Moyenne
2. Godescalc, célèbre hérésiarque bénédictin, né à Mayence vers 808, mort au monastère de Haut-Villiers, le 3o octobre 867. Ses doctrines en faveur de la prédestination agitèrent pendant un quart de siècle l'Église d'Occident.
solum autempro nostris^sed etiampro totius mundi? Et au troisième ( Verum eisi ille pro omnibus mortuus est)^ il dit ensuite qu'encore que cela soit ainsi : Non omnes tamen mortis ejus benejicium rectpiunt, sed ii dumtaxat quitus meritum passionis ejus communicatur. Après cela, Monsieur, dirons-nous cette doctrine nouvelle? dirons-nous encore nouvelle celle qu'il combat, contre la possibilité de l'observance des commandements de Dieu, contre les saints canons du même concile et de la même session qui disent que : Si quis dixerit^ Deiprœcepta homini etiamjustijicato, et sub gratia constituto^ esse ad observandum impossibilia^ anathema sit.
Et celle que vous dites, Monsieur, qu'il nous importe peu de savoir s'il y a des grâces suffisantes ou si elles sont toutes efficaces, est-ce une opinion nouvelle? N'est-elle pas contenue dans le second concile d'Orange (chapitre xxv) ? Voici, Monsieur, les paroles de ce concile, par lesquelles vous verrez, sinon les mots propres de grâces suffisantes, pour le moins l'équivalence du sens. Hoc etiam secundum Jidem catholicam credimus quod accepta per baptismum gratia^ omnes bapti^ati, Christo auxiliante et coopérante^ quœ ad salutem pertinent^ possint et debeant {si fideliter laborare voluerint) adimplere. Et quant à ce que vous dites, qu'il vous importe peu de savoir cela, je vous prie. Monsieur, de souffrir que je vous dise qu'il me semble qu'il est de grande importance que tous les chrétiens sachent et croient que Dieu est si bon que tous les chrétiens peuvent, avec la grâce de Jésus-Christ, opérer leur salut ; qu'il leur en donne les moyens par Jésus-Christ, et que cela manifeste et magnifie beaucoup l'infinie bonté de Dieu.
On ne peut non plus dire nouvelle l'opinion de l'Église qui croit que toutes les grâces ne sont pas efficaces, puisque l'homme les peut refuser {de Justificatione).
Vous dites que Clément VIII et Paul V ont défendu que l'on dispute des choses de la grâce :.je vous dirai, Monsieur, que cela s'entend des choses qui ne sont pas déterminées par l'Église. Pourquoi Jansénius l'attaque-t-il ? Et en ce cas, n'est-il pas de droit naturel de défendre l'Église et de soutenir les censures fulminées contre ?
Vous dites que ce sont des matières d'école; cela est vrai pour quelques-unes, et quoique d'autres ne soient telles, faut-il pour cela se taire et laisser altérer le fond des vérités par ces subtilités ? Le pauvre peuple n'est-il pas obligé de croire, et par conséquent d'être instruit des choses de la Trinité et du Saint-Sacrement qui sont si subtiles?
Voilà, Monsieur, ce qui me vient en l'esprit, pour vous faire voir les raisons que nous avons de nous être déclarés en cette rencontre contre les opinions nouvelles, contre lesquelles, je n'en vois point, sinon deux, dont l'une est le sujet de craindre qu'en pensant arrêter ce torrent des nouvelles opinions. Ton n'enflamme davantage les esprits (à quoi je réponds que si cela était, il ne faudrait point s'opposer aux hérésies, à ceux qui nous veulent ravir la vie ou le bien, et que le berger fait mal de crier au loup quand il est près de la bergerie); l'autre est celle de la prudence qui est purement humaine, étant fondée sur le: Que dira-t-on?... on se fera des ennemis!... O Jésus! Monsieur, ah! n'advienne que le missionnaire ne défende pas les intérêts de Dieu et de l'Eglise pour ces chétifs et misérables motifs qui ruinent les intérêts de Dieu et de son Église et qui remplissent les enfers!
Oui, mais, direz-vous, faut-il que les missionnaires prêchent contre les opinions du temps, qu'ils s'en entretiennent, qu'ils disputent, attaquent et défendent à cor et à cri les anciennes opinions ?
Ah ! Jésus ! Monsieur,[nenni !
Voici comme nous en usons : jamais nous ne disputons de
ces matières, jamais nous n'en prêchons, ni jamais nous n'en parlons dans les compagnies, si l'on ne nous en parle; mais si on le fait, on tâche de n'en parler qu'avec le plus de retenue possible ; excepté M. G. ', qui se laisse emporter par son zèle, ce à quoi je tâcherai de remédier. Dieu aidant. Quoi donc ! me direz-vous, défendez-vous qu'on dispute sur ces matières ? Je réponds que oui, et qu'on n'en dispute point céans du tout.
