‹ Lettres de S. Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 110 sur 267 · De communauté religieuse · texte numérisé non relu

De communauté religieuse

2. L'ouvrage dédié est une nouvelle édition du Hortus Pastorum, de Jacques Marchant. Voici la dédicace :

M Au Très Révérend Monsieur Vincent de Paul^ supérieur général de la Congrégation de la Mission.

« Quant au patron et au gardien de ce jardin, je n^ai pas eu à chercher longtemps qui ce serait. A Tinstant vous vous êtes offert à ma pensée comme le plus digne de ce patronage et de cette garde : non seulement à ce titre que cet ouvrage convient parfaitement à ceux qui se livrent aux missions, aussi bien qu'aux pasteurs eux-mêmes; en effet, comme ces derniers^ qui veillent sur leur troupeau, tirent sans peine de cet ouvrage ce que le Christ a ordonné de fournir à ses brebis, des pâturages aux bien portantes et des remèdes aux malades, de même aussi les premiers, qui travaillent avec tant de zèle au salut des âmes partout où ils sont appelés, peuvent y recueillir tout ce qui leur est nécessaire. Que peut-on, en effet, désirer qui ne soit point ici? H n'y manque pas un riche enseignement sur les. principaux et plus nécessaires articles de la foi, sur les sacrements, sur les vertus et les vices, sur les devoirs de la perfection et cléricale et pastorale : à quoi sont venus s'ajouter, comme corollaire, un recueil de Solutions de questions pastorales et une méthode pratique pour le catéchisme.

ff Mais la raison pour laquelle ce jardin doit être mis sous la protection de votre nom, c'est que par nature et par inclination vous êtes tellement porté à la bonté^ et par habitude tellement prêt à remplir les devoirs de la charité, que si quelques pasteurs plient sous le fardeau de leur office, aussitôt vous vous empressez de voler à leur secours, et vous les empêchez

de mettre en son frontispice le nom d'un pauvre prêtre qui n'a d'autre lustre que des misères et des péchés. Au nom de Notre-Seîgneur, Monsieur, si cette œuvre est encore en état d'être dédiée à quelque autre, ne me surchargez pas de cette obligation. Il y a longtemps que je connais assez votre bonne volonté pour moi, et vous n'ignorez pas que je ne sois plein de reconnaissance pour vous et du désir d'être à jamais, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

P.-S. Je tiendrai à bénédiction de vous servir à l'égard du changement dont vous parlez, et vous promets d'y penser, quoique je ne voie rien pour le présent, et que j'aie sujet de craindre que mes péchés m'en rendent indigne.

de succomber en partageant la charge, ou en faisant le travail à leur place ; ou si quelques esprits, dans les ténèbres de ce siècle vieillissant, chancellent faute de lumière, vous leur présentez, avec joie et de grand cœur, le flambeau de la direction et de la sagesse.

« Qu'un autre loue la piété, la religion, la prudence, la sincérité, la sollicitude et Tactivité que vous déployez infatigablement dans TÉglise; pour moi, je ne puis taire cette charité dont Tardeur vous dévore, et qui vous fait rechercher les brebis errantes ou perdues qui ne sont pas les vôtres : les ayant trouvées et guéries, vous ne les gardez point pour vous, mais vous les ramenez, ou plutôt vous les rapportez sur vos épaules à leurs pasteurs, et ainsi vous vous montrez admirable par cette nouvelle manière de paître et de guérir.

<c Cet ouvrage, qui vous revenait à tous ces titres si considérables, je vous Pavais déjà dédié dans ma pensée et dans mon affection; mais je vous en renouvelle la dédicace et l'hommage, persuadé qu'il m'en arrivera bonheur et succès, du moment que vous l'accueillerez avec cette bienveillance dont vous avez coutume d'user à mon égard, que vous l'appuierez de votre faveur, et que vous l'honorerez d'un jugement et d'un témoignage approbateurs.

ff Donné à Saint-Ouen, le dix des calendes de novembre, en l'an du Seigneur mil six cent quarante-six.

c Votre tout dévoué Michel Alix, curé de l'église de Saint-Ouen-1' Aumône, du diocèse de Paris. »

loi. — A M. N...,

PRÂTRE DE LA MISSION, AU MANS 1

n le dissuade de quitter la Compagnie.

24 novembre 1646.

Monsieur,

J'aî reçu deux de vos lettres, qui ont redoublé ma douleur, voyant que vous persévérez à vouloir vous séparer de nous, ce qui m'oblige à persévérer aussi à vous représenter le danger où vous vous exposez; mais c'est avec toute l'humilité et l'affection dont je suis capable, et avec un plein désir de votre salut.

Je vous dirai donc dans ce sentiment, premièrement, que je ne vois aucune raison qui vous rende dispensable des vœux ; et pour une seule que vous en citez, qui est très faible, plusieurs fortes me persuadent que vous devez revenir. Vous êtes infirme, il est vrai; mais ce prétexte est-il suffisant pour obliger Dieu à vous tenir quitte de la promesse que vous lui avez faite? Vous n'ignoriez pas alors que vous ne fussiez sujet aux infirmités corporelles comme le reste des hommes ? Et puisque vous avez franchi le pas, faut-il maintenant qu'une légère incommodité vous décourage ?

