSdit,
* Tome II y Politique et Législation , tom. xxx e des (jfovres.
»* Philosoph. , tome i.er , p. 4^5 , tome xxxii.e ibid,
't** — tome II , — 4^1 1 tome xxxxir.e ibid.
1*^* Tome xxxvii k XLiii.e ibid.