‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 11 sur 267 · GUÉRISON MIRACULEUSE · texte numérisé non relu

GUÉRISON MIRACULEUSE

Attestation d'un miracle opéré par Tapplication d'un morceau du rocbet de saint François de Sales, en faveur d'une religieuse du second monastère de la Visitation, i Paris.

A la Visitation, f mars 1623.

Il plaît à la bonté de Dieu d'opérer parfois des mifacles par ses saints, pour témoigner leur sainteté. J'en mettrai ici un dont je suis témoin, arrivé en la personne de sœur M. M., religieuse de la Visitation-de-Sainte-Mârie, au monastère du faubourg Saint-Jacques, à Paris.

Le fait est 'qu'il y a environ six ans que ladite religieuse était travaillée d'une horrible tentation d'aversion contre Dieu, contre le Saint-Sacrement et contre tous les exercices de la sainte religion; de sorte qu'elle blasphémait contre Dieu, et le maudissait autant de fois qu'on lui disait qu'elle le louât, ou bien qu'elle Tentendait .louer par les autres religieuses ; et, étant au chœur, on lui entendait proférer assez haut et distinctement des blasphèmes et des malédictions étranges contre Dieu. Et comme sa supérieure lui

I. Dans les trois lettres précédentes, nous avons tenu à conserver l'orthographe du temps; mais dans les suivantes^ nous lui substituons l'orthographe moderne.

voulait faire faire quelque acte pour s'offrir à Dieu, elle lui répondait qu'elle n'avait point d'autre Dieu que le diable. En un mot, elle sentait tant de furie et de [rage en ellemême contre sa divine Majesté, qu'elle a été plusieurs fois sur le point de se tuer, pour être plus tôt, disait-elle, en enfer, où elle se désirait, pour avoir moyen de maudire Dieu éternellement à son souhait, et que c'était là toutes ses délices. Or, la révérende mère supérieure l'ayant fait voir à des prélats et à des pères de religion et autres personnes entendues aux choses intérieures, et, par leurs avis, l'ayant même fait voir à des médecins, par l'ordonnance desquels elle lui fit user de quantité de remèdes, et le tout en vain ; enfin, cette bonne mère, pleine de confiance que, si elle lui appliquait un peu du rochet du bienheureux évêque de Genève, elle en guérirait, fit en effet cette application, d'où la guérison suivit peu de Jours après en un instant; en sorte que l'esprit qui était ainsi troublé devint tout à coup tranquille ; le corps qui était affaibli reprit ses forces, comme aussi l'appétit et le sommeil qu'elle avait perdus lui revinrent; et tout cela se fît en un moment, tellement qu'elle a toujours eu depuis l'esprit aussi bon et aussi fort, et le corps à proportion, comme si elle n'avait eu aucun mal par le passé, dont il n'a rien paru depuis; et elle s'est trouvée en tel état, qu'elle a exercé avec bénédiction les principales charges du monastère, et est encore aujourd'hui maîtresse des novices.

Or, ce qui me fait croire que cette guérison est miraculeuse et qu'elle s'est ensuivie de l'application du rochet du bienheureux évêque de Genève, c'est que les remèdes humains ne lui ont de rien servi ; que son mal augmenta après l'application du rochet, ce qui arrive ordinairement aux guérisons miraculeuses ; qu'elle a été guérie en un instant, selon la parfaite confiance de la mère supérieure, et qu'elle-

même croit aussi certainement, comme si elle le voyait ou le touchait, que Notre-Seigneur lui a fait cette miséricorde par les mérites de ce bienheureux évêque et par l'application de son rochet. Ce que j'atteste pour avoir parlé à la religieuse pendant son grand mal et après sa guérison, et en avoir appris les particularités de la mère supérieure et de la même religieuse, bientôt après sa guérison, qui arriva le jour où je faisais la visite dans le monastère, de l'autorité de monseigneur l'illustrissime et révérendissime archevêque de Paris.

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