Deuxièmement, votre retraite chez vous ne vous guérira pas; de quels remèdes userez-vous que vous n'ayez ici ? L'air de votre pays n'est pas meilleur que celui de Paris, et vous savez bien que vous ne trouverez pas chez vos parents plus de repos et de bons secours que nos infirmes en ont dans la Compagnie.

Troisièmement, je vous prie de considérer la bonté de Dieu à vous appeler du monde : combien y a-t-il d'âmes qui se perdront, faute d'une pareille grâce ? mais combien plus

i« Cest le même missionnaire à qui saint Vincent avait écrit le 23 octobre.

mériteront de se perdre celles qui l'auront méprisée après ravoir reçue ?

Quatrièmement, vous avez confessé tant et tant de fois que vous étiez touché de reconnaissance envers Dieu du bienfait de votre vocation; pourquoi le rejetez-vous maintenant?

Cinquièmement, Dieu vous a départi assez libéralement des talents pour tous les emplois de la Compagnie ; et, vous en retirant, les peuples et les ecclésiastiques seront frustrés des assistances spirituelles, pour lesquelles peut-être il vous les a donnés; et quoique vous pensiez les faire valoir, en assistont le prochain en votre particulier, ce sera néanmoins sans grand effet, parce que la grâce de la vocation vous manquera : l'expérience de quelques autres me fait craindre cela de vous.

Sixièmement, combien de victoires perdrez-vous, si vous perdez votre vocation ? puisqu'avec elle vous pouvez surmonter le diable, le monde et la chair, et en même temps enrichir votre âme de la perfection chrétienne, pour laquelle les anges s'incarneraient, s'ils pouvaient, afin de venir imiter sur la terre les exemples et les vertus du Fils de Dieu.

Septièmement, je veux croire qu'il vous semble que votre sortie ne procède pas du motif que j'ai dit, quoique vous ayez sujet d'estimer le contraire, car si cela n'était pas, d'où pourrait provenir un si prompt changement ? car en partant d'ici pour cette maison-là, vous étiez si content de votre vocation, qu'il ne se pouvait davantage, et j'en étais fort édifié; mais quand il serait vrai que ce mal viendrait de quelque autre cause et non de celle-là, comme vous dites que je le verrai au jour du jugement, que direz-vous en ce grand jour, quand il vous sera demandé compte de vos promesses, des lumières que vous avez reçues et de l'emploi que vous aurez fait de votre temps et de vos talents ? Pensez-vous que le soin de votre santé vous en décharge, puisque c'est Dieu

qui la donne et qui Tôte, quand bon lui semble, et qu'il est dit que qui voudra sauver sa vie la perdra ?

Au nom de Notre-Seigneur, Monsieur, pensez à tout ceci et ne résistez point aux reproches de votre conscience ; mettez-vous en Tétat dans lequel vous voudriez mourir, et j'espère que la bonté de Dieu vous donnera la force de vaincre la nature, qui ne cherche que sa liberté au préjudice de votre pauvre âme, pour laquelle Dieu m'a donné des tendresses d'affection inexplicables. C'est pourquoi je vous conjure derechef, au nom de Jésus-Christ et par l'amour qu'il vous porte, de vous en venir ici. J'aurai en vous plus de confiance que jamais, parce que je n'aurai plus crainte de vous perdre, vous voyant garanti d'un écueil si dangereux. Choisissez telle maison qu'il vous plaira, vous serez reçu partout à bras ouverts , et vous me donnerez occasion de vous témoigner que je suis, en son amour, Monsieur, votre, etc.

PRÊTRE bE LA MISSION.

Il lui donne des conseils sur sa vocation qu'il était tenté de quitter.

I" janvier 1647.

Je ressens beaucoup votre peine, et néanmoins je suis bien aise que vous me l'ayez découverte. La conduite de Dieu est telle sur ceux qu'il destine à quelque chose de grand et de bien particulier pour son service, qu'il les exerce auparavant par des dégoûts, traverses, aversions et mouvements d'inconstance ; tantôt pour les éprouver, tantôt pour leur faire expérimenter leur faiblesse, tantôt pour les détacher davantage des créatures, d'autres fois pour abattre les fumées de quelque vaine complaisance, et toujours pour les rendre plus agréables à ses yeux. Ne doutez pas. Monsieur, que la

tentation que vous souffrez ne contribue à votre avancement spirituel, si vous lui résistez; mais peut-être que vous ne pensez pas que ce soit une tentation, se cachant comme elle fait sous l'apparence d'un bien, car vous dites que vous ne roulez pas donner scandale à la Compagnie; je vous prie de croire que vous ne pouvez lui en donner un plus grand que de vous en séparer pour aller faire votre propre volonté.

