‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 109 sur 267 · Mgr Henri de la Motte-Houdancourt, de 164 1 à · texte numérisé non relu

Mgr Henri de la Motte-Houdancourt, de 164 1 à

A quoi il se peut répondre i ® que cette abbaye dépend des évêques de Saint-Malo, et non d'aucune congrégation, ni d'autre supérieur, quel qu'il soit; 2* que vraisemblablement les évêques ont donné à l'abbaye de Saint-Méen les dixièmes qu'ils ont eus, en considération de ce qu'ils faisaient alors les séminaires et faisaient ce qu'on tâche de faire aujourd'hui. Cette dernière raison ne sera pas de mise ; vous ne l'alléguerez pas, mais seulement que les religieux de l'abbaye, qui étaient en très grand désordre, ayant consenti à cela, étant contents de la condition qu'on leur a faite, nul autre n'y a intérêt.

L'on vous dira qu'il n'y a que le Pape, et que les évêques ne peuvent point supprimer une régularité par quelque union à un corps. A quoi l'on répond qu'il est vrai, communément parlant, mais que les conciles donnant les pouvoirs aux évêques avec sujet des bénéfices ordinaires, et ne limitant pas l'étendue des bénéfices, il est vraisemblable que Monseigneur a pu faire cette union, attendu, comme j'ai dit déjà, que cette abbaye dépend de sa juridiction, et ainsi est censée dépendre de lui.

De dire que c'est le bien de Saint-Benoît, et que le général des réformés a eu droit de réclamer pour sa communauté, l'on répond que la bulle d'institution de leur congrégation porte qu'ils s'établiront dans les abbayes, où les religieux, l'abbé et l'évêque les demanderont. Or, est-il que les religieux de la maison ne demandent point cette réforme, l'abbé ni l'évêque n'y consentant point, qui est Monseigneur de Saint- Malo, lequel est abbé et le supérieur de la maison. Il s'ensuit que ledit général ni les religieux réformés n'ont point droit de s'opposer aux bulles que vous demandez, ni de faire ce qu'ils ont fait.

Ajoutez à cela qu'une maison de religieux n'est pas un bénéfice, que la cour de Rome n'a point d'intérêt à cette

union, pour ce que n'étant bénéfice, le Pape ne donne point des bulles jamais pour lesdites unions.

Voilà, Monsieur, à peu près, les raisons de cette union. II y a deux voies pour faire cette affaire: ou de faire juger à Rome si l'union faite par monseigneur de Saint-Malo est bonne ou non, et, supposé qu'elle ne le soit pas, qu'il plaise à Sa Sainteté de l'approuver et de suppléer aux défauts ; ou bien de donner une bulle qui ne fasse mention de celle qui a déjà été faite.

Je vous supplie. Monsieur, de consulter sur cette affaire, et de me mander ce que vous en trouverez au plus tôt ; et, s'il est besoin, l'on en fera écrire d'ici à Sa Sainteté. Messieurs de Saint-Malo sont fort résolus d'employer tout ce qu'ils pourront à cette affaire.

Et pour vous dire vrai, je pense que Notre-Seigneur en serait bien glorifié, et que l'Église en recevrait du service non petit, à cause des séminaires qui se pourront établir par ce moyen, et non par autre.

L'assemblée du clergé a agité la question de l'importance des séminaires ecclésiastiques, et traité des moyens de les faire réussir, et n'en a point trouvé de plus avantageux que celui de l'union de quelques abbayes où les religieux sont dans le désordre, et où ils n'ont point disposition d'appeler les réformés, où (lesquels les réformés) ne veulent point s'établir, à cause de la pauvreté des manses qu'ils ne veulent pas.

Voici le mémoire du nom, du surnom et du diocèse de ce jeune gentilhomme polonais que la reine de Pologne nous a laissé ici, et qui est mis dans le séminaire des écoliers, au petit Saint- Lazare. Je vous prie. Monsieur, de lui moyenner un démissoire, ad omnes ordines. Il a quelque disposition d'être de la Compagnie, et moi d'être toute ma vie, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

— i88 — 100. — A M. ALIX,

CURÉ DE SAINT-OUEN-l'aUMONE (prÈS POMTOISE).

Il Texhorte à souffrir avec patience et lui reproche de lui avoir dédié un livre.

Paris, 23 novembre 1646.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre avec grande joie; cependant elle m'a laissé de la douleur, à cause de ce que vous souffrez par la fièvre et par les tremblements qu'elle donne ; mais, grâce à Dieu, il est toujours bon et pour vous et pour moi. Pour ce motif, et parce que de tout cela vous en faites bon usage, il le demande de vous pour une plus grande perfection et sanctification de votre chère âme. Sa bonté paraît en ce que telles afflictions portent une particulière marque de la bonté de Dieu sur vous, et vous donne sujet d'honorer les actions plus amoureuses de la vie et de la mort de son Fils, Notre-Seigneur. O bien ! Monsieur, exercez-vous donc à cette divine vertu de patience et de soumission à son bon plaisir. Cest la pierre de touche par laquelle il vous éprouve, et c'est par là qu'il nous mène en son pur amour ; pendant que vous lui demanderez la force de bien souffrir, je lui demanderai la grâce de vous soulager, et tout maintenant, prosterné en esprit devant son infinie miséricorde, je la supplie humblement de vous rendre la santé du corps et la paix intérieure de votre cœur.

Nous avons deux personnes en la Compagnie qui ont aussi la fièvre quarte ; l'une est céans à présent, mais l'autre n'a pas laissé d'entreprendre le voyage d'Hibernie avec le même courage que les autres qui sont bien sains; et je ne doute pas que Dieu ne l'en délivre bientôt, tant il se plaît de faire du bien à ceux qui, pour le servir, se détachent d'eux-mêmes. Plût à Dieu, Monsieur, que j'eusse le moyen de contribuer à votre soulagement ! il sait de quelle affection je m'y emploie-

rais. Et si roccasion se présente de vous faire changer dé lieu, vous verrez que je n'épargnerai rien de ce qui dépendra de moi.

Je vous eusse aussi volontiers rendu mes services, concernant la fondation qu'on veut faire en votre paroisse, si j'avais su le nom de la fondatrice ou quelle sorte de religiorn * s'y veut établir, et, faute de cela, je me contenterai du moyen que vous me marquez, en en parlant à M"*'* la duchesse d'Aiguillon et encore aux magistrats de Pontoise : ce que je ferai le plus tôt qu'il me sera possible.

Mais que dites-vous. Monsieur, quand vous me mandez que vous m'avez dédié un livre ^ ? Si vous aviez pensé que je suis fils d'un pauvre laboureur, vous ne m'auriez pas donné cette confusion, ni vous n'auriez pas fait ce tort à votre livre

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