A M. D'HORGNY
Il lui parle des moyens d'unir Fabbaye de Saint-Méen au séminaire de cette ville,
dirigé par les prêtres de la Mission.
Paris^ 8 novembre 1646.
Monsieur,
Je n'ai ^point reçu lettres de vous cette semaine ; voici le sujet de la présente :
Le parlement de Rennes s'est trouvé embarrassé par les arrêts du conseil qui cassent les leurs, et portent ajournement personnel au procureur général et au commissaire qui a exécuté les arrêts de ce parlement contre nous, et a donné enfin un arrêt dans lequel il est dit, entre autres choses, que le seîgneur-évêque de Saint-Malo ne pourrait nous établir à Saint-Méen que par bulles du pape, couchées aux états de la province et vérifiées au parlement de Rennes. M. Codoing, qui est à présent à Saint-Méen au milieu de la famille, qui y est établie par arrêt du conseil exécuté par un huissier du conseil d'État, en la présence de Mgr l'évêque d'Auguste, coadjuteur de Saint-Malo, frère de M. le maréchal de Ville-
roy, gouverneur du roi, y porte cette affaire. Il est question, pour être en pleine paix, d'obtenir à Rome des bulles d'union de la maison religieuse de Saint-Méen au séminaire érigé par mondit seigneur de Saint-Malo, dont la direction perpétuelle est donnée à la Congrégation des prêtres de la Mission. Voici l'histoire et ensuite les raisons.
Mgr de Saint-Malo, voyant l'état misérable auquel sont la plupart des ecclésiastiques de son diocèse, obtint permission du roi, conformément aux ordonnances de nos rois et du concile de Trente, d'unir la manse * des religieux au séminaire d'ecclésiastiques qu'il avait institué dans Saint-Méen, où il y avait douze ecclésiastiques, et il en donna la direction aux prêtres de la Mission, Les lettres patentes du roi ont été adressées et vérifiées au grand conseil, et l'union faite par mondit seigneur de Saint-Malo. Le parlement, provoqué par les religieux réformés de Saint-Benoît, a été fâché de ce que mondit seigneur de Saint-Malo avait fait adresser les lettres patentes au grand conseil. Les religieux ont fait toutes les violences dont je vous ai écrit, et enfin voyant que le conseil du roi leur était fortement contraire, ils ont trouvé un expédient de se mettre en quelque façon à couvert. Ce qu'ils ont trouvé est expédient pour nous donner lieu de nous accommoder avec les pères, ou de nous établir selon le premier sens, et c'est ce que monsieur le premier président a dit à monseigneur l'évêque de Rennes^, qui me l'a écrit.
Outre l'indisposition de Rome aux unions, vous trouverez opposition du côté de ces bons pères. Ils allégueront que les conciles et les rois de France ordonnent que les évêques uniront des bénéfices à leurs séminaires, n'entendant pas que ce soit des bénéfices qui dépendent des ordres, mais seulement de ceux qui dépendent d'eux.
1 . Manse, se dit du revenu d^une abbaye appliqué aux religieux.