Mais quoi! direz-vous encore, désirez-vous qu'on n'en parle point à la mission de Rome ou ailleurs ? — C'est à quoi je prie les officiers de tenir la main, et de donner pénitence à ceux qui le feront, si ce n'est au cas que j'ai dit.
Et pour ce que vous me dites. Monsieur, qu'il faut laisser chacun de la Compagnie libre de croire de ces matières ce que bon lui semblera; ô Jésus! Monsieur, il n'est pas expédient qu'on soutienne diverses opinions dans la Compagnie; il faut que nous soyons toujours parfaitement unis, autrement nous nous déchirerions tous les uns les autres dans la même Compagnie. Et le moyen de s'assujettir à l'opinion d'un supérieur? Je réponds que ce n'est pas au supérieur qu'il se soumet, mais à Dieu et au sentiment des Papes, des conciles, des saints; et si quelqu'un refusait de déférer, il ferait bien de se retirer, et la Compagnie de l'en prier. Beaucoup de compagnies de l'Église de Dieu nous donnent l'exemple de cela.
Les Carmes déchaussés, dans leur chapitre qu'ils tinrent l'année passée, ordonnèrent que leurs professeurs en théologie enseigneraient les opinions anciennes de l'Eglise, et agiraient contre les nouvelles.
Chacun sait que les R. P. Jésuites en usent de la sorte. La
I. M. Gille, auquel saint Vincent fait allusion, enseignait la théologie à Saint-Lazare. Après avoir trop manifesté ses opinions, il fut envoyé à la maison de Crécy.
Congrégation de Sainte-Geneviève ordonne à leurs docteurs de soutenir les opinions de saint Augustin, ce que nous prétendons faire aussi en expliquant saint Augustin par le concile de Trente, et non le concile de Trente par saint Augustin, parce que le premier est infaillible et le second ne Test pas. Que si Ton dît que quelques Papes ont ordonné que l'on croie saint Augustin à l'égard des choses de la grâce, cela s'entend, au plus, des matières disputées et résolues alors; mais, comme il s'en décide de temps en temps des nouvelles, il faut s'en tenir pour celles-là à la détermination d'un concile qui a déterminé toutes choses selon le sens de saint Augustin, qu'il entendait mieux que Jansénius et ses sectaires.
Voilà, Monsieur, la réponse à votre lettre, laquelle je n'ai communiquée à qui que ce soit, ni la communiquerai jamais; je vous dis de plus que je n'en ai parlé à qui que ce soit et que je ne me suis fait aider par personne au monde en ce que je vous dis, ce que vous jugez bien par mon chétif style, et par mon ignorance qui ne paraît que trop. Que s'il y a quelque chose au-dessus de cela, je vous avoue, Monsieur, que j'ai fait quelque petite étude touchant ces questions, et que c'est le sujet ordinaire de mes chétives oraisons.
Je vous supplie. Monsieur, de la communiquer à M. Aimeras, et à ceux de la Compagnie que vous le jugerez à propos, afin qu'on voie les raisons que j'ai eues d'entrer dans les sentiments anciens de l'Église, et de me déclarer contre les nouvelles, afin aussi que nous fassions tout ce qui sera en nous pour être : cor unum et anima una^ en ce fait comme en tout le reste. Je vivrai dans cette espérance, et aurais une affliction que je ne vous puis exprimer, si quelqu'un, quittant les vives sources des vérités de l'Église, se fabriquait des citernes d'opinions nouvelles, du danger desquelles il n'y a guère personne qui ait été mieux informé par l'auteur que moi, qui suis, en l'amour de Notre-Sei'gneur, etc.
P.'S. J'ose vous dire, Monsieur, que M. Ferret s'étant •embarrassé dans ces opinions nouvelles, il a dit à M. le curé de Saint-Josse' que ce qui l'en a retiré c'est la fermeté qu'il a vue en ce misérable pécheur contre cela, dans deux ou trois conférences que nous avons eues sur ce sujet. C'est M. le curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet qui, dès qu'il revint d'Alet, reconnut qu'il était dans ces opinions, desquelles il est à tel point éloigné, qu'il a proposé à M. de Saint-Josse qu'il faut que nous fassions quelque manière de congrégation secrète pour défendre les vérités anciennes. Je vous supplie de tenir ceci secret.
Je n'ai point eu le loisir de lire ma lettre et je ne l'ai osé faire transcrire; vous aurez peine à la lire; excusez-moi*.