Vous dites ensuite que vous aimez la règle, mais ensuite vous témoignez le contraire, disant que vous ne voulez pas être obligé à l'observer; il est vrai que la vraie charité fait aimer les bonnes choses, mais il est vrai aussi que la nature rebute celles qui captivent sa liberté, et il est à craindre que vous adhériez plutôt à ce rebut de la chair qu'à l'attrait de cette vertu, puisque vous dites que vous n'accomplissez plus le règlement par un pur amour de Dieu , et qu'au lieu de vous redresser de ce défaut, vous voulez passer outre et aller même contre cet amour en secouant tout à fait le joug de Jésus-Christ, et vous reprenant vous-même après vous être quitté pour lui. Je prie sa divine bonté qu'elle ne le permette pas.

Vous avez grand besoin de reconnaître l'esprit qui vous pousse, et de considérer en même temps qu'il n'y a homme, pour parfait et pour affermi qu'il puisse être en sa vocation, qui ne souffre parfois de fâcheuses secousses. L'ennemi fut bien si téméraire que d'entreprendre le Fils de Dieu pour se faire adorer de lui, qui est la plus horrible tentation que sa malice pût inventer. Y a-t-il eu quelqu'un entre les apôtres, ni entre tous les saints, qui n'ait eu besoin de se faire violence pour résister aux attaques de la chair et du monde ?

Vous nous avez raconté vous-même que, pour entrer en notre Congrégation, vous fîtes un grand effort sur vous.

— îgS —

venant plusieurs fois céans demander à y être reçu, malgré la nature qui désirait un refus de notre part; vous l'avez dit avec reconnaissance de ce que le mouvement de Dieu avait prévalu, et nous Tavons ouï avec consolation, comme un présage de vos futures victoires sur vos passions. En effet, vous les avez beaucoup mortifiées depuis, par sa grâce, et si vous comparez votre vie de missionnaire à celle d'auparavant, vous y trouverez grande différence. Courage donc. Monsieur ! tenons ferme ; car maintenant que nous sommes prêtres, nous sommes obligés aune plus grande perfection et à secourir davantage les âmes. Serait-il bien possible que, dans les belles occasions que Dieu nous en donne, une petite répugnance fît tout abandonner?... A Dieu ne plaise, puisque TApôtre dit qu'il est impossible que ceux qui ont été éclairés et se sont retirés de la lumière retournent en l'état duquel ils sont déchus.

Conformément à cela, nous en voyons plusieurs qui, pour bonne intention qu'ils aient, et pour belles que soient leurs résolutions, se trouvent néanmoins courts quand il en faut venir aux effets, ou qu'il s'agit de vaincre les difficultés, parce qu'ayant manqué à la grâce, la grâce leur manque, et alors les scrupules les rongent, leur amour-propre se forme une conscience qui s'accommode avec la sensualité, et la nature reprend le dessus. Je n'exagère rien, l'expérience le montre journellement.

Je vous en dis pourtant trop, mon cher Monsieur, parce qu'à l'heure où je vous écris, vous êtes peut-être délivré de la suggestion qui vous travaillait. Si cela est, j'en lotie Dieu, et si cela n'est pas, je le prie qu'il vous en délivre. Demandez-lui vous-même cette grâce, c'est le premier moyen que je vous donne ; et le second est qu'en cas que le séjour où vous êtes, ou les personnes qui sont avec vous, vous fassent quelque peine, vous vous en alliez à N. J'écris au supérieur

qu'il vous reçoive avec toute la cordialité possible, ce qu'il fera volontiers, à cause de l'estime et de l'affection qu'il me témoigne avoir pour vous, etc.

io3. — A M. PORTAIL,

PRÊTRE DE LA MISSION, A MARSEILLE

Dissuader MM. les administrateurs de l'hdpital de faire immédiatement un règlement. — La Compagnie ne peut s'engager à donner deux de ses prêtres. — Nouirelles d'Hybernie.

Paris, 14 février 1647.

Monsieur,

Je ne doute point que messieurs les administrateurs n'aient dessein de prédominer en tout. Quand ils vous reparleront des règles de l'hôpital, dites-leur, s'il vous plaît, comme de vous-même, qu'une bonne maxime de ceux que Dieu emploie à l'établissement des œuvres saintes et nouvelles est de différer autant qu'ils peuvent les règlements qu'ils font, à cause que l'expérience montre que ce qui est faisable au commencement est parfois nuisible dans les progrès, ou sujet à des inconvénients fâcheux ; que pour cela quelques communautés n'ont fait leurs constitutions que cent ans après, comme les Chartreux. Saint Ignace ne fit qu'un petit projet des siennes, mais la Compagnie les a mises depuis en l'état qu'elles sont, selon les lumières que le temps leur a découvertes. Monseigneur de Genève ', pour s'être trop hâté à faire le règlement desfillesde Sainte-Marie, a été obligé à faire un Directoire.

Si, après cette raison générale, lesdits sieurs administrateurs vous pressent, venez au particulier et leur dites, s'il vous plaît, que nous ne pouvons nous obliger d'entretenir deux prêtres de la Compagnie dans l'hôpital : !• parce que la fondation de madame la duchesse* ne le détermine pas